Bonjour à tous, voici le deuxième chapitre, j'espère qu'il vous plaira.

Merci à capinghemois pour ta review, j'espère que cette suite te plaira tout autant !


Chapitre 2 - Tempérament et caractère

- Mon dieu Lud, toujours la tête dans un bouquin, tu devrais aller t'asseoir à la table de Serdaigle.

Ludivine leva la tête de son livre pour voir Albus Potter et Scorpius Malefoy s'avancer vers elle. Alors que le premier prenait place à côté d'elle et que le second s'asseyait en face, Ludivine vit facilement que leur soirée se faisait ressentir. Mais elle n'eut pas plus de sympathie à leur égard pour autant.

- Ne me tente pas, Potter, la vue y est moins appréciable mais la compagnie bien plus agréable.

- Es-tu en train de dire qu'il n'y a pas plus sexy que nous dans les autres maisons, Lud ? sourit Scorpius.

- Qui dit que je parlais de vous, Malefoy ?

Elle n'eut comme réponse qu'un sourire narquois de la part des deux sorciers. Cela suffit à Ludivine pour retourner à son livre. Tout le monde savait qu'elle n'était pas du matin. Et surtout, aujourd'hui commençaient les cours avancés pour les ASPIC, à savoir les cours de septième année auxquels pouvaient se joindre les sixièmes années qui souhaitaient obtenir des points d'avance. Pour Ludivine, cela voulait dire qu'il fallait qu'elle travaille d'autant plus.

Albus et Scorpius misaient sur le Quidditch pour obtenir des points supplémentaires, mais Ludivine visait bien plus que quelques points supplémentaires. Elle comptait bien avoir la moitié de ses ASPIC avant de les avoir passés. Et pour cela, une seule matière importait à ses yeux : Sortilèges. Cela impliquait pour elle de suivre, en plus des cours de Sortilèges de sixième année, tous ceux de septième année. Heureusement, plusieurs têtes familières se joignaient à elle pour ce cours.

- Au fait Lud, dit Scorpius, Rockwood semblait te chercher ce matin.

A ces mots, Ludivine releva la tête de son livre. Albus et Scorpius se mirent aussitôt à parler de Quidditch, comme à leur habitude, et Ludivine se retint de lever les yeux au ciel.

- Mais enfin Scorp, défendait Albus, on ne peut pas tout miser sur l'attrapeur face aux Gryffons, tu sais très bien qu'ils élaborent toujours leur stratégie pour le mettre hors d'état de nuire !

- Je sais bien, mais leur gardien est excellent, répondait Scorpius, on ne pourra jamais les distancer seulement en marquant des points.

Ludivine n'écoutait déjà plus, bloquant de son esprit la discussion qui avait lieu à côté d'elle. A cet instant, ce n'était pas eux qui l'intéressaient. Non, son regard se porta sur la table de Gryffondor qui commençait doucement à se remplir.

Son regard croisa celui d'une sorcière à la table de Gryffondor. Brune à la peau métissée, la sorcière avait assemblé ses longs cheveux en une grosse natte dont s'échappaient les quelques mèches qu'elle avait teintes en violet. Son regard croisa celui de Ludivine, et les deux sorcières échangèrent un sourire. Celui de Ludivine était mince, mais celui de la Gryffondor s'étendait jusqu'aux oreilles.

Acca Rockwood rayonnait au milieu des sorciers de sa maison. Il se dégageait une telle énergie de la sorcière, à toute heure de la journée, qu'elle attirait les regards. Ludivine avait toujours été impressionnée par le dynamisme de la sorcière.

- Mêle-toi de tes affaires, Weasley ! dit Acca en jetant un morceau de bacon à la tête de Hugo Weasley, Poufsouffle de cinquième année qui semblait être venu manger avec sa sœur, Rose Weasley.

A ce geste, Acca éclata de rire, consciente des regards qui s'étaient tournés vers elle, et reporta son regard sur Ludivine. Elle lui fit un signe discret qui disait qu'elles discuteraient plus tard, ce à quoi Ludivine répondit d'un hochement de tête.

