Hello ! Désolée pour cette absence d'un mois, je n'ai pas vu les semaines passer et une review cet après-midi m'a fait réaliser que je n'avais pas posté le nouveau chapitre !
J'ai eu des retours mitigés sur le dernier chapitre, ce dont je me doutais haha mais j'espère me rattraper avec celui-ci, que j'ai eu du mal à écrire mais dont je suis très contente. Je vous annonce également officiellement que, celui-ci inclus, il ne reste plus que 5 chapitres + un épilogue avant la fin de cette histoire.
Merci à tous de suivre cette histoire, avec mention spéciale pour MarlyMcKinnon et Kirbille pour vos reviews, je vous réponds au plus vite, promis !
Bonne lecture !
Chapitre 18 – Direction confiance et sérénité
Lorsque le jour arriva pour les élèves de Poudlard de retourner chez eux pour dix jours, Ludivine monta dans le train le cœur lourd. Pour la première fois en six années, elle ne retournait pas auprès de sa mère pour Noël. Non, elle allait passer les fêtes dans la famille d'un autre, et cette situation lui pesait.
Albus avait dû le comprendre, car il avait posé un baiser furtif dans ses cheveux pour lui dire bonjour le matin du départ, lui montrant son soutien par ce geste. Scorpius avait dû le comprendre, car il lui avait préparé le petit-déjeuner, lui avait porté sa valise et l'avait aidée à se couvrir, lui facilitant autant que possible le départ. Acca, Liz et Evelyn avait dû le comprendre, car elles avaient insisté pour que le trajet se fasse entre filles.
Ludivine observait silencieusement le paysage défiler à toute allure sous ses yeux. Elle s'était énormément inquiétée ces derniers jours. Sa mère était partie à la recherche de Rachel. La mission d'infiltration se transformait en mission d'exfiltration, et devenait de ce fait extrêmement dangereuse. Allait-elle retrouver Rachel vivante, c'était une première question. Allaient-elles toutes les deux en sortir vivantes, c'était une deuxième question.
Ludivine avait l'impression que le danger n'avait jamais été aussi proche, que le risque de ne pas revoir sa mère n'avait jamais été aussi grand.
Le trajet se fit dans les rires, c'était exactement ce dont elle avait besoin. Lorsque Scorpius entra dans le wagon, quelques heures après le départ, et salua individuellement chaque sorcière pour leur souhaiter de très belles fêtes, le cœur de Ludivine se remplit d'une chaleur particulière. Lorsqu'il laissa la place à Albus qui sourit à l'assemblée en leur proposant de venir passer deux jours chez lui durant les vacances, l'émotion la prit à la gorge.
Alors qu'elle observait les quelques personnes à qui elle faisait entièrement confiance, rigoler ensemble et se respecter, Ludivine était reconnaissante de l'amitié qui l'entourait, du soutien dont elle était l'objet
Finalement, ils arrivèrent à la gare de Londres King's Cross. Sur le quai, le professeur Neville, accompagné de sa fille, les attendait pour les emmener chez les Potter. Contrairement à la mère de Ludivine qui venait toujours la chercher en voiture, il utilisa la magie pour quitter la gare. Ainsi, Ludivine sentit son estomac se retourner avant que ses pieds ne retrouvent contact avec le sol. Un sol bétonné face à un manoir qui lui coupa le souffle.
Oh, Ludivine avait déjà vu le manoir Malefoy. Majestueux, derrière ses grilles métalliques et entouré d'une forêt s'étendant à des kilomètres, il respirait des siècles d'histoire. Le manoir des Potter n'avait pas cette même aura d'ancienneté mais il s'en dégageait une luminosité qui respirait un confort inégalé.
Ludivine n'avait connu que son petit appartement londonien, discret et inaperçu, parfait car il était semblable à tous les autres, et la singularité de ces maisons anciennes et imposantes l'impressionnait toujours.
Ça l'était cependant moins que de se trouver face à Ginny Potter. Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine, une femme à la chevelure flamboyante leva le visage vers elle. Le sourire chaleureux et l'excitation qu'elle retranscrivit par une tape de ses mains rassurèrent aussitôt Ludivine. Ginny Potter semblait l'avoir attendue et se réjouissait de sa venue.
— Ludivine Hendell ! s'exclama-t-elle en s'approchant avec un grand sourire avant de poser ses deux mains sur les épaules de Ludivine, quel plaisir d'enfin te rencontrer !
— Maman, marmonna Albus, presque gêné par l'enthousiasme de sa mère.
— J'ai hâte que toi et moi fassions connaissance, continua Ginny en ignorant son fils pour prendre Ludivine dans ses bras.
Ludivine laissa un petit rire franchir ses lèvres, surprise et touchée par l'affection et la familiarité de la sorcière. Elle ne réalisait que maintenant que les Potter avaient en fait attendu de la rencontrer, et elle ne ressentait pas la méfiance qu'elle aurait imaginée.
— Enchantée de vous rencontrer, madame Potter, répondit Ludivine timidement.
— Appelle-moi Ginny ! s'exclama la concernée.
Ginny lui fit un dernier sourire avant de se tourner vers Scorpius qu'elle accueillit avec la même chaleur, et Ludivine fit face à son mari. Harry Potter attendait patiemment derrière sa femme, les mains dans les poches, qu'elle accueille tout le monde.
Ludivine sentit son souffle se couper en constatant qu'il était le portrait craché d'Albus, les cheveux noirs en bataille, les mèches qui tombaient sur son front, les yeux d'un vert émeraude éclatant et paisible, les traits fins. Cependant, son regard critique et le sourire mutin qu'il lui fit étaient ceux de James, tout comme la malice qui habitait ses traits. Ludivine n'aurait jamais pu imaginer à quel point les deux sorciers ressemblaient comme deux gouttes à leur père, chacun à sa manière, avant de rencontrer Harry Potter.
Il était plus réservé que sa femme, Ludivine le vit à son comportement mais également à son regard. Il sembla l'analyser quelques secondes, d'un air impassible avant qu'un léger sourire ne franchisse ses lèvres, un sourire réservé. Il lui tendit sa main, que Ludivine prit toujours avec la même timidité.
— Enchanté, dit doucement Harry d'une voix grave.
— De même, monsieur Potter, répondit Ludivine avec déférence.
— Tu es ici chez toi, Ludivine, lui dit-il avec un petit sourire plus apaisé.
Ludivine rougit devant le sourire du sorcier. Il avait la réserve de James et la douceur d'Albus. Il conservait cependant une certaine froideur envers elle qui disparut dès que Scorpius s'approcha pour le saluer. Attrapant la main du blond pour le tirer vers lui en lui mettant une tape chaleureuse dans le dos, Harry salua Scorpius avec enthousiasme.
— En effet ! confirma Ginny tandis que Harry embrassait ses enfants, vous êtes ici chez vous, tous les deux. Et la première étape pour se sentir chez soi est d'installer ses affaires. Albus, James, reprit Ginny avec une autorité nouvelle, montrez leurs chambres à nos invités.
Ludivine ne retint pas un sourire, se penchant pour prendre sa valise. Elle n'en eut cependant pas l'occasion car James en avait déjà attrapé la hanse, la soulevant comme si elle ne pesait rien.
— Je peux m'en occuper, Pott…
— Accepte ma courtoisie avant que ma mère ne se mette à hurler, sourit James.
Ludivine hésitait. C'était la première fois depuis leur dernière discussion qu'ils échangeaient un vrai regard. Celui de James était avenant, et Ludivine comprenait qu'il était heureux d'être rentré chez lui, entouré des personnes qu'il aimait. Consciente que le débat était inutile, elle se contenta de hausser les épaules, montant les marches que James lui indiquait.
Ludivine découvrit une chambre spacieuse, réservée à elle seule. Un lit double était accolé à une coiffeuse, face à une armoire ancienne et imposante. Près de la fenêtre se trouvait un bureau. D'un regard, Ludivine s'acclimata à cette chambre. Albus lui indiqua les différentes portes de l'étage tandis que James déposait sa valise près de la fenêtre.
Elle se laissa tomber sur le lit moelleux, fermant les yeux quelques secondes. Elle ne protesta pas quand ils lui proposèrent de prendre le temps de souffler. La porte se referma et Ludivine se laissa porter par ses pensées.
Elle pensa un instant à Ginny Potter, qui l'avait accueillie avec une douceur qu'elle n'aurait jamais imaginée. Quant à Harry, il avait montré une certaine réserve dont elle ne se formalisait pas. Ludivine avait conscience qu'on ne gagnait pas la confiance du chef du Bureau des Aurors si facilement, il attendait de mieux la connaître.
Elle pensa à sa mère, perdue aux fins fonds de l'Europe de l'Est. Elle pensa à l'article qu'elle avait trouvé à sa place, la veille, qui recensait les soulèvements moldus qui s'étaient multipliés en Europe depuis plusieurs mois, donnant lieu à des explosions qui avaient commencé à être associées des actions magiques. Il y était supposé que des sorciers utilisent les moldus pour lancer des soulèvements, ou encore que sorciers et moldus se soient unis pour semer la terreur.
