Harry tapait du pied pour tenter de le réchauffer.

La colline sur laquelle il se trouvait, baignée dans la brume, était particulièrement fraîche.

Il avait reçu un rapport alarmant sur une activité magique inattendue dans ce lieux désertique. Il s'y était rendu avec son binôme, un bleu fraîchement embauché.

- Et maintenant, on fait quoi ? Demanda le jeune Nigel.

Pour se donner une contenance, Harry affichait un air martial et inspectait mollement, baguette au poing, les bosquets.

Depuis le sommet où ils se trouvaient, on voyait bien que la prairie environnante était couverte, sur plusieurs kilomètre, de glyphes bleutés luisant, en spirale ou à motifs plus complexes.

C'était surprenant et ça mettait le secret magique en danger, mais rien ne laissait présager l'oeuvre d'un mage noir. Tout au plus, celle d'un petit plaisantin.

Nigel le regardait plein d'espoir, espérant sûrement assister à un des exploits de l'auror Potter.

Harry était un très bon auror, avec beaucoup d'instinct, de sang froid et d'esprit d'analyse.

Il n'avait absolument pas déçu depuis son embauche, grimpant les échelons à grande vitesse et de façon parfaitement méritée, même aux dires des jaloux.

Il avait contribué au démantèlement de plusieurs réseaux de contrebande, réussissant à agir assez subtilement pour ne pas se contenter des premiers couteaux.

Néanmoins, comme toujours, ses exploits racontés lui semblaient plus spectaculaires que quand il les avait vécu, et il était toujours mal à l'aise quand les bleus assistaient à la réalité du terrain.

Harry renonça à se draper dans le mystère.

- On ne va pas pouvoir faire grand chose, on n'a aucun signe de magie noire. On va demander l'intervention de la Brigade de réparation des accidents magiques.

Ils durent se résigner à attendre, contemplant un grand cairn effondré.

Apres ce qui leur sembla une éternité, ils virent deux cyclistes entamer l'ascension de la colline.

- Ils ont l'air de touristes moldus à velo, dit Nigel.

- Oui, hésita Harry, mais ça pourrait quand même être eux.

- Pourquoi ils n'ont pas transplanné ?

- Ils ont pour consigne de se rendre le plus vite mais le plus discrètement que possible, pour ne pas risquer d'empirer l'exposition médiatique moldue.

L'ascension de cette colline était ardue et raide. La première des deux cyclistes à atteindre le sommet semblait assez jeune.

Blonde et avenante, elle ne montrait aucun signe de l'effort qu'elle avait fourni sur son velo.

Elle était habillée comme une parfaite moldue, d'une tenue un peu intemporelle mais pas démodée.

Ce n'était par contre pas le cas de son binôme, plus âgé et en nage. Quoique son kilt pouvait passer pour une exubérance ou un traditionalisme.

- Vous devez être mes aurors ? Demanda la femme, parlant d'un léger accent français.

Harry fut encore une fois interpellé par le charisme tranquille et souriant de la française. Ça n'avait rien d'étonnant, c'était exactement le genre de profil à choisir pour gérer une crise d'infraction au Secret.

Pourtant, elle rappelait quelqu'un à Harry.

- Gabrielle ! Gabrielle Delacour ?

La femme en face de lui ne ressemblait plus beaucoup à l'enfant de 12ans qu'il avait repêchée pendant le tournois des trois sorciers, mais elle était le portrait de sa soeur. Un peu plus douce, un peu plus indifférente à son charisme, mais la même détermination intelligente.

- 'Arry potter ! Pardon, je ne t'avais pas reconnu.

Le sourire de Gabrielle était maintenant beaucoup plus chaleureux.

- Ça fait longtemps, depuis le mariage de Fleur et Bill. Dit Harry. Je ne m'attendais pas te voir ici!

- Le ministère n'avait plus d'oubliators expérimenté, et j'avais envie de me rapprocher de mes nièce et neveux.

Nigel et l'homme en kilt se dandinaient, attendant de pouvoir revenir à l'objet de leur présence sur la colline au cairn.

- Je te présente mon stagiaire, Douglas.

- Et voila mon binôme, Nigel.

Les formules de salutations polies donnèrent brièvement à la colline un air de garden party, puis Gabrielle et Douglas commencèrent à sortir du matériel de leurs sacoches de vélo.

