Hello ! Alors comment se passe le confinement pour chacun ? Pour ma part, très prise par le travail qui ne ralentit pas mais je trouve beauuuucoup plus le temps d'écrire. En espérant que le chapitre vous plaise !
Bonne lecture !
Chapitre 5 - Courroux et douceur
Dire que Ludivine était d'humeur exécrable était un euphémisme. Elle bouillonnait. Elle fulminait. Ça n'avait bien évidemment pas aidé de se réveiller avec un mal de crâne sans nom. Lorsqu'elle s'était levée le matin, elle avait pressenti que sa journée serait compliquée. Fatiguée, ses yeux semblaient douloureux et la faible luminosité qui émanait de l'extérieur lui brûla la rétine.
- Oh, ça n'a vraiment pas l'air d'aller, Ludivine.
Face à elle, Mila Stones enfilait sa chemise, cachant un corps svelte que Ludivine avait plusieurs fois envié. Elle avait un sourire amusé qui ne quittait pas ses lèvres et Ludivine la fusilla du regard.
Ludivine s'entendait bien avec Mila, dont le cynisme et l'ironie faisait d'elle une parfaite Serpentard. Ludivine appréciait ce cynisme, même si c'était tout de suite moins le cas quand il était dirigé vers elle. Mais la sorcière ne faisait pas partie de ces sang-purs désagréables qui ne réfléchissaient que par leur héritage, comme ça avait été le cas de la génération de Serpentards qui venaient de quitter Poudlard. Pourtant, Mila et sa cousine Nina Stones disposaient d'un héritage français d'une pureté à en faire pâlir Scorpius, ce qui ne les empêchait pas d'être d'un civisme et d'un respect égal envers les autres sorciers. Mais la raison pour laquelle Ludivine appréciait tant Mila, c'était que cette dernière ne s'offusquait jamais du ton ou comportement parfois désagréable de la sorcière.
Alors ce fut sans surprise qu'elle rigola lorsque la seule réponse qu'elle obtint fut un grognement de la part de Ludivine.
Ce fut la seule interaction que Ludivine eut avant d'arriver dans la Grande Salle. Ses autres camarades de chambre, qui habituellement faisaient la discussion avec elle de façon légère le matin, l'avaient fuie au bout de deux phrases. Fragiles, se dit Ludivine.
Albus et Scorpius devaient encore être dans leur dortoir quand elle descendit dans la salle commune. Elle ne les attendait habituellement pas, aimant la solitude et la tranquillité de son premier café, et cette fois, ils n'auraient de toute façon probablement pas voulu faire le chemin avec elle. Connards, se dit Ludivine. Beaucoup des élèves qui croisèrent son regard sur son chemin baissèrent les yeux, inquiets de ce qu'une Serpentard de mauvaise humeur pouvait bien leur faire. Trouillards.
Alors ce fut dans une solitude profonde, qui par ailleurs accentuait d'autant plus sa colère, que Ludivine s'assit à la table de Serpentard. Elle n'avait pas faim. Zéro appétit. Putain, se dit-elle. Le visage fermé, le regard figé au loin, ignorant l'existence des sorciers autour d'elle, Ludivine soupira.
- Toujours fâchée, Lud ?
A son nom, Ludivine releva la tête et constata que Scorpius et Albus la fixaient d'un air mi-concerné, mi-amusé. Ce fut à ce moment qu'elle se rendit compte que la table de Serpentard était déjà pleine, et Ludivine comprit qu'elle s'était levée bien plus tard que d'habitude. Elle ne s'en était même pas rendu compte.
Albus et Scorpius échangèrent un regard en biais en ne voyant aucune réaction chez la sorcière. Celle-ci ne leur répondit d'ailleurs pas, les fusillant du regard. Ils n'étaient peut-être pas responsables de sa mauvaise humeur, mais il n'y avait qu'à eux qu'elle pouvait s'en prendre sans qu'ils ne lui en tiennent rigueur. Et au sourire qu'ils échangèrent, ils semblaient l'avoir bien compris. Alors Albus et Scorpius reprirent leur discussion comme si de rien n'était, sans attendre une réponse.
Le regard de Ludivine balaya la salle. Celle-ci était déjà bien remplie. Le volume sonore était élevé et les élèves agités. Rien qui ne mettait Ludivine de meilleure humeur. Elle chercha toutefois Evelyn du regard qui discutait avec une coéquipière et au vu de la férocité de son expression, elle devait parler du match de samedi. Elle chercha également Liz qui déjeunait avec Acca et Rose Weasley, les trois sorcières semblaient en plein milieu d'une discussion sérieuse car elles chuchotaient en s'assurant que personne ne les écoutait. Ludivine les observa une minute, se demandant de qui elle pouvait bien parler, puis elle vit Rose pointer quelqu'un du doigt à la table de Gryffondor.
En suivant son doigt, le regard de Ludivine se posa sur un visage en particulier, qu'elle dévisagea si intensément qu'elle était prête à remonter dans son dortoir et créer une poupée vaudou à son effigie et le maudire à vie. Les sourcils levés et un sourire fendant son visage, James Potter était à moitié appuyé sur son ami, William Milton, et écoutait avec attention ce que racontait Fred Weasley. Les trois sorciers semblaient se trouver dans une bulle à laquelle seuls eux appartenaient. Puis, soudain, Fred Weasley conclut une phrase et ses deux amis éclatèrent de rire.
Le rire de James Potter résonna dans la Grande Salle alors que plusieurs têtes se tournaient vers lui, Ludivine compris. Il avait un rire guttural et fort, qui lui donnait cet air rauque et puissant que l'ensemble des sorcières de l'école appréciait tant. Le Gryffondor avait légèrement renversé sa tête en arrière, et son rire se tarissait progressivement alors qu'à côté de lui, Milton répondait quelque chose à Weasley.
