Chapitre 9 - Les jeux sont faits.
« Est pris qui croyait prendre »
PDV Alec
Trois jours que nous étions de retour à la maison complètement ressourcés et heureux après cette semaine passée en compagnie de nos familles et de nos amis. Malheureusement, cette sensation de bien-être allait très bientôt disparaitre avec l'arrivée de notre invité — non désiré — du soir...
— Il est en retard, me plaignis-je en regardant l'horloge de la cuisine.
Magnus s'approcha de moi puis m'embrassa tendrement sur le front.
— Merci Mon Amour, je sais que ce n'est pas facile pour toi d'accepter cette situation, me dit-il sans relever ma remarque.
Je soupirai.
— Promets-moi qu'on sera heureux pour toujours quand tout sera terminé.
— Comme dans les contes de fées ? plaisanta-t-il avec un petit sourire en coin.
— Oui parfaitement, je veux mon happy end ! insistai-je avec aplomb.
— Je te le promets, me répondit-il plus sérieusement.
Lentement ses lèvres se rapprochèrent des miennes, nos langues se caressèrent timidement au début puis partirent dans un rythme plus effréné. Les battements de mon cœur s'accélérèrent, j'avais envie de plus et commençais à défaire les boutons de la chemise qu'il portait quand la sonnette de la porte d'entrée se mit à retentir — comme par hasard — pile à cet instant!
Je soupirai de frustration.
— Décidément, il sait vraiment comment se rendre détestable...
— Sois gentil Mon Ange, me sermonna doucement mon fiancé.
Il inspira un bon coup puis partit ouvrir sans prendre la peine de refermer les deux premiers boutons que j'avais ouvert...
Rafael, toujours égale à lui-même avec son style à l'italienne — chemise près du corps à manches longues blanches, pantalon slim fit marron en laine, veste et trench assortis, Derby aux pieds — passa la porte d'entrée. Un sourire sincère illumina son visage quand il vit Magnus, ce qui m'agaça. Malgré moi, j'étais jaloux de cette amitié qui était née entre eux en plein chaos.
Il se saluèrent chaleureusement puis me rejoignirent dans le salon d'où je n'avais pas bougé.
— Lightwood, me salua Rafael à son tour.
Ses yeux me dévisageaient malicieusement et un petit sourire sarcastique était pendu à ses lèvres.
Cet abrutit venait d'arriver et pourtant il me narguait déjà.
— Santiago, lui répondis-je sur le même ton, tout en soutenant son regard.
Magnus soupira.
— Vraiment les gars ? nous dit-il en s'installant dans l'un des fauteuils. Rangez les testostérones, on a plus important à faire.
Rafael s'installa dans le second fauteuil puis croisa les jambes, je pris place sur le canapé.
— Très bien, commença-t-il. Tout est presque prêt, on va pouvoir passer à l'action d'ici deux ou trois jours.
Je manquai de m'étouffer.
— QUOI ?! Déjà ? m'offusquai-je
— Je pensais que c'était une affaire réglée. Que vous étiez d'accord.
— Nous le sommes, interviens Magnus. Mon Amour plus tôt ce sera fait, plus tôt on pourra passer à autre chose et mettre tout ça derrière nous, m'expliqua-t-il.
— Oui, puis l'important est d'agir avant Camille. On ne sait rien de ce qu'elle prépare, ajouta Santiago.
— Vraiment ? Sommes-nous certains de ne rien savoir ? questionnai-je en fixant Rafael d'un air mauvais.
— Qu'insinues-tu ? rétorqua-t-il sans se départir de son petit sourire en coin.
— Pourquoi te ferait-on confiance hein ? Qui nous dit que tu n'es pas de mèche avec Camille et que tout ceci ne fait pas justement partie de vos magouilles de mafieux!
Rafael éclata de rire, ce qui eut le don de m'agacer encore plus.
— Je suis convaincu que c'est uniquement ton opinion car si Magnus doutait de moi, il n'aurait pas accepté, me dit-il sereinement.
— Je te fais confiance et Alec le sait cependant tu ne peux pas lui en vouloir de douter de toi. Ces choses-là prennent du temps...
Décidément, Mon Fiancé était vraiment parfait dans son rôle de représentant de la Suisse ...
