Bonjour bonsoir ! Pendant longtemps j'ai écrit en silence, parce que la musique me déconcentrait et me donnait mal à la tête au bout d'un certain temps. Ma vie vient de changer. J'ai découvert la Lo-Fi sur youtube et je suis totalement accro. Bref, j'ai corrigé ce chapitre en écoutant les mix de Dreamy.
Merci à Guest et Fujoshi-Sama (ta review m'a tellement touchée T_T mais elle m'a aussi rappelé que mes années lycée commencent à remonter, je ne connaissais pas du tout le terme EMC... Ah, je me rappelle de Cœur d'Encre, je pense l'avoir lu à sa sortie, ça marchait bien. Merci d'avoir jeté un œil à mes autres histoires !)
Précédemment : Draco se confie à Pansy et reprend contact avec justaguy.
TIPHERET ET JUSTAGUY
Chapitre 8 : Frustration et Body Cam
''tout ce que tu te sens de faire''
27 novembre 2004
Ce samedi matin-là, Draco se réveilla de bonne heure et d'excellente humeur. Chose très rare, il ne travaillait pas de tout le week-end et il comptait bien en profiter. Ainsi, malgré le crachin froid et transperçant qui tombait sur les rues de Londres, il quitta la chaleur relative de son appartement pour aller prendre son café à l'extérieur.
Il lisait le journal lorsque son téléphone vibra dans sa poche. Il avait reçu un nouvel sms. Avec un sourire, Draco sortit son portable (1).
Harry : Hello Pheret ! Réveillé ?
Draco : Levé, habillé et dehors même. Tu es encore au lit ? o_O
Harry : Arrête de me voler mes smileys stp. Oui, encore au lit, rien de prévu aujourd'hui... et toi ? Tu es off aussi, non ?
Draco : Je petit-déjeune dans un coffee shop de mon quartier comme le jeune londonien branché que je suis.
Après une seconde d'hésitation, il envoya un autre sms – tant pis pour son forfait (2) :
Draco : Tu es seul ?
Harry : Avec qui veux-tu que je sois ? La seule personne avec qui je voudrais être est actuellement à Starbucks en train de boire un frappucino amande XXL.
Draco : Je ne soutiendrais jamais une telle enseigne, ne m'insulte pas.
Harry : Pardon, j'avais oublié que Lord Tipheret avait des standards !
Draco : On est connaisseur ou on ne l'est pas ;)
Il envoya impulsivement un MMS à Harry avec une photo du café où il se trouvait – tant pis pour ses économies. C'était un endroit au décor arty et suédois, mélange de bois clair, de plantes vertes et de matériau de récupération.
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Harry : OMG, c'est tellement bobo ! Que consomme-t-on dans cet écrin scandinave ?
Draco : Des kanelbullars. Des petites brioches à la cannelle.
Harry : Comme des cinnamon rolls ?
Draco : J'aimerais vraiment te contredire mais j'avoue ne pas voir de différence entre les deux T_T
Harry : Pas grave, c'est bon les cinnamon rolls. J'aime bien en faire.
Le cœur de Draco rata un battement. Son dernier plongeon dans la Pensine remontait à une semaine à peine plus tôt, et le souvenir de la fois où Harry et lui avaient fait de la pâtisserie était encore tout frais dans sa mémoire.
Que se passait-il dans l'esprit de Harry quand il faisait des cinnamon rolls, aujourd'hui ? Revoyait-il Draco Malfoy tenter de pétrir une boule de pâte gluante, juste à côté de lui, dans la cuisine du 12, Square Grimmauld ? Se remémorait-il leurs enfantillages avec un mélange de nostalgie et d'amusement ? Ou bien frappait-il son pâton avec violence, imaginant qu'il s'agissait du visage de Draco Malfoy ?
Ou bien, pire encore, n'avait-il pas une seule pensée pour Draco, car il avait tout oublié du jour où ils avaient fait de la pâtisserie ensemble ?
Draco sursauta quand son téléphone vibra dans sa main.
Harry : PHERET OU ES TU ? DOIS JE APPELER LA POLICE
Draco : Pardon, j'étais ailleurs. Si tu arrives à passer outre ta phobie irrationnelle des lieux « bobo », tu devrais goûter ceux-là. Ils sont délicieux. Le café s'appelle Urban Haven.
Harry : Plus tard dans la journée, qui sait ? Peut-être même qu'on se croisera au pays des bobos ;)
Draco : Oh quand tu te seras motivé pour quitter ton lit, je serai déjà loin, mon cher ;)
Une ombre de sourire flottait encore sur les lèvres de Draco lorsqu'il régla son petit-déjeuner.
Il passa la journée dans différentes galeries d'art, inspectant les œuvres les plus contemporaines d'un œil dubitatif. Quand l'une d'elles lui paraissait particulièrement incongrue, il la prenait en photo et envoyait celle-ci à Harry, accompagnée d'une critique acerbe destinée à le faire rire.
En fin d'après-midi, il reçut un MMS de Harry montrant un kanelbullar avec une marque de dents.
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Harry : DI-VIN. Merci pour l'adresse.
Draco était à un quart d'heure à pied de Urban Haven et la tentation d'aller jeter un coup d'œil à travers la vitrine était aussi forte que s'il était victime d'un Imperius. Toutefois, plutôt que d'y céder, il se réfugia dans le café le plus proche et s'assit dans un coin au fond de la salle, le dos à la rue.
Ce qui ne servit pas à grand chose car, toute les deux ou trois minutes, il se retournait pour regarder au dehors, espérant malgré lui que Harry passerait miraculeusement par là.
Il n'en fut rien.
