Bonjour bonsoir ! Merci pour tous vos adorables retours, ça me booste comme rien au monde !

Et merci aux deux Guest pour les reviews anonymes :)

Précédemment : Quelques temps après sa dispute avec justaguy, Draco accepte de participer à une fête organisée par Pansy. Malgré la présence inattendue de Harry, il passe un bon moment. Mais lorsque Harry s'approche de lui, Draco panique et s'enfuit...


TIPHERET ET JUSTAGUY

Chapitre 7 : Pâtisserie et Réconciliation

''REVIENS DANS MA VIE STPPPP''


21 novembre 2004

Le lendemain de la fête de Pansy, Draco passa une sale journée. Pour être honnête, depuis sa dispute avec justaguy trois semaines plus tôt, il ne se rappelait pas avoir passé une seule journée qui puisse, de près ou de loin, être qualifiée de bonne.

Ce jour-là cependant, il rentra du travail d'une humeur particulièrement massacrante. Il retira ses chaussures d'un geste brusque, sans défaire ses lacets, jeta sa veste sur sa chaise et lâcha son écharpe par terre en même temps qu'il lâchait un soupir.

Il rêvait d'un bain moussant... mais, faute de baignoire, il allait devoir se rabattre sur une douche.

Lorsqu'il entra dans la salle d'eau, il fit la grimace. Sous la lumière blanche et grésillante du néon, sa minuscule cabine de douche, avec sa porte déglinguée et ses joints jaunâtres, lui paraissait des plus sordides.

Après six ans, il pensait pourtant s'être habitué à son vieil appartement. Merlin, à force d'y vivre et d'y retourner tous les soirs, il en était arrivé à penser qu'il lui trouvait même un certain charme.

La veille encore, en rentrant de la fête, n'avait-il pas failli pleurer de joie quand il avait transplané entre ses murs au papier peint décollé ?

Mais hier était hier et aujourd'hui, Draco détestait l'endroit où il habitait.

A ce moment-là, la seule chose qui pourrait lui faire du bien était un bain, un bain comme ceux de son enfance, ceux qui duraient une après-midi entière et lors desquels il inventait des histoires de pirates, de trésors et de monstres des mers. Ou bien un bain comme ceux de son adolescence, quand il s'enfermait dans la Salle de Bain des Préfets, ouvrait tous les robinets d'or et passait la soirée à se prélasser dans un océan de mousse et de vapeurs colorées.

Mais dans son appartement, le seul bassin assez profond pour que Draco puisse y plonger était sa foutue Pensine.

Draco ressortit en trombe de la salle de bain, sans avoir pris de douche.

Salut toi. Ravie de te revoir aussi vite, dit la petite clef quand Draco la tira de sous son tee-shirt.

Draco ne prit pas la peine de lui répondre et il la glissa dans la serrure de son placard à souvenirs.

xXx

Il n'avait pas oublié la colère et la déception qu'il avait ressenties lors de son dernier plongeon dans le passé, cinq jours plus tôt. Alors qu'il avait espéré y trouver des réponses, le souvenir de la fête de Halloween des huitièmes années ne lui avait rien appris de nouveau.

Il n'allait pas refaire la même erreur cette fois-ci. Pour ce soir, il avait choisi un souvenir tout bête, un souvenir inoffensif, et il n'en attendait rien d'autre que les choses habituelles, l'oubli et le réconfort.

Toutefois, malgré ses précautions, son expédition dans le passé ne se passa pas comme prévu.

x

souvenir du 26 juillet 1998

Tout commença normalement. Draco plongea dans la Pensine et atterrit dans la cuisine du 12, Square Grimmauld. Les jeunes Harry et Draco étaient penchés sur la table, occupés à pétrir des boules de pâte.

– Sainte Hellawes, mes bras graciles n'ont pas été conçus pour le travail manuel, râla Draco, en écrasant et reformant difficilement sa pâte. Regarde mes doigts, Potter !

Il agita ses mains couvertes de filaments de pâte collants devant le visage de Harry.

– Huhum, acquiesça distraitement ce dernier, en continuant à travailler sa propre boule de pâte.

– Mes doigts, Potter ! s'effaroucha Draco, en agitant si fort ses mains que les morceaux de pâte qui y étaient accrochés furent projetés dans tous les sens, certains s'écrasant sur le plan de travail, d'autres sur le visage de Harry.

Harry essuya ses mains sur un torchon avant de se tourner vers Draco avec un soupir. Il avait de la pâte dans les cheveux, sur les joues et sur les lunettes.

– Qui voulait manger des cinnamon rolls ? demanda-t-il d'un ton patient.