— Sans vouloir te vexer amico, je me fiche totalement d'avoir la confiance de ton mec. Tant que j'ai la tienne le reste m'importe peu, déclara-t-il.
Il regardait Magnus avec intensité. Il était complètement sincère, même moi je pouvais m'en rendre compte et je détestais ça.
Quel connard arrogant! pensais-je.
Camille m'aura fait chier jusqu'au bout! C'était à cause d'elle que ces deux-là étaient devenus proches et que je devais maintenant me farcir la tête de Santiago après tout ce qu'il m'avait fait subir.
Soutenant toujours son regard, Magnus soupira pour la énième fois mais hocha néanmoins la tête. Je détestais ce que je voyais. Je détestais voir cette complicité entre eux, ces échanges de regard qui habituellement n'existaient qu'entre Magnus et moi. Je détestais cette assurance chez Rafael. Cette assurance qui laissait clairement comprendre qu'il avait une confiance sans faille en la solidité des liens qui les unissaient désormais lui et mon fiancé.
— Bon allez, explique-nous à nouveau le plan. Tout doit être correctement planifié et plus que tout, à aucun moment Aria ne doit être mise en danger, reprit Mag's.
— Tout ira bien, ne t'en fait pas. Je tiens énormément à elle moi aussi.
— C'est ça...maugréai-je.
Cette rencontre m'horripilait au plus haut point, j'étais impatient qu'elle prenne fin. Magnus m'observa curieusement une minute, il finit par se lever puis vint s'installer à mes côtés. Il m'attira dans ses bras. Je vis Rafael lever les yeux au ciel.
— Hmm Mag's, peut-être que ce n'est pas une bonne idée d'inclure Alec. Son pessimisme plus son manque de confiance sont nos plus grandes chances d'échec.
— Répète un peu ça ! vociférai-je tout en essayant de me dégager des bras de Magnus. Ce dernier resserra son étreinte.
— Mon Amour, s'il te plait calme toi, me dit-il avant d'enchainer. Raf', arrête un peu tu veux. On est tous suffisamment stressé, restons concentré sur l'essentiel.
Il leva les bras en l'air en signe de reddition puis commença à nous réexpliquer le plan. Je ne savais pas comment Magnus faisait pour rester aussi calme alors que Rafael était en train de nous décrire minutes par minutes comment on allait s'y prendre afin de créer cet acte ignoble, cet acte qui me révulsait rien qu'à l'idée d'y penser, cet acte qui consistait à simuler l'enlèvement d'Aria.
PDV Magnus
— Comment être certain que ça va fonctionner ? demanda un Alec toujours très méfiant.
— Je connais Camille. Quand elle apprendra la disparition de sa fille, elle sortira de son trou, lui répondit Rafael.
— Je ne la pense pas si bête, répliqua Alec.
— Ne sous-estime pas l'amour d'une mère pour son enfant Lightwood.
— De quel amour parles-tu ?! Elle l'a abandonnée ! s'indigna-t-il.
— Oui mais elle est revenue, ce qui signifie qu'elle a des remords et qu'elle veut nouer des liens avec Aria, argumenta un Rafael imperturbable.
— Alors pourquoi ne pas simplement contacter Magnus ? Pourquoi se cacher et préparer un sale coup en douce !
Je soupirai. Cette discussion commençait à me donner mal au crâne. Alec et Rafael n'arrangeaient pas les choses en étant perpétuellement dans la confrontation...
— On dirait que tu ne la connais pas. Tu pensais vraiment, qu'elle sonnerait à votre porte l'air de rien en disant : « Salut, je regrette terriblement mes actes maintenant je veux qu'Aria fasse partie de ma vie. Peut-on s'arranger ? » se moqua Rafael en imitant — plutôt bien d'ailleurs — la voix de Camille..
Je pouffai, c'est vrai que c'était absurde. Alec me fusilla du regard.
— Ben quoi ? me défendis-je. Il n'a pas tout à fait tort Mon Ange...
— Je vais être honnête avec toi Lightwood, si tu n'étais pas dans les environs peut-être que ça aurait pu se passer ainsi.
— Rafael... le prévins-je. Ne dépasse pas les bornes.
