Edité sur les recommandations de Miellina, merci 😊


Quelques mois plus tôt, Draco Malfoy entra dans l'ascenseur qui le menait vers son appartement New Yorkais. Il appuya sur un bouton d'un des étages les plus élevés.

Il repassait dans sa tête les dossiers qu'il avait traités ce jour-là, essayant de se souvenir à quelle heure était l'audience chez le juge des affaires.

Quand enfin les portes s'ouvrir, il trébucha en sortant de l'ascenseur.

- Tu pourrais faire attention, enfin, lui dit une voix embrumée qu'il connaissait bien.

L'odeur de whisky pur feu l'avait moins choqué que l'accent oxfordien. Il ne l'avait plus entendu depuis plusieures années. Depuis qu'il était à New York.

- Blaise ? Theodore ?

- Mon cher fellow, parle donc moins fort, lui répondit Blaise.

Blaise se passa une main devant les yeux tout en donnant un coup de coude à d'autres masses humaines affalées dans le couloir.

Draco s'apprêtait à parler, mais quand il vit qu'une des masses était Gabrielle, il hésita.

- Vous vous êtes murgés sur mon paillasson ?...

- Crois bien que l'idée était de nous murger dans ton salon, répondit Blaise.

- Sans moi !

- Vois-tu, tous les hiboux que nous t'avons envoyé sont resté lettre morte. Alors on s'est dit qu'avant que le grand avocat en droit des affaires et, hum, faux moldu, décide de renier complètement notre existence, il valait mieux se prendre une cuite d'anthologie chez lui, rétorqua le medicomage Zabini.

- Du coup vous l'avez prise sans moi ?

- L'idée était d'arriver pour le thé et de t'enfoncer un entonnoir dans la gorge pour que tu nous suives, puis on a oublié le décalage horaire, dit douloureusement Théodore.

- D'ailleurs, Draco, mon cher, dit Millicent.

Elle s'était relevée avec toute la grâce d'une serpentard complètement saoule.

- Permet moi de te dire que tu pars un peu trop tôt travailler, acheva-t-elle en titubant.

Un son absolument atroce se fit entendre, les regards se tournèrent vers Theodore Nott. Le regard vitreux de Theodore se tourna vers sa trompette. Il avait dû essayer de souffler dedans, en oubliant qu'elle était pleine de whisky.

- C'n'est pas bientôt fini ce bordel, cette fois ci, j'appelle les ... Oh, bonjour Maître, la voix du concierge se fit soudainement beaucoup plus mielleuse.

- Bonjour Mayson.

- Avez-vous un problème, maître ? Demanda obsequieusement l'employé.

Draco releva un sourcil. Il dévisagea ses condisciples, qui le regardaient, très amusés.

- Aucun Mayson, je vous remercie. Des camarades m'ont fait la surprise d'une visite et sont un peu déstabilisés par le décalage horaire.

Mayson le regarda, horrifié.

Visiblement, il n'aurait jamais cru que ce groupement de pochetrons européens puisse avoir quoique ce soit à voir avec "son" avocat, si propre sur lui.

- Ce sera tout Mayson, merci. Dit Millicent, avec toute l'aristocratie que lui permettait son taux d'alcoolémie.

Mayson hésita, mais finit néanmoins par reprendre l'ascenseur et libérer le couloir.

Draco soupira, calculant combien il lui faudrait laisser d'étrennes pour que l'incident soit oublié. Il sortit sa clé, ouvrit la porte du luxueux appartement, hissa Gabrielle sur ses jambes et avec ses dents et sa main libre, entreprit de déboucher une bouteille épargnée.

Théodore avait réussi à vider sa trompette, manifestement dans son gosier.

Millicent, qui avait toujours été celle qui tenait le mieux l'alcool (entendons qu'elle tenait encore sur ses jambes) faisait déjà entendre des tintements de verres depuis son salon.

Draco s'affala dans un fauteuil et se demanda si un silencio pour épargner les voisins s'imposait.

Puis il se souvint que sa baguette était dans la poche de son manteau dans l'entrée.

Il avait toujours trouvé que la voisine faisait trop de bruit avec ses pantoufles de toutes façons.

Gabrielle tendit ses deux mains à Draco et l'entraîna dans un foxtrot très alcoolisé. L'avocat résista un peu, puis le whisky lui délia les jambes et il se souvint qu'il aimait danser.

Draco ne pensait plus du tout au juge des affaires.


Le lendemain, il fut tiré d'un sommeil aviné par des notes d'une valse à la trompette, jouée fort, faux et pas en rythme. Draco se demande pourquoi il avait dormi dans un sac de couchage quand son lit l'attendait dans la pièce d'à côté.

Puis il vit Gabrielle dans le sac à côté de lui et ne se posa plus de question.

Il entendait crépiter une poêle pleine d'œufs et siffler une bouilloire.

C'est à ce moment-là qu'il émergea complètement : il était certain de ne pas avoir de bouilloire.

Son réveil complet s'accompagna aussi d'un violent coup de massue sur la tête. Gueule de bois.