Ludivine soupira à ces idées tandis qu'Albus et Scorpius venaient lui proposer de se promener dans le jardin. Elle les suivit sans hésiter, s'émerveillant de la forêt qui longeait ce jardin, adossé à une colline. L'extérieur ressemblait ainsi à un jardin secret, inaccessible au reste du monde. C'était si apaisant.
« Elle rayonnait avec la sérénité de la lune après la pluie. »
Yukio Mishima
Dès le premier jour, Ludivine remarqua l'aisance de Scorpius au sein du clan Potter-Weasley. Il restait discret, très souvent plongé dans un livre, mais faisait preuve d'une détente qui la fit sourire plusieurs fois. Il connaissait bien le manoir et s'adressait avec familiarité avec les deux parents. Il semblait d'ailleurs assez proche de Harry, qui lui avait posé de nombreuses questions sur sa famille, l'état de sa mère et le travail de son père, mais également sur son année à Poudlard et ce qu'il avait en tête pour la suite. Ludivine remarqua également que Harry avait souvent une main posée sur l'épaule de Scorpius quand il s'adressait à lui, même geste qu'il avait envers Lily. Comme un geste protecteur.
Harry maintenait une certaine réserve avec Ludivine, même si elle aurait juré plusieurs fois avoir croisé un regard avenant. Ginny, cependant, semblait accueillir un nouvel enfant. Elle lui posait systématiquement de multiples questions et s'assurait qu'elle se sentait bien, Ludivine aurait pu trouver ses questions oppressantes si elle n'avait pas été tant touchée par la chaleur de la sorcière.
Il lui fallut quelques jours pour prendre le rythme des Potter. Elle réalisa vite que la présence de Harry variait, sa fonction lui prenant beaucoup de temps. Ginny lui avait pourtant partagé qu'il avait tenté au mieux d'arranger ses horaires durant ces vacances, mais il faisait de nombreuses surveillances de nuit et était souvent appelé, même lorsqu'il n'était pas sensé travailler. Il tentait cependant majoritairement d'être présent aux dîners.
Le petit-déjeuner s'effectuait selon les heures de réveil de chacun, et le déjeuner selon les activités et les envies. Le dîner, cependant, réunissait toute la famille à une heure précise et personne n'avait le droit d'y déroger. Ludivine réalisa rapidement que les dîners portaient une singulière énergie. Si le manoir se caractérisait par un certain calme, lors du repas, les caractères se déchainaient.
Elle l'avait compris lors du premier repas. Une impatience s'était fait ressentir lorsque Ginny avait posé le plat sur la table. Albus et James s'étaient levés en même temps pour attraper la louche, échangeant un regard suspicieux l'un envers l'autre. Lily avait été cependant plus rapide, attrapant la louche dans un soupir avant de se tourner vers Ludivine.
— Ici, lui avait-elle dit en la servant sans retenir un sourire, c'est « mange ou crève ». Comme on considère que tu es chez toi, tu ne seras pas traitée comme une invitée. Alors ne te laisse pas marcher dessus.
Surprise, Ludivine avait toutefois affiché un air amusé, ce que Lily avait dû apprécier, car son propre sourire s'était renforcé. Il n'existait aucune trace de leur dernier échange et Ludivine en avait ressenti un véritable soulagement tandis que Lily avait tendu la louche à Scorpius. Chacun s'était servi, et tout à coup, trois conversations bruyantes avaient commencé en même temps.
Albus commença à parler à Harry des sélections de Flaquemare tandis que Lily rigolait avec Scorpius et que Ginny murmurait quelque chose à James qui grommela. Ludivine, qui était habituée aux repas familiaux solitaires, ne cacha pas sa perplexité. Il y avait tant d'animation, tant de vie durant ces repas. Lorsque son regard croisa celui d'Albus et qu'ils échangèrent un sourire doux, Ludivine réalisa qu'elle était détendue.
— Comment se passe Noël chez toi, Ludivine ? avait demandé un soir Ginny.
— C'est assez calme, répondit Ludivine, ma mère et moi passons généralement deux jours en France voir mes grands-parents.
— Un repas en petit comité ?
— C'est cela, sourit Ludivine, comme l'ensemble de nos repas. Noël n'est pas signe de grandes fêtes chez nous.
— Tant qu'il est signe de famille, répondit Harry, c'est ce qui compte.
Harry avait posé ses yeux verts sur Ludivine, l'observant quelques secondes avant qu'un sourire fin ne fende ses lèvres. Ludivine ne dit rien, mais elle fut surprise de la familiarité qu'elle avait trouvée dans son regard.
— Chez nous, reprit Ginny avec douceur, Noël est un peu différent. Harry et Ron étant sur le terrain durant les soirs de fête, nous célébrons Noël avec quelques jours de décalage.
— Avec Ron et Hermione, compléta Harry.
— Oncle George et Angelina sont là parfois également, conclut James avec un sourire.
— Et Teddy ! compléta Lily avec excitation. Il se chamaille toujours avec tante Molly, tu verras.
— Est-ce que ce serait bon pour toi ? demanda Ginny.
Ludivine ne cacha pas sa surprise devant la question. Toutes ces fois où elle avait pensé à ses vacances chez les Potter, elle n'avait jamais réfléchi à Noël. A vrai dire, elle se fichait bien de cette fête, cette année. Sans sa mère, elle n'avait aucun intérêt. Pourtant, elle se trouvait face à cette famille qui s'assurait de l'inclure autant que possible. Le sourire amusé de Scorpius lui montra qu'il connaissait ses pensées à cet instant.
— Ce serait parfait, madame Potter, sourit Ludivine poliment.
Ginny allait répondre quelque chose, mais s'abstint lorsque Harry posa sa main sur son avant-bras. Ludivine savait qu'elle avait souhaité lui intimer de nouveau de l'appeler Ginny.
— On a deux enfants en plus cette année, sourit Ginny à son mari avec affection.
La tendresse de Ginny toucha profondément Ludivine. Elle sentait une vague d'émotion la prendre à l'idée qu'on l'accepte si facilement dans cette famille si unie, si connue mais si normale. Ils ne savaient rien d'elle, de sa famille, de son père, de sa mère, à part les quelques informations qu'elle avait partagées. Ils ne l'avaient pas interrogée là-dessus. Comment pouvaient-ils si facilement lui faire confiance ?
Lorsqu'elle croisa le regard de Harry, Ludivine réalisa qu'il avait compris sa réflexion. Pourtant, il resta silencieux. C'était comme s'il savait déjà tout d'elle. Peut-être avait-il déjà fait ses recherches. Mais Ludivine sut, en voyant le sourire fin que Harry lui fit finalement, qu'il en savait, en effet, suffisamment. Et Ludivine ne put retenir ce sentiment qu'il semblait même en savoir plus qu'elle.
Il fallut plusieurs nuits à Ludivine pour s'endormir facilement dans ce nouveau foyer. Elle avait, chaque soir, tourné dans tous les sens avant de trouver le sommeil. Lorsque cela lui arrivait au château, elle partait se promener la nuit. L'envie, ici, lui était vite passée.
Le premier soir, hantée par toutes les pensées qui se mélangeaient dans sa tête, sa quête du sommeil s'était éternisée et Ludivine s'était résolue à ne dormir que quelques heures. Le deuxième soir, lorsqu'une heure du matin était passée, elle avait décidé qu'une petite promenade lui ferait du bien.
Non seulement avait-elle eu la peur de sa vie, lorsqu'elle descendit à tâtons jusqu'à la cuisine et qu'elle trouva James qui mangeait dans la pénombre, la surprenant avec terreur lorsqu'elle avait allumé la lumière de la pièce, mais en plus avait-elle vécu le moment le plus gênant depuis son arrivée. En trois jours, c'était un comble.
James l'avait en effet observée sans gêne, balayant son regard de haut en bas sur la tenue de Ludivine. Son sourire narquois n'aidait pas, et Ludivine se trouva trop visible.
— Ton pyjama est un vêtement de mec ? demanda James avec surprise.
Ludivine jeta un œil au t-shirt vert qui avait appartenu à Scorpius en troisième année et au pantalon en coton qu'Albus avait arrêté de porter l'année suivante. Sa tenue n'était pas particulièrement plaisante à regarder, mais Ludivine dormait avec ces vêtements depuis deux ans et n'avait jamais pensé à en changer.
— Je m'y sens bien, répondit Ludivine en haussant les épaules.
— Moi qui m'amusais à imaginer de la jolie dentelle, soupira James avec un sourire carnassier.
Ludivine sentit ses joues chauffer de gêne tandis que James ricanait légèrement. Il se moquait d'elle, c'était évident, mais elle trouvait son sous-entendu était particulièrement gênant.
— Je t'embête, se sentit-il obligé de souligner en voyant sa gêne.
Ludivine grommela quelque chose d'incompréhensible qui amusa d'autant plus James. Finalement, elle accepta de lui rendre un très léger sourire qui renforça celui de James.