Draco rentra chez lui à la nuit tombée, avec dans la bouche un arrière-goût amer qui n'avait aucun rapport avec les trois tasses de café tanguant dans son ventre.
xXxxXxxXx
28 novembre 2004
Le lendemain, Draco ne se réveilla ni de bonne heure ni de bonne humeur. Il passa la matinée à repousser le moment où il lui faudrait sortir de sous la couette, ignorant les pleurnicheries de sa vessie qui n'en pouvait plus. Quand midi sonna, il finit par s'extirper du lit avec un long soupir. Il passa aux toilettes, y déversa ce qui lui parut plusieurs litres d'urine, puis il se connecta sur msn.
Harry était hors ligne.
Et comme si ce n'était pas suffisant pour lui plomber le moral, une pluie torrentielle se mit alors à tomber au dehors, battant les pavés et les fenêtres avec un bruit assourdissant.
Draco se sentait aussi mal que s'il avait avalé une brique.
Avant, justaguy était une boule de lumière dans son ventre qui teintait le monde de couleurs chaudes. Il était un fantôme léger et tendre, un ange sur son épaule, un morceau de Magie blanche, et chacun de ses messages faisait pousser des ailes à Draco.
Aujourd'hui, justaguy était un poids que Draco traînait partout avec lui. Parfois, comme la veille, le fardeau ne le dérangeait pas tant que ça et Draco le portait sans vraiment y penser, comme on s'accommode d'un plâtre. La majorité du temps cependant, l'enclume était lourde.
La plume était devenue du plomb, et cette transformation n'était pas de celles qu'on annule avec un simple contre-sort. En fait, elle était probablement irréversible.
Car dès lors que Draco avait vu Harry en chair et en os à la fête de Pansy, justaguy avait cessé d'être un homme sans visage.
Justaguy était la personne dont Draco avait croisé le regard au travers du salon de Pansy, justaguy était la vague gigantesque qui avait failli s'abattre sur lui mais que Draco avait fui. Justaguy était réel. Il était bien plus que des mots sur un écran. Il était un être de matière.
Après avoir été dans la même pièce que Harry, après avoir été une nouvelle fois exposé à son aura, Draco ne pouvait s'empêcher d'aspirer à plus.
Quand il avait repris contact avec justaguy, en début de semaine, il avait pensé que leurs conversations virtuelles le satisferaient pour l'éternité, mais il s'était trompé. Après tout, il avait toujours été de nature avide et, la joie de retrouver son correspondant passée, la frustration avait commencé à monter dans sa gorge, comme un insecte aux pattes pointues et venimeuses.
En bref, leur relation épistolaire, basée sur le secret et le mensonge, ne lui suffisait plus.
Le Harry des souvenirs avait peut-être perdu face à justaguy, mais le Harry du présent était à son tour entré dans l'arène, avec pour seul arme son regard, vert et vieux, comme une vague venue du bout du monde.
Et en plus de réveiller l'avidité de Draco, ces yeux avaient laissé sur lui une traînée de questions aussi brûlantes que stupides.
Que pensait Harry du look actuel de Draco, de ses cheveux teints, de ses piercings ? Que pensait-il de son emploi de serveur de café ? Que pensait-il de sa vie banale chez les Moldus ?
Et surtout, que pensait-il de sa réapparition, après six ans d'absence ?
Mais Harry avait-il le temps de penser quoi que ce soit de Draco, ces temps-ci ? Après tout, il n'avait même pas tourné la tête quand Draco était entré dans le salon de Pansy et il avait, semblait-il, une vie aussi remplie que la vessie de Draco ce matin-là.
Harry était Auror, un métier exigeant et chronophage. Il avait fait son coming out public, défrayant la chronique. Durant son temps libre, il prenait des photos et des vidéos pornographiques qu'il publiait sur un blog. Sans oublier qu'il discutait quasi quotidiennement avec un de ses followers, Tipheret.
Il n'avait sûrement pas le temps de penser à quelqu'un qu'il n'avait pas revu depuis six ans.
Draco bougea la souris pour faire sortir l'écran de veille. Il lâcha un rire sans joie quand il vit que justaguy s'était finalement connecté à msn.
Tipheret (en ligne) : Enfin ! Tu as vu l'heure qu'il est ?
justaguy (en ligne) : Bonjour à toi aussi (cœur). Oui, je vais bien en ce magnifique matin pluvieux, merci. J'ai fait de beaux rêves, bu un incroyable café instantané et j'ai aussi fait du sport. En tout cas, c'est adorable de te préoccuper de mon bien-être, Pheret.
Tipheret (en ligne) : Je t'attends depuis une demi-heure.
Tipheret (en ligne) : Et tu sais que je déteste attendre, non ?
Draco eut un moment d'incertitude. Harry savait-il que Tipheret détestait attendre ?
Tipheret (en ligne) : Tu le sais, n'est-ce pas ?
justaguy (en ligne) : Oui, je suppose ? En tout cas, si je ne le savais pas, maintenant je suis au courant.
Tipheret (en ligne) : Parfait. Ne t'avise pas de recommencer à l'avenir.
justaguy (en ligne) : T'es vraiment sérieux là ? Tu devrais apprendre à prendre ton mal en patience
justaguy (en ligne) : Ce n'est pas si terrible tu sais
justaguy (en ligne) : Après une bonne dose de souffrance et de frustration, quand la chose qu'on attend arrive enfin, elle est encore bien meilleure que ce qu'on imaginait :)
Tipheret (en ligne) : De quoi tu parles ? De ta passion pour l'edging ? Désolé mais je ne suis pas comme toi. Je ne pourrais jamais supporter d'être au bord de la jouissance pendant quarante minutes. (2)
justaguy (en ligne) : Oui, on va dire que je parlais de ça même si c'était pas vraiment le cas haha.
justaguy (en ligne) : BREF on dirait que tu t'es levé de mauvais poil
justaguy (en ligne) : et de la mauvaise patte
justaguy (en ligne) : « patte », vu que tu es un furet
justaguy (en ligne) : un furet grognon
Draco fit la grimace. De la mauvaise patte, parce qu'il était un furet. Il ignorait pourquoi Harry s'évertuait à faire des jeux-de-mots alors qu'il était dépourvu de tout talent en la matière.
