Salut à tous ! Aujourd'hui, je vous propose un chapitre intermédiaire avant Dressrosa et le second jeu. Le prochain chapitre aussi sera un petit intermède, cette fois autour de l'anniversaire d'Ann.
Donc, aujourd'hui, on fête Noël et on soutien Marco dans ses soucis de couples, tout en accompagnant Sabo dans sa quête pour retrouver Ann. Sans oublier le petit coucou à Garp !
Donc voilà, je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt !
Ann s'étira, regardant l'océan. C'était étrange à quel point elle se sentait bien ici. Pas comme sur le Moby Dick, certes, mais le simple fait d'être sur les eaux, avec cet équipage, était ce qu'il lui fallait pour qu'elle se sente bien.
Elle inspira profondément, appréciant l'air salin, pas du tout dérangée par la bruine persistante qui tombait sur le navire.
- Ann ?
La pirate se retourna pour voir la seule autre femme de sa flotte. Une ancienne Spades. Ann l'avait choisie à l'époque parce que son sixième sens sentait quelque chose de particulier en cette femme, chose qu'elle n'avait pas réussi à identifier, jusqu'à ce que l'objet de sa curiosité ne lui demande clairement, en privé, si elle était une sorcière, avant d'expliquer qu'elle-même avait du sang de démon dans les veines.
- Hey, Kal'. Que puis-je pour la fille de Quetzalcóatl ce soir ? sourit la sorcière.
- C'est à ce sujet que je voulais te voir, justement, lui dit la femme en gris en s'asseyant à côté de sa commandante sur la rambarde, les pieds pendant dans le vide.
- Oh ? Tu veux passer les fêtes de Noël avec ton père, en Enfer ?
- Non, c'est bon, j'attendrai d'être entre quatre planches pour rejoindre les souterrains. C'est juste pour savoir si tu l'as senti, toi aussi.
- De quoi donc ?
Ann regarda sa nakama essayer de mettre des mots sur son ressenti.
- Depuis ton combat contre Balder... et la destruction de l'Œil Droit, j'ai la sensation qu'il a un déséquilibre dans la répartition des puissances dans la Trinité des Réalités. Tu l'as ressenti, toi aussi ?
- Mmmnon... ça me dit rien. Désolée ?
Kali secoua la tête, avant de planter ses yeux d'améthyste dans le regard de sa commandante.
- Prends garde, Ann. Quelque chose est en train de se manigancer en Enfer... des bruits courent, je le sens des mes veines... comme... un vent de révolte. Fais attention à toi.
- Merci de l'avertissement.
Kali la salua de la tête et s'en alla. Ann soupira et appuya son menton dans une de ses mains, pensive. Il est vrai que même si ce qui s'était passé avec Jubileus restait plus que flou dans son esprit, si ce n'est un gros trou dans sa mémoire, le résultat faisait que le dernier Lumen connu plus leur Œil Droit avaient été détruis, sans parler de la Déesse de la Lumière.
Il était plus que logique qu'on note un déséquilibre. Après tout, en tant que Portgas, si elle avait bien saisi les explications de Jeanne, elle était la Protectrice de la Gardienne de leur Œil Gauche. Bayonetta étant toujours vivante et avec son Œil Gauche, sans parler du fait qu'elles étaient trois sorcières, à présent... il était clair qu'il y ait un déséquilibre.
Ann retira d'une poche de son pantalon l'équivalent Lumen de la Witch Watch. Une montre dorée, avec de l'argent. Une lune et un soleil se côtoyant sur les deux faces de l'objet. Rodin avait réussi à la forger à sa demande. Elle avait l'intention de l'offrir à son frère. Elle voulait le voir avant qu'il ne reprenne la mer, mais ne savait pas comment présenter ça à Marco, histoire qu'il l'y autorise.
Elle réfléchissait bien trop pour une heure pareille.
Et cette simple pensée fit rire Madama Khepri.
Avec un soupir, Ann ouvrit la montre dans sa main pour vérifier l'heure et la referma avant de la ranger. Sa garde se terminerait dans trois quarts d'heure. Elle pourrait donc retourner au chaud sous la couette avec son chéri.
Elle s'étira et recommença à regarder les environs.
C'était mauvais de rester sans une pensée fixe en tête. Quelque chose sur quoi se concentrer quand elle mourrait d'ennui. Sinon, elle commençait à se rappeler et à gamberger. Pour finir en larmes. Ann entreprit donc de se mettre à réfléchir à quoi offrir comme cadeau de Noël à l'équipage. Elle avait une petite idée, mais elle serait compliquée à réaliser, surtout que niveau temps, elle serait pas mal serrée. Cela la fit rire jaune.
Elle avait un contrat avec la Maîtresse du Temps, et elle avait des difficultés de Timing.
- Quand tu ris depuis le Purgatoire, on dirait que le navire est hanté, je te prierais donc d'arrêter, lui dit Patrick, pas très loin, jetant un regard noir dans la direction d'où il devinait la présence de la sorcière.
- Wari, Pat'.
Marco se réveilla durant la nuit en entendant des coups à la porte.
En grognant, il s'assit dans le lit. Ann marmonnait des paroles inintelligibles dans son sommeil, à côté de lui, les sourcils légèrement froncés, dans le clair de lune. Il l'embrassa sur la tempe avant de se lever du lit. Il alla ouvrir et fronça les sourcils en voyant Izou derrière.
- Cassandra a un souci avec un malade. Viens nous aider, il refuse de monter à l'infirmerie.
Avec un regard pour sa compagne endormie, Marco soupira et referma la porte derrière lui, ne voyant pas les larmes qui commençaient à rouler sur les joues de la brunette endormie.
Ann se réveilla d'un cauchemar quelques minutes plus tard, Marco toujours absent. Elle resta assise dans le lit, en sueur et en larmes, droite comme une planche, la respiration sifflante.
Les quolibets, rires gras et autres injures des soûlards de Dawn raisonnant dans ses oreilles encore et encore, clairs et douloureux comme au premier jour. De sa main droite, elle sentit le lit à côté d'elle.
Froid.
Marco était parti.
Elle se mordit une lèvre.
Qu'est-ce qu'elle foutait ici, putain ?! Le monde tournait très bien sans elle ! Même Marco semblait en avoir marre d'elle, si elle devinait pourquoi il était absent !
Elle se leva d'un bond du lit, ses cheveux coulant sur elle pour lui mettre ses vêtements. Elle se glissa dans le Purgatoire et quitta la cabine. D'un pas rapide, elle monta sur le pont et s'approcha de la tête de proue. Elle secoua ses pieds, et ses spartiates armées devinrent des patins à glace. D'autres armes de Rodin, Odette.
Ann sauta à l'eau et atterrit dessus, l'océan se gelant sur quelques centimètres autour d'elle. Essuyant rageusement ses larmes, elle patina sur l'eau jusqu'à une île qu'elle savait proche et inhabitée, sans réaliser qu'un oiseau flamboyant la suivait depuis les hauteurs.
Elle trouva l'île et se laissa tomber sur le sable, ramenant ses genoux contre elle pour enfouir son visage dedans. Elle se lâcha.
Ann avait grandi en sachant que ses émotions pouvaient la faire tuer. Elle avait appris à les enfermer en elle, et ne jamais les laisser sortir. Là, seule, elle pouvait enfin se lâcher.
- Bébé ?
Ann s'étrangla à moitié avec un sanglot. Elle n'était pas si seule que ça finalement.
Marco se posa devant elle et reprit forme humaine. Il s'accroupit devant la jeune femme et leva une main pour lui soulever le visage. Ann se recroquevilla un peu plus sur elle-même, mais la main de Marco lui passa au travers, le faisant jurer.
- Sors du Purgatoire, s'il te plaît, yoi.
- Non.
- Ann, s'il te plaît.
- Pas question ! Casse-toi !
- Ne fais pas l'enfant, bébé. Sors du Purgatoire, s'il te plaît, yoi.
Marco se fit une note d'aller voir Rodin dès que possible, histoire de voir s'il pouvait pas le dépanner pour ce genre de situation. Quand Ann était dans le Purgatoire, elle était seule, loin de lui, il ne pouvait pas l'aider, même pas la réconforter.