L'aîné des Potter dut se sentir épié car il releva la tête directement vers Ludivine, croisant son regard. Son sourire mourut à cet échange, probablement dû au regard meurtrier de Ludivine. Connard, pensa-t-elle si fort qu'elle se demanda s'il ne l'avait pas entendue en voyant un rictus se former sur les lèvres du sorcier. L'enfoiré, il la défiait du regard et la narguait. Ludivine se sentit fulminer alors que les événements de la veille lui revenaient de façon de plus en plus précise.
- Euh, Lud ? fit une voix hésitante.
Face à elle, Albus la fixait d'un regard concerné et Ludivine rompit aussitôt le contact avec le Gryffondor, refusant de lui accorder plus d'importance qu'elle ne l'avait déjà fait.
- Je suppose que les événements d'hier soir ne t'ont pas mise de très bonne humeur, constata-t-il.
- Ton frère est un connard, Potter.
- Tu l'as dit hier, ma chère Lud, sourit Albus, rassuré de voir que sa colère n'était pas dirigée contre lui.
- Ne me dis pas que tu ne t'en es toujours pas remise ? rigola Scorpius.
- Tu sais, dit Albus alors que Scorpius rigolait face au regard noir que lui jetait Ludivine, il n'est pas toujours comme ça. Et je suis content que tu l'aies enfin rencontré, je trouve que tu ne fréquentes pas suffisamment ma famille.
- Et ça ne risque pas d'arriver, rétorqua Ludivine fortement en se frottant le front pour essayer de faire partir son mal de crâne.
Albus ricana alors que Scorpius tendait un petit flacon à la sorcière. Il avait un sourire indulgent qui contrastait totalement avec la lueur de malice qui brillait dans ses yeux. Les deux sorciers se moquaient ouvertement d'elle et elle les détesta pour cela.
- Tiens, dit-il doucement, ça devrait t'aider avant ton rendez-vous avec Slug. Et tes cours, à l'occasion.
A ce geste, le premier sourire de Ludivine apparut enfin. Ludivine détestait les deux sorciers, mais elle les aimait également de tout son cœur et son sourire dut le montrer car Albus et Scorpius rigolèrent sans s'en cacher. Elle prit le flacon, le but sans hésiter et se mit à petit-déjeuner avec un sourire sur ses lèvres alors qu'Albus et Scorpius lui racontaient comme ils prévoyaient d'organiser l'entraînement de vendredi soir.
Les cours de la matinée passèrent à la vitesse de l'éclair pour Ludivine. Cela s'expliquait en partie parce qu'elle n'avait pas suivi grand-chose de ce qu'il s'était dit. Durant l'heure de Métamorphoses, elle avait repassé en boucle les événements de la veille, allant de la révélation d'Albus au ton condescendant de son frère lorsqu'il s'était adressé à elle.
Elle savait qu'ils étaient en tort. Leur escapade n'était pas exceptionnelle. Les passages secrets étaient connus de nombreux élèves et eux, comme d'autres, étaient habitués à enfreindre le règlement. Mais ils veillaient toujours à ne boire que très peu lorsqu'ils sortaient du château. Hier, l'euphorie les avait eus et ils n'avaient pas fait attention. Alors ils étaient en tort, d'avoir enfreint le règlement, d'avoir beaucoup bu, et de s'être fait attraper. Et James Potter leur avait en effet sauvé la mise. Mais ses regards méprisants et son ton condescendant avaient vraiment vexé Ludivine. Elle avait beaucoup d'orgueil, elle le savait, et cet orgueil prenait le pas sur sa faute.
Mais la cloche avait balayé ces pensées. Durant les deux heures de Potions qui avaient suivi, c'était son rendez-vous avec le professeur Slughorn qui avait occupé ses pensées. Il voulait faire un point d'orientation avec elle, chose très surprenante en ce début d'année. Il avait généralement lieu en milieu d'année pour les sixièmes années qui le souhaitaient, et en fin d'année de façon obligatoire pour toutes les sixièmes années. Mais les directeurs de maison s'étaient mis à faire des points d'orientation de façon assez aléatoire avec certains élèves. Dont Ludivine.
Au déjeuner, elle s'était laissé porter par la discussion de ses camarades de chambre, à savoir la prochaine et première sortie à Pré-au-Lard. Tout le monde attendait toujours ces sorties avec impatience, notamment parce qu'elles étaient toujours sujettes à des rencards et des rumeurs qui occupaient la population de Poudlard.
A côté d'elle, Albus et Scorpius s'étaient mélangés à leurs camarades de chambre également, ainsi qu'aux septièmes années, pour discuter du match de samedi. Rien n'unissait plus la maison Serpentard qu'un match de Quidditch. Cette discussion avait continué durant l'heure d'Histoire de la magie et Ludivine, qui avait beaucoup d'amour pour l'image de sa maison, avait exceptionnellement participé à la discussion, décidant de se changer les idées de cette façon avant son rendez-vous avec son directeur de maison. Lorsqu'elle les avait quittés pour se diriger vers les cachots, Albus et Scorpius avaient un grand sourire extatique, et Ludivine n'aurait pas su dire si c'était parce qu'elle avait participé à leur discussion sur le Quidditch ou si c'était parce qu'elle les avait menacés de terrasser Poufsouffle samedi, sinon elle leur ferait bouffer leur balai, qu'elle leur avait dit. Oui, c'était pour la gloire de sa maison. Mais aussi pour voir la défaite sur le visage de Rimens que Ludivine, depuis hier soir, détestait.
Finalement, la potion avait pleinement fait son effet lorsqu'elle toqua à la porte de son directeur de maison.
- Entrez, miss Hendell, installez-vous, dit le professeur Slughorn en faisant un geste de la main en direction de la chaise face à son bureau avant de ranger un ouvrage dans sa bibliothèque.