Tipheret (en ligne) : Je cherche, mais je crois qu'il n'existe pas un terme suffisamment fort pour décrire l'abyssal effarement dans lequel me plonge cet échec humoristique.
justaguy (en ligne) : Je ne me savais pas capable de générer ce genre d'émotions grandioses e_ê
Tipheret (en ligne) : Il n'y a vraiment pas de quoi être fier e_ê
Tipheret (en ligne) : Et rien ne sert de m'accuser de vol ou de plagiat, tu n'as aucune espèce de droit sur cet émoticône e_ê
justaguy (en ligne) : A tes ordres Tipheret, je ravale ma salive ;)
En lisant ces mots, Draco sentit son estomac faire un tour sur lui-même. L'humour n'était peut-être pas le point fort de Harry, mais Merlin, il savait comment rendre ambiguë la phrase la plus anodine. Draco relut le message une seconde fois, des images obscènes se formant malgré lui dans son esprit.
Harry, à genoux devant lui, murmurant « à tes ordres ».
Harry, ravalant sa salive dans un bruit de déglutition étrangement érotique.
Draco se penchant vers lui et l'embrassant fiévreusement, leurs salives se mélangeant et coulant abondamment sur leurs mentons.
Sans réfléchir, Draco écrivit :
Tipheret (en ligne) : Moi aussi j'avalerais bien ta salive.
justaguy (en ligne) : O_O
justaguy (en ligne) : on dirait que ton serpent s'est réveillé du bon pied, lui !
Tipheret (en ligne) : les serpents n'ont pas de pied Pott|
Draco appuya frénétiquement sur la touche retour arrière, effaçant tout son message. Salazar, qu'avait-il failli écrire ?
Potter. Il avait failli appeler justaguy Potter.
Il avait failli commettre une énorme bourde.
Draco inspira plusieurs fois, très rapidement, cherchant à se calmer, à analyser ce qu'il venait de se passer.
Il s'aperçut alors, quelque peu déconcerté, qu'il n'était ni submergé par l'angoisse ni pris de palpitations cardiaques. Il n'avait pas non plus l'impression d'étouffer.
Non, il avait juste une érection du feu de Dieu.
Merlin, était-ce là un des plus noirs fantasmes de Draco Malfoy, ancien Mangemort ? Révéler par mégarde son identité à justaguy ?
Comme son père rirait !
A la pensée de Lucius Malfoy, son érection diminua considérablement. Draco claqua la langue en agitant la tête, chassant son père de son esprit. Il reporta son attention sur la conversation msn.
Tipheret (en ligne) : les serpents n'ont pas de pied, justaguy.
justaguy (en ligne) : Mais ils ont une queue (cœur)
Draco grimaça, repoussé par la vulgarité de ce dernier message, mais son pénis n'avait visiblement pas les mêmes exigences que lui car son érection se raviva instantanément, comme si elleétait déterminée à battre un record.
Agacé, Draco appuya fermement sur son entrejambe – ce qui ne fit qu'empirer son problème.
Son père s'était complètement volatilisé. Dans son esprit, il n'y avait plus de place que pour Harry, en pyjama devant son ordinateur, ignorant qu'il parlait avec Draco Malfoy...
Morgane, c'était les doigts de Harry Potter qui tapaient les mots qui s'affichaient sur l'écran. C'était le cerveau de Harry qui formulait ces obscènes répliques. Et il suffirait que Draco termine un de ses messages par « Potter » pour que Harry sache.
Un lapsus, un seul mot qui lui échappait, et son secret n'en serait plus un. Jusque-là, Draco avait toujours cru qu'internet garantissait son anonymat, aussi efficacement qu'un coffre-fort de Gringotts.
Mais la banque des Gobelins n'était pas infaillible et internet... internet permettait à Draco de garder l'anonymat mais il ne pouvait rien faire si Draco se trahissait lui-même.
Un mot... six lettres... en un instant, Draco pouvait tout foutre en l'air.
Un an, un mois ou même une semaine auparavant, ce danger potentiel l'aurait sûrement effrayé, l'incitant à la plus grande prudence. Aujourd'hui, il l'excitait sans commune mesure. Le parfum du risque l'enivrait comme le chant d'une sirène, et il fallait vraiment qu'il se branle, ou ça n'allait pas être beau à voir.
Tipheret (en ligne) : je vais devoir te laisser.
justaguy (en ligne) : !
justaguy (en ligne) : quoi, déjà ?
Draco serra un peu plus la main sur son pénis, tendu et impatient, presque monstrueux. Il avait du mal à réfléchir. Avouer son problème à justaguy était sûrement la chose la plus simple à faire.
Tipheret (en ligne) : J'ai une affaire à régler avec mon... serpent comme tu dis.
Il n'avait même pas honte.
justaguy (en ligne) : Quelle honnêteté, c'est surprenant de ta part (mais absolument pas dérangeant ;) )
justaguy (en ligne) : Est-ce que tu vas utiliser un support visuel ?
La main toujours plaquée sur son entrejambe, Draco rit. Parfois, la franchise et l'audace de justaguy lui rappelaient tellement Harry que c'était comme si c'était toujours l'été 1998, au 12, Square Grimmauld.
Comme lorsqu'il avait pensé à son père un peu plus tôt, cet éclair de nostalgie ramena son érection à des proportions plus raisonnables. Draco eut l'impression de sortir la tête de l'eau. Il pouvait de nouveau penser.
Tipheret (en ligne) : Pour tout te dire, un modèle que j'affectionne beaucoup a sorti une nouvelle vidéo cette semaine, et je songeais à la revoir.
justaguy (en ligne) : Que se passe-t-il dans cette vidéo ?
