Bonjour à tous !

A l'approche des fêtes, voici livre le chapitre qui me tient le plus à coeur depuis que j'ai commencé cette histoire. Au programme : la deuxième épreuve !

Merci à tous ceux qui lisent et commentent cette histoire, avec une mention spéciale pour Liliana (ravie de te revoir !), Kirbille (toujours aussi régulière, t'es géniale !) et MarlyMcKinnon (ta folie est si plaisante à voir !), je vais essayer d'y répondre au plus vite, promis !

Bonne lecture, en espérant qu'il vous plaira !


Chapitre 14 – La puissance

Ces dernières semaines, Ludivine avait connu un sommeil tumultueux. Il lui avait été difficile de trouver le sommeil et elle avait passé plusieurs nuits à observer le cadran de son lit des heures durant. Elle devait d'ailleurs maintenant en connaître chaque fissure, chaque marque de peinture, chaque rainure du bois à force de l'avoir observé. Et lorsqu'elle parvenait à s'endormir, elle rêvait d'images perturbantes, qui provoquaient chez elle de la panique, de l'inquiétude, et surtout beaucoup de fatigue. Ludivine n'avait aucun repos.

Ce sommeil agité s'expliquait de plusieurs façons. Il lui avait fallu plusieurs jours pour en identifier les causes, et elle les avait enfin partagées à Albus et Scorpius la veille au soir.

Il y avait d'abord eu l'attaque de Pré-au-Lard, une semaine après Halloween. Alors que le matin-même, Gryffondor gagnait contre Serdaigle de 20 points, et que les élèves se préparaient à aller déjeuner au village sorcier, de la fumée noire avait commencé à s'élever dans les airs. Cette fumée étant visible depuis le château, ils avaient tous pensé à un incroyable incendie de la forêt interdite, mais cette option avait été rapidement démentie.

Quelques instants plus tard, l'information avait fait le tour du château : le village de Pré-au-Lard avait été attaqué par des sorciers qui avaient jeté une dizaine de sortilèges explosifs d'une ampleur extrême. Résultat : plusieurs magasins avaient été détruits, une vingtaine de sorciers avaient été gravement blessés, et deux d'entre eux étaient décédés de leurs blessures. C'était un massacre.

Les jours qui avaient suivi l'attaque avaient paru très sombres au sein du château. Tout le monde avait pensé que ces initiatives avaient pris fin, que leurs auteurs avaient prouvé leur point quelques mois plus tôt. Et maintenant qu'une nouvelle attaque avait eu lieu, il était impossible de savoir à quoi s'en tenir. Aucune information n'avait été partagée sur le motif de cette attaque, les responsables ne l'avaient pas revendiquée, et le mode opératoire était si inhabituel qu'il n'était pas possible d'en retracer des auteurs. Et c'était le plus troublant.

Une autre attaque avait eu lieu quelques jours plus tard, au nord du Royaume-Uni, causant trois blessés, et un sentiment gagnait la population de Poudlard, celui qu'ils n'étaient pas en sécurité. Ces attaques étaient imprévisibles, que ce soit dans la forme ou leur localisation, et les aurors ne parvenaient que très rarement à attraper des coupables. Chaque attaque avait causé des dommages non-réparables, chaque attaque avait coûté la vie à des sorciers. Et il n'y avait aucun moyen de rassurer la population sorcière, car personne ne savait ce qu'il se passait.

Il y avait ensuite eu la lettre que Ludivine avait reçue de la part de sa mère, quelques jours plus tôt, dans laquelle cette dernière lui expliquait qu'un suspect avait été appréhendé. Originaire d'Europe de l'Est, il y avait des chances qu'il appartienne à un groupe terroriste qui agissait également dans le monde moldu. Même si de nombreux doutes persistaient, notamment pour savoir ce qu'une telle organisation viendrait faire jusqu'à Pré-au-Lard, lui expliquait-elle dans sa lettre, il y avait toutefois de grandes chances qu'ils ne se trompent pas.

Cette idée dérangeait fortement Ludivine, non pas pour l'inquiétude que cela provoquait chez elle, mais parce qu'elle savait très bien ce que cette information impliquait. Il s'agissait du périmètre de sa mère, et il pourrait lui être demandé de se lancer dans une mission d'infiltration. Et puis, l'Europe de l'Est était un périmètre géographique que sa mère connaissait très bien. Et même si elle lui avait garanti qu'elle refuserait toute mission avant les vacances de Noël, Ludivine s'inquiétait. Et cela n'aidait pas qu'elle n'ait pas de nouvelles d'elle depuis plusieurs jours.

En plus de cela, il y avait eu les rares fois où Ludivine avait croisé le chemin de Logan Rowle ces deux dernières semaines. Elle l'avait croisé lors de chaque réunion entre les participants du concours, et les quelques fois où il était passé au château pour des raisons administratives, comme les autres participants qui n'étaient pas de Poudlard. Et le sorcier lui en voulait.

Elle l'avait surpris plusieurs fois à l'observer silencieusement, d'un regard calculateur qui ne rassurait pas Ludivine. Elle l'avait senti la suivre du regard, et se souvenait également avoir vu Ethan Nott et lui discuter ensemble, la surveillant du coin de l'œil. Malgré l'air impassible et le regard froid qu'elle mettait en avant, Ludivine n'était pas rassurée. Elle avait bien compris que Logan Rowle était un sorcier dangereux, et qu'elle devait éviter d'être dans son giron. Elle se demandait, en outre, quel était le rapport entre lui et le fiancé d'Evelyn.

Enfin, en tout dernier lieu, mais cela Ludivine ne l'avait partagé à personne, avait été le sentiment qui lui était resté sur le cœur après sa séance de vol avec James. Suite à cela, son comportement avec elle n'avait pas changé. Il était toujours aussi narquois, ne ratant jamais une occasion de l'embêter. Le comportement du sorcier n'avait pas changé, mais Ludivine semblait plus alerte au sujet de certaines choses.

Comme par exemple, la proximité du sorcier avec sa camarade, Alice Londubat. Elle n'avait jamais réalisé leur complicité jusqu'à récemment, mais Ludivine avait maintenant l'impression de ne voir que ça. Le sourire fluide d'Alice Londubat, son rire chantonnant, son toucher délicat, la connivence qu'elle partageait avec James, mais surtout la réponse flirteuse de ce dernier, Ludivine semblait ne voir que cela. Et ça l'obsédait.

Si Ludivine était honnête avec elle-même, elle admettrait avoir réalisé ce dernier point bien avant. Et il y avait quelque chose dans cette réalisation qui créait un nœud dans son estomac, qui pesait sur ses épaules d'une façon qu'elle ne parvenait pas à qualifier. Une chose était sûre, Ludivine n'aimait pas cette fragilité.


Mais ce n'était pas le sujet à cet instant. Ludivine faisait face à James et arborait la même expression fermée que lui. Autour d'eux, des médicomages circulaient dans la foule de participants et installaient un bracelet métallique à chacun. Ludivine ressentit un choc électrique la traverser depuis son poignet au reste de son corps, et le regard qu'elle échangea avec James lui indiqua qu'il avait ressenti la même chose et était autant perturbé qu'elle.

Autour d'eux, plusieurs personnes réagirent de la même façon. Ludivine entendit un petit cri de surprise qu'elle identifia venir de Liz, tandis qu'Acca à côté d'elle tentait d'enlever le bracelet. Elle n'y arriva pas, ce qui ne surprit pas Ludivine car il lui semblait particulièrement solide.

Aussi large qu'une phalange, le bracelet était en métal et semblait visuellement lourd, même si ce n'était pas le cas. Il disposait de deux trous d'une forme octogonale, comme si quelque chose était censé s'y imbriquer. Ludivine eut le sentiment qu'ils devraient aller à la recherche de ces éléments manquants.

— Jeunes gens, commença l'auror Robards qui se tenait sur une estrade en bois avec le corps professoral et quelques sorciers du ministère, nous revoici tous réunis pour la deuxième épreuve du concours et je sens que vous êtes impatients de savoir ce qu'elle va contenir.