— Magnus, tu sais pertinemment que ce n'est pas toi que Camille déteste mais bien ton cher et tendre qui lui a soi-disant volé sa vie...
Il y eut un silence gênant pendant quelques instants. Au fond, Rafael avait encore raison. Camille détestait Alec, elle l'avait toujours détesté. Elle nourrissait un ressentiment malsain à son égard et le fait qu'il était celui qui élevait sa fille aujourd'hui n'arrangeait rien et bien au contraire, j'étais convaincu que ce simple fait était à l'origine de tout. Déjà avant la naissance d'Aria, on se disputait à ce sujet car elle refusait catégoriquement qu'il fasse partie de sa vie...
— Bien, si vous n'avez plus de question, je vais y aller, nous informa Rafael en se levant.
Alec et moi en fîmes de même.
— Tu ne penses tout de même pas partir sans la voir, dis-je.
— J'imagine que cette fois, je n'ai plus d'excuse, admit-il avec un petit sourire.
— J'en suis heureux. Allez vient, l'invitai-je en prenant la direction de la chambre d'Aria accompagné d'Alec.
On entra sans faire de bruit afin de pas la réveiller. Rafael s'approcha timidement du berceau et se mit à la contempler avec des yeux émerveillés.
— C'est encore mieux que sur les photos, chuchota-t-il comme pour lui-même.
— Je te l'avais dit, le narguai-je en rigolant. Il rigola à son tour.
— Je te jure que s'il lui arrive quoique ce soit...recommença mon fiancé.
— Je la protégerai Alec, déclara Rafael solennellement.
Alec le fixait avec des envies de meurtres. Il n'avait vraiment aucune confiance en lui, il acceptait tout ceci pour moi et uniquement pour moi.
— Très bien, on se revoit très vite, intervins-je avant que la conversation ne dégénère de nouveau.
— Entendu, tenez-vous prêt et attendez mes instructions, nous dit-il.
Alec et moi hochâmes la tête puis le raccompagnâmes à la porte.
Le lendemain, la routine avait repris ses droits chez les Lightwood-Bane. Alec et moi nous préparions pour la fac tout en préparant Aria pour la garderie. J'essayais de rester serein et de ne pas trop penser à ce qui allait se produire dans les deux jours à venir mais plus les heures passaient et plus l'angoisse commençait à se faire ressentir, je n'étais plus trop certain d'avoir pris la bonne décision.
— J'espère que ça fonctionnera et que Camille se montrera, me dit Alec en entrant dans la salle de bain avec Aria dans les bras.
— Elle le fera, c'est certain.
Il soupira.
— Des nouvelles de Santiago? enchaina-t-il.
— Non, pas encore.
— Très bien, ça nous laisse le temps de profiter d'une journée calme avant l'enfer qui nous attend, commenta-t-il, la voix dégoulinante de sarcasme.
— Alexander...l'avertis-je.
— Ok, ok ! Je m'excuse ! Je suis juste stressé...et inquiet.
— Je sais. Allez, essayons de pas trop y penser pour le moment.
On se mit en route, moi pour la garderie avec Aria et Alec pour l'université. J'étais heureux de pouvoir à nouveau passer du temps avec ma fille, même si ce n'était que pour la conduire à la garderie. Cette semaine, je n'avais pas de cours en première heure ce qui relevait d'un véritable miracle. Les résultats des examens n'avaient pas encore été publiés, encore une chose à ajouter à la liste des choses stressantes de ma vie.
Arrivé à mon premier TD, j'aperçus Jaime qui était déjà installé au premier rang, il me fit signe de le rejoindre. On discuta cinq minutes avant l'arrivée du professeur. De toute évidence, ce break d'hiver fut profitable à tout le monde, l'ambiance était plus détendue mais je savais également que ça n'allait pas durer et que très vite, la charge de travail, les heures de cours assommantes et la pression allaient reprendre leur droit sur les pauvres étudiants en première année que nous étions.
Comme d'habitude, la journée fila à toute vitesse et déjà l'heure de récupérer Aria était arrivée. Je n'avais toujours pas eu de nouvelle de Rafael mais ne m'en inquiétait pas pour autant. J'avais confiance en lui, de toutes les façons il le fallait. La sécurité de ma fille en dépendait.