Tipheret (en ligne) : Et bien... il se doigte.
justaguy (en ligne) : C'est un « il » ?
Tipheret (en ligne) : C'est un « il » et son anus a l'air absolument délicieux.
justaguy (en ligne) : Tu m'en diras tant ! Est-ce que je le connais ?
Draco hésita un instant avant de taper sa réponse.
Tipheret (en ligne) : C'est possible, il est plutôt célèbre dans la communauté.
justaguy (en ligne) : Je ne comprends pas ?
Draco fut tenté de continuer à jouer avec le feu mais il retira la main de l'âtre. Ses poils avaient déjà une forte odeur de roussi.
Tipheret (en ligne) : Je voulais dire qu'il était connu auprès des amateurs de pornographie, évidemment. Qu'étais-tu allé t'imaginer ?
justaguy (en ligne) : Oh, je ne sais pas, j'attendais justement que tu m'éclaires ;)
Draco lut ce dernier message d'un œil absent, songeant à la vidéo dont ils venaient de parler. Il s'en rappelait si bien que c'était comme si elle se déroulait à l'instant même à l'intérieur de son cerveau, comme si sa boîte crânienne abritait un justaguy miniature qui se doigtait et jouissait indéfiniment...
Justaguy était dans son lit, de dos, ses fesses au premier plan. Il se contorsionnait pour caresser son anus luisant du bout de l'index. Il en traçait inlassablement le contour, son doigt glissant sans effort sur la peau gonflée et lubrifiée. Son anus palpitait comme un cœur déchaîné, chacune de ses contractions un peu plus désespérée que la précédente, comme si sa seule raison d'être était d'être pénétré, comme si chaque seconde qui passait sans qu'il le soit était insoutenable.
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Après ce qui parut une demi-heure de cette tendre et terrible torture, il y eut finalement un changement dans le rythme. Justaguy continuait à titiller l'entrée de son anus mais, de temps à autres, son doigt s'enfonçait à l'intérieur de quelques millimètres, avant de ressortir et de reprendre innocemment sa danse.
A chaque fois, il semblait pousser un peu plus profondément, jusqu'à ce que, subitement, une phalange entière soit logée entre ses fesses. Quand ce cap fut passé, ce fut comme si les portes de l'Enfer avait été ouvertes.
La langueur laissa place à la fureur, la phalange devint un index, et la respiration rauque se transforma en grognements sourds. La seule chose qui ne semblait pas changer était l'étroitesse de l'orifice.
Lorsqu'il avait regardé cette vidéo pour la première fois, Draco s'était masturbé en faisant comme si c'était son index qui était entre les fesses de justaguy. Aujourd'hui, il était beaucoup plus téméraire. Il ne voulait pas seulement que son index soit à la place de celui de justaguy, il voulait que son corps au complet soit dans ce lit, à côté de justaguy.
Si Draco était dans le même lit que Harry... Il lécherait amoureusement son trou. Il l'embrasserait, il le suçoterait, il l'ouvrirait avec le bout de sa langue, puis il remplacerait sa bouche par son doigt, et il le pénétrerait lentement.
Il ferait entrer et sortir son index avec le rythme lent mais ininterrompu, impitoyable, d'une machine. Quand son doigt glisserait dans le trou sans rencontrer plus aucune forme de résistance, Draco en ajouterait un deuxième.
Alors, les parois de chair seraient si serrées autour de lui que Draco porterait instinctivement sa main gauche à sa poitrine, cherchant de l'air. De l'autre, il ferait des mouvements de ciseaux afin d'agrandir le trou. Car si l'anus de Harry n'était pas assez dilaté pour recevoir deux doigts, comment pourrait-il accueillir le pénis de Draco ?
Le bruit d'un message msn tira Draco de sa rêverie. Il battit des paupières, un peu désorienté. Sans s'en apercevoir, il avait fermé les yeux et s'était mis à se caresser par dessus son pantalon.
justaguy (en ligne) : Toujours là ?
Tipheret (en ligne) : Oui
justaguy (en ligne) : Tu regardes ta vidéo ?
Tipheret (en ligne) : Non, pas encore
justaguy (en ligne) : Tu sais à qui je pensais quand je filmais cette scène ?
Tipheret (en ligne) : A la reine d'Angleterre ?
justaguy (en ligne) : Haha, très drôle...
justaguy (en ligne) : Je pensais à quelqu'un qui ne le méritait pas, apparemment :(
justaguy (en ligne) : Enfin, je ne te retiens pas, fais ce que tu as à faire. Je te retrouve dans trois minutes )
Draco se déconnecta du tchat sans répondre. S'il attendait une minute de plus avant de se masturber, il était persuadé que le système solaire ne serait plus jamais le même.
Il cliqua sur la vidéo qui occupait toutes ses pensées et baissa son pantalon et son caleçon d'un seul mouvement. Quand sa main se referma finalement sur son pénis nu, ce fut comme s'il avait été touché par la grâce, et quand justaguy commença à se caresser l'anus à l'écran, ce fut comme si Draco assistait à un miracle.
Savoir que justaguy pensait à Tipheret quand il avait tourné cette scène rendait la vidéo intense, peut-être trop intense.
Draco avait l'impression de regarder un moment intime dont il n'aurait dû rien savoir. Il se sentait voyeur et coupable, comme s'il observait son voisin se masturber par la fenêtre.
Il avait momentanément oublié que ce qu'il voyait n'était pas en direct live mais un enregistrement qui était à la disposition toute personne possédant une connexion internet.
Après quelques minutes de doigtage lancinant, justaguy lâcha un gémissement étrange, quelque chose qui sonnait comme « Draco ». Et même si c'était impossible et que Draco n'entendait que ce qu'il voulait entendre, cette plainte qui ressemblait à son prénom le fit passer de l'autre côté.
