Une Fleur de Cerisier

Disclaimer : Une petite fille de quatre ans aux longs cheveux roses regarda la forme flou dans l'eau. Ce n'était pas la première fois que ses yeux percevaient des choses étranges, des choses que personne à part elle ne réussissait à observer. «C'est la folie», avait dit sa mère. «C'est juste l'imagination d'un enfant» avait contredit son père. Mais Sakura savait. Elle savait que ce qu'elle voyait existait et qu'un jour l'une de ces formes finiraient par lui parler, par lui dire quelque chose d'incroyablement important. Alors, quand la silhouette s'approcha de plus en plus de la surface, elle se pencha pour mieux la regarder et lui offrir un sourire de bienvenue. Elle espérait que cela suffirait pour ne pas être mangée. Ses parents racontaient des histoires terrifiantes à leur propos. Elle espérait que ce n'était pas vrai.

Bientôt, la tête de l'Être sortit de l'eau, brillant d'une douce lueur éthérée. Le visage androgyne ressemblant beaucoup à celui d'un humain, la créature avait cependant une étrange queue de poisson et ses yeux étaient d'une couleur argentée irréelle. L'Être était vraiment magnifique.

S'attendant à une longue déclaration sur le destin de l'humanité, la petite fille redressa la tête et prit son air le plus sérieux. Elle ne ferait pas honte aux êtres humains. Tressaillant en entendant la voix mélodieuse de l'arrivant, elle fronça les sourcils lorsque le message divin lui parvint.

«Naruto n'appartient pas à Plume de Nuit. L'œuvre est la propriété de Masashi Kishimoto et cie. Aucun bénéfice n'est ou ne sera réalisé par cette fanfiction.»

Quoi ? Qu'est-ce que cela pouvaient bien vouloir dire ? Mais avant qu'elle ne puisse demander à la créature, celle-ci disparut dans les plus sombres profondeurs du lac. Soupirant, Sakura se releva et commença à réfléchir à ce qu'elle avait entendu.

Elle devait décoder ce message.

L'avenir du monde shinobi en dépendait sûrement.

(Non, non... Je ne suis pas folle, promis ! J'avais juste envie de m'amuser un peu avec le disclaimer. Et pour une fois, j'étais totalement libre d'écrire n'importe quoi ! Ce qui se voit, je crois... ^^)


Mot d'auteur : Bonjour tout le monde ! Je suis très heureuse de pouvoir vous présenter ce nouveau chapitre (et je m'excuse pour le très léger retard mais j'ai été malade et cela a retardé son écriture...). Je tenais à vous informer de certaines choses sur cette histoire qui me semblent importantes :

1) Il s'agit d'un univers alternatif (UA ou AU, ce que vous préférez). Toutefois cela ne sera visible qu'à petites doses. Vraiment petites doses. J'essaie de respecter au maximum le canon mais pour mon histoire j'ai dû modifier une petite - grande - chose (ATTENTION SPOILER : la mort d'un personnage) et la remplacer par une autre. Cela ne va pas modifier soudainement la chronologie, disons juste que vous risquez d'être un peu surpris. En résumé, donc ? Un univers alternatif suite à une grosse liberté de ma part mais qui n'aura pas énormément d'incidence technique. Voilà.

2) Je n'ai pas choisi par hasard le fait que Sakura puisse voir les fantômes. Ce n'est pas une simple lubie, une caractéristique qui ne sert à rien. En fait, une grande partie de l'histoire va être basée là-dessus. Cette capacité est incroyablement importante pour la suite (tellement importante d'ailleurs que je m'oblige à ne lire aucune histoire sur les fantômes le temps de la rédaction de cette fanfiction. Je ne tiens pas à faire de copié-collé, même sans faire exprès, alors je me restreins !), et vous n'allez pas tarder à vous en rendre compte.

3) J'avais perdu mon identifiant et mon mot de passe pendant un moment, donc j'avais dû me créer un nouveau compte. Vous avez peut-être déjà lu certaines de mes fanfics (qui sont en pause pour le moment mais que je reprendrais d'ici trois mois environ le temps que je fasse quelque chose de convenable de tout ceci). Mon autre pseudo est PinkCassy. Pourquoi ce nom ? Pas la moindre idée. Inspiration du moment sûrement. J'en avais marre d'essayer de me connecter à cette session et ne pas réussir, et je n'avais donc pas beaucoup réfléchi. En conséquence, je dois à la fois gérer cette fanfiction, la traduction de «An Uchiha's love» et la réécriture de «C'est une promesse de Kage» et «Nouveau Moi : Renaître en Obito Uchiha». (Et si vous avez remarqué la présence un peu trop active d'Obito dans tout ça ? Et bien je l'avoue, c'est mon perso préféré. Et je ne m'excuserai pas. Il n'y a pas assez de fanfictions en français pour moi.)