De l'impatience, c'était ce qui s'affichait sur le visage des participants mais également de l'incompréhension. Les sorciers du ministère avaient récupéré les baguettes de chaque participant quelques minutes plus tôt, et il y avait un sentiment très particulier à l'idée de devoir foncer dans l'inconnu sans avoir dans la main ce qui faisait de chacun d'entre eux un sorcier.

— Il y a certaines pensées que seul le cœur peut connaître, continua l'auror Robards auprès de l'ensemble des participants, et personne ne peut savoir ce qu'il se passe dans le vôtre. En temps normal.

L'auror s'interrompit, observant les participants échanger des regards mitigés. Il n'y avait plus d'impatience, seulement un questionnement général. Et de l'inquiétude.

— Vous pourrez vous retrouver demain face à un ennemi qui vous attaquera frontalement. Il pourra également tenter de connaître vos traumatismes et les ranimer. Le sorcier puissant est celui qui a identifié ses peurs, les a acceptées et est capable de les affronter s'il le faut. Certaines peurs s'affrontent, et nous devons d'aller à leur rencontre, d'autres se surmontent, et nous devons les porter en nous.

Ludivine pinça les lèvres à l'entente du discours de l'auror. Il y avait quelque chose dans ses mots qui l'inquiétait, et un coup d'œil en biais vers James lui confirma qu'il pensait la même chose. Ni l'un, ni l'autre ne se réjouissait de ce qu'ils entendaient.

Ils avaient imaginé de nombreuses choses pour cette épreuve, parce que la puissance pouvait se représenter de plusieurs façons. Ils avaient pris le terme au sens littéral et avaient imaginé qu'ils affronteraient d'autres équipes jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une. Ou peut-être qu'ils feraient preuve de force magique. Mais cette épreuve était bien plus qu'une simple démonstration de force.

— On aurait dû s'y attendre, marmonna James, la mâchoire crispée, quand on voit ce qu'ils nous ont pondu pour la première épreuve.

— Quelle est ta plus grande peur, Potter ?

James jeta un regard narquois à Ludivine, et cette dernière sut qu'elle n'aurait pas la réponse à sa question. Elle n'en attendait de toute façon pas.

— Je te dirais la mienne si tu me dis la tienne.

Et Ludivine sourit nerveusement. Ils avaient évoqué la possibilité que le ministère utilise leurs peurs contre eux, et Ludivine n'était toujours pas prête à identifier les siennes, ni prête à les partager avec lui.

— Jeunes gens, reprit l'auror en échangeant un regard avec la directrice McGonagall. Je ne vous ferai pas l'affront de vous faire patienter plus longtemps. Il manque des écussons à vos bracelets, récupérez-les dans les trois prochaines heures. Sachez qu'il n'y aura aucun danger dans cette épreuve, aucun adversaire. Mais ne vous méprenez pas, vous pouvez être votre plus grand ennemi.

Les derniers mots finirent de tendre Ludivine, mais son attention fut attirée par un oiseau d'argent qui virevolta au-dessus d'eux. D'instinct, Ludivine attrapa la main de James avec fermeté, et l'oiseau de l'autre main. Et en un instant, ils disparurent d'une façon qu'ils commençaient à connaître parfaitement.

« La peur est la plus terrible des passions parce qu'elle fait ses premiers effets contre la raison ; elle paralyse le cœur et l'esprit. » Antoine de Rivarol

Ludivine atterrit avec douceur sur ses deux jambes, et elle constata qu'ils n'avaient pas transplané loin. James et elle échangèrent un regard avant d'observer leurs alentours.

Face à eux se tenait le viaduc en pierres qui reliait Poudlard au reste du monde, mais il n'était pas en l'état habituel. Il semblait avoir été attaqué, et de nombreux morceaux de pierre manquaient, au niveau du passage comme des pieds qui s'enfonçaient dans l'eau de la vallée.

Ludivine inspira profondément en regardant sous ses pieds. La rivière qui traversait la montagne s'agitait sous leurs yeux, et semblait se tenir à une centaine de mètres. C'était haut, très haut. Ludivine savait très bien ce qu'il était attendu d'eux, et elle sentait déjà que cette épreuve serait bien plus difficile que la précédente. C'était la guerre du mental qu'ils jouaient.

Au-dessus d'eux, l'oiseau d'argent continuait de virevolter en direction du pont.

— Il veut que l'on traverse, constata James.

— As-tu fait attention à l'état du viaduc, Potter ?

— A moins que tu n'aies une autre idée, rétorqua James, il va bien falloir y aller.

Ludivine garda le silence, fermant les yeux un instant. Elle savait que James se contenait pour ne pas la brusquer, qu'il ne tiendrait pas longtemps si elle restait silencieuse en refusant de lui répondre. Mais il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas que l'épreuve venait de commencer, et qu'ils étaient déjà propulsés au cœur de leurs peurs.

— Je ne peux pas prendre ce risque, marmonna Ludivine sur un ton si bas que James faillit ne pas l'entendre, c'est mon défi.

— Tu as peur du vide, Hendell ? demanda James avec stupeur lorsqu'il comprit ce que Ludivine lui disait, jusqu'à ce qu'une légère moquerie ne se fasse entendre. C'est un comble pour une ancienne joueuse.

— Ca n'a rien à voir, répliqua aussitôt Ludivine en fusillant le sorcier du regard.

Face au regard narquois de James, Ludivine sentit l'irritation monter en elle. Elle n'avait pas envie de lui expliquer ce qu'elle avait en tête, et sa réaction renforçait cette idée.

— Je t'embête, Hendell, ricana James, aujourd'hui, on est dans le même bateau.

— Ce bracelet, répondit Ludivine en montrant son poignet, il analyse nos peurs et nos traumatismes. Tu sais ce que cela signifie, Potter ?

Le Gryffondor ne dit rien, mais Ludivine vit les yeux du sorcier s'écarquiller et pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, elle vit un sentiment d'inquiétude s'installer sur les traits de James Potter.

— Si le vide est ton plus grand traumatisme, réalisa James d'une voix distante, ce sera ensuite le mien.

— Exactement, confirma Ludivine dans un souffle, quel est ton plus grand traumatisme, Potter ?

Comme un peu plus tôt, James ne répondit pas, mais le regard craintif qu'il jeta au cours d'eau qui s'agitait sous eux avait suffi à Ludivine.

— Tu as peur de l'eau ? demanda Ludivine avec une surprise qu'elle ne sut contenir.

— T'es-tu déjà retrouvée coincée dans un courant, Hendell ? demanda James avec une rudesse soudaine, continuant en voyant que Ludivine restait silencieuse. Dans l'eau, c'est la nature qui décide et tu n'es qu'un être insignifiant à la merci de ses caprices. Tu n'as aucun contrôle.

Ce fut un regard nouveau que Ludivine posa sur James, un regard d'étonnement, mélangé à du respect. Il n'avait pas honte de sa peur, qui semblait si rationnelle à Ludivine. Il l'admettait sans détour, et elle se demanda un instant si c'était parce que le sorcier lui faisait confiance, ou si c'était parce qu'il avait compris que l'on était plus fort avec nos peurs de notre côté. Encore une fois, il lui montrait à quel point il était bien plus mature qu'elle.

— Je suis tombée de mon balai, lâcha soudain Ludivine, en quatrième année.

James posa un regard surpris sur elle, mais elle n'y fit pas attention. Elle était lancée et choisit de ne pas s'arrêter.

— J'avais repéré le vif durant un match contre Serdaigle, continua-t-elle, et Dubois m'avait suivie. Je me souviens de son regard, c'était son dernier match au château, il voulait gagner. Alors quand les batteurs de Serdaigle m'ont envoyé les deux cognards, Dubois a tiré sur mon balai et je m'en suis pris un dans les cervicales.

— C'est illégal ! s'offusqua James, provoquant un sourire chez Ludivine.

— On était bien trop haut pour que ce soit remarqué. Je ne m'en souvenais moi-même pas lorsque je me suis réveillée trois jours plus tard. Ça m'est revenu durant l'été, marmonna Ludivine, alors que je volais.

— C'est pour ça que tu as quitté l'équipe de Serpentard juste après, réalisait James, à cause de l'accident.