Merlin, comme l'avait prédit justaguy, il n'avait pas duré plus de trois minutes.
Draco alla se laver les mains et se passer de l'eau sur le visage, espérant se laver de son trouble. Il avait joui en croyant entendre Harry dire son prénom. Il avait eu une érection en manquant de révéler son identité à justaguy.
Draco tira la clef d'or de sous son pull et lui donna une pichenette. A ce moment-là, il aurait tout donné pour avoir un avis extérieur, même celui d'un morceau de métal, mais la clef resta froide et silencieuse...
Comme Draco ne voulait pas ajouter la solitude au tumulte de sentiments qu'il y avait déjà dans son cœur, il se reconnecta sur msn.
Tipheret s'est connecté
justaguy (en ligne) : Ça t'a pris un quart d'heure ?
Tipheret (en ligne) : Certains d'entre nous ont de l'endurance, que veux-tu.
justaguy (en ligne) : Je vais faire semblant de te croire pendant que tu fais semblant de ne pas avoir joui en deux temps trois mouvements.
justaguy (en ligne) : ;) ;) ;)
Face à ce dernier message, Draco sentit, effaré, des larmes lui monter aux yeux. Il savait que sa réaction était excessive et qu'il n'avait aucune raison de ressentir un tel accablement devant trois pauvres smileys. Toutefois, ses canaux lacrymaux n'en avaient rien à foutre.
Si Harry et lui avaient été dans la même pièce, Harry n'aurait pas eu besoin de smileys débiles pour exprimer son amusement. Il aurait simplement souri de toutes ses dents en lui donnant un coup de coude.
Draco approcha sa main de l'écran de son ordinateur, ses doigts brûlant d'attraper l'âme de Harry ou même un tout petit morceau de lui, une mèche de cheveux, un lobe d'oreille, un orteil, peu importe. Ils se refermèrent sur du vide.
Justaguy n'était pas derrière l'écran. Ses mots avaient beau s'afficher dès qu'il les écrivait, il était en réalité bien loin de la banlieue londonienne où Draco vivait.
Draco était tout seul dans son appartement lugubre.
De toute évidence, la solitude avait finalement rejoint la tornade qui lui servait de cœur.
Six ans auparavant, l'exil avait sauvé Draco. A cette époque-là, il voulait être un homme parmi les autres hommes et mener une vie simple, ordinaire.
Aujourd'hui cependant, son isolation le rongeait de l'intérieur comme une maladie sale et son anonymat lui donnait envie de se gratter jusqu'au sang, pour exposer ses entrailles les plus puantes.
Était-il temps pour lui de retourner à la maison, dans le monde magique ? Il n'en était pas sûr. Ce qu'il savait, par contre, était que le jeu Tipheret et justaguy avait assez duré.
Draco donna rendez-vous à Harry sur msn ce soir-là puis il éteignit son ordinateur. Même s'il avait toute l'après-midi devant lui, le stress bouillonnait déjà dans son ventre.
xXx
A huit heures trente précises, Draco se reconnecta sur msn.
Tipheret (en ligne) : Alors, que font les agents secrets les dimanches après-midis pluvieux ?
justaguy (en ligne) : Je ne peux pas me prononcer pour les autres, mais personnellement, j'ai fait le ménage :)
Tipheret (en ligne) : o_o
justaguy (en ligne) : c'est si étonnant que ça ?
Draco acquiesça pour lui-même. Durant tout l'été qu'ils avaient passé au 12, Square Grimmauld, il ne se rappelait pas avoir vu Harry faire le ménage une seule fois.
Tipheret (en ligne) : Je t'ai toujours imaginé peu enclin à nettoyer ta... tanière.
justaguy (en ligne) : Comme c'est flatteur, merci beaucoup :/
Tipheret (en ligne) : Tout le plaisir est pour moi ;)
Tipheret (en ligne) : Alors, tu as été productif ? Tout est bien rangé à sa place ? Tout brille de mille feux ?
justaguy (en ligne) : … non...
justaguy (en ligne) : J'ai été distrait, ce n'est pas ma faute...
Tipheret (en ligne) : Qu'est-ce qui t'a éloigné de ta mission ?
justaguy (en ligne) : Et bien, je suis tombé sur mes boîtes à souvenirs et j'ai commencé à regarder ce qu'il y avait dedans, par simple curiosité et puis, tu vas pas me croire, la nuit est tombée, comme par magie !
Draco haussa un sourcil, confus. Harry ne pouvait pas lui aussi avoir une collection de fioles.
Tipheret (en ligne) : Qu'est-ce que tu veux dire par « boîtes à souvenirs » ?
justaguy (en ligne) : Des boîtes avec des souvenirs à l'intérieur ? Je trouvais le titre assez explicite, Tiph-tiph.
Draco était trop curieux pour s'insurger de ce diminutif.
Tipheret (en ligne) : Non mais quel genre de souvenirs ?
justaguy (en ligne) : Un peu de tout, des lettres, des photos, des gadgets cassés... des trucs que j'ai accumulés pendant que j'étais à l'école.
justaguy (en ligne) : Enfin, je parie que tu n'as rien de ce genre et que tu vis dans le présent sans regarder en arrière, toi :)
Draco lut et relut cette dernière phrase, estomaqué. Harry ne pouvait pas être plus dans le faux. En fait, il était si loin du compte que Draco se demandait s'il devait soumettre cette tirade au Guinness des Records.
Tipheret (en ligne) : Tu te trompes, Pot|
Draco retira ses mains du clavier comme s'il venait de prendre feu. C'était la deuxième fois dans la même journée qu'il manquait de faire cette bourde.
Il contempla l'écran pendant quelques secondes, l'envie d'appuyer sur entrée le démangeant sérieusement. Quelle tête ferait Harry ?