Avec son accent américain, sa voix forte et son exubérance, Acca avait toujours attiré les regards au château. Elle était populaire, amie avec beaucoup de monde, amicale avec tout le monde. Son aisance sociale avait toujours impressionné Ludivine. Mais peu de personnes connaissait Acca mieux que Ludivine et celle-ci eut un sourire à cette pensée.

Son regard continua de se balader avant de se tourner vers ses amis, consciente qu'ils n'avaient toujours pas changé de sujet.

-Mais oui, s'excitait d'ailleurs Scorpius, tabler sur un horaire tôt, c'est à mon avis le plus stratégique si tu prends en compte que…

Et de nouveau, Ludivine bloqua leur échange de son esprit, levant les yeux au ciel et soupirant fortement alors qu'elle quittait son siège pour se diriger vers la salle de Potions sans crier gare.

- Mais Lud, attends-nous ! s'exclama Albus en se levant avec précipitation de son siège.

- On voulait ton avis sur la stratégie ! compléta Scorpius en faisant de même.


- Mon dieu, Hendell, tu ne serais pas en train de fangirler sur un cours de Sortilèges par hasard ?

- La ferme, Potter, à moins que tu ne préfères que je fangirle sur ton frère.

La réponse de Ludivine ne fit pas rire Albus qui grommela quelque chose dans sa barbe, mécontent de la réponse de la sorcière. A côté de lui, Scorpius ne s'était pas retenu d'éclater de rire en tapant -un peu trop fort- l'épaule de Ludivine pour la féliciter de sa réplique.

Quelques années plus tôt, lorsque les filles de Poudlard, années confondues, venaient régulièrement faire connaissance avec Albus dans l'unique but qu'il parle d'elles à son frère aîné, cette blague ne serait pas passée. Elle serait encore moins passée qu'en grandissant, Ludivine s'était mise à s'intéresser aux garçons et qu'Albus avait redouté que son attention commence à se porter sur son frère -comme toutes les filles qu'il avait pu côtoyées qui n'étaient pas de sa famille- au détriment de sa relation avec lui. Mais Albus avait depuis longtemps réglé ce complexe, d'une part parce qu'il avait appris à se distancer de quiconque se mettait soudainement à lui adresser la parole et d'autre part parce qu'il avait constaté de ses yeux l'intérêt que les filles avaient commencé à lui accorder également, ce qui avait rassuré son ego.

- Merci de ne pas me mettre des images écœurantes en tête, Lud, grimaça Albus.

Ludivine sourit. C'était bien évidemment une porte ouverte à ce qu'elle l'embête. Tout ce qui pouvait énerver l'autre était sujet à moquerie, ils fonctionnaient tous les trois comme ça.

- Quel est votre programme ? demanda Ludivine.

- Temps libre, sourit Scorpius. On hésite entre aller espionner l'équipe de Poufsouffle qui s'entraîne ou aller draguer de jolies sorcières dans le parc.

- Le Quidditch, répondit Albus.

- La drague ! s'exclama Ludivine en même temps que le sorcier.

Ludivine fusilla son ami du regard qui eut un sourire coupable. Albus savait très bien que Ludivine n'aimait pas le Quidditch et que leurs discussions incessantes à ce sujet l'exaspéraient. Ils s'étaient pourtant dit qu'ils feraient un effort pour ne pas en parler autant, mais Scorpius et lui ne se contrôlaient pas. Et d'un autre côté, il n'y avait rien, aux yeux d'Albus, de plus amusant que de voir Ludivine contenir son irritation.

- Tu n'as pas d'autres centres d'intérêts que le Quidditch, Potter ? s'exclama Ludivine. Tu n'as pas des envies à assouvir ?

- Pas besoin de parler de mes envies à assouvir pour le faire, Hendell, répondit Albus avec amusement.

Ludivine émit un son qui sembla s'apparenter à du dégoût alors que Scorpius rigolait à côté d'elle. Ce dernier passa son bras autour des épaules de la sorcière, comme il adorait le faire pour lui montrer à quel point elle pouvait être petite par rapport à lui.