Ludivine ne répondit rien, mais elle n'en avait pas besoin. James avait fait ses déductions par lui-même. De toute façon, elle n'écoutait déjà plus.

Perdue dans ses pensées, elle voyait se rejouer sa chute devant ses yeux. Elle n'avait duré que quelques secondes, et Ludivine ne s'en rappelait plus réellement, mais se souvenait parfaitement du sentiment qui avait accompagné sa chute, ce sentiment d'impuissance, de paralysie, de colère contre elle et le reste du monde. Elle n'avait plus aucun contrôle, elle avait subi ses émotions et se souvenait encore de ce que cela avait généré chez elle.

Et un sentiment de panique la prit tandis qu'elle regardait les pieds fragilisés du viaduc. Elle se mit à secouer la tête, refusant d'entendre ce que disait James.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Hendell ?

— Je ne traverserai pas ce pont ! scanda Ludivine avec force.

— On n'a pas le choix, s'exclama James d'un ton légèrement impatient

— Le pont va lâcher sous nos pieds, Potter, cingla Ludivine.

— Hendell, siffla James, je ne laisserai pas l'épreuve avancer sans qu'on fasse quoi que ce soit !

Mais Ludivine refusait de l'écouter, sentant sa respiration s'accélérer. Elle continuait de secouer la tête machinalement, décidant finalement de détourner le regard du vide et de fermer les yeux. Il fallait qu'elle se calme, rien ne pouvait lui arriver tant qu'elle restait sur la terre ferme. Ludivine passa les mains dans ses cheveux, prête à s'arracher les racines si cela signifiait faire partir ces pensées de sa tête.

Ce fut le toucher de James, plus que sa voix, qui calma Ludivine. Il avait attrapé ses poignets, d'une douceur qui la surprit mais d'une fermeté qui l'incita à lâcher ses cheveux tandis qu'elle levait les yeux vers le regard prévenant de James.

— On ne tombera pas dans le vide, Hendell, murmura James. Et même si c'était le cas, je te promets qu'il ne nous arrivera rien.

— Tu comprends bien que je ne suis pas la seule à devoir affronter ma peur, Potter ?

Ludivine sentit la respiration de James s'approfondir, et elle sut qu'il faisait tout pour garder le contrôle.

— Exactement, répondit enfin James avec un calme qui impressionna Ludivine, ce qui signifie que l'on finira irrémédiablement dans cette eau, toi et moi.

Ils jetèrent tous les deux un regard à la vallée à leurs pieds. Puis James lâcha les poignets de Ludivine, s'éloignant de quelques pas en passant une main dans ses cheveux, les attrapant comme Ludivine l'avait fait un instant plus tôt. Il inspira profondément, et Ludivine comprit qu'un duel se jouait dans son esprit. Comme dans le sien. Mais le regard de James changea au bout de quelques secondes. C'était comme s'il avait répondu à une question qu'il venait tout juste de se poser.

— Et dans ce cas, lui dit James fermement, on sautera.

— Pardon ? demanda Ludivine, incrédule. Potter, est-ce que tu réa…

Mais Ludivine n'eut pas le temps de continuer, car James s'était approché d'un pas rapide et avait encerclé le visage de Ludivine de ses mains en plongeant son regard dans le sien.

— Hendell, chuchota James comme s'il souhaitait la raisonner, si on veut réussir cette épreuve, il va falloir que l'on affronte nos peurs. Il va falloir que l'on aille à leur rencontre.

— Je n'en ai pas envie, gémit Ludivine qui réalisait qu'elle montrait pour la première fois ses faiblesses.

— Moi non plus, sourit James avec douceur, mais on le fera ensemble. Tu me fais confiance, n'est-ce pas ?

James Potter était un sorcier perspicace. Il n'avait jamais posé cette question à Ludivine, car il avait toujours connu la réponse. Il savait, depuis qu'il l'avait rencontrée, qu'elle se méfiait de lui plus qu'autre chose. Mais ce dernier mois, leur relation avait évolué. Et pour deux sorciers comme James et Ludivine, on n'atteignait pas ce niveau de relation sans confiance.

Alors Ludivine fit un mouvement de tête imperceptible, un hochement de tête positif, si léger, si discret, qu'il fallait y prêter attention pour le voir. Et le sourire qui fendit les lèvres de James lorsqu'il retira ses mains du visage de Ludivine, indiquait à cette dernière qu'il l'avait définitivement vu.

— Dans ce cas, allons remporter ce concours.

Ludivine se tourna vers le pont, et lorsque commença à avancer de quelques pas, elle sentit, malgré la largeur et la solidité du viaduc, que ce dernier ne supporterait pas leur poids à tous les deux. Il avait déjà trop subi. Pourtant, elle continua de marcher. A côté d'elle, James avançait à son rythme.

Il fallut tout le courage du monde à Ludivine pour continuer d'avancer, malgré les chutes de pierres sous leur poids. Il lui fallut toute l'abnégation du monde pour mettre de côté ce sentiment de terreur qui grimpait du bas de son ventre jusqu'à son sternum, jusqu'à sa poitrine, lorsqu'elle sentit son équilibre se perdre. Elle détesta James Potter de l'obliger à combattre ses peurs, il était tellement plus simple de les fuir.

Le viaduc commençait à s'ébranler. Et tout à coup, ils chutèrent.

La chute sembla durer une éternité. Pour Ludivine, toutes les émotions qu'elle tentait de fuir au quotidien venaient la percuter de plein fouet. Elle perdait le contrôle entier sur son corps, sur son environnement, sur ce qu'elle était et ce qui l'entourait. Elle tentait autant qu'elle le pouvait de se raccrocher à quelque chose, à cette branche d'arbre qui n'existait pas, à ce corps proche qui ne s'y trouvait pas, à cette pensée qu'elle ne formait pas.

C'était elle, sa chute et sa perte de contrôle. C'était elle, sa peur et son affolement. C'était elle qui ne pouvait rien faire pour changer les événements. C'était elle, elle et encore elle. Et Ludivine avait peur.

Alors lorsque son corps rentrait en contact avec l'eau froide, elle n'eut pas le temps de prendre une inspiration correcte. Perdue dans la vague d'émotions qu'elle tentait de contrôler, perdue dans la réaction de terreur de son corps qu'elle tentait de maîtriser, Ludivine ne réalisait pas qu'elle se laissait maintenant emporter par le courant. Tout ce qu'elle arrivait à se dire, était qu'il fallait qu'elle arrête de tomber. Le vide ne s'arrêterait jamais à ce rythme. Sa chute ne prendrait jamais fin, et elle n'en ressortirait jamais vivante.

Et à cet instant, Ludivine réalisa qu'elle ne chutait plus, mais qu'elle était prise dans un courant incontrôlable. Tout ce que Ludivine voyait, c'était l'eau qui s'agitait violemment autour d'elle. Tout ce que Ludivine sentait, c'était la constriction de sa cage thoracique, à mesure que l'air lui manquait. L'air. Il lui avait fouetté le visage pendant une durée qui lui avait semblé interminable, et était maintenant loin d'elle et proprement inaccessible.

Ludivine commença à se sentir faible, si faible. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle se serait laissé porter par ce courant jusqu'à ne plus avoir d'air. Mais elle n'en avait pas déjà plus, et sa conscience s'amenuisait.

Alors Ludivine ne réalisa pas directement qu'elle n'était plus seule, qu'elle avait maintenant de la compagnie. Elle ne réalisa pas directement que des lèvres venaient de se poser sur les siennes. Un sentiment de panique surgit en elle, et elle voulut se débattre mais la personne avait passé une main derrière elle et lui maintenait la nuque.

Il n'y avait aucune douceur dans ce geste, aucune affection. C'était un geste vigoureux, rempli de force. C'était un geste de survie, et Ludivine le comprit lorsqu'elle sentit ses bronches se remplir d'air, de beaucoup plus d'air qu'on ne devrait être capable de lui fournir.

A cet instant, Ludivine sentit une nouvelle bouffée d'énergie la parcourir tandis qu'elle retrouvait sa lucidité. Elle croisa le regard de la personne qui la tenait et réalisa qu'il s'agissait de James. Il parcourut le visage de Ludivine du regard, s'assurant qu'elle ne manquait plus d'air avant de passer son bras autour de sa taille pour la ramener à la surface.