— Je comprends cependant que ta vie est déjà prise par deux hommes, Hendell.
— Et ils y sont irremplaçables, sourit-elle avec un léger amusement.
— Ça tombe bien, marmonna James avec un sourire de connivence, ce n'est pas leur place que je vise.
Tant de pensées traversèrent l'esprit de Ludivine à cet instant. Elle fut troublée par le sérieux soudain du sorcier, son regard perçant et ses propos. Elle avait conscience que James n'avait plus vraiment de filtre avec elle, et elle ne savait pas toujours comment se comporter devant de telles déclarations.
Déconcertée, elle se donna un minimum de contenance en se dirigeant vers l'évier pour se servir un verre d'eau. Elle était consciente du fait qu'il la suivait du regard, et fut soulagée de pouvoir lui tourner le dos et donc de cacher son rougissement.
— On a plusieurs gourdes dans la maison, l'informa James, tu pourrais en garder une dans ta chambre si tu es du genre à boire la nuit.
— Tu es un hôte assez agréable, Potter, répondit Ludivine avec une fausse assurance en se tournant vers lui.
— C'est un plaisir, sourit James avec malice, même si je regretterai mon geste quand je n'aurai plus l'occasion de t'embarrasser tard dans la nuit.
Une nouvelle fois, Ludivine sentit ses joues chauffer. Elle réalisait à quel point le sorcier était bon à ce jeu. Et ce jeu, comprenait-elle également, venait de s'installer sans qu'elle n'en prenne conscience. C'était du flirt, James s'en délectait, et le fait qu'elle se contente de rougir en restant ici était une forme de réponse.
Cette nuit-là, Ludivine réalisa que leur relation avait évolué. Ils avaient chacun admis leur attirance et il ne semblait y avoir aucune raison de s'en cacher face à l'autre.
« L'amour naît par la tendresse, et s'entretient par la douceur. »
Roger Bussy-Rabutin
Une autre découverte fut le comportement d'Albus dans son environnement familial. Son flegme et sa détente naturelle semblaient d'autant plus renforcés qu'il ne jouait aucun rôle. Il était bruyant, autant que son frère et sa sœur, et parlait constamment. De Quidditch avec qui le voulait, de Poudlard lorsque la discussion s'y prêtait, de filles dès que ses parents n'étaient plus dans les parages. Il semblait tellement plus à l'aise chez lui.
Ludivine avait également découvert sa relation avec ses parents. Elle avait été surprise du comportement tactile de son meilleur ami envers sa mère. Il passait, dès qu'il le pouvait, un bras autour de ses épaules, elle qui était plus petite que lui. Il la prenait dans ses bras régulièrement et rigolait à gorge déployée avec elle. Avec Harry, c'était différent. Il existait une complicité entre eux que Ludivine remarqua rapidement, et ils semblaient facilement se comprendre. Elle constatait d'ailleurs qu'ils parlaient très souvent de Quidditch, comme une passion commune et partagée.
Elle n'aurait pas dit la même chose concernant James. Ce dernier était extrêmement protecteur envers sa mère. Il ne la laissait jamais porter quelque chose de lourd, lui demandait souvent d'aller se reposer et montait d'un ton lorsque trop de personnes lui demandaient quelque chose ou qu'elle refusait de s'arrêter dans son activité. James s'assurait qu'elle ne s'épuise pas, et Ludivine en était attendrie.
La complicité entre James et Harry, cependant, était moins évidente. Ils échangeaient souvent des regards jaugeurs et Ludivine aurait juré que James relevait les épaules à chaque fois que son père pénétrait dans une pièce. Il y avait quelque chose dans le regard de Harry quand il le posait sur James, comme s'il analysait ce dernier, validant ou non les actions ou propos du jeune sorcier.
Un matin, alors que Ludivine prenait son petit-déjeuner en écoutant à moitié Albus et Scorpius interagir sur l'actualité, Harry était rentré du ministère. Tout le monde l'avait salué et Ludivine l'avait rapidement examiné. Les cheveux en pagaille, la chemise froissée et la mine épuisée, il avait fait un petit sourire à sa fille avant d'embrasser le front de sa femme et Ludivine n'avait pu que souligner mentalement le charme du sorcier.
— Tu vas te coucher ? demanda Ginny d'un ton bas.
— Pas tout de suite, sourit Harry en prenant place sur une chaise haute, je vais d'abord profiter de ma petite famille et de nos invités.
Il posa un regard chaleureux sur chaque personne autour de la table, et Ludivine se sentit presque rougir en croisant son regard. Il avait les yeux calmes d'Albus mais le regard inflexible de James.
— Alors, commença Harry à son intention, James et toi avez des idées du contenu de la troisième épreuve ?
Ludivine ne cacha pas sa surprise tandis que le sourire de Harry se renforçait. Il connaissait déjà la réponse, elle le savait, alors elle se demanda ce qu'il attendait d'elle, lui qui faisait toujours preuve de beaucoup de réserve avec elle. Un regard vers Albus et Scorpius lui indiqua qu'ils avaient bien compris sa gêne et s'en délectaient.
— Nous avons obtenu un indice pour le moment, commença Ludivine en se contrôlant pour ne pas balbutier.
— Que disait-il ?
— « Celui qui combat peut perdre », commença-t-elle.
— « Mais celui qui ne combat pas a déjà perdu », termina James qui prenait place à côté d'elle avec nonchalance.
Lorsque Ludivine sentit la jambe de James toucher la sienne, elle releva la tête vers lui avec violence. Il frottait ses cheveux qu'il n'avait pas coiffés, éloignant les mèches qui tombaient devant ses yeux, et lorsqu'il posa un regard doux sur elle, à moitié réveillé, Ludivine se surprit à lui rendre le même sourire.
— C'est déjà un gros indice, fit remarquer Harry qui ne les avait pas quittés du regard.
— On saisit l'idée du duel, répondit James en haussant les épaules avant de se servir à manger, mais on s'en doutait déjà. L'indice est nul.
— Tu tires des conclusions hâtives, James, souligna Harry d'un ton réprobateur.
James retint un soupir, Ludivine le comprit, tandis qu'il croquait dans une tartine.
— On ne sait pas qui on va affronter ni dans quel contexte, répondit James avec une légère irritation. Pour le moment, l'indice ne nous sert à rien.
— Les indices sont là pour vous préparer mentalement à toutes les éventualités, répondit Harry d'un ton de fer, ils ne donneront pas la réponse à toutes vos questions.
James s'immobilisa soudain, relevant le visage vers son père qui le regardait maintenant avec ce même air inflexible que son fils portait souvent. Ludivine avait senti l'air se tendre, sans comprendre pourquoi et à quel moment. Elle aurait souhaité intervenir pour faire redescendre la tension, mais elle se contenta d'observer l'échange, aussi muette que ses deux amis et Ginny.
— Les indices sont censés nous avantager, répondit fermement James, et je ne trouve pas que cet indice soit au niveau de ce que nous avons dû affronter.
— Tu fais preuve d'impatience, James, les réponses ne tombent jamais dans nos mains d'un clignement d'œil, répondit Harry du même ton réprobateur qu'auparavant, le regard émeraude perçant posé sur son fils qui commençait à s'énerver.
— Tu ne vas p...
— Peut-être, intervint finalement Ludivine d'une voix forte mais douce en posant sa main sur l'avant-bras de James qui se tourna vers elle avec surprise, devrions-nous attendre les autres indices avant de faire des suppositions. Ils ne devraient pas tarder.
Ludivine s'efforça de conserver un sourire doux face à James qui la regardait comme si elle était folle. Elle l'incitait à se calmer, ce qu'il finit par faire au bout de quelques secondes. Elle vit son dos s'affaler légèrement et elle sentit les muscles de son avant-bras se détendre. James lui rendit enfin son sourire, réalisant que son père et lui avaient commencé à se disputer et qu'elle cherchait à apaiser l'échange.
Lorsque Ludivine releva son regard vers Harry, elle constata que la tension avait également quitté son regard. Il les regardait maintenant avec amusement. Comme Ginny. À cet instant, Ludivine réalisa que sa main était toujours posée sur l'avant-bras de James, que leurs jambes étaient collées l'une contre l'autre, qu'ils étaient physiquement très proches. Ce fut comme un électrochoc. Ludivine se leva soudain, bousculant James au passage, et marmonna qu'elle allait se doucher avant d'attraper son assiette qu'elle déposa dans l'évier et de s'enfuir vers les escaliers.
Ludivine ne revit pas James de la matinée. Lorsqu'il ne vint pas déjeuner, elle se demanda si la discussion s'était bien terminée après son départ. Inquiète sans vraiment en avoir conscience, elle partit à sa recherche après le déjeuner.
Elle le trouva dans une pièce qu'elle n'avait pas encore visitée jusqu'ici, la bibliothèque du manoir. D'une hauteur de plafond impressionnante, les murs de la pièce étaient couverts de livres posés dans des étagères incrustées dans les murs. D'un regard circulaire, Ludivine sut que toute la richesse et l'histoire des Potter se trouvait dans cette pièce. Elle avait été construite et remplie avec passion.