– Tu le dis toi-même, manger. Je voulais manger des cinnamon rolls, pas en fabriquer !

– Et comme tu as attendu dimanche soir pour avoir envie de cinnamon rolls, la seule option était d'en faire nous-mêmes, Malfoy, dit Harry du même ton insupportablement patient. Je t'avais prévenu que ce serait long mais que m'as-tu répondu, déjà ? Dix minutes de pétrissage ? Potter, je suis bien plus endurant que ça, je vais te montrer combien de temps je peux dur–

– Oh, ça va ! le coupa Draco, vexé. Dis-moi plutôt pourquoi ma pâte est laide et toute collante et pourquoi la tienne est si...

Il fronça des sourcils en regardant alternativement les deux boules de pâte posées sur la table. L'une était ronde et brillante, l'autre humide et granuleuse.

– … parfaite, acheva Draco, en testant l'élasticité de la pâte de Harry du bout du doigt.

– Il faut prendre le coup de main et ne pas hésiter à ajouter de la farine, expliqua Harry, en donnant un dernier pli à sa pâte avant de la ranger dans un saladier propre, sous un torchon. Tu permets ?

Draco ne se fit pas prier et poussa son tas de farine mouillée vers lui.

– Est-ce que tu peux ajouter de la farine ? demanda Harry, en pliant et repliant la pâte collante.

Draco saupoudra un peu de farine au dessus du plan de travail.

– Plus, Malfoy.

Draco versa un peu plus de farine.

– Vas-y franchement, s'il-te-plaît.

Draco retourna le paquet et toute la farine tomba sur la table avec un bruit sourd.

– Hey ! Ça va pas ou quoi ? toussota Harry en faisant de grands gestes pour chasser le nuage de particules blanches.

– Oh, il y en a trop ? s'inquiéta faussement Draco. Je suis désolé, on dirait que je n'ai vraiment pas la main pâtissière.

Harry leva les yeux au ciel en marmonnant qu'il n'arriverait jamais à rattraper les dégâts mais il n'eut, en réalité, aucun mal à transformer la masse informe et farineuse en une boule de pâte digne de ce nom.

[ILLUSTRATION]

– Et maintenant, Potter, je vais prendre une douche, annonça Draco, lorsque Harry déposa la deuxième boule de pâte dans un saladier.

– D'accord, dit Harry en réglant un minuteur afin d'être averti lorsque le temps de pousse serait écoulé. Tu sais où est la salle de bain, celle avec la douche qui ne pue pas...

– J'aimerais que tu m'escortes là-haut. C'est la moindre des choses après m'avoir obligé à mettre les mains dans des ingrédients de cuisine.

Harry lâcha un rire interloqué mais il conduisit Draco jusqu'à la salle de bain du troisième étage.

– Et ma serviette ?

– Tu peux utiliser celle-là, dit Harry, en désignant la serviette qui pendait au crochet derrière la porte.

– Est-ce que c'est la tienne ? demanda Draco d'un ton sceptique, en reniflant la serviette légèrement humide. Quand est-ce que tu l'as lavée pour la dernière fois ?

– Oh par tous les hiboux de la Terre, Malfoy, qu'est-ce que tu as ce soir ?

– J'ai faim et je suis couvert de farine, répondit Draco en claquant la porte au visage de Harry. Et ne t'avise pas de m'espionner par le trou de la serrure !

– Je n'en avais aucunement l'intention, Malfoy ! s'exclama Harry à travers la porte, d'un ton halluciné. Si votre altesse m'y autorise, je vais retourner à la cuisine !

– Fais donc, reste sale, grommela Draco à voix basse, en se déshabillant.

– Qu'est-ce que tu dis ?

– Je disais : reste sale ! Ne te lave surtout pas ! Bientôt tu n'auras même plus besoin d'acheter de la levure de boulangerie, tu pourras la récolter directement sur toi !

Harry ouvrit la porte à la volée, surprenant Draco en train d'enlever son caleçon.

– Potter, espèce d'étron des Ténèbres ! glapit Draco, en se couvrant l'entrejambe. Personne ne t'a appris à toquer ?

– Non, dit Harry d'un ton étrangement joyeux pour quelqu'un qui venait de se faire traiter de sombre merde. Heureusement que tu es là pour m'apprendre la vie. D'ailleurs, je vais suivre ton exemple et prendre une douche.

– Tu vas... tu...

Draco ouvrit et referma la bouche, incapable de former une phrase complète.