Ils n'étaient en réalité pas tombés si profondément, et si Ludivine n'avait pas perdu ses moyens, elle aurait pu remonter toute seule. Mais elle se laissa faire lorsque James la ramena au bord de ce qui semblait être le lac de Poudlard et l'aida à sortir de l'eau.

Ludivine se détacha de James lorsque ses pieds touchèrent le sol, se laissant tomber dans l'herbe en ignorant le vent glacial qui venait cingler son corps mouillé.

— Tu m'as fait peur, lui dit James en s'installant à côté d'elle, le souffle court.

— J'ai perdu mes moyens, avoua silencieusement Ludivine.

— C'est normal, Hendell, c'était une sacrée chute.

Ludivine garda le silence, fermant les yeux tandis que les événements se rejouaient dans sa tête. Son souffle était court, erratique. Sa tête bourdonnait et le sang frappait ses tempes. Ludivine ressentait la même adrénaline que deux semaines plus tôt, mais la frayeur qu'elle venait de vivre était bien loin de l'exaltation qui l'avait parcourue sur son balai.

Puis elle repensa à l'air que lui avait insufflé James. Ce dernier avait également la respiration altérée par l'émotion. Il respirait fort, et ses inspirations soulevaient sa poitrine avec intensité. Les cheveux étaient mouillés et en pagaille, ses vêtements collés à son corps et Ludivine se permit de le dévisager quelques secondes.

Elle se demandait d'où venait ce traumatisme du sorcier, d'avoir peur de l'eau. Comme elle avec le vide, il avait dû vivre un moment traumatisant. James dut voir son regard car il afficha un air embarrassé tandis qu'il tournait son visage vers le ciel.

— Lorsque j'étais plus jeune, lui raconta James, je me suis noyé dans le fleuve qui longe notre maison. Al et moi jouions près des rochers, et Al a glissé sur un rocher. Je me souviens avoir attrapé sa main avant qu'il ne tombe, et en le faisant remonter, c'est moi qui suis tombé.

James soupira, jetant un regard rapide sur Ludivine, et cette dernière sut qu'il hésitait à continuer.

— Je suis tombé de très haut, reprit-il. J'avais inhalé tellement d'eau lorsque mon père m'a sorti, que je m'étais arrêté de respirer. Il y a des choses que la magie ne peut pas faire, sourit légèrement James, mais heureusement, mon père a eu de bons réflexes.

— J'en serais aussi sortie traumatisée, murmura Ludivine.

— C'était Al ou moi, sourit James, et je ne me serais jamais pardonné l'inverse.

Pour la première fois depuis qu'elle le fréquentait, Ludivine voyait James comme le grand frère qu'il était, protecteur. Il semblait si irrité, à l'idée que cela eut pu arriver à Albus, que Ludivine sentit son cœur s'adoucir. Elle n'avait pas conscience de l'affection et l'amour que les Potter se portaient entre eux.

Ils avaient tous l'air si détachés les uns des autres, si indépendants, prêts à chacun faire leur petit bonhomme de chemin. Mais Ludivine réalisait ces derniers temps à quel point ils veillaient les uns sur les autres, à quel point ils se soutenaient.

Pour elle, qui n'avait jamais connu une telle situation, cette réalisation avait une signification particulière. James Potter, comme Albus, était bien plus aimant et protecteur qu'il ne laissait paraître.

— Tu m'as insufflé de l'air, reprit Ludivine.

— En magie élémentaire, lui répondit James, on dit que c'est l'élément qui choisit le sorcier. Mais j'ai clairement choisi le mien. Car l'air est le seul rempart à l'eau.

— Qu'es-tu en train de me dire Potter ? demanda Ludivine en fronçant les sourcils. Que tu respires sous l'eau ?

James lui fit un sourire mystérieux, et Ludivine sut qu'elle avait raison.

— Seulement lorsque je suis proche de la surface, mais j'ai été surpris que tu tiennes aussi longtemps sans air. On a fait un sacré bout de chemin.

Ludivine regarda James avec intensité. Elle devinait que la magie élémentaire était bien plus qu'une simple maîtrise de la magie sans baguette. C'était le contrôle d'un élément, c'était la fusion de son corps et de son esprit avec cet élément. Depuis qu'elle avait réalisé que James Potter maîtrisait l'air, ou du moins s'y exerçait, Ludivine ne comprenait pas comment elle avait fait pour ne pas s'en rendre compte plus tôt.

Le Gryffondor flirtait avec l'air de façon insolente. Il maîtrisait parfaitement son corps, et n'était qu'un ensemble de particules parmi d'autres. Et il fallait croire qu'il maîtrisait parfaitement son esprit, car il parvenait à faire appel à cet élément même lorsqu'il venait à manquer.

Ludivine pensa à ses quelques morceaux de pierre, qu'elle avait encore des difficultés à assembler entre eux et à faire avancer sans ressentir de l'essoufflement, et elle se demanda si la terre était son élément.

Elle souhaita remercier le sorcier, mais son attention fut attirée par l'oiseau d'argent qui venait de réapparaître au-dessus de leur tête. Il vint se positionner entre eux, et James et Ludivine le regardèrent ouvrir les serres tandis qu'apparaissaient deux écussons de la forme d'un octogone. L'un, jaune, vint glisser dans les mains de James et l'autre, bleu, dans les mains de Ludivine.

— C'est notre récompense, sourit Ludivine.

— Le bracelet a deux trous, dit James dans un froncement de sourcils, il a l'air de manquer deux écussons encore.

Ludivine fronça également les sourcils. N'avaient-ils pas affronté leur peur, comme le disait l'auror Robards ? Ou bien tentaient-ils de concrétiser plus d'une d'entre elles ? L'oiseau d'argent commença à s'agiter, se dirigeant vers le château dans le parc vide.

— Suivons-le, dit James en se mettant à courir en direction de l'oiseau, suivi de Ludivine.

Le château était vide de présence. Les couloirs étaient sombres, les torches faibles, le sol brillant de propreté comme si personne n'avait un jour marché dessus. La chaleur habituelle du château n'existait plus, confirmant qu'ils n'étaient pas dans l'univers qu'ils connaissaient. Et Ludivine le détesta.

Ce fut devant les portes de l'infirmerie que l'oiseau d'argent s'arrêta finalement. Elle était vide, et la disposition particulière des lits leur confirma qu'ils n'étaient pas dans leur réalité. Sombre, silencieuse, aucune chaleur ne se dégageait de cet endroit, et Ludivine sentit quelque chose remuer en elle. Ce n'était pas le lieu accueillant qu'elle connaissait.

Mais elle n'eut pas le temps de partager sa pensée. James courait déjà vers le fond de la pièce, lâchant un profond juron qui dérouta Ludivine. Lorsqu'il s'agenouilla près d'un lit, au fond de la pièce, le sang de Ludivine ne fit qu'un tour en reconnaissant la sorcière qui y était allongée.

— Lils, l'interpella James en attrapant délicatement la main de la jeune femme, Lils ! Réveille-toi !

Il n'aurait pas de réponse, ils le savaient tous les deux. Ludivine n'osait pas s'approcher des deux sorciers, alors elle se tint en retrait, observant le corps frêle de Lily Potter, dont du sang coulait de plusieurs plaies profondes. De nombreux bleus couvraient ses bras, ses jambes et son visage. Ce qui inquiétait surtout Ludivine, c'était la pâleur de sa peau, et elle n'eut pas besoin de toucher la main de la sorcière pour savoir que sa température était dangereusement basse.

James serra la main de Lily avec plus de force, portant ses doigts sur la joue de sa sœur. Il n'y avait plus de délicatesse. L'inquiétude avait rendu les gestes de James imprécis et brusques.

— Réveille-toi, Lils ! dit-il dans un grincement de dents.

— Elle est inconsciente, Potter, dit Ludivine à voix basse pour ne pas brusquer le sorcier.

