Merci à capinghemois pour ta review qui m'a fait très plaisir.

Bonne lecture !


Chapitre 3 - Ouverture sur le monde

Poudlard pouvait être un monde étrange. Isolé dans les terres écossaises, enchanté et vieux comme le monde sorcier, le château avait quelque chose de mystérieux, de majestueux. Éclairé par la simple lueur de la lune, il semblait briller de mille feux. Pourtant, aucune lumière n'en émanait. L'heure était tardive et pas un chat ne traînait. Du moins, ils le faisaient discrètement. Et Ludivine observait le château. Même après six années passées dans ces murs, elle restait fascinée par cette construction qui lui semblait irréelle.

Le château avait été abîmé durant la Grande Bataille, celle où Voldemort avait été vaincu. Mais rien n'avait été conservé de cet événement. Le château avait été entièrement réparé, les passages secrets créés complètement scellés. Et personne n'en parlait.

La Grande Bataille était un fait historique. On pouvait lire sur le sujet dans les livres d'histoire. Elle était enseignée en dernière année d'Histoire de la Magie. Mais il s'agissait de faits historiques auxquels les adolescents d'aujourd'hui ne s'identifiaient pas. Aucun étudiant ne savait réellement ce qu'avait été la terreur de Voldemort, ne savait ce que ça avait pu être d'être enfant de moldu à cette période. Personne n'en parlait. Personne n'en parlait réellement. Et le château restait toujours aussi majestueux.

Ludivine adorait se promener dans le château de nuit. Une telle liberté s'en dégageait. Ce qu'elle aimait le château à ces heures, rayonnant sous la clarté de la lune, silencieux, monumental. Monumental même si aujourd'hui, il lui semblait moins impressionnant que lorsqu'elle faisait deux têtes de moins.

Appuyée depuis plusieurs minutes à la barrière du pont qui menait au parc de l'école, Ludivine laissait ses pensées virevolter dans sa tête. Ce début d'année avait été différent des autres. L'été qu'elle venait de vivre l'avait beaucoup fait réfléchir. Ça n'avait pas été un été classique, où elle aurait passé deux semaines chez Acca et ses parents à Boston, puis quelques semaines avec sa mère à Londres avant de passer les deux dernières semaines d'été chez Scorpius.

Non, cet été avait été particulier pour Ludivine. Pour la première fois, sa mère avait fait le choix d'emmener Ludivine en mission tout l'été. Alors Ludivine avait parcouru divers pays européens, avait vécu sur le qui-vive et sous les ordres de certains des meilleurs sorciers du Royaume-Uni et de l'Union magique européenne. Ses vacances chez Albus avaient été annulées. Ludivine avait partagé une telle complicité avec sa mère, ce changement de programme ne l'avait aucunement dérangée.

Et puis, elle avait tellement appris de sa mère. Elle avait appris à être plus observatrice, à écouter ce qu'on lui disait mais surtout ce qu'on ne lui disait pas. Et peut-être que Ludivine était ressortie de cet été en étant moins tête de mule, plus mature. C'était même sûr. Sa mère lui avait appris à être moins centrée sur elle-même, à observer et à écouter.

Ludivine sourit. Devenir indifférente au monde extérieur avait été un travail de longue haleine. Prêter de nouveau attention aux autres, à ce qu'ils pouvaient dire ou penser était une nouvelle épreuve. Mais elle n'avait aucun doute que cet été lui servirait par la suite, d'une façon ou d'une autre.

Ludivine se décolla de la rambarde. Il commençait à se faire très tard et elle risquait de gros ennuis si elle se faisait prendre. Depuis la rentrée, certaines règles avaient été durcies et certains professeurs n'hésitaient pas à appliquer la double peine aux élèves qu'ils attrapaient après le couvre-feu en semaine. C'était retenue, points en moins et baisse des notes sur certaines matières. Autant Ludivine se fichait des détentions et points en moins, en dehors de son image de préfète, mais il était tout bonnement hors de question de perdre des points sur ses rendus.

Alors ce fut tout discrètement qu'elle retourna aux sous-sols de Serpentard.


Lorsque Ludivine franchit le portrait de la salle commune, elle ne fut pas surprise de voir Scorpius assis sur l'un des canapés en cuir noir près de la cheminée, la tête plongée dans un livre. De fines lunettes sur le nez, un bas de pyjama vert en flanelle et un pull brodé par la grand-mère d'Albus sur les épaules, il était concentré. Ludivine ne se gêna pas pour le dévisager, notant son dos droit et sa tête relevée alors qu'il tenait son livre à hauteur de son menton. Scorpius Malefoy respirait l'aristocratie, la noblesse née.

- Encore une insomnie ? demanda Ludivine en se laissant tomber dans le canapé.

- Encore une balade de nuit ? répondit Scorpius sans lever le regard de son livre.

- Poudlard est magnifique la nuit, dit-elle simplement en posant son regard sur le feu de cheminée qui crépitait face à eux.

- Rien ne vaut la vue du château de nuit depuis un balai.

Ludivine sourit en repensant à leur escapade nocturne une semaine plus tôt. Elle ne l'aurait jamais admis à Albus et Scorpius, mais cette virée l'avait rendue vivante durant plusieurs jours. L'excitation de ne pas se faire surprendre, l'adrénaline de voler librement, c'étaient des sentiments qui la rendaient vivante. Elle ne l'aurait jamais admis, mais les deux sorciers l'avaient bien vu. Et puis, ils en avaient ressenti la même chose.

