Hello ! Tout d'abord, une très belle année à tous et à toutes !

Je reviens pour le chapitre 15 qui vient célébrer les un an de l'histoire ! J'ai pris énormément de plaisir à l'écrire, je vous laisse découvrir pourquoi de suite ;)

Comme d'habitude, un grand merci pour vos lectures. Une mention spéciale pour Liliana (je suis ravie que l'histoire te plaise toujours autant!), MarlyMcKinnon (j'ai cédé à tes menaces haha!) et Kirbille (j'espère que tu seras servie avec ce chapitre!).

Bonne lecture !


Chapitre 15 - Panser sans penser

— Lud, tu savais que les Vagabonds de Wigtown étaient la première équipe à avoir utilisé la tactique de la Tremblante de Woollongong ?

Ludivine jeta un regard blasé vers Albus qui l'apostrophait pour la troisième fois sur une tactique de Quidditch. Un grand sourire fendit les lèvres de ce dernier devant la réaction de son amie tandis que Scorpius affichait une expression amusée, concentré sur sa lecture.

— C'est la troisième fois que tu interromps mon devoir, Potter.

— Ne me dis pas que ça ne te fascine pas !

— Ce qui me fascinerait, cingla Ludivine, serait que tu me laisses dix minutes en paix !

— Par Merlin, se moqua Albus, moi qui pensais que la bibliothèque t'adoucirait.

Le sourire d'Albus se renforça tandis qu'il replongeait la tête dans son ouvrage, et Ludivine regretta presque de lui avoir conseillé d'étudier la théorie des tactiques et stratégies de Quidditch pour l'épreuve écrite de ses qualifications, coutume de Flaquemare.

Ludivine se concentra de nouveau sur son devoir de Métamorphoses, dont elle ne parvenait pas à tirer grand-chose. Elle ignora pour la cinquième fois le son de mécontentement qu'émit Scorpius en lisant le journal de l'école.

— Incroyable, siffla-t-il, qui a écrit une telle bouse ? Même Skeeter n'en serait pas capable !

— Encore un article sur les attaques ? demanda Albus sans lever la tête de son livre.

— Non, sur les probabilités que Poufsouffle gagne contre Gryffondor samedi.

— Absurde, répondit Albus du tac au tac.

— Pas besoin de me convaincre, confirma Scorpius.

Ludivine jeta un regard froid aux deux sorciers qui l'empêchaient de se concentrer. Elle aurait dû savoir qu'il fallait refuser toute proposition de leur part de l'accompagner à la bibliothèque. Cela se confirma lorsque Albus s'exprima de nouveau, jetant un regard furtif à Ludivine.

— Ils disent ici que les Pies de Montrose ont longtemps utilisé la Roulade du paresseux.

— Ça consiste en quoi ? demanda Scorpius.

— Tu évites les Cognards en jouant vers le bas, expliqua Albus. Ils disent que les sélectionneurs adorent cette tactique.

— Tu penses que…

— Par Dumbledore, intervint Ludivine sèchement, vous ne savez pas vous taire ?

Albus et Scorpius portèrent un regard surpris vers elle, avant qu'un sourire narquois ne franchisse leurs lèvres.

— On t'irrite, Hendell ? demanda Scorpius.

— J'essaie de me concentrer.

— Ne nous fais pas croire ça, se moqua Albus, tu lis la même page depuis vingt minutes.

— Tu penses au concours, renchérit Scorpius.

— Parce que vous m'empêchez de me concentrer !

Albus et Scorpius échangèrent un regard amusé, et Ludivine grommela en reportant son attention sur son devoir. Ils avaient raison, elle était bloquée sur la même page depuis un quart d'heure, mais il n'y avait pas que les discussions d'Albus et Scorpius qui la dérangeaient. Ses pensées également.

Ludivine n'avait pas eu de nouvelles de sa mère depuis bientôt deux semaines. Aucune lettre ni carte postale, Ludivine ne connaissait ni sa localisation, ni l'objectif de sa mission. Elle avait tenté d'obtenir des nouvelles, mais sans résultat. Même chose pour Acca lorsqu'elle avait tenté d'interroger sa mère, ce qui avait fini d'inquiéter Ludivine.

Pour Ludivine, qui découvrait, deux semaines plus tôt, que l'une de ses plus grandes peurs était d'un jour avoir à enterrer sa mère et se retrouver seule, sans famille, l'inquiétude était insoutenable. Cette vision lui apparaissait de nouveau la nuit, parfois. Lorsque cela arrivait, elle se réveillait en sueur, en larmes, le souffle court.

— Ce journal est un vrai chiffon, souffla Scorpius en le jetant sur la table, je ne l'utiliserais même pas pour y poser un Souafle mouillé.

— Et bien, intervint une voix, je ne t'aurais pas imaginé si intraitable, Scorpius !

C'était Acca, accompagnée de Liz, qui avait parlé et un sourire franchit les lèvres du concerné lorsqu'il reconnut sa partenaire. Ils échangèrent un regard complice tandis que Liz glissait un regard discret sur le journal en question, haussant un sourcil de surprise en voyant l'article que le Serpentard lisait.

— C'est parce que tu n'as jamais parlé politique avec moi, Acca.

— Heureusement, nos activités sont bien plus passionnantes !

Acca éclata d'un rire qui attira l'attention de plusieurs élèves, les ignorant autant que le regard qu'Albus leva au ciel tandis que Scorpius se tournait vers Liz.

— Walsh, s'exclama-t-il sévèrement, comment peux-tu accepter que de telles absurdités soient publiées ?

— De quoi parles-t…

— Le journal de l'école, expliqua-t-il, dit que les attaques sont perpétrées par d'anciens fidèles de Voldemort.

— Tu n'es pas d'accord avec ça ?

— Pas besoin d'être le père d'Albus, sans offense mec, rajouta Scorpius à l'attention d'Albus qui haussa les épaules d'indifférence, pour comprendre que ces sorciers n'ont pas d'agenda politique et que leur mode opératoire vise uniquement à semer la terreur.

Un silence s'installa et Ludivine échangea un regard amusé avec Albus. Ils savaient que Scorpius avait un avis politique très arrêté et suivait avec attention les événements qui avaient lieu ces derniers mois. A ses yeux, les analyses journalistiques n'étaient que des inepties destinées à attirer le plus grand nombre de lecteurs en créant de la peur.

Acca ne cachait pas sa surprise, tandis que Liz posait un regard réfléchi sur le sorcier.

— Tu devrais proposer ton propre article, finit par dire Liz dans un sourire.

— Pas envie, répondit Scorpius en balayant la remarque d'un revers de main, mais tu ne devrais pas accepter de publier de telles stupidités.

— Je ne dirige plus le journal de l'école depuis plus d'un an, Malefoy.

Ludivine ne se retint pas, elle éclata de rire devant l'expression incrédule de Scorpius. Ce dernier marmonna quelque chose d'incompréhensible, ignorant le rire d'Albus tandis que Acca croisait le regard de Ludivine.

— Des nouvelles de ta mère ? demandèrent-elles simultanément.

Acca pinça les lèvres, et Ludivine eut sa réponse lorsqu'elle lut le tracas dans le regard de son amie. L'inquiétude gagnait Ludivine, et chaque personne présente autour de cette table la connaissait suffisamment pour le savoir.

— Ce n'est pas bon signe, soupira Acca.

— Par Merlin, marmonna Albus en regardant l'inquiétude s'installer sur les traits de Ludivine, tu pourrais être un peu plus rassurante, Rockwood.

— Pardon, Potter ? s'offusqua Acca en levant un sourcil.

— Tu viens de l'angoisser un peu plus, cingla Albus.

Les propos d'Albus n'avaient pas vocation à être désagréables, et Ludivine se doutait qu'il ne savait pas comment communiquer avec sa meilleure amie, lui qui préférait la maudire dans sa tête plutôt que d'échanger même une seule phrase banale avec elle. Mais le regard d'Acca s'était durci.

Pour la première fois depuis que Ludivine les avait présentés, Acca n'avait ni gentillesse, ni tolérance pour les propos du sorcier. Et cela se ressentit dans le ton glacial qu'elle utilisa.

— Tu n'as pas à ME dire comment réconforter MA meilleure amie, Potter.

— Visiblement, tu ne…

— Je pense savoir tout autant que toi ce que c'est que d'avoir un parent qui lutte contre les forces du mal, l'interrompit Acca sèchement, et j'en ai appris une chose. La vérité est bien mieux à entendre que des consolations vides de sens. Ne me dis PAS quoi faire !

Le ton sec d'Acca surprit Albus, mais également chacun d'entre eux. Ludivine avait rarement vu Acca s'énerver, même devant les maintes provocations d'Albus qui ne se gênait pourtant jamais de montrer son agacement.