- Ne pose pas de questions dont tu ne veux pas connaître la réponse, ma Lud, lui dit-il sur un ton moqueur. Allez, on va aller draguer de jolies sorcières sur le terrain de Quidditch. Bon cours !

Ludivine salua ses deux amis d'un mouvement de bras nonchalant avant d'atteindre sa salle de classe. Des idiots, se dit-elle.

Une chose était sûre, elle trépignait d'impatience à l'idée de se mesurer à des septièmes années. Peut-être était-ce son arrogance, mais il y avait des domaines dans lesquels Ludivine avait extrêmement confiance en elle, et les Sortilèges entraient définitivement dans ce champ.

Installée à sa place préférée, à savoir au milieu de la salle près de la fenêtre, Ludivine regardait les sorciers entrer et s'installer. Elle ne connaissait que très peu de visages, la plupart étant des septièmes années.

Ludivine n'était pas du genre à sortir de son cercle d'amis. Et comme ce cercle se limitait officiellement à Albus Potter et Scorpius Malefoy, ça ne signifiait vraiment pas grand monde. Si l'on rajoutait à cela la jalousie dont Ludivine avait souvent été la cible, ça signifiait encore moins de monde. Après tout, on n'était pas amie avec un Potter et un Malefoy, deux beaux sorciers et joueurs de l'équipe de Quidditch, sans conséquence. Heureusement que Ludivine ne se rendait pas compte de ce qui pouvait être dit sur elle.

En tout cas, cela ne l'empêchait pas de reconnaître quelques personnes, à savoir Fred Weasley, le cousin d'Albus du côté de sa mère ou encore Thomas Faber, capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle.

Les deux sorciers -tous les deux grands et musclés, même si la finesse du corps de Weasley s'opposait à la carrure carrée du Serdaigle- discutaient avec animation, les sourcils froncés, et Ludivine se demanda un instant si les deux capitaines allaient se jeter sur la gueule. Mais une sorcière aux couleurs de Gryffondor, dont Ludivine ne connaissait pas le nom et qui se tenait à côté d'eux, leur dit quelque chose et les deux sorciers éclatèrent de rire, balayant d'un revers de main ses propos.

Chacun s'assit à sa place, et Ludivine reconnut un autre visage, lié encore une fois à Albus. C'était James Potter, le frère aîné d'Albus. Ludivine soupira en se rendant compte qu'elle ne connaissait vraiment pas grand monde dans ce château, en dehors de l'entourage de son propre entourage. Le sorcier sembla suivre du regard un signe qu'on lui faisait au fond de la salle, et Ludivine se douta qu'il s'agissait de Weasley, assis derrière elle.

Elle voulut suivre leur échange alors que Potter rejoignait son cousin, mais son regard fut attiré par une nouvelle personne. Ajustant sa jupe bleue et bronze, la sorcière semblait analyser rapidement et nerveusement la salle du regard, probablement pour y croiser un regard familier. Et son visage s'éclaira en voyant Ludivine, lui faisant un grand sourire avant de s'approcher à grand pas.

- Tu attends quelqu'un ? demanda-t-elle sur un ton nerveux.

- Assieds-toi, tête de nœud, sourit Ludivine.

Le sourire de la sorcière sembla s'agrandir d'autant plus alors qu'elle posait son sac, et prenait place. Ludivine en profita pour observer la sorcière qu'elle connaissait maintenant depuis de nombreuses années.

Toujours aussi frêle, elle semblait sur le point de se briser en deux, avec son corps fin et ses gestes nerveux. Mais Liz avait encore embelli au cours de l'été. Ses cheveux blonds avaient poussé et lui arrivaient sous les aisselles et ses traits s'étaient affinés. Son sourire, cependant, n'avait pas changé.

- Pas beaucoup de sixièmes années, murmura Liz.

- Tout le monde préfère prendre Défenses, c'est plus populaire. Ou Potions, tout le monde sait que Slughorn donne les points facilement pour les cours avancés.

Liz observa Ludivine quelques instants avec un sourire

- On se voit bientôt avec les filles ? demanda Liz.