-On est de mauvais préfets, rigola Ludivine, à enfreindre le règlement tous les soirs.

-Je n'irai pas jusque-là, sourit Scorpius, toi tu te débrouilles bien. Moi, je suis là par défaut, je pense que ça se voit.

- Si ce n'est pas du Quidditch, tout ce que vous faites, Al et toi, est par défaut, cingla Ludivine.

Scorpius rigola d'un rire franc. Ludivine n'avait pas spécialement tort. Après tout, Albus prévoyait de construire sa vie professionnelle dans le Quidditch et Scorpius était passionné par toute la stratégie que demandait un match, c'était de la passion pure et dure pour les deux sorciers. Ils adoraient ça.

-Que veux-tu, sourit Scorpius, nous sommes des passionnés.

- Obsédés, oui, corrigea Ludivine avec un sourire doux.

- Qui se ressemble s'assemble, très chère ! Tu t'es déjà entendue parler de médicomagie ? Tu serais incapable de te souvenir de ton nom si on te demandait la procédure de soin d'un sort hémorragique.

- Peut-être, admit Ludivine, mais moi je ne parle pas que de ça à longueur de temps !

- Non, sourit Scorpius en se sentant gagner la bataille, tout simplement parce que tu as la tête plongée dans les bouquins de médicomagie à longueur de temps !

- Je m'instruis !

- Et nous on divertit !

- Vous ne divertissez que vous !

- Je peux te donner le nom de plusieurs filles qu'on divertit également.

À ça, Ludivine ne sut quoi répondre alors que Scorpius la défiait d'un regard espiègle. Ils savaient tous les deux qu'il avait gagné lorsque Ludivine le regarda avec des yeux ronds. Il avait fait fort.

Finalement, elle ne dit rien alors qu'elle lui rendait son regard espiègle. Ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre.

Ludivine avait beau être amie avec Albus et Scorpius depuis six ans tous deux, Ludivine s'était toujours sentie plus proche d'Albus que de Scorpius. Elle avait deux explications à cela. Déjà, Scorpius, comme elle, était enfant unique. À l'inverse totale d'Albus. Et cela jouait énormément. Scorpius, comme Ludivine, était toujours très tempéré. Ils étaient arrivés à Poudlard en étant habitués à garder leurs sentiments pour eux. Alors ils étaient tous deux très cordiaux.

Ce n'était pas le cas d'Albus, qui avait eu l'habitude des cris, des chamailles et des règlements de compte. Il n'avait aucun problème à montrer que quelque chose l'emmerdait. Parce qu'il avait appris très jeune que s'il n'exprimait pas son mécontentement, personne ne prendrait le temps de le prendre en compte. Cette franchise avait été probablement ce qui avait assaini leurs relations à tous les trois, parce que Scorpius et Ludivine avaient appris à dire les choses également.

Alors les trois sorciers avaient appris à être très francs les uns envers les autres, trait venu d'Albus, mais avaient compris que la meilleure façon d'être inatteignables était de camoufler leurs émotions aux autres, trait venu de Scorpius, tout en faisant attention à ce que chacun se sente épanoui dans leur amitié à trois, trait venu de Ludivine.

L'autre raison avait été cette histoire d'attirance qui avait pris des proportions en quatrième année. Sur le chemin de l'amitié, Albus et Ludivine avaient rencontré quelques embûches, l'une d'elle étant les hormones qui avaient pris le pas sur les sentiments amicaux durant quelques temps.

Cette fois encore, la franchise d'Albus avait sauvé leur amitié. Et au lieu de se tourner autour pendant des mois, jouer et prendre le risque de perdre leur amitié, Albus l'avait prise entre quatre yeux et lui avait dit ce qu'il ressentait. A ce stade, ça n'avait été que de la simple attirance et il s'était engagé à ce que ces sentiments s'envolent. Ça avait pourtant perturbé Ludivine qui s'était beaucoup interrogé sur ses sentiments. Finalement, ils avaient tenté quelque chose. Et ça avait duré une semaine. Personne n'avait été au courant, à part Scorpius.

Ils s'étaient vite rendu compte qu'ils avaient confondu l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre pour de l'amour, et l'intérêt qu'ils commençaient à porter à la personne du sexe opposé dont ils étaient le plus proche pour de l'attirance ciblée. C'était Ludivine qui avait pris la décision d'arrêter. Avec du recul, elle s'était demandé si Albus avait suivi son choix ou s'il avait partagé entièrement son avis.

En tout cas, il avait respecté ce choix. Ce n'était pas un sujet dont ils parlaient, qui n'était évoqué par aucun des trois sorciers. C'était le passé. Ce qui était resté de cette histoire, c'était qu'Albus et elle adoraient se taper mutuellement sur les nerfs. Alors oui, elle s'était toujours sentie plus proche d'Albus, mais Scorpius l'avait toujours mieux comprise. Il la connaissait aussi par cœur.

- Tu sais que Emily Brive crie à qui veut l'entendre dans le château qu'elle a couché avec toi cet été.

- Ce qui n'est pas faux, sourit Scorpius.

- Ça ne te dérange pas que tout le château pense que tu couches dans tous les sens ?

