En ce moment, tout allait bien. Saori n'avait pas été kidnappée depuis quelques semaines et les chevaliers avaient presque tous repris une activité normale. Shun fut donc surprise quand celle-ci la convoqua pour un petit-déjeuner. Elle fut encore plus surprise en voyant qu'il n'y avait que deux chaises et une petite table couverte de nourritures diverses.
- Il n'y a que nous deux ? s'étonna-t-elle.
- Oui ! répondit Saori en lui faisant signe de s'asseoir. J'avais besoin de te parler en privé.
- Il y a un problème ?
- Non ! Tu veux du thé ou du café ?
- Du thé, s'il te plait.
- Tatsumi, tu peux sortir.
Le chauve lui lança un regard désapprobateur mais sortit néanmoins. Shun se sentait de plus en plus perdue.
- Il y a un problème avec mon frère ? s'enquit-elle à tout hasard.
- Non ! Au contraire, j'aimerais que tu fasses comme lui.
- Tu veux que je disparaisse dans la nature sans laisser de traces ?!
- Non ! répondit Saori en riant. C'est bien lui qui t'a appris les bases de l'auto-défense ?
Shun posa sa tartine et acquiesça.
- C'est vrai, se souvint-elle. J'avais sept ans. Il m'a appris le B.a.-ba.
- Et tu crois que je peux encore apprendre ?
- Eh bien… ça dépend quels sont tes objectifs.
- Je veux pouvoir me défendre si quelqu'un m'agresse ou essaie de me kidnapper. Pas avoir le niveau d'un chevalier, simplement savoir ce qu'il faut faire. Tu veux bien m'apprendre ?
Shun hocha la tête. Cela lui semblait un bon objectif. Il faut plusieurs années de travail intensif pour avoir les capacités de combat d'un chevalier mais connaitre au moins quelques techniques simples pourraient aider Saori à gagner du temps si quelqu'un s'en prenait à elle. Ce serait plus rassurant pour tout le monde.
- D'accord, répondit-elle. Tu veux faire ça où et quand ?
- Cet après-midi, tu es libre ?
- Oui.
- Bon, on pourrait faire ça ici, à quatorze heures ?
- D'accord, répondit Shun. Trouve-toi une tenue adaptée. La robe longue et les escarpins, ça va pas le faire.
- En survêtement, ça ira ?
Shun dut s'avouer qu'elle avait du mal à imaginer Saori en tenue décontractée. Elle l'avait toujours vue en jolie robe, après tout. Peut-être qu'il y avait une partie d'elle qu'elle ne connaissait pas encore.
- En survêtement, c'est parfait.
Elles se retrouvèrent à l'heure prévue, dans le gymnase qui se trouvait au sous-sol. La séance commença par dix minutes d'échauffement et cela se passa mieux qu'elles le craignaient toutes les deux. Saori se souvenait encore des cours d'EPS de l'école et elle se montra une élève polie et disciplinée.
Ensuite, il fallut rentrer dans le vif du sujet : l'auto-défense à proprement parler.
- Est-ce qu'on va… utiliser ça ? demanda Saori en désignant les appareils de muscu à l'autre bout de la pièce.
- Non ! s'écria Shun. Ça, c'est pour les confirmés. J'aime autant commencer par quelque chose que tu pourrais mettre en pratique tout de suite.
- D'accord. Je savais que tu serais un bon professeur. Je me disais… enfin…
- Tu te disais que contrairement aux autres, j'avais une idée très précise de ce qu'une fille ressent quand elle est menacée par un mec trois fois plus gros qu'elle ?
- Exactement ! répondit Saori en riant.
- Tu sais, les adversaires les plus imposants ne sont pas forcément les plus redoutables. J'ai affronté des mecs beaucoup plus grands que moi et ils m'ont pratiquement tous sous-estimée. En fait, ils n'imaginent pas qu'une crevette puisse leur tenir tête. Du coup, ça leur fait un choc quand je leur résiste.
- J'aurais pas utilisé le mot 'crevette' pour parler de toi, objecta Saori en jetant un coup d'œil à ses bras fins mais joliment musclés. A moins de te comparer à Geki, évidemment.
- Saori, tout le monde a l'air d'une crevette quand on se compare à Geki ! Et il a été le premier à se faire éliminer du tournoi, tu te souviens ?
C'était vrai. Le chevalier de l'ours avait été mis au tapis par Seiya, qui devait peser la moitié de son poids. Saori s'en souvenait très bien.
- J'imagine que la maîtrise du cosmos fait une différence, avança-t-elle.
- Pas seulement. Quand j'étais petite…
Shun s'arrêta. Elle se souvenait d'un épisode de son enfance qui était resté gravé dans sa mémoire. Elle était rentrée à l'orphelinat en larmes et couverte de bleus. Son frère l'avait entraînée dans leur chambre et serrée dans ses bras sans dire un mot. Elle se souvenait presque mot pour mot de ce qu'il avait dit ensuite :
- Ils ne te respecteront jamais si tu continues comme ça. Tu mérites mieux. Je vais t'apprendre à les tabasser.
Elle avait protesté, évidemment. D'abord, elle détestait la violence et ensuite, elle se trouvait trop petite et trop fragile pour cela. Mais il avait insisté.
- D'accord. Je vais t'apprendre à esquiver et à neutraliser leurs attaques. Tu peux le faire, je sais que tu peux. Tu es petite, tu es souple et tu peux en faire un avantage.
Elle avait fini par sécher ses larmes et le lendemain, il lui avait donné sa première leçon. Elle en gardait un souvenir ému. Pas simplement à cause des leçons mais surtout parce qu'il avait cru en elle depuis le début. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait compris qu'elle valait quelque chose.
- Est-ce que ça va ? demanda Saori. Tu as l'air triste, tout d'un coup.
- Oui ! répondit Shun en se ressaisissant. On va prendre un exemple concret. Si quelqu'un t'attrape le poignet, tu vas sûrement avoir pour réflexe de tirer très fort, non ?
- Exactement !
- Eh bien, le truc, c'est de ne pas tirer mais de tourner le poignet vers le haut, le plus vite possible ! On a la main qui se dégage tout de suite ! Je vais te montrer, je t'attrape le poignet…
La séance dura une heure. Shun expliqua plusieurs techniques à Saori et les lui fit répéter, encore et encore. C'était long et fastidieux mais Saori ne se plaignit pas une fois. Cependant, à la fin de la séance, elle se sentait très lasse.
- Je ne pensais pas que je serais mauvaise à ce point-là, avoua-t-elle tandis qu'elles regagnaient les vestiaires.
- Mais non, tu débutes, c'est tout ! protesta Shun. C'est toujours difficile au début. Tu verras, quand tu auras assimilé les bases, ce sera plus facile.
- Merci. Bon. On se refait une séance la semaine prochaine ?
C'est ainsi qu'elles prirent l'habitude de se retrouver deux fois par semaine pour un cours d'auto-défense.
La fin !