Ludivine fit comme on lui dit, posant son sac à dos au pied de sa chaise alors que son professeur s'approchait de la table. Bedonnant, un sourire aux lèvres, le professeur Slughorn prenait de l'âge mais très lentement. Ludivine appréciait beaucoup son directeur de maison. Elle ne faisait pas partie du Club de Slug, contrairement à Albus et Scorpius ou encore Evelyn -et c'était d'ailleurs peut-être pour ça qu'elle appréciait son directeur plus que les autres-, mais elle appréciait son caractère jovial. Il était plein de défauts, mais ceux-ci étaient tellement acceptés par le sorcier qu'on ne pouvait que faire de même.
- Alors Miss Hendell, que prévoyez-vous de faire après Poudlard ? Nous parlions l'année dernière de médicomagie, est-ce toujours ce qui vous intéresse ?
- Oui monsieur, confirma Ludivine.
- Et un parcours comme celui de votre mère, Ludivine, ça ne vous intéresse pas ? La Coordination des Mondes, c'est une belle orientation professionnelle. Et je suis sûre qu'avec le poste de votre mère, vous pourriez y entrer facilement.
Ludivine ne répondit pas à son directeur de maison. Elle était surprise de sa réponse, principalement parce que Ludivine parlait de médicomagie depuis sa deuxième année, et qu'elle n'avait jamais, au grand jamais, évoqué autre chose. Mais c'était le rôle de son directeur d'évoquer toute option, elle supposait. Cependant, "entrer facilement" quelque part n'était pas dans le radar de Ludivine et certainement pas un facteur de décision. Et puis, le professeur Slughorn ne savait pas tout sur le poste de sa mère.
- Pour avoir vu ma mère y travailler depuis que je suis née, professeur, je peux vous assurer que la coordination des mondes ne m'intéresse pas du tout.
- Trop dangereux ?
- Plus dangereux que mon choix, je ne suis pas sûre, dit Ludivine sur un ton dur qu'elle se molesta mentalement de ne pas contrôler.
- Non, reprit le professeur rapidement avec un sourire avenant, ce n'était pas l'interprétation à donner à ma question très chère. Mais je dois évoquer toutes les possibilités avec vous.
- Ce n'est juste pas l'apport que je veux avoir dans ce monde professeur, dit Ludivine avec un sourire qu'elle ne cacha pas. La Coordination des Mondes, c'est de la diplomatie, entre autres. C'est éviter qu'un conflit n'éclate. Je pense que cela a des limites, et je veux intervenir lorsque le conflit est justement là. Vous suivez les informations, vous savez qu'on s'approche d'un nouveau conflit.
- Nous en sommes encore loin, miss Hendell.
- Si tout le monde dit cela, professeur, personne ne sera préparé le jour où ça arrivera et ce sera trop tard.
- Donc on reste sur médicomage en terrain d'intervention ? demanda Slughorn avec un sourire.
Cette fois-ci, Ludivine sourit également. Il l'avait testée, mais Ludivine avait fait ses choix depuis bien longtemps maintenant.
Cela faisait maintenant vingt ans que la mère de Ludivine était arrivée en Angleterre et avait rejoint la Coordination des Mondes, structure indépendante rattachée au ministère de la Magie qui visait à prévenir les conflits dans le monde. Ludivine comprenait, maintenant que sa mère s'ouvrait légèrement à elle sur son métier, qu'il n'y avait jamais eu aucune paix. Tous les jours, des sorciers se donnaient corps et âme pour prévenir des conflits. De la guerre civile, à la violence de masse ou au terrorisme, la coordination des mondes se déployait pour s'assurer que tout conflit soit désamorcé, contenu ou mené au silence pour le reste de l'actualité internationale sorcière et moldue.
Le jour où l'un de ces conflits prendrait une ampleur nationale voire internationale, le jour où tuer le plus grand nombre de personnes serait la mission finale d'un nombre élevé de sorciers, Ludivine voulait avoir un rôle à jouer.
- Vous savez que c'est beaucoup d'ambition, Ludivine ? La médicomagie, c'est cinq ans d'études minimum, et ça c'est si vous obtenez l'accréditation auror pour intervenir en terrain d'urgence -rajoutez une année supplémentaire au minimum. Les places pour l'accréditation sont très rares.
- Professeur, répondit Ludivine sur un ton ferme, j'ai trouvé ma voie en deuxième année. Je travaille dur depuis pour obtenir le meilleur dossier, les meilleures notes, j'ai même arrêté le Quidditch. Est-ce que vous savez les misères que m'ont fait mes camarades pour avoir quitté une équipe gagnante ? Je l'ai fait parce que j'ai un objectif et je l'atteindrai. Alors oui, je sais parfaitement que c'est beaucoup d'ambition. Mais je me donne les moyens.
Ludivine avait beaucoup de clarté sur ce qu'il se passait. Pour ce qu'elle voulait faire, ce n'était pas qu'une question de conflit majeur. C'était un quotidien, comme pour les aurors, qui demandait une certaine dévotion. Les médicomages d'intervention étaient réquisitionnés sur le terrain dès lors que les aurors avaient besoin de renfort médical, mais cela signifiait intervenir au cours de combats. L'accréditation auror signifiait que ces médicomages savaient se défendre si besoin tout en effectuant une opération magique de soin. Le diplôme de médicomagie comme l'accréditation étaient extrêmement difficiles à obtenir, pour leur niveau de difficulté élevé et le nombre de places limité. Mais ça n'inquiétait pas Ludivine.
- C'est une énergie qu'il me plaît de voir, Ludivine, dit le professeur en rigolant. Je vous conseille de continuer de vous entraîner comme vous le faites, de rester assidue en cours et surtout, de suivre les annonces prochaines qui auront lieu au sein du château.
- Comment ça, professeur ?
Le professeur Slughorn sourit, d'un sourire paternel que l'esprit indépendant de Ludivine détesta avant de se dire que son directeur de maison ne pensait qu'à son épanouissement.
- Vous verrez en temps voulu, Ludivine. En attendant, comme je vous l'ai dit, continuez comme vous le faites et gardez votre motivation. Je pense vous avoir suffisamment retenue.