Dans un angle de mur, James était installé dans un fauteuil, une jambe repliée sous lui en lisant un ouvrage. Ludivine hésita à le déranger tant il semblait concentré.
— Hey, osa-t-elle dire sur un ton discret en s'approchant.
James releva la tête de son ouvrage, affichant un air surpris en constatant qu'il n'était plus seul dans la pièce, jusqu'à lui faire un léger sourire.
— Tu n'es pas venu déjeuner, pointa Ludivine en jouant avec ses mains de gêne.
— Je n'ai pas fait attention à l'heure, répondit James en levant le regard vers l'horloge accrochée au mur, j'étais concentré.
Ludivine se sentit gênée, elle s'était inutilement inquiétée. Le sourire de James se renforça à cette réalisation. Il se décala légèrement dans le fauteuil, indiquant du regard à Ludivine qu'elle pouvait venir s'installer avec lui si elle le souhaitait. Elle hésita un instant mais choisit de débrancher son cerveau tandis qu'elle prenait place sur l'accoudoir, ignorant son propre rougissement quand elle cala ses pieds sous la cuisse de James.
— J'avais peur que la discussion avec ton père n'ait mal fini ce matin, reconnut-elle d'une petite voix.
— Le ton était habituel, sourit James en reposant sa tête contre le dossier du fauteuil pour observer Ludivine, nous sommes tous les deux impulsifs et bornés. Et impatients.
— Ton père a pourtant l'air très calme.
— Parce qu'il est assez mature pour ne pas hausser le ton, mais s'il était plus patient, ses remarques seraient moins tranchantes.
Ludivine ne put retenir un sourire. Elle avait pensé un instant que les relations de James avec son père n'étaient en réalité pas si bonnes que ça. Elle savait qu'elle s'était trompée, mais que leur relation restait néanmoins compliquée. Il y avait une exigence, des attentes qu'elle ne voyait pas avec Albus. Et peut-être qu'elle réalisait ce que James avait voulu lui expliquer le jour où il lui avait partagé ne pas vouloir être juste « le fils du Survivant ».
— Tu t'es inquiétée pour moi, Hendell ? souriait narquoisement James.
— Ne dis pas n'importe quoi, rougit Ludivine en fuyant son regard, soudain mal à l'aise.
James eut un léger rire en l'observant. Puis il s'arrêta de rire d'un coup, portant ses doigts sur la joue de Ludivine qui sentit son souffle se couper. Il frôlait sa peau, comme s'il avait peur de la toucher et de la faire fuir. Il attrapa une mèche qui avait quitté son chignon et la replaça derrière son oreille, mais lorsqu'il posa son regard sur elle, Ludivine dut inspirer plus profondément. Son air taquin avait disparu.
— Mon père ne réalise pas son niveau d'exigence, reprit James sur un ton plus discret. Il attend qu'Albus et moi nous accomplissions en tant qu'homme et en tant que sorcier, et il ne laisse rien passer.
— Et Lily ?
— Lily est une tigresse, sourit James. Elle a appris à refuser qu'on lui dise quoi faire.
Ludivine sourit. Elle n'avait aucun doute sur cela, elle devait d'ailleurs reconnaître que la sorcière était également marquée d'une douceur élégante, apparemment tirée de sa mère.
— J'admire mon père, reprit James dans un soupir en posant son regard sur les centaines de livres rangés dans le mur, mais il avait accompli des choses si incroyables à mon âge qu'il est dur de suivre ses pas.
— Ton père est très fier de ses enfants, le rassura Ludivine d'un ton équivoque, un regard concerné posé sur James. Même s'il ne le dit pas, ça se voit dans ses yeux.
James observa Ludivine quelques secondes, et sembla trouver ce qu'il cherchait dans son regard car il finit par sourire, d'un air tendre et rassurant.
— Beaucoup de choses se disent par les yeux, murmura James.
« C'est parfois dans un regard, dans un sourire que sont cachés les mots qu'on n'a jamais su dire. »
Yves Duteil
Ludivine retrouva Albus et Scorpius un peu plus tard, après avoir passé une longue heure à regarder les livres qui couvraient les murs de la bibliothèque, sous le regard perçant de James qui ne s'était aucunement caché de l'observer à chaque fois qu'elle s'était tournée vers lui.
Ils lui proposèrent de se balader dans la forêt qui longeait le manoir. Ludivine avait accepté, perdue dans ses pensées, et ses deux amis n'avaient pas tenté plus que cela de la faire parler. Lorsqu'ils atteignirent un lac, à la lisière de la forêt, ils s'installèrent sur une parcelle d'herbe que Scorpius réchauffa d'un coup de baguette, et Ludivine s'intéressa à la discussion à côté d'elle. Elle comprit que Scorpius se moquait d'Albus qui avait émis le regret d'avoir repoussé Souhad Rimens.
— Tu n'as pas encore fini avec elle ? demanda Ludivine d'un air ennuyé.
— Je suis à la recherche d'un peu de divertissement, se défendit Albus, ce n'est pas un crime !
— Il existe des centaines de sorcières plus intéressantes, rétorqua Ludivine avec dédain.
— Je n'attends pas ta validation, rétorqua Albus, je sais qu'aucune des sorcières que je fréquenterai ne l'aura.
Ludivine leva les yeux au ciel, retenant la remarque acerbe qui la démangeait concernant les choix d'Albus en termes de fréquentation.
— Je pense que Ludivine te méprise, intervint Scorpius avec moquerie.
Cette fois-ci, Ludivine rigola en voyant l'air outré d'Albus quand il posa le regard sur elle pour vérifier les dires de Scorpius.
— Ce ne serait pas nouveau, grommela Albus en ébouriffant les cheveux de Ludivine tandis que le rire de cette dernière se renforçait.
Les trois sorciers restèrent tout l'après-midi près du lac. Ils avaient longuement discuté avant qu'Albus ne fasse venir un jeu de Bav'boules d'un accio. Puis Ludivine avait commencé à observer la végétation derrière eux, découvrant plusieurs variétés de plantes qu'elle se décida à bouturer.
Rose débarqua en fin d'après-midi, et Ludivine se rappela que ses parents et elle venaient dîner.
— J'étais sûre de vous trouver ici, sourit Rose en saluant chaque sorcier du regard.
— Tu as fui les adultes ? sourit Albus.
— Leurs histoires ne sont intéressantes qu'avec un verre à la main, ricana Rose en se laissant tomber près de Scorpius à qui elle fit un sourire chaleureux.
— Je ne sais pas si les nôtres t'intéresseront plus, sourit Ludivine.
— Alors je ferai l'effort de m'intéresser, répondit Rose avec un fatalisme qui fit rire Ludivine tandis qu'elle reportait son attention sur les plantes et qu'une discussion s'engageait entre les trois sorciers.
Elle avait repéré des feuilles de cigüe, dont l'essence servait comme ingrédient de potion, et qu'elle souhaitait récupérer. Elle s'éloigna sans réellement s'en rendre compte mais fut surprise de constater qu'Albus la suivait et observait ses actions.
— Tu t'intéresses à la botanique ? se moqua-t-elle.
— Je laisse Scorpius convertir ma cousine à ses théories, répondit Albus avec espièglerie.
Ce fut le ton d'Albus, plus que ses paroles, qui poussa Ludivine à relever la tête. Il avait un sourire malicieux qui l'intrigua, mais elle choisit de l'ignorer, glissant un regard vers Scorpius et Rose qui parlaient avec entrain d'un sujet sur lequel ils ne semblaient pas d'accord.
— J'imagine que Rose doit avoir un avis bien tranché, se contenta de répondre Ludivine en reportant son attention sur la plante.
— Étonnamment, rigola Albus, beaucoup moins face à Scorpius. Mais, rajouta-t-il avec une douce malice que Ludivine identifia sans difficulté, peut-être est-elle passionnée par ce qu'il dit.
Ludivine garda le silence, concentrée sur la découpe de la branche de cigüe, mais elle pouvait sentir le regard d'Albus sur elle. Il l'analysait et elle sut qu'il lui passait un message. Pourtant, elle choisit de rester impassible.
— Tu as des nouvelles de ta mère ? entendirent-ils Rose demander.
— Le traitement agit, répondit Scorpius avec une légère vulnérabilité qui lui était rare devant d'autres sorciers qu'eux.
— Il est censé durer combien de temps ?
— Il y a trois phases de cinq jours, expliqua Scorpius en se passant une main nerveuse dans les cheveux, avec des jours de repos à chaque fois. Ils combinent les méthodes moldues et sorcières.
— Je ne savais pas que ça se faisait, pointa Rose.
— Ca ne se fait pas ici, sourit Scorpius, c'est pour ça que mon père l'emmène aux États-Unis.
— Tu es inquiet ? osa-t-elle demander.
Un silence s'installa et Ludivine pouvait deviner l'hésitation sur les traits de Scorpius, même sans le voir. De longues secondes passèrent, jusqu'à ce qu'il réponde.
— Bien plus que je n'ose l'admettre, souffla-t-il.