- Bien sûr ! affirma Ludivine avec un sourire. On va remettre en place nos soirées hebdomadaires, sinon je vais devenir folle à force d'être entourée de testostérone.

- Tu devrais te faire des amies chez les filles de ta maison, rigola Liz.

Ludivine ne répondit pas, et Liz n'attendait de toute façon pas de réponse. C'était devenu une blague récurrente entre elles. Ludivine avait un groupe d'amis très restreint et constitué de deux garçons. Ses autres amies, elle ne les côtoyait pas au quotidien.

Elles étaient quatre sorcières, amies depuis bien avant Poudlard, mais ne faisaient pas partie des mêmes cercles d'amis. Elles n'auraient pas su expliquer pourquoi, c'était juste comme ça. Chacune avait été répartie dans une maison différente et s'était fait des amis ailleurs. C'était entre autres l'une des raisons.

Acca était populaire au sein de Gryffondor. Elle était si amicale, si familière avec tout le monde qu'une foule entière l'entourait toujours. Liz était une Serdaigle jusqu'au bout des ongles. Par sa douceur et sa gentillesse, elle ne pouvait que plaire à quiconque s'adressait à elle. Enfin, Evelyn, que Ludivine n'avait pas vue de la semaine, connaissait beaucoup de monde avant même son arrivée à Poudlard -privilège des familles de sang-pur- et sa place au sein de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle la rendait populaire.

Ludivine, en revanche, avait quitté l'équipe de Serpentard en déclarant que le Quidditch était un jeu -et non un sport, très important- stupide qui n'en valait pas la peine, ce qui n'avait pas plu à sa maison, même si la plupart était passée à autre chose. Elle ne s'intéressait pas à grand monde et se montrait très souvent sèche.

Si elle n'était pas devenue amie avec Albus et Scorpius au début de leur scolarité, Ludivine n'était pas sûre qu'elle aurait eu quelconque ami. Ou en y pensant, peut-être qu'elle aurait fait plus d'efforts pour s'intéresser à d'autres personnes et se serait fait plus d'amis. Qui sait.

Ludivine sentait la sorcière s'agiter à côté d'elle.

- Pourquoi ce stress, Lizzie ?

- Tu penses qu'on a le niveau pour ce cours ?

- Bien sûr. Tu crois que la moitié des septièmes années qui sont là savent ce qu'ils y foutent ? On est bien meilleures qu'eux.

Un rire étouffé survint derrière elle mais Ludivine ne fit pas l'effort de se retourner, à l'inverse de sa camarade. Elle savait très bien que les deux sorciers derrière elles avaient tout entendu, ses propos autant que son ton méprisant, mais elle s'en fichait. S'il y avait une matière dans laquelle elle excellait, c'était Sortilèges et elle savait très bien que son niveau était supérieur à celui des autres. Alors pourquoi en avoir honte.

- Elle est marrante ta copine, dit Fred Weasley 0 Liz sur un ton ironique, et toi tu es mignonne.

Liz se retourna face à son bureau en un instant, le visage rouge et les mains tremblant légèrement, et le rire derrière elles s'accentua. Liz murmura un idiot qui parvint certainement à l'oreille de tout le monde.

Finalement, Ludivine se retourna, croisant un regard amusé -Fred Weasley qui l'examinait sans gêne aucune de haut en bas- et un regard neutre -James Potter qui croisa son regard avant de tourner la tête vers le professeur Flitwick qui venait d'entrer. Et Ludivine fit de même, refusant de se laisse déconcentrer par qui que ce soit.

- Bonjour à tous, commença le professeur Flitwick avec un sourire. Je suis ravi de voir vos visages pour une dernière année ! Félicitations aux sixièmes années qui ont choisi ce cours, vous allez voir, c'est passionnant. On va commencer par une petite présentation de ce que l'on va voir cette année.

Ludivine écouta avec un sourire. Elle adorait Sortilèges et elle attendait beaucoup de ce cours. Il lui fallait impérativement la meilleure des notes, dans ce cours et en Botanique, pour suivre les études qu'elle souhaitait après Poudlard. Et Ludivine était ambitieuse, elle aurait ce qu'elle voulait.