Il finit par se raisonner et effacer les derniers caractères de son message. Révéler son identité de cette manière-là serait insensé et lui ôterait toute chance d'obtenir le pardon de Harry.
Et puis, Draco avait un plan.
Tipheret (en ligne) : Tu te trompes.
justaguy (en ligne) : Si tu le dis ! Parlons plutôt de la surprise que tu me réservais pour ce soir... Qu'est-ce que c'est ? Un rendez-vous dans une cave sombre pour qu'on garde nos identités secrètes ? Une place de ciné, pour qu'on voit le même film dans la même salle mais installés à des places différentes ? Un dîner aux chandelles mais sans chandelles ?
Aucune de ces piques n'était agréable, mais Draco ne se laissa pas décourager.
Tipheret (en ligne) : Ma surprise était destinée à un gentil garçon.
justaguy (en ligne) : Je suis gentil
justaguy (en ligne) : juste frustré.
justaguy (en ligne) : Désolé.
justaguy (en ligne) : Alors, qu'est-ce que c'est que cette surprise ?
Cette fois-ci, Draco sourit. Il imaginait parfaitement l'expression de Harry, à la fois boudeuse et intriguée.
Tipheret (en ligne) : Je voulais te proposer une cam, mais tu sembles plutôt d'humeur à jouer au Uno ou à aller te coucher ;)
justaguy (en ligne) : Un face cam ?
Tipheret (en ligne) : Un body cam, pour commencer. Chaque chose en son temps. Si je te montrais mon extraordinaire visage aujourd'hui, tu ne tiendrais pas le coup. Qu'en penses-tu ?
justaguy (en ligne) : J'accepte !
justaguy (en ligne) : Je prends tout ce que tu te sens de faire.
Draco ferma les yeux, en se rappelant les pires moments de sa vie : le Seigneur des Ténèbres qui gravait la Marque sur son avant-bras, Dumbledore qui tombait de la Tour d'Astronomie, Rowle qui se contorsionnait sur le sol en hurlant de douleur, le Magenmagot qui condamnait son père à Azkaban, la lettre du Ministère qui leur annonçait que Lucius avait reçu le Baiser.
A côté de tout cela, appuyer sur le bouton On de sa webcam était un jeu d'enfant. De l'autre côté, ce n'était que Potter, que Harry.
Draco serra les poings, ajusta la webcam pour que son visage soit hors champ, puis appuya sur le bouton.
Tipheret (en ligne) : Je suis prêt quand tu es prêt.
justaguy (en ligne) : Je suis prêt depuis longtemps.
justaguy a lancé la webcam
Dans la fenêtre vidéo qui venait de s'ouvrir, justaguy fit coucou de la main. Il portait un sweat informe, d'un noir délavé. Le cœur de Draco se serra. Même si l'on ne voyait pas son visage, il était évident qu'il s'agissait simplement de Harry. De quoi Draco avait-il eu si peur pendant tout ce temps ?
Tipheret a lancé la webcam
Une petite fenêtre apparut dans un coin de l'écran de Draco, lui montrant sa propre image. Avec hésitation, Draco fit coucou à son tour, imité par sa miniature.
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Justaguy le salua de nouveau, avec tellement d'enthousiasme que son bras se transforma en une masse de pixels se déplaçant de manière saccadée.
Tipheret (en ligne) : Je pense qu'on s'est suffisamment salué pour aujourd'hui, justaguy...
– Je te dirais autant de fois bonjour que j'en ai envie, dit une voix.
Draco sursauta. Il n'était absolument pas préparé à entendre du son sortir du haut-parleur de son ordinateur. Justaguy allumait régulièrement sa webcam quand il tchatait avec Draco mais il n'utilisait jamais le micro.
Et cette voix... Draco n'en était pas tout à fait sûr, car il ne l'avait pas entendue depuis des années mais si, en fait, il en était sûr, du moins, il en était intimement persuadé, Harry, c'était la voix de Harry.
Tipheret (en ligne) : Très bien. Vas-y, fais-toi plaisir, je t'écoute.
– Bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, dit la voix dans un seul souffle.
Tipheret (en ligne) : C'est tout ?
– Bonjour encore, bonjour une nouvelle fois, bonjour, bonjouuuur ! chantonna la voix.
Tipheret (en ligne) : Arrête, s'il-te-plaît. Tu me gêne.
– Je rêve ou tu viens de faire une faute d'orthographe ? dit Harry d'un ton amusé.
Tipheret (en ligne) : *gênes. Désolé.
– Et tu viens de t'excuser ? Mon dieu, qu'est-ce que tu as aujourd'hui, Pheret ?
Draco se mordit la lèvre pour s'empêcher de répondre à voix haute. Harry venait de l'appeler par son pseudonyme... Merlin, Harry était là, en vidéo, en audio, si près ! Draco mourait d'envie de se blottir contre l'écran, de frotter sa joue contre l'image de Harry.
S'il n'avait pas la webcam allumée et que justaguy ne pouvait pas voir ses moindres faits et gestes, il l'aurait peut-être fait.
justaguy (en ligne) : Ah, en fait, j'aime beaucoup ton pull.
Draco baissa les yeux vers son pull turquoise, son doigt caressant le mot « PRIDE » imprimé en lettres capitales.
Tipheret (en ligne) : Merci. Je regrette de ne pas pouvoir te retourner le compliment.
– Fuck, tu es toujours aussi... ! s'exclama Harry, sa main disparaissant vers le haut du cadre, sûrement pour passer dans ses cheveux.
Tipheret (en ligne) : … charmant ?
justaguy (en ligne) : J'ai très envie de te contredire, mais ce serait mentir.
Draco rit, flatté malgré lui. Il allait répondre quand un nouveau message s'afficha.
justaguy (en ligne) : Bref ! Je suppose que tu as mis la webcam pour qu'on fasse autre chose que bavarder de tout et de rien, non ?
Tipheret (en ligne) : Tu n'aimes pas parler avec moi ?