Albus ne répondit rien, mais ce n'était pas de la colère que Ludivine lisait dans son regard. Ce n'était pas non plus de la vexation. Non, elle y lisait… de l'ébahissement, et un certain emballement, comme s'il estimait pour la première fois que la sorcière méritait son attention.

— Mais dis-moi Lud, l'interpella Liz, tu n'avais pas rendez-vous avec McGonagall ce matin ?

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent en réalisant qu'en effet, elle avait rendez-vous dans cinq minutes avec la directrice. Elle rangea ses affaires avec affolement dans son sac à dos, sous le regard amusé de ses amis.

— Je te suis, dit Albus en se levant, je vais aller voler un peu.

— Tu ne comptes pas parler Quidditch sur le chemin ? lui demanda Ludivine d'un air soupçonneux.

Albus afficha un sourire amusé en secouant la tête négativement, s'éloignant après avoir fait un signe de main aux trois sorciers.

— Mes parents souhaiteraient que tu viennes dîner un soir durant ces vacances, lui partagea Albus, l'interrompant avant qu'elle ne puisse répondre, et je crois que c'est non-négociable.

Ludivine ne retint pas une moue, mécontente qu'on ne lui laisse pas le choix. Néanmoins, elle n'insista pas, ayant récemment réalisé que cela importait aux parents d'Albus, qui avaient à cœur la protection de leur famille. Et ça, Ludivine pouvait l'entendre.

— En comité restreint ? demanda Ludivine.

— Le plus restreint possible.

Albus éclata de rire devant le regard soupçonneux de Ludivine, sachant pertinemment que ce n'était pas une réponse engageante.

— Un dîner alors.

— Rassure-toi, sourit Albus, je ne compte pas te voir plus que ça si je n'y suis pas obligé.

— Cache donc ton amour pour moi comme tu le peux, répondit Ludivine dans un éclat de rire.

— Peut-être que l'on pourra profiter de ce dîner pour voler ensemble, suggéra innocemment Albus.

Le visage de Ludivine se ferma aussitôt.

Le lendemain de l'épreuve, Ludivine avait partagé son expérience à Albus. Ce dernier l'avait écoutée silencieusement tandis qu'elle lui avait raconté ce qu'elle avait ressenti devant la tombe de sa mère. Il existait certains sujets qu'ils n'abordaient rarement, et la famille en faisait partie, mais Ludivine était allée au bout de son histoire. Lorsqu'elle eut fini, Albus s'était contenté de la prendre dans ses bras, lui chuchotant qu'il l'aimait et lui assurant qu'il prendrait sa peine sur ses épaules si cela impliquait de la soulager. Et Ludivine l'en avait remercié.

Cependant, le récit de son match contre Dubois avait eu un tout autre effet. Albus était rentré dans une colère noire, qui avait presque fait reculer Ludivine. Il n'était pas habituel de voir son ami entrer dans une telle rage, dénuée de cette malice qui le caractérisait habituellement si bien.

La colère d'Albus l'avait touchée, notamment lorsqu'il s'était engagé à retrouver le sorcier plus âgé et lui casser la figure. Mais au-delà de sa réaction envers Dubois, Albus avait refusé d'entendre que Ludivine n'ose plus jouer au Quidditch à cause de cet événement. Pire que cela, selon lui, qu'elle ait peur de chuter.

Alors il l'avait, depuis, tannée pour jouer avec lui, sans se formaliser des regards froids de Ludivine, de son ton cinglant, de ses propos qui parfois franchissaient la limite du respect. Il n'en avait rien eu à faire, il avait continué d'insister. Il voulait qu'elle surmonte sa peur, et pour lui, cela impliquait de rejouer un match.

Mais Ludivine n'était pas de cet avis.

— Je ne veux rien entendre, Potter, cingla Ludivine.

— Tu sais ce qu'on dit sur les traumatismes, Lud, enchaîna Albus avec conviction, une fois qu'on a compris d'où ils vie…

— Al, l'interrompit Ludivine en posant sa main sur l'avant-bras du sorcier, épargne-moi ça s'il te plaît.

— Promets-moi de ne pas rejeter de but en blanc ma proposition pour un match alors.

Ludivine garda le silence. Albus la jaugea du regard quelques secondes avant de soupirer et de passer un bras autour de ses épaules.

— Ce que tu peux être tenace, sourit Albus.

— C'est ce que dit également ton frère, répondit Ludivine en fronçant les sourcils.

— Il sait de quoi il parle, railla Albus, il est pareil. Tu devrais d'ailleurs y aller car tu es définitivement en retard.

Ludivine s'affola lorsqu'elle réalisa qu'elle avait une fois de plus oublié son rendez-vous. Elle commença à s'éloigner mais Albus l'arrêta dans son action.

— Lud, l'interpella Albus en lui attrapant la main, tu sais que je suis là si jamais tu as besoin de quoi que ce soit ?

Ludivine sourit chaleureusement à Albus, qui la couvait d'un regard sous lequel elle avait l'impression que rien ne pouvait lui arriver.

— Je n'en ai jamais douté, répondit Ludivine avec le même sourire.

— Tant mieux, s'esclaffa alors Albus en passant un bras autour des épaules de Ludivine pour la rapprocher et lui embrasser les cheveux.

Ludivine fit un sourire rayonnant à Albus avant de s'éloigner dans les couloirs en direction du bureau de la directrice. Elle fut néanmoins surprise, quand elle arriva, de voir James adossé nonchalamment contre le mur à côté de la gargouille en pierre. Il l'observa s'avancer vers lui, les bras croisés.

— Hendell, commença James avec un sourire, tu m'honores de ta présence.

— Désolée, s'excusa Ludivine avant de froncer les sourcils quand elle constata que le sorcier ne bougeait pas.

— McGo a été appelée à Londres, lui expliqua-t-il en sortant un petit parchemin de sa poche, elle m'a donné ceci.

Il fallut beaucoup de contrôle à Ludivine pour ne pas attraper le parchemin et l'ouvrir, sans attendre un mouvement de James. Ce dernier la regardait avec amusement et Ludivine se douta qu'il attendait d'elle qu'elle agisse de cette façon. Alors ce fut justement ce qu'elle ne fit pas.

— Qu'attends-tu, Potter ?

— Que tu t'impatientes, sourit James.

Ludivine émit un bruit qui s'apparenta à un feulement tandis qu'elle attrapait avec brusquerie le parchemin et l'ouvrait, ignorant le ricanement de James.

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu[1], récita Ludivine.

Relevant la tête vers James, elle croisa le regard interrogateur de celui-ci. Ludivine soupira, se pinçant l'arête du nez pour réfléchir.

— Je croyais que les indices devaient nous éclairer sur la troisième épreuve, marmonna Ludivine.

Inflammare, formula James en récupérant le parchemin.

— Putain, Potter ! s'écria Ludivine avec effroi.

— Personne ne mettra la main sur nos indices, lui dit James avec fermeté. Quant à celui-ci, il est très clair, nous allons affronter d'autres sorciers en duel.

— Des participants, tu penses ? demanda Ludivine sans retenir une moue. Je ne voudrais pas affronter Liz ou Acca.

— Je peux te dire à qui je casserais bien la gueule, marmonna James.

Ludivine garda le silence, jetant un regard furtif vers James qui avait maintenant la mâchoire crispée. Elle savait qu'il pensait à Logan Rowle. Acca lui avait raconté que le sorcier était venu voir James à la fin de la deuxième épreuve et qu'ils avaient eu une discussion sulfureuse, suffisamment pour que James ne finisse par attraper Rowle par le col en murmurant des menaces.

— J'imagine que nous avons un peu de temps pour y réfléchir, répondit Ludivine avec plus de douceur.

James hocha la tête, portant sur elle un regard un peu plus détendu.

— Fred m'attend, lui dit-il en passant une main dans ses cheveux. Il veut s'assurer que tout est prêt pour notre soirée de victoire ce week-end.

— Quelle assurance, se moqua Ludivine.

— J'espère t'y voir, répondit James.

— Voyons déjà si Gryffondor gagne.

Un sourire amusé fendit les lèvres de Ludivine, reconnaissant qu'elle assisterait au match Gryffondor-Poufsouffle. C'était un effort venant d'elle, qui ne regardait généralement pas les matchs si Serpentard ne jouait pas. Mais au regard amusé que James posa sur elle, Ludivine comprit qu'il le savait déjà.


Le vif d'or avait un scintillement particulier. Il était, comme son nom l'indiquait, d'une couleur dorée, mais il brillait d'une lumière argentée qui attirait le coin de l'œil lorsque l'on y prêtait suffisamment attention.