- C'est illégal d'être aussi sexy !

Ludivine leva les yeux au ciel en reportant son attention sur son livre de Botanique alors que dans les airs, l'équipe de Quidditch de Serpentard se réunissait pour discuter de quelque chose, à la demande d'Albus. Bien sûr, les entraînements de Quidditch, peu importait la maison sur le terrain, étaient le meilleur spot pour réunir des groupes de filles de toutes les années et toutes les maisons. Mais Ludivine voyait également les sorciers qui étaient venus regarder discrètement, comme s'ils n'osaient pas admettre être venus regarder des sorcières jouer. L'équipe de Serpentard, par exemple, réunissait plusieurs jolies filles, mais également féroces.

- Tu n'es quand même pas en train de lire alors qu'il y a un entraînement de Quidditch au-dessus de ta tête ?

Le ton était cynique, et Ludivine l'aurait reconnu parmi cent autres. Elle leva la tête pour croiser un regard moqueur et un rictus sur l'un des plus beaux visages de Poudlard.

- Evelyn, répondit Ludivine alors que la nouvelle arrivante prenait place à côté d'elle, sache que j'ai déjà ma dose de Quidditch au quotidien, étant le seul sujet dont savent parler Albus et Scorpius.

- Tu devrais te trouver des amies filles avec qui traîner plus souvent, rétorqua Evelyn en replaçant sa fine écharpe jaune et noire.

A cette remarque, Ludivine eut un rire auquel se joignit très vite Evelyn. C'était bien placé, elles le savaient tous les deux. Et ce fut sur un ton légèrement plus doux qu'elle continua.

- Comment tu vas, Ludivine ?

Ludivine ferma son livre pour tourner pleinement son visage vers celui de la Poufsouffle. Evelyn Lowell était une belle sorcière. Ses cheveux bruns, longs et soyeux, dévalaient le dos de la jeune fille, et son maquillage mettait parfaitement en avant ses yeux bleus en amande, son nez fin et ses lèvres pulpeuses. Evelyn était même magnifique. Tout Poudlard le savait. Mais tout ce que Ludivine voyait en regardant la sorcière était la douceur de son regard, rare chez la sorcière.

- Te serais-tu adoucie durant cet été, Evelyn ? la taquina Ludivine. Je décèle de la douceur dans ta voix ET dans tes yeux. Tu sais que trop de douceur peut être mauvais pour ta santé.

- La ferme, Hendell !

Et Ludivine éclata de rire, consciente que toutes les personnes présentes sur le terrain et les gradins pouvaient les voir. Ce fut certainement la raison pour laquelle Evelyn n'esquissa qu'un sourire.

- Je vais bien, Evy, finit par répondre Ludivine. Difficile de se sentir plus chez soi autre part qu'entre les murs de ce château, n'est-ce pas ?

- Je ne te le fais pas dire.

Le ton était distant, et Ludivine savait que l'été d'Evelyn avait été compliqué. Les lettres qu'elle leur avait envoyées, à elle et aux filles, avaient montré que les étés en famille devenaient de plus en plus difficiles.

- Ta mère ne lâche pas le morceau avec le mariage ?

- Non ! s'exclama Evelyn avec fureur. C'est incroyable d'être aussi têtu, à croire que c'est elle que ça concerne ! Et mon père qui reste immobile tel un piquet, c'est irritant, il est incapable de revendiquer ses idées.

- En même temps, sourit Ludivine, ta mère est effrayante.

Evelyn soupira. Elle venait d'une famille de Sang-pur très portée sur les traditions, et d'aussi loin qu'elle s'en souvienne, les relations avec ses parents avaient toujours été tendues. Avec sa mère parce qu'elle ne jurait que par l'image de leur famille, et l'impact des actions d'Evelyn sur cette image. Avec son père parce qu'il s'était effacé face aux exigences de sa femme et qu'Evelyn l'avait toujours connu… éteint. Totalement éteint. Avec sa sœur parce qu'elle l'avait fliquée toute sa scolarité pour s'assurer qu'Evelyn restaient dans les clous.