- Très bien, professeur, dit Ludivine avec un léger sourire, je vous remercie.
- Ah, Ludivine, s'exclama le professeur en regardant autour de lui avant de se lever vers une étagère, pourriez-vous apporter ce bocal chez Hagrid ? Il m'a demandé de lui fournir ce cataplasme pour ses bêtes.
Le bocal n'était pas très gros et Ludivine le prit sans hésiter. Comme de nombreux sorciers dans le château, elle adorait aller voir Hagrid qui était pour beaucoup bien plus qu'un simple professeur. Le professeur Slughorn fit un sourire complice et extatique à Ludivine alors qu'il lui remettait le bocal.
- Gardez-le pour vous ma chère, mais mon secret pour un cataplasme digne de ce nom, c'est d'ajouter de l'essence de rose aux feuilles de plantain et aux fleurs d'aconit. Mais c'est un secret, Ludivine !
Cette fois-ci, Ludivine ne retint pas son rire. Oui, elle appréciait le professeur Slughorn que son exubérance rendait unique.
Ludivine choisit d'aller directement à la cabane de Hagrid lui apporter le cataplasme. Elle traversa le parc de Poudlard où de nombreux groupes d'étudiants profitaient de l'été indien et Ludivine profita également des rayons de soleil qui réchauffaient ses jambes sur son trajet. Elle arriva d'un pas rapide à la cabane, où elle tapa vigoureusement contre la porte. Si elle ne tapait pas suffisamment fort, elle savait que le demi-géant pouvait ne pas l'entendre.
- Tu risques de l'attendre longtemps, il est avec le professeur Londubat.
Ludivine releva la tête vers la personne qui venait de s'adresser à elle. Habillé aux couleurs de Poufsouffle, le sorcier passa une main dans ses cheveux châtains tout en souriant. Elle le connaissait pour la seule raison qu'il était un ami lointain d'Albus et connaissait son nom de famille, Finnigan. Mais impossible pour elle de se souvenir du prénom du sorcier et Ludivine se dit qu'elle devait payer plus attention aux gens autour d'elle.
Elle l'observa une seconde. Le bras gauche du sorcier était couvert de boue et de sang, s'étalant également sur son épaule et sa chemise blanche maintenant marron et rouge foncé, ainsi que sur sa nuque et sa joue. Ludivine fronça les sourcils mais fit comme si de rien n'était. Elle fit comme si le sorcier ne ressemblait pas à un psychopathe sorti des bas-fonds pour trucider tout le corps étudiant du château, et elle en premier.
- Sais-tu quand il sera de retour ?
- Aucune idée, mais il y allait à la fin de notre cours dix minutes plus tôt.
- Ceci explique cela, dit Ludivine d'un ton neutre en montrant d'un revers de main le bras du sorcier.
Ce dernier éclata de rire en constatant l'état de chemise. Il en retira un bouton avant de passer une main dans ses cheveux, cette fois-ci la main gauche, déposant de la terre dans ses cheveux et Ludivine eut un petit sourire devant l'état dépenaillé du sorcier qui semblait clairement n'en avoir rien à faire.
- En effet, répondit-il d'un air nonchalant, on ne ressort pas indemne d'un cours avec Hagrid. On a aidé un Tébo femelle à accoucher.
Cette fois, Ludivine s'autorisa un vrai sourire. Ce n'était pas elle qui démentirait, et pourtant elle admirait la passion et l'amour du demi-géant pour les créatures magiques. C'était une passion épatante et inspirante. Ludivine fit un léger sourire au sorcier, décidant qu'il était temps pour elle de retourner au château maintenant qu'elle savait qu'elle ne trouverait pas Hagrid de suite.
- Hendell, c'est bien ça ? la héla-t-il avant qu'elle n'ait le temps de tourner les talons.
- C'est bien ça, répondit-il sur un ton légèrement méfiant, dans l'attente de ce qu'il allait dire.
- Je me souviens de toi, lui dit-il en souriant. Tu as foutu ton poing dans la gueule de Miller lors de la défaite de Serpentard contre Gryffondor l'année dernière.
Ludivine eut un sourire à ce souvenir. Elle s'en souvenait parfaitement. Premier match inter-maison de l'année, c'était également le premier match que les Serpentards avaient joué sans elle qui venait de quitter l'équipe. Ils avaient perdu, encore peu organisés avec leur nouveau joueur et Albus qui venait de passer capitaine, et Maximilien Miller avait blâmé leur défaite sur elle. Alors ils avaient eu beau se trouver en plein milieu du terrain de Quidditch, avec professeurs et familles présents, ça n'avait pas empêché Ludivine de foutre son poing dans le visage du sorcier. Et elle avait adoré.
- C'était entièrement mérité, dit Ludivine avec un léger sourire.
- Oh je n'oserais pas dire le contraire, rigola Finnigan d'un rire que Ludivine trouva doux, je ne voudrais pas qu'il m'arrive pareil.
- Pour le moment, ça devrait aller.
Ludivine ne cachait plus son sourire et le Poufsouffle lui rendit le même. Étonnamment, Ludivine ne ressentit aucune gêne, aucun inconfort face au sorcier, et ça la surprit, même si son instinct défensif reprit le pas rapidement. Face à elle, le sorcier avait parfaitement compris son intention, et son sourire sembla s'agrandir à cette idée. C'était comme s'il avait totalement compris Ludivine.
- Bon, dit-elle, sur ce, je vais te laisser.
- Bien sûr, répondit-il avec le même sourire égal, je suis sûr que Potter et Malefoy se demandent où tu es.
Ludivine fronça légèrement les sourcils, se demandant pourquoi il amenait les deux sorciers sur le tapis, mais ne dit rien de plus. Elle lui fit un sourire poli et un signe de la main avant de commencer à s'éloigner.