Le vif d'or avait une signification particulière. Il était déclencheur de victoire et de fierté, il réunissait les cœurs et en fragilisait d'autres. Il représentait la difficulté et l'inatteignable. Jusqu'à ce qu'on l'attrape.

Le vif d'or ne se cherchait pas, Ludivine le savait. C'était en le cherchant qu'on ne le trouvait jamais. Un vif d'or était une traînée étincelante qui attirait l'œil dans un décor normal. Alors au lieu de chercher toute chose qui n'était pas usuelle, il fallait se concentrer justement sur cet ordinaire où l'œil était attiré par toute exception.

C'était pour cela que Ludivine avait repéré depuis un moment le vif que les attrapeurs de Gryffondor et Poufsouffle cherchaient depuis près d'une heure. La tête perdue dans tous les sens, ils s'agitaient beaucoup trop pour réussir à le localiser.

C'était un match calme pour les gradins de Serpentard, et Ludivine ne serait pas celle à s'en plaindre. Elle ne prêtait généralement pas attention à l'ambiance autour d'elle, trop concentrée sur le jeu des équipes sur le terrain. Elle ne l'aurait jamais avoué à Albus et Scorpius, mais Ludivine appréciait encore observer un match occasionnellement. Très occasionnellement.

— Ils sont aveugles, chuchota Albus à côté d'elle.

— Ils ne sont pas concentrés, répondit-elle.

— L'attrapeur de Poufsouffle est nouveau, expliqua Albus, et il a l'air totalement perdu.

— Et le défaut de Gryffondor est aussi son attrapeur, c'est pour ça qu'ils misent sur le Souafle.

Et le Souafle, Gryffondor le maniait à la perfection. L'avancée des trois poursuiveurs, menés par James, se caractérisait d'une harmonie et d'une synchronisation évidentes. Ils communiquaient par le regard et les mouvements de bras, ils étaient huilés, et c'était pour cela que Gryffondor menait le match de 90 points.

Sur le terrain, Ludivine vit Evelyn hurler sur son gardien, lui demandant sèchement de se réveiller et de « contrer ces satanés tirs de ces connards de Gryffons ». Elle était bien plus accaparée depuis plusieurs minutes à crier sur ses coéquipiers pour tenter de récupérer le Souafle des mains de l'équipe adverse.

— Lowell se déconcentre trop à surveiller son équipe, constata Albus.

— Et elle se fatigue énormément à hurler partout, ajouta Scorpius.

— Elle est énervée, expliqua Ludivine.

— Et c'est comme ça qu'elle va perdre, argua Albus. Elle prend les choses trop à cœur.

Ludivine ne retint pas un sourire désabusé, devant lequel Albus ressentit le besoin de se justifier.

— Je prends du recul durant un match, défendit Albus. Ce n'est pas à ce moment que tu reprends ton équipe. Là, c'est déjà trop tard et tout ce qu'elle fait l'époumone inutilement.

Ludivine ne répondit pas. Albus avait raison, l'équipe de Poufsouffle manquait d'organisation et elle se demanda ce qu'il se passait. Le changement de leur attrapeur n'expliquait pas un jeu si laborieux, et à cette vitesse, Gryffondor marquerait suffisamment de points pour gagner leur avance même sans attraper le vif.

C'était la stratégie de Gryffondor, et le nouveau lancer de James dans l'un des anneaux de Poufsouffle confirma cela. Ce dernier afficha un sourire victorieux avant de retourner vers les anneaux de Gryffondor tandis que Poufsouffle récupérait le Souafle.

James était confiant. Plus les minutes passaient, et plus grande était leur avance. Fred s'approcha de lui pour lui dire quelque chose, et James hocha la tête avant qu'ils n'échangent un sourire complice. Ils étaient sûrs d'eux. Et la partie reprit.

Le regard de Ludivine se porta sur James, dont l'aisance sur un balai était évidente. Il filait dans l'air avec rapidité, la tête toujours mouvante et le bras droit toujours mobile. Il communiquait constamment avec ses coéquipiers par le regard, mais gardait une trajectoire fixe. Poufsouffle déchaînait ses cognards sur lui mais James les évitait avec aisance. Il réussit une nouvelle fois à s'approcher des anneaux et marqua un nouveau but. Dix points de plus pour Gryffondor.

Le jeu continua une bonne heure, durant laquelle l'homologue batteur de Fred Weasley s'était pris un cognard dans la tête et s'était évanoui, pris en charge au sol par madame Pomfresh. Le gardien de Poufsouffle avait quelques difficultés à tenir sur son balai après s'être pris un cognard dans l'épaule.

Gryffondor avait réussi à marquer 90 points supplémentaires, et Poufsouffle 40 points. L'avance de Gryffondor était flagrante, et Ludivine se demanda quand la partie prendrait fin en voyant chaque joueur s'essouffler petit à petit.

L'ambiance changea soudain dans les gradins lorsqu'un cognard fila en direction de James qui avançait à une vitesse foudroyante vers les anneaux de Poufsouffle, et le frappa de plein fouet dans les côtes.

Un bruit de craquement s'entendit, et les spectateurs observèrent la scène béatement. James Potter lâcha presque le Souafle quand son balai fit un tour sur lui-même sous le choc de la collision. Il réussit à maintenir une prise ferme sur son balai, mais son expression laissait deviner la douleur qu'il ressentait. Chez Gryffondor, des protestations de colère et d'inquiétude commençaient à s'élever.

— Un os a craqué, marmonna Albus avec inquiétude.

— Vu le bruit, plus d'un, renchérit Scorpius.

Ludivine sentit l'inquiétude la gagner en imaginant la blessure du sorcier. Pourtant, il ne fallut pas plus d'une seconde au Gryffondor pour resserrer sa prise sur son balai et filer de nouveau vers les anneaux.

Sans qu'elle ne le comprenne, le match avait repris. James conservait la même allure, la même énergie, mais Ludivine voyait ses grimaces. Son vol était moins fluide et penchait sur la gauche. Il était effectivement blessé. Ca n'empêcha pas Gryffondor de marquer de nouveau dix points.

— Les attrapeurs ont repéré le vif, indiqua Scorpius.

Mais maintenant qu'elle avait posé son regard sur James, Ludivine ne voyait que lui. Elle sentit l'inquiétude monter lorsqu'elle le vit placer une main sur sa côte, une grimace sur le visage. Il souffrait et ne parvenait plus à le cacher. Ludivine le comprit lorsqu'un coéquipier de James lui jeta le Souafle et qu'il ne put se résoudre à lâcher sa côte pour attraper la balle.

Ludivine lut la détresse sur les traits de James, mais cela n'avait plus d'importance. Poufsouffle venait d'attraper le vif d'or, le match était terminé et les deux équipes étaient ex-aequo.

Tout Poufsouffle s'époumona de joie à l'idée d'avoir rattrapé un retard qui aurait été catastrophique pour leur classement. Quant à Gryffondor, les réactions étaient plus modérées mais eux aussi semblaient avoir cherché à limiter les dégâts. L'avis de Serpentard était toutefois unanime, Gryffondor avait joué un plus beau match que Poufsouffle.

Ludivine suivit Albus et Scorpius sur le terrain, cherchant sans le réaliser James du regard. Mais le sorcier était introuvable, et Ludivine regretta aussitôt sa décision lorsqu'elle se trouva encerclée de joueurs qui se félicitèrent mutuellement durant un bon quart d'heure. Elle finit par voir Liz et Acca qui s'approchaient d'elle, lui suggérant d'aller voir Evelyn qui était finalement libérée par ses joueurs.

Ludivine fut cependant arrêtée en plein milieu de son chemin par Fred Weasley qui bravait la foule jusqu'à elle en criant son nom. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, il lui attrapa le poignet dans un mouvement brusque qui la surprit, ainsi que ses amies à côté d'elle.

— Hendell, l'apostropha Fred, tu soignes les blessures, n'est-ce pas ?

— Ça dépend du type de blessure, répondit Ludivine dans un froncement de sourcils, mais…

— J'ai besoin que tu me suives, l'interrompit Fred d'un ton implacable en commençant à tirer sur son poignet.

— Je ne suis pas infirmière, Weasley ! protesta Ludivine en empêchant le sorcier de l'emmener avec lui.

— Écoute, lui dit Fred d'un ton sec qu'elle ne lui aurait jamais soupçonné en se tournant vers elle, James s'est pris un cognard et refuse de reconnaître que ce coup l'a sévèrement secoué. Maintenant, j'ai un joueur pâle comme la mort qui refuse de se faire soigner.