Tipheret (en ligne) : Tu ne me veux que pour mon corps ?
Tipheret (en ligne) : :'( :'( :'(
justaguy (en ligne) : Pheret, tu essayes de me manipuler...
Tipheret (en ligne) : Non, je suis vraiment blessé.
Tipheret (en ligne) : En fait, je n'ai jamais été aussi triste de ma vie.
Tipheret (en ligne) : Tu as transpercé mon cœur avec une ronce aux épines acérées.
justaguy (en ligne) : arrête stp T_T
Tipheret (en ligne) : D'accord ;) Tu as raison de toute façon. L'heure n'est plus au verbe mais à l'action.
Draco crut entendre Harry pouffer – ce pauvre rustre avait toujours trouvé drôle son vocabulaire châtié – mais il n'était pas sûr. Plus rien n'avait d'importance, sauf ce qu'il était sur le point de faire.
En faisant attention à ne pas montrer son visage, Draco enleva son pull, sous lequel il portait un tee-shirt à manche longues avec un motif floral très coloré. Il resta un instant figé, attendant un commentaire moqueur. Justaguy ne dit rien.
Etait-il tellement captivé par ce qu'il voyait qu'il en oubliait de rire de ses goûts vestimentaires avant-gardistes ? Draco l'espérait.
Il fit une rapide prière à la fée Morgane avant de défaire sa ceinture et de baisser son pantalon. Et voilà, il était à la webcam avec Harry Potter et, malgré la mauvaise qualité de la vidéo, on voyait clairement la bosse qui déformait son boxer.
– Wow, murmura Harry, sa voix ne paraissant pas sortir des haut-parleurs mais directement de sa bouche, comme s'il était réellement là, juste devant Draco...
Draco eut alors une idée lumineuse. Il enfila son casque audio et le brancha à la tour du pc.
– Qu'est-ce que tu fabriques ? demanda Harry dans le creux de son oreille.
C'était comme entendre le crépitement d'une comète.
Tipheret (en ligne) : Je branchais mon casque. Parle pour voir ?
– Je ne sais pas quoi dire...
Draco frémit. Avec le casque, on aurait dit que la voix de Harry résonnait directement dans son crâne. Il ne put s'empêcher de penser au Seigneur des Ténèbres, qui aimait tant s'inviter dans l'esprit de ses Mangemorts et communiquer avec eux par télépathie.
Mais contrairement à la voix du Seigneur des Ténèbres, la voix de Harry ne remplissait pas son estomac d'acide.
Suave et tiède comme la sève d'un érable, elle coulait dans sa tête et dans le reste de son corps. Lorsqu'elle atteignait son bas-ventre, elle se mélangeait finalement à son sang, nourrissant son érection.
Tipheret (en ligne) : Peu importe, récite les tables de multiplication, dis ce qu'il te passe par la tête.
Il voulait juste entendre sa voix.
– Tu es beau, dit Harry, après une seconde d'hésitation.
Draco inspira fort, surpris par le compliment inattendu.
– Je vais aussi mettre mon casque, grommela Harry, la respiration étrangement courte pour quelqu'un qui était simplement assis dans un fauteuil.
Il y eut un bruit de grésillement et l'image se brouilla pendant quelques secondes, puis Harry réapparut, le câble de son casque courant le long de son vieux sweat-shirt.
– Je suis prêt, chuchota Harry.
Tipheret (en ligne) : Est-ce que tu t'attends à ce que je me... touche ?
justaguy (en ligne) : Ce n'est pas pour cela que tu as voulu mettre la cam et que tu t'es à moitié déshabillé ? Je l'ai déjà fait plein de fois pour toi !
justaguy (en ligne) : Mais peut-être que tu as peur ? ;)
Draco grogna. Il n'avait jamais pu résister à un défi lancé par Harry Potter.
Tipheret (en ligne) : Je vais le faire. Ne t'avise pas de rire.
– Je ne ferais jamais ça, dit doucement Harry, d'une voix si sincère qu'elle sembla transcender son statut d'onde sonore et immatérielle.
Draco frissonna, comme s'il avait été touché par un Sortilège de Chaleur. Il avait soudain l'impression d'être entouré par la Magie de Harry, comme un oiseau par sa coquille.
L'impression était si forte qu'il croisa les bras sur sa poitrine, ses mains agrippant son tee-shirt, simulant une étreinte sans en avoir conscience.
A ce moment-là, justaguy n'était ni un fantôme ni un poids dans son ventre. Il était Harry, et Harry était simplement un être humain avec qui Draco se sentait bien.
– J'aimerais être avec toi, en ce moment même, murmura Harry.
Son ton était globalement neutre, quoique teinté d'une légère note de désespoir.
Tipheret (en ligne) : Qu'est-ce que tu ferais ?
– Pour commencer, je te ferais un vrai câlin, dit Harry, avec amusement cette fois-ci. Puis...
Tipheret (en ligne) : Puis tu mettrais ta main là, humm ?
Draco envoya le message puis se mit à jouer avec l'élastique de son caleçon. Il le soulevait et le relâchait, le faisant claquer sur sa peau avec un bruit sec.
– Oui, peut-être ?
Tipheret (en ligne) : Oh j en suis sur
Draco eut un certain mal à taper ces mots. Sa main droite étant désormais occupée à caresser son pénis par dessus son caleçon, il fut contraint d'utiliser sa main gauche et, diable, ce n'était pas facile.
Dès qu'il eut appuyé sur entrée, il lâcha le clavier. Sa main gauche glissa sous son tee-shirt pour caresser son torse, son ventre, ses flans... mais ses doigts effleuraient à peine sa peau tremblante, comme les ailes d'une fée ou les baisers d'un être du vent. Draco gonfla la poitrine, à la recherche d'un contact qu'il se refusait, car Harry avait raison tout compte fait, l'attente et le déni décuplaient le plaisir final...