- Autant que toi face à toutes les rumeurs sur le fait que tu te tapes Albus et moi en même temps.

- Pardon ? répondit Ludivine d'un air interloqué.

- Tu vois, rigola Scorpius. Tu en as tellement rien à faire que tu n'es même pas au courant que tout le château pense ça.

Ludivine n'était pas sûre d'avoir bien entendu. En face d'elle, Scorpius rigolait d'un air léger mais il ne semblait pas comprendre. Pour sûr, Ludivine n'écoutait pas toutes les rumeurs qui circulaient dans le château. Aucune personne censée ne le faisait, notamment parce que tout ce qui était dit était généralement faux et que ces rumeurs ne servaient qu'à occuper ceux qui les inventaient.

Ludivine, elle, n'écoutait pas les rumeurs parce qu'elle savait pertinemment que sa personne devait servir de protagoniste dans les histoires les plus farfelues, incluant le cadet des Potter et l'héritier des Malefoy. Mais jamais elle n'aurait pensé qu'on dise de telles choses à son propos. Qu'avait-on pu dire d'autre par ailleurs ? Elle ne s'était jamais posé la question.

- Les gens disent que je couche avec vous ? En même temps ?

- Pour la version soft, rigola Scorpius.

- Ça n'a rien de drôle ! cingla Ludivine.

Scorpius se contenta de hausser les épaules en fixant la sorcière du regard, toujours le même sourire sur les lèvres.

- N'écoute pas ce qu'ils peuvent dire.

- Facile à dire, marmonna Ludivine.

Scorpius fronça les sourcils. Il semblait prendre conscience du malaise de Ludivine, et il ne cacha pas sa surprise. Un des aspects qu'il appréciait le plus chez son amie, c'était bien son indifférence vis-à-vis des autres. Il était rare que Ludivine soit atteinte parce qu'on pouvait dire sur elle. L'avis des autres ne l'importait pas et elle ne s'en cachait pas. Alors pourquoi était-ce soudain le cas ?

- Hey, dit-il dans un souffle en se penchant vers la sorcière pour poser sa main sur son genou, si j'écoutais toutes les rumeurs à mon sujet, j'aurais trouvé la pierre de résurrection en troisième année et j'aurais essayé plusieurs fois de ramener Voldemort à la vie pour restaurer l'honneur de ma famille auprès des anciens Mangemorts. Les rumeurs sont faites pour occuper ceux qui s'emmerdent dans leur vie. Et crois-moi, Poudlard est peuplé de ce type de personne.

Ludivine lâcha un petit rire nerveux. Cette rumeur était ridicule. Et absurde. Probablement lancée par des personnes qui ne connaissaient pas Draco Malefoy aujourd'hui. Ludivine oui, et elle savait à quel point cette rumeur était absurde. Tout comme celle à son sujet, se dit-elle amèrement.

Elle ne savait pas pourquoi elle était autant surprise. Elle savait que Poudlard pouvait être cruel. Elle savait que des rumeurs circulaient tous les jours. Elle n'en connaissait juste pas le contenu. Et elle aurait préféré ne pas le connaître. Absurde.

La porte de la salle commune s'entrouvrit pour laisser passer Albus, un sourire d'enchantement sur les lèvres. Il fut surpris de voir Ludivine et Scorpius encore debout mais se dirigea vers eux rapidement en se laissant tomber dans le canapé à côté de Ludivine comme cette dernière l'avait fait plus tôt.

- Tu étais où ? demanda-t-elle avec curiosité. Il est tard.

- Je t'ai vue sur la carte du maraudeur près de la Grande salle vingt minutes plus tôt, se contenta de répondre Albus.

- Oui mais moi c'est habituel.

- Qui te dit que ça ne l'est pas pour moi ?

- Moi, répondit-elle avec évidence. Et Scorpius.

- Merci de ne pas me mêler à ça, dit Scorpius d'un ton neutre sans lever les yeux de son livre.

- Alors seulement moi, dit Ludivine en fusillant le blond du regard.

- J'étais sorti, dit simplement Albus d'un ton exaspéré.

Ludivine ne dit rien, surprise de son impatience. Il en fallait bien plus pour exaspérer Albus Potter, encore plus quand c'était elle. Elle examina le sorcier du regard. Il semblait extatique, avec son sourire hébété et ses yeux rêveurs. Elle n'avait pas l'habitude de le voir comme ça.

Albus était quelqu'un de réfléchi. Il avait toujours un air calme et un sourire avenant, même s'il choisissait avec précaution avec qui il acceptait de rigoler. Comme Scorpius, il était toujours en maîtrise. Il ne laissait pas paraître toutes les émotions sur son visage et construisait l'image que les autres avaient de lui.

Pendant très longtemps, Ludivine avait pensé que Scorpius et Albus étaient des personnes en contrôle parfait de leurs sentiments. Dû à leur jeunesse et leur proximité à un jeune âge, elle avait rapidement vu que ce n'était qu'une façade, lorsqu'ils s'étaient chacun ouverts aux deux autres. Là, elle avait découvert le côté moqueur de Scorpius et le sang chaud d'Albus. Elle avait mis encore plus de temps à se rendre compte qu'elle appliquait cette exacte même stratégie. Jusqu'à parfois sembler assez insensible, mais ça ne dérangeait pas Ludivine. Elle n'avait jamais réellement accordé d'importance à ce que les autres pensaient. Enfin, jusqu'à qu'elle se rende compte que les autres pensaient beaucoup de choses. Des choses très peu positives.