Ludivine se retourna un instant et constata que Rose se tenait juste à côté de Scorpius, une main sur son épaule en signe de réconfort, et le sourire contrit mais chaleureux de son meilleur ami toucha Ludivine. Elle aimait la douceur qui existait entre eux. Elle ne cacha pas sa surprise en constatant qu'Albus avait le même sourire qu'elle. Quand il posa son regard sur elle, il était moqueur.
— Je connais Scorp aussi bien que je te connais, toi, ricana Albus en se moquant de sa surprise.
— Tu l'as vu toi aussi ? demanda Ludivine d'un ton sceptique même si elle connaissait déjà la réponse.
— Comme toi, j'ai eu un peu d'aide, mais j'avais mes soupçons.
— Ça ne te dérange pas ?
Albus arborait maintenant un sourire amusé. Adossé contre un arbre, les bras croisés, il ressemblait tant à son père, avec son air malicieux et mature.
— Est-ce que tu as déjà entendu Scorpius reconnaître son inquiétude au sujet de sa mère ? demanda Albus.
Ludivine ne répondit rien, pinçant les lèvres d'irritation. Albus connaissait déjà la réponse, il savait d'ailleurs que sa question l'irriterait. Ludivine n'avait jamais supporté la taciturnité de ses amis lorsqu'ils étaient inquiets. Pourtant, leur silence était leur grotte dans ces moments.
— Tu as vu comment on réagit quand il se lance dans ses grandes analyses politiques ? continua Albus. On ne s'y intéresse pas réellement, on lève limite les yeux au ciel. Rose, elle, est capable de l'écouter pendant des heures.
— Qu'essaies-tu de dire, Al ?
— Que ma cousine semble lui apporter un intérêt qu'on ne lui accorde pas toujours et que Scorp semble capable de se confier à elle plus qu'à nous, alors pourquoi ça me dérangerait ?
Ludivine prit une bouffée d'air, attendrie par les propos d'Albus. Il aimait tellement Scorpius qu'il ne pensait pas aux liens qui l'unissaient à chacun d'eux, il ne pensait qu'à ce qu'ils pouvaient s'apporter mutuellement. Il faisait pareil avec James et elle. Les larmes montèrent aux yeux de Ludivine, touchée par la maturité d'Albus. Ce dernier ne retint d'ailleurs pas un sourire doux devant l'expression de la sorcière.
— Tu t'es adoucie, fit-il remarquer en passant un bras autour de ses épaules avant de lui embrasser les cheveux à la sauvageonne.
Ils retournèrent au manoir lorsque l'heure du dîner approcha. Ce fut Rose qui pénétra la première dans le salon, échangeant un sourire avec Lily.
— J'ai retrouvé notre trio de choc, déclara Rose d'une voix forte.
— Attention, répondit Ginny d'un air taquin, vous avez de la concurrence aujourd'hui.
Le rire qui suivit surprit Ludivine, par sa puissance. Ron Weasley rigolait, tapant d'un geste bourru l'épaule de sa petite sœur avant de se tourner vers les trois Serpentard. Lorsque Ludivine croisa son regard, elle sut, sans l'ombre d'une hésitation, sans le comprendre, que ce regard rieur avait joué un grand rôle dans l'éducation de Fred.
Il la salua d'un léger sourire avant de se tourner vers Scorpius.
— J'espère que tu as renforcé ton jeu depuis cet été, jeune homme.
— Avec la tyrannie d'Albus et ses entraînements interminables, répondit Scorpius avec amusement, je suis bien obligé.
Ron rigola avec cette même force tandis qu'Albus s'offusquait des propos de son meilleur ami, et Ludivine se retint de soupirer. Encore un fanatique de Quidditch dans cette famille, c'était un comble.
C'était jusqu'à ce qu'une voix féminine n'intervienne.
— Je découvre maintenant la tête que je peux faire, commença Hermione qui apportait un plateau rempli de verres qu'elle déposa sur la table, quand toute la famille parle Quidditch.
Ludivine se sentit rougir tandis que Rose ricanait. La femme qui lui faisait face avait un charme qui la prenait de court, d'une autorité imposante, d'une réserve douce. Mais le sourire qu'elle lui fit, comme à chaque fois qu'elle rencontrait une personne de cette famille, était bienveillant.
— Hermione, se présenta-t-elle en tendant une main que Ludivine prit. À ton expression, je suggère que tu t'asseyes avec Rose et moi durant le repas, au cas où ils ne se mettent tous à parler de ce jeu de fous.
Ludivine rigola tandis que Ron venait se présenter officiellement à elle. James et Harry se joignirent à eux une demi-heure plus tard, discutant avec animation d'un sujet que Ludivine ne pouvait entendre mais qui les faisait sourire tous les deux. Sans le réaliser, cette vision lui réchauffa le cœur.
A table, la discussion s'anima un peu plus. Ludivine réalisa que Ron était particulièrement bruyant, et que Lily et Albus n'étaient pas en reste quand il s'agissait de se faire entendre. Comme l'avait proposé Hermione, Ludivine s'installa à côté d'elle et elle réalisa rapidement que la sorcière était en fait très intéressée par son parcours. Elle l'interrogea un long moment sur ses ambitions et la façon dont elle se projetait après Poudlard. Elle lui raconta sporadiquement son rôle à la justice magique, et Ludivine commença à l'interroger sur la façon dont elle avait jonglé entre les mondes magique et moldu.
— N'importe quoi ! s'exclama Ron d'un rire puissant en tapant son poing sur la table.
— Demandons à Hermione dans ce cas, répondit Ginny avec amusement.
Ludivine et la concernée interrompirent leur discussion pour porter leur attention sur le reste de la table.
— Hermione, continua Ginny en se tournant vers sa belle-sœur, confirmes-tu que Ron n'a pas tenu l'alcool jusqu'à ses 20 ans ?
— Et bien, répondit Hermione avec une lueur de malice que Ludivine lui découvrait, ce serait sous-entendre que c'est le cas aujourd'hui.
— Heureusement que sa fille n'a pas pris de lui, sourit Harry avec cette même malice tandis qu'il échangeait un regard complice avec Hermione.
— Ce n'est pas de ma faute si nous avions autre chose à faire durant notre adolescence que de boire ! s'exclama Ron d'un air bougon qui accentua le rire des adultes.
— Oh nous avons profité de l'occasionnelle bièraubeurre ! répondit Harry.
— J'ai détruit plus d'horcruxes avant mes dix-huit ans que je n'avais bu de galons, marmonna Ron.
— Heureusement que Poudlard est devenu plus agréable après votre départ, se moqua Albus, provoquant un nouveau rire chez les adultes.
— C'est la joie d'une jeunesse prospère, mon fils, sourit Harry, profitez-en tant que c'est là.
— Ne le dis pas trop fort pour les trois Serpentard, se moqua James, ils ont déjà tendance à en profiter plus que de raison !
Ludivine releva la tête tel un ressort, fusillant James du regard tandis qu'Albus et Scorpius éclataient de rire.
— Ton père ne pourra rien dire, James, intervint Ginny, il était également très irréfléchi à votre âge.
— Oh il l'est toujours, argua Ron, tu devrais le voir en mission ! Je suis surpris qu'il finisse aussi peu souvent à St-Mangouste.
— Certaines filles de Gryffondor se demandaient à une période si tu ne faisais pas exprès de te retrouver à l'infirmerie pour voir madame Pomfresh, compléta Hermione avec amusement.
Une complicité toute particulière passa entre Harry, Ron et Hermione tandis que Ginny rigolait avec amusement, et Ludivine ne put s'empêcher de tourner le regard vers Albus et Scorpius qui lui souriaient avec douceur.
— Ces attaques, intervint Ludivine tandis que toute la table se tournait vers elle, commencent à prendre une grande ampleur.
L'atmosphère changea subitement. Harry et Ron échangèrent un regard, mais ce fut Hermione qui lui répondit.
— De tous temps, des sorciers ont tenté de profiter de la fragilité de la communauté sorcière pour répandre la peur.
— Quel serait leur but ? insista Ludivine.
— Répandre la peur, répéta Hermione. Il est plus simple d'instaurer sa loi lorsque les gens sont effrayés, c'est ce que recherchent ces sorciers.
— Vous ne trouvez pas cela étrange, intervint Scorpius, qu'ils ne revendiquent rien ? Les Mangemorts ont tout de suite revendiqué la leur, pour mieux se faire entendre.
— C'est parce qu'ils ne sont pas organisés comme les Mangemorts, répondit Harry. Les Mangemorts étaient ralliés derrière un leader, derrière une cause. Ce n'est pas le cas de ces sorciers.
— Parmi les sorciers qu'on appréhende, continua Ron, certains reprochent la politique sociale du ministère, d'autres la façon dont on avait traqué les mauvais sorciers durant la guerre, emprisonnant des gens à tort avant qu'un procès ne les innocente.
— Ce genre d'attaque, conclut Harry, se multiplie en Europe, également fomentées par des moldus.