Je montai dans la Camaro, attachai ma ceinture, mis le contact puis pris la direction de l'hôpital.
— Bonne soirée Alma, à demain ! la saluai-je en ajustant le bonnet de ma fille sur sa tête, quarante minutes plus tard.
Il faisait particulièrement froid ce soir. Le parking extérieur à l'avant de l'hôpital était bondé en arrivant ce qui m'obligea à me garer un peu plus loin que d'habitude. Le trajet jusqu'à la Camaro me paraissait donc interminable. Tout était désert et silencieux, seul mes pas sur le béton brisaient cette quiétude. Une atmosphère inquiétante typique des parkings sous terrain régnait dans l'air. On arriva enfin à la voiture, j'étais concentré à installer Aria dans son siège auto quand je sentis une présence dernière moi. À peine ai-je eu le temps de me retourner, qu'une douleur lancinante me vrilla le crâne. M'effondrant sur le bitume glacial, je sentis que la douleur s'intensifiait, ma tête était en feu, ma vue se brouilla, en quelques secondes, je perdis connaissance.
— Magnus ! Magnus ! Tu m'entends ?
Une voix qui semblait provenir d'un rêve lointaine me reconnecta à la réalité, lentement je tentai d'ouvrir les yeux. Ma tête me faisait horriblement souffrir, je sentis un liquide chaud couler le long de ma nuque tandis que j'essayai de me relever...du sang.
— Non, ne bouge surtout pas, je vais appeler les secours, m'informa la voix.
Ma vue s'éclaircit peu à peu, je reconnus Olivia penchée au-dessus de moi tel un ange descendu du ciel. Elle sortit son téléphone puis composa un numéro. L'esprit encore embrouillé, je l'entendis prononcer les mots, parking souterrain et coup à la tête. En dépit de son interdiction, je tentai de me lever du sol en prenant appui sur la porte arrière de la Camaro toujours ouverte; mes yeux tombèrent sur le siège auto d'Aria totalement vide.
Un sentiment de panique me parcourut tout le corps. Mon coeur s'accéléra.
— A...ria...réussis-je à articuler.
Olivia qui venait de raccrocher me regarda sans comprendre.
— Ma fille! insistai-je en essayant toujours de me relever.
J'avais l'impression que tout vacillait autour de moi, j'avais des difficultés à me concentrer et faire fonctionner mes membres.
— Magnus...je...je ne sais pas. Quand je suis arrivée, tu étais seul étendu au sol. Je ne savais pas qu'elle était avec toi...je...je...bafouilla-t-elle.
Au bord des larmes, Olivia s'arrêta tout à coup de parler. La réalité nous frappa en même temps, moi inconscient au sol, le siège d'Aria désert...ma fille avait été kidnappée.
Les ténèbres m'avalèrent une seconde fois, je m'effondrai au sol de nouveau inconscient.
PDV Alec
Je descendais tout juste du bus quand mon téléphone se mit à sonner bruyamment dans la poche de ma veste, je le sortis en sursautant et vis qu'il s'agissait d'un appel dont le numéro n'était pas enregistré dans mon répertoire. Perplexe, je décrochai tout en me dirigeant vers l'appartement.
— Alec Lightwood, répondis-je.
— Alec...bonjour, c'est Olivia, l'infirmière puéricultrice qui...
— Je sais qui t'es, la coupai-je en ne comprenant pas pourquoi elle m'appelait. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? enchainai-je de mauvaise foi.
— Alec écoute, Magnus a été agressé sur le parking de l'hôpital.
Je pilai tout à coup.
— Quoi !? Comment ça agressé ? Comment va-t-il ? Et Aria ?
— Il a une commotion mais ça va...
— J'arrive immédiatement, lui dis-je en m'apprêtant à raccrocher.
— Alec attend il y a autre chose...
— Quoi ? aboyai-je presque.
— Aria...Aria a disparu.
Le téléphone toujours à l'oreille, le monde s'arrêta subitement de tourner autour de moi. Je ne parvenais plus à respirer.
— Alec ? Tu es toujours là ? me demanda Olivia.