– Je suis chez moi, Malfoy, j'ai le droit de prendre une douche quand je le veux, et il se trouve que j'ai envie de prendre une douche maintenant, se justifia Harry, en se déshabillant à son tour. J'utiliserais bien une autre salle de bain mais tu passerais la soirée à te plaindre de mon odeur pestilentielle. Voilà pourquoi je suis là.

Bien que ce raisonnement soit difficilement recevable, le Draco du souvenir ne protesta pas. En fait, il en était sûrement incapable. Il présentait tous les symptômes de l'état de choc.

Le Draco du présent, lui, sourit, à la fois amusé et attendri par la scène. A l'époque, Harry et lui étaient si maladroits. Ils se cherchaient, peut-être même qu'ils se désiraient, mais ils ne savaient pas du tout comment s'y prendre. Ils n'avaient aucun repère et aucune expérience.

Depuis, Draco avait eu plusieurs aventures et Harry... Harry, même s'il était toujours vierge, exposait ses parties génitales au monde entier.

Comme à chaque fois qu'il pensait aux parties génitale de Harry – et cela arrivait bien plus souvent qu'il n'aurait voulu l'admettre –, Draco fut envahi par un sentiment doux-amer. Il ne consulterait peut-être plus jamais le blog de justaguy, mais il pourrait jamais oublier les photos et vidéos postées par le modèle, tout comme il ne pourrait jamais oublier comment lancer Lumos.

Rien que de se rappeler la vidéo où Harry faisait usage d'une fleshlight ice crystal, un masturbateur en forme d'orifice anal (1)...

Le bruit de la douche ramena abruptement Draco dans le souvenir. Sans s'en apercevoir, il s'était égaré dans ses fantasmes, revoyant le pénis de justaguy s'enfonçant inlassablement dans un sextoy transparent.

Avec un claquement de langue agacé, il reporta son attention sur le souvenir qui se déroulait sous ses yeux.

Les deux adolescents étaient désormais dos à dos dans la cabine de douche, leurs bras collés le long de leurs corps et leurs corps pressés contre les parois comme si le moindre contact entre eux pourrait déclencher un incendie.

– Cette salle de bain n'est pas bien meilleure que les autres, tout compte fait. L'eau a aussi une légère odeur de moisi et en plus, ce n'est pas une baignoire, renifla Draco un instant plus tard, sa gêne chassée par l'envie de critiquer la maison de Harry. Passe-moi le savon.

– Tu ne t'es jamais demandé si ce n'était pas toi qui étais moisi ? répondit Harry, en tendant la savonnette derrière lui sans se retourner.

– Argument invalide. Même si je ne me lavais pas, je sentirais toujours bon, rétorqua Draco, en s'emparant du savon. Que veux-tu, c'est dans mes gênes.

– Ça se tient, dit Harry d'un ton songeur. Après tout, tu as été mis au monde par une fleur.

– Tu dis n'importe quoi, Potter.

– Tu es né dans une Narcisse, continua Harry, l'air de rien.

– Merlin, Potter, c'était nul, dit Draco en secouant la tête, sans savoir s'il trouvait Harry adorable ou ridicule.

Il continua à se savonner distraitement, passant et repassant le morceau de savon sur son torse et sous ses aisselles.

– Malfoy, j'aimerais me rincer et j'aimerais aussi que tu n'uses pas le bloc de savon en entier, surtout si tu es génétiquement propre, comme tu le prétends, dit Harry quelques instants plus tard, avec un rire dans la voix.

Pour toute réponse, Draco ouvrit le robinet et un puissant jet d'eau froide tomba sur Harry, le faisant crier de surprise.

Les deux garçons sortirent de la douche en se chamaillant, tout malaise envolé. Ils s'enroulèrent dans la même serviette pour se sécher et ils rirent stupidement quand leurs pénis à moitié-durs se frôlèrent par accident.

Draco s'apprêtait à quitter la Pensine, le cœur et l'esprit plus calmes qu'ils ne l'avaient été de toute la journée, lorsqu'il remarqua que les contours du souvenir ne se dissolvaient pas dans les airs comme ils auraient dû le faire. Au lieu de se dissiper, la fumée noire se contentait de prendre une forme nouvelle, dessinant un autre lieu, un autre temps...

Draco ne comprenait pas ce qu'il se passait, mais il fut soudain de retour dans son appartement. Et il n'était pas seul. Quelqu'un était assis devant son ordinateur. L'intrus avait les cheveux teints en turquoise, le menton pointu et les yeux d'un gris délavé. Draco le reconnut immédiatement, car il s'agissait de lui-même.

