Arthur et Molly Weasley avaient toujours eu pour maxime "quand y'en a pour 2, y'en a pour 3". Qui avec temps avait évolué vers "quand y'en a pour 25, y'en a pour 30".

Les déjeuners dominicaux rassemblaient tellement de participants qu'une tonnelle avait été installée pour pouvoir accueillir une table assez grande et n'était jamais démontée.

Gabrielle avait été invitée, et se chargeait de préparer le repas des enfants.

Elle tenait dans ses bras la petite Molly, bientôt deux ans, fille de Percy.

- 'Gé !

- Oui, bientôt. On va manger.

- 'Gé !

- Oui, regarde. Je mets les pâtes dans l'eau et je fais tourner avec la spatule.

- 'Gééé ! 'Ato !

- Pas des gâteaux, Molly, on va manger des pâtes. Regarder je tourne…

- 'GÉÉÉ ! 'ATO ! 'ATO !

- Merlin… Tiens, prends cette spatule et tu fais comme moi. Cuisez les pâtes ! Cuisez !

- Kizé ?

- Cuisez !

- Kizé !

- Voilà, cuisez !

Gabrielle imita le geste de la spatule en bois que faisait Petite Molly, mais avec sa baguette.

Petite Molly ouvrit des yeux tout ronds en voyant les pâtes soudainement sortir cuites de la casserole pour sauter dans les assiettes.

Regardant alternativement les pâtes et la spatule, elle sauta soudainement des bras de Gabrielle, et couru maladroitement vers la cuisinière-jouet, en secouant la spatule en bois.

- Kizé ! 'Gé ! Kizé !

Elle touilla frénétiquement une poêle à son échelle, qu'elle enfourna dans le petit four en bois.

- Kizééé !

Puis dans un gros pop plein de fumée violette, elle sortit la petite poêle du four. Celle-ci contenait maintenant un gateau pour enfant.

- 'Gé ! Déclara fièrement Petite Molly en revenant vers la table des enfants.

- Merlin, Molly, les pâtes d'abord… S'agaça son père en l'installant à table.

- 'Ato !

- Pâtes !

- 'Atooo !

- Molly, je vais me fâcher…

Harry et Ginny assistait au spectacle en piochant dans les assiettes des enfants.

- Tu sais quoi, je le soupçonne d'avoir appelé sa fille comme sa mère juste pour pouvoir se venger de toutes les brimades subies, déclara Ginny.

- Tu veux dire "Molly, fais tes devoirs", "Molly, c'est l'heure du dodo" ?

- Oui, mais ça ne marche pas, parce que Molly lui fait subir tout ce que lui, m'a fait subir, dit Mamie Molly en passant.

Petite Molly piquait maintenant une crise parce que le biscuit avait été confisqué, sous le regard attendri et aimant de sa mamie, et celui désespéré et épuisé de son papa.

- Qu'est ce que tu sers aux enfants ? Demanda Molly à Gabrielle. Un plat français ?

- Non, italien. Pasta al pomodore.

- Hum, ça a l'air très bien, dit Molly en s'éloignant.

- Ça veut dire "pates au ketchup", chuchota Gabrielle aux plus grands des enfants.

Ted, Victoire, Louis et Dominique gloussèrent.

- Ça ne manque pas de légumes ? Demanda Charlie, de passage.

- Mon cher frère, lui répondit Percy, agacé. Quand tu devras toi aussi faire manger d'adorables petits monstres surexcités avec quinze tontons et tatas près à leur glisser des bonbons dès qu'ils le réclament, si tu arrives à les faire sortir de table avec le ventre rempli d'épinards et de navets, tu m'appelleras et je te trouverai un poste à la hauteur de ton talent.

- Au fait, Gabrielle, tu en as une jolie bague, dit soudainement Bill.

Un silence lourd peuplé de "ne faites pas attention à moi, je n'écoute pas, ohlala, je passe juste essuyer cette tâche imaginaire" se fit.

Effectivement, la superbe bague que Gabrielle etraînait attirait les regards, notamment parce qu'elle était portée à l'annulaire gauche.

- Ne faites toujours pas attention à moi, parce que je ne fais que passer prendre ce fer à moustache dont j'ai un besoin urgent, dit l'imberbe Arthur. Mais juste à titre d'information, j'ai de bonnes bouteilles de champagne au frais au cas où on aurait justement quelque chose à fêter.

Gabrielle, amusée, contempla sa bague avec l'air de la découvrir.

- C'est ton amoureux mystérieux qui te l'a donnée ? Demanda Fleur, taquine.

- Et bien, oui. Répondit Gabrielle, mais ce n'est pas ce que vous avez tous l'air de croire.

Ginny lança un regard. Les amoureux de longue date ont souvent un langage codé accessible seulement d'eux.

Ce regard particulier signifiait pour Harry qu'on allait enfin en savoir plus sur le "vieil ami".

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. Un amoureux qui offre une bague à sa chérie, ça doit être pour qu'elle n'ait pas froid aux mains, dit Georges.

- Il m'a dit, reprit Gabrielle, qu'il n'était pas libre de se marier, mais que cette bague était une promesse d'y parvenir.

Les yeux de Ginny dirent : "Tu vois bien que c'est de Malfoy dont il s'agit !", ceux de Harry lui répondirent que non, vraiment, elle extrapolait trop vite.

- Il a dit aussi, reprit Gabrielle dans une grimace, que s'il se faisait tuer, je pourrai revendre la bague pour n'être pas dans le besoin.

Le regard de Ginny se fit soudainement victorieux "ya quand même peu de monde à part Malfoy qui vit dans cette phobie permanente…"

- Pourquoi risquerait-il de se faire tuer ?

La déclaration de Gabrielle avait rendu l'auditoire silencieux et dubitatif.

- Parce que c'est un ancien mangemort, répondit très détachée Gabrielle.

Le froid se fit soudainement polaire.

- Tu ne vas quand même pas épouser un ancien mangemort ! S'offusqua Ron.

- Non. Je pensais plutôt épouser l'homme que j'aime lui répondit Gabrielle.

L'assistance ne bougea pas, puis Fleur vint déposer une main sur l'épaule de sa soeur, défiant l'assistance du regard.

Tout le monde regarda Harry. Celui-ci avait remarqué que souvent on le désignait comme le chantre de l'impossible rédemption des mangemorts.

- Si tu trouves qu'il mérite d'être aimé, on arrivera nous aussi à l'aimer. Répondit Harry avec douceur.

Ginny, Fleur et Gabrielle lui envoyèrent leur sourire le plus éclatant.

Il rechercha le contact visuel de Ginny.

- Là, je ne sais pas trop, dit Ginny. Est-ce que c'est ton regard "le poids du monde repose sur mes épaules" ou celui "cette société incapable de pardonner m'est insupportable" ?