Mais James n'écoutait pas. Il ne voyait pas que la sorcière allongée n'était pas réelle, il ne regardait pas tout cela. Il se leva férocement, étouffant un bruit de colère avant de se mettre à fouiller sauvagement les tiroirs près de lui.

— Il faut l'aider, commençait à s'énerver James, Hendell, aide-moi !

Mais Ludivine ne bougea pas. Au lieu de cela, elle continua d'observer le sorcier qui sortait tout un kit de soin magique d'un tiroir qu'il commença à éparpiller sur le lit pour voir ce qu'il contenait. Ses gestes étaient inexacts tandis qu'il faisait tomber par terre une potion qui s'explosa sur le sol. Il semblait confus, et pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Ludivine voyait James se faire dépasser par ses émotions. Il y avait une telle alerte, une telle détresse dans le regard du sorcier, dans ses mouvements, que Ludivine sentit son estomac se tordre de compassion.

— Potter, tu ne…

— Aide-moi, Hendell ! l'interrompit James en examinant une autre fiole avec hésitation.

— Tu ne…

— Si tu ne m'aides pas, intima-t-il, au moins ne me dérange pas.

— JAMES SIRIUS POTTER !

Ludivine réalisa qu'elle avait crié lorsqu'elle croisa le regard surpris de James qui s'immobilisa en plein mouvement. La surprise fut aussitôt remplacée par de la froideur, presque du mépris. Il allait répliquer mais Ludivine l'en empêcha, réduisant l'espace en eux d'un pas rapide avant d'attraper la fiole qu'il avait entre les mains.

— Elle n'est pas réelle, murmura Ludivine qui tentait de raisonner le sorcier.

— Tu n'en sais rien.

— C'est un monde alternatif, Potter !

— Ecoute Hendell, dit James d'une voix profonde et menaçante qui inquiéta presque Ludivine, je sais que tu es fille unique alors je ne te demande pas de comprendre. Mais, siffla-t-il en s'approchant dangereusement d'elle, ne reste pas sur mon chemin.

Sans le réaliser, Ludivine se décala sur le côté mais son regard ne quitta pas un instant James qui récupérait la fiole et se précipitait de nouveau vers sa sœur.

Elle n'était pas vexée par la réaction de James, ou du moins elle faisait tout pour ne pas l'être, mais elle n'avait jamais pensé qu'elle se retrouverait un jour intimidée par lui. Il fallut toute l'abnégation en elle pour aller au-delà de ce ses émotions et essayer de comprendre ce que James ressentait.

Devant ses yeux était allongée sa petite sœur, couverte de sang et de blessures, et elle pouvait ressentir la peine du sorcier à l'idée qu'elle ait pu être maltraitée et blessée. Mais la détresse de James ne venait pas de là, parce qu'il savait très bien que la sorcière allongée devant lui n'était pas réelle. Et Ludivine comprit à cet instant.

La détresse de James venait de l'impuissance qu'il ressentait à l'idée de ne pas avoir été présent pour sa petite sœur, à l'idée qu'elle ait pu souffrir et qu'il n'ait pas été là pour la défendre, pour la protéger, pour prendre le traumatisme comme il l'avait fait pour Albus plus jeune. Et panser les plaies de Lily, réelles ou non, était la seule façon pour James de panser les siennes.

Ce fût cette réalisation, ou peut-être la réalisation que rien ne pouvait émotionnellement toucher James Potter plus que l'idée qu'il n'avait pas joué son rôle de grand frère, qui poussa Ludivine à attraper le flacon d'essence de dictame que le Gryffondor n'avait pas identifié et à se pencher vers la sorcière allongée sur le lit.

Ludivine identifia silencieusement toutes les plaies et versa quelques gouttes d'essence de dictame sur chacune d'entre elles, qui se résorbèrent en quelques secondes. James, qui réalisait que Ludivine l'aidait et faisait un bien meilleur travail qu'elle avec les blessures, attrapa les bandages, et commença à couvrir les membres foulés.

Ils y passèrent une vingtaine de minutes. Aucun des deux ne parla, ils n'échangèrent pas un regard, chacun était concentré sur ce qu'il avait à faire.

Lorsque les plaies furent résorbées, les articulations bandées, les saignements nettoyés et les gonflements couverts de poches de froid, James s'autorisa enfin à se laisser tomber dans une chaise. Il posa sa tête entre ses mains, soufflant un grand coup, tandis que Ludivine prenait place dans le lit à côté.

— Certaines peurs s'affrontent, d'autres se surmontent, cita James à voix basse. Ils m'ont mis face à mon plus grand traumatisme, mais également face à ma plus grande hantise, confia James en jetant un dernier regard au corps de Lily.

— Tu as parfaitement su répondre aux deux, le rassura Ludivine.

James jeta un coup d'œil à Ludivine, et elle sut, à son regard hésitant et la façon dont il s'agitait sur sa chaise, qu'il hésitait à dire quelque chose.

— Mes parents, confia James en reposant son regard sur le corps de Lily, ont toujours su qu'ils voulaient plusieurs enfants. Mon père refusait que son ou ses enfants grandissent seuls comme il l'avait été. Alors quand il m'ont eu, je n'étais pas leur miracle comme pour beaucoup de parents, j'étais « le premier ».

Ludivine écouta silencieusement James s'exprimer, consciente que, comme elle, il y avait des choses dont il ne parlait jamais.

— Être le fils d'un héros, ce n'est rien face à la pression d'être l'aîné d'une famille si importante. Tu dois constamment renvoyer une image de personne respectable – pas de bêtise, pas un mot plus haut que l'autre, pas d'avis inutile –, de personne à respecter – ne pas faire confiance à n'importe qui, paraître inatteignable, montrer que l'on existe uniquement par soi-même –, et dont on respecte les proches – être suffisamment fort pour protéger les autres, toujours veiller sur eux, les mettre prioritaires à tes besoins.

James soupira, comme s'il réalisait ce qu'il était en train de confier à Ludivine. Il posa son regard sur elle, tentant de déchiffrer ce qu'elle pouvait bien penser de ce qu'il lui disait. Mais ça n'arrêta pas James, qui exprimait pour l'une des rares fois, ce qui avait toujours pesé sur ses épaules.

— J'ai grandi avec cette pression de devoir montrer l'exemple, de devoir veiller sur les autres et les protéger, elle fait partie de moi, continua James sur un ton plus irrité. Je me suis construit une telle carapace pour donner l'apparence que je suis tout ce que je t'ai listé. Et face à la réalisation qu'une telle chose pourrait arriver à ma petite sœur, j'ai paniqué.

— Tu n'as pas laissé la panique l'emporter, intervint Ludivine avec douceur, tu as fait ce que tu avais à faire.

— Tu m'y as aidé, sourit James.

— On est des partenaires, Potter, je suis là pour t'aider.

Le regard que James posa sur Ludivine n'était ni reconnaissant, ni chaleureux. C'était comme s'il voyait Ludivine pour la première fois. Et c'était le cas. Jusqu'ici, il avait dû la voir selon plusieurs angles : la meilleure amie de son petit frère, l'adversaire de Quidditch, la sorcière fière et pénible du quotidien, sa meilleure option pour avancer dans ce concours. Et peut-être d'autres visions encore. Mais aujourd'hui, à cet instant, elle devenait une alliée, son alliée pour avancer face aux difficultés.

Ludivine vit James prendre une grande inspiration, et elle fit de même sous le regard profond du sorcier.

— Je ne voulais pas être désagréable, reprit James.

— Ne t'en fais pas, dit Ludivine en balayant les propos de James d'un revers de main, on réagit comme on le peut face à nos peurs.

— Quelle est la tienne ? demanda James avec curiosité. Celle que tu dois surmonter.

— Je suppose qu'on le découvrira bien assez vite, marmonna Ludivine platement.

Il y avait un certain sadisme à les confronter à leurs traumatismes, à leurs pires cauchemars. Mais Ludivine supposait que c'était ce que le Ministère entendait lorsqu'il parlait de puissance, qu'un sorcier puissant n'était pas celui qui maîtrisait parfaitement sa magie, mais celui qui identifiait ses peurs et était capable de les affronter. Et il n'y avait aucun doute dans l'esprit de Ludivine que James Potter était un sorcier puissant.