Bref. Voici les quelques informations que je tenais à faire passer. Je ne saurais aussi vous remercier suffisamment pour tous vos commentaires.

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !

Plume de Nuit.

PS : J'ai de GROS contrôles la semaine prochaine (dont un examen auquel je dois faire face et qui compte totalement pour la validation de mon semestre 1), donc le chapitre 4 risque d'avoir du retard. Je m'en excuse. Avec mon emploi du temps plein je risque donc de ne publier que toutes les deux semaines environ. Avec ce rythme-là j'espère pouvoir tenir une publication régulière. Bye !


Réponses reviews :

Hello Lia9749 ! Je suis heureuse que ces chapitres puissent te plairent et j'espère que tu accrocheras tout autant à la suite. Naruto est prévu au programme, mais dans la limite du raisonnable bien sûr ! ^^ J'essaie de rendre cette histoire assez réaliste alors j'espère vraiment ne pas faire de trop gros faux pas... Voir les fantômes sera quelque chose d'incroyablement important pour la suite. Tu ne devrais pas tarder à t'en rendre compte. Ce n'est pas quelque chose qui ne va durer qu'un chapitre ou deux. Toute l'histoire ou presque est basée sur ce fait. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira ! Bis et bonne lecture !

Merci pour ta nouvelle review, Miko2005 ! Je ne peux pas vraiment répondre à ta question, mais je suppose que tu pourrais le deviner assez aisément. Vu le nombre de morts provoqués par le mode de vie shinobi, il y a pas mal de pistes à explorer ! Tu en sauras bientôt plus sur le gamin du parc ! Patience, il débarque au prochain chapitre. J'espère en tout cas que cette nouvelle partie te plaira tout autant. Amicalement. Plume de Nuit.

Merci pour ton com', Pasaje ! Je suis heureuse que cela te plaise pour le moment. Et oui, relation compliquée avec les Haruno. Mais tout le monde a une façon différente de réagir, certain de manière plus radicale que d'autres. J'avais semé des indices pour le gamin mais je ne pouvais pas le dire explicitement au début. Après tout Sakura l'ignorait. Je suis contente que tu aies su lire entre les lignes ! J'espère en tout cas que ce nouveau chapitre te satisfera. Bonne lecture et prends soin de toi !

Merci phelipebr pour ton commentaire. J'espère que la suite te plaira. Bonne lecture et bon weekend !

A new chapter for you, nakamura1miu ! J'espère que cette nouvelle partie te plaira. 'Bonne lecture' and have a good weekend !

Situations incroyables en approche, je confirme Naoli ! Peut-être pas dans ce chapitre-ci mais cela ne saurait tarder. Et je confirme que voir les fantômes peut être à la fois une bonne et une mauvaise chose. Cela dépend vraiment de qui est le mort en question... En tout cas ton commentaire m'a vraiment fait plaisir même si je ne suis pas sûre que ma fanfiction soit aussi merveilleuse que tu sembles le penser. Bonne lecture et au détour d'une prochaine review je l'espère ! Bon weekend.

Et bien, que dire à part «Merci, merci, merci !», Akilae ? Ton commentaire est une véritable drogue pour les auteurs. J'essaie vraiment de travailler sur une histoire réaliste, avec des actes réalistes et qui restent cohérents avec les personnages. Et si j'y arrive, c'est le jackpot ! Sakura ne sera pas faible, si cela peut te rassurer. Les événements qui surviendront et son état d'esprit ne la laisseront pas faire ! J'espère en tout cas que ce nouveau chapitre trouvera grâce à tes yeux. Bonne lecture et bon weekend !

Va savoir pourquoi, ChuLian, mais j'ai ri aux éclats en lisant ta review. Peut-être était-ce pour sa simplicité et son efficacité ? Tu as plutôt bien résumé la situation. Entre morts, le courant a tendance à bien passer ! ^^ J'espère que ce chapitre te plaira et je te souhaite une bonne lecture ! Au détour d'une prochaine review peut-être !