Finalement, Ann se leva et accepta de sortir du Purgatoire, la tête basse, les bras serrés contre sa poitrine, cherchant à se montrer forte malgré toutes les preuves disant le contraire. Marco la prit dans ses bras. La D. se raidit dans son étreinte, tenta de se dégager, mais il ne la laissa pas faire.
- Tu as le droit d'avoir des émotions, de te sentir mal... permets-moi de t'aider quand tu vas pas bien, bébé, s'il te plaît, yoi...
Ann trembla légèrement et répondit à l'étreinte, pleurant tout ce qu'elle pouvait contre lui, trempant le tee-shirt qu'il portait pour la nuit. Marco se contenta de la tenir fort contre lui, lui caressant le dos et les cheveux. Il l'embrassa sur le sommet de la tête, et continua ses administrations, histoire de la calmer.
Quand elle cessa de pleurer, Marco continua de la garder contre lui, jusqu'à ce qu'elle le remercie d'une petite voix et s'écarte de lui. Elle sécha ses yeux humides et recommença à se serrer dans ses bras.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Marco.
- Vieux souvenir, marmonna la D.
- Tu veux m'en parler ?
Elle secoua la tête à la négative et revint s'asseoir dans le sable. Marco suivit le mouvement et s'installa près d'elle, lui prenant une de ses mains.
- Comment tu m'as retrouvée ? demanda Ann.
- Je revenais des dortoirs après un coup de main à Cass', pour un patient réticent, quand je t'ai vue sur le pont. Je t'ai simplement suivie, yoi. Je me disais que tu mijotais une sale blague, comme au bon vieux temps, mais faut croire que j'étais trop optimiste. Ça ira, chérie, yoi ?
Ann hocha la tête.
Elle reprit sa main pour ramener de nouveau ses genoux dans ses bras. Elle appuya son menton dessus et regarda les vagues léchant la rive en silence.
Marco semblait hésiter de son côté. Cela faisait un petit moment qu'il avait l'air de vouloir dire quelque chose, sans aborder le sujet.
- Quelque chose dont tu veux me parler ? demanda Ann en le regardant.
Marco secoua la tête.
- C'est vraiment pas le bon moment, yoi. Pas après une nuit comme ça. On en parlera demain, si tu veux.
- Tu tournes autour du pot depuis un moment, je suis en droit de m'interroger, non ? Alors, crache le morceau, on est pas prêts de retourner se coucher.
Marco soupira et renversa sa tête en arrière, regardant les lourds nuages qui cachaient les étoiles. D'un côté, il ne pensait pas que c'était le bon moment. Il se disait qu'en parler plus tard serait mieux pour la jeune femme. Le cauchemar reclassé dans un coin sombre de son esprit, elle serait plus sereine pour aborder la question. De l'autre, il se disait que ça pourrait la rassurer. Elle était devenue plus refermée sur elle-même depuis Marine Ford, plus discrète, passant plus de temps dans le Purgatoire qu'autre chose. Elle avait besoin de se sentir nécessaire, aimée... et le sujet qui le taraudait était plus qu'une preuve d'amour, dans son opinion.
Il prit sa décision, même si ses tripes lui disaient d'attendre. Et sincèrement, il aurait vraiment dû les écouter.
- Tu penses quoi des enfants, bébé ?
Ann le regarda en fronçant les sourcils.
- What ? Tu viens bien de me poser la question que je crois avoir entendue ?!
- Je t'ai pourtant dit que ce n'était pas le bon moment pour en parler, yoi.
Ann se leva immédiatement et regarda Marco comme s'il était devenu fou.
- Tu n'es tout de même pas en train de sous-entendre que tu veux des enfants ?
Marco leva les sourcils. Il avait vu de ses propres yeux qu'Ann était plutôt douée pour ce qui était des gosses, sans doute dû à l'expérience avec son frangin, mais il n'avait pas imaginé qu'elle n'avait pas dans l'idée de fonder une famille...
- Tu es merveilleuse avec les enfants, bébé, je t'ai vu faire. Tu ferais une merveilleuse mère, alors, où est le problème à avoir nos propres enfants ?
- Le problème, il est multiple et y'en a un gros ! Je suis la fille de Roger ! Tu as bien vu le résultat avec Squardo à Marine Ford ! Tu veux ça pour des enfants, surtout tes propres enfants !?
Marco ouvrit la bouche pour argumenter mais Ann le coupa en lui tournant le dos. Elle commença à s'éloigner.
- Où tu vas ?
- J'me casse, pardi. T'as perdu la boule.
- Je n'ai pas perdu la boule, Ann, je suis plus que sérieux... calme-toi, s'il te plaît, yoi.
Il se leva et l'attrapa par le poignet pour la retenir.
- Lâche-moi, demanda Ann.
- Ce n'est pas nécessaire de s'énerver, s'il te plaît bébé, yoi. Alors, calme-toi et discutons.
- Lâche-moi, Marco.
Au contraire, Marco fit un mouvement pour l'attirer à lui.
Le temps d'un battement de cil... et le jour était là.
Ann avait disparu et Namur se tenait devant lui, inquiet.
- Marco ? Ohé, t'es avec nous ? Aaaha !
Marco fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il venait de se passer ?
- On s'inquiétait de pas t'avoir vu, alors, on est allés à ta recherche. Toi et Ann avez pris un peu de bon temps à terre qui t'a laissé dans cet état ? fit le gyojin.
Marco regarda autour de lui, cherchant une explication.
- Où est Ann ? demanda-t-il, inquiet.
- Pas la moindre idée. Dans le Purgatoire, certainement, vu que sa Vivre Card a perdu la raison.
Marco jura en comprenant ce qu'il en était. Elle avait utilisé la magie pour le laisser derrière et prendre la fuite.
En prenant son envol, mort d'inquiétude, il ne pouvait que se blâmer. Il aurait dû suivre son instinct et choisir de faire la discussion bien plus tard.
Il avait merdé avec Ann et résultat, elle avait disparu.
Ann était assise sur son Striker, essayant de se reposer après la course, plus l'ascension épuisante qu'elle avait faite, sans parler de l'usage intensif de la magie. Son contrôle sur le temps était plus étendu que pour Jeanne ou Bayonetta, grâce à son contrat avec Madama Khepri, mais elle n'avait pas leurs siècles de pratique, ni leur formation. Elle n'avait pas autant de résistance et de réserve. C'était encore en travail.
Résultat, après avoir bloqué dans une stase temporelle Marco, et modifier le temps pour elle, afin de traverser tout le Shin Sekai, jusqu'à passer la Red Line, en une nuit...
Il était normal qu'elle soit épuisée.
Ann ramena ses jambes à elle, son visage contre ses genoux.
Elle ne voulait pas penser à la discussion de la nuit dernière. Même si elle en avait parlé sur le ton de la déconade, avec Bayonetta, songer à avoir des enfants n'était pas quelque chose qu'elle voulait faire. Des souvenirs de sa propre enfance l'effrayaient face à cette possibilité.
Elle souffla profondément et se redressa quelque peu, toujours assise sur le moteur de son Striker.
Son cadeau de Noël serait finalement son cadeau de départ.
Elle devrait juste trouver un moyen de parvenir jusqu'à Marine Ford sans encombre.
Jeanne humait doucement en savourant son café, pendant qu'elle corrigeait quelques copies. C'était bon de revoir Cereza comme une amie, une sœur, après tout ce qui s'était passé. De voir que les sacrifices n'avaient pas été fais pour rien.
Elle donna une note finale à la copie d'histoire qu'elle avait sous les yeux avant de la mettre sur la pile des devoirs corrigés et de passer au suivant.
Elle avait apprécié aussi de rencontrer Ann. Après la fuite de Vigrid, Jeanne avait perdu contact avec Roja et sa fille. Elle avait bien cru que la rousse avait fini par se faire tuer. En voyant Ann, Jeanne avait été à la fois soulagée, mais aussi emplie d'un nouvel espoir...
Celui de voir l'Umbra renaître.
Quelqu'un se racla la gorge et Jeanne leva les yeux pour voir l'individu face à elle.
La sorcière plissa des yeux en le reconnaissant.
C'était le mortel blond qu'elle avait sauvé à la Isla del Sol.
- Vous me reconnaissez ? s'enquit le jeune homme.
- Oui. Qu'est-ce que vous voulez ? fit laconiquement Jeanne.
Elle était bien trop vieille pour qu'un gamin pareil puisse l'inquiéter. Même les Chasseurs de Sorcières la lassaient plus qu'autre chose, aujourd'hui.