- Hendell ! l'appela-t-il une dernière fois, attendant qu'elle se retourne. Moi c'est Kilian, dit-il, Kilian Finnigan. Pour la prochaine fois qu'on se recroise.
Le sourire du sorcier était doux mais également amusé. C'était probablement dû à l'expression surprise de Ludivine, mais celle-ci se contenta de hocher la tête, ne sachant pas quoi dire, avant de tourner les talons et de retourner d'un pas rapide vers le château, d'une gêne qui la caractérisait si bien avec lceux qu'elle ne connaissait pas et qui agissaient de façon chaleureuse avec elle.
- Finnigan ? demanda Evelyn. Oui, je le connais, toutes les sorcières de la maison l'adorent.
- Ta maison ? rigola fortement Acca. Pas uniquement, crois-moi. Chez nous aussi, on l'a dans le radar.
- Il fait partie de la liste d'or, compléta Liz avec un sourire.
- La liste d'or ? répéta Ludivine.
Les trois sorcières se tournèrent vers elle avec surprise mais également avec moquerie.
- Tu vis dans quelle galaxie, Hendell ? demanda Acca.
- Tout le monde connaît cette liste, ajouta Evelyn.
- Toutes les sorcières participent à sa rédaction tous les ans, termina Liz.
Ludivine regarda ses amies d'un air dubitatif. Non, elle n'avait jamais entendu parler de cette liste.
- Pourquoi on n'en a jamais parlé, dans ce cas ? demanda Ludivine avec défi.
- Parce que c'est une liste secrète, Lud, rigola Acca. Interdiction d'en parler tant qu'elle n'est pas établie.
- Quand ?
- Les deux premières semaines de la rentrée, répondit Evelyn. Mon dieu Lud, ça fait six ans que t'es dans ce château.
- Être entourée de deux listés ne t'empêche pas de t'intéresser aux tendances sorcières du château, tu sais, se moqua Acca.
Acca, Liz et Evelyn rigolèrent de l'air dépité de Ludivine. Aucune surprise pour Ludivine d'apprendre qu'Albus et Scorpius faisaient partie de cette liste. Même si elle avait appris d'elle-même la semaine dernière qu'elle était ignorante des rumeurs qui circulaient sur elle, elle savait néanmoins ce que pensaient les sorcières de Poudlard sur ses deux amis. Rien que pour le nombre de fois où elle avait envoyé balader des sorcières qui lui demandaient ce qu'Albus et Scorpius aimaient chez une fille. En y pensant, se dit Ludivine, c'était peut-être pour ça que des rumeurs circulaient sur le fait qu'elle se tapait les deux sorciers. Parce qu'elle se moquait de toute sorcière qui venait à la pêche aux informations auprès d'elle.
- Bon, dit-elle avec impatience, et en quoi elle consiste cette liste ?
- Chaque sorcière choisit deux sorciers à mettre dans cette liste, répondit Evelyn. Durant une semaine, tu as une urne dans la Salle sur Demande, dans laquelle seules les sorcières au-dessus de la quatrième année peuvent déposer un papier. Selon le nombre de voix, trois sorciers sont sélectionnés dans chaque maison, entre la cinquième et la septième année. La liste a été bouclée la semaine dernière pour cette année.
- Malheureusement, compléta Liz, 80% des noms sont des joueurs de Quidditch.
- Car plus remarqués que d'autres, dit Acca.
- Mais pas plus intelligents, rétorqua Ludivine, je vous le dis. Donc Al et Scorp ?
- Ils sont entrés dans la liste cette année, dit Liz. Ils ont détrôné du monde ! Avec Zabini également.
Ludivine hocha de la tête. Elle pouvait comprendre l'engouement autour de Zabini qui, avec son regard noir mystérieux, ses traits foncés et son rictus supérieur, pouvait en faire craquer plus d'une.
- Tu veux connaître les autres maisons ? demanda Acca avec un sourire amusé.
Acca connaissait déjà la réponse, et Ludivine le confirma en balayant l'information d'un revers de main. En effet, elle préférait ne pas connaître ce genre d'informations. Peut-être était-elle vieux jeu, mais ce n'était pas le genre de système qui lui plaisait particulièrement. Après tout, qu'auraient-elles toutes dit si ça avait été l'inverse ? Si les sorciers du château avaient fait un classement des sorcières de l'école ?
- Aucune surprise, se moqua Evelyn, rien n'existe pour Ludivine Hendell en dehors de Potter et Malefoy.
- Ses yeux ne voient rien d'autre, rigola Liz.
Ludivine poussa une exclamation et fit une mine vexée, jetant des cacahuètes sur ses amies qui éclatèrent de rire en se protégeant le visage.
Cela faisait plus d'une heure qu'elles s'étaient retrouvées dans leur salle habituelle, située dans la Tour d'astronomie, où elles avaient fait apparaître des coussins et des plaids ainsi que de quoi grignoter pour fêter le début du week-end. La semaine était passée rapidement pour Ludivine, et elle savait que cela venait de l'impatience qu'elle avait ressenti ces derniers jours à l'idée de revoir ses trois meilleures amies pour toute une soirée. Elles ne s'étaient pas réunies comme ça depuis leur retour à Poudlard, après tout.
- Bon, dit Ludivine pour changer de sujet, qu'est-ce que vous me racontez de beau après trois semaines dans ce château ?
- Et bien, commença Acca qui se tourna vers Liz, il paraîtrait que notre Lizzie nationale se fasse courtiser par Fred Weasley.
- Il s'amuse juste, répondit Liz qui ignora le ton amusé d'Acca en haussant des épaules.
- Cet idiot ne sait pas faire autre chose, dit Evelyn en commençant à faire virevolter une plume devant elle avec sa baguette. Restes-en loin, Lizzie.
- Tu m'as vue ? rigola Liz. Tout le monde sait que le charme coule dans son sang, tu penses réellement que j'accorde de l'importance à ses mouvements de drague ?