De toute évidence, Draco était toujours dans la Pensine, il avait simplement changé de souvenir.

x

Avec un mélange d'appréhension et de curiosité, il s'approcha du Draco du souvenir. Il comprit aussitôt que son ancien Lui était en train de visionner une vidéo pornographique. Pour être honnête, il ne fallait pas être un Auror pour en arriver à une telle conclusion, car le Draco du souvenir respirait bruyamment, la main droite glissée dans son pantalon et les yeux fixés sur l'écran du pc.

Pour une raison inexplicable, Draco s'assit sur la chaise, son corps immatériel se superposant au corps de l'autre Draco et ses yeux se plaçant au même niveau que les siens. L'expérience était si troublante, si réaliste, qu'il aurait presque pu oublier l'existence de son double et croire être réellement de retour dans le passé.

Puis Draco posa les yeux sur l'écran et son cerveau se vida immédiatement de toute pensée.

Dans la vidéo, justaguy pénétrait une fleshlight transparente avec une indécence passionnée. Le sextoy semblait tenir tout seul en équilibre dans le vide, à la hauteur de son pénis... comme par Magie.

Oui, Harry avait apparemment risqué de violer le Code du Secret Magique dans le seul but de se montrer en train de faire l'amour à à un anus translucide flottant dans les airs.

Le Magenmagot pardonnerait-il cette fantaisie au Garçon-qui-a-survécu, si Draco venait plaider sa cause, arguant que la diffusion de cette vidéo n'était pas un crime mais un acte artistique bouleversant et témoignant d'une réelle prise de position ?

Car prise de position, il y avait. Justaguy n'était pas réalisateur, et il variait rarement les angles de vue dans ses vidéos. Toutefois, avant de tourner ce clip-là, il avait demandé conseil à Tipheret.

Et le résultat était un régal pour les yeux : la caméra posée par terre, sous la fleshlight, permettait au spectateur de voir tout son corps en contre-plongée. Au premier plan, son pénis et ses testicules démesurés paraissaient appartenir à un être surnaturel.

[ILLUSTRATION]

Tout comme son double, Draco se retrouva captivé par la vidéo. A chaque coup de rein de justaguy, à chaque fois que son pénis entrait dans la fleshlight jusqu'à la garde, Draco sentait son anus se contracter.

Sans même s'en rendre compte, il imita son ancien Lui et glissa sa main dans son caleçon.

Justaguy choisit ce moment-là pour se retirer. Il se mit à taquiner l'entrée du sextoy avec son gland, jouant cruellement avec l'orifice en forme d'anus, à la manière d'un chat qui joue avec sa proie. Sur la chaise, les deux Draco poussèrent un cri plaintif, comme si c'était avec leurs anus que justaguy jouait.

Merlin, Draco imaginait parfaitement le gland chaud et mouillé de justaguy entre ses fesses, il imaginait justaguy, derrière lui, frottant le bout de son pénis contre son ouverture, sans y entrer...

– Draco, soufflerait-il en se penchant sur son dos, qu'est-ce que tu veux ?

Incapable de formuler une réponse cohérente, Draco gémirait et pousserait ses fesses en arrière, cherchant à s'empaler sur la bite de justaguy, de Harry. Mais ce dernier continuerait à lui refuser ce plaisir, attendant que Draco lui dise ce qu'il désirait à haute et intelligible voix. Malheureusement, Draco ne pourrait pas parler, il ne pourrait même pas penser...

Justaguy continua à s'amuser avec l'entrée de la fleshlight pendant de longues minutes, son gland s'enfonçant parfois à moitié dans l'orifice sans jamais y entrer tout à fait.

Puis la dynamique sembla s'inverser. Soudain, la fleshlight parut prendre les rênes et c'était elle qui jouait avec les nerfs de justaguy. A chaque fois qu'il s'écartait de l'orifice, justaguy poussait un grognement plaintif, protestant comme s'il n'était pas l'initiateur mais la victime de ce jeu de déni.

Et puis, sans crier gare, il arrêta de folâtrer et il succomba à la tentation. Il aligna son pénis avec l'anus transparent et il le pénétra, d'un coup sec et violent.

Dès qu'il fut tout entier dans la fleshlight, ses genoux se mirent à trembler, ses bras se tendirent de part et d'autre de son corps, et il éjacula. Son orgasme paraissait à la limite de la douleur.

Le Draco du souvenir jouit peu après mais le Draco du présent fut expulsé de la Pensine avant d'avoir atteint la jouissance. Déboussolé, il tomba sur sa chaise, celle qu'il venait tout juste de quitter dans le souvenir.

xXx

Au fur et à mesure qu'il retrouvait ses esprits, il sentait le diamètre et la longueur de son pénis diminuer.