- Merde merde merde merde...

- Bien dormi, merci, et toi même ? Lui répondit Blaise.

- C'est une catastrophe... Juge... Neuf heures !...

Blaise avait sorti un verre doseur et deux bouteilles, et remuait méticuleusement un mélange.

- Médicament contre la gueule de bois. Ton adjointe a appelé.

- Sur mon portable ?

- Naturellement, pas sur le mien, je n'en ai pas. Elle…

- Tu as répondu à mon portable ?!

- Mon cher, vu ton état quand elle a appelé, tu peux être heureux de ne pas avoir répondu toi-même. Ton adjointe a eu l'air… Vaguement concernée, quand je lui ai annoncé que ton grave problème de santé t'empêcherait de venir travailler pour le reste de la semaine.

Draco, qui se demandait d'où sortait aussi le verre doseur, puisqu'ainsi que pour la bouilloire, il avait fait soigneusement attention de ne pas en acheter en emménageant, regarda sans la boire la potion anti gueule de bois de Blaise.

- Elle t'a cru ? Demanda-t-il enfin.

- Je crois bien, je lui ai faxé ma carte d'ordre des médecins.

- Tu as une carte d'ordre des médecins moldue ?

Puis après un instant de réflexion.

- Pourquoi une semaine ?

Et après un nouvel éclair de lucidité.

- Tu sais te servir d'un fax ?!

A ce moment-là, Gabrielle émergea de la salle de bain, accompagnée des effluves parfumées parfaitement écœurantes qui suivent toute personne sortant d'une salle de bain.

Elle s'assit sur le bar, croisant ses jambes sur son très chic pantalon en tweed, et d'un geste élégant, sorti de son sac un rouge à lèvres et un petit miroir.

- Parce que, mon cher… dit une voix lointaine de médicomage.

Draco pédalait pour essayer de se souvenir du fil de la conversation. Ah, oui, une semaine d'arrêt de travail. Seulement une semaine...

- Dans une semaine, le philharmonique de New York jouera une symphonie avec en soliste à la trompette, notre cher Théodore, lui dit Gabrielle.

- Tu le saurais si tu prenais le temps de lire nos hiboux, dit Blaise avait un sourire indulgent

- Je...

Comment aurait-il pu leur dire qu'il ne lisait plus que des mails, et uniquement ceux qui s'intitulaient "urgent pour le député maire".

Millicent avait entrepris de retirer ses bigoudis.

- Ne t'en fais pas, on va te faire un résumé condensé de ces dernières années pendant que tu nous feras visiter la ville

- Et les bars, ajouta Théodore ne perdait jamais le nord. J'ai promis à ma fiancée de ne plus boire après le mariage, ajouta-t-il.

- Tu vas te marier ? Demanda abasourdit Draco.

- Ben oui, faut bien que mon petit garçon ait un père. Je veux dire officiel, sur le papier.

- Tu as un fils ?! Se désespera le blond.

Gabrielle lui offrit son éternel sourire.

- Pour le coup, même lui l'a appris récemment.

Draco tituba un peu et se raccrocha au bar. Blaise lui tendit à nouveau son remède contre la gueule de bois. Draco le vida d'un trait.

Un russe blanc. Il aurait dû s'en douter. Blaise avait des goûts atroces en matière de cocktail.


Ils passèrent la soirée suivante dans un bar à jazz. Draco se rendait bien compte qu'ils avaient l'air anglais jusqu'au cliché. Théodore et ses richelieues, le nœud papillon de Blaise, la longueur de jupe de Millicent (ou peut-être devrait-on dire la courtitude dans ce cas). Et Gabrielle, si charmante et si élégamment française.

Un homme entraîna Gabrielle dans un charleston. Draco les fusilla du regard, sentant les yeux amusés de Blaise qui ne le lâchaient pas.

L'avocat attrapa une Millicent étonnée pour se rapprocher des danseurs. Millicent dansait tout à fait honorablement pour une personne aussi grande.

Quand la danse s'arrêta, un autre morceau se fit entendre, il interrompit brutalement le cavalier de Gabrielle qui s'apprêtait certainement à la réinviter, et s'inventant une chanson préférée, il réussit à récupérer Gabrielle pour une danse tres lente.

Elle lui lança un regard amusé.

- J'aurai aimé apprendre plus tôt que « my funny valentine » était ta chanson préférée

- Hum, j'adore son état d'esprit.

- C'était très impoli envers Millicent

Celle-ci dansait maintenant avec un cavalier beaucoup plus petit qu'elle, et tous les deux s'amusaient beaucoup.


- Mes amis, je crois que mon plan fonctionne tout à fait parfaitement, dit Blaise en s'enfonçant dans son siège.

- Tu voulais faire danser Draco ?

Theodore releva un sourcil. Il reniflait sa bière Yankee craignant quelques incompatibilités culturelles telles que des glaçons.