— Tu penses que moldus et sorciers s'unissent pour semer la terreur ? demanda Scorpius qui réfléchissait à mille à l'heure.
— Ce ne serait pas la première fois, répondit Harry avec réserve. Mais ces mouvements ont toujours été déjoués.
Un silence s'installa, les adolescents n'étaient pas convaincus. Ludivine posa ses yeux sur James, constatant qu'il analysait le comportement de son père, sa posture, son regard. Elle devina, à son froncement de sourcils, que les adultes ne disaient pas tout. Rose comprit la même chose de sa mère.
— Pourquoi feraient-ils ça ? demanda-t-elle.
— Certaines personnes aiment le chaos, sourit Hermione avec réserve.
— Les attaques n'ont aucun lien les unes entre elles, soutint Harry, les attaquants ne sont pas affiliés à une cause commune. Ils veulent juste semer la terreur.
— Pourtant, intervint Scorpius, les modes opératoires se ressemblent. Des sortilèges d'explosion dans des zones passantes et remplies de civils qui font des dizaines de blessés et de morts.
Les quatre adultes regardèrent Scorpius avec une surprise non dissimulée. Il avait longtemps analysé le sujet, c'était évident. Il les mettait face au mur, mais l'expression fermée de Harry ne céda pas alors qu'un silence s'installait. Ce fut Rose qui le brisa d'un ton amusé.
— Scorpius connaît bien son sujet, dit-elle à ses parents avec un sourire.
— Je vois ça, répondit Harry qui se tournait vers Scorpius. Ils ont juste compris que les attaques à la bombe fonctionnaient pour terroriser. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
— Le ministère est sur le coup, papa ? demanda Lily avec assurance.
Harry échangea un regard avec sa femme avant de se tourner vers ses deux amis. Ils réalisaient que leurs enfants se posaient des questions et semblaient inquiets, mais surtout qu'ils tentaient d'obtenir leurs propres réponses. Réponses qu'ils n'avaient pas à leur apporter.
— Désamorcer ce genre de conflit n'est pas du ressort des aurors, se contenta de répondre Harry sans quitter Ludivine du regard.
Non, pensa Ludivine, c'est du ressort de ma mère. Elle savait, au regard pénétrant de Harry, qu'il avait pensé la même chose qu'elle. Ce soir-là, Ludivine dormit très peu, tourmentée par la discussion à table, préoccupée par ce dernier regard qui lui avait dit tant de choses.
« Nous sommes les secrets que nous exposons, et les indices sont nos murmures. »
Enes Aydogan
Ce ne fut que le lendemain, lorsque Ludivine aida Ginny à préparer le sapin de Noël, qu'elle osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.
— Vous ne vous inquiétez pas lorsqu'il part ? demanda-t-elle d'une petite voix.
— Tu peux me tutoyer, Ludivine.
Ludivine ne répondit rien tandis que Ginny lui tendait un sachet de fausse neige à éparpiller sur le sapin.
— Mon frère a tendance à exagérer, finit-elle par répondre, mais il prend les mêmes risques que Harry.
— Mais leur métier les met en danger tous les jours, répliqua Ludivine.
— Je suppose que je suis habituée, se contenta de répondre Ginny d'un ton serein en posant plusieurs guirlandes.
Ludivine grimaça. Ginny semblait si calme, si habituée à la situation. Comment Ludivine atteindrait-elle un tel niveau d'assurance, c'était bien la question qu'elle se posait.
— Je suppose que je suis habituée à l'équivalent, soupira Ludivine.
— En effet, sourit Ginny. Tu es même habituée à pire.
Cette fois-ci, Ludivine ne cacha pas sa surprise, levant un regard interrogateur vers Ginny qui sourit. Elle semblait s'amuser des expressions transparentes de Ludivine.
— Mon mari rentre tous les soirs à la maison, reprit Ginny. Sa mission s'arrête chaque jour, lorsqu'il franchit le pas de cette maison. Il m'arrive rarement de me retrouver plusieurs jours, plusieurs semaines sans nouvelles.
— Ma mère me donne des nouvelles, souffla Ludivine, consciente du parallèle de Ginny.
— Bien sûr, sourit Ginny en sortant plusieurs boules d'une boite en carton, je ne pense pas qu'elle vivrait avec l'idée que tu t'inquiètes de son sort.
Ginny tendit plusieurs boules vertes à Ludivine, un sourire maternel sur les lèvres. Elle la couvait du regard et Ludivine s'en sentit profondément touchée. Il y avait, dans les yeux de son aînée, une affection qu'elle ne comprenait pas, mais qu'elle accepta sans protester. Suffisamment pour se confier.
— Je n'ai jamais réellement su ce que ma mère faisait lorsqu'elle partait en mission, souffla-t-elle sans le réaliser. Tout était toujours secret, mais je sais qu'elle a toujours fait des choses incroyables. Parfois, je me demande si je serai capable de donner autant.
— Ta mère fait partie des sorciers qui ont dédié leur vie à leur travail, répondit Ginny, comme Harry. Cela ne veut pas dire que tu dois faire pareil.
— Mais je n'ai toujours vu que ça, protesta Ludivine.
— Tu es comme James, marmonna Ginny, marquée par les exploits de tes aînés.
— Ma mère n'a pas…
— Il ne faut pas oublier, continua Ginny sans prendre en compte les mots de Ludivine, que vous construisez un futur qui n'appartient qu'à vous. Vous ne devriez pas vivre à travers les réussites de vos parents.
Vivre à travers les réussites de ses parents ? Cela, Ludivine n'en savait rien mais elle vivait bien à travers leur passé, secret et mystérieux, et les contraintes de leur vie qui s'étaient répercutées sur son éducation.
Mais quelque chose dérangeait Ludivine, et elle ne réalisait que maintenant quoi. Ginny semblait en savoir bien plus que la norme sur sa mère. Il y avait une familiarité dans les constats de Ginny qui surprenait Ludivine.
Elle se pinça les lèvres, se retenant de poser la question qui lui brûlait la langue.
— Pose ta question, Ludivine, l'invita Ginny avec douceur, franchissant la dernière barrière de la sorcière.
— Vous connaissez ma mère, n'est-ce pas ?
Le sourire de Ginny s'agrandit tandis qu'elle s'éloigna d'un pas pour observer le sapin avant de poser son regard sur Ludivine.
— Poser tes questions te force à identifier les réponses dont tu as besoin, lui répondit-elle, mais ce n'est pas à moi de te les apporter.
Ludivine pinça les lèvres. Ginny pouvait être mystérieuse. Douce et maternelle, mais également mystérieuse. Elle choisit de ne pas insister tandis que Ginny passait un bras autour de ses épaules, la remerciant de l'avoir aidée à décorer le sapin.
Ludivine eut une partie de sa réponse deux jours plus tard, lorsqu'elle s'assit pour petit-déjeuner. Devant elle, était posée une lettre d'Evelyn, qu'elle reconnut au sceau des Lowell. Avec cette lettre se trouvait une carte postale, que Ludivine attrapa d'une main tremblante.
La carte présentait une forêt de pin couverte par le brouillard, et Ludivine en comprit le message : sa mère n'aurait plus la capacité de communiquer avec elle. Elle retourna la carte, déchiffrant les numéros inscrits dans chaque coin de la carte.
Ludivine sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle lui indiquait par ces numéros que Rachel était vivante, qu'elle l'avait retrouvée et tentait maintenant de la sortir d'où elle se trouvait. Un soulagement la prit aux tripes, consciente que le plus dur n'était pas d'entrer dans un endroit mais d'en sortir.
Ce n'était cependant pas le message qui lui donna des sueurs, mais plutôt le fait que la carte se trouvait avec un autre courrier pour elle.
— Tiens, fit remarquer Ginny qui entrait dans la pièce, Harry a dû réceptionner le courrier ce matin avant d'aller se coucher.
Ludivine se sentit pâlir. Harry avait classé la carte avec son courrier, comment avait-il pu le savoir, sans destinataire ni écriture ? Sa mère avait créé ce dispositif avec Rachel, et seules leurs filles le connaissaient. Personne, à part elles, ne devait en être informé.
Encore une fois, Harry Potter semblait en savoir plus au sujet de sa famille qu'il ne laissait paraître. À partir de ce moment, Ludivine choisit d'être méfiante.
Le jour de Noël passa comme une journée normale chez les Potter. Le lendemain, Liz et Acca vinrent passer une journée au manoir, comme l'avait suggéré Albus. Ce dernier avait religieusement respecté sa promesse, envoyant un courrier aux trois sorcières pour les convier officiellement. Evelyn avait été contrainte de décliner, mais Liz et Acca avaient accepté.
Liz était arrivée par la porte d'entrée, silencieuse et discrète. Acca, cependant, avait dû utiliser trop de poudre de cheminette, oubliant que les cheminées anglaises et américaines étaient sur des intensités de réseau différentes. La cheminée des Potter s'alluma tout entière lorsque Acca apparut, elle n'eut aucun contrôle sur son arrivée, glissant jusqu'au centre de la pièce, pleine de suie, en créant une trace noire sur le carrelage.