Un silence s'était installé, un silence confortable pour Scorpius qui lisait tranquillement et Albus qui s'était perdu dans ses rêves. Ludivine, elle, se tourmentait l'esprit.

- Tu étais avec une fille.

Ce n'était pas une question, mais rien ne se lut sur le visage du sorcier.

- Je ne pose pas de question quand tu sors faire tes escapades jusqu'à l'aube, Lud.

- C'est parce que je vous raconte déjà tout. Et n'évite pas le sujet !

- Je n'évite rien, Lud. Je vais me coucher, bonne nuit.

Albus s'était fermé. Ludivine savait que rien ne sortirait de sa bouche. Alors elle n'insista pas et le regarda monter nonchalamment les escaliers avant de reporter son attention sur Scorpius qui semblait avoir oublié son existence.

- Ça ne te dérange pas de ne pas savoir ? demanda Ludivine.

- Qui te dit que je ne sais rien.

- Tu ne sais rien, affirma-t-elle en balayant la réponse du sorcier d'un revers de main. Ils se comportaient comme si elle ne savait pas reconnaître lorsqu'ils évitaient de répondre à ses questions.

- Chacun ses secrets Lud, se contenta de dire Scorpius.

- Je croyais qu'il n'y en avait pas entre nous.

Scorpius sembla sentir que la sorcière était sérieuse, parce qu'il fronçait les sourcils lorsqu'il releva la tête de son livre. Il semblait jauger Ludivine du regard, essayant de comprendre ce qui pouvait bien passer par son esprit.

- Arrête de te prendre la tête, Ludivine. Ce qu'Albus ne nous dit pas ne concerne que lui. Il nous en parlera quand il sera prêt. En attendant, ce qu'on peut faire est de respecter son intimité.

Scorpius ferma son livre, décidant qu'il était temps d'aller se coucher. Ludivine n'était pas dupe. Elle savait très bien que Scorpius s'était inquiété, et que la seule raison pour laquelle il était resté si tard dans la salle commune était de s'assurer de voir Albus rentrer. Non, Ludivine n'était pas dupe. Mais elle ne dit rien quand Scorpius lui souhaita bonne nuit, ébouriffant les cheveux de la sorcière avant de se tourner vers les escaliers.

Il ne resta à Ludivine qu'à faire de même, sentant la fatigue la tirailler soudainement. Respecter l'intimité d'Albus. Ludivine essaierait. Mais elle ne comprenait pas que le sorcier ne dise rien.


- Je t'ai déjà dit que je ne te dirai rien, Ludivine ! s'exclama Albus avec irritation.

- Et pourquoi ça ? s'offusquait Ludivine en adaptant sa marche au pas rapide d'Albus.

- Parce que je n'ai pas envie d'en parler, ni à toi ni à Scorpius, ni à personne !

- Je suis ta meilleure amie ! s'exclama Ludivine.

- Et même la meilleure des meilleures, mais ça ne change rien ! commençait à s'énerver Albus.

- As-tu honte ?

- Ça suffit Lud, soupira Albus.

Tout le monde s'était retourné sur leur chemin, mais aucun des sorciers n'y avait prêté attention, chacun tenant ses positions avec fermeté. Ludivine était inhabituellement insistante et Albus inhabituellement secret.

- C'est un mec ? demanda Ludivine avec précaution.

La réaction d'Albus, à savoir de lever les yeux au ciel en pinçant les lèvres, lui suffit pour démonter les idées qui se faisaient dans sa tête.

- C'est pas une de mes amies ? demanda Ludivine avec horreur en franchissant la salle encore vide de Potions.

- Quoi ? s'étonna Albus. Mais non, Ludivine, tu penses que j'en ferais un secret ?

Ludivine se contenta de hausser les épaules. Qu'en savait-elle vraiment à cet instant. Irritée, elle s'arrêta une rangée avant sa place habituelle, qu'elle occupait d'habitude avec Albus.

- Si c'est comme ça, je préfère m'asseoir seule aujourd'hui.

- Merlin, Lud, depuis quand tu es aussi insistante ? s'irritait progressivement Albus. Je n'ai pas envie d'en parler, c'est tout. Scorpius n'est pas non plus au courant et tu ne l'entends pas en faire un cake.

- Ça, c'est parce que je ne lave pas mon linge sale en public, marmonna Scorpius en prenant la place inoccupée de Ludivine.

Il était facile de voir que la dispute des deux sorciers l'irritait. Ludivine le fusilla du regard en posant un sac sur le plan de travail devant eux. Elle n'avait pas besoin qu'on le lui dise pour savoir que Scorpius avait certainement essayé de connaître le nom de cette personne qu'Albus voyait en douce. Le fait qu'il ait attendu le sorcier hier soir jusqu'à pas d'heure était pour elle une preuve suffisante. Il était simplement plus subtil qu'elle, c'était tout.

- Tu n'es juste pas le genre à tenir des secrets, marmonna furieusement Ludivine en fusillant Albus du regard.

- La blague, s'exclama Albus avec un rire, tu peux bien parler !

- Ouhla, querelle d'amoureux ?

