Chapitre Trois
L'Hiver était presque installé à présent. Les heures de jour étaient fugaces, le soleil ne quittait pratiquement pas l'horizon, baignant d'une lumière rouge sang la neige qui recouvrait tout, plaines et montagnes, forêts et rocailles, l'étreignant d'un feu sans chaleur qui la rendait rose pâle. Les dernières couleurs qu'offrait la nature avant le plongeon de plusieurs années dans le Grand Noir.
Aélis et Jon s'étaient rapprochés sans vraiment s'être rapprochés. Ils n'avaient encore partagé aucune conversation sérieuse, mais ils partageaient à présent une intimité confortable, sans gêne. C'était agréable. Bien plus qu'avec Lila et ses nombreuses sautes d'humeur, songeait parfois Aélis avec un pincement au coeur en la croisant dans le camp, la jeune fille ignorant ses regards, bornée et toute à sa rancoeur.
Un soir, pourtant, Aélis rassembla son courage. Il faut dire que si elle avait bien tenu les comptes, elle fêtait ses trente ans. Combien de fois avait-on trente ans dans sa vie ? Deux fois. Trois au plus pour certains chanceux du Sud. Elle avait envie de sexe. Elle avait plus particulièrement envie de sexe avec Jon Snow, et tant pis si elle essuyait un refus.
Alors qu'ils s'étaient préparés pour dormir, la jeune femme se colla au dos de l'ex roi, l'ex corbeau, l'ex Stark, l'ex tout…
-Tu ne me trouve pas attirante ? chuchota-t-elle dans son oreille, soulevant quelques boucles noires de son souffle.
Jon ouvrit les yeux, surpris. Sans se retourner vers elle il lui dit d'une voix qu'il garda le plus neutre possible :
-Si, bien sûr. Mais il n'est pas question de ça entre nous, je t'avais prévenue dès le début…
-C'est juste que… L'Hiver est là, et nous ne rajeunissons pas… Te voir te morfondre nuit et jour ne me réjouit pas… Pourquoi tu n'aurais pas le droit à un peu de plaisir ?
Jon Snow garda un silence de pierre. Cela énerva quelque peu Aélis qui se redressa sur un coude pour voir son profil.
-C'est à cause de la Reine Dragon ?
Elle savait comme tout le monde qu'ils avaient été ensemble. Et la nouvelle de sa mort était parvenue jusqu'à Winterfell quand le Peuple Libre y attendait encore.
Le jeune homme ne répondit toujours pas mais elle le sentit se tendre.
-Tu sais… C'est mon anniversaire, aujourd'hui. J'ai trente printemps déjà…
Cette fois Jon se retourna vers elle.
-Comment…? C'est aussi mon anniversaire ! Du moins si mon père… mon oncle, hésita-t-il, ne m'a pas menti à ce sujet là aussi.
-Ton père est ton oncle ? grimaça Aélis.
-Non ! Mon oncle m'a élevé en faisant croire à tout le monde moi y compris que j'étais son fils.
La jeune femme se mit à rire.
-Qu'est-ce ça a de drôle ?
-Rien, justement : je commence à comprendre pourquoi tu es si perturbé.
Aélis continuait de sourire, pensant que sa petite tentative aura au moins mené à la connaissance de quelques détails sur lui, son regard se promenait un peu partout sauf sur le visage de Jon, mais quand il s'y posa enfin, elle cessa de sourire : le jeune homme la dévorait des yeux. Ils restèrent quelques secondes à se regarder intensément, puis Jon fondit sur elle comme un rapace. Sa bouche chaude contre la sienne, sa barbe grattant son visage, ses mains sur ses tempes, dans ses cheveux, les agrippant alors qu'il la tenait fermement. La jeune femme abasourdie ne pouvait rien faire d'autre que de céder à sa passion, et elle y céda avec joie. Ils s'embrassèrent avec la fougue de cette jeunesse folle qui les quittait en ce jour et qui ne reviendrait plus jamais. Ils s'embrassèrent comme si c'était la dernière fois. Ils se dévorèrent comme des bêtes affamées. Leurs langues, dents et lèvres dansaient, se goûtaient et s'entechoquaient dans leurs salives mêlées, et leurs deux corps se frottaient vigoureusement l'un contre l'autre à la recherches de sensations, Aélis sentait l'érection de Jon à travers les fourrures, et l'idée de l'avoir en elle la faisait presque défaillir. Tout était démentiel, brutal, trop fort.
Soudain Aélis se retrouva sans rien. Jon c'était brusquement arrêté et redressé, la regardait sans la voir en haletant, la bouche rouge, des traces de morsures autour des lèvres, les cheveux plus désordonnés que jamais.
Il enfila un pantalon, ses bottes, son manteau, prit son épée, et sous le regard interloqué de la jeune femme, quitta la tente.
Il l'avait laissé le bas ventre en feu, la mâchoire endolorie… Aélis était étourdie et frustrée. Si frustrée qu'elle glissa une main sous les fourrures, et ferma les yeux, comme lors de ses rêves mouillés. Le souvenir de leur étreinte était si vivace qu'il ne fallut que quelques mouvements pour qu'elle atteigne le paroxysme en pensant à deux yeux noirs si pénétrants...
Il se passa de longues minutes sans qu'elle ne pense plus à rien, perdue dans la langueur de l'orgasme, ressentant encore la fureur de leurs baisers. Elle gisait, lasse, étendue sur les fourrures. Puis d'un seul coup, d'un seul, elle s'inquiéta et se redressa comme si un serpent l'avait mordue. La jeune femme ne savait pas exactement pourquoi Jon s'était enfuit, mais elle savait qu'il n'allait pas bien, qu'il avait vécu des choses douloureuses… Elle devait le retrouver, pour s'assurer qu'il aille bien, et pour parler de ce qui venait de se passer entre eux.
à suivre...