CHAPITRE 3

Si j'avais été un chat ou n'importe quel autre type de félins, j'aurais certainement grimpé le haut d'un arbre avant d'y rester prostrée et de feuler vivement contre tout ceux qui auraient tenté de me ramener sur la terre ferme. En l'occurrence, j'étais un foutu être humain de quatre ans tout juste à l'affreuse chevelure rose bonbon et escalader un arbre ne faisait pas encore partie de mon domaine de compétences. Alors, prenant toutes les armes que la Nature avait si généreusement su m'octroyer, je me contentai de me rouler en boule sur mon lit, emmitouflée sous une épaisse couverture, et pestant méchamment contre tout ceux qui voulurent m'en sortir de force. Je ne bougerais pas de là, c'était définitif.

Bien qu'il soit un peu honteux pour moi de l'avouer, je mis trois jours avant d'oser pointer le bout de mon nez hors de ma couette. Ayant passé tout ce temps à maudire les dieux que je jugeais responsable de ma situation ainsi ma vie merdique, j'en étais venue à la conclusion que Murphy n'avait probablement pas eu tort lorsqu'il avait déclaré que tout ce qui était susceptible de foirer, foirerait inévitablement. Concernant ma réincarnation, cet adage correspondait plutôt bien.

Finissant de digérer la douloureuse réalisation que les fantômes existaient bel et bien et que Mère Nature avait décidé de me transformer en la nouvelle Melinda Gordon, je me sentis extrêmement coupable en remarquant l'air incroyablement fatigué des parents de Sakura. Le teint pâle, des cernes prononcés sous leurs yeux vitreux, ils ne semblaient pas avoir dormi depuis un bon moment. Ma nouvelle crise ne leur avait guère fait du bien, semblait-il.

Avançant lentement en direction de la table de cuisine à laquelle ils étaient accoudés, je me préparai mentalement à la discussion qui allait suivre. J'étais une horrible enfant, je le savais, mais je m'apprêtais à essayer désespérément de réparer le mal que j'avais pu leur causer par le passé. Je n'étais pas sûre d'être une bonne personne, à vrai dire je ne l'étais probablement pas si on songeait à l'enfer que je leur faisais vivre, mais je savais qui je voulais être et une salope sans cœur n'en faisait certainement pas partie.

-Hum, salut..., murmurai-je un peu timidement lorsque je fus à leur hauteur.

Surpris de me voir leur adresser la parole, les Haruno tressaillirent avant qu'un fin sourire forcé ne vienne orner leurs lèvres. Quelque soit leur état d'esprit, ils avaient toujours essayé de me cacher leur détresse. Cela ne fit que me sentir plus mal.

-Bonjour, Sakura-chan ! s'exclama Kizashi d'une bonne humeur factice avant de s'enquérir un peu plus sérieusement. Tu veux manger ? Ta mère a préparé d'excellents gâteaux...

Mon estomac grondant bruyamment à ce moment-là, je rougis violemment. Grommelant une vague acceptation, mon esprit s'allégea un peu en l'entendant glousser. Il se moquait peut-être de moi mais je préférais largement le voir rire que pleurer. Je leur causais déjà tellement de souffrances alors s'il pouvait être un peu plus heureux, même à mes dépens, je n'allais certainement pas le lui refuser.

Le remerciant lorsqu'il me tendit une pâtisserie un peu trop sèche à mon goût, je m'assis au bord de la table avant de la grignoter lentement tout en me demandant comment j'allais bien pouvoir aborder le sujet qui me tenait tant à cœur à ce moment-là.

Un long silence s'installant entre nous trois, je finis par n'en plus pouvoir et déclarai avec tout le sérieux dont j'étais capable :

-Je pense que vous devriez avoir un autre enfant.

Je ne mentais pas. Mes tuteurs étaient de bons parents, des gens formidables et ils ne méritaient certainement pas la merde que je leur jetais quotidiennement. Ils méritaient une Sakura normale qui les aurait angoissés avec son fanatisme pour le jeune Uchiha Sasuke. Pas la version tordue d'une jeune adulte de vint-cinq ans traumatisée par sa mort et en voulant au monde entier. Ce n'était pas juste.

Choquée par mes propos inattendus, ce fut Mebuki qui eut la plus intense des réactions. S'étouffant en buvant son thé, elle toussa à quelques reprises avant de m'interroger avec inquiétude :

-Qu'est-ce qui a amené ça, Sakura-chan ?