- Tu pourrais, dit Acca qui s'allongeait sur le dos, il est vraiment pas mal. Et puis n'écoute pas Evelyn, elle est rabat-joie depuis qu'elle sait que sa famille lui a choisi Nott.
- Nott ? répéta Ludivine avec surprise. Ethan Nott ?
- Lui-même, répondit Evelyn qui n'avait pas quitté les yeux de sa plume. Magnifique, n'est-ce pas ?
Ludivine ne répondit pas au ton ironique de son amie. Donc ses parents avaient finalement choisi quelqu'un pour Evelyn. Pendant longtemps, elles avaient toutes pensé que la famille d'Evelyn choisirait Scorpius. Pendant longtemps, Scorpius également. Ça n'aurait surpris personne étant donné que la mère d'Evelyn avait un jour été promise à Draco Malefoy, avant que Voldemort ne tombe. Il semblerait que, comme leurs parents, cette décision n'ait pas tenu.
- Tu l'as appris quand ? demanda Ludivine.
- Il y a deux jours. Mais je ne le prends pas aussi mal que je l'aurais pensé.
- Parce que tu sais que tu ne l'épouseras pas ?
- Oh non, je l'épouserai, répondit Evelyn d'un air résolu. J'ai beau faire ma rebelle, je ne m'opposerai pas à ma famille. Je tiens trop à notre honneur.
- Ce n'est pas obligatoirement un mal, objecta Liz.
- Non, mais c'est à cause de cette mentalité que ces traditions ont perpétué, dit Evelyn. Parce qu'on tient tous trop à notre honneur.
Un silence s'installa. Ludivine avait toujours admiré le caractère fort d'Evelyn. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, disait haut et fort ce qu'elle pensait et mordait quiconque essayait de l'attaquer. Ce n'était pas cette Evelyn qui se trouvait face à elle, et ça attrista Ludivine. Il était dur de lutter longtemps quand on était seul à le faire.
- Eh oui, reprit Evelyn qui cherchait à rompre le silence qui s'était installé, tout le monde n'a pas la chance d'avoir un Straton sous la main comme miss Rockwood !
- Oh arrête, balaya Acca d'un revers de main alors que Liz ricanait, il n'y a pas de mal à avoir un mec sympa sous le coude !
- Je croyais que tu rompais avec lui en revenant à Poudlard, se moqua Evelyn en remplissant son verre vide.
- Et bien j'ai changé d'avis ! s'exclama Acca en s'allongeant sur le plaid, posant sa tête sur la cuisse de Liz. Je me suis dit qu'on ne mettait pas fin à une relation de trois ans sur un coup de tête.
- Un coup de tête qui dure depuis plusieurs mois, fit remarquer Ludivine sur un ton suffisamment neutre pour irriter Acca.
- Oh la ferme ! dit Acca. Normalement, on se moque des filles célibataires, pas de celles en couple !
- Cassons les codes, dit Liz, tu es la seule en couple, tu es plus facile d'accès.
- Vous pouvez parler ! Entre miss je sors avec des livres, miss je suis mariée de force et miss je préfère être pote avec deux mecs sexy plutôt que me les taper, on sait plus où on en est !
- Je crois que Straton est un sujet sensible, rigola Evelyn.
- Attention, menaça Acca sur un ton qui contenait un rire, ton Nott pourrait devenir mon Straton.
- Tu veux dire un sujet de moquerie pour vous ? Mais je vous en prie !
Ludivine n'écoutait déjà plus ce que ses amies disaient, mais elle ne cacha pas son sourire détendu en buvant une gorgée de son verre. Elle se laissait bercer par les piques que ses amies se jetaient et elle se sentait si bien. Elle n'avait pas passé une soirée entière avec ses trois amies d'enfance depuis mi-juillet, et Ludivine se rendit compte à quel point ces ambiances lui avaient manqué. La dynamique qu'elle avait avec Acca, Liz et Evelyn était très différente de celle qu'elle avait avec Albus et Scorpius. Même si dans les deux cas, il y avait toujours ce ton moqueur mais aimant, Ludivine se sentait parfois plus à l'aise dans cet environnement féminin.
Avant d'arriver à Poudlard, Ludivine avait passé le plus clair de son temps d'enfant avec Acca, Liz et Evelyn. La mère de Ludivine, le père d'Evelyn, les parents d'Acca et la mère de Liz avaient travaillé ensemble sur une mission lorsque les quatre sorcières étaient toutes jeunes. Les parents d'Acca et la mère de Ludivine pour le compte de l'organisation de la Coordination des mondes, reliée au ministère de la Magie, le père d'Evelyn en tant qu'auror et la mère de Liz en tant que sorcière scientifique. Une mission qui avait duré plus d'une année et qui avait beaucoup rapproché les adultes, ainsi que leurs enfants. C'était donc tout naturellement que les quatre sorcières du même âge avaient passé la majeure partie de leur temps ensemble.
Elles ne s'étaient fait aucune illusion lorsqu'elles étaient arrivées à Poudlard. Elles avaient toutes les quatre des caractères très différents, elles n'auraient jamais fini dans les mêmes maisons. Et elles n'auraient pu être plus justes, elles avaient carrément fini dans quatre maisons différentes. Et elles avaient drastiquement réduit leurs interactions. Pour diverses raisons, toutes plus regrettables les unes que les autres, elles étaient d'accord là-dessus.
Pour Evelyn, ça avait été la pression de sa sœur aînée qui disait la surveiller et la menaçait de rapporter chaque fait et geste d'Evelyn à leurs parents. Pour Acca, ça avait été le communautarisme des Gryffons qui l'avait inconsciemment poussée à privilégier les mouvements de maison. Pour Liz, ça avait été le besoin d'étudier et privilégier la bibliothèque à toute autre activité, sentiment que ses camarades de chambre partageaient avec elle. Pour Ludivine, ça avait été le quotidien passé auprès d'Albus et Scorpius auquel elle s'était très facilement habituée. Et chacune avait suivi l'inquiétude d'Evelyn et avait fait attention à ne pas trop être vues ensemble.