Alors quand Evelyn avait été répartie à Poufsouffle, cela avait été une honte. Quand elle s'était inscrite dans l'équipe de Quidditch, cela avait été une offense. Quand elle avait candidaté au poste de capitaine suppléante, cela avait été un affront. Quand elle avait déclaré qu'elle allait tenter sa chance dans le Quidditch professionnel, cela avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. Et cet été avait été, pour elle, long. Très long.

- Pourtant, reprit Evelyn, ta mère dit toujours que mon père était quelqu'un de vivant. Ma mère lui a aspiré son énergie.

- Une chance qu'elle n'ait pas encore aspiré la tienne.

- Et ça n'arrivera pas, rétorqua Evelyn. De toute façon, elle a déjà mis tous ses espoirs en Eva.

Eva était la sœur aînée d'Evelyn. Serpentard et stagiaire au Ministère depuis qu'elle avait fini ses études à Poudlard en juin dernier, elle était la fierté de sa mère. Durant ses années à Poudlard, Eva avait surveillé sa petite sœur qui n'avait pas le droit à l'erreur. Et c'était bien pour cette raison que c'était la première fois, en six ans, qu'Evelyn Lowell venait s'adresser en public à Ludivine, et cela malgré leur amitié plus longue que leur scolarité à Poudlard. Après tout, Ludivine était une sang-mêlé.

- Ce n'est pas vrai, souffla Evelyn, il est tout le temps-là celui-là, on ne croirait pas qu'il a refusé le poste de capitaine cette année.

Ludivine sut de qui parlait la sorcière en suivant son regard sur le terrain. Adossé aux gradins, les bras croisés, James Potter observait les joueurs de Serpentard qui s'élevaient au-dessus de sa tête, plongé dans ce qui semblait être une analyse de leur jeu.

- Je le soupçonne de regretter son choix, confia Evelyn en fusillant le sorcier du regard.

Si Ludivine n'entendait pas parler de Quidditch toute la journée, elle aurait rigolé de la colère de la Poufsouffle vis-à-vis de l'aîné des Potter. Cette colère ne venait que d'une chose, le fait que Gryffondor ait battu Poufsouffle l'année dernière lors de la Coupe de Quidditch. C'était Evelyn qui avait élaboré la stratégie de ce match, et il lui avait fallu des mois pour se remettre de cette défaite. Mais la Serpentard soupçonnait son amie, à cet instant, de ne s'en être en réalité jamais remise.

- Il a de la chance d'avoir une belle gueule, moi je te le dis, continua Evelyn en fusillant du regard le sorcier qui ne la voyait pas.

Ludivine ne répondit rien, mais ne put qu'approuver silencieusement. James Potter était beau, c'était indéniable. Avec ses cheveux coiffés de façon désordonnée et ses yeux marron noisette généralement malicieux, James Potter savait très bien qu'il était facile pour lui de charmer les filles. Et si son visage n'avait pas l'effet escompté, il pouvait compter sur sa carrure, marquée comme son frère par le Quidditch. Avec ses épaules larges et son torse musclé -facile à deviner sous ses chemises-, James Potter était sexy. Toutes les filles de ce château le pensaient, et Ludivine n'échappait définitivement pas à la règle.

Le t-shirt bleu marine qu'il portait à cet instant révélait justement cette musculature solide.

- Alb, attenti…

Le bruit d'un choc sortit la sorcière de sa contemplation, et quand elle leva la tête, ce fut pour voir avec effroi le corps d'Albus chuter de son balai jusqu'au sol. Ludivine réagit au quart de tour. Se levant en un instant, elle dévala les rangs des gradins et sauta du premier gradin au sol, suivie de près par Evelyn.

Une foule s'était déjà réunie autour d'Albus, principalement composée des joueurs de l'équipe et de son frère. Ludivine se fraya un chemin, poussant sans délicatesse quiconque se trouvait entre Albus et elle, et parvint à s'agenouiller à côté du sorcier qui avait réussi à se mettre sur les fesses.

- Ça va Alb ? demanda Mila Stones, poursuiveuse de l'équipe et camarade de chambre de Ludivine.