Qu'est-ce qui m'avait amenée à cette prise de conscience, hein ? Peut-être était-ce le fait que je savais qu'ils feraient un père et une mère extraordinaires et que j'avais fini par comprendre qu'ils avaient toujours rêvé de fonder une famille. Avec moi dans l'équation, cela ne s'avérait être qu'une catastrophe. Mais s'ils pouvaient avoir un gamin normal à aimer et à chérir, un gosse qui ne les ferait pas paniquer à chaque instant du jour comme de la nuit, sûrement seraient-ils un peu plus heureux qu'ils ne l'étaient maintenant.

-Je sais que je ne suis pas le meilleur enfant qui soit, avouai-je dans un soucis d'honnêteté. Je sais aussi que je vous rends vraiment malheureux et je ne pourrais jamais suffisamment m'excuser pour cela. Mais peut-être... Peut-être que le fait d'avoir un autre enfant, un normal qui ne vous obligerait pas à vous inquiéter autant, pourrait être une bonne chose. Cela ramènerait sûrement un peu de normalité dans notre famille dysfonctionnelle.

Je ne pouvais pas leur cacher la vérité. Je leur mentais déjà sur tellement de choses, un peu de vérité ne pouvait pas faire grand mal. Surtout pour quelque chose comme ceci. Cela pourrait même les soulager...

-Oh, Sakura ! s'écria ma tutrice avant que de lourds sanglots ne rendent ses propos inintelligibles.

Saisissant mon corps frêle dans ses grands bras d'adulte, elle me serra fort contre elle et marmonna contre mon oreille à quel point elle m'aimait et qu'il n'y avait certainement pas besoin de s'excuser pour quoique ce soit. Mal à l'aise, les yeux remplis de larmes que je m'interdisais de laisser couler, je sursautai en sentant une large main se poser sur mon épaule.

-Sa-chan, m'interpela doucement Kizashi avant de pousser un long soupir alors Mebuki me relâchait enfin. Tu n'es pas une mauvaise enfant, tu sais ? Tu es juste un peu différente. Nous n'allons pas te remplacer juste parce que nous rencontrons quelques difficultés. Tu es notre fille, Sakura. Comment pourrions-nous nous regarder dans un miroir si nous le faisions ?

La pureté de la douleur que je pouvais percevoir dans le ton de sa voix me donna encore plus envie de pleurer. Mais, refusant toujours de me laisser aller, je détournai vivement la tête et serrai fort les poings en tâchant de reprendre contenance. J'étais la coupable ici, pas la victime. Je n'en avais donc pas le droit.

-S'il vous plaît, finis-je par les supplier en me rendant compte qu'ils ne comptaient pas vraiment écouter ma suggestion. S'il vous plaît.

Car peu importe ce qu'ils pouvaient bien en dire, il ne s'agissait pas vraiment de «quelques difficultés» et je n'étais pas juste «un peu différente». Il s'agissait en réalité d'une réincarnation foireuse et d'une jeune femme qui refusait de lâcher prise avec son passé. Mais cela, ils l'ignoraient. Et jamais la terrible situation dans laquelle nous nous trouvions ne saurait changer. C'était un problème bien trop profond pour cela.

Je ne sais pas ce qui fit changer mon tuteur d'avis. Je ne sais même pas ce qui le poussa finalement à accorder un peu de crédit à ma plainte. Était-ce mon air désespéré, mon honnêteté brutale ou le fait que je désirais vraiment quelque chose pour la première fois de ma courte existence dans ce monde-ci ? Ce fut peut-être tout à fait autre chose, en fin de compte, mais un fait resta certain : cela eut suffisamment d'impact pour l'obliger à revoir son jugement. Avisant Mebuki qui sanglotait toujours, il acquiesça lentement d'un simple mouvement de la tête.

-Je ne promets rien, précisa-t-il toutefois. Mais je parlerai avec ta mère et nous verrons.

C'était tout ce que je pouvais demander : une chance pour moi d'arranger tout ce qui avait mal tourné dans cette famille supposée idyllique. Ce n'était pas énorme, mais cela m'offrait tout de même la possibilité de les voir beaucoup plus heureux qu'ils ne l'étaient à ce moment-là. Ma relation avec eux était certes toujours brisée, mais un facteur neutre pourrait potentiellement nous permettre de vivre un peu plus sereinement.