Mais ça ne voulait pas dire qu'elles avaient rompu tout contact, loin de là. Elles avaient continué de se voir toutes les semaines, dans cette salle, à échanger sur leur vie. Elles étaient restées unies et soudées, suivant les moments de chacune en arrière-plan.
- Tu penses à quoi, Lud ? demanda Liz.
- A nous quatre, avoua Ludivine, je me disais qu'on était amies depuis longtemps.
- Douze ans, ma chère ! affirma Acca à moitié en riant, faisant rire les autres sorcières.
- D'ailleurs, dit Liz, maintenant que ta sœur n'est plus là pour nous fliquer, Evy, on va pouvoir se voir plus souvent au quotidien.
- A voir, répondit Evelyn avec mélancolie, ma mère a chargé Ethan de me surveiller.
- Oh, s'exclama Ludivine, si tu crois que Nott en a un truc à faire de qui tu fréquentes !
Evelyn fronça les sourcils et Ludivine se rendit compte que la sorcière attendait une explication qu'elle s'empressa de lui donner.
- Nott est quelqu'un de très solitaire, expliqua Ludivine. Il ne laisse pas grand-monde dans son univers et il m'a l'air de tout sauf l'un de ces sang-purs obsédés par leur sang. Ces sorciers-là ont quitté l'école en même temps que ta sœur.
- Ça ne veut rien dire, répliqua Evelyn, je me méfie de lui.
- Et tu as raison, acquiesça Ludivine, mais je pense que tu devrais apprendre à le connaître et t'en faire un allié face à vos familles.
Evelyn ne répondit pas, réfléchissant aux propos de Ludivine. Cette dernière savait que son amie cogitait énormément. Il était de toute façon hors de question dans la tête d'Evelyn jusqu'ici qu'elle épouse un sorcier que ses parents avaient choisi, Ludivine le savait. Mais jamais elle ne quitterait le rang. Même si elle ne l'admettait pas, le dédain qu'elle avait reçu de la part de sa famille entière lorsqu'elle avait été envoyée à Poufsouffle lui avait fait beaucoup de mal. Elle vivrait très mal de sortir du rang, plus que ce n'était déjà le cas. Alors Ludivine se permit d'ajouter autre chose.
- C'est quelqu'un de respectueux, dit-elle sur un ton doux. Nott, il n'est pas du genre à parler pour rien dire mais quand il le fait, il le fait avec respect.
Evelyn ne répondit rien et Ludivine n'insista pas. Elle n'interrogea pas non plus Acca sur le rendez-vous d'orientation qu'elle avait eu avec son directeur de maison, comme elle quelques jours plus tôt. Elle réfléchissait d'ailleurs au sien. Autour d'elle, la discussion avait repris, et Ludivine s'était encore une fois perdue dans ses pensées.
La fatigue lui jouait de plus en plus de tours, le fait que son esprit s'évade autant en était la preuve. Pourtant, elle se sentait bien, entourée des trois sorcières. Elle posa sa tête contre le mur derrière elle, écoutant Liz raconter à Acca et Evelyn comment Thomas Faber, capitaine de l'équipe de Serdaigle, l'avait bousculée la veille, la faisant tomber à la renverse tellement le corps solide du sorcier avait percuté avec violence la figure frêle de Liz. D'une politesse qui avait surpris Liz, il s'était fondu en excuses et avait ramassé les livres de la sorcière avant de décider de l'accompagner jusqu'aux portes de la bibliothèque où elle se rendait au départ, bien qu'il ait été en retard à son entraînement de Quidditch.
- Faber, arriver en retard à un entraînement ? demanda Evelyn d'un ton soupçonneux.
- C'est ce qu'il disait, confirma Liz.
- Ça me surprend, c'est un obsédé du jeu.
- Et bien, intervint Acca, il semblerait que ça ne l'empêche pas de connaître les formes de politesse. Invite-le à Pré-au-Lard, Lizzie !
- Tu rigoles ! s'exclama Liz en s'étouffant à moitié de surprise avec sa salive. Je n'ai rien à raconter à Faber.
- Et alooooooors, gémit Acca, il a été poli, c'est qu'il doit être intéressé !
- Tu dis ça comme si je devais le féliciter d'être correct, réprimanda Liz, alors que c'est le minimum à attendre de quiconque. Il m'a foutue à terre, cet idiot !
- Pourquoi tu t'énerves, rigola Evelyn, tu connais Acca, tout est bon à rencard.
- Avec un mec mignon, toujours !
- Comment tu as tenu trois ans avec le même mec, je m'interroge ! rigola Liz.
Acca se releva avec indignation de la cuisse de Liz dont le rire ne faisait que s'accentuer, comme Evelyn, et Ludivine eut un sourire. Elle n'avait toujours pas pris part à la discussion, mais elle n'en ressentait pas le besoin. Encore une fois, les sorcières se chamaillaient. Comme d'habitude. Mais qu'est-ce qu'elle adorait cette ambiance.
Lorsque Ludivine salua Liz avant que leurs chemins ne se séparent, elle ne pouvait cacher le sourire détendu qu'elle avait sur les lèvres. Elle venait de passer la soirée entière avec ses trois amies d'enfance et rien ne pourrait entraver sa bonne humeur. Bien sûr, c'était tant qu'elle ne tombait pas sur le professeur Sven ou bien James Potter. Ludivine détestait ces deux sorciers, c'était décidé !
Heureusement, les règles de couvre-feu étaient bien plus souples le week-end, avec des horaires assez tardifs pour les plus âgés.
- Donc vous avez vu tout le monde, dit une voix.
Ludivine s'arrêta un instant, reconnaissant instinctivement la voix de la directrice McGonagall. Que faisait-elle dans les couloirs à cette heure-ci un vendredi soir ?