- Non, j'envisageais de tenter le tout pour le tout, répondit Blaise. Je ne sais pas pourquoi Draco a quitté Paris pour New York, mais depuis qu'il a abandonné l'Europe et notre groupe de cothurnes étudiants, nos relations s'étaient dramatiquement distendues. Notre départ ou retour à tous pour Londres aurait tué toute possibilité pour lui de retour.

Je m'apprêtais à expliquer par A plus B à Draco que s'il était aussi amoureux de Gabrielle que je le pensais, ce n'est pas en la fuyant que leur relation évoluerait. Maintenant, je commence à me demander s'il ne fuit pas plutôt la magie. Quelqu'un l'a vu sortir sa baguette aujourd'hui ?

La conversation tourna court, Gabrielle et Draco revenait à leur table. La main de Draco s'attarda un peu plus que nécessaire sur la taille de Gabrielle, sans que celle-ci n'y trouve à redire.


- Pourquoi New York ? Demanda Gabrielle à Draco.

Le séjour de ses anciens camarades d'étude touchait à son terme, et Theodore, Millicent et Blaise étaient sortis "faire les… heu… Ah, tiens, les boutiques".

Sans perdre de temps en longues discussions, mises au point, grandes déclarations ou promesses, Draco et Gabrielle s'étaient retrouvés sous la même couette, sans vêtements mais sans que ça ne leur manque. Ils reprennaient ainsi une relation en dent de scie, ponctuée de beaucoup d'attirance mutuelle et de fuite.

Draco réfléchissait à la question de Gabrielle, tout en lui caressant la joue.

- Je crois que j'avais peur.

- Peur de quoi ?

- Si on allait plus loin ensemble, tu serais marquée au fer rouge, tu seras pour toujours la petite amie du mangemort.

Gabrielle enfouit son nez dans le creux du cou de Draco.

- Et si j'ai envie, moi, d'être sa petite amie ?

- Tu ne peux pas réellement le vouloir. A chaque instant, tu risques d'être poursuivie par des victimes qui m'en veulent, des journalistes ou même des cinglés qui voudront te… Faire du mal.

- Ça en vaudra le coup.

- Tu peux avoir tellement mieux. Une vie normale. Ta famille ne comprendrait pas…

- Elle comprendra.

Draco sentait tellement attiré par cette femme si belle près de lui, si séduit, tellement sous son emprise… Comment renoncer à elle…

- Gabrielle ?

- Oui ?

Sa voix était langoureuse et si veloutée.

- Tu ne serais pas en train d'utiliser ton charme de vélane pour me convaincre ?

Le courant attractif se rompit brutalement.

- Pardon, je n'ai pas fait exprès…

- Recommence, lui dit-il en l'embrassant intensément.

Plus tard, il se rhabillait alors qu'elle était sous la douche.

- Tu sais, je suis bien ici, lui dit-il.

- Ah ? Tu aimes être avocat d'affaire ? Faire des journées de travail de 13h, gagner beaucoup d'argent sans rien avoir le temps d'en faire ?

- Bon. Non, pas vraiment cette partie là.

- Je me souviens des "moi vivant jamais" que tu disais quand ton père te suggérait cette carrière dans ses lettres.

- Oui… Certes. Mais il faut être pragmatique et les rêves ne…

- Tu disais même que tu abandonnerais tout pour ouvrir un gîte en Corrèze (à des kilomètres de tout tailleur digne de ce nom) plutôt que d'obéir à cette injonction.

- Je sais bien… Mais je ne vais quand même pas tout planter pour faire… pour faire quoi d'ailleurs, vendre des fripes à Paris ?

- À Londres. Je déménage.

- De mieux en mieux. Un pays où j'ai de si merveilleux souvenirs.

- Tu pourrais t'en créer de nouveaux. Et tu n'es pas obligé d'ouvrir une friperie en Angleterre.

- Me voilà très soulagé.

- D'une part parce que tu détestes les vêtements usés, et d'autre part parce qu'aucun sorcier n'a les moyens de s'acheter ne serait-ce qu'un vieux jean élimé.

- J'ai de plus en plus envie de faire ma valise.

- Mais ne me fais pas croire que tu avais fait ces stages d'horlogerie en Suisse uniquement pour la beauté des Alpes

- …

- …

- Les gens me haïssent en Angleterre, il n'y a rien pour moi, là-bas, dit doucement Draco.

- Je trouverai une solution, lui promis la jeune fille.

- Comment ?

- Je sais que je peux trouver.

Draco soupira, incredule.


Pendant le concert de Theo, auquel ils assistaient tous depuis de très bonnes places (et très chères, ainsi que Draco l'avait découvert indigné au moment de payer pour tout le monde), il glissa sa bouche près de l'oreille de Gabrielle.

- Je ne peux vraiment rien te promettre, lui dit-il.

- D'accord.

- Ma vie est ici, tu sais.

- Je sais.

- Et elle me convient telle qu'elle est.

- Tu dois te sentir libre de ton choix.


Raccompagnant ses amis à la gare de portoloin New yorkaise, Draco traînait derrière lui sa lourde malle. Il avait emporté la bouilloire et laissé derrière lui le fax qui envoyait sa lettre de démission.