- Vous permettez ?
Jeanne hocha la tête et rangea ses copies et sa trousse, se disant que la conversation lui prendrait trop la tête et de temps pour qu'elle puisse continuer la correction.
Le jeune homme s'assit et commanda un café, avant de tendre sa main à la sorcière.
- Sabo.
- Jeanne d'Arc, se présenta à son tour la blonde.
On servit le café de Sabo qui demanda à la femme si elle voulait autre chose, mais Jeanne secoua la tête. Une fois le serveur parti, Jeanne regarda le jeune homme assis à la table du café avec elle.
- Eh bien, que veux-tu pour m'interrompre dans mes corrections de cours ?
- Je m'en excuse, fit Sabo. Je vous ai simplement vue et je ne pouvais pas laisser passer cette occasion. Tout d'abord, je veux vous remercier de m'avoir sauvé la vie là-bas, à la Isla del Sol.
Jeanne haussa des épaules et patienta.
- Le second point est que... vous connaissez, semble-t-il, quelqu'un avec qui je cherche à entrer en contact depuis les incidents de Vigrid.
La sorcière se laissa aller en arrière et ouvrit sa Witch Watch d'argent pour s'assurer de l'état de son maquillage dans le couvercle.
- Je vous ai vu lui parler. Vous la connaissez, ne le niez pas. Je ne vous demande pas grand-chose, simplement de me dire comment je peux la contacter, s'il vous plaît.
- Si tu n'es pas plus spécifique, je ne risque pas de savoir de qui tu parles... lui pointa Jeanne.
Elle savait très bien qu'il parlait d'Ann. Elle avait bien vu la réaction de la jeunette devant le blondinet. C'était d'ailleurs l'unique raison qui avait fait qu'elle l'avait sauvé. Mais si Ann en elle-même faisait tout en son pouvoir pour qu'il ne parvienne pas à la contacter, elle n'allait pas la vendre.
- Portgas D. Ann, dit tout bas le blond.
- Entre quatre planches de sapin, six pieds sous terre, lui répondit Jeanne en se remettant du rouge à lèvres. Où ? Je n'en ai pas la moindre idée. Tu m'excuseras, mais je ne touche pas à tout ce qui est spiritisme.
Sabo eut un soupir et se pencha un peu plus vers l'avant, jetant des regards nerveux autour de lui.
- J'admire et respecte votre désir de la protéger, mais je dois absolument lui parler. Je la connais depuis très longtemps et... c'est quelqu'un d'important pour moi... je n'ai pas l'intention de la vendre ou quoi que ce soit... je veux juste m'adresser à elle...
Jeanne le regarda.
Il avait l'air désespéré.
Cela ne lui tira pas la moindre dose de pitié.
Elle referma le couvercle de sa montre, avant de la poser brutalement sur la table, se penchant en avant au point que son nez touche celui de Sabo.
- Quelqu'un d'important ? J'ai vu un homme causer la destruction entière de mon clan et ainsi la mort de la femme qu'il aimait, puis essayer de sacrifier sa fille unique dans l'espoir de sortir de son sommeil quelque chose qui était très bien endormi ! Alors, crois-moi, ce ne sont pas ces paroles qui me feront vendre l'une de mes sœurs... je te déconseille de t'approcher d'Ann-kun, ou tu sauras ce qu'il en coûte de mettre une femme de l'Umbra en colère. Abandonne, avant de finir stupidement en Enfer.
Jeanne ne termina pas son café.
Elle se leva, prit son sac, rangea sa montre dans ses vêtements et s'en alla, laissant Sabo seul à la table.
Garp pouvait se dire qu'il était le roi des actions stupides.
Il ne le cachait pas et s'en amusait.
Ensuite, ses petits-enfants avaient débarqué, à et chacun à leur façon, avaient remporté la palme... il se disait d'ailleurs qu'Ann était en tête pour s'être laissée stupidement transpercer par Akainu à Marine Ford, même si au final, il s'avérait qu'elle avait eu là une occasion de renouer avec l'histoire de sa famille maternelle et, d'après Smoker, ne s'en portait pas plus mal.
Mais là, le parfum dans l'air de sa cabine lui disait qu'Ann récidivait dans la stupidité. Après tout, elle avait toujours tout fait pour l'éviter. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus intelligent, surtout pour une pirate morte, de se pointer sur un navire de la Marine. Surtout après Marine Ford.
- Je croyais que tu avais reçu le poing d'Akainu dans la poitrine et pas dans la tête. Ton cerveau ne devrait pas être endommagé au point de faire un acte aussi stupide que celui que ta présence ici représente.
Depuis le Purgatoire, Ann tourna la tête vers Garp. Pendant un instant, elle eut envie de prendre ses jambes à son cou, comme quand elle était gamine, avant de se calmer. Là où elle était, elle ne risquait rien. Elle reposa la photo qu'elle avait trouvée sur le bureau du vieil homme (photo qui lui donnait envie de botter le cul de Luka et de Smoker, si elle en croyait la lettre qui allait avec) et s'éloigna vers le centre de la pièce, regardant son grand-père d'un œil circonspect. L'âge l'avait rattrapé, si elle en croyait son air fatigué et ses cheveux plus son collier de barbe blanche, loin de la couleur grise qu'ils avaient auparavant.
- Montre-toi, s'il te plaît, Ann. Je sais que tu es ici, ton parfum te trahit.
Ann porta son poignet à son nez pour le sentir, mais aucune odeur particulière ne lui vint au nez. Quel genre de nez avait donc son grand-père ? Garp s'avança lentement vers elle et par réflexe, Ann recula, finissant par se cogner à une chaise qui traînait là.
Si la règle dit que rien en dehors du Purgatoire peut toucher quelqu'un dedans, elle dit aussi que le Purgatoire peut influencer ce qu'il y a au-dehors. Ann se prit donc la chaise proprement dans le dos, et finit les quatre fers en l'air, la chaise tombant avec elle. Garp eut un petit sourire amusé à ça.
- Quelque chose me dit que même en sachant que je ne peux pas te voir, ni t'entendre, j'arrive quand même à te faire peur. Je n'ai pas l'intention de faire quoique ce soit, Ann, montre-toi.
Ann se leva d'un air effarouché.
Il voulait la voir ? Ok !
Elle le contourna et sortit du Purgatoire.
Le clic et le métal froid apposé derrière son crâne étaient explicites pour Grap.
- Donne-moi une seule et unique raison de presser sur la détente et je le ferai... siffla tout bas Ann, son Unforgiven juste à la jonction de la nuque et du crâne.
Garp resta calme, tout à fait prêt à y passer, il ferma les yeux et un sourire jouant sur le coin des lèvres, certes triste, il dit :
- Tu en as tous les droits de vouloir ma tête, Ann. Je n'ai pas été le meilleur des grand-pères pour toi et Luffy, sans parler du fait que je ne vous ai pas aidés à te tirer de là, à Marine Ford. Je comprends et j'accepte parfaitement que tu m'en veuilles au point de vouloir me tuer. Même si j'aurais voulu que tu ne te salisses pas les mains pour moi, je n'ai pas l'intention de lutter si tu comptes en finir avec moi.
Ann accentua la pression contre la peau du vieillard, un rictus aux lèvres... et ramena son arme. Ça n'en valait pas la peine.
Elle eut un soupir et rangea son flingue.
- Te tuer ne ferait que donner raison à ceux qui disaient que je ne suis qu'un monstre... juste pour ça, je t'épargne.
Garp se retourna pour voir Ann le défiant du regard, les bras croisés.
- Quoi ?
- Rien... je suis simplement content de te voir en bonne santé. Tu as changé de look et de façon de te battre, à ce que je vois. Pourquoi des armes à feu ?
- Peut-être parce que je n'ai plus d'akuma no mi, et que même si j'ai rien contre les Wick Weaves, ça me draine tout de même de la magie d'en produire. Et ne pose pas de question sur ce que je viens de dire, je n'ai pas l'intention de répondre. Smoker a déjà fait pas mal de boulot, je lui laisse le plaisir de me vendre un peu plus...
Ann alla s'installer avec une moue boudeuse sur la couche de la cabine, regardant partout, sauf dans la direction de Garp.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? s'enquit le vieillard en ramassant la chaise pour s'asseoir dessus. Je doute que tu sois venue simplement pour me rendre visite.