Que venait-il de se passer ? Pourquoi avait-il vu ce second souvenir ? Sa Pensine était-elle tombée en panne ?

Draco se pinça l'arête du nez. Même s'il ne pouvait faire que des conjectures, il pensait savoir ce qu'il s'était passé. Aussi mignon que soit le souvenir des cinnamon rolls, Draco l'avait regardé sans vraiment s'investir, avec un détachement inaccoutumé. Justaguy était toujours dans un coin de son esprit, avec sa fleshlight transparente et son corps toujours aussi gauche, mais plus adulte.

Oui, il était possible que la Pensine, toujours désireuse de répondre à ses désirs, lui ait montré ce qu'il voulait vraiment voir.

En d'autres termes, le Harry du passé avait un concurrent de taille depuis quelques temps et ce nouveau venu venait de lui mettre une raclée.

Depuis qu'il avait fui le monde magique, Draco s'était accroché à ses souvenirs de Harry comme s'ils étaient les seules choses qui lui restaient – et en un sens, c'était le cas. Il vouait un culte à l'adolescent qui vivait dans sa Pensine et il avait pensé qu'il en serait ainsi toute sa vie.

Mais ce jour-là, le jeune Harry qui pétrissait de la pâte ou qui s'ébrouait les cheveux à la façon d'un chien mouillé n'avait pas fait le poids face à justaguy.

Telle était la vérité : Draco avait trouvé justaguy mille fois plus désirable que Harry.

Et c'était mauvais. C'était dangereux.

Car même si, techniquement, justaguy et Harry étaient une seule et même personne, ils n'avaient pas les mêmes pouvoirs. Le Harry du passé était inoffensif. Il était un ami qui ne trahirait jamais Draco. Draco pouvait l'aimer en secret sans que cela n'ait aucune incidence sur sa vie quotidienne.

Mais justaguy, lui, était bien réel. Il pouvait faire du mal à Draco.

D'ailleurs, ne venait-il pas de le faire ? Il s'était invité dans la Pensine. Il avait souillé le jardin secret de Draco et fait voler en éclat la serre où Draco cultivait les reliques de sa mémoire. Il avait profané les murs de son temple et Draco n'était plus en sécurité nulle part.

Draco se mit à trembler, les doigts agrippés au bord de sa chaise, son regard attiré par le tiroir où il cachait sa baguette magique. Il se rappelait d'un sortilège que sa mère lui lançait quand il se réveillait d'un cauchemar. Mais la table de chevet lui paraissait impossiblement loin. Si Draco se levait, il s'effondrerait sur lui-même.

Alors, au lieu de chercher du réconfort dans la Magie ou de sortir faire un footing sous la pluie, Draco alluma son pc pour la première fois depuis sa dispute avec justaguy.

Et, en ouvrant msn, il découvrit que justaguy lui avait envoyé un message une quinzaine d'heures auparavant, soit la nuit précédente.


justaguy (hors ligne) : Salut Tipheret, comment tu vas ?


Draco ferma les yeux. Justaguy était mauvais pour sa santé, comme une pâtisserie trop grasse et trop sucrée.

Mais Draco n'avait jamais vraiment fait attention à sa santé.


Tipheret (en ligne) : Salut justaguy. Je me porte plutôt bien même si les soirées me semblent bien longues ces derniers temps. Et toi, comment vas-tu ?


xXx

Après avoir passé une demi-heure à bouger la souris pour réactiver l'écran lorsqu'il se mettait en veille, Draco se leva – et il ne s'effondra même pas sur lui-même. S'il restait une seconde de plus à attendre la réponse de justaguy, il allait perdre définitivement l'esprit.

Un nom résonna alors dans sa tête, avec la puissance d'un son de cloche : Pansy.

Doux Merlin, la veille, Draco avait quitté la fête sans lui dire au revoir ni même la remercier pour son invitation. S'il attendait le mercredi suivant pour s'excuser, Pansy allait lui ouvrir le ventre et faire des guirlandes de Noël avec ses intestins.

Draco enfila ses chaussures et, sous une pluie torrentielle, il courut jusqu'à la Poste Sorcière. Il envoya la lettre suivante :

Pansy, tu es la plus merveilleuse des sorcières et je ne mérite pas ton amitié. Es-tu libre demain midi ? Bien que ton pardon n'ait pas de prix, j'aimerais t'inviter à déjeuner comme preuve de ma sincérité.