Acca, malgré les lèvres pincées de Ginny et le soupir d'Albus, éclata de rire tandis que Scorpius l'aidait à se relever. L'expression de Ginny changea aussitôt, adoucie par le rire de la sorcière qui se présentait et s'excusait platement pour le désordre qu'elle avait créé.
— Comme toujours, cingla Albus, tu es d'une discrétion sans faille, Rockwood.
— Comme je suis ici une invitée chez toi, Potter, sourit Acca en tapotant chaleureusement l'épaule d'Albus en ignorant son air surpris, je me contenterai de te demander ce que tu as fait de ma meilleure amie.
— Elle fait faire un tour du manoir à Walsh, lui signifia Albus.
Il remua sa baguette pour nettoyer le sol de la suie qui s'était déposée avant de faire la même chose sur Acca qui sentit la poussière disparaître de ses cheveux. Elle le remercia d'un sourire mutin avant d'attraper Albus par le coude.
— Dans ce cas, dit-elle avec enthousiasme, tu pourrais peut-être me faire découvrir les lieux pendant qu'on va à leur recherche ?
— Ton invitée a raison, Albus, renchérit Ginny avec douceur, montre-lui les alentours.
Albus leva un regard interdit vers sa mère qui échangeait un sourire complice avec Acca, puis vers son bras, que cette dernière avait attrapé sans gêne. Plus loin, Scorpius affichait un air amusé, installé confortablement dans le canapé. Albus ne semblait pas apprécier la situation, mais finit par soupirer en passant une main dans ses cheveux. Il passa un bras dans le dos d'Acca pour l'inviter à avancer, et la retira dès que la sorcière se mit à marcher.
La visite prit fin quelques minutes plus tard lorsqu'ils retrouvèrent Liz et Ludivine. Acca sauta dans les bras de ses deux amies, et Albus choisit de les laisser profiter de leurs retrouvailles. Elles se décidèrent à faire une balade dans le jardin, et la discussion tourna rapidement autour des nouvelles de leurs parents.
— Mon père est parti hier en renfort aux frontières de transplanage, expliqua Acca, alors je suis avec mes oncles et tantes le temps qu'il revienne.
— Depuis quand la Coordination envoie-t-elle des renforts pour une mission d'infiltration ? demanda Liz avec surprise.
— C'est devenu une mission d'exfiltration quand Johanne a découvert que ma mère était toujours en vie, sourit Acca. Et pour ce genre de mission, c'est renfort maximal.
Ludivine pinça les lèvres. Ce n'était pas particulièrement bon signe que des renforts soient appelés. Il n'était pas seulement question d'une exfiltration, c'était comme s'ils connaissaient déjà le danger que représentait cette organisation.
— Je pense que les Potter connaissent ma mère, lâcha Ludivine sans le réaliser, accueillant l'air surpris de ses amies.
— C'est fort probable, réfléchit Acca, Harry Potter et ta mère ont peut-être déjà travaillé ensemble.
— Peut-être, répondit Ludivine d'un air contrit, mais il y a quelque chose d'autre. Sinon, pourquoi personne ne me dit rien ?
— Les adultes aiment les secrets, répondit Acca en haussant les épaules.
— Albus et James ne savent rien ? tenta Liz.
La panique gagna Ludivine quand elle réalisa qu'elle n'avait jamais parlé du baiser avec ses amies. Elle soupira, se tournant vers elles.
— James et moi nous sommes embrassés après la victoire de Gryffondor.
Le visage d'Acca se décomposa tandis que Liz posait sa main devant sa bouche de surprise. Ludivine pouvait dire que ce n'était pas du tout ce à quoi elles s'attendaient.
— Raconte-nous TOUT ! l'urgea Acca en lui attrapant les bras.
— Dis-nous qu'il y a eu plus ! renchérit Liz d'une voix aiguë.
Ludivine éclata de rire. Elle ressentait déjà un poids la quitter alors qu'elle leur narrait les événements. Leur enthousiasme et leur malice étaient un soulagement dont elle ne pensait pas avoir besoin.
Une heure plus tard, Fred apparut par la cheminée tandis que Ludivine était installée avec les filles, Albus et Scorpius dans le salon. James descendit les escaliers à ce moment et fut surpris de voir autant de monde.
— On est retournés à Poudlard ? se moqua-t-il en se tournant vers Fred. Que tu fais là, Freddie ?
— J'ai entendu que Hendell avait de la visite, sourit Fred en donnant une tape solide dans le dos de James, et je me suis dit que tu me manquais !
— On s'est vus hier, répondit narquoisement James.
Fred ignora son cousin, le regard posé sur Liz qui discutait avec Scorpius. Il salua tout le monde d'un enthousiasme qui fit sursauter Ludivine.
— J'ai entendu dire, informa Fred avec malice, qu'un feu d'artifice moldu était organisé au village sorcier ce soir.
Il ne fallut pas un mot de plus, Acca et Scorpius s'étaient levés d'un même corps avec enthousiasme. Ludivine n'eut pas le temps de partager sa réticence qu'Albus était allé chercher sa petite sœur et envoyait un hibou à Rose.
Cette dernière les rejoignit une heure plus tard, à la table ronde d'un bar, Les trois petites reliques. De la musique commença à résonner lorsque Rose commanda un verre.
Scorpius n'hésita pas une seconde lorsque la musique se lança, attrapant la main de Ludivine pour la tirer de son siège d'un bond et la mener au centre de la pièce. La musique était douce, d'un jazz des années 70 qui allégeait les esprits. Plusieurs personnes les rejoignirent sur la piste, mais Ludivine et Scorpius se distinguaient par leur aisance, chacun habitué aux mouvements de l'autre.
Plusieurs minutes passèrent avant que Fred n'attrape finalement la main d'Acca malgré les protestations de cette dernière et ne la tire au centre de la pièce. Rose les rejoignit après avoir bu quelques gorgées de son verre, réussissant à motiver Albus tandis que Liz et Lily refusaient d'un geste de main. James avait, quant à lui, disparu dans le bar.
Les deux sorcières discutèrent un long quart d'heure, avant que Ludivine ne décide de les rejoindre. Scorpius se mit à danser avec Acca, et Ludivine constata que son ami n'osait pas danser avec Rose. Lorsque James réapparut, Lily le poussa vers la piste tandis que Fred venait s'asseoir pour reprendre son souffle, l'attention totalement portée sur les danseurs.
— Mes parents étaient très mécontents de ne pas avoir eu l'occasion de t'inviter pour les vacances, indiqua Liz à Ludivine.
— Tes parents n'auraient pas eu le temps de s'occuper de deux sorcières, rigola Ludivine.
— Ma mère ne l'aurait jamais reconnu !
Remarquant les deux sorcières à côté de lui, Fred se tourna avec un sourire sur les lèvres.
— Que font tes parents, Walsh ? demanda-t-il avec curiosité.
— Ils sont ingénieurs.
Le regard interrogateur de Fred fit rire Liz, le sorcier était si expressif.
— Ce sont des scientifiques, expliqua-t-elle, ils étudient les sciences moldues.
— Tes parents sont moldus ? demanda Fred avec surprise. Comment vous êtes-vous connues du coup ?
— Nos parents ont travaillé ensemble sur une mission, expliqua succinctement Ludivine.
— Mes parents connaissent le monde magique, expliqua un peu plus Liz, et ils sont parfois sollicités par le ministère sur la technologie moldue. Lorsqu'on était petites, les mères de Ludivine et Acca ont été envoyées sur une prise d'otage dans une centrale nucléaire par des sorciers qui voulaient faire exploser la centrale à la moldue. Mes parents sont intervenus sur la mission, ainsi que le père d'Evelyn en tant que représentant du ministère.
Ludivine afficha un air effaré, choquée que Liz révèle tant d'informations sur une mission classée confidentielle. Cette dernière se contenta de hausser les épaules, signifiant à Ludivine qu'elle faisait confiance au sorcier.
— Vous êtes amies depuis longtemps, finit par constater Fred, je comprends mieux votre profonde complicité.
— On ne peut rien te cacher, Weasley, sourit Liz.
Fred ricana, d'un rire qui semblait maintenant familier à Ludivine.
— Tu ressembles à ton oncle Ron, lui dit-elle.
La surprise de Fred ne s'afficha qu'une demi-seconde avant qu'un sourire timide prenne la place, pris d'une mélancolie nouvelle.
— Oncle Ron a toujours été très présent, répondit Fred. D'après ma mère, il a beaucoup soutenu mon père après la guerre.
— Si je ne me trompe pas, demanda Liz avec une légère hésitation, ton oncle a repris le magasin avec ton père après la guerre ?
— Exactement, sourit Fred. Mon père voulait abandonner le magasin après le décès de son jumeau, mais Ron l'a convaincu de le reprendre à deux. C'est ce qu'il a fait durant deux années, jusqu'au retour d'oncle Harry qui a poussé Ron à prendre part à l'équipe d'intervention du ministère. A cette période, mon père était sorti de sa dépression, il avait la capacité de continuer seul.