L'oiseau d'argent réapparut une nouvelle fois. Il vint se positionner sur l'épaule de James avant de s'ouvrir pour laisser apparaître un écusson octogonal vert. Puis, il s'éleva de nouveau dans les airs, se dirigeant vers la sortie.

— Il veut qu'on le suive, dit Ludivine en se levant.

James soupira, posant un dernier regard sur le corps de sa sœur. Il fut pris d'une hésitation, mais s'avança finalement vers elle, embrassant son front avant de se diriger en foulées vers la porte de l'infirmerie.

Ludivine s'était déjà dirigée dans le couloir désertique. L'oiseau d'argent avançait très rapidement, et ils comprirent que le temps imparti commençait dangereusement à s'écouler. Il ne restait plus qu'un écusson à trouver, et Ludivine sentit son cœur se serrer à l'idée d'aller à la rencontre de sa plus grande peur.

Ils traversèrent le pont qui menait à la cabane d'Hagrid et se trouvèrent de nouveau dans le parc de Poudlard quand l'oiseau d'argent arrêta son trajet en haut d'une colline. James et Ludivine échangèrent un regard d'incompréhension.

Ludivine chercha un indice dans l'horizon. La forêt interdite s'étendait à vue devant eux. Elle était très différente de la forêt qu'ils connaissaient. Elle semblait plus étendue, plus sombre, sous un ciel qui continuait de s'assombrir, et Ludivine se demanda si ce n'était pas un effet du temps qui s'écoulait.

Puis quelque chose attrapa son regard, un rayonnement, un réfléchissement à travers les arbres, qui transporta le corps de Ludivine. Sans le réaliser, elle dévalait maintenant la colline à une vitesse dont elle n'aurait jamais douté. Elle n'entendit pas James l'appeler, elle ne le vit pas la rattraper en quelques secondes. Ludivine courait.

Ils atteignirent les premiers arbres, dans une tranche de la forêt qu'ils ne reconnurent pas, et Ludivine sut qu'elle n'existait pas réellement lorsqu'elle aperçut la source du rayonnement.

La clairière dans laquelle ils se trouvaient ne reflétait aucune sérénité, aucune joie. Les arbres étaient bas et feuillus, et si l'ambiance n'avait pas été si morose, Ludivine aurait pu apprécier la vision sous ses yeux.

Au milieu de ces arbres se tenait une pierre taillée en rectangle, imposante, avec une inscription métallique. La terre semblait avoir été remuée devant la pierre, mais de l'herbe avait depuis longtemps poussé par-dessus.

Devant cette vision, Ludivine se laissa tomber sur le sol, se retenant de ses mains. Elle sentait son cœur se serrer, son estomac se tordre, ses jambes vibrer sous l'émotion qui montait en elle.

— Hendell ? demanda James d'une voix hésitante tandis qu'il s'approchait de la pierre.

Mais Ludivine ne l'entendait pas, elle ne le voyait pas. Elle n'avait pas quitté la pierre des yeux, et elle commençait à sentir sa tête bourdonner et ses yeux s'embuer.

Elle sut que James lisait maintenant l'inscription, cette inscription qui n'avait jamais existé mais qui semblait si réelle, que Ludivine n'avait jamais vue mais qu'elle connaissait par cœur. Parce qu'y était gravée la plus grande frayeur de Ludivine, sa plus grande peur. Ces quelques mots que Ludivine redoutait d'avoir un jour à former dans sa tête, « Johanne Chloé Hendell, née Leroy. Agent disparue en mission ».

— Hendell, répéta James d'une voix plus douce, parle-moi.

Ludivine n'était pas sûre de le vouloir. Ce qu'elle voyait n'était pas réel, mais le désarroi qu'elle ressentait l'était, tout comme cette boule au niveau de sa gorge qui retenait un sanglot.

Il y avait des choses dont Ludivine ne parlait jamais, des pensées qu'elle se refusait d'avoir, des douleurs qu'elle entassait dans un coin de son cœur, de la tristesse qu'elle n'était plus en capacité de ressentir. C'était tout cela que cette pierre représentait, et c'était comme si le monde de Ludivine se réduisait en cendres.

Elle sentait qu'il était de plus en plus difficile pour elle d'avoir de réelles inspirations. Sa respiration était en train de s'accélérer et elle perdait de nouveau le contrôle. Elle était comme tout à l'heure, sous l'eau, sans air ni secours.

Elle n'eut pas d'autre choix que de se confronter à James lorsque ce dernier s'agenouilla à côté d'elle et posa une main sur son épaule.

— Ce que tu vois, chuchota James comme pour la sortir de ses songes, ce n'est pas la réalité.

Elle s'en fichait. Elle n'en avait rien à faire, qu'il s'agisse ou non de la réalité. Pour elle, rien n'était plus réel que cette angoisse qu'elle ressentait, qui lui disait qu'elle pourrait un jour perdre sa mère comme elle avait perdu son père. Ce jour-là, elle se retrouverait seule, comme elle l'avait toujours été depuis le jour où sa mère lui avait annoncé que son père ne rentrerait peut-être jamais à la maison, qu'elle lui avait expliqué pourquoi. Jusqu'ici, il n'était en effet jamais rentré à la maison.

L'étau autour de sa gorge se resserrait et Ludivine n'avait aucune idée de la façon dont elle formerait ses prochains mots, si elle serait capable de parler à nouveau. Ses yeux n'avaient pas quitté la pierre, mais cette dernière n'était plus qu'une tâche dans le regard de Ludivine.

Elle prit conscience de ses larmes lorsqu'elle sentit les doigts de James les essuyer sur sa joue. Il la regardait d'une telle douceur, avec une telle inquiétude, que le cœur de Ludivine se serra un peu plus, mais non de douleur. Alors elle parla.

— Elle est tout ce qu'il me reste d'une famille, confia Ludivine d'une voix cassée par les sanglots qu'elle retenait.

James garda le silence, et Ludivine sut qu'il ne savait pas quoi lui répondre. Comme elle n'avait pas pu comprendre la peine d'un frère aîné face aux blessures de sa cadette, il ne pouvait pas comprendre la solitude d'une fille unique qui n'avait déjà plus son père.

Pourtant, il restait là, une main maladroite posée sur son épaule, un regard compatissant posé sur elle. Cette pensée, autant que la peine qu'elle ressentait au niveau de son thorax, la poussa à se confier comme elle ne l'avait pas fait depuis des années.

— Mon père n'est jamais rentré d'une mission d'exfiltration, expliqua Ludivine, et les souvenirs que j'ai de lui sont si flous. C'est comme si mon esprit avait tout fait pour oublier ce qui pouvait se rapporter à lui, au lieu de conserver ces images.

— Ton père était espion ? demanda James prudemment, continuant lorsque Ludivine hocha affirmativement. Que lui est-il arrivé ?

— Il s'est fait trahir par ses équipiers et n'est jamais rentré, expliqua Ludivine, le souffle court.

— Il rentrera peut-être un jour, la rassura James.

— Pas au bout de sept années. Ma mère cherche encore des réponses, mais elle ne le cherche plus lui.

La mère de Ludivine n'avait jamais laissé son histoire personnelle impacter son métier, même si ce dernier signifiait qu'elle pourrait, un jour, ne jamais rentrer à la maison. Comme son mari.

Très peu de sorciers savaient qu'un organisme de renseignements extérieurs avait été créé par le Ministère, juste après la chute de Voldemort. Cet organisme, qui travaillait avec le Secret Intelligence Service moldu, réunissait des sorciers-espions qui avaient pour mission de démanteler tout réseau pour prévenir les conflits magiques et non-magiques. Tout pour empêcher une nouvelle guerre, c'était le mot d'ordre du ministère. Alors la mère de Ludivine était de ces sorciers qui étaient partout mais que l'on ne voyait nulle part.