Comme il était très nerveux à l'idée d'avoir blessé sa seule amie et que ce qui tombait au dehors ressemblait moins à de la pluie qu'à des pierres, il resta au bureau de Poste pour attendre la réponse de Pansy.

Alors qu'il caressait distraitement un hibou grand-duc qui lui rappelait Aquila, il s'aperçut que personne ne faisait vraiment attention à lui. Il n'aurait su dire s'il était soulagé ou déçu. Si on mettait la fête de Pansy de côté, c'était la première fois depuis son départ qu'il restait plus de cinq minutes en compagnie de sorciers.

En fait si, il savait parfaitement que ce qu'il ressentait était de la déception, saupoudrée d'un soupçon d'indignation.

Il s'approcha du comptoir et fit mine d'observer la grille de tarifs, espérant attirer l'attention de la sorcière postière. Celle-ci lui adressa un sourire vide avant de continuer à calculer Merlin savait quoi, les yeux rivées sur un boulier.

Draco leva les yeux au ciel, accablé par le peu de considération qu'on lui accordait. Il était client. Il avait le droit... Cette sorcière ne pouvait pas...

Il était toujours en train de fulminer quand le hibou revint avec une réponse lapidaire : Midi trente, Folks and Forks.

xXxxXxxXx

22 novembre 2004

Comme souvent avec Pansy, ce qui devait à la base n'être qu'un simple déjeuner se transforma en virée shopping, puis en thé gourmand pour finalement devenir un apéritif dînatoire. Draco paya toutes les consommations de la journée et Pansy ne fit rien pour l'en empêcher. Au contraire, à chaque fois qu'il dégainait sa carte bleue, elle affichait un sourire satisfait.

Mais Pansy ne l'aida pas seulement à alléger son portefeuille, elle lui prêta aussi une oreille attentive alors qu'il posait ses entrailles sur la table. Elle ne l'interrompit pas une seule fois, même quand il racontait des choses qu'elle savait déjà.

Draco commença par le tout début. Il lui parla de son procès et de la soirée au Chaudron Baveur en compagnie de Harry Potter, de son été au 12, Square Grimmauld et des sentiments qu'il avait développés pour Harry. Il lui raconta ensuite sa huitième année, ses querelles avec le Survivant, et ce fameux matin pendant les vacances de Noël, où il avait compris qu'il n'avait pas sa place dans le monde magique.

Il passa rapidement sur ses six années chez les Moldus, insistant surtout sur la fierté qu'il avait d'avoir réussi à s'intégrer et à se construire une petite vie paisible, sans vague ni remous. Il répéta plusieurs fois qu'il ne regrettait pas d'être parti.

Puis il s'arrêta, hésitant plusieurs secondes avant de continuer son récit. Il éprouvait en effet une certaine gêne à l'idée de parler des circonstances qui entouraient sa rencontre avec justaguy. D'une part, il trouvait vulgaire de discuter pornographie autour d'un verre de Chardonnay et de toasts de guacamole et, d'autre part, il n'était pas certain d'avoir le droit de divulguer l'activité de Harry sur internet.

Mais comme son histoire n'aurait pas de sens s'il la censurait, il demanda mentalement à Harry de le pardonner, inspira un grand coup et joua la carte de l'honnêteté. Il évoqua la photo érotique, la recherche du blogspot et la découverte de l'identité de justaguy. Il lui parla de leurs échanges de messages, de leurs soirées sur msn et de l'ambiguïté de leur relation, entre flirt et amitié.

Il parla ensuite de leur dispute le jour de Halloween et de sa peur de révéler sa véritable identité à Harry. Et il admit que c'était à cause de la disparition de justaguy qu'il avait passé les trois dernières semaines à avoir l'air d'un Inferi.

Enfin, il raconta la tension qu'il y avait soudain eu entre eux à la fin de la fête, Harry qui s'approchait vers lui en le regardant droit dans les yeux, si impressionnant, si effrayant, que Draco n'avait pas eu d'autre choix que de prendre la fuite, comme devant une vague gigantesque.

Ces deux derniers jours, Draco avait revécu mille fois cette scène dans son esprit et, à chaque fois, il s'imaginait être assez courageux pour rester et affronter Harry. Il s'imaginait ne pas bouger et attendre que la vague monstrueuse arrive jusqu'à lui et lui crache son écume à la gueule. Il garderait les bras écartés, le menton droit et l'expression impassible alors que les gouttelettes d'eau salée constelleraient son visage, s'accrochant à ses cils, à son nez, à ses lèvres.

Et la vague tomberait sur lui avec le bruit du tonnerre, le glaçant jusqu'aux os, puis elle repartirait lentement vers l'horizon et Draco, comme le sable et les coquillages, se laisserait emporter par elle, heureux.