— Vous avez une belle famille unie, murmura Ludivine après un léger silence.
— La guerre nous a renforcés, murmura Fred.
— Alors il n'y a pas que du négatif qui est ressorti de cette guerre, sourit Liz d'une douceur qui toucha Fred.
— Oh, lui dit-il sur le même ton, elle nous a, en tout cas, suffisamment marqués.
Un silence s'installa, simple et paisible. Fred semblait hésiter à continuer, et les filles ne firent aucun mouvement pour l'encourager ou l'en dissuader. Finalement, il reprit la parole.
— Après la guerre, Harry a quitté Ginny pour disparaître de la circulation. Personne ne savait s'il allait revenir, beaucoup de rumeurs disaient qu'il avait trouvé une nouvelle personne avec qui partager sa vie, une personne qui ne devait peut-être pas lui rappeler les horreurs qu'il avait vécues. Je crois qu'il rêve encore de certaines morts, la nuit, c'est ce que dit James.
Liz fronça les sourcils. Fred avait perdu son éclat naturel, sa folie incontrôlable. Il n'était qu'un simple adolescent qui partageait son histoire, et Ludivine ne réalisait que maintenant que le passé du clan Potter-Weasley n'avait pas impacté que James et Albus.
— Ils ont tous perdu des gens qui leur étaient proches, continua Fred, et je ne pense pas qu'ils réalisent qu'ils nous font parfois porter le poids de leurs fantômes. Mais surtout, reprit Fred avec une légère grimace en se tournant vers Ludivine, ils ne réalisent pas à quel point les attentes qu'ils ont de nous sont nombreuses. Tu sais de quoi je parle.
En effet, Ludivine avait vu ce que les exploits de Harry Potter avaient suscité chez James et Albus. Ce besoin d'être à la hauteur, de tenir la face, d'être fiable et solide, de faire autant si ce n'est plus. Elle avait compris la pression et les doutes que cela avait généré chez eux.
— Qu'attend ton père de toi ? demanda Liz avec douceur.
— Que je sois comme mon oncle, souffla Fred sur le même ton. Quand il me regarde, il attend de voir sa joie de vivre et son insouciance. Alors c'est ce que je lui donne, c'est ce que je donne à tout le monde. A force, c'est ce que je suis devenu.
Liz se pinça la lèvre inférieure. Il était facile de voir que des pensées se bousculaient dans son esprit, et ce fut d'une impulsion naturelle qu'elle attrapa la main que Fred avait laissée sur sa chope, et qu'elle serra de ses deux mains.
— Si tu es comme ton oncle, alors je suis sûre que ce dernier était une personne très authentique.
Lorsque Fred comprit ce que sous-entendait Liz, il ne put retenir un sourire. C'était un sourire tendre, parce qu'il était sous son charme, c'était un sourire doux, parce qu'il était conquis par sa douceur, c'était un sourire reconnaissant, parce qu'il était touché par ses propos.
Il lui rendit son geste, lui serrant la main avant de retirer la sienne. Il avait une certaine pudeur qui surprit les deux sorcières. Néanmoins, la surprise disparut aussitôt lorsque Fred se leva.
Ludivine observa Fred attraper délicatement les deux mains de Liz, la tirant silencieusement vers la piste de danse. A côté d'eux, James laissait Acca s'éloigner de lui pour aller danser avec Scorpius et Albus. Repérant son cousin, il lui fit un clin d'œil avant de prendre place à côté de Ludivine.
Assis à quelques centimètres d'elle, il observa silencieusement les danseurs. Ludivine sentait ses joues chauffer de cette proximité nouvelle, mais elle ne détacha également pas son regard du nouveau duo qui s'était formé. Liz semblait avoir décidé de laisser Fred mener la danse, et ce dernier choisit de sortir le grand jeu en commençant un rock qui généra un sourire chez Ludivine.
— Fred est mordu, commença James avec un sourire.
— Il a l'air de l'être depuis plusieurs mois, murmura Ludivine.
L'expression de Fred disait tout. Le sourire qui fendit ses lèvres lorsqu'il fit tourner Liz sur elle-même, l'entrainant dans un rock décousu, était précieux. Autant que le rire de Liz à cet instant.
— Ton cousin est touchant, reconnut Ludivine en ignorant le regard surpris de James.
— T'aurait-il convaincue, Hendell ? sourit James.
— Je ne suis pas celle qu'il faut convaincre.
— Tu es un garde-fou, celui qu'il faut convaincre avant d'atteindre la personne concernée.
Ludivine pinça sa lèvre tandis que Fred attrapait Liz par les hanches, ignorant le regard surpris de cette dernière, pour la lever du sol et faire un tour sur lui-même. Lorsqu'il la reposa, Liz tituba légèrement, troublée par le geste. Elle continua de danser, mais Ludivine pouvait voir le rougissement de son amie.
— Il n'attend qu'un signe de la part de Walsh, continua James.
— A les regarder, il n'a jamais semblé aussi près de l'avoir.
Ludivine eut un sourire mutin tandis que James se tournait vers elle. Son air malicieux la fit rougir tandis qu'il se penchait légèrement vers elle. Il était proche, mais Ludivine soutint son regard.
— Je croyais que Walsh était trop rationnelle ? la taquina-t-il.
— Je croyais que Fred avait l'attachement léger ?
La répartie de Ludivine fit sourire James. Elle pouvait voir dans son regard qu'il se retenait de rire, mais également de la toucher. Il était si transparent à cet instant.
— Tu l'as dit, répondit-il, ça fait quatre mois qu'il ne lâche pas Walsh. Fred ne s'embarrasse généralement pas aussi longtemps.
— Et alors ? répondit Ludivine en levant, cette fois, les yeux au ciel. Est-ce par défi ou par attachement ? On n'en sait rien.
— Tu sais bien que si, argua soudain James. Chacun se protège comme il peut. Pour Fred, c'est en donnant l'illusion qu'il ne prend rien au sérieux.
Cette fois-ci, James soupira. La discussion n'était plus imprégnée de la même taquinerie, James défendait son cousin et Ludivine, son amie. Pourtant, Ludivine avait le sentiment qu'ils avaient arrêté de parler d'eux.
Ludivine eut soudain l'envie de prendre l'air. Elle se leva de son siège, mais fut aussitôt arrêtée par la main de James qui enserra son poignet.
— Ne fuis pas l'échange, demanda-t-il d'une voix faible, presque vulnérable.
Vulnérable, pensa Ludivine. C'était bien un mot qu'elle n'aurait jamais utilisé pour qualifier James Potter. Mais non, se dit-elle, ce qu'elle décelait était de la tendresse.
— J'ai arrêté de fuir, Potter, souffla-t-elle avec douceur, portant ses doigts sur le visage de James pour lui caresser la joue.
C'était un geste audacieux venant de Ludivine, mais il lui sembla naturel. Aussi naturel que le sourire qu'ils échangèrent, aussi naturel que le geste de James lorsqu'il tira sur son poignet et qu'elle tomba à moitié sur lui. Il la couvait d'un regard fougueux, approchant son visage pour embrasser la tempe de Ludivine avec douceur et passion confondues.
Il la relâcha aussitôt pour reculer dans son siège, la regardant avec taquinerie. Ludivine lui rendit ce sourire, elle avait chaud et il lui fallait définitivement prendre l'air. Alors elle tourna les talons d'un sourire provoquant avant de s'éloigner.
Le village sorcier était bondé, et Ludivine se sentit invisible au milieu de cette foule tandis qu'elle enfonçait ses mains dans ses poches et se mettait à marcher. Les lumières de Noël rendaient le lieu magique, et Ludivine se laissa transporter par la magie du lieu durant une bonne demi-heure.
Il lui sembla qu'un visage familier passa dans la foule pour disparaître aussitôt. Ludivine cligna plusieurs fois des yeux, son esprit lui jouait des tours. Elle aurait juré apercevoir Logan Rowle, dont elle aurait reconnu la carrure entre mille autres.
Rowle, Ludivine n'avait pas pensé à lui des vacances. Elle ne pensait pas qu'on puisse être fondamentalement mauvais avant de rencontrer le sorcier. A cette pensée, des frissons la parcoururent. Elle préférait ne pas réfléchir au sorcier, dont la pensée pouvait générer de l'inquiétude chez elle. Elle ne craignait pourtant pas Rowle, elle refusait de le craindre. Elle le battrait durant le concours, et n'importe quelle autre fois où la vie lui referait croiser sa route.
Ludivine était une sorcière ambitieuse, c'était pour cette raison qu'elle était persuadée de gagner ce concours qui lui tenait tant à cœur. Mais même cette ambition avait des limites, Ludivine le réalisait tandis qu'un bruit assourdissant se faisait entendre dans le village sorcier et que des cris s'élevaient dans l'air.
Et voilà ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre et des Potter ? J'espère qu'il vous a plu. Le chapitre 19 est prêt à 95%, je le publie d'ici 3 semaines max et je vais essayer de trouver plus de temps pour écrire le 20 dès ce week-end !
D'ici là, prenez soin de vous !