Et c'était vrai, sa mère n'avait jamais arrêté de chercher des réponses. Lorsque le Secret Intelligence Service moldu n'avait pas su lui apporter d'explication sur la disparition de son époux, elle avait alors cherché la sienne. Accompagnée de la mère d'Acca, elle sélectionnait les missions pouvant l'aider à comprendre ce qui avait pu se passer. Le seul indice qu'elle avait : une localisation, l'Europe de l'Est. Alors oui, sa mère avait arrêté de chercher son père des années plus tôt, mais n'avait jamais arrêté de chercher des réponses sur la trahison qu'il avait subie.

Malgré son regard embué des quelques larmes qui continuaient de couler, Ludivine finit par tourner la tête vers James et attrapa son regard profond. C'était comme si, à cet instant, il comprenait tant de choses à son sujet. C'était comme si la méfiance, l'hostilité de Ludivine, son agressivité ponctuelle prenaient sens et cette dernière ne doutait pas que, comme elle dans l'infirmerie, James réalisait qu'ils n'étaient pas si différents que cela.

Ce fut peut-être pour cette raison que James s'autorisa à se pencher vers elle et lui attraper délicatement la main.

— Ça ne veut pas dire que ça t'arrivera, Hendell.

— Je prends toutes les précautions pour.

C'était la première fois qu'elle l'admettait à voix haute. Ludivine était méfiante parce qu'elle avait peur de se faire trahir. Elle avait peur d'être déçue. Elle avait peur d'avoir la confirmation qu'il valait mieux rester seul pour ne pas être blessé.

Et peut-être qu'à ce moment, Ludivine réalisa qu'elle avait réellement accordé sa confiance à James, car les larmes se mirent à couler de nouveau sur ses joues et un sanglot s'étrangla dans sa gorge mais elle continua de parler.

— J'ai peur de me retrouver seule, avoua Ludivine à bout de souffle, j'ai peur d'un jour avoir à pleurer ma mère et ne pas savoir vers qui me tourner. J'ai…

Ludivine s'interrompit, expirant un grand coup pour essayer de calmer ses émotions. Cette pierre ramenait tant de craintes chez elle qu'elle ne parvenait pas à surmonter, tant d'inquiétudes qu'elle refusait d'admettre et qu'elle faisait tout pour bannir de son esprit, tant d'obstacles qu'elle s'assurait d'empiler entre le reste du monde et elle. Tout pour ne pas souffrir.

Et elle détesta le ministre de la Magie, l'auror Robards, ou encore la directrice McGonagall pour lui faire admettre cela. Une fraction d'instant, elle détesta également James pour assister à cet instant de faiblesse. Mais peut-être que tout se trouvait dans cet instant justement, où elle acceptait d'admettre ses peurs et ses faiblesses. Peut-être saurait-elle faire de ces faiblesses une force.

— J'ai peur de ne pas être à la hauteur, admit Ludivine en fuyant le regard de James, et que les gens que j'aime me quittent parce que je n'aurais pas fait suffisamment, parce que je n'aurais pas été suffisamment.

James ne dit rien, mais un regard suffit à Ludivine pour savoir qu'il réfléchissait à ce qu'il pouvait lui répondre. Il n'y avait cependant rien à répondre, Ludivine le savait bien, et James dut le comprendre car il se résolut au silence.

Au lieu de cela, il réduisit l'espace entre eux et passa ses bras autour des épaules de Ludivine. Comme leur baiser un peu plus tôt, ce câlin n'était pas un geste d'affection, il n'y avait aucune douceur. C'était un geste de survie ! Il visait à montrer à Ludivine que dans ses pires moments de doute, dans la réalisation de ses pires craintes, il pouvait être une personne vers qui se tourner, son allié.

— Pott…

— Je ne peux pas dire comprendre ta peine, avoua James, car je suis entouré d'une famille unie et étendue. Mais je comprends cette solitude, qui t'interroge sur ce que tu as à donner aux autres et ce que tu dois recevoir des autres. Et je pense que tes barrières te protègent, mais te feront également souffrir.

— Je viens de t'expl…

— Ton histoire familiale, reprit James en jetant un regard à la dalle de pierre, a construit qui tu es. Et tu es peut-être la sorcière la plus pénible de Grande Bretagne, dit James avec un sourire, mais tu as parfaitement su t'entourer de gens qui t'aiment et en qui tu peux et dois avoir confiance.

Un silence s'installa, durant lequel James porta un regard si pénétrant à Ludivine qu'elle se demanda si le sorcier ne parvenait pas à lire jusqu'au plus profond de son esprit et son cœur. Alors elle se permit de poser une question qu'elle n'aurait jamais imaginé quitter ses lèvres.

— Est-ce que tu comptes parmi ces personnes ?

— Ça, sourit James avec affection en essuyant une larme, c'est à toi de me le dire.

Ludivine sentit ses joues chauffer. Pourtant, James ne fit aucun mouvement vers elle. Il se contenta de la fixer, les mains dans les poches, et Ludivine sut qu'il ne ferait aucun geste envers elle. A cet instant, il n'était pas celui qui devait faire un geste. Ludivine voulut dire quelque chose, mais la boule dans sa gorge l'en empêcha. Elle voulut faire un mouvement, mais son corps engourdi l'en empêcha. Elle voulut faire un quelconque geste pour signifier à James qu'en effet, elle l'incluait parmi ces personnes, mais son esprit l'en empêcha. C'était trop, beaucoup plus que ce qu'elle était en mesure d'offrir.

Elle n'eut cependant pas le temps d'y réfléchir plus longtemps, car l'oiseau se frayait un chemin parmi les arbres pour se poser au-dessus d'eux. Lorsqu'il ouvrit sa serre, Ludivine attrapa l'écusson octogonal de couleur rouge qui en tomba.

— On les a toutes, souffla Ludivine.

— Ça tombe bien, sourit James, le temps imparti est écoulé.

Et sur ces mots, le décor autour d'eux se modifia. Les arbres disparurent, la tombe s'effaça comme un mauvais rêve, et ils se relevèrent parmi une centaine de sorciers qui réalisaient, comme eux, qu'ils n'étaient plus dans ce monde alternatif.

Un regard autour d'elle apprit à Ludivine que nombre d'entre eux avaient souffert de leur affrontement avec leurs peurs. Il n'y avait aucune animation, aucune excitation à l'idée d'avoir fini cette épreuve. Ludivine remarqua quelques sorciers prostrés, immobiles, plongés dans leurs pensées. D'autres chuchotaient entre eux, comme s'ils ne voulaient pas que les autres les entendent, comme s'ils ne voulaient pas s'entendre eux-mêmes.

Puis, une pensée traversa Ludivine en remarquant une sorcière pleurer. Scorpius. Ludivine posa une main sur l'avant-bras de James, lui signifiant qu'elle revenait rapidement avant de regarder hâtivement autour d'elle, à la recherche de la chevelure blonde, presque blanche de son ami.

Lorsqu'elle le repéra assis sur le sol, avec Acca qui avait posé son front sur son épaule et avait fermé les yeux, Ludivine se sentit voler jusqu'à eux. La seconde d'après, elle posait ses deux genoux au sol et attrapait la main de Scorpius.

— Je vais bien, Lud, lui dit Scorpius avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit. C'était quelque chose que je devais voir.

— Tu sais que ce n'est pas réel.

— Oh les larmes étaient réelles, sourit Scorpius, mais j'étais bien accompagné.

Ludivine sourit de soulagement, échangeant un regard entendu avec Acca qui avait relevé la tête et lui souriait avec douceur.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Ludivine n'était pas inquiète pour Acca. Elle avait une idée des démons de cette dernière, et elle savait que son amie les gérait depuis toute petite. C'était un fait, ce qu'il pouvait arriver à la mère de Ludivine pouvait arriver aux deux parents d'Acca. Sauf que cette dernière n'avait jamais fui cette réalité comme Ludivine.

Fred Weasley et William Milton s'approchèrent de Ludivine, qui se releva lorsqu'ils demandèrent où se trouvait James. Ce dernier apparut près d'eux d'un pas désinvolte. Il ne souhaitait montrer à personne que cette épreuve l'avait affecté, et Ludivine ne put retenir un sourire. Elle avait vu les peurs les plus profondes de James Potter, elle l'avait vu les affronter mais également les subir. Alors elle savait que l'air débonnaire qu'il affichait à cet instant n'était qu'une grande façade.

