Quelques semaines après les événements, Harry cherchait une adresse près de Spitalfields old market.

Le quartier était à la mode chez les moldus, ce qui veut dire que les salaire très correctes permettaient presque de se loger dans des appartements grands comme des salles de bain, et à condition de fermer les yeux sur des notions aussi absurdes que la vétusté ou la salurité. Ce n'est pas dans ce genre de lieux qu'il s'attendait à trouver le logement de Malfoy.

- Potter, que me vaut ?...

En haut d'un escalier décrépi, l'ancien serpentard le fit entrer dans un appartement petit, méticuleusement propre et rangé, mais indubitablement moldu.

- Malfoy, je voulais te faire voir la photo d'un suspect qu'on a arrêté hier. Il…

Promenant ses yeux dans la pièce, il remarqua enfin ce que tout bon auror repère rapidement.

Des places vides à certains endroits marquant l'emplacement de bibelots manquants, le porte-manteau clairsemé, un peu trop d'espaces vides dans le rangement à chaussures, et surtout une marque sur le mur, indiquant l'emplacement habituel d'un vélo, absent.

- Gabrielle est partie ?

Harry assassinat son être intérieur trop curieux qui avait pris les commandes de son cerveau sans lui laisser le temps de formuler sa phrase avec plus de tact.

Il vit les épaules de Draco s'affaisser.

- C'est… C'est plus compliqué, on… Je…

Draco se recroquevilla sous le regard inquisiteur de Harry.

- Tu ne peux pas comprendre Potter. Je ne… C'est trop dangereux. Et tout ça à cause de moi.

- De toi ?

- De moi et de… De ça.

Draco releva brusquement sa manche et dévoila la brûlure atroce qui demeurait de sa marque des ténèbres.

Harry parvint à se retenir de reculer, mais pas de grimacer.


Draco regardait par la fenêtre, serrant dans sa main la tasse de thé intouchée qu'y avait mise Harry.

- Donc que je comprenne, Malfoy, tu as quitté une femme que tu trouve parfaite sous tout rapport, avec qui tu finirais ta vie sans aucune restriction, que tu aimes profondément et en plus qui partage tout ça avec toi.

- Merci Potter, je crois qu'il doit y avoir une partie de cette phrase qui va m'aider à m'enfoncer légèrement moins profondément dans mon chagrin.

- C'est à dire que en théorie, quand tu quittes quelqu'un, tu dois savoir pourquoi et ça t'aide à relativiser.

- Je sais pourquoi. ça ne m'aide pas du tout à relativiser.

- De fait.

- ça m'aide surtout à voir que ma vie n'a aucun sens, aucune perspectives, et n'a comme seul horizon que la mort…

- Oula, alors…

Harry essaya de trouver rapidement une phrase à dire, pédalant dans la brume mentale de son absence de compétences en psychologie. Pourquoi Hermione ou Ginny n'était pas là dans ce genre de moments cruciaux ?

- Enfin, Malfoy, pourquoi l'as-tu quitté ?

- Parce qu'elle va se faire tuer !

Plouc. Une goutte tomba du robinet de la cuisine mal refermé.

- On va tous se faire tuer, Potter. Elle, ma mère. Mon père est surement le plus en sécurité à Azkaban. Moi, ce n'est pas grave. Je suis mort le jour où le seigneur des ténèbres m'a marqué. Mais Gabrielle n'a rien à voir là dedans.

- Malfoy, tu…

- Ne vas pas te faire tuer ? Même si ce n'est pas le cas, nous ne pourrons pas avoir d'enfants. Juste de porter ce nom serait pour eux une malédiction. Nous ne pourrons jamais juste marcher dans les rues sorcières sans qu'on me pointe du doigt. Qui voudrait de ça ?!

- Visiblement, Gabrielle.

- Potter…

Malfoy trébucha et se rattrapa à un meuble.

- Malfoy, tu es un sorcier duelliste extrêmement puissant, tu es parfaitement capable de protéger ta famille.

- Non, je ne…

Draco hésita, puis ses dernières défenses s'écroulèrent.

- Je ne fais plus de magie.

- Comment ça ?

- Je ne sais pas. La magie ne sort plus de ma baguette. Ne me regarde pas avec cet air affligé. J'ai mis des mois à m'en rendre compte, parce que ça fait longtemps que de toutes façons, je ne cherchais plus à m'en servir.

- Est-ce que tu as vu un médicomage ?

- Pourquoi faire ? Je peut déjà deviner leurs phrases, quelque chose du style "rejet psychologique lié à un choc traumatique, et comment vous entendez-vous avec vos parents ? "

- On peut surement t'aider.

- Peut-être. Mais pour être honnête, la magie ne me manque même pas. Un peu comme si je n'arrivais plus à cuisiner un plat que je n'aimais de toutes façons pas et qui m'a toujours donné des douleurs gastriques.

- Harry n'arrivait pas à croire que cette capacité si merveilleuse qu'il s'était découverte à onze ans pourrait un jour disparaître, surtout sans lui manquer.

Soudain on toqua à la porte. Il vit Malfoy se précipiter sur la poignée, il aurait même juré l'avoir entendu prononcer le prénom Gabrielle.

S'il fut déçu en ouvrant la porte à Hermione, il n'en montra rien.

- Draco, Est-ce que Harry ?... Ah, tu es là. Vous alliez aller au ministère ?

- Je n'ai pas eu le temps de lui parler Hermione, je… Viens d'arriver.

- C'est assez urgent, j'ai besoin d'un avocat s'il n'est pas son agresseur.

-De quoi parlez-vous, demanda Draco.

Harry sortit finalement la photo objet de sa visite.

- Est-ce que cet homme pourrait être un de tes agresseurs de l'autre soir ?

Draco analysa attentivement la photo.

- Non, répondit-il, non, il n'y été pas.

Hermione souffla.

- On l'a arrêté en pleine infraction chez les Nott, lui expliqua Harry. Il a déclaré qu'il n'avait plus rien à cause des mangemorts et voulait reprendre ce qu'on lui avait volé.

- Est-ce que tu accepterais de le défendre ? Demanda Hermione de but en blanc.

- Moi ? Lui demanda Draco surpris. La logique ne me saute pas au yeux.

- Je ne veux pas d'un énième procès où le seul axe de défense sera qu'il a beaucoup souffert pendant la guerre, et qui suffira à obtenir son acquittement. Je voudrais changer ça, et je pense que tu es la bonne personne pour le défendre efficacement avec d'autres arguments.

Harry traina un peu des pieds au moment de partir, pour pouvoir glisser quelques mots à Draco. Celui-ci avait bien fait d'accepter à son sens, il était certain que ça contribuerait à changer leur société. Et il fallait que ce changement arrive.