Albus hocha de la tête, se tenant le coude avec une grimace. Lorsqu'il leva la tête, il croisa le regard inquiet de Ludivine dont le visage était si proche du sien qu'il faillit avoir un mouvement de recul.

- C'est cassé ? demanda-t-elle silencieusement.

- Miller ! s'éleva une voix avec force qu'elle reconnut comme celle de Scorpius. Que foutait ce putain de cognard sur Albus ?

- Je la joue Gryffondor pour tester, Scorp, s'exclama ledit Maximilien Miller -et à ces mots, un bruit de mécontentement s'éleva. Désolé Potter, dit Miller en s'adressant à James. Et désolé Potter, dit-il cette fois avec amusement à son coéquipier tandis qu'Albus lui répondait en levant son amjeur, faisant rire l'équipe.

Ludivine n'écoutait pas ce qu'il se passait autour d'elle alors que tout le monde s'agitait pour comprendre ce qu'il s'était passé pour qu'Albus soit touché par un cognard. Elle manipulait doucement le bras d'Albus, essayant de comprendre l'origine de la douleur et la localisation.

- Putain, Lud, grimaça Albus, un peu de douceur, tu me…

- La ferme, Potter.

Le ton autoritaire de la sorcière fit taire Albus qui ne retint pas une nouvelle grimace. Quelqu'un s'agenouilla à côté d'elle mais Ludivine avait les yeux rivés sur le bras d'Albus. Un gonflement commençait à apparaître au niveau du coude et elle n'arrivait pas à tendre le bras du sorcier. Puis un sourire se forma sur ses lèvres. Elle venait d'identifier la localisation et la forme de la blessure.

- C'est cassé, affirma-t-elle cette fois.

- Si fragile Al, dit James Potter à côté d'elle sur un ton moqueur, il va falloir te renforcer si tu veux vaincre Gryffondor.

- La ferme, James, rigola Albus en grimaçant de nouveau alors que ses yeux cherchaient ceux de Ludivine. Tu es sûre de ce que tu fais ?

A ces mots, Ludivine fusilla son ami du regard. Elle avait sorti sa baguette pour ressouder son os, et elle sentait la réticente d'Albus. Autour d'eux, Scorpius était en train de disputer Miller sur son coup de batte tandis que les autres joueurs se rejouaient la scène. Tout le monde semblait avoir oublié que leur capitaine s'était cassé un os, mais Ludivine le prit comme un gage de confiance.

Dans l'équipe, elle avait toujours été celle qu'on appelait pour réparer un membre. Alors Ludivine soupira alors que son regard croisait celui de James Potter qui semblait l'étudier avec sérieux. Ce qu'elle pouvait détester le Quidditch. Mais elle répondit tout de même à son ami.

- Ce serait une honte de passer autant de temps dans les bouquins et ne pas savoir soigner une simple fracture, n'est-ce pas ? dit-elle sur un ton neutre. Et puis, je l'ai déjà fait.

- Oui mais pas sur moi, argumenta Albus.

- Laisse ta petite-amie s'occuper de toi, Potter, rigola Miller, ce n'est pas moi que t'entendrais geindre si j'avais une infirmière personnelle.

A ces mots, Ludivine serra sa baguette avec force alors qu'autour d'elle, les sorciers présents rigolaient. Elle bouillonnait, c'était le cas de le dire. Réparer un os n'était pas à la portée de tout le monde, c'était un acte de magie qui méritait une forte concentration et beaucoup d'énergie. Et s'il y avait une chose que Ludivine ne pouvait pas supporter, c'était qu'on minimise ses capacités. Ça, et le fait d'être désignée comme la « petite-amie » d'Albus. Ce connard de Miller oubliait qu'ils avaient été coéquipiers pendant plusieurs années, elle avait un nom !

Mais elle ne dit rien, faisant comme si elle n'avait rien entendu. Elle ne vit pas Scorpius taper le sorcier à l'arrière de la tête avec force, le fusillant du regard. Elle sentait cependant le sourire narquois d'Albus, amusé justement parce qu'il savait qu'elle était en colère et qu'elle se contenait. Enfoiré, se dit-elle, se retenant de faire souffrir le sorcier en réparant son bras.