Sans prendre la peine de lui répondre, lentement je raccrochai le téléphone puis le remis dans la poche de ma veste. Mon cerveau tournait à plein régime. Rafael avait-il enclenché le plan sans nous prévenir ? Ou alors peut-être en avait-il informé Magnus ? Mais pourquoi m'aurait-il tenu à l'écart ? Mes idées s'embrouillaient, tout semblait vaciller autour de moi, mon cœur battait la chamade, j'avais un très mauvais pressentiment.
Sans perdre une seconde de plus, je me précipitai à l'hôpital.
— Bonjour, je cherche mon fiancé Magnus Bane, dis-je en arrivant en trombe à l'accueil.
— Alec ! Par ici ! me cria une voix au loin.
Je me retournai rapidement et vis Victor. Je me précipitai vers lui.
— Où est Magnus ? Je veux le voir, exigeai-je, paniqué.
— Alec, il faut que je te parle avant.
Bon sang! Qu'est qu'ils avaient tous à vouloir me parler sans arrêt alors que la seule chose que je souhaitais dans l'immédiat était de rejoindre mon fiancé!
— Écoute, il s'est réveillé il y a quelques minutes mais nous avons dû le rendormir...
— Pardon ?! m'exclamai-je choqué.
— La disparition d'Aria l'a profondément bouleversé ce qui est normal. Il était très agité et voulait à tout prix quitter l'hôpital et partir à sa recherche alors qu'il a une commotion cérébrale. On n'a pas eu le choix. Sarah est avec lui. Tu devrais rentrer, elle a besoin de soutien...Asmodée est en route également.
Je remerciai Victor de la tête puis me précipitai dans la chambre. C'était un véritable cauchemar.
— Oh Alec une dernière chose ! La police aura des questions à te poser. Le lieutenant Garroway va bientôt arriver.
Deuxième hochement de tête de ma part afin de le remercier. Il fallait que je contacte Rafael de toute urgence, je devais être certain que la situation actuelle n'avait rien à voir avec notre plan initial et ainsi préparer ce que j'allais pouvoir dire à la police.
Arrivé devant la chambre où avait été admis Magnus, je marquai une pause, pris une profonde inspiration, poussai la porte puis entrai prudemment. La scène que je vis me serra le cœur. Mon regard s'arrêta en premier sur Sarah. Le visage strié de larmes, elle pleurait silencieusement tout en tenant les mains de son fils bien aimé. Je suivis des yeux leurs doigts entrelacés puis remontai très lentement vers le visage de mon fiancé. Mon cœur s'affola de nouveau, j'avais l'impression qu'une fois que mon regard se sera posé sur lui, j'allai m'effondrer et ce, sans possibilité de me relever. Pourtant, j'allai devoir être fort...être fort pour nous deux cette fois.
M'armant de courage, j'affrontai enfin la réalité. Le teint pâle, les lèvres sèches, un bandage blanc et froid comme l'hiver qui faisait rage en ce moment lui entourait toute la circonférence la tête. C'était la première fois que je le voyais ainsi; sans défense, fragile, éteint. Ses traits étaient tirés, même endormi je pouvais lire l'inquiétude sur son visage. Comme je le disais, c'était un véritable cauchemar et il venait à peine de commencer.
Ma future belle-mère releva la tête et pris conscience de ma présence, un sourire triste étira ses lèvres, elle m'invita à la rejoindre.
— Sarah...fis-je la voix nouée.
J'essayai de garder le contrôle sur les émotions qui cherchaient à me submerger.
— Comment une telle chose a-t-elle pu se produire Alec ? Aria...notre Aria...je...
Elle n'eut pas le courage de terminer sa phrase et éclata de nouveau en sanglot. J'étais complètement démuni, je voulais la rassurer mais j'en étais incapable.
Où était notre fille ? Allait-elle bien ? Avait-elle faim ou froid ? Ce n'était qu'un petit ange sans défense, on allait bientôt fêter ses six mois et je refusais de croire qu'elle ne serait pas avec nous ce jour-là.
Sans un mot, je passai un bras réconfortant autour de Sarah et la serra contre moi. Je mourrai d'envie de tenir la main de Magnus dans la mienne, lui faire savoir que j'étais là mais Sarah s'y accrochai comme à une bouée de sauvetage, ce que je comprenais. Elle l'aimait tellement, c'était un amour inconditionnel et je ne pouvais que trop bien imaginer la douleur qu'elle devait ressentir actuellement. La douleur de voir son fils ainsi allonger dans ce lit, la douleur de voir son fils souffrir de la perte de sa fille et d'y être totalement impuissante.