Les deux sorciers se tournèrent d'un même corps vers la nouvelle arrivante, une souriante Acca Rockwood qui se prit deux regards furieux, accentuant son rire.

- Ne dis pas n'importe quoi Acca !

Face à la réponse de son amie, d'habitude si calme et distante en public, le regard d'Acca changea et elle se tourna rapidement vers Albus en posant son sac à côté de Ludivine.

- Qu'est-ce que tu as bien pu faire pour l'énerver, Potter ?

- Mais rien du tout ! s'offusqua Albus.

- Il n'y a que toi pour réussir à autant l'énerver, Potter.

- C'est elle qui ne supporte pas que d'autres aient une vie en dehors d'elle, cingla Albus.

A ces mots, Ludivine fusilla le sorcier du regard. Pas besoin d'être vexant !

Ludivine était habituée à ce qu'on ne lui dise pas tout. Toute son enfance, elle avait vu sa mère rester secrète, à chuchoter dans la cheminée lorsque Ludivine était dans le coin, à ne pas laisser n'importe qui franchir le seuil de leur appartement londonien, à envoyer certaines lettres en langage codé. Jusqu'à cet été, sa mère n'avait que très rarement parlé de son travail, de ses missions, de son père. Ludivine y était habituée. Elle respectait sa mère pour sa dévotion. Mais y être habituée ne voulait pas dire qu'elle le vivait bien, et encore moins venant d'Albus qui s'était toujours confié à elle lorsqu'il ne savait pas à qui s'adresser.

-Ludivine ? l'interpella-t-on

La nommée releva la tête vers Rose Weasley, qui s'était approchée et lui faisait un sourire amical que Ludivine lui rendit.

- Dis-moi tout, Rose.

- Pourrais-tu me remplacer demain soir pour la surveillance de détention ? demanda Rose. Jones est toujours malade et James m'a demandé de la remplacer pour sa ronde.

Alina Jones était la préfète en chef de Poudlard, avec son homologue masculin James Potter. Ludivine s'entendait bien avec la sorcière de Poufsouffle, qui avait en charge les préfets de sa maison et de Serpentard, dont Ludivine et Scorpius, tandis que James Potter avait en charge les préfets de sa maison et de Serdaigle.

Ludivine savait en effet que la Poufsouffle était toujours malade depuis une bonne semaine, chamboulant entièrement la charge et le programme des préfets. Mais ça ne dérangeait pas Ludivine, elle préférait la surveillance aux rondes. Au moins, elle pouvait travailler tranquillement.

- Pas de soucis, dit-elle poliment.

- Donc on ne te voit pas à notre soirée dortoir, Rosie ? demanda Acca.

- Et non, Acca, dit Rose avec une grimace. Ces modifications deviennent insupportables ! Merci beaucoup, Ludivine.

Rose fit un signe de la main aux deux sorcières et fit un sourire à Albus avant de retourner s'asseoir à son siège.

- Je me demande bien ce qu'a Jones, dit Ludivine.

- Sûrement une rhinopharyngite aiguë à force de crier sur Potter qu'il ne prend pas son poste suffisamment au sérieux.

Ludivine rigola d'un rire franc avant de se taire en voyant le professeur Slughorn rentrer dans la pièce et s'installer. Âgé et presque retraité, son professeur de maison était bedonnant et fatigué. Le pauvre était sujet de nombreuses moqueries, mais ça ne l'empêchait pas de prendre très à cœur son réseau d'élite.

Il n'était pas très bavard depuis la rentrée. Ludivine le soupçonnait de tenter de cacher une toux profonde. Habituellement, il se perdait dans de grands discours en début de cours avant de se rappeler qu'ils étaient en cours et que les élèves devaient produire quelque chose et donc arrêter de perdre du temps. Récemment, cependant, il se contentait de donner les consignes et de faire de rares passages pour voir comment les potions avançaient.

Albus lui avait dit que le comportement du professeur venait sûrement du fait que Jacob Sven était redevenu professeur de Défenses contre les forces du mal, après une pause de deux ans pour raisons médicales. C'était un fait connu que le professeur Slughorn et le professeur Sven, ancien Poufsouffle, se détestaient. Et sans détour, le professeur Sven détestait Serpentard. Depuis la rentrée, il avait mis en retenue tous les Serpentards qu'il avait vus hors des heures autorisées, avec un traitement en défaveur de la maison par rapport aux autres.

La légende disait qu'Horace Slughorn avait un jour volé la compagne de ce sorcier de vingt ans son cadet. Personne ne savait si c'était vrai. En tout cas, le professeur Sven avait une vengeance à assouvir et il semblait avoir trouvé sa cible. Quant au professeur Slughorn, on ne l'entendait que très peu.

C'était ainsi que Ludivine et Acca entamèrent une potion d'Arborsapa, que les élèves avaient l'habitude de faire à cette période de l'année pour assainir la sève des arbres du château -parc et forêt interdite- pour qu'ils puissent entrer dans la saison automnale sans problème. Potion difficile mais qu'ils connaissaient déjà tous.

- Des nouvelles de ta mère ? demanda Acca en commençant à découper les feuilles de chêne.

- Nope, répondit Ludivine d'un air distrait en chauffant le chaudron d'un tour régulier de la baguette au-dessus du récipient. Il fallait faire attention à ce que le feu ne soit pas trop fort. J'ai reçu une carte postale de Budapest la semaine dernière.