— Et que veux-tu que j'y fasse ? s'énerva Ludivine qui n'appréciait pas la démarche du métis. Je ne suis pas Pomfresh.

— J'ai besoin que tu le soignes, et peu importe qu'il faille lui faire les yeux doux ou l'insulter. Juste, fais-le réagir.

Ludivine voulait s'énerver. Elle ne reconnaissait pas le sorcier et n'appréciait pas qu'il lui dise quoi faire, sur ce ton autoritaire qu'il n'avait aucune raison d'utiliser avec elle. Alors elle l'empêcha une nouvelle fois de tirer sur son bras, et même si elle n'eut pas la force de se dégager de son emprise, elle réussit toutefois à l'arrêter dans son élan.

— Lâche-moi, Weasley, dit-elle.

— Je ne te demande pas grand-chose, souffla Fred qui commençait à s'impatienter.

Ludivine jeta un regard interrogateur à Acca qui regardait son camarade avec surprise, comme si elle le découvrait pour la première fois. Mais ce fut Liz qui intervint en s'approchant de Fred.

— Lâche son bras, Weasley, lui ordonna-t-elle sèchement.

Fred sembla réaliser, en remarquant le ton froid de Liz et son regard noir, qu'il avait emprisonné le bras de Ludivine avec une force qui commençait à former une marque. Il lâcha son poignet vivement, comme électrocuté, avant de soupirer en passant une main dans ses cheveux.

— Désolé Hendell, s'excusa Fred avec sincérité, je me suis laissé emporter.

— Qui l'aurait cru, marmonna Ludivine en frottant son bras.

Fred jeta un regard furtif à Liz, et se pinça la lèvre en constatant qu'elle semblait énervée face à son comportement. Il voulut dire quelque chose, mais se ravisa. Il n'était pas là pour ça, Ludivine le lisait dans son regard. Au lieu de ça, il passa de nouveau une main dans ses cheveux en soufflant.

Ludivine eut presque de la peine pour lui. Elle savait qu'il était inquiet pour son cousin, et s'en voulait en tant que capitaine. Elle aurait pu réagir bien plus violemment que lui, à sa place. Alors elle consentit à l'aider, mettant de côté la brusquerie dont Fred venait de faire preuve. Ludivine avait suffisamment cerné le sorcier pour savoir qu'il réagissait sous le coup de l'inquiétude. Ce fut pour cette raison qu'elle se tourna vers Liz et Acca.

— Je vous rejoins plus tard, leur dit-elle, félicitez Evelyn pour moi.

Les deux sorcières hochèrent la tête, et Ludivine se tourna vers Fred qui la regardait avec surprise. Mais il se reprit aussitôt, lui décochant un grand sourire reconnaissant qui détendit Ludivine. Elle préférait cette version du sorcier.

Ils marchèrent d'un pas rapide vers les vestiaires, où certains membres de l'équipe de Gryffondor se changeaient. Personne ne fit de commentaire en constatant la présence de Ludivine, mais cette dernière sentit les regards appuyés sur elle. Sa présence n'était pas voulue.

Lorsqu'elle constata que James ne se trouvait pas dans la pièce, Ludivine leva les mains en signe d'interrogation tandis qu'elle se tournait vers Fred qui chuchotait quelque chose à William Milton.

— James se douche, lui dit la batteuse dont Ludivine oubliait le nom.

— N'hésite pas à le rejoindre, blagua William.

Ludivine jeta un regard froid en direction du sorcier, ignorant les légers ricanements autour d'elle tandis qu'elle se dirigeait vers la porte fermée des douches. Elle toqua à la porte doucement.

— Potter ? demanda Ludivine.

Elle n'obtint aucune réponse, alors elle soupira en réitérant timidement son action.

— Je viens voir ta blessure, dit Ludivine.

Aucune réponse. Ludivine se demandait bien ce qu'elle faisait ici, entourée de sorciers qu'elle ne connaissait pas, à sentir une odeur de transpiration qui l'incommodait, à attendre que James Potter lui ouvre une fichue porte. Mais Ludivine n'était pas du genre à renoncer.

— Sors de cette douche, Potter ! s'exclama Ludivine en tambourinant à la porte.

— Les groupies attendent au moins que je sois sec, Hendell.

Ludivine fulminait. Elle entendit des ricanements dans son dos qui appartenaient à Fred et William, et elle leur jeta un regard froid par-dessus son épaule. Idiots de Gryffondor, pensa-t-elle tandis que les deux sorciers se ravisaient sous son regard colérique.

Néanmoins, elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, car la porte s'ouvrait pour laisser apparaître James. Habillé d'un t-shirt noir et d'un jean foncé, il ressemblait à un simple adolescent importuné. Ses cheveux humides mouillaient son t-shirt mais il n'y prêtait pas attention, posant un regard narquois sur Ludivine.

— Hendell, tu étais si impatiente de me voir ?

— Weasley m'a demandé de venir.

— Vraiment, sourit ironiquement James en portant son regard sur son cousin, ça me touche que tu aies pensé à ma récompense personnelle.

Ludivine sentit ses joues chauffer d'embarras sous la colère. Elle fusilla James du regard, dont le sourire était mutin. Il attendait une réaction de sa part. Il la provoquait délibérément pour qu'elle s'en aille, Ludivine le comprit. Alors elle refusa de bouger. Elle remercia toutefois Merlin qu'il ne reste maintenant plus qu'eux quatre dans le vestiaire. Fred et William arboraient le même sourire que James, et Ludivine se sentit stupide de se retrouver ici.

— Toujours la meilleure répartie, James, sourit Fred.

— Weasley, cingla Ludivine en se tournant vers lui, pourquoi m'as-tu fait venir ?

— James fait le malin pour ne pas montrer qu'il a mal, lui expliqua Fred.

— Mon bleu va passer, dit sèchement James.

— En tant que capitaine, répondit Fred d'un ton sec qui surprit Ludivine, je souhaite que Hendell jette un œil à ta blessure.

Le visage de James se ferma, et un combat de regard s'engagea entre Fred et lui. Le métis jouait de son autorité, et cela ne plaisait pas à James qui respectait la hiérarchie mais n'avait aucune envie de se plier à la demande.

Debout entre deux feux, Ludivine se demandait à quel point James avait pu être blessé pour que Fred soit si solennel dans sa demande. Parti le Fred Weasley rieur et insouciant qu'elle connaissait. À cet instant, Fred Weasley était inflexible et autoritaire, comme il l'avait été un peu plus tôt.

Finalement, James soupira. Il s'assit sur un banc et commença à retirer son t-shirt. Ce fut à ce moment, lorsque Ludivine comprit qu'il fallait qu'elle examine le torse du brun, que la panique la gagna. Elle jeta un regard furtif à Fred qui arborait une expression victorieuse tandis que William commençait à se diriger vers la sortie. Ils ne prévoyaient pas de rester.

Prise de nervosité, Ludivine s'efforça d'avancer vers James, qui attendait silencieusement qu'elle s'approche. Elle entendit la porte des vestiaires se refermer, et elle sut qu'ils étaient seuls. Et ce fut peut-être pour cette raison qu'elle se surprit à rougir sous le regard inquisiteur de James tandis qu'elle posait son regard sur son torse.

Sa vision confirmait ce qu'elle savait déjà, James Potter était solidement bâti. Il était d'une carrure naturellement fine, que l'effort avait musclée et développée. Ludivine s'attarda quelques secondes sur les épaules athlétiques du sorcier, sur ses bras puissants, son torse ferme. Il était sexy et Ludivine le réalisait.

James continuait de la regarder d'un air inflexible, elle qui n'avait pas bougé depuis une bonne minute, et Ludivine avait si chaud qu'elle se demandait comment elle sortirait de cette pièce autrement que carbonisée. Et ce fut presque avec soulagement que son regard repéra ce qu'elle cherchait.

Au niveau des côtes s'était dessiné un hématome qui la fit pâlir. De couleur foncée, la blessure était un mélange de bleu et de rouge, ainsi que de jaune. Gonflé, de la taille d'une paume, il n'était pas beau à voir, et Ludivine se demanda s'il n'y avait pas quelques os cassés, et une potentielle hémorragie interne.

— On ne va pas y passer la soirée, Hendell.

Ludivine ignora l'ironie du sorcier et sa mauvaise humeur tandis qu'elle s'agenouillait à côté de lui, les yeux rivés sur la blessure.

— Que comptais-tu faire avec cette blessure, Potter ?

— J'ai les crèmes qu'il faut dans mon dortoir, marmonna James.

— Il te faudra bien plus que des crèmes pour soigner ça.