Tapotant un appareil en cuivre à cadran, Gabrielle se concentrait sur des mesures complexes.

- Pas de doute, dit-elle, on est sur une ligne thaumique à haute tension.

- Une quoi ? Demanda le jeune auror Nigel.

- Une ligne thaumique, répondit Harry qui n'avait pas la moindre idée de ce dont il s'agissait, mais ne l'aurait sûrement pas reconnu.

- Les lignes thaumiques quadrillent le pays, répondit Gabrielle, les sorciers les ont souvent guidé là où ils souhaitaient pour assurer l'approvisionnement en magie et éviter les zones mortes.

- Il se passe quoi dans une zone morte, demanda Nigel.

- La magie répond mal voire pas du tout, lui dit Duncan.

-Ça existe encore ?

- Très rarement maintenant, répondit Gabrielle. Mais pour les éviter, il faut que le réseau thaumique soit bien entretenu. Les cairns comme celui là, les dolmens, menhirs ou même certains fleuves puissants ou grands arbres vénérables sont des guides pour ces lignes. Et quand ils sont abimés ou détruits , on a des fuites thaumiques comme ces glyphes en bas de la colline.

Harry, Duncan et Nigel contemplèrent le grand cairn effondré.

- Il faut le remettre en état ? Demandant Duncan en sortant sa baguette de son kilt.

- Doucement, doucement, jeune apprenti, lui répondit Gabrielle. Commençons par les formulaires.

Dans un soupir audible, indiquant tout le bien qu'il pensait de la paperasse, Duncan sortit de sa sacoche une planche à pince, une plume et un parchemin.

- Catégorisation de l'événement de 1 à 5, lu-t-il. Je met 4 ? C'est très visible…

- Oui mais c'est très courant que les moldus s'amusent à dessiner des cercles de culture, il n'y a aucune victime et aucune publicité moldue pour le moment.

- 2 alors ?

- Il y a des règles, Duncan, si c'est un incident de réseau grave et sans victime, on est à 3. Le ministre est alerté mais pas besoin de renfort.

La Plume gratta rapidement

- Ensuite, lu Duncan, description de l'incident. "Le cairn s'est effondré et…"

- Sois plus factuel. Qu'est ce que tu vois sans rien conclure ?

Duncan soupira audiblement à nouveau. Effectivement, pensa Harry, recevoir des leçons d'une personne plus jeune dans un cas aussi trivial devait être frustrant.

- Alors je note : "présence de glyphes d'intensité 4, un cairn niveau… 2, effondré en haut de la colline".

- Rajoute une forêt primaire en bas de la colline et une route neuve entre la forêt et le cairn.

Duncan observa étonné la route qu'il n'avait jusque là pas noté.

- "Événement ayant provoqué l'incident"...

Duncan se racla la gorge, maintenant beaucoup moins sur de lui.

- Hum, reprit-il, donc le cairn est effondré…

Il s'arrêta et fixa son parchemin.

- Pourquoi il s'est effondré ? Aida Gabrielle.

- Hum… alors euh…

Tous tournèrent la tête vers le cairn.

- Il… Il a subit un glissement de terrain ? Proposa Duncan.

- Oui, on dirait bien. Et pourquoi il y a eu un glissement de terrain maintenant alors que ce cairn était là depuis le néolithique ?

- Duncan examina le cairn, le terrain et la forêt, un peu perdu.

- Des pluies importantes ? Proposa-t-il.

- C'est une hypothèse parfaitement acceptable, mais le terrain n'est pas si boueux. Est ce que tu vois où est le morceau de terrain éboulé ?

Harry essaya de lire les lignes de la colline, mais il aurait été incapable de reconnaître le terrain éboulé. Duncan peinait avec des jumelles. Gabrielle se contentait de regarder.

- On dirait qu'il est sous la route, dit Duncan.

- Oui. Dit sobrement Gabrielle en souriant. Est-ce que tu arrives à déterminer où exactement est la fuite thaumique ?

- Je peux descendre vérifier avec le thaumomètre, mais je suis dirais que c'est entre la route et la forêt et pas au niveau du cairn…

Le visage de Duncan affichait maintenant la surprise la plus totale.

- En fait le cairn n'était pas la pierre angulaire de ce réseau. il est trop petit. C'était la forêt et les moldus l'ont coupée pour faire passer la route.