- Rien dessus ?

- Nope, répéta Ludivine, consciente que ces réponses suffisaient à Acca. Juste les chiffres. Mais j'attends encore celle de cette semaine.

- Je suis sûre que tout va bien, dit Acca d'un ton assuré en coupant de l'aconit en fines lamelles.

- Oui, dit Ludivine sur le même ton, je ne suis pas inquiète.

Les deux sorcières échangèrent un regard complice. Il n'y avait pas spécialement le besoin d'en dire plus, elles connaissaient toutes les deux la procédure de leurs parents. Les nouvelles viendront lorsque la mission prendra fin. En attendant, les cartes postales arrivaient toutes les semaines. Si elles étaient vierges, c'était que tout se passait comme ils l'entendaient. Vierges à l'exception de numéros.

- Donc Europe de l'Est, dit Acca, tu crois qu'elle y fait quoi ?

- Toujours la même chose, elle cherche des indices. Elle ne dit jamais rien.

Seules les filles connaissaient le moyen de communication de Ludivine et de sa mère. Acca communiquait de la même façon avec ses parents. Ce n'était même pas le cas d'Albus et Scorpius. Une carte postale d'une ville aléatoire, avec des chiffres indiquant des coordonnées géographiques. Et un mode de lecture changeant que seules Ludivine et sa mère connaissaient.

C'était l'un des plus gros secrets de Ludivine. Et le temps d'un instant, elle se trouva hypocrite d'embêter Albus sur le sien. Jusqu'à qu'elle se rappelle que le sien était une raison de sécurité, pour elle, pour sa mère. Et puis, ils ne comprendraient pas. Quelle était la raison d'Albus ?

Ludivine soupira. Elle était de mauvaise foi, elle le savait, elle n'avait pas à savoir toute la vie d'Albus. Ce n'était pas pour autant qu'elle contrôlait ce sentiment. Elle ne comprenait juste pas qu'il mette autant d'efforts à garder ça secret.

- J'ai vu Evelyn il y a quelques jours, reprit Ludivine alors que la potion commençait à bouillir, elle n'avait pas l'air bien.

- Par rapport à sa famille ? demanda Acca en fronçant les sourcils. Ils ont tellement peur, maintenant qu'Eva n'est plus à Poudlard pour la surveiller, qu'elle s'émancipe. Alors ils lui foutent la pression.

- C'est mal la connaître, sourit Ludivine.

Acca eut un sourire similaire. Les deux sorcières connaissaient Evelyn depuis l'enfance, elles savaient toutes deux que c'était une battante. Plus sa famille insistait à régir sa vie, et plus elle gagnait en volonté d'indépendance.

- J'aimerais bien qu'on se voie toutes les quatre, reprit Acca, Liz également.

- Je sais, soupira Ludivine. Malheureusement c'est difficile de m'engager sur un soir avec la maladie de Jones.

Acca fit un sourire doux à Ludivine qui le lui rendit sans aucune hésitation. La Serpentard se rendit compte que son amie était étrangement calme. Son comportement ne ressemblait pas à celui de la sorcière exubérante qu'elle connaissait depuis l'enfance.

- Et toi, demanda Ludivine dans un froncement de sourcils, comment tu vas ?

- Moi, répondit Acca sans lever les yeux de la potion, je vais bien. Comme toujours.

- Tu as le droit parfois de ne pas aller bien tu sais, Acca.

- Je sais, répondit la métisse en levant les yeux vers son amie, et je vais bien.

La discussion était close, Ludivine l'avait compris. Ce n'était ni le lieu, ni le moment, le message était clair. Alors elle changea de sujet, choisissant d'obtempérer en sachant que viendrait un moment où elle cuisinerait Acca et que cette dernière serait plus encline à lui dire ce qui se tramait dans sa tête.


- Le devoir pour Hagrid est à rendre quand, Lud ? demanda Scorpius.

- Mardi prochain.

- Tu te souviens du sujet ?

- Les grapcornes.

- Tu as commencé ?

- Pas encore.

- Est-ce que tu me ferais également la tête, Ludivine ? demanda Scorpius alors qu'Albus face à lui fit un bruit de la bouche ressemblant à un grognement.

Ludivine se contenta de relever la tête de son parchemin, interrompant l'écriture de son mot pour dévisager le visage du sorcier assis à côté d'elle.

- Je ne fais la tête à personne, Scorp.

- A peine, raya Scorpius, ce que vous pouvez être fatigants tous les deux !

Ludivine ne répondit pas, reportant son attention sur son parchemin. Elle savait qu'elle aurait dû profiter de sa fin d'après-midi en allant travailler dans la bibliothèque, et non tenir compagnie à Albus et Scorpius qui attendaient l'heure de leur entraînement dans la Grande Salle.

- Arrête d'éviter le sujet Ludivine, dit Scorpius d'un ton autoritaire.

- Pourquoi tu n'embêtes pas Albus ? dit-elle sans relever la tête.

- Parce qu'Albus est un mec et qu'il ne garde pas pour lui sa frustration, dit Scorpius comme si son ami ne se tenait pas juste devant lui. Toi, tu es capable de ne rien dire pendant des jours juste pour appuyer ton point.