- C'est certain, je me serais bien passé de voir ta tête de vieux dégénéré encore pour un moment, lui dit Ann. J'étais simplement crever et comme ce navire va là où j'ai l'intention de me rendre, justement, je me suis dit qu'il n'était pas nécessaire de me prendre la tête.
Elle se laissa aller sur la couche, les mains sous la nuque, son chapeau sur son visage.
- Ce navire va à Marine Ford, Ann.
- Oh, je sais. Je vais à Marine Ford, après tout.
…
- NANI !?
Sabo était persistant.
Alors, il continuait.
Sa nouvelle piste avait été un peu plus compliquée à trouver.
Une nonne.
La brune qui se faisait appeler Bayonetta était une nonne. De quoi se poser quelques questions... surtout quand il la vit entrer dans un bar s'appelant The Gates of Hell. Il la suivit néanmoins à l'intérieur... pour voir qu'elle avait disparu. Cela tira une expression blasée à Sabo qui se décida à se prendre un verre. Cela lui remonterait peut-être un peu le moral...
Il s'assit au comptoir à côté d'un homme bedonnant fumant le cigare avec une bague à chaque doigt.
- Allez, Rodin ! Tu peux bien aider ton vieux pote Enzo sur ce coup-là ?! Si je lui fais ce cadeau d'anniversaire, elle ne voudra plus me tuer ! gémissait le petit gros.
- Paye déjà ce que tu me dois et on en reparlera pour la faire plier, Enzo, répondit le dénommé Rodin, un black qui se tenait derrière le comptoir. Qu'est-ce que ça s'ra pour toi, le Révolutionnaire ?
Sabo le regarda d'un œil circonspect, mais les lunettes noires et le visage fermé de son interlocuteur ne laissait rien paraître. Ce gars était sans doute un indic.
- Quelque chose de fort pour me secouer les méninges.
- Tout de suite.
Et le gars se mit en marche pour lui trouver de quoi boire. Enzo laissa tomber en soupirant sa tête contre le bar, maugréant sur sa fin.
- Longue journée ? s'enquit le blondinet.
- Trèès longue... tout ça à cause d'une foutue dévergondée qui refuse de rembourser la bagnole qu'elle m'a foutue en l'air ! Pour le coup, la nana qui me l'a payée a décidé de me faire bosser jusqu'à l'os en remboursement. Kuso ! C'était un cadeau d'anniversaire ! J'ai pas demandé à ce qu'on me la pète !
Sabo eut un pauvre rire et se tourna vers le verre qu'on lui posa devant les yeux.
- Merci, remercia Sabo. Par hasard, vous n'auriez pas vu une femme en tenue de nonne entrer ici ?
Enzo recracha sa gorgée d'alcool pour regarder Sabo et enfin nerveusement le reste du bar. Rodin regarda autour d'eux sans la moindre expression et secoua la tête.
- Depuis que ce gros tas d'Enzo est arrivé, t'es mon premier client, gamin.
- Je suis pas un gamin mais merci de l'information.
Rodin eut un petit rire qui fit froid dans le dos de Sabo qui but son verre.
- T'es comme ta sœur sur ce point là, sauf qu'elle, elle en sait plus sur la véritable face du monde que toi. Elle est moins gamine que toi, donc, à ce sujet.
Sabo regarda Rodin. Il avait bien dit ce qu'il pensait avoir entendu ?
- Oi, Rodin, de quoi tu parles ? s'enquit Enzo.
- Ce gosse révolutionnaire est celui qui poursuit Ann, annonça de but en blanc le barman.
Pas de doute, c'était bien ce qu'il pensait. Sabo reposa brutalement son verre et attrapa Rodin par le col de son haori sans manche sombre.
- Vous connaissez Ann ?! Vous savez où la trouver ?!
Avec une facilité assez déconcertante et vexante, Rodin se dégagea de la prise.
- Oui, c'est une bonne cliente. On fait de très bonnes affaires, elle et moi. Surtout pour ce qui est des armes. Le fait est que je te conseille vivement de cesser tes recherches, si son mec apprend que tu t'obstines, tu risques de passer un sale quart d'heure. Je ne te parle pas de ce que feront Jeanne et Bayonetta. Si tu veux un bon conseil, en voici un pour toi. Finis ton verre et va-t-en. Ann a bien assez de soucis comme ça, elle n'a pas besoin de devoir se préoccuper d'un gars dont le dernier souvenir qu'elle avait associé à son nom, c'était la tombe de fortune qu'elle lui avait faite.
Rodin se pencha un peu sur son comptoir. L'air devint lourd et derrière ses lunettes, ses yeux laissèrent s'échapper une lueur rougeoyante.
- C'est un conseil d'ami. Le diable n'en donne pas souvent, tu devrais en profiter.
Sabo but son verre et se pencha en avant à son tour, déterminé.
- Ann est ma sœur, quoi qu'il arrive et quels que soient les obstacles ou menaces, j'ai bien l'intention de la revoir pour mettre les choses à plat.
- Si j'étais toi, je ferais attention, averti Enzo avec un pauvre rire. Surtout à ses coups de pied. Si tu te retrouves pas avec du plomb dans la cervelle, tu feras très certainement connaissance avec un des escarpins de Madama Khepri. Si ta vie a un peu d'importance à tes yeux, abandonne tant que tu le peux. L'Umbra ne fait pas de cadeau.
Sabo regarda le lourdaud avec un œil plissé et prit son chapeau avant de partir.
- Je ne laisserai pas tomber.
Et la porte se referma derrière lui.
- Il est aussi têtu que les deux autres, commenta Bayonetta en jaillissant du Purgatoire, faisant sursauter Enzo.
- Cela devrait être intéressant, commenta Rodin en terminant de mixer un Bloody Mary.
Le coup de poing de Garp et le cri d'Ann n'étaient pas passés inaperçus.
Le bras droit de Garp était venu s'enquérir de ce qu'il se passait, pour se faire envoyer paître. Cette diversion avait permis à Ann de prendre possession d'une paire de lunettes de lecture traînant sur le bureau de Garp pour se retrancher dans le Purgatoire. Solution idéale pour que le vieil homme puisse la voir, sans pour autant qu'il puisse récidiver avec les coups de poings.
- Où es-tu passée, sale gamine ? gronda Garp en réalisant qu'Ann n'était plus visible.
- Dans le Purgatoire, loin de tes poings, sale vioc dégénéré, lui répondit Ann, assise sur le lit, usant de sa magie pour enchanter les lunettes.
- D'où tu te permets de me traiter de vioc ?
Un petit Sigil s'ouvrit face à lui et Ann lança les lunettes au travers. Garp les attrapa et les regarda avec perplexité.
- Mets-les.
Sans se poser de question Garp le fit et sursauta quand Ann apparut brusquement.
- Là, comme ça tu peux me voir, sans pour autant pouvoir me frapper ! fit la brune avec une satisfaction évidente dans la voix.
Garp voulut lui prouver le contraire, mais son poing rencontra le matelas, passant au travers la sorcière.
- Toi... tu as du pot, sérieusement... siffla Garp, vexé comme un poux.
Ann se contenta de rire doucement en se rallongeant.
- Pourquoi tu veux aller à Marine Ford ? Pas pour les bons souvenirs, je présume. C'est ce sale type qui te force à t'y rendre ?
Ann le regarda sans comprendre.
- Quel sale type ?
- Ce foutu Marco, ton nouveau capitaine, je présume.
Ann fronça les sourcils et se releva, appuyant son doigt dans la poitrine de Garp.
- Je ne te permets pas de dire que Marco est un sale type ! C'est quelqu'un de génial à qui on n'a pas laissé le choix ! Il n'aurait même pas vu la puberté si Oyaji ne l'avait pas pris avec lui ! Je t'interdis de l'insulter !
- Je pensais aussi que c'était un gamin bien avant que je ne sache que ce pervers te tournait autour !
Ann recula avec perplexité.
- C'est ton sens de grand-père protecteur raté qui te fait dire ça ? Marco est un mec bien, patient, aimant et attentionné. Point. Et pour revenir à ta question d'origine, ce n'est pas lui qui m'envoie à Marine Ford. Il n'aurait pas supporté que je m'y rende de toute façon. Je mijotais ça depuis un moment et j'ai décidé d'agir sur un coup de tête. Si tu le permets, je vais donc me remettre sur ce lit, histoire d'économiser mon énergie pour que mon sort reste en place.
