Hermione fixait un chapeau sur ses cheveux domptés, à grand renfort de magie, et soyons honnêtes, d'épingles.
Draco, très concentré, jaugeait l'effet produit par deux cravates à la teinte vaguement différente sur son gilet brodé.
Ron effaçait une trace de boue sur ses chaussures vernies avec sa manche.
Gabrielle virevoltait devant son miroir pour juger du tombé de sa robe en mousseline.
Ginny chassait une microscopique poussière de l'épaule de Harry, qui lui sourit attendrit.
Tous se préparer à avoir un mal de pied carabiné dans leurs souliers vernis, en assistant au mariage de Théodore Nott et Padma Patil.
Comme de bien entendu, la cérémonie fut très émouvante.
Comme de bien entendu, les mères avaient abondamment tamponné leur yeux.
Comme de bien entendu la mariée etait splendide et comme de bien entendu, le couple resplendissait de bonheur.
Et comme de bien entendu, les petits fours du vin d'honneur furent fades et détrempés.
- Ah, Mrs Granger-Weasley, merveilleuse cérémonie n'est-ce pas ?
- Merveilleuse. Et ces compositions florales, vraiment…
Harry sourit en entendant la réponse de Hermione. Elle commençait à manquer d'inspiration pour les compliments mais résistait quand même, ne se répétant pas plus de deux ou trois fois.
Les familles Patil et Nott avaient essayé d'inviter le plus de monde que possible. Les Nott parce que cette alliance leur permettaient de ressortir du banc de la société, les Patil parce qu'il lavait l'honneur de leur fille selon les criteres rigides de la société sorcière, particulièrement en matière de naissance hors mariage.
Les mariés, dans leur bulle de bonheur, semblaient à mille lieux de ces considérations. Mais néanmoins ce mariage s'était transformé en événement politico-mondain.
Harry et Hermione avaient bien pris conscience de l'importance des mondanités pour faire progresser les sujets qui leur tenaient à coeur. Ron, par contre, détestait ces événements au bonheur protocolaire et ne faisait jamais aucun effort pour le cacher.
L'enjeu était particulièrement important pour Hermione, qui, en tant que secrétaire d'État à la justice, entendait faire voter une réforme très controversée du statut des loups garou.
- On rentre bientôt ?
Hermione évita de justesse de lever les yeux au ciel en entendant la phrase de Ron. Néanmoins son sourire déjà un peu raide se figea.
- Ron, pour la centième fois, c'est important…
- Ce ne sont pas tes ronds de jambe qui vont changer le sens de rotation de la terre, Hermione.
- Ron, elle a raison, c'est indispen…
Mais Harry ne finit pas sa phrase, Ginny lui signalant discrètement que des oreilles indiscrètes de la Gazette se rapprochaient.
- Potter. Très belle cérémonie n'est-ce pas ? Les compositions florales sont magnifiques.
Harry avait croisé le regard de Malfoy en tentant de repérer les journalistes, et celui-ci s'était senti obligé de venir le saluer. Il approchait, raide mais urbain.
- Malfoy ! Quelle surprise, tu ne te caches plus sur le continent ?
Ginny, Hermione et Harry se figèrent devant cette attaque à peine voilée de Ron.
- Tu as raison, c'était vraiment une belle cérémonie, reprit diplomatiquement Ginny. Les mariés ont l'air tellement heureux.
- Hum, oui, vraiment. Theodore rayonne comme jamais.
Le serpentard avait dû être froissé par Ron, mais comme l'aurait maintenant fait les trois autres, il avait choisi d'ignorer l'attaque par soucis des convenances.
- Tu as retrouvé l'Angleterre comme dans tes souvenirs ? Demanda poliment Hermione.
- Oui, étonnamment, notre chère Albion sorcière semble n'avoir pas bouger d'un iota.
- Justement…
C'était l'introduction idéale pour que Hermione parle de son projet de loi. Les Malfoy pouvaient toujours avoir une influence insoupçonnée et ça ne coûtait rien de profiter de l'occasion. Pourtant Ron lui coupa la parole.
- Et c'est un problème peut-être ? Tu aurais préféré des changements plus noirs ? Demanda-t-il sans même dissimuler son agressivité.
Immédiatement les trois autres réagirent pour cacher l'incident. Hermione toussa bruyamment pour détourner l'attention, Harry éclata d'un rire faux et Ginny inventa une tante que Ron et elle devaient immédiatement aller saluer, en le tirant par le bras.
- Tu disais que tu trouvais la société inchangée ? Reprit Harry. Ça me désole et pourtant j'ai la même impression.
- Je m'attendais à ce que tous les décrets passés sous Thickness aient été abrogés, par exemple.
- Oui, on a dû tellement gérer l'urgence et la crise que des choses assez sales sont toujours là, dit Hermione. Justement on tente…
Harry arrêta d'écouter, ayant entendu cet argumentaire douze fois déjà. Mais il fit mine de rester intéressé, pour aider au mieux Hermione.
- Vraiment ? Je ne savais pas. Tu ne voudrais pas passer au ministère jeter un oeil à mon affaire ?
Harry émergea de ses pensées car le changement de ton d'Hermione avait été très soudain. Son ton posé et grave de politicienne avait laissé place à sa voix habituelle.