Toutes les mêmes. Il l'avait pensé, Ludivine le savait. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine vit que ni Albus ni Scorpius ne travaillait, la fixant d'un regard critique. A cet instant, Ludivine regrettait d'être constamment en compagnie de deux mecs, qui n'aimaient ni le silence, ni les contentieux. Scorpius la regardait d'un air désabusé tandis qu'Albus la fixait d'un air franc et légèrement curieux, comme s'il s'interrogeait sur ce qu'il pouvait lui dire. Finalement, il soupira discrètement avant de fermer son livre.

- Bon, dit-il d'un ton neutre en se levant, c'est l'heure de l'entraînement. Si d'ici là, tu décides qu'on peut discuter, fais-moi signe.

Scorpius fit un sourire indulgent à la sorcière avant de se lever et suivre son ami. Ludivine, elle, soupira en fermant les yeux. Elle se comportait comme une enfant, elle le savait. Et elle en voulait presque à Albus de ne pas être aussi immature qu'elle.

- Al, attends ! s'entendit-elle dire.

Ludivine se leva, prenant rapidement ses affaires et son sac, et accourra légèrement vers les deux sorciers qui avaient avancé de quelques mètres et s'étaient aussitôt arrêté à l'appel de Ludivine. Le regard qu'elle échangea avec Albus était plus doux qu'auparavant.

- On discute après votre entraînement ? demanda-t-elle d'une voix timide, mais le sourire que lui fit Albus mit l'orgueil de la sorcière de côté.

- Bien sûr, répondit-il d'un ton doux en lui ébouriffant légèrement les cheveux.

Ils échangèrent un sourire avant de se remettre tous les trois en mouvement, Albus et Scorpius se dirigeant vers le terrain de Quidditch et Ludivine vers la bibliothèque. Ludivine voulut avancer, mais la hanse de son sac à dos qu'elle avait laissé tomber à ses pieds se bloqua dans sa cheville gauche. En une demi-seconde, Ludivine se sentit tomber. Et si Scorpius n'avait pas eu le réflexe de la retenir, passant sa main autour de la taille de la sorcière pour la stabiliser, elle aurait fini au sol.

- Tout va bien ?

Ludivine hocha de la tête. Elle avait conscience que les regards étaient posés sur eux, et elle détestait ça. Scorpius retira son bras et Ludivine voulut jeter un regard autour d'elle, mais des rires attrapèrent son attention.

- Six ans et ils n'ont toujours pas réussi à se débarrasser de leur groupie, ces deux-là.

A ces mots, Ludivine sentit la colère monter alors que les rires semblaient s'intensifier. Elle tourna la tête vers la provenance de la voix et elle vit avec surprise qui s'était exprimé.

Assis au milieu d'un groupe de Gryffondors hilares, tous tournés vers lui, James Potter rigolait en tapant dans la main de William Milton. Il était également hilare et semblait fier de sa blague. Lorsqu'il releva la tête vers elle, Ludivine lut l'amusement dans ses yeux et elle le détesta de faire d'elle une source d'amusement à ses dépens. Pour qui se prenait-il ? Toute l'attention était tournée vers lui mais il ne semblait pas y prêter attention, il avait les yeux rivés vers les trois Serpentards.

Ludivine le fusilla du regard, balayant le groupe de septièmes années d'un revers de main. Elle n'eut pas le temps de voir la réaction du sorcier, décidée à ne pas accorder plus d'importance à leurs futilités. Tout ce qu'elle vit, ce fut le sourire narquois d'Albus, ce qui lui fit froncer les sourcils à l'idée que la moquerie de son frère ait pu l'amuser.

Elle fusilla également Albus du regard. Idiot, se dit-elle en reprenant sa marche, Scorpius et Albus sur ses pas. Ils n'essayèrent pas de l'arrêter lorsqu'elle leur fit un signe de la main sans se retourner. Si elle l'avait fait, elle aurait vu le regard blasé que les deux sorciers avaient échangé avant de la suivre du regard d'un air inquiet.


Pendant deux heures, Ludivine avait travaillé avec acharnement à la bibliothèque. Elle avait tenté d'oublier cette journée dans son devoir de Métamorphoses. Ça n'avait pas aidé que Ludivine n'apprécie pas particulièrement cette matière. Elle aurait préféré travailler les Sortilèges ou la Botanique.

Son esprit n'avait pas arrêté de virevolter entre divers sujets. Elle s'interrogeait sur le silence inhabituel d'Albus. Elle se demandait si Liz et Evelyn allaient bien. Elle s'inquiétait de savoir pourquoi elle n'avait pas eu de nouvelles de sa mère cette semaine.

Finalement, Ludivine regarda l'heure sur sa montre. Elle ferait bien de se dépêcher si elle voulait poser ses affaires au dortoir avant d'aller manger. Peut-être irait-elle manger avec Acca ou Liz pour se changer les idées.

Elle rangea rapidement ses affaires et sortit de la bibliothèque d'un pas rapide. Elle marcha quelques minutes dans le couloir assez désert, mais s'arrêta soudainement quand elle sentit quelqu'un lui attraper le bras avec une force qui la surprit. Elle se retourna assez violemment, emportée dans le mouvement, et faillit s'inquiéter jusqu'à voir que la personne était Albus.