- Tout à fait, Minerva, répondit une voix que Ludivine reconnut comme celle du professeur Londubat. Pareil, Horace, n'est-ce pas ?
- Oui, en effet, répondit le professeur Slughorn, et j'ai un nombre de candidats potentiels assez important.
- De mon côté également, dit une voix que Ludivine reconnut comme celle du professeur Sven, je pense que ça pourrait donner lieu à quelque chose de très intéressant.
- Pour une fois, dit le professeur Flitwick, je suis d'accord avec Jacob !
Les quatre directeurs de maison étaient accompagnés de la directrice McGonagall et semblaient se diriger quelque part d'un pas décidé. Ludivine, elle, reprit sa marche vers la salle commune, mais elle s'interrogea sur ce qu'elle avait entendu. Un nombre de candidats, pourquoi donc ? Quelque chose d'intéressant, disaient-ils ? De quoi pouvaient-ils bien parler.
Ludivine ne tenta pas d'en savoir plus. Elle n'avait ni cape ni carte pour suivre les professeurs, et puis avec les événements de cette semaine, Ludivine avait eu sa dose de péripétie. Alors elle retourna rapidement dans la salle commune.
Ludivine mit les pieds dans une salle commune bondée. Comme tout soir de week-end, les élèves se réunissaient pour profiter de leur soirée entière et le vendredi avait généralement lieu dans les salles communes, entre groupes d'amis habituels, tandis que le samedi soir, les maisons se mélangeaient. Très souvent dans la Salle sur Demande. C'était le cas, de façon sûre, pour demain. Un match de Quidditch menait toujours à une soirée festive dans la Salle sur Demande, c'était un rituel.
Ludivine fit un tour d'horizon rapide. Son regard s'arrêta rapidement sur Ethan Nott qui, un verre de ce qui semblait être du Whisky Pur Feu à la main, pointait Lucas Zabini du doigt en lui disant quelque chose qui l'amusait. Son regard croisa celui de Ludivine et il sembla la jauger du regard alors qu'il portait son verre à ses lèvres, avant de laisser un rictus s'installer sur ses lèvres.
Rapidement, Ludivine détourna la tête, ne souhaitant pas s'attarder sur cet échange, et elle repéra ses amis près du feu de cheminée, dans les fauteuils.
- Lud ! s'exclama Albus en souriant à la vue de son amie. Il ouvrit ses bras, l'incitant à s'approcher de lui et fit de la place sur le bras du fauteuil où elle s'installa.
- Alors, demanda Scorpius avec un sourire, as-tu passé le meilleur moment de ta semaine avec tes copines ?
- Mieux que tous ceux que j'ai pu passer avec vous cette semaine, Malefoy !
- Aaaaaaaaaah, s'exclama Albus, ça c'est notre Lud nationale.
Ludivine leva les yeux au ciel. Il n'y avait aucun doute pour la sorcière que les deux sorciers étaient extatiques de leur match de demain. Elle se demanda même un instant s'ils n'avaient pas consommé quelque chose, à boire ou à fumer, mais elle balaya vite cette idée de sa tête. Jamais, au grand jamais, ils ne se seraient permis ça la veille d'un match. Elle les observa quelques secondes alors qu'ils continuaient leur partie d'échec tout en discutant. Elle n'écoutait pas, mais ils devaient probablement parler Quidditch. Puis une main se posa sur son genou doucement. Ludivine sortit de ses pensées et vit Albus qui la fixait d'un regard concerné alors que Scorpius était concentré sur ses pions.
- Tout va bien ?
- Très bien, sourit Ludivine, je suis juste très fatiguée.
- Que ça ne te casse pas pour demain hein, prévint Albus avec un sourire, j'attends tes encouragements pour réussir !
- Mon dieu, s'exclama Scorpius sans relever la tête du jeu, arrête de draguer c'est limite de l'inceste !
Ludivine eut un petit rire alors qu'Albus levait les yeux au ciel. Ludivine mentirait si elle disait qu'elle n'appréciait pas ces moments où Albus la couvait du regard et lui disait des choses qu'il ne dirait à personne d'autre. Ils étaient d'autant plus précieux qu'elle n'avait pas à se triturer le cerveau pour interpréter tout ça. C'était le privilège d'être déjà passé par ces moments de gêne lorsqu'ils étaient plus jeunes.
- Tu vas mieux ? demanda Ludivine.
Son ton ne payait pas de mine, mais Albus sut que la question était sérieuse et destinée à un unique sujet.
- Je vais bien, Lud, affirma Albus en regardant Scorpius jouer son tour. Je vais l'oublier rapidement. J'ai juste besoin de terrasser Poufsouffle demain avant ça.
- On va écrire l'histoire ! rigola Scorpius alors que son cavalier coupait la tête d'une tour d'Albus.
- Je n'en doute pas, dit Ludivine sans retenir un bâillement.
- Mais tu sais Lud, continua Albus en la fixant du regard, ça allait déjà mieux avec nos bières ce soir-là.
Ludivine eut un sourire. Elle força son esprit à se focaliser sur le moment qu'ils avaient partagé tous les trois dans le bar, et pas sur ce qui était advenu par la suite. Ces moments-là étaient toujours précieux pour chacun d'entre eux, comme les soirées passées avec les filles l'étaient pour chacune d'entre elles. Ludivine l'oubliait parfois, mais elle était entourée et soutenue. Elle ne ressentait pas la solitude. Elle la cherchait parfois, et l'accueillait à bras ouverts souvent, mais parce qu'elle savait qu'elle pouvait en sortir quand elle le voulait.
Et voilà ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? J'espère que l'amitié entre Acca, Liz, Evelyn et Ludivine vous a plu, beaucoup moins de Scorpius et Albus dans ce chapitre mais au prochain promis !
N'hésitez pas à me laisser un petit avis, c'est motivant :) et à très vite pour la suite. Prenez-soin de vous !