Garp la regarda sans comprendre.
- Je suis pressée par le temps. Donc, je vais le contrôler et c'est épuisant. J'aimerais donc ne pas devoir faire des choses inutiles, comme rester debout.
Regard toujours blanc de Garp.
- Moi devoir faire aller et retour vite. Donc moi bloquer passage temps pour faire voyage dans les délais, décrypta Ann.
- Je ne suis pas débile, merci, maugréa Garp.
- Nooon, vraiment ?
Ann se remit sur le lit. Garp soupira et reprit sa place sur la chaise.
- Qu'est-ce que tu vas faire à Marine Ford ?
L'expression moqueuse d'Ann devint triste.
- Faute de pouvoir ramener les morts à la vie, je veux voir si ma magie peut me permettre de faire renaître de ses cendres la maison que nous avons tous perdue.
Elle regarda Garp.
- Je veux faire réapparaître le Moby Dick. Retrouver ses ruines pour remonter le temps et lui rendre sa gloire. D'où mon déplacement jusqu'à Marine Ford. J'aimerais faire ça avant Noël.
- Tu es un peu court sur le temps, il te reste quinze jours. Dur de faire le trajet Marine Ford - Shin Sekai en si peu de temps.
- D'où le pourquoi je bloque le passage du temps, sans stopper l'activité pour autant. Si je m'y prends bien, je pourrais même aller voir Luffy. J'ai son propre cadeau à lui remettre.
- Ton équipage sait où tu es, au minimum ?
L'expression d'Ann resta triste. Elle pinça les lèvres et secoua la tête.
- Qu'est-ce qu'il ne va pas ? s'enquit Garp.
- Tu es bien la dernière personne avec qui je veux parler de mes problèmes de cœur.
- Je ne peux peut-être pas te frapper sur le crâne, mais je peux toujours t'embêter... et demander par exemple un petit détour par East Blue, avant d'aller à Marine Ford.
Ann le regarda d'un air trahi.
- Ann. Je suis ton grand-père. Je me doute très bien qu'à ton âge et avec un petit-ami, tu n'es plus une fillette, pure, vierge et innocente qui croit que les enfants naissent dans les choux. Je doute que quoi que tu puisses me dire, je puisse être choqué. Je te rappelle que j'ai quand même eu un enfant, moi aussi... et que j'étais là à ta venue au monde.
Ann eut un reniflement sarcastique et regarda le plafond depuis la couche. Elle réalisa brutalement que elle, allongée comme elle était, avec Garp lui demandant de lui parler de ses problèmes... ça avait tout l'air d'une psychanalyse. Elle eut un grognement en se prenant la tête dans les mains.
Luka avait raison, elle avait besoin d'un passage sur le divan d'un psychologue.
- Ann... dis-moi ce qui ne va pas... il te trompe ?
Ann eut un petit rire.
- Si Marco me trompait, il se serait pris le pied de mon contrat dans la figure, sans parler d'être aujourd'hui en Enfer, après avoir été lentement écorché par l'équipage ! Arf ! Quelle idée stupide ! Il a bien trop à faire pour avoir ne serait-ce que le temps de songer à une aventure !
- Alors qu'est-ce qui ne va pas ?
Ann garda le silence, son visage dans ses mains. Elle finit par lui dire ce qu'y n'allait pas.
- J'ai laissé Marco en plan après qu'il m'ait posé une question très sérieuse... une question qui m'a fait paniquer)... il... il m'a demandé ce que je pensais de l'idée que nous ayons des enfants.
- NANI ?!
Sabo sa laissa aller dans son fauteuil en soupirant.
Il regarda l'heure et fronça les sourcils.
Ce n'était pas normal, on aurait dit que le temps tournait vraiment au ralenti. Il regarda la petite aiguille avec intensité.
Oui, il ne rêvait pas, la montre bougeait au ralenti.
Grognant en songeant à l'idée qu'il devrait la changer il la lança sur son bureau.
- Ce n'est pas la seule.
Sabo releva la tête, surpris de voir l'archéologue de son frère dans son bureau, assise à la fenêtre, lisant un livre.
- Depuis maintenant l'équivalent de deux jours, je dirais, toutes les montres des environs ont ralenti. Même en renversant un sablier celui-ci coulera plus lentement que la normale. Sans parler du fait que le ralentissement touche même l'écoulement de la journée, puisque le soleil devrait être couché depuis un moment, explicita la femme.
- Franchement bizarre... même pour le Shin Sekai, grommela Sabo en se massant le crâne.
Cela fit rire l'archéologue.
- Qu'est-ce que vous trouvez drôle ? demanda le blond.
- Cela me rappelle de vieux traités que je lisais quand j'étais enfant, à Ohara. De vieux ouvrages parlant de deux clans disparus pratiquant un art dont certaines techniques étaient capables d'influencer le temps en lui-même. Les Sages de Lumen et les Sorcières de l'Umbra.
Sabo releva la tête, les yeux.
- Vous pouvez répéter les noms ?
Robin leva un sourcil intrigué en le regardant.
- Les Sage de Lumen et les Sorcières de l'Umbra. Je présume que cela fait écho à quelque chose pour vous intéresser autant.
Sabo prit sa chaise et la rapprocha de Robin avec espoir.
- Dites-moi tout ce que vous savez sur l'Umbra, je vous en prie, c'est très important...
- Pourquoi ?
Sabo hésita un instant puis regarda autour de lui avant de dire :
- Je préfère que vous ne disiez rien à Luffy à ce sujet, quand vous le reverrez. Ce que j'ai vu, j'en suis certain, mais même si personne ne m'a dit le contraire, je n'ai pas encore eu l'occasion de discuter avec le sujet de mes préoccupations afin d'avoir des explications.
Robin referma son livre, tournant toute son attention sur Sabo.
- J'ai vu Ann... vivante... durant ma mission à Vigrid. Cela fut bref, mais je l'ai parfaitement reconnue. J'ai tenté d'entrer en contact avec elle, mais les personnes à qui je m'adresse me disent de ne pas aller plus loin ou refusent de confirmer qu'elle est vivante. Les deux dernières personnes que j'ai vues m'ont parlé de l'Umbra.
- Je vois, fit Robin. Cela pourrait expliquer la survie de Portgas-san si elle a quelque chose à voir avec l'Umbra. Que voulez-vous savoir ?
- Tout. Tout ce que vous pouvez me dire, je suis preneur.
Robin se perdit dans ses pensées, rassemblant ses souvenirs sur le sujet.
Elle commença par lui parler de la Trinité des Réalités, puis des Yeux du Monde, confiés à deux clans afin de veiller sur eux pour observer l'Histoire de leur monde au travers. Elle, puisque c'est Robin qui parle lui parla ensuite des légendes sur les capacités extraordinaires attribuées à ces gens... les transformations animales, le contrôle sur le temps, les invocations, les compositions alchimiques, leur capacité de défier les lois de la Gravité, comment ils pouvaient circuler entre les réalités. Elle lui parla aussi de l'autre côté du miroir. L'envers de la médaille : les contrats qui étaient à l'origine de leurs fantastiques pouvoirs. Comment ces gens étaient condamnés à servir dans la mort ceux qu'ils avaient sous leur coupe de leur vivant. Elle lui parla ensuite de la déchéance du clan, suite apparemment à la naissance d'un enfant qui avait été conçu par l'union interdite d'une femme de l'Umbra et d'un homme du Lumen. Comment, à la suite de ça, les relations entre les deux clans s'étaient envenimées, pour déboucher, cinq cent ans auparavant, sur les Majo Gari. Les chasses aux sorcières.
Cela avait commencé à Vigrid, étrangement.
Elle lui parla de la disparition des clans, puis des rumeurs autour d'un certain Balder, le boss du groupe financier Ithavoll, qui prétendait être un descendant des Lumen.
Sauf que voilà, il ne restait pas la moindre trace des familles Lumen ou même de celles de l'Umbra.
- C'est néanmoins intéressant que vous en entendiez parler aujourd'hui. Vous deviez y aller pourquoi à Vigrid ?
- Pour une drôle de Pierre qui a été retirée du Marché Noir, y'a quelques temps. L'Œil Droit, elle s'appelait.