Quand Draco eut terminé son récit, Pansy ne lui offrit qu'une remarque :

– Tu devrais aller lui parler, Draco. Sérieusement.

Puis elle se lança dans une critique passionnée de son rédacteur en chef.

xXx

Quand Draco rentra chez lui après son apéritif dînatoire, il eut la double surprise de voir que :

1) justaguy lui avait répondu

2) justaguy était actuellement en ligne

Draco tripota nerveusement la clef d'or avant de s'installer sur sa chaise. Il relut plusieurs fois le début de conversation, réfléchissant à une réponse adéquate.

x


justaguy (en ligne) : Salut Tipheret, comment tu vas ?

Tipheret (hors ligne) : Salut justaguy. Je me porte plutôt bien même si les soirées me semblent bien longues ces derniers temps. Et toi, comment vas-tu ?

justaguy (en ligne) : Merci d'avoir répondu ! Est-ce que tu insinues que je t'ai manqué ?


x

Puis il se connecta.

Tipheret s'est connecté.

Tipheret (en ligne) : Absolument pas. Mon temps libre me permet de lire et de cuisiner. Ma vie ne tourne pas autour de toi Après tout... tu es juste un gars.

justaguy (en ligne) : Tu m'en veux encore pour Halloween ?

justaguy (en ligne) : J'étais vraiment pas bien et quand je suis pas bien, j'en veux au monde entier. Et je dis aussi n'importe quoi. Mes amis peuvent en témoigner. Je n'aurais jamais dû te demander de venir alors que je savais que tu tenais à rester anonyme. Je veux respecter tes limites. J'essaye de respecter les limites de tout le monde.

justaguy (en ligne) : Pour me faire pardonner, je peux te confier un secret dont j'ai très honte.

Draco hésita. Harry était quelqu'un de fier et il détestait devoir s'excuser.

Draco ne pouvait pas vraiment le lui reprocher, car il n'aimait pas ça non plus.

Mais Draco pouvait-il lui pardonner aussi facilement ? Était-ce juste ?

Comme souvent, la curiosité eut raison de Draco.

Tipheret (en ligne) : Je t'écoute.

justaguy (en ligne) : Quand je t'ai envoyé ce message hier soir, il était trois heures du matin, et je venais de me toucher en pensant à toi.

Draco ouvrit de grands yeux. Après avoir quitté la fête de Pansy, Harry était rentré chez lui et il s'était masturbé en fantasmant sur Tipheret ? Avait-il utilisé Tipheret pour évacuer la tension créée par sa rencontre avec Draco ?

Tipheret (en ligne) : C'est aussi flatteur que gênant...

justaguy (en ligne) : Je n'ai pas fini. Je ne faisais pas que penser à toi. J'avais envie de te toucher, de t'embrasser, de te sucer... Je t'imaginais dans mon lit, au dessus de moi, en moi... J'étais si fatigué, je délirais à moitié, j'avais l'impression de sentir ton corps collé au mien, tes lèvres dans mon cou, j'avais l'impression que c'était ta main autour de ma bite. J'avais même oublié qu'on s'était disputé et qu'on ne s'était jamais vus, je te sentais comme si tu avais toujours été avec moi, comme si on se connaissait depuis toujours.

Draco commençait à avoir chaud et il se força à taper le message suivant :

Tipheret (en ligne) : Si ça se trouve, je suis un vieil homme dégoûtant avec plein de mycoses.

justaguy (en ligne) : o_o

justaguy (en ligne) : tu as le don pour casser l'ambiance !

justaguy (en ligne) : Bref, en tout cas, merci de m'avoir bien refroidi. Et j'ai le droit de t'imaginer comme j'en ai envie. Dans mes rêves, tu es à croquer et tu n'as pas de mycoses ;)

Tipheret (en ligne) : Oh, il s'avère que je suis tout à fait croquable dans la vie réelle et que ma peau est parfaitement saine, merci.

Tipheret (en ligne) : Je te dois aussi des excuses.

justaguy (en ligne) : Tu es toujours là ?

Tipheret (en ligne) : Oui

justaguy (en ligne) : j'attendais la suite de ton message... ne me dis pas qu'en disant « je te dois des excuses » tu m'as déjà présenté tes excuses ? O_o

Tipheret (en ligne) : Tu aurais peut-être voulu que j'écrive « PARDON JUSTAGUY, JE SUIS UN GOUJAT, UNE ORDURE, UN ÊTRE DU MAL, TU M'AS MANQUÉ, REVIENS DANS MA VIE STPPPP » ?

justaguy (en ligne) : xD par exemple mais sans crier, s'il-te-plaît.

