C'est toujours pendant des repas de famille qu'on reçoit le plus d'avis non sollicités, et les tablées de Weasley n'étaient pas réputées pour leur subtilité.
- Un sorcier doit avoir une montre qui marche, disait doctement Bill
- Elle marche à peu près mais…
Harry n'espérait plus vraiment aller plus loin, ses soucis horlogers étaient autant de notoriété publique que sa cicatrice.
- Elle est à l'heure deux fois par jour ? Proposa Georges
- Ce qui est déjà deux fois plus souvent que celles de beaucoup de sorciers, souligna Ron.
- Harry chéri, tu devrais chercher un horloger pour te la réparer à…
Harry-chéri avait beau adorer Molly, il soupira mentalement sachant déjà où cette conversation allait le mener.
Voilà 10 ans que chaque dimanche, il était accueilli à la table des Weasley. D'abord en tant que fils de coeur des Weasley, puis depuis 4 ans en tant que fils par alliance potentiel.
Bien que l'alliance en question tarde à se faire. Ginny et Harry était trop absorbés par leur carrière pour prendre le temps de gérer le "Mariage du siècle", ainsi que le nommait Sorcière hebdo.
En fait, se disaient-ils parfois, Sorcière hebdo se donnait tellement de mal pour imaginer leur futur mariage, à grand renfort de "La liste des invités du Mariage du siècle : tout ce que vous devez savoir", "Sept lieux de rêve pour le Mariage du siècle", "le gâteau du Mariage du siècle : les confidences des grands pâtissiers" que finalement l'organisation n'aurait pu tenir qu'à compiler tous les articles parus sur le sujet depuis 4 ans et qui semblait passionner tous les sorciers jusqu'à Molly, à l'exception bien sûr de Harry et Ginny.
Hermione Granger Weasley sorti Harry de ses pensées d'un particulièrement peu discret coup de pied
-... Et j'ai entendu dire qu'il serait très doué dans ce domaine, termina Fleur.
- Hein ?
Fleur jetta un oeil agacé à Harry, mais d'après les prévisions de l'intéressé, la conversation aurait dû à cet instant aborder la filouterie de Harry qui se servait de l'excuse de sa montre déréglée pour ne jamais être à l'heure.
Pour la première fois depuis que sa montre ne marchait plus, la conversation avait bifurqué dans une nouvelle direction.
- Je disais que j'ai entendu parler d'un horloger-joaillier à Londres, repris Fleur en claquant sa langue.
- Vraiment ? Je croyais qu'il n'y avait plus aucun savoir-faire en Angleterre depuis la guerre, s'étonna Arthur.
Le Royaume-Uni, qui avait enchaîné les ères d'instabilité de Grindelwald et les deux guerres voldemoriennes, ne parvenait toujours pas à ressortir de la crise.
Le pays avait perdu énormément de sorcier, tués, emprisonnés ou exilés qui tardaient à revenir.
La crise économique était tellement enracinée que chaque sorcier pouvait en citer les causes sans avoir besoin d'être le beau-frère du secrétaire d'état à l'économie Percy Weasley.
- La volatilité de la parité gallion-livre sterling n'aide pas, bien sûr, mais le problème principal est évidemment l'inflation due au manque de…
Georges se racla la gorge de façon très politico-convainquante pour imiter Percy dont il coupait la parole.
- … De liquidité dû à un marché défaillant, la demande en tout excédant les offres possibles. La main d'oeuvre inexistante entretenant un système de pénurie en cercle vicieux…
Chaque sorcier pouvait citer ces phrases creuses répétées ad nauseum par la gazette.
Pour le commun des sorciers, elles signifiaient que même une bourse de gallions pleine ne permettait plus d'acheter le nécessaire, le Chemin de traverse n'ayant presque rien à proposer.
La majorité des sorciers cherchant désormais à se fournir chez les moldus, le change gallion-livres maintenait la société sorcière dans une dangereuse crise. Ceux qui voulaient changer des livres pour avoir des gallions étaient rares, essentiellement des élèves nés moldus en quête de fournitures scolaires. A l'inverse tout le monde voulait des livres, les commerçants sociers allant meme jusqu'à se faire payer en monnaie moldue.
Le ministère avait essayer de réguler le cours sans succès, en limitant les montants échangeables. Un marché noir de devises avait vu le jour aux portes même de Gringott. Ironiquement, c'est à ce marché noir et ses réseaux que Harry devait son emploi du temps occupé. Le gros de son travail consistant à leur courir après.
Plus personne ne voyait la sortie de la crise, et dans ce contexte, très peu de commerçant sorciers ouvraient de nouvelles échoppes. Les plus jeunes étaient poussés par leur parents à s'installer à l'étranger ou à faire des études supérieures moldues.
Dans ce contexte, l'ouverture d'un horloger était un événement.
- Il est sur le chemin de traverse ? demanda Harry.
- Non, à Burlington Arcade, lui répondit Fleur
- Hein ?
La bouche de Harry se décrocha.
- Burlington Arcade, près de Old bond street, reprit Fleur.
- Je sais où est Burlington Arcade, mais c'est une rue moldue…
- Oui, c'est étonnant je te l'accorde, mais c'est un horloger sorcier. Formé sur le continent paraît-il.
Pour Fleur, c'était évidemment un gage de qualité. Et Harry devait reconnaître qu'elle n'avait pas tord.
Burlington Arcade était très animée en ce début d'automne.
Harry parcourait la galerie marchande en contemplant rapidement les vitrines. Tout était moldu, luxueux et le clamait, jusqu'au service de sécurité vêtu de queues de pie.
Avisant enfin une petite échoppe patinée, il contempla la devanture qui aurait pu vraiment se trouver chemin de traverse.
La vitrine, alléchante même pour Harry qui ne cherchait rien, proposait un assortiment de superbes montres à gousset, certaines avec de très jolis mécanismes musicaux ou de ravissantes scénettes d'automates animées.
L'enseigne disait "réparation, restauration, création".
Poussant la porte vitrée dans un tintement de clochette, Harry pénétra dans le petit magasin à l'ambiance surannée.
La boutique, petite, était bercée par les tic-tac. Elle était tapissée de vitrines en bois sombre. Chaque vitrine mettait parfaitement en lumière des modèles tous plus étonnants les uns que les autres. La moindre montre invitait à être étudiées sous toutes les coutures pour en admirer tous les détails. On brûlait de toucher les modèles ouverts pour permettre l'admiration de leurs engrenages et mécanismes sophistiqués.
Un mouvement imperceptible et une toux discrète ramenèrent Harry vers le comptoir.
- Bonjour.
- Malfoy ?!