Ludivine porta ses doigts sur l'hématome, effleurant légèrement la blessure. Elle sentit James tressaillir sous son toucher, et elle regretta aussitôt de faire mal au sorcier. Mais ce dernier ne dit rien, gardant une expression neutre et impassible.

— Il va falloir que je touche, Potter, le prévint Ludivine en sortant sa baguette, ça risque de faire mal.

— Fais donc.

Ludivine se redressa, approchant une chaise sur laquelle elle s'installa avant de se rapprocher de nouveau de James. Avec sa baguette, elle murmura un sortilège d'analyse radiologique, et une lumière bleue jaillit, entourant la blessure d'un rayon. De son autre main, Ludivine porta ses doigts autour de l'hématome, tâtant de quelques doigts la peau et les os.

Elle pouvait sentir le regard inquisiteur de James, et Ludivine fit tout pour y rester impassible, ignorant magistralement la sensation qu'il lui procurait à cet instant. La proximité avec le sorcier la perturbait réellement. C'était une toute nouvelle intimité qu'elle partageait avec lui, et Ludivine remercia Merlin d'avoir quelque chose sur quoi concentrer toute son attention.

— Un premier verdict, Hendell ?

— Ce que tu as n'est pas beau à voir, se contenta-t-elle de répondre.

Puis quelque chose s'agita sous les yeux de Ludivine, quelque chose qui attira son attention sans qu'elle ne le réalise. Sur la peau de James se baladait un vif d'or, longeant la clavicule de James pour faire quelques tours sur son épaule avant de descendre vers ses côtes et enfin s'aventurer dans le dos du sorcier. Ludivine le suivit quelques instants des yeux, fascinée par ce tatouage qui se promenait sur cette peau musclée.

— Il a l'air content de te voir, marmonna James.

Ce dernier avait posé sa tête sur les casiers derrière lui mais n'avait jamais quitté Ludivine du regard.

— Il est magnifique, répondit-elle sur le même ton.

Le vif réapparut, s'immobilisant au niveau de la clavicule de James. Sans s'en rendre compte, Ludivine posa trois doigts légers sur la peau de James, qui prit une soudaine et violente inspiration. Ludivine ne le voyait pas, fascinée par ce vif qui semblait attendre qu'elle ne le touche. A ce moment, il se remit à bouger, d'une lenteur qui fit sourire Ludivine tandis qu'il descendait vers les côtes, suivant l'exact même chemin qu'auparavant. Les doigts de Ludivine firent de même.

— Il suit un tracé, marmonna-t-elle.

James ne répondit pas, mais Ludivine entendit sa respiration, bruyante et profonde. Ce ne fut qu'une fois qu'elle toucha sans le réaliser l'hématome de James qu'elle réalisa qu'elle lui faisait peut-être mal.

Prise d'un électrochoc, Ludivine allait retirer vivement ses doigts, mais James lui attrapa le poignet, d'une fermeté qui la prit tellement de court qu'un petit cri de surprise sortit de sa gorge. Elle réalisa que James la fixait d'un regard sombre et pénétrant. Son visage était si proche d'elle, quand s'étaient-ils rapprochés l'un de l'autre ? Elle sentit le souffle de James sur elle, un souffle profond qui la perturba tout entière.

James approcha légèrement son visage d'elle, et Ludivine sentit sa propre respiration se couper dans sa gorge. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de lui, une chaleur qui l'irradiait tellement qu'elle sentit sa température corporelle monter. Ludivine se serait crue dans un four.

Et lorsque James arrêta de s'approcher d'elle, Ludivine osa de nouveau porter son regard sur lui. Il l'examinait avec une telle précision, d'un regard si pénétrant qu'elle avait l'impression que rien d'autre n'existait pour le sorcier à cet instant à part elle. Ce n'était pas tant cette idée qui dérangeait Ludivine, mais le sentiment de satisfaction qui se propageait dans son estomac à cette idée.

Puis James pinça ses lèvres, expirant bruyamment avant de lâcher le poignet de Ludivine et de se reculer de sorte à s'appuyer de nouveau sur les casiers derrière lui.

— Désolé, dit-il sur un ton léger avec une grimace, je n'ai pas l'habitude qu'on le touche.

— Tu as un bel attrape-fille ici, chuchota Ludivine.

— Généralement, sourit James narquoisement, je les ai déjà attrapées à ce stade.

Ludivine se sentit vivement rougir devant le sous-entendu. Elle réalisait que leur proximité à cet instant n'était pas normale et qu'elle était bien plus intime qu'elle ne devrait l'être. Et Ludivine ne voulait pas être assimilée aux autres conquêtes de James Potter.

— Je ne…

— Bien sûr, l'interrompit James, aucune d'entre elles n'était là pour me soigner.

Ludivine garda le silence, refusant d'entrer dans le jeu de James. Elle le voyait détailler son visage de ses iris noisette, et choisit de reporter son attention sur l'hématome lorsqu'elle sentit sa baguette vibrer sous le sortilège d'analyse.

— Tu as une côte fêlée, l'informa-t-elle.

— Tu peux me la soigner ?

Ludivine pinça les lèvres. Elle avait déjà soigné plusieurs formes de fractures sur des articulations mais les côtes étaient une zone délicate qu'elle n'avait jamais osé approcher.

— Je pense que tu devrais aller voir Pomf...

— Je préfèrerais que tu me soignes, l'interrompit fermement James.

— Les côtes fêlées ne sont pas mon champ d'expertise, Potter.

— Je t'ai vue réparer le coude de mon frère en début d'année, argua James en haussant les épaules, tu sais le faire.

Ludivine grinça des dents, défiant le sorcier du regard. Ce n'était pas pareil, mais il ne semblait pas le réaliser. Voyant qu'il ne lâchait pas sa position, Ludivine soupira en attrapant une bouteille d'eau qu'elle congela à l'aide d'un sortilège et qu'elle entoura du t-shirt de James posé sur le banc.

Puis elle s'agenouilla, rivant son regard sur l'hématome. Elle inspira un grand coup avant d'agiter sa baguette au-dessus de la blessure, faisant jaillir des lumières jaunes. Elle sentit James se tendre, agrippant le banc de sa main, mais Ludivine resta concentrée sur l'hématome. Si elle s'était écoutée, Ludivine aurait attrapé la main de James, consciente que l'opération était douloureuse. Mais elle n'en fit rien.

Après une bonne minute, la lumière de sa baguette s'atténua et Ludivine attrapa la bouteille entourée du tissu qu'elle tendit à James pour qu'il la pose sur son hématome qui commençait déjà à diminuer.

— Comment tu te sens ? demanda-t-elle.

— Mieux, répondit James qui respirait déjà plus facilement, merci Hendell.

— Il faudrait que tu te reposes ce soir, indiqua Ludivine.

— Après la soirée chez Gryffondor, répondit James dont le sourire s'agrandit lorsque Ludivine le fusilla du regard.

— Dans ce cas, soupira-t-elle, pas d'alcool.

— Veux-tu me punir de quelque chose, Hendell ? rigola James.

Il se leva du banc, mais Ludivine l'empêcha d'avancer d'un pas en lui attrapant le bras fermement.

— Tu as pris un très gros coup, grinça-t-elle.

— Ce n'est pas le premier, et c'est dans mon intérêt de m'habituer à encaisser.

Ludivine secoua la tête d'incompréhension en lâchant le bras de James. Ce dernier attrapa son t-shirt, et elle n'eut pas la pudeur de détourner la tête tandis qu'il levait ses bras pour l'enfiler. Une chose était sûre, James Potter était incroyablement sexy. C'était comme si Ludivine le réalisait à cet instant, et elle se demandait comment elle parviendrait un jour à sortir cette pensée de son esprit.

Elle n'argumenta cependant pas plus longtemps. Elle avait rempli le rôle qu'on lui avait attribué et ne souhaitait pas se fatiguer plus à convaincre le Gryffondor de se ménager. Il était, après tout, responsable de lui-même.

Mais lorsqu'elle voulut s'écarter de James, ce fut au tour de ce dernier de la retenir par le même geste qu'elle à l'instant.

— Je ferai attention, Hendell, c'est promis.

— Tant mieux, se contenta-t-elle de répondre, perturbée par la main sur son bras.

— Même si, reprit James avec un sourire narquois, être blessé peut présenter certains avantages.

Ce n'étaient pas tant les propos de James, que son regard ardent qui alerta Ludivine sur les intentions du sorcier. Elle sentit l'air se couper dans sa gorge, et James dut ressentir son malaise car au bout de quelques secondes, il atténua son sourire carnassier et lâcha le bras de Ludivine, reculant d'un pas avant de lui montrer la porte des vestiaires.