Alors que le Gryffondor à côté d'elle semblait n'avoir toujours pas détourné son regard d'elle, Ludivine agita agilement sa baguette au-dessus du coude de son ami, faisant jaillir des lumières jaunes. Albus grimaça alors qu'il attrapait de sa main valide le poignet libre de Ludivine et qu'il la serrait avec force. L'opération était douloureuse, elle le savait. Alors elle ne dit rien quand il écrasa son poignet de sa forte poigne.

- Ne fais pas ta fiotte, Al, se moqua à côté de lui son frère, se faire réparer un os, ça arrive tous les quatre matins.

Piqué dans sa fierté, Albus fusilla son frère du regard et quelques secondes plus tard, Ludivine abaissa sa baguette.

- Mieux ? demanda-t-elle avec un sourire.

- Parfait ! répondit Albus en agitant son bras dans tous les sens. T'es vraiment une boss, Lud ! Merci !

Albus se releva avec un sourire à faire chavirer des cœurs. Et un regard vers Mila confirma cette hypothèse à Ludivine. Parfois, Ludivine oubliait qu'Albus était un beau jeune homme et c'était comme si ce constat lui sautait à chaque fois soudainement aux yeux.

L'équipe se réunit autour d'Albus, en attente des prochains ordres de leur capitaine.

- Serpentards, dit Albus d'une voix forte et autoritaire, on remonte !

Et sur ces mots, toute l'équipe de Quidditch retourna dans les airs.

Lorsque Ludivine regarda autour d'elle, Evelyn avait déjà disparu et Ludivine soupira. Il faudrait qu'elle attrape la sorcière à un autre moment, pour s'assurer qu'elle allait bien. Elle regrettait de ne pas avoir pu finir leur discussion.

A côté d'elle, cependant, se tenait toujours James Potter. Les mains dans les poches, il la dévisageait sans gêne d'un air nonchalant qui irrita la sorcière. Elle n'était pas à l'aise, et Ludivine n'aurait su dire s'il s'agissait de son malaise social qui faisait surface ou bien le regard impérieux du sorcier sur elle. Finalement, James lui fit un léger sourire narquois.

- Toujours présente quand il s'agit de s'occuper de mon frère, lui dit-il d'un ton moqueur.

Ludivine fronça les sourcils. Elle savait très bien ce qu'il sous-entendait. La moitié de l'école le sous-entendait tout le temps, que ce soit par des regards appuyés dans son dos ou des remarques faites pour ne pas être entendues. C'était le privilège d'être amie avec Albus Potter et Scorpius Malefoy, les moqueries et chuchoteries, se dit cyniquement Ludivine. Ça, et la joie d'entendre toujours parler de Quidditch.

- Juste au bon endroit au bon moment, répondit Ludivine en haussant les épaules.

- Miller a raison, continua James. Mon frère a de la chance d'avoir son infirmière dans les parages.

A ces mots, le regard de Ludivine changea. Elle, qui évitait le regard du Gryffondor depuis quelques secondes, planta ses yeux dans ceux du sorcier. Les siens étaient moqueurs. Il la provoquait. Il avait certainement vu que les mots de Miller l'avaient énervée et à cet instant, il la provoquait. Pourquoi, Ludivine n'en savait rien. Probablement pour s'amuser. Pourtant, elle y voyait autre chose que de la simple moquerie. Elle n'aurait su dire quoi. De la… méfiance ?

- Je sais tout aussi bien réparer des os qu'en abîmer, Potter.

Le sous-entendu était clair, James le comprit très bien, et son sourire narquois se fit plus grand alors que Ludivine levait son menton, le défiant du regard de répondre. Mais il ne semblait pas en avoir l'intention, la dévisageant de haut en bas avant de tourner les talons et s'en aller.

Quel mec étrange, se dit Ludivine avant de quitter le terrain également.


Et voilà pour ce nouveau chapitre ! Merci à ceux qui me font des retours, en attendant bon week-end à tous!