- Aussi étrange que cela puisse paraître, il s'agissait sans doute d'une des deux pierres composant les Yeux du Monde. La pierre qui devait être celle entre les mains des Lumen. Ces personnes qui vous ont parlé de l'Umbra... elles vous ont parlé d'autre chose ?
- Eh bien, la première personne qui m'en a parlé était une femme. Elle m'a dit que je ne voulais pas savoir ce qu'était une femme de l'Umbra en colère. La seconde personne a d'abord dit que le diable ne donnait pas de conseil en général. Il m'a ensuite dit que si je persistais, je ferai connaissance avec un escarpin d'une certaine Madama Khepri, avant de conclure en disant que l'Umbra ne faisait aucun cadeau.
- Voilà qui est intéressant, nota Robin. Voyez-vous, d'après la mythologie, Madama Khepri est une puissante démone, qui aurait un contrôle énorme sur le soleil et le temps. Si on part de l'hypothèse qu'il existe encore des sorcières, il se pourrait donc que nous ayons une sorcière dans le monde qui fait appel aux pouvoirs de cette démone pour ralentir le temps. C'est vraiment très intéressant.
- J'ai oublié de préciser quelque chose... la première personne qui m'a parlé de l'Umbra. Elle m'a sauvé la vie à Vigrid. Elle a réussi à nous protéger avec une étrange technique, que je pensais venant d'un akuma no mi, de l'explosion d'un immeuble, sous une attaque de missile.
- Est-ce qu'elle a une montre et des lunettes ? demanda Robin.
- C'est quoi cette question ?
- Les sorcières ont pour signature des lunettes, quatre pistolets, dont deux dans leurs escarpins, plus une montre. Une grosse montre, de la taille d'une main, avec des écritures cabalistiques.
Sabo réfléchit et revit Jeanne ouvrant sa montre. Il avait vu les étranges chiffres qui remplaçaient la numération classique, avant qu'elle ne soit hors de sa vue pendant que la femme refaisait son maquillage. Alors qu'il allait dire oui, quelque chose d'autre lui revint en mémoire.
Ann... quand ils étaient gosses, elle lui avait montré une montre qu'elle avait apparemment hérité de sa mère. Il n'avait jamais compris les chiffres dessus. Luffy l'avait traité de débile ce jour-là, puisqu'il y arrivait, lui. La montre était assez grande et très ouvragée. Ann y tenait comme la prunelle de ses yeux.
- Vous vous souvenez de quelque chose ? s'enquit Robin.
- Qu'elles sont les chances qu'Ann soit elle-même une sorcière ?
- Vous avez déjà vu quoi que ce soit à ce sujet ?
- Je me souviens d'une étrange montre qu'elle disait avoir en souvenir de sa mère. Les chiffres étaient bizarres... et quand je l'ai revue à Vigrid... elle portait des lunettes... avec des petits scarabées, même ! Je trouvais ça presque adorable...
- Madama Khepri est symbolisée par un scarabée. Il est donc fort probable que Portgas-san soit une descendante d'une famille de l'Umbra qui a survécu aux Chasses aux Sorcières. Dans ce cas là, l'avertissement que vous avez reçu devient plus clair.
- En quoi ?
- Quand on vous a dit que vous recevriez les escarpins de Madama Khepri dans la figure... je pense qu'il s'agit du pied que votre sœur invoquera pour vous l'envoyer elle-même dans le visage.
Cela fit rire doucement Robin, avant qu'elle ne regarde l'extérieur.
- Cela signifierait donc que Portgas-san a besoin de temps qu'elle n'a pas en sa possession sans la magie. Voilà qui est intéressant. Cela serait encore plus intéressant si Luffy était un Sage du Lumen.
Sabo cligna des yeux et éclata de rire.
Luffy, un Lumen ?!
Naaaan !
Ann se réveilla en sursaut.
Elle se redressa dans le lit, essayant de ne pas tomber.
Il lui fallut un peu de temps pour se rappeler de ce qu'il s'était passé.
Histoire d'échapper à une conversation très certainement embarrassante, elle avait simulé une crise de narcolepsie. Garp n'était pas obligé de savoir d'où ça lui venait et qu'elle en était guérie.
Elle avait dû s'endormir finalement. Maintenir le sort lui demandait un peu pas mal d'énergie, forcément.
Un autre éclat de canon éclata, lui rappelant ce qui l'avait réveillé.
Elle sortit dehors et vit que le navire de son cher grand-père était sous attaque. Elle resta là à regarder le combat faire rage sans rien faire ni rien dire, se sentant étrangement détachée de tout cela, avant que son regard ne tombe sur Garp.
Le vieil homme bottait pas mal de culs avec son sourire dément. Ann le connaissait que trop bien ce sourire.
Les pirates devaient passer un sale quart d'heure. Ann avait presque pitié pour eux...
Jusqu'à ce qu'un idiot tente de prendre Garp en traître, pour le frapper dans le dos.
Le poing de Madama Khepri frôla le vieux marine quand la démone cueillit l'homme au creux de l'estomac pour l'envoyer à l'eau. Garp se retourna pour regarder la main géante verte qui était arrêtée près de lui, avant qu'elle ne disparaisse dans un portail mauve qui s'effaça en suivant.
- Je devrais pas avoir à surveiller tes arrières, vieux barge. Laisse-moi les anges, toi, prends les pirates, siffla Ann en passant à côté de Garp.
Elle brandit son arme et zigouilla un Ardor qui venait d'apparaître.
Les anges, c'était sa spécialité.
Garp mit ses lunettes sur le nez et regarda autour de lui, ignorant pendant un instant le combat contre les pirates.
Ann se battait d'une façon tout à fait différente par rapport à ce qu'il lui avait appris. Surtout avec le fait qu'il ne se souvenait pas de lui avoir enseigné le maniement des armes à feu. Il était impressionné par la cadence de tirs et les créatures qu'elle affrontait, tout comme son agilité évidente et son étrange rapidité qui faisait dérailler son Haki. Il leva un sourcil quand une Vierge de Fer apparut de nulle part sur le pont pour enfermer une des étranges choses qu'elle affrontait.
Garp fronça les sourcils.
Ann lui semblait de plus en plus épuisée.
Il fallait qu'elle arrête. Qu'elle cesse de jouer avec le temps. Il veillerait personnellement à ce qu'elle se repose.
Quand il la retrouva, à la fin des hostilités angéliques et pirates dans la cabine, il lui dit clairement ce qu'il en était entre quatre yeux. Mais elle se contenta de se coucher et de l'ignorer. Garp soupira.
Ann était têtue.
Dieu merci, avec ce qu'elle avait fait, ils seraient dans quelques heures à Marine Ford. Elle n'aurait plus besoin, pendant un peu de temps, d'influencer l'écoulement des journées ainsi.
C'était épuisant, Ann le sentait parfaitement.
Mais elle l'acceptait.
Elle passa les longues dernières heures du voyage à dormir, sans même songer à se réveiller pour manger. Quand Garp la réveilla, quand ils arrivèrent, elle sut qu'elle avait atteint sa limite par une seule et unique chose... les mains noires qui commençaient à se présenter au bord de son champ de vision. Un avertissement des Enfers plus que clair.
Continue, et on viendra te chercher.
Elle murmura la formule pour faire cesser tout cela et ne put retenir le soupir qui franchit ses lèvres quand le poids et le drainage du sort s'évanouirent.
- Mange, conseilla Garp en montrant un repas posé sur son bureau.
Ann ne protesta pas. Elle prit l'assiette avec elle dans le Purgatoire et dévora son repas, réalisant qu'elle était affamée.
- Ann ?
Continuant de manger, la jeune femme regarda son grand-père d'un air interrogateur.
- Je peux comprendre que parler de ta vie amoureuse avec moi ne soit pas quelque chose qui te plaise. Néanmoins, je veux juste que tu écoutes une chose que j'ai à dire... si cet homme t'aime vraiment et qu'il est sérieux, c'est à lui de chasser toutes les peurs et les questions que tu as sur ce sujet. Dis-lui ce que tu ressens, pourquoi tu as peur, et laisse-le te répondre. Si après la discussion, les choses ne vont pas mieux, ne passe pas le pas... Néanmoins...
Ann le regarda sans rien dire, les yeux larmoyants.
