Draco, bien qu'il n'ait pas appris enfant à faire du vélo, avait quand meme fait de ce mode de transport son favori.

Il s'était choisi une élégante bicyclette hollandaise, au cadre en col de cygne. Un élégant panier à picnic parfaitement britanique sur le porte-bagage complétaient l'équipage.

Bien droit sur sa selle, vêtu de tweed aux coloris d'automne comme tout gentleman qui quitte la ville, et d'une casquette à chevrons à l'ancienne pour épargner son début de calvitie, il remontait la Tamise à son rythme. L'air sentait bon le printemps et les bourgeons foisonnaient sur son trajet.

La bicyclette hollandaise était lourde mais fiable, elle lui permit d'atteindre le joli coin au bord du fleuve qui était sa cible.

Il déplia la béquille de son vélo. Étala la couverture à carreaux écossaise de rigueur. Posa le panier dessus. Déballa un thermos de thé et disposa des assiettes de sandwich, pâtisseries, ainsi que deux tasses en acier émaillées.

Puis, lissant son pantalon, il s'assit en surveillant la route.

Au bout d'un moment, l'approche rapide d'un autre vélo se fit attendre.

Un vélo de route, plus fin, plus élancé que l'altière bicyclette hollandais.

Gabrielle ralentit en voyant la couverture.

- Draco ? Mais… Comment as-tu deviné que…

- Que tu passerais par ici ? Une indiscrétion de Potter qui l'a su par sa fiancé qui le tient de son frère, ton beau-frère, qui lui-même en a été informé par sa femme, ta soeur, à qui tu en avais parlé.

Gabrielle demeurait hésitante, puis finalement descendit de son vélo.

Elle réajusta le col de son trench court.

- Tu réalises que tu as rejoint le réseau d'information des Weasley ? Attends toi à être invité à déjeuner dimanche.

- Je me demandais aussi pourquoi Molly Weasley m'a demandé si j'avais des allergies alimentaires.

Gabrielle allongea sa monture ultra légère dans l'herbe, en veillant bien à ne pas la poser côté transmission, et rejoint Draco sur la couverture.

Lui était assis, raide et crispé. Gabrielle s'affala sur la couverture, enroulant ses bras derrière sa nuque pour lui servir d'oreiller.

- Bon, que me vaut ce guet apens ?

- …

Draco lui versa une tasse de thé pour se laisser le temps de retrouver les phrases qu'il avait préparées. En vain.

- Je… tu…

- "Sans toi, ma vie n'a pas de sens ?" Proposa Gabrielle.

- Voila ! Exactement et…

- …

- Non. C'est plus compliqué, grimaça Draco.

Gabrielle eu une moue pensive.

- Oui, évidement. Parce que sinon, ça veut dire que ma seule utilité dans la vie, c'est de servir de sens à la tienne.

- Hein ? Mais non, pas du tout.

- Du coup, tu ne m'aimerais pas pour ce que je suis mais pour ce que je te permet d'etre.

- Euh…

Draco était complètement perdu.

- Mais non ! Répondit-il désespéré.

Gabrielle se resservit du thé et prit un des élégants sandwichs

- Je veux dire, réfléchi Draco, j'ai toujours pensé qu'une relation même très saine impliquait de perdre volontairement un peu d'autonomie et d'indépendance. Un peu comme deux arbres qui poussent côte à côte et finissent par fusionner. À trop vouloir rester autonome parce qu'on craint la séparation, on passe à côté de ce qui fait la force d'un couple, à savoir sa capacité à raisonner comme un en ayant la force de deux.

- Ça ne s'applique pas alors aux couples qui se séparent. Regarde Hermione et Ron, intervint Gabrielle.

- Justement, ils n'ont pas réussi à devenir une entité. Weasley se comparait en permanence à Granger sans avoir l'impression d'être partie prenante dans ses victoires.

- Mouais, mais en général, ça veut quand même dire qu'un doit arrêter de s'épanouir pour que le deuxième le puisse.

- C'est l'extrême inverse. Dans ce cas, un des deux arbres se - développe au dépend de l'autre et ce n'est plus de la synergie.

- La frontière est ténue.

- Personne n'a jamais dit que être un couple était facile.

- Ça doit être pour ça, professeur Malfoy, que tu cherches autant à éviter de te retrouver en couple.

Draco hésita.

- Oui, je crois. Je suis un petit bouleau foudroyé et toi un chêne tellement solide et beau que soit je disparaîtrais derrière ton ombre, soit je t'empêcherais de te développer correctement.

Gabrielle posa l'assiette de sandwich.

- Donc rien n'a changé et cette scène bucolique visait juste à redire encore les mêmes choses ?

- Gabrielle, tu ne comprends pas…

- Je crois que je comprend très bien, Draco Malfoy. Mais il va bien falloir toi que tu comprennes que ta métaphore arboricole a ses limites. Personne ne demande au chêne et au bouleau leur avis avant de les planter côte à côte, alors que moi, j'ai choisi, et j'ai horreur d'être traitée comme une petite chose sans voix au chapitre.

On est déjà assez inextricablement imbriqué. Je t'ai fait entrer dans mon cercle familial. J'ai convaincu les membres de ma famille de te laisser une chance, et même Harry te fait confiance maintenant. Tu devras le reste à ton mérite, mais comprend que si tu échoues, ça sera aussi mon échec.

Je ne te force pas la main, mon amour, mais crois-moi bien, je ne te laisserai pas m'abandonner en faisant pour moi un choix qui ne relève que de moi.

Tu ne peux plus me quitter parce que tu as peur de me faire faner, parce que c'est trop tard. C'est sûr que je fanerai aussi si tu me quittes.

- Je ne suis pas tout à fait sûr que les arbres fanent… Répondit machinalement un Draco interloqué.

- Au diable tes arbres ! S'énerva Gabrielle. La seule raison qu'il te reste pour me quitter, c'est que tu as peur que je fasse de l'ombre à ta grandeur. Et tu ne me quitteras pas pour ça, parce que je ne suis pas assez stupide pour tomber amoureuse d'un idiot prétentieux.

- Je sais déjà que tu me feras toujours de l'ombre, ça ne me dérange absolument pas.

Tremblant, mais sans savoir pourquoi, de râge ? De détermination ? De la peur qu'elle avait eu de perdre Draco ? Gabrielle reprit un sandwich au concombre.

- Draco ?

- Oui ?

- Il y a une chose que tu ne m'as jamais dite, et que j'aimerais vraiment entendre pour être vraiment sûre de ne pas m'être trompée.

Draco se figea, tout son corps se contractant. Il s'obligea à bouger pour s'éffondrer près de Gabrielle, posant sa tête sur sa poitrine.

- Gabrielle Delatour, je t'aime. Vraiment. Sincèrement. Profondément et inconditionnellement. Et quoi qu'il puisse advenir, ce sentiment est tellement réel qu'il est palpable.

Respirant enfin librement, Gabrielle refoula ses larmes de soulagement.

- Draco ?

- Oui ?

- On peut enfin admettre que tout ce mélodrame autour de "je te quitte, je ne suis pas assez bien pour toi" est terminé.

- Je… Oui... Oui.

- On ne reviendra pas dessus tous les trois jours, n'est-ce pas ? Nous sommes ensemble, un point c'est tout.

- Oui.

- Passe-moi un sandwich alors.

- Tu les as tous mangés. S'indigna Draco.

- Tu vas me quitter pour ça ? Demanda sournoisement Gabrielle.

Grommelant dans sa barbe, Draco lui passa le dernier sandwich.