James posa une main sur l'épaule de William, lui demandant d'un regard s'il allait bien. Et lorsque ce dernier répondit d'un sourire faible, Ludivine comprit que William Milton était de ceux que les peurs gardaient éveillé la nuit.

Ludivine voulut dire quelque chose à James lorsque leurs regards se croisèrent mais elle n'en eut pas le temps car une bourrasque de cheveux blonds s'agita devant ses yeux avant qu'elle ne se trouve enserrée de bras frêles mais puissants.

— Je suis contente de te voir, murmura Liz dans l'oreille de Ludivine.

— Et moi de constater que tu es toujours bien plus solide que tu ne le laisses paraître, sourit Ludivine tandis que Liz rigolait d'un rire fin avant de la lâcher et de se tourner vers Acca qui se relevait.

— Jeunes gens, s'exprima l'auror Robards après avoir appliqué un sortilège d'amplification du son, cette deuxième épreuve est terminée.

Tous les participants se tournèrent vers l'auror, accompagné du corps professoral et les mêmes sorciers du ministère sur l'estrade en bois.

— Cette épreuve a été particulièrement intense pour la plupart d'entre vous, reprit-il d'un ton bienveillant. Nous vous avons fait subir ce que certains sorciers fuient toute leur vie jusqu'à leur mort, et certains d'entre vous ressortiront de cette journée avec des séquelles. Néanmoins, continua-t-il d'une voix plus forte, je peux vous assurer que cette journée vous servira un jour, lorsque vous serez en situation difficile et que vous saurez par avance ce que cela fait de ressentir de la terreur et de la dépasser, d'imaginer l'inimaginable et de rester fort, de sentir son monde s'écrouler mais de continuer d'avancer.

Ludivine pensa au moment où elle avait réalisé qu'elle serait obligée de chuter du pont, à sa chute, ou encore à la vision de cette tombe qui pouvait détruire tout ce qu'elle est. Elle avait mis des mots sur ce qu'elle n'avait jamais avoué, elle avait exprimé à voix haute ce qu'elle enfouissait au fond d'elle. Peut-être que cela lui servirait un jour. Peut-être.

— Nombre d'entre vous ont récupéré certains écussons, à chaque fois qu'ils auront affronté ou avoué une peur. Pour cela, je vous félicite. Le système de points n'en sera pas modifié, vous conservez la place que vous aviez auparavant. Néanmoins, pour chaque écusson récupéré, un avantage non-négligeable vous sera attribué lors de la troisième épreuve.

Plusieurs sorciers échangèrent un regard curieux, il était évident que personne ne comprenait réellement les propos de l'auror. Mais ce dernier semblait se délecter de cette confusion.

— Dans nos métiers, reprit-il, nous avons plus souvent des questions que leurs réponses. Tout vient à temps. Et jeunes gens, conclut l'auror avec malice, laissez-moi vous dire que vous serez heureux d'avoir affronté vos peurs. Félicitations à tous.

Un silence s'installa tandis que l'auror remerciait tout le monde et descendait de l'estrade. Les agents du ministère se mirent quant à eux à redistribuer les baguettes qu'ils avaient récupérées.

Quatre étoiles, pensa Ludivine, quatre avantages. James et elle restaient premiers, et ils faisaient partie des équipes qui auraient le plus d'avantages. C'était une victoire, mais elle n'en avait pas le goût. Elle ne parvenait pas à se réjouir de la situation, mais elle ne doutait pas qu'elle aurait encore le contrecoup de ce qu'elle venait de vivre durant plusieurs jours.

Le regard de Ludivine croisa celui de Logan Rowle, qui la fixait d'un regard neutre, et elle sentit un malaise la gagner. Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps car Acca se tournait vers elle avec un regard déterminé.

— Je viens de voir ma mère me hurler dessus parce que j'avais été trop faible durant une mission tandis qu'elle couvrait de terre le corps de mon père. Autant te dire que j'ai besoin d'oublier tout ce que je viens de traverser.

— Preneuse de l'oubli sans fin, marmonna Liz.

Ludivine hocha la tête, approuvant sans hésitation les propos de ses deux amies. Elle allait leur proposer de s'éclipser à Pré au Lard, mais elle se tut à la pensée des événements de la semaine précédente. C'était sans compter sur Scorpius.

— Albus et moi avons ce qu'il faut dans notre dortoir, les informa-t-il, si vous voulez noyer vos soucis dans une salle de la tour d'Astronomie.

Acca poussa une exclamation de contentement et Scorpius échangea un regard entendu avec Ludivine tandis qu'un sourire espiègle s'installait sur ses lèvres.

— Je vais de ce pas en parler à Al, dit Scorpius en s'éloignant d'un pas tranquille.

Lorsque Acca et Liz suggérèrent de retourner tranquillement au château, suivies par Fred, Ludivine se tourna vers James qui éloignait son regard inquiet de William pour le poser sur elle. Et elle se fit violence pour s'approcher de lui.

— Tu as été incroyable durant cette épreuve, Potter, lui dit-elle timidement.

— Je te renvoie la remarque, Hendell.

Ludivine se contenta de sourire, cachant un léger rougissement quand elle détourna la tête. Devant eux, Fred tentait de faire rire Liz et le sourire de Ludivine se renforça.

— Je suis désolé, Hendell, reprit James.

— Pourquoi donc ?

— Pour ton père, souffla James avec douceur, et ce que ta famille a traversé.

Ludivine sentit son cœur se serrer à l'entente des mots de James. Elle réalisait à cet instant qu'il faisait maintenant partie de ces rares personnes qui savaient tout d'elle, de qui elle était. Une fraction d'instant, Ludivine se demanda si elle pouvait faire confiance au Gryffondor, mais le regard empathique qu'il avait posé sur elle lui donna une première réponse.

— Merci, Potter.

Le sourire de James était sincère, et Ludivine ne put retenir un rougissement devant l'intensité de son regard.

— On en a beaucoup appris l'un sur l'autre aujourd'hui, lui dit-il, toi et moi.

— Tu fais étonnamment partie des quelques personnes qui savent tout de moi maintenant, Potter, sourit Ludivine.

— Oh, je suis sûr que j'en ai encore beaucoup à apprendre, répondit James avec taquinerie.

— Peut-être bien.

Le sourire qu'ils échangèrent était complice, rempli d'une connivence nouvelle. À cet instant, Ludivine sentait qu'ils pouvaient remporter ce concours et aller au bout de leur objectif respectif. Néanmoins, Ludivine sentait la fragilité la gagner à chaque fois qu'elle repensait aux événements de la journée. Elle se demandait si elle se remettrait de ces émotions qu'elle avaient tant de fois enfouies au plus profond d'elle.

Alors quand elle constata qu'Albus l'attendait près de la cheminée de la salle commune, et qu'il ouvrit les bras en la voyant s'approcher, elle s'y précipita sans réfléchir. Le sorcier resserra ses bras autour d'elle, lui murmurant qu'il était fier d'elle, et Ludivine autorisa quelques larmes à couler, ces quelques larmes qu'Albus fit semblant de ne pas voir, de ne pas sentir dans son cou tandis qu'il resserrait sa prise autour d'elle.

La seule chose dont elle était sûre, à cet instant, était qu'elle était loin d'être seule.


Et voilà ! Qu'avez-vous pensé des récents événements dans le monde magique, du principe de l'épreuve, des peurs et traumatismes de James et Ludivine, ou encore de leur relation ?

Ce chapitre me tient beaucoup à cœur car on entre enfin dans le passé et la tête de James et Ludivine, et on apprend des choses sur eux qui viennent expliquer qui ils sont. James a le sentiment qu'il doit protéger tout le monde et a peur d'échouer, et Ludivine a peur d'être seule et de ne plus avoir, un jour, de repères. Ils se sont livrés leurs plus grandes vulnérabilités et mine de rien, ça va les rapprocher.

Je vais profiter de mes congés pour souffler et faire une pause dans cette histoire qui, mine de rien, me prend beaucoup d'énergie et de temps. Je vous retrouverai donc en 2021 et d'ici-là, je vous souhaite de bonnes fêtes.