Tipheret (en ligne) : Pardon justaguy, je suis un goujat, une ordure, un être du mal, tu m'as manqué, reviens dans ma vie stpppp

justaguy (en ligne) : :) parfait.

justaguy (en ligne) : Mais du coup, je suis curieux, combien de livres as-tu lu ces dernières semaines, maintenant que tu as toutes tes soirées de libres ? Oh, et tant que tu y es, envoie des photos des petits plats succulents que tu as préparé (keur).

Tipheret (en ligne) : Tss, je ne m'abaisserai pas à répondre à tes moqueries.

justaguy a envoyé une photo

[ILLUSTRATION]

En voyant la photo – justaguy formant un cœur avec ses mains –, Draco rit.

Tipheret (en ligne) : Ne fais pas semblant d'être mignon pour m'attendrir, ça ne marche pas.

justaguy (en ligne) : Avoue, tu préfères quand je suis grivois, hein ? ;)

justaguy (en ligne) : libidineux

justaguy (en ligne) : égrillard

justaguy (en ligne) : licencieux

Tipheret (en ligne) : Bien joué, tu sais l'effet que ça me fait quand tu emploies des mots peu usités... mais moi je sais que tu as fait une recherche google pour trouver ces synonymes, alors, encore une fois, ça ne fonctionne pas. On fait moins le malin, hein ?

justaguy (en ligne) : mais est-ce que tu sais l'effet que ça me fait quand tu me clashes comme ça, Pheret ?

justaguy (en ligne) : c'est comme une décharge électrique

justaguy (en ligne) : qui réveille mon serpent ;)

Draco lâcha un rire, à la fois choqué et curieusement ému. Merlin, parler avec Harry lui avait manqué plus qu'il ne saurait jamais le dire.

Tipheret (en ligne) : Mon dieu, tu n'as aucune pudeur.

justaguy (en ligne) : Tipheret attensssion à ssse que tu dis ou je vais te sssusssser

Draco rit de nouveau, d'un rire qui frôlait l'hystérie. Et c'est toujours en riant qu'il écrivit :

Tipheret (en ligne) : petit ssserpent, que t'arrive-t-il sse ssoir ? tu es sssurexcité !

justaguy (en ligne) : j'ai trouvé un Phéret dans les buisssons

justaguy (en ligne) : c'est une proie de choix

justaguy (en ligne) : je vais enrouler ma queue autour de sssa gorge et il va pousssser un petit cri de joie

Tipheret (en ligne) : OMG arrête. Je refuse d'avoir une érection alors que tu parles d'animaux. Je t'en voudrais pour l'éternité.

justaguy (en ligne) : Oh non, je ne pourrais pas le supporter ! (à lire d'un ton ironique)

Tipheret (en ligne) : Au lieu de gaspiller ton électricité à écrire des idioties, raconte-moi une anecdote intéressante. Je m'ennuie.

x

Pour la première fois depuis trois semaines, Draco passa la soirée devant son ordinateur, avec l'impression de ne plus être une masse compacte de matière mais un nuage de particules volatiles. Il se sentait aussi euphorique que s'il avait bu du Felix Felicis.

Quand il alla se coucher, c'était comme s'il ne s'était jamais disputé avec justaguy. Par Salazar, ils s'étaient dit « bonne nuit, à demain ». Comme avant.

Juste avant de s'endormir, il se rappela le conseil de Pansy : Tu devrais aller lui parler, Draco. Sérieusement.

Mais il n'irait pas voir Harry. Avoir une relation virtuelle avec lui était beaucoup plus safe, beaucoup plus facile. Draco n'avait pas besoin de plus pour être heureux.

Que tu crois, susurra la clef d'or en émanant une douce chaleur.

Draco tomba dans le sommeil, la clef serrée dans sa main comme un talisman.


A Suivre...


Note (1) : Une fleshlight (ou vaginette, oui oui) est un sextoy / masturbateur pour homme. La forme évoque une lampe-torche. L'intérieur imite un orifice naturel, vagin, bouche, anus, (nombril)... Dans cette fanfiction, il s'agit d'une version transparente nommée ice crystal.

Prochain chapitre en ligne le 30 novembre : En fait, Draco a besoin de bien plus qu'une relation virtuelle avec justaguy pour être heureux.

J'espère que ce chapitre vous a plu en tout cas (oubliez pas les illustrations sur Archive of Our Own : maiathoustra !)

Une review, et le monde (le mien) est plus beau.