- Je sais que tu feras une merveilleuse mère... Justement parce que tu te refuseras à laisser un enfant vivre ce que tu as vécu, par mon échec. Tu as été merveilleuse avec Luffy, et même les rapports de la Marine disaient que tu étais formidable avec les enfants. Et je suis tout à fait d'accord avec eux.
Ann remit les couverts sur le bureau, hors du Purgatoire et enlaça Garp, les yeux fermés.
- Pour la première fois, tu te comportes vraiment en grand-père. Merci...
Elle l'embrassa sur la joue et quitta la cabine, puis le navire, disparaissant rapidement sur les lieux qui lui avaient coûté la vie.
Elle avait un navire à ramener d'entre les morts.
Respirer dans le Purgatoire, c'était chose aisée, elle l'avait appris en affrontant Jubileus dans l'espace.
Aussi, sous l'eau, elle ne manquait toujours pas d'air.
Ann fixait les vestiges des navires détruits durant la guerre. Des larmes lui montèrent aux yeux quand elle trouva les ruines du Moby Dick.
« Ma faute... » songea-t-elle.
Elle ne pourrait pas effacer ce qu'une stupide erreur de sa part avait coûté.
Elle ne pouvait qu'essayer d'arranger les choses telles quelles étaient aujourd'hui.
Un énorme sigil fit passer les ruines dans le Purgatoire, et permit ainsi à Ann de faire ce qu'elle avait à faire : remonter le temps.
Le Sigil qui se forma au-dessus du navire avait des aiguilles d'argents, comme une montre. Et les aiguilles partirent en arrière avec l'incantation de la sorcière.
Lentement, l'épave remonta le temps. Les débris se reformèrent, se rassemblèrent, d'abord flamboyants comme des braises, puis recouverts de flammes, comme quand Akainu l'avait frappé, et enfin, tel qu'il était en arrivant à Marine Ford.
Coating inclus.
Ann mit fin à son sort et monta d'un pas épuisé sur le navire. Machinalement, elle se rendit à sa couche et se laissa tomber dessus.
Elle dormait quand son ombre bougea d'elle-même, se détacha du sol et vint s'asseoir sur le bord de son lit.
- Dors bien, ma petite sorcière. Dors et deviens plus forte... le monde du Chaos, par tes yeux, est des plus passionnants, dit la voix profonde de l'ombre.
Elle eut un petit rire féminin et retourna à sa place.
Madama Khepri gardait toujours un œil sur la sorcière avec qui elle était liée. Elle ne voulait pas perdre cette jeune femme d'une façon tout aussi tragique qu'elle avait perdu Rosa.
Il ne lui restait qu'une semaine.
Ann savait qu'elle devrait forcer de nouveau pour parvenir à temps dans le Shin Sekai. Elle savait que ça serait dangereux. Mais peu importe.
Elle le ferait.
Elle remercia Rodin de son aide, néanmoins. L'homme lui avait proposé d'équiper le Moby Dick en provision et de le conduire, pendant qu'Ann se chargeait du temps. Pas besoin de rester à la verticale, pour elle, donc.
Mais cela ne commencerait que quand elle partirait de Ruskaïna.
Levant la tête vers le plafond océanique, Ann eut un sourire.
Hancock avait trouvé la parfaite cachette pour son frangin.
- Vas-y, j'ai pas fini de tout installer, j'en aurai pour un moment encore, lui assura Rodin en la voyant faire.
- Je te revaudrai ça, lui promis Ann.
- Tu me rapportes bien assez d'argent dans l'écoulement de marchandises pour que je puisse te dépanner. N'oublie simplement pas les halos.
- Jamais ! Je serais dans la merde si j'oubliais de payer mes dettes avec le diable !
Ann se changea en serpent. Sous sa forme de serpent à sonnette, son corps noir décoré de losanges orangés souligné d'or, nager était bien plus aisé. Même le diadème doré qu'elle se ramassait sous cette forme, avec la goutte d'ambre en son centre, l'aidait dans la nage en coupant le courant.
Le reptile ondula aisément sur le bois et traversa le coating pour nager jusqu'à la surface. C'était une étrange expérience de nager entre les kai-ô, sans que ceux-ci ne l'attaquent. Certains lui passaient même au travers, de par le fait qu'elle soit encore dans le Purgatoire.
Une fois dans le sable, elle traversa un sigil pour le monde réel et fonça dans la jungle sous sa forme féline.
L'énorme lion qui la croisa manqua d'y laisser un œil en pensant avoir trouvé une proie facile.
- LUFFY !
Luffy eut tout juste le temps de se retourner qu'il fut renversé sur le dos, riant comme un fou, essayant à tout prix d'empêcher sa sœur de lui lécher le visage. Finalement, il la déstabilisa en lui chatouillant les côtes. Ann reprit forme humaine, essayant de se dégager, et la lutte termina en mini-bagarre qui les laissa hilares, essoufflés, allongés à terre, les bras en croix, l'un à côté de l'autre.
- C'est bon de te revoir, Ann... fit Luffy avec un immense sourire, les yeux fermés.
- Désolée pour les soucis de que je t'ai causés, s'excusa sa sœur. Mais merci d'avoir essayé de m'aider.
Luffy se contenta de secouer la tête.
- C'est normal, on est frère et sœur. Tu aurais fait pareil pour moi.
- On fait une famille de tordus...
Les deux D. eurent un rire à cela, avant que Luffy lui demande ce qu'elle faisait ici. Ann se redressa et lui dit :
- Eh bien, je voulais te donner ton cadeau de noël à l'avance, t'apprendre deux trois techniques magiques que j'ai appries sur le tas... mais surtout, te parler de deux trucs pour lesquels, je ne suis pas certaine de la façon dont tu les prendras.
Luffy se mit en tailleur et regarda sa sœur.
- Déjà, ton cadeau. Je compte sur toi pour ne pas l'ouvrir avant le jour-j.
Elle brandit un paquet à son frère qui le prit avec un immense sourire.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu le sauras pas avant de l'avoir ouvert. Et tu ne l'ouvriras pas avant le Noël.
Luffy eut une moue boudeuse, mais se leva pour aller le ranger avec son chapeau, sa sœur suivant le mouvement. Une fois l'action faite, Luffy escorta sa sœur jusqu'à son campement de fortune (là où il avait surtout installé ce qu'il fallait pour son feu de camp) et s'y assit avec elle.
- De quoi tu voulais me parler ?
Ann hésita à lui parler de son histoire avec Marco et finalement, secoua la tête. Pas la peine de lui adresser le sujet, ça ne changerait rien au fait qu'elle devait affronter son compagnon histoire de lui faire part de son ressenti sur cette affaire.
- Luffy... je sais très bien que le sujet est toujours sensible, il l'est pour moi aussi, d'autant plus avec ce que j'ai découvert par hasard, alors que j'étais avec Bayonetta. Si je le pouvais, je ne remuerais pas le couteau dans la plaie, mais comme tu l'as dit, on est une famille et dans une famille, on se parle, on ne se cache rien.
Luffy fronça les sourcils devant l'air grave et triste de sa sœur. Qu'est-ce qu'y n'allait pas avec elle ?
- Récemment, j'ai accompagné Bayonetta à Vigrid, parce qu'elle avait une piste pour savoir qui elle était...
- Elle a trouvé ? s'enquit Luffy.
- Oui... et elle a trouvé une autre sorcière en chemin, plus son père qui a essayé de la sacrifier pour réveiller une déesse endormie...enfin, un gros merdier, mais le sujet n'est pas là...
- Il est où alors ?
- Pendant que je discutais avec Bayonetta et Jeanne, une autre survivante de la Chasse aux Sorcières... il y a quelqu'un qui nous a rejoint. La rencontre n'a pas duré longtemps, car Jeanne nous a envoyé dans un autre immeuble pour nous sauver d'un missile, mais j'ai reconnu aisément cette personne, malgré le temps.
Ann prit une profonde inspiration et parla :
- C'était Sabo.
La réaction de Luffy était prévisible. Il sauta sur sa sœur, la tenant par les épaules, la mettant au défi de lui dire que c'était une mauvaise blague. Là où on peut être surpris, c'est qu'elle attira son frère contre elle, luttant contre les larmes en cachant sa tête dans son cou.
- Il est vraiment vivant et de ce que j'ai appris, il a rejoint la révolution... je sais pas pourquoi il nous a laissé croire qu'il était mort, ni comment il a survécu, mais les faits sont là...
