- Malfoy ?!

- Potter ?

La rencontre avec son ancienne némésis coupa sa momentanément la chique de Harry.

Celui ci, toujours aussi blond, toujours aussi grand et fin, avait, comme ses montres, pris de la patine mais peu changé. Son expression s'était vaguement adoucie et beaucoup guindée, si bien qu'il affichait une surprise totale mais polie.

Harry, qui réussissait toujours à paraître débraillé même dans les tenues les plus élégantes, nota que Malfoy était tiré à quatre épingles dans une tenue, le plus étonnant, moldue.

N'aurait été le tablier de l'horloger, Harry aurait pensé être en présence d'un des clients.

Malfoy lissa son gilet pour se redonner une contenance.

- La rencontre est très inattendue, est-elle fortuite ou venais-tu pour une raison particulière, Potter ?

Harry reprit ses esprits.

- Je venais pour une montre ayant des problèmes d'exactitude.

- C'est effectivement fâcheux pour une montre, tu es au bon endroit.

D'un geste mécanique, essayant de faire taire sa méfiance, Harry sortit sa chère montre cabossée.

Malfoy chaussa une paire de fine lunettes avant de la saisir. Ses gestes semblaient un peu raides et pincés à Harry mais plein de professionnalisme.

- Et alors, il s'est passé quoi après ?

Ginny et Harry étaient affalés dans un profond canapé, square Grimmaud, profitant d'une soirée romantique entre deux entraînements de quidditch.

- Pas grand chose, il a examiné la montre et m'a dit qu'il me ferait un devis.

- Ça devait être gênant.

- Très. Et je ne saurai pas dire pourquoi.

- Il y a du passif, quand même.

- Oui mais il date d'il y a plus de dix ans.

- C'est vrai. Curieux qu'on arrive aussi peu à tourner la page.

Ginny jouait avec les cheveux de Harry.

- Tu sais comment il a atterri là ? Demanda-t-elle

- Non, répondit Harry en repassant mentalement en revue les dossiers des mangemorts rangés au bureau des aurors. Lucius Malfoy a été condamné à Azkaban, il y est toujours. Mais Malfoy fils a été innocenté.

- Ah bon ?

Harry promena son nez sur l'arrête de visage de Ginny.

- Il était mineur, n'avait pas eu le choix, et chaque fois que possible avait agit de façon à protéger ceux qu'il pouvait.

Il ne pouvait pas voir son visage, mais le silence de Ginny lui appris tout son étonnement. Draco Malfoy avait été sévèrement jugé par l'opinion et Ginny ne faisait pas exception. Mais quelque chose dans le ton de Potter la faisait douter.

- Comment ça a été démontré ? Demanda-t-elle diplomatiquement.

- J'ai témoigné à son procès.

Un deuxième silence suivi.

- Tu comprends, se justifia-t-il, j'ai assisté à tellement de scènes horribles pour lui que j'avais bien vu que depuis la mort de Dumbledore, il avait subi la situation en espérant à chaque instant pouvoir freiner ou arrêter l'inéluctable.

- C'est toujours de Malfoy dont on parle ?

Harry se tue.

- Comment il est arrivé dans cette boutique de montre ? Reprit Ginny.

- Je ne sais pas. Je sais juste qu'il était parti après son acquittement sur le continent. C'est logique, les opportunités de carrières pour un fils de mangemort et mangemort repenti semblaient casi nulles et sa sécurité n'était même pas assurée.

- Il était en danger ?

- Beaucoup d'anciennes victimes sont devenues des bourreaux…

Ginny se tortilla mal à l'aise.

- Je peux comprendre, chaque fois que je repense à Fred et Bellatrix Lestrange, je regrette encore que Maman se soit contenté d'un Avada Kedavra…

Harry contempla l'arbre généalogique tant détesté des Black. La crise ne leur avait pas permis de trouver une demeure plus à leur goût que le square Grimmaud. Ils s'estimaient même heureux de pouvoir habiter dans le propre logis et pas chez leurs parents comme tant de sorciers.

Ils avaient aménagé et décoré au mieux, mais se réveiller dans cette maison qui leur rappelait tant leurs deuils était un défi quotidien à leur joie de vivre.

- Je comprend pourquoi il travaille chez les moldus mais je l'aurai plutôt vu dans une banque ou dans les affaires.

Harry sourit. Ginny était une merveilleuse poursuiveuse car très opiniâtre. Elle ne lâchait jamais quand quelque chose la titillait.

- Moi aussi, lui répondit-il.

- Remarque, il passait son temps chez Barjow et Beurk quand on le croisait en dehors de Poudlard. Il doit en connaître un rayon en artefacts et mécanismes sorciers.

- Oui, tu as raison. En 6eme année il avait même réparé l'armoire à disparaître de la salle sur demande.

- Oui, mais quand même. Il avait plus l'habitude d'être le riche de l'autre côté du comptoir. La fortune familiale aurait fondu ?

Harry essaya de se remémorer des petites lignes et des tableaux absconds du dossier Malfoy.

- Je ne me souviens plus. Forcément un peu, comme toutes les fortunes sorcières. Mais une famille aussi ancienne s'y entend en matière d'investissement, et ils ne peuvent pas dire qu'ils n'ont pas vu venir le retour du voldemort.

- Mhff je pense qu'ils ont eu deux ou trois indices, un tatouage de tête de mort qui clignote par exemple.

- Un fœtus difforme dans un chaudron...

- Une mystérieuse évasion de Azkaban...

- Je pense qu'ils doivent avoir encore quelques marmites d'or, conclu Harry.

Un autre silence suivi. Puis Ginny se retourna amusée vers lui.

- Ecoute, le mystère Draco Malfoy est trop intrigant, il va falloir que tu enquêtes.

- Comment veux-tu que j'enquête là dessus ? Il n'a rien à se reprocher.

- Tu as pensé à l'inviter à boire une bieraubeurre dans un pub pour parler du bon vieux temps ?

- Le bon vieux temps où il me dénonçait à Rogue, jetait un sort aux dents de Hermione ou insultait ma mère ?

- Non, sois plus psychologue. Parle-lui de celui où le faux Maugrey le transformait en fouine.

- "Tiens, Malfoy, tu te souviens de cette fois où j'ai dit à tout le monde que ton père avait payé pour te faire entrer dans l'équipe de quidditch de Serpentard ? Au fait, elle est devenue quoi ta fortune familiale ? " oui, on tient quelque chose.

Quand Ginny riait, Harry adorait surveiller les tressauts de ses tâches de rousseur.

Il se sentait alors très chanceux