— Je pense avoir suffisamment accaparé ton temps, Hendell, lui dit-il gentiment, je suis sûr que tes amis t'attendent.

Ludivine voulut dire quelque chose. Elle voulut sortir une remarque perspicace, reprendre le contrôle de cette situation qui lui avait échappé de trop nombreuses fois pour qu'elle ne sache quoi faire de ces informations. Mais elle réalisait qu'elle ne savait pas quoi dire, qu'elle était incapable d'avoir une ligne de pensée claire et construite. Plusieurs idées se brouillaient dans sa tête, et à cet instant, Ludivine avait besoin d'air.

Alors elle se contenta d'un signe de tête en direction de James, avant de tourner les talons et de sortir des vestiaires telle une tornade.


— Trois, Hendell !

C'était le nombre de gorgées que Ludivine se retrouva à distribuer, l'une à Acca, la suivante à Liz et la dernière à Scorpius. Et quand Fred la félicita d'une tape dans le dos en l'incitant à en boire une également, Ludivine refusa, éloignant ce verre qui s'était rempli de bien trop nombreuses fois.

Scorpius choisit une carte dans le tas sur la table et Ludivine détourna son attention du jeu qui commençait à lui faire tourner la tête. La salle commune de Gryffondor était remplie de sorciers qui discutaient et s'animaient ensemble, un verre à la main. Certains d'entre eux commençaient à se mouvoir au milieu de la salle, créant une piste de danse improvisée.

Elle chercha Albus du regard, encerclé par trois sorcières de Poufsouffle qui l'écoutaient religieusement tandis qu'il expliquait les différentes façons dont il était possible de contrer les tactiques de Gryffondor.

Ludivine ne retint pas son sourire lorsque Evelyn, qui discutait quelques mètres plus loin, se retourna vers Albus avec une expression offusquée sur le visage. Il avait dû dire quelque chose d'offensant car Evelyn s'approcha d'un pas rapide, s'installant dans le canapé à côté de lui pour répondre avec véhémence.

Albus éclata de rire, se tournant vers elle pour ouvrir le cercle de discussion et lui répondre. Mais à partir de ce moment, il n'existait plus de discussion à plusieurs. Evelyn et Albus étaient entrés dans un débat qui ne concernait qu'eux. Ludivine pouvait voir la satisfaction d'Albus à l'idée de débattre de Quidditch avec une joueuse qu'il respectait.

Le regard de Ludivine se posa plus loin, sur James Potter qui était assis dans les fauteuils avec William Milton. Les coudes sur ses genoux, il discutait avec sérieux et semblait irrité. Ludivine le comprit à la façon dont il pinça son nez, expirant avant de passer une main dans ses cheveux en s'appuyant sur le dossier du fauteuil. A cet instant, son regard croisa celui de Ludivine.

Le regard dur du sorcier s'adoucit aussitôt, mais Ludivine dut se méprendre car il arborait maintenant un sourire moqueur qui lui était destiné. Elle choisit de l'ignorer en conservant une expression neutre. Même lorsqu'il croisa ses mains sur son ventre avec un air de défi, elle conserva son expression neutre.

Enfin, elle tenta autant que possible, car des millions de pensées se bousculaient maintenant dans son esprit. Au milieu de toutes, la vision d'un vif d'or qui se baladait avec liberté sur une peau musclée et parfaitement dessinée. Ludivine était troublée.

— Toujours en train de jouer au même jeu ? demanda Albus qui s'était approché en compagnie d'Evelyn.

— Les jeux moldus sont les meilleurs pour boire, lui signifia Fred, mais tu as peut-être plus intéressant à proposer, cousin ?

— J'ai bien une idée, sourit malicieusement Albus.

Ce fut de cette façon que Ludivine se retrouva à réquisitionner une table sur laquelle Albus et Scorpius disposaient une vingtaine de verres. Albus avait sorti plusieurs balles de la taille d'un vif et deux équipes se formèrent sur un principe : les filles contre les garçons. Ludivine se trouva donc à faire équipe avec Evelyn et Acca face à Scorpius, Albus et Fred tandis que Liz faisait office d'arbitre.

— D'où sors-tu ton jeu, Potter ? avait demandé Acca.

— D'une soirée moldue à laquelle Scorp et moi nous étions invités. Ils ont des idées de génie, ces moldus.

Et il avait expliqué les règles de ce qu'il appelait le vif-pong. Chaque équipe disposait de dix verres positionnés en triangle, et dix verres de côté. Chaque joueur devait lancer une balle dans les verres de l'équipe adverse. S'il réussissait son lancer, l'équipe adverse devait boire le contenu du verre. S'il ratait son coup, le joueur devait boire le contenu des verres de réserve.

Grâce à un sort, le contenu de chaque verre variait à chaque tour, laissant planer le doute sur la sorte d'alcool à boire pour l'équipe perdante. De la bièraubeurre au Pur Feu, en passant par des liquides fumants et violemment teintés. Ces règles avaient été expliquées, et ils avaient commencé à jouer. Ludivine se rappela rapidement la première règle de ce jeu : boire.

— Peut-être que cette fois, sourit narquoisement Fred, tu pourras gagner, Lowell.

— Ne la provoque pas trop, le prévint Albus, la dernière fois que j'ai fait ça, j'ai failli me prendre un cognard en pleine tête.

— Faites les malins, rétorqua Evelyn, mais j'ai confiance en mon équipe.

— Alors c'est que tu n'as jamais vu Lud jouer à ce jeu, ricana Albus.

— Hé ! s'offusqua Ludivine avant de toutefois admettre qu'il était risqué de faire équipe avec elle, les minutes qui suivirent lui donnant raison.

Fred inaugura la partie, lançant une balle qu'il fit entrer du premier coup dans un verre rempli d'un liquide bleu que Acca accepta de boire. Lorsque Albus fit entrer sa balle avec une précision parfaite dans un verre fumant, Ludivine maudit ses compétences de poursuiveur. Elle retint une grimace sous le goût âcre de la boisson qu'elle but d'une traite.

Ce fut Evelyn qui sourit lorsque Scorpius rata son lancer de quelques millimètres et que ce fut à son tour de lancer. Sa balle atteignit sa cible avec la même précision qu'Albus, et ce dernier accepta d'en boire le contenu. Fred et Scorpius ne s'embarrassèrent pas de cette tâche car Ludivine rata sa cible de quelques centimètres tandis que Acca ne toucha même pas la table, lançant la balle avec trop de force.

— Vous allez vous faire exterminer, les filles, constata Liz avec dépit.

Elle n'aurait pu être plus juste, et il fallut moins de dix minutes à Ludivine pour regretter d'avoir accepté de participer à ce jeu qui allait vite, et le nombre de joueurs de Quidditch l'accélérait d'autant plus. Albus ne rata pas un seul lancer, pas plus qu'Evelyn. La partie se transforma très vite en compétition pour savoir lequel raterait un coup en premier, et Acca et Ludivine décidèrent de prendre les gorgées pour ne pas altérer les lancers de leur amie.

Une première partie finit rapidement, dont les garçons sortirent victorieux, et ils décidèrent d'entamer une deuxième manche. Ludivine fut la première à lancer, mais le nombre de verres qu'elle avait bu commençait à lui monter à la tête et il lui fallut quelques secondes pour se concentrer. Mais toute la concentration du monde ne l'aida pas à marquer son premier lancer.

— Je déteste ce jeu ! s'exclama-t-elle lorsque sa balle ricocha contre le verre.

— Il faut dire que tu es sacrément nulle ! rétorqua Albus en observant Acca se concentrer.

Il ignora le regard noir de Ludivine, décidant de perturber la jeune métisse.

— Faire semblant de te concentrer ne cache pas le fait que tu es aussi nulle que Lud, Rockwood.

— Laisse une chance aux débutants, répondit Acca sans se déconcentrer.

— Tant qu'ils ne sont pas dans mon équipe, marmonna Albus.

Cette fois-ci, Acca releva la tête vers Albus qui la regardait avec taquinerie. Il était facile de voir qu'il la provoquait et attendait qu'elle réagisse.

— Tu ne rates aucune occasion d'être désagréable, Potter.

— C'est dans mon sang, sourit Albus.

— Moi qui pensais que Ludivine exagérait, répondit Acca avec un léger sourire.

— C'est peut-être votre point commun de meilleures amies.

Acca soutint le regard d'Albus, dont le sourire indiquait qu'il n'était pas sérieux. Il avait insisté sur ce dernier mot avec moquerie et Ludivine comprit qu'Albus flirtait avec sa meilleure amie. Voilà quelque chose qu'elle n'aurait jamais pensé voir !