Luffy rendit l'étreinte à sa sœur aînée, aussi perdu qu'elle sur le sujet. Ils finirent par s'écarter, mais le plus jeune resta juste à côté de la plus vieille, la regardant sécher son début de larmes.
- J'ai eu des infos comme quoi il essaye de me contacter, mais je n'ai fait aucune démarche pour... Je... je suis pas assez calme sur le sujet pour pouvoir le voir sans piquer une crise... il veut peut-être me donner des explications, mais je n'y arrive pas...
Luffy lui prit une main pour la serrer, geste qu'elle lui rendit.
- Peu importe son excuse, il n'aurait pas dû nous laisser dans le silence, dit Luffy avec détermination. Je lui ferai bien comprendre si je le vois. Il n'aurait surtout pas dû te mettre dans un état pareil. On est peut-être tes petits frères, mais tu es la seule fille de la fratrie. C'est notre devoir de veiller sur toi.
Ann regarda son frère avec un pauvre sourire, avant de l'embrasser sur le crâne, lui ébouriffant les cheveux.
- Je suis la fille la plus chanceuse qui soit avec un frérot comme toi. Passons à autre chose, ce n'est pas en ruminant comme ça que la situation évoluera. Tu veux apprendre des techniques magiques ?
Le sourire de Luffy était la seule réponse dont elle avait besoin.
Noël était pourri.
Marco avait fait appel à tous ses indics pour savoir s'ils n'avaient pas eu vent de trucs bizarres qui auraient pu être apparentés à Ann, sans succès.
Rodin lui avait dit qu'il garderait un œil ouvert, avant de partir en soi-disant voyage d'affaire... la bonne blague.
Bayonetta avait menacé Marco de castration plus un aller simple pour un séjour prématuré en Enfer, si elle retrouvait Ann avec le cœur brisé par sa faute.
La flotte d'Ann et tous les autres commandants avaient bien signifié à Marco à quel point il avait tout intérêt à la retrouver s'il ne voulait pas se faire tuer par l'équipage.
En bref, Ann absente, tout allait mal.
Il regarda depuis le haut du mât le pont.
Aujourd'hui aurait dû être festif, mais la soirée calme et triste était aussi loin de la définition que pouvait l'être l'Enfer du Paradis. Ann était absente. L'une des leurs n'était pas là. Certains s'en foutaient, mais ils se tenaient à part, histoire de ne pas provoquer de bagarre avec ceux qui étaient affectés.
Tout cela changea quand la pirate apparut sur la tête de proue. Pâle, épuisée, avec des cernes, mais bien présente. Tout le monde la regarda avec des yeux ronds... yeux ronds qu'elle leur rendit.
- Merde, j'ai loupé quelque chose ou quoi ? fit-elle.
C'était avant que Haruta ne se jette sur elle en chialant.
Marco descendit du mât, n'osant pas plus s'approcher. C'était de sa faute, à l'origine, si elle était partie. Il ne voulait pas qu'elle fasse demi-tour et s'en aille à cause de lui.
- On peut savoir où tu étais passé, jeune fille ? gronda Izou, prenant Cassandra de vitesse dans le rôle de la mère poule qui gronde un de ses poussins.
- Désolée, j'avais une course à faire, et j'ai essayé d'être de retour à temps pour Noël, s'excusa Ann. Cela m'a prit du temps et de l'énergie, mais je suis là... Où est le reste de l'équipage ?
- Dedans, lui dit Jozu.
- J'ai un cadeau pour tout le monde. S'il manque les trois quarts du monde, ça ne sert à rien.
Jiru et Atmos allèrent chercher tout le monde. Marco s'adossa à une rambarde pour voir ce que mijotait la jeune femme.
La première chose qu'elle fit, ce fut de s'excuser de son absence, puis s'excuser une énième fois pour ses erreurs de Marine Ford. L'équipage roula des yeux dans ses orbites, sans faire de commentaire. Elle faisait ça environ trois à quatre fois par semaine.
- Je suis peut-être une sorcière, mais ramener les morts à la vie n'est pas dans mes compétences, peu importe combien de fois j'essaie. Je sais aussi que je ne peux pas remonter moi-même le temps pour changer le cours des choses, peu importe là aussi mes tentatives. Le mieux que je puisse faire, c'est ramener parmi nous une partie de ce que nous avons perdu. Sans doute la plus futile, la plus inutile, mais c'est le mieux que je puisse faire aujourd'hui et j'espère que ça sera suffisant.
Elle leva les bras et invoqua un démon.
D'abord, rien n'apparut. Puis l'eau s'agita et tous reconnurent ce qu'il se passait.
Un navire immergé était en train de faire surface.
Le silence tomba sur le pont quand les bras infernaux d'Hekatoncheir ramenèrent à la surface leur chez eux...
Le Moby Dick.
Le coating éclata et le démon disparut, laissant l'immense navire sur les eaux.
Il eut un long silence.
- Joyeux Noël ? fit avec hésitation Ann.
Ann n'eut pas l'occasion de dire plus qu'elle se retrouva engloutie par l'équipage qui la remercia pour le présent. Le Newgate fut déserté en suivant, laissant Ann et Marco les derniers occupants du navire, pendant qu'une fête s'improvisait sur l'autre.
Ann eut un soupir, contente d'avoir fait plaisir, puis alla voir Marco qui se redressa en la voyant venir vers elle. La jeune femme s'arrêta devant le Phénix et s'inclina, le surprenant.
- Je suis désolée de mon comportement de l'autre jour, c'était immature de ma part, et je sais que je t'ai blessé. Je te demande par-...
Marco la coupa en la serrant dans ses bras, simplement heureux de la retrouver en vie.
- C'est moi qui devrais m'excuser. J'ai manqué de tact et j'aurai dû remarquer que le sujet était sensible. Oublions ce qu'il s'est passé cette nuit là, yoi.
Ann s'écarta un peu du Phénix, sans pour autant briser l'étreinte et secoua la tête.
- Justement, non.
Marco la regarda sans comprendre. Ann soupira et alla s'asseoir sur la rambarde.
- Quand tu m'as parlé d'avoir des enfants, j'ai paniqué et j'ai fui, c'est un fait. Pour la simple et stupide raison que ça me fait peur. J'ai peur de reproduire avec mon propre enfant l'enfance que j'ai vécue, que cet enfant me haïsse autant que je hais mon père.
Ann tendit une main vers Marco qui la prit et vint s'asseoir à côté d'elle.
- Si tu veux que je te dise oui, Marco, j'attends deux choses de toi. La première, c'est que tu me rassures. Que tu répondes à toutes mes inquiétudes, à tout ce qui me fait peur, et que tu les apaises. La seconde, c'est que tu sois là à chaque instant, autant pour notre possible enfant, qu'il n'est pas à grandir en disant qu'il n'a pas de père, que pour moi.
Marco sourit et l'embrassa sur la tempe.
- Si ce n'est que ça, je le ferai. Qu'est-ce qui a fait que tu en es venue à me dire ça ?
Ann piqua un fard en avouant :
- Disons simplement que pour une fois, Garp sert à quelque chose.
Marco resta silencieux et lui dit finalement :
- Je ne sais pas si je dois aller à sa rencontre pour le tuer, parce qu'il sait que tu es vivante, ou si je dois le remercier.
- Si tu le tues, n'oublie pas Smoker, quoiqu'il aura déjà affaire à Luffy.
- J'ai mal pour lui, yoi.
- Je peux te demander autre chose ?
- Bien sûre, chérie.
- On peut attendre demain pour la longue discussion qui nous attend ? Parce que j'ai un peu trop forcé sur la magie et je meurs de fatigue.
Marco lui caressa une joue, regardant les cernes et le tint pâle de sa compagne. Il se leva pour la hisser dans ses bras en mode princesse.
- Direction le lit, pour toi, mon ange.
- Je suis pas un ange ! protesta Ann.
- Je sais... tu es ma sorcière bien aimée qui n'en fait toujours qu'à sa tête, malgré les risques, yoi.
Ann eut une moue et se laissa aller contre l'épaule de Marco qui prenait la direction du Moby Dick.
- Chérie ?
Ann releva la tête vers le Phénix qui l'embrassa.
- Je t'aime, yoi.
La sorcière lui rendit le baiser.
- Moi aussi. Joyeux Noël.