- Hum, voyons… Je ne saurai laisser mon horlogerie…
Malfoy était maintenant beaucoup moins protocolaire et semblait plus hésitant et mal à l'aise.
- Ça serait excellent pour mon affaire que tu la prennes et ça… Ça pourrait te faire une bonne publicité ! Pressa Hermione.
Malfoy regardait maintenant ailleurs. En suivant son regard, Harry reconnut la jeune femme qui revenait avec Ginny.
- Bonjour Harry, Hermione, Draco, salua joyeusement Gabrielle.
- Vous vous connaissez, Malfoy et toi ? S'étonna Ginny.
- Oui, Draco et moi avons fait ensemble nos études à Paris, dans le même cercle. Nous sommes de vieux amis.
Harry jeta un oeil à Malfoy, qui loin d'avoir été mis à son aise par cette phrase, semblait maintenant sur ses gardes.
- Oh, alors tu pourras peut-être le convaincre de défendre le loup garou dans l'affaire qui risque de faire capoter mon projet de loi ? Reprit Hermione qui ne perdait pas le nord.
- Vraiment, je ne…
Malfoy ne put finir sa phrase
- Un loup-garou ? Demanda Gabrielle.
- Accusé, mais innocent. Jugé coupable par avance à cause des préjugés et de notre système législatif injuste.
- Tu ne disais pas que tu regrettais que tes études de droit ne t'ait pas amené des affaires plus morales ? dit Gabrielle à Draco.
Ginny, Hermione et Harry parvinrent de justesse à empêcher leur visage de montrer la moindre incrédulité. Néanmoins les épaules de Draco s'affaissèrent.
- Tu crois vraiment que je peux aider, moi, cet homme ? Ma simple présence dans le tribunal risque de faire pencher défavorablement la balance…
- Pas forcément, dit Hermione, si toi, Malfoy, défend un loup garou, "lie de la société", ça peut faire pencher les plus conservateurs.
- Je ne sais pas. Vraiment Granger, cette médiatisation potentielle…
- Il y a d'autres avocats possibles ? Demanda Gabrielle.
- Pas vraiment, grimaça Hermione. Les loup garou soulèvent toujours autant de fantasmes.
- Tous les regards du petit groupe étaient maintenant tournés vers Draco.
Celui-ci abdiqua et inspira profondément en regardant Gabrielle. Celle-ci lui souriait.
- Granger, tu penses pouvoir trouver un créneau pour me présenter le dossier ?
Glissant sa main sous le bras de Harry, Ginny glissa à l'oreille de Harry
- "Des vieux amis" c'est comme ça qu'on dit un plan cul en français ?
Les plans de table étaient usuellement prévus pour soigneusement séparer les groupes d'amis. L'idée était de permettre à chaque invité de "rencontrer de nouvelles personnes". En pratique, le résultat était très souvent de permettre au plus grand nombre de gâcher leur repas à chercher désespérément des sujets de conversations non clivants.
Heureusement, Théodore avait insisté pour placer Gabrielle à la même table que Draco, mais c'était là tout le bien que pensait Draco de ses compagnons de tablée. On avait mis près de lui un héro de guerre qui détestait sa tante Bellatrix (quoique c'est plutôt trouver quelqu'un qui la tolérait qui aurait relevé de la gageure) et des collègues moldus musiciens de Théodore.
La conversation se languissait. Le héro prenait soin de glisser des piques à chaque fois que possible. Les moldus essayaient de ne pas montrer trop ouvertement à quel point le manque de culture musicale des autres convives les affligeait. Le repas ne se finissant pas dans un bain de sang, on peut considerer qu' il s'était passé au mieux des esperances initiales.
De sa place, Draco entendait que la table de Blaise, la plus animée, hurlait régulièrement de rire et que le médicomage n'y était pas innocent.
Dès que ce fut possible, il entraina Gabrielle sur la piste de danse.
Les invités les moins proches, ou les moins noceurs commencèrent enfin à quitter les lieux, ce qui permit au groupe d'amis de Draco de se reformer immédiatement.
Théodore berçait tendrement son petit garçon de 18 mois qui s'endormait contre lui, les autres en profitaient pour se mettre plus à leur aise, envoyant valser vestes et chaussures.
- Mes amis, je sais que j'ai toujours prêché en faveur du célibat, déclara Blaise. Mais néanmoins je crois pouvoir dire que les mariages de mes proches sont vraiment des événements joyeux qui marquent une vie.
C'est pourquoi je vous enjoins tous à vous trouvez rapidement des partenaires à votre goût, et à nous proposer une aussi bonne soirée.
- Et bien, ça tombe à pic, parce que justement, j'avais une annonce dans ce sens à vous faire, dit Millicent.
Dire que la surprise était générale serait un euphémisme. Le célibat de Millicent était réputé. Celle-ci accordait un tel prix à sa liberté qu'elle avait plus d'une fois éconduit des amoureux pour la seule raison de l'attachement qu'ils lui inspiraient.
- Je peux déjà tous vous inviter en mai prochain, continua a-t-elle.
- Et… Qui est l'heureux élu ? Demanda Théodore.
- Il n'est pas encore au courant, alors je vais lui laisser la primeur de l'annonce.