Elle ne put y réfléchir plus longtemps, car Acca réussit son lancer et des cris s'élevèrent des deux camps, mais l'attention de Ludivine était déjà partie ailleurs.

Elle avait senti un regard sur elle. Balayant la pièce de ses yeux, elle constata qu'il s'agissait de James. Il avait le regard rivé sur elle, frottant sa lèvre inférieure avec son index tout en écoutant Alice Londubat lui raconter une histoire avec beaucoup d'entrain.

Ludivine sentit le trouble la gagner. Peut-être était-ce la sévérité de ce regard, ou bien les souvenirs de la main du sorcier sur son poignet, de la proximité de leurs visages, qui commençaient à défiler dans son esprit. Elle n'en savait rien, mais cela ne l'empêcha pas de remarquer Ethan Nott qui pénétrait dans la salle commune, se dirigeant d'un pas rapide vers James.

Ignorant Alice Londubat qui s'offusqua avant que James ne s'excuse auprès d'elle et ne s'éloigne de quelques pas avec Nott, ce dernier posa une main sur l'épaule de James, s'approchant de lui pour murmurer quelque chose à son oreille.

Ludivine aurait tout donné pour entendre ce qu'ils se disaient, notamment lorsque James fronça les sourcils, répondant avec véhémence à ce que lui disait le Serpentard. Les deux sorciers échangeaient maintenant avec animation, et James finit par soupirer, passant une main dans ses cheveux tandis qu'il se tournait soudain vers Ludivine. Elle comprit qu'elle était le sujet de leur discussion quand Nott chuchota quelque chose à James en la montrant furtivement d'un mouvement nonchalant de la main.

Ludivine fronça les sourcils. Que faisait James en compagnie d'Ethan Nott, c'était une première question. Et pourquoi parlaient-ils d'elle, c'en était encore une autre qui l'intéressait tout autant. Mais son attention fut accaparée par Fred qui se mit à déblatérer des inepties dans le but de déconcentrer Evelyn. Devant cette scène, Liz s'approcha et posa sa main sur le bras du sorcier.

— C'est de la triche, Weasley ! souffla Liz.

— Je vois que tu as déjà choisi ton camp, Walsh, sourit Fred.

— De nous tous, intervint Evelyn en lançant la balle qui rentra sans difficulté dans un verre bien rempli, tu n'as pas plus impartial.

Fred soupira en voyant qu'Evelyn avait réussi son lancer, ne faisant pas attention au regard de défi qu'elle jetait maintenant à Albus. Liz lâcha le bras de Fred mais ce dernier l'empêcha de s'éloigner en passant un bras autour de ses épaules. Elle le regarda avec surprise, mais il avait visiblement trop bu pour se rendre compte que son geste était intime.

Au lieu de ça, il attrapa le verre qu'il était censé boire et le tendit à Liz qui le regardait maintenant avec suspicion.

— Pourquoi je boirais ce verre ?

— Parce que je te le propose ? suggéra Fred.

— Tu achèterais l'arbitre ? soupçonna Liz avec un faible sourire.

— Je pense, ricana Fred, que notre victoire est suffisamment évidente pour que tu ne doutes pas de ma sincérité, Walsh.

Le sourire de Liz se renforça. Elle échangea un regard avec Ludivine qui lui fit un clin d'œil en ratant son lancer, et Liz attrapa finalement le verre pour en boire quelques gorgées. Un sourire victorieux fendit les lèvres de Fred.

— Tu as de nombreuses victoires au compteur, Weasley, lui dit Liz en lui rendant le verre avant de retirer le bras autour de ses épaules, mais ça n'en est pas une.

— On ne réussit pas en commençant par des victoires, lui sourit énigmatiquement Fred.

Liz garda le silence sans quitter Fred du regard, puis un sourire franchit ses lèvres, doux et amical, avant de retourner à sa place initiale, contre le canapé.

Acca, Evelyn et Ludivine avaient porté toute leur attention sur l'échange entre Liz et Fred, et cela se vit dans le nombre de verres qu'il leur restait. Lorsqu'elle dut boire un nouveau verre, Ludivine refusa. Elle avait déjà bu bien plus qu'elle ne se le serait autorisé en temps normal.

— Tu abandonnes, Hendell ? demanda Scorpius avec provocation.

— Il faut croire qu'elle est plus forte pour nous crier dessus que pour gagner, ricana Albus sur le même ton.

— Je crois que tu as rais…

Scorpius n'eut jamais l'occasion de continuer car il venait de recevoir une balle sur la clavicule, lancée par Ludivine qui éclata de rire.

— Premier lancer que tu réussis, Lud, sourit Albus.

— Je visais le front, rigola Ludivine.

— C'est en effet une réussite relative, intervint une voix.

Ludivine eut du mal à réprimer son rire tandis que Rose Weasley s'approchait de la table en compagnie de James et William.

— Cousine ! s'exclama Albus en la pressant vers lui avant de lui tendre une balle. Montre donc que tous les Weasley-Potter sont excellents.

Rose rigola, récupérant la balle qu'elle lança avec aisance dans un verre. Elle éclata de rire devant l'air défait des trois sorcières.

— Ces gènes sont insupportables, marmonna Acca.

— Oh, intervint Fred en passant un bras autour des épaules de Rose, ça c'est juste notre Rosie nationale qui réussit tout.

Rose secoua la tête tandis que Acca récupérait une balle et la lançait. Quand celle-ci entra dans un gobelet presque plein d'une liqueur rosâtre, des exclamations de joie et d'indignation résonnèrent en même temps. Tandis qu'Albus et Fred se disputaient pour savoir qui allait boire le verre et qu'Evelyn félicitait Acca, Ludivine observa Rose qui murmurait maintenant quelque chose à l'oreille de Scorpius.

Rose avait posé son regard sur la nuque de Scorpius, y portant sa main pour essuyer quelques gouttes de bièraubeurre qui avaient giclé dans le lancer de Ludivine, et cette dernière vit son meilleur ami tressaillir. Elle vit Scorpius se tendre et ses yeux s'écarquiller de surprise tandis qu'il initiait un mouvement de recul. Il lui fallut quelques secondes pour retrouver une certaine contenance et porter un sourire maladroit à Rose qui le regardait avec surprise.

— C'est si visible, dit-on à Ludivine dans un chuchotement.

Lorsqu'elle tourna la tête, Ludivine constata que James s'était approché et s'appuyait maintenant sur le dossier du canapé à côté d'elle. Il la regardait avec précision, un sourire amusé sur les lèvres.

— De quoi parles-tu ? marmonna Ludivine.

— D'après toi ?

Ludivine garda le silence, portant de nouveau son regard sur Scorpius qui expirait maintenant avec force en passant une main dans ses cheveux avant de lancer la balle que lui tendait Fred.

— Tu dois te tromper, Potter.

— C'est toi qui connais ton meilleur ami.

Ludivine reporta son attention sur James et elle réalisa qu'il lui était particulièrement difficile de soutenir le regard du sorcier. Elle se sentait rougir, ses pensées se mélangeant tandis que des images de la blessure de James se rejouaient dans sa tête. De sa blessure, de son torse, de ce vif d'or qui avait suivi le toucher de Ludivine.

— Tu es alcoolisée, Hendell, constata James.

— Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Ce fut au tour de James de ne rien répondre. Il pinça ses lèvres et Ludivine ne put retenir un rougissement quand elle vit le torse de James se soulever sous son inspiration. Elle était perturbée et n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Depuis quand prenait-elle en compte la respiration de James Potter ? Ludivine sentait le trouble et la panique monter en elle.

— Tout va bien ? demanda James en fronçant les sourcils.

— J'ai envie de danser ! beugla-t-elle sur un ton paniqué.

— Tu veux aller dans…

— Avec Scorpius ! s'exclama-t-elle en se tournant vers le concerné.

Incapable de regarder de nouveau James dans les yeux sans rougir, Ludivine s'approcha de Scorpius, lui attrapant le bras pour le tirer vers la piste de danse sans explication.

Ce dernier se laissa faire, expirant de soulagement lorsqu'ils se faufilèrent au milieu des danseurs. À cet instant, Ludivine réalisa qu'elle n'était peut-être pas la seule à être sortie d'une situation embarrassante.

— Je ne crois pas t'avoir déjà vu rougir, lui dit Ludivine.

Lorsque Scorpius posa sur elle un regard interdit, Ludivine sut que les insinuations de James étaient vraies.

— Merde, marmonna Ludivine, tu en pinces pour Rose Wea...

Scorpius posa précipitamment une main sur la bouche de Ludivine, qui fut surprise par la brusquerie de son ami. Mais finalement, un léger sourire se forma sur les lèvres de Ludivine quand il s'éloigna d'elle.