On frappa à la porte, l'inspecteur Garroway fit son entrée. Il posa un regard compatissant sur Magnus...un regard presque paternel.
— Bonsoir. Je sais que vous n'avez pas la tête à ça mais nous devons lancer les recherches afin de retrouver Aria. Dans ce genre d'affaire chaque minute compte. Alec, tu dois me donner une description précise de comment elle était habillée puis on doit aussi discuter de la raison éventuelle qui pousserait quelqu'un à vouloir s'en prendre à elle.
— S'en prendre à elle ? Vous pensez qu'on va lui faire du mal ? paniqua Sarah.
— Je ne fais que spéculer. Pour le moment nous avons trop peu d'informations. Alec, je t'attends à l'extérieur, me dit-il en s'en allant.
Je me levai puis déposai un baiser sur le front de Mon Fiancé.
— Je reviens bientôt Mon Amour, lui chuchotai-je.
Sarah et moi échangeâmes un regard entendu lourd de supplications voilées et de promesses silencieuses puis je sortis à mon tour. Voyant que l'inspecteur était en grande conversation avec Olivia, j'en profitai pour sortir mon téléphone et contacter Rafael.
Eh dire que j'avais fait tout un foin à Magnus quand il m'avait contraint à enregistrer son numéro juste au cas où, pensai-je en lançant l'appel.
Deux tonalités plus tard, il décrocha.
— Quelle surprise ! Un appel de Mr Lightwood, lança Rafael avec humour.
— Je n'ai pas le temps pour tes bêtises, où est Aria ? Ça t'amuse de nous faire flipper comme ça ! Puis, étais-tu étais obligé de frapper Magnus ! Je vais te le faire payer abruti...
— Wow, on se calme ! De quoi me parles-tu bon sang ? Je n'y comprends rien...
— Rafael...
— Alexander, je suis sérieux là, où est Magnus ?
À l'inquiétude que j'entendis dans sa voix, j'eus ma réponse. Il n'avait rien à voir dans le kidnapping d'Aria. L'ennemi avait bel et bien frappé avant nous. Ce que l'on avait redouté, s'était produit.
— Je suis à l'hôpital, quelqu'un l'a agressé en sortant de la garderie. Il a une commotion mais devrait s'en remettre sans trop de séquelle. Cette personne...elle à enlever Aria, terminai-je dans un souffle.
— Cette personne ?! Cette personne ?! Alec tu es sérieux là ! Nous savons très bien qui a fait ça ! Je n'arrive pas à y croire, on s'est fait doubler putain !
Rafael était hors de lui.
— Qu'est ce qu'on fait ? La police est là et elle veut m'interroger.
— Si la police s'en mêle ce sera partout dans les médias. Au début c'est ce qu'on voulait mais là, c'est Camille qui a Aria, le fait que l'affaire s'ébruite est un danger. Elle a dû déjà tout préparer, si jamais on la laisse quitter le pays, on ne la retrouvera plus jamais !
— J'en ai rien à foutre de ta taré de petite-amie ! m'énervai-je. Je veux ma fille !
— Et elle est avec sa mère ! Alors retrouver Camille c'est retrouver Aria!
— Et si ce n'était pas elle ?
— Quel naïf tu fais...je me demande ce que Magnus te trouve sérieux.
— Comment oses-tu ! Tu n'es qu'un...
— Je n'ai pas le temps pour tes insultes, démerde toi pour te débarrasser de la police puis on se rejoint à votre appartement dans 30 minutes. Alec, il faut se dépêcher, me dit-il le ton grave.
Je raccrochai, frustré et énervé. J'allais devoir prendre sur moi et ne pas me disputer avec cet abruti. Ça me coutait de le reconnaitre mais avec Magnus qui ne pouvait pas quitter l'hôpital, Rafael était ma seule chance de retrouver Aria.
— Prêt ? me demanda l'inspecteur Garroway en arrivant à mes côtés.