En entendant l'explication de Gabrielle qui mettait des mots sur l'hypothèse que Duncan avait commencé à entrevoir, il ne put retenir sa mâchoire qui se décrocha.

- Mais… mais comment on va réparer ça… dit-il horrifié.

- Ah ça… Il y a deux solutions. On ne pourra clairement pas replanter les arbres centenaires qui guidaient le courant. Il aurait fallu intervenir avant la coupe, ce qu'on aurait fait si on avait encore les moyens humains de surveiller correctement le réseau.

On pourrait réparer le cairn et l'agrandir, en faisant un montage plus gros, mais il sera du coup plus fragile. Ça suffira à colmater la fuite, mais on sait qu'on a plus les moyens d'avoir des pièces aussi fragiles sur le réseau.

Ou alors on pourrait provoquer un autre éboulement de la colline , crédible pour les moldus parce que cette colline a été fragilisée par les travaux de la route et n'est plus maintenue par les grosses racines des arbres. Cet éboulement emporterait fortuitement la route, et on en profiterait pour restaurer le réseau fongique pour guider le courant. C'est l'histoire de quelques mois, et il serait plus résistant que le cairn.

- Quelle est la bonne solution ? Demanda Nigel.

- Faire les deux : monter le cairn pour colmater immédiatement la fuite et planter le réseau fongique pour prendre le relai quand le cairn s'effondrera de nouveau.

- Mais les moldus risqueraient de réparer la route, intervient Harry.

- Sauf si le terrain leur semble trop instable et qu'une place plus adéquate apparaît "comme par magie".

- C'est brillant, dit Duncan, les yeux brillants d'admiration.

- Gabrielle rougie, tout en continuant à sourire tranquillement.

- Mais il y a des problèmes éthiques et juridiques à cette solution, reprit-elle. Malgré l'urgence, on ne peut pas décider juste entre nous de la mettre en pratique.

- Ah. Dit Duncan

- Ah ? Ajouta Harry.

- Oh ! Completa Nigel.

- Non, dit Gabrielle. Historiquement, on aurait eu une direction capable de comprendre les tenants et aboutissants, mais dans l'état actuel des effectifs, c'est impossible. Donc comme le rapport va atterrir sur le bureau du ministre, on va le laisser trancher.

- Ah, parfait, dit Duncan.

- Donc il va falloir que tu peaufines ton rapport pour qu'il soit parfaitement intelligible par quelqu'un qui n'a jamais entendu parler des réseaux thaumiques, tout en restant synthétique parce qu'on nous accordera au mieux dix minutes.

Harry et Nigel firent chauffer une bouilloire pendant que sous la surveillance attentive de Gabrielle, Duncan s'appliquait sur son parchemin.

Le tableau de la jeune oubliator guidant cet homme entre deux âges était surprenant, mais Harry réalisait à quel point l'expertise de Gabrielle était indispensable.

L'expérience permettait de mieux gérer les arcanes administratives. On gagnait du temps et évitait des erreurs.

Les oubliators les rejoignirent enfin pour le thé.

- Vous êtes vraiment en sous effectif à ce point ? demanda Harry.

- Oui, grimaça Gabrielle. Tu n'imagines même pas. Avant, il y avait au Royaume-Uni assez d'oubliators pour avoir en permanence trois équipes de garde, et des binômes qui géraient les interventions planifiées. C'était comme ça depuis des siècles et il a suffi de soixante ans de guerre pour remettre à plat le systeme.

Maintenant on ne fait que du palliatif, et il n'y a plus qu'une seule équipe de garde.

La direction ne fait plus que de la gestion d'équipe pour éviter de faire perdre du temps à quelqu'un qui serait plus utile sur le terrain.

- Le métier n'arrive pas à recruter ?

- Il n'est pas très valorisant, on est en permanence dehors dans le froid et la pluie, avec besoin de compétences très pointues, mais le salaire ne suit pas.

Harry se dit que si on lui avait donné un gallion à chaque fois qu'un membre d'une profession sorcière avait dit cette phrase, son coffre à Gringott ne fermerait plus.

Rien que dans la dernière semaine, il l'avait entendu d'un medicomage, d'une apothocaire, d'un chargé de liaison gobeline et maintenant de Gabrielle.