— Ça ne va pas de dire de telles choses devant tant de monde ?

— Depuis combien de temps ?

— C'est juste de l'attirance, balbutia Scorpius en regardant ailleurs.

— Tu ne…

— Écoute, lui dit Scorpius fermement, changeons de sujet maintenant, et je ne ferai aucun commentaire sur tes propres rougissements.

Ce fut au tour de Ludivine d'afficher un air interdit alors que Scorpius commençait à sourire.

— Qu'en dis-tu, Hendell ?

Scorpius tendit une main à Ludivine qu'elle observa quelques secondes avant de soupirer et de l'attraper. Aussitôt, Scorpius la tira à lui, posant une main sur sa hanche pour entamer le rock qui commençait à se jouer.

Ludivine et Scorpius dansèrent un long moment. Ils se laissèrent porter par la musique et leur état d'ébriété, et Ludivine ne sut le nombre d'éclats de rire qu'elle eut devant un mouvement de danse de son meilleur ami. Il dansait avec une telle aisance, une telle agilité qu'il lui était impossible de se rendre ridicule, même en essayant. Quant à Ludivine, elle se laissait porter sans arrière-pensée.

Plusieurs fois, elle perdit Scorpius de vue pour le retrouver de nouveau quelques minutes plus tard. Elle pouvait danser seule ou avec d'autres sorciers dont elle ne parvenait pas à se remémorer le visage, mais peu importait à Ludivine. Elle se laissait porter par l'ivresse.

Des mains se baladaient en ce moment sur son bras, et Ludivine ne réagissait pas. L'une des mains la rapprocha d'un corps et elle se laissa faire. Mais lorsque la main remonta contre son ventre, Ludivine s'éloigna avec un regard mauvais pour le sorcier, lui signifiant qu'elle n'était pas intéressée.

Sans s'en rendre compte, Ludivine buta contre une masse solide et voulut s'excuser avant de constater qu'il s'agissait de James. Debout au milieu de la foule de sorciers qui dansaient, il fixait d'un regard assassin le dernier compagnon de danse de Ludivine. Cette dernière ressentit de nouveau ce trouble monter en elle.

— Désolée, Potter, marmonna Ludivine.

Elle voulut s'éloigner aussitôt mais James l'en empêcha en attrapant son poignet.

— Tu m'évites, constata James d'un ton froid.

Ludivine ne répondit pas, tentant de s'éloigner de nouveau mais James l'en empêcha. Il soupira, grinçant des dents avant de tirer sur son poignet pour l'emmener avec lui. Ludivine n'eut pas le temps de protester, elle n'aurait d'ailleurs rien pu faire face à la poigne du sorcier, James l'avait déjà éloignée de la piste.

Ce ne fut qu'une fois que son dos entra un peu trop abruptement en contact avec la tapisserie d'un mur, qu'elle réalisa qu'il l'avait menée dans une alcôve de la pièce derrière un portrait.

— Tu m'évites, répéta ce dernier.

— Tu t'accordes trop d'importance, Potter.

Être désagréable était la seule carte que Ludivine pouvait jouer pour garder une certaine contenance. Mais lorsqu'il ne répondit pas et qu'elle releva le visage vers lui, elle réalisa qu'il était toujours énervé. Sa mâchoire était crispée et son regard était dur. C'était comme s'il essayait de comprendre quelque chose, mais qu'il n'y arrivait pas.

Finalement, James soupira bruyamment de frustration en passant une main dans ses cheveux.

— C'est impossible de savoir comment agir avec toi ! s'exclama James avec colère.

— Avec moi ? s'offusqua soudain Ludivine devant l'air agacé du sorcier. Tu penses être plus facile à comprendre, peut-être !

— Tu es tellement paradoxale que je ne sais plus quoi oser tenter avec toi, grinça James tandis qu'un éclair de colère passait dans le regard de Ludivine.

— Tu es culotté, Pott…

Mais Ludivine n'eut jamais l'occasion d'aller au bout de sa phrase car James avait déjà réduit l'espace entre eux, portant une main dans sa nuque avant de poser ses lèvres sur celles de Ludivine, l'embrassant doucement.

Un simple contact des lèvres, et Ludivine sentit l'émotion la prendre au niveau de la poitrine en réalisant que James Potter l'embrassait. Il la plaqua contre le mur derrière elle tandis qu'il renforçait sa prise dans sa nuque, d'une main chaude et forte, d'une poigne possessive et ferme.

James ne mettait aucune douceur dans ce baiser, c'était comme si le sorcier lâchait une vague d'émotions qu'il avait contenues jusqu'ici. Il n'y mettait aucune réserve, aucune candeur, aucune retenue. C'était un baiser avide, ardent, fougueux. James libérait un désir réfréné depuis trop longtemps, et Ludivine était submergée.

Plusieurs pensées se bousculèrent dans l'esprit de Ludivine. Elle pensa à repousser le sorcier, à rompre ce baiser qui la brûlait de l'intérieur, mais elle n'en était pas capable, elle n'en avait aucune envie. Au lieu de ça, elle ressentait le besoin de répondre au baiser de James, de se jeter dans ses bras et ne jamais laisser quoi que ce soit se mettre un jour entre leurs deux corps.

Alors Ludivine attrapa le t-shirt de James de ses poings, s'accrochant à lui comme pour ne pas tomber alors qu'il pressait un peu plus son corps contre le mur. Elle affichait sa propre ardeur, et James perdit presque le contrôle de lui-même devant ce constat.

Ludivine n'avait aucune idée du temps qu'ils passèrent à s'embrasser. Elle ne réalisait pas ce qu'il se passait, mais parvint à retenir un gémissement lorsque James rompit finalement le contact en s'éloignant d'un pas.

Haletant, essoufflé, James posa un regard pénétrant sur Ludivine qui tentait de récupérer une respiration normale et qui ne savait quoi dire, perdue dans les émotions qu'elle venait de ressentir. Puis James passa une main dans ses cheveux en évitant son regard.

— Je ne voulais p...

Mais Ludivine l'empêcha de continuer. Prise d'une impulsion soudaine, d'une envie qu'elle ne parvenait pas à réfréner, elle réduisit l'espace qui se trouvait entre eux et posa ses mains dans la nuque de James avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Le baiser était à l'initiative de Ludivine, et était beaucoup plus doux que le précédent. Jusqu'à ce que James réponde. Lorsqu'il comprit ce qu'elle venait de faire, il passa un bras fort autour de la taille de Ludivine et la plaqua de nouveau contre le mur, avec délicatesse avant qu'il n'approfondisse plus sauvagement son mouvement.

Elle ne réagit pas lorsqu'elle sentit la main dans sa nuque venir encercler son visage. Elle se laissa faire lorsqu'elle sentit son autre main se faufiler sous son t-shirt pour se poser sur sa hanche, attrapant sa peau comme s'il avait besoin de s'y raccrocher pour ne pas sombrer. Elle sentit toutefois sa respiration se couper lorsqu'il colla son corps au sien, et que Ludivine se sentit entièrement dominée par la passion de James.

C'était un baiser passionné, et Ludivine fut prise d'un sentiment de plénitude. Et ce sentiment de plénitude fut la dernière chose dont elle se souvint.


Ludivine sentit quelque chose remuer au niveau de son sternum en ouvrant les yeux. Ses yeux mirent quelques secondes à s'habituer à la luminosité de la pièce, mais il ne lui en fallut pas plus pour savoir qu'elle n'était pas dans sa chambre. Les rideaux habituellement argentés étaient rouges, et la pièce était bien moins luxueuse, bien plus chaleureuse.

Lorsqu'elle comprit qu'elle était chez les Gryffondor, Ludivine se releva si violemment qu'elle faillit en vomir. Elle sentit quelque chose bouger à côté d'elle dans le lit, et elle faillit hurler. Puis elle vit qu'elle était allongée à côté d'une Acca profondément endormie, et Ludivine se sentit de nouveau respirer.

Qu'avait-elle pensé, Ludivine se refusa d'y réfléchir tandis qu'elle sortait du lit ainsi que du dortoir. Il semblait être très tôt car elle ne croisa personne dans la tour de Gryffondor, et encore moins dans les couloirs.

D'un geste mécanique, Ludivine atteignit son dortoir, et se dirigea vers les douches pour en ressortir trente minutes plus tard. Les idées plus claires, Ludivine but la fiole que Scorpius avait posée sur et attrapa le journal à côté.

Et d'un coup, elle se sentit pâlir en lisant les gros titres « Attaque au ministère, le Survivant grièvement blessé ».


* Bertolt Brecht

Alors, verdict ? J'espère en avoir satisfait quelques-uns, quelques-unes ;)

A très vite !