– On dirait bien que le temps n'est plus au verbe, souffla Harry.
Son ton était moqueur mais sa voix était rauque, vibrant d'un noir désir, sans limite.
– Oh, merde... dit-il dans un gémissement, quand Draco baissa finalement son caleçon, dévoilant son érection. Allez, s'il-te-plaît, vas-y...
La main droite de Draco fila en direction de ses testicules. Draco les faisait rouler sous ses doigts, il tirait et pinçait leur peau fine, il les empoignait, presque violemment, puis il les lâchait et tirait un plaisir indécent à les sentir retomber lourdement.
Pendant ce temps-là, sa main gauche explorait toujours son corps, glissant sur ses hanches puis sur ses cuisses nues, ses ongles frôlant sa peau avec une délicatesse insupportable et chaque fois qu'ils s'accrochaient à un poil, un long frisson parcourait son corps tout entier.
– Arrête de me torturer, merde, dit la voix de Harry dans son oreille
Chacun de ses jurons était un mot d'amour qui faisait bander un peu plus Draco.
– Oui, fais-le, supplia encore Harry, quand Draco délaissa ses testicules et attrapa finalement son pénis pour lui donner une longue caresse.
Draco sourit, amusé et excité par l'enthousiasme de son spectateur. Il n'avait jamais imaginé que se masturber devant quelqu'un, avec sa voix qui résonnait dans son crâne, serait aussi érotique.
Et pourtant, dès que Harry s'exprimait, dès qu'il lui rappelait sa présence, son pénis tressaillait de désir.
Draco continua à se toucher, les yeux fermés, sourd au monde sauf à la voix de Harry. Il avait accéléré le rythme, et il était proche... Il ouvrit soudain les yeux pour voir où en était son partenaire.
A l'écran, Harry se touchait avec passion, ses mouvements fébriles et anarchiques comme ceux d'un adolescent. On aurait dit qu'il faisait la course avec Draco, ce qui n'avait pas de sens, mais peut-être que si ? Draco n'était pas sûr. En fait, il n'en avait pas grand chose à faire.
Plus rien n'existait pour lui, hormis Harry. Le casque étouffait le bruit de la pluie ainsi que ses propres halètements, ne laissant entendre que les gémissements de Harry, sa respiration entrecoupée de petits soupirs et le bruit de clapotis que produisait sa main sur son pénis.
Draco se laissa aller en arrière sur sa chaise, luttant pour garder les yeux ouverts et fixés sur l'écran. Il donnait des coups de rein dans son poing comme s'il le pénétrait, et il aurait tout donné à ce moment-là pour avoir un véritable lien télépathique avec Harry et savoir ce qu'il pensait.
Harry s'imaginait-il être à la place du poing de Draco ? Rêvait-il lui aussi de fracasser la barrière qui les séparait, de traverser l'écran et, enfin, entrer en contact ?
– Ha– justaguy... murmura Draco, en se retenant de justesse d'appeler Harry par son prénom.
– Oui... Pheret ? hoqueta Harry dans son oreille.
Mais Draco ne dit rien d'autre. Il crut s'évanouir, frappé par un orgasme qui venait de la plus lointaine des planètes.
Il vit des étoiles, des galaxies entières. Il flottait dans l'espace. Tout ce qui l'entourait était d'un bleu plus profond que du noir, mais il y avait aussi de minuscules points de lumière correspondant à des astres en train de mourir.
Draco se rendit alors compte que le cosmos si sombre commençait à s'éclaircir, devenant tour à tour violet, rose, orange, jaune. Les étoiles grossissaient et se mirent à tourner, doucement tout d'abord, puis de plus en plus vite, tourbillonnant autour de lui, et Draco sentit soudain des centaines de satellites et d'astéroïdes lui passer au travers.
Il était là haut et, quand tout l'univers devint d'un blanc laiteux et aveuglant, il éjacula des comètes.
Draco retomba sur la Terre avec la lenteur d'une plume ou d'un cerf-volant. Lorsqu'il réintégra son corps, il resta avachi sur sa chaise sans bouger. Il aurait pu rester ainsi pendant des heures, dans un état quasi méditatif, si un bruit électronique ne lui avait pas fait ouvrir les yeux.
Il jeta un coup d'œil absent à l'écran...
justaguy s'est déconnecté.
… et il eut l'impression de tomber en lui-même.
Draco relisait en boucle le message qui clôturait la conversation msn, sans vraiment y croire, quand quelqu'un toqua à la porte.
A Suivre...
Note (1) : Le téléphone de Draco pourrait être :
– Un Nokia 3320, lancé en 2004, le premier portable d'entrée de gamme à offrir un accès complet à internet et un appareil photo qui peut faire caméra.
– Un Samsung SGH-E700, sorti en 2003, un portable à clapet avec un éditeur de photos et une mémoire importante (9 Mo... lol).
Note (2) : Les sms coûtaient 0,15€/160 caractères en 2004 en France. Les mms coûtaient 3 sms. Harry et Draco devraient parler en langage sms pour économiser leurs crédits. Pardon.
Note (3) : L'edging (edge en anglais signifie « bord » ou « limite ») c'est le fait de se maintenir au bord de la jouissance et de pas s'autoriser à jouir pendant un certain temps.
Prochain chapitre en ligne dans la nuit du 16 au 17 décembre au plus tard (pardon...) : Pour une fois, je ne tease pas :)
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Je suis désolée d'annoncer un si grand délai avant le prochain. Je rentre bientôt en France et du coup je serai pas mal occupée dans les jours qui viennent. Et j'espère ne pas avoir à achever une relecture comme celle d'aujourd'hui, en luttant contre le sommeil haha
J'insiste à chaque fois mais oubliez pas les illustrations sur Archive of Our Own (maiathoustra) ! Merci :)