Toujours en tenue de Quidditch, il avait encore les joues rouges et transpirait légèrement du front. Ses cheveux étaient en pagaille sur sa tête, et Ludivine se retint de lever les yeux au ciel en pensant que le sorcier, malgré l'effort, restait beau.

La force de sa poigne avait surpris Ludivine, et il dut le comprendre en voyant son expression car il lâcha aussitôt son bras en murmurant une excuse avant de passer une main dans ses cheveux, geste typique des Potter.

- Qu'est-ce qu'il y a, Albus ? demanda Ludivine en reprenant lentement sa marche, et Albus cala son pas au sien.

- On avait dit qu'on discutait, non ?

- Oui, sourit Ludivine, mais ça pouvait attendre que tu prennes ta douche, tu sais.

Albus se contenta de sourire, ravi de voir que Ludivine avait retrouvé sa verve.

- Tu sais que mon silence n'a rien à voir avec la confiance que j'ai en toi, hein ?

- Bien sûr que je le sais Al, soupira Ludivine.

- Désolé de t'avoir rembarrée de façon agressive ce matin.

- Non, répondit Ludivine en balayant les excuses du sorcier d'un revers de main, c'est moi qui m'excuse. Je n'aurais pas dû être aussi insistante, je sais que tu as tes raisons.

- On oublie ?

L'immense sourire d'Albus déclencha une vague de chaleur dans le corps de Ludivine. Il semblait tellement heureux de savoir qu'il n'y avait aucune rancune entre eux que Ludivine en rougit presque. Dans un élan de contentement, elle passa son bras autour des épaules du sorcier même si cela impliquait qu'elle finissait sur la pointe des pieds, prête à perdre l'équilibre si Albus ne l'avait pas retenue en passant son bras autour de sa taille.

- Bien sûr qu'on oublie, il manquerait plus qu'une stupide dispute nous éloigne. J'espère juste que tu ne t'engouffres pas dans des complications, Potter.

Ludivine retira son bras, s'éloignant légèrement du sorcier qui hochait la tête. Il avait fallu d'un rien pour que sa rancune disparaisse. C'était toujours la même chose avec eux. Ils se tapaient sur les nerfs, montaient le ton puis il suffisait que l'un s'excuse pour que l'autre fasse de même. Ils n'avaient aucune difficulté à reconnaître leurs torts, et les partageaient toujours.

- Pourquoi tu ne m'as pas simplement répondu que tu étais avec un membre de ta famille ? demanda Ludivine par curiosité. Ça aurait réglé la question.

- Parce que je ne pensais pas que tu serais aussi chiante, dit Albus avec un sourire bienveillant. Et puis, il commença après une seconde d'hésitation, on ne se ment pas toi et moi, n'est-ce pas ? On ne se dit pas tout, certes, mais on ne se ment pas.

Albus avait pris une mèche de Ludivine avec ses doigts, la passant d'un geste furtif de l'autre côté de son épaule, et le sourire qu'il lui fit était tendre. C'était ce même sourire que Ludivine lui rendit. Elle savait qu'Albus tenait à elle, elle n'avait besoin de rien pour se le rappeler. Parfois, elle se demandait s'il ne tenait pas un peu trop à elle, mais Ludivine ne laissait jamais ces pensées lui traverser trop longtemps l'esprit.

- On ne ment pas à sa groupie, hein ? demanda Ludivine avec une amertume non dissimulée en repensant à l'événement qui avait eu lieu un peu plus tôt.

À ces mots, Albus éclata de rire. Clairement, cette histoire l'avait grandement amusé.

- Ce n'est pas drôle ! s'offusqua Ludivine. C'était même dégradant, et toi ça t'a fait rire.

- C'est ta réaction qui m'a fait rire, rigola Albus, tu es incapable de cacher ta colère, tout se lit sur ton visage et James l'a vu. Il adore voir que ses conneries font réagir les gens, plus tu es énervée et plus il est amusé.

- Ton frère est un idiot, Potter.

- Ce n'est pas moi qui te contredirais, rigola Albus.

- Toi aussi tu es un idiot, Potter.

Albus sourit. Il n'était pas assez bête pour contredire Ludivine à cet instant. Alors il approuva de la tête, conscient qu'elle n'attendait pas de réponse de sa part.

- Ton meilleur pote est aussi un idiot, continua Ludivine en souriant, consciente de ce que faisait Albus.

Ce dernier finit par rire, d'un rire franc et fort.

- On est tous des idiots, surenchérit Albus, heureusement que tu es là pour nous en mettre un peu dans la tête.

Ludivine sourit. Elle savait qu'Albus ne pensait pas particulièrement ce qu'il disait, mais elle le remercia mentalement de la suivre dans son délire.

- Viens, dit Albus en passant son bras autour des épaules de la sorcière, allons manger.

- Tu ne pourras pas aller dans la Grande Salle habillé comme ça, souligna Ludivine.

- Je sais bien, on va aux cuisines. Scorpius nous y attend déjà.

Ludivine eut un sourire, rendant celui d'Albus. Les deux sorciers restaient ses deux meilleurs amis, ses acolytes du quotidien. Malgré toutes les complications qu'ils pouvaient rencontrer entre amis, ils restaient ceux qui la connaissaient et la supportaient le mieux. Dans ces moments-là, elle se disait que tout irait pour le mieux.


Voilà, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? N'hésitez pas à me faire un petit retour, ça fait toujours plaisir !