Je ne savais pas quoi faire. Une dualité se jouait en moi : faire confiance à l'inspecteur et tout lui déballer ou suivre les directives de Rafael.
— Euh, oui mais pouvons-nous parler dans un lieu plus discret dis-je en dévisageant Olivia. Cette dernière était dans tous ses états, on avait presque l'impression que c'était son mec à elle qui venait d'être agressé et que c'était sa fille qui venait d'être enlevée. Plus je la regardais, plus j'étais hors de moi et plus je la détestais sans trop savoir pourquoi.
— Le Dr Aldertree nous prête son bureau, nous pouvons allons-y, m'informa-t-il.
Je m'installai dans l'un des fauteuils faisant face au bureau, étrangement, l'inspecteur Garroway pris place dans celui situé à mes côtés. Je l'en remerciai silencieusement, cela donnerait à cet interrogatoire un peu moins de formalisme.
— Je t'écoute pour la description d'Aria, commença-t-il sans tarder.
— Elle...elle porte un manteau vert pomme et rose avec des canards jaunes dessinés dessus.
Ma voix commençait à trembler dangereusement, je sentais les larmes me monter aux yeux. Je me souvenais du jour où on lui avait acheté ce manteau, c'était il y a tout juste une semaine pendant le break d'hiver. Nous étions partis faire du shopping avec la bande, je me souviens encore du cinéma que Jace nous avait fait en voyant les imprimés canards sur le manteau. Il disait : Moi vivant ma nièce ne portera rien avec ces animaux de l'enfer ! On avait tous éclaté de rire. Au final Magnus et moi l'avions acheté en douce afin de le narguer plus tard avec...ces souvenirs me serrèrent le cœur.
— Alec, je sais que c'est difficile mais on doit se dépêcher de lancer les recherches.
Je sortis mon téléphone et le lui tendis.
— Elle a été prise ce matin...
C'était une photo d'Aria dans les bras de Magnus. Comme d'habitude, elle essayait de mettre son pouce dégoulinant de salive dans la bouche de son père. J'avais capturé l'image, pile au moment où Magnus mort de rire, essayait d'esquiver l'attaque.
L'inspecteur me regarda tristement.
— Merci, je vais l'imprimer.
Il referma son calepin et soupira longuement.
— Bien, je ne vais pas passer par quatre chemins. Il y a t-il une chance qu'elle ait été kidnappée par sa mère ? Les Milano sont-ils derrière tout ça ?
Ma surprise due se lire sur mon visage, car il fronça les sourcils.
— Alec...insista-il.
— Je...
— Ne me mens pas. N'oublie pas que je connais toute l'histoire. Magnus et toi êtes venus au commissariat ce jour-là.
Je soupirai. Au diable Rafael ! L'inspecteur Garroway était quelqu'un de confiance. C'est à lui que je devrais me fier...sauf que si Magnus était là, il me dirait surement de croire en Rafael ! Putain quel merdier ! Je ne savais pas quoi faire...
— On n'a pas la journée ! Tu veux que je t'amène au poste afin que tu sois plus coopératif ? me brusqua l'inspecteur en haussant un sourcil.
— Je vais vous dire ce que je sais, lâchai-je mais à la condition que ça ne sorte pas d'ici. Vous ne devrez pas en informer vos supérieurs. Je suis désolé mais je n'ai pas confiance en votre système. Je sais que vous vous battez pour la justice mais nous savons également que la corruption est entrain de pourrir vos idéaux.
— Oui et je suis bien placé pour le savoir. Tu sais que ça fait des années que j'essaie de les arrêter.
— Justement, bien qu'elle soit noble, je ne veux pas que vous utilisiez la situation actuelle afin de mener à bien votre vendetta. Tout ce qui compte est de retrouver Aria.
— Évidemment Alec. Je suis un père moi aussi. On fera comme tu le décideras.
— Parfait, répondis-je confiant.
Je ne savais pas trop d'où me venait ce regain d'énergie et de courage mais ils étaient les bienvenues. On allait faire les choses à ma manière et tout le monde, Rafael compris, allait devoir s'y plier.
Mon Amour, je te ramènerai notre fille saine et sauve, promis-je silencieusement à mon fiancé.
Camille nous avait déclaré la guerre, elle allait être servie.
Fin du chapitre !