-Merci, le remerciai-je avec la plus intense des gratitudes avant de m'attaquer au seul autre sujet qui me travaillait depuis trois jours. Il fait beau et nous sommes seulement en début d'après-midi, pris-je le temps de lui faire remarquer avant de continuer, je peux aller au parc de la dernière fois ?

S'il fut surpris par ma requête, il n'en montra rien. Ce ne fut toutefois, à ma grande surprise, pas lui qui me répondit.

-Bien sûr, Sakura-chan, accepta ma tutrice d'une voix toujours tremblante. Mais tu dois nous promettre de revenir avant que le soleil ne se couche. Et si tu as un problème, souviens-toi de demander à un shinobi du village de t'aider.

Dans notre monde, autoriser un gamin de quatre ans à parcourir seul les rues de sa ville aurait compté comme une aberration totale et n'aurait pas manqué de faire réagir les services sociaux. Dans ce monde-ci ? C'était considéré comme normal et la plupart des parents laissaient librement vadrouiller leurs enfants dès l'âge de trois ans. C'était absolument terrifiant mais attendu d'un endroit qui transformait les mômes en assassins, après tout. Et puis cela me servait plutôt bien à ce moment-là. Je voulais revoir le gosse qui était apparemment mort, toujours convaincue qu'il avait besoin de mon aide même s'il ne devait s'agir que d'un simple soutient psychologique, et expliquer aux Haruno que je ne parlais pas à un ami imaginaire mais à un fantôme m'aurait sûrement valu une visite chez un Yamanaka. Ce qui, d'une manière très étonnante (et notez mon sarcasme flagrant je vous prie), n'aurait probablement pas été une bonne idée. Allez savoir pourquoi...

-Évidemment, soufflai-je en forçant un petit sourire afin de la rassurer. Je suis plus intelligente que la plupart des enfants de mon âge et je sais reconnaître lorsque j'ai des ennuis.

Prétentieuse ? Pas vraiment. J'avais plus de vingt-cinq ans mentalement, pour l'amour de Dieu ! Pas étonnant que je sois plus mature que des gosses de quatre. C'était largement attendu. En fait cela aurait été plutôt effrayant si cela n'avait pas été le cas.

Remarquant leur soulagement à peine visible dans les yeux fatigués de Mebuki et les épaules affaissées de Kizashi, je vins rapidement à la conclusion que mon désir apparent de sortir me faire des amis et m'amuser comme n'importe quel autre gamin devait les apaiser quelque peu. Sûrement avaient-ils pensé que je ne voudrais plus tenter l'expérience après l'échec retentissant survenu quelques jours plus tôt.

Remontant rapidement dans ma chambre, je récupérai tout aussi vite l'une des seules vestes de mi-saison de ma garde-robe avant d'enfiler des chaussures fermées. Saluant rapidement les parents de Sakura dont l'air extrêmement pensif me fit presque stopper, je me précipitai au dehors et me mis à courir en direction du parc. J'espérais vraiment que le gosse serait toujours là. Parcourir tout le village à sa recherche ne serait pas des plus agréables sinon.

Ce fut peut-être dû à ma nouvelle connaissance concernant les esprits qui nous entouraient, mais je fis beaucoup plus attention à mon environnement que toutes les autres fois où j'avais pu sortir de chez moi. Regardant attentivement les gens, les scrutant peut-être un peu trop longtemps pour que cela paraisse naturel, je reçus la joyeuse salutation de quelques vieux commerçants ainsi que quelques œillades méfiantes de la part d'anciens shinobis habitant le quartier civil.

Ne remarquant rien d'anormal dans un premier temps, je trébuchai sur mes propres pieds en me rendant compte qu'une famille venait de traverser un homme que j'avais tout d'abord pensé vivant. Trop surprise pour pouvoir réagir convenablement et mes réflexes s'apparentant à ceux d'un ivrogne au bord du coma éthylique, je m'écroulai sans grâce sur le sol, les quatre membres en l'air et me demandant un peu confuse si les battements sourds que je pouvais entendre dans mon cerveau étaient normaux.

Choquée de m'être ainsi ridiculisée devant une petite foule de vieux marchants qui commençaient à s'agglutiner autour de moi, je tressaillis violemment en entendant l'homme d'un peu plus tôt se mettre à rire aux éclats. Étant le seul à se moquer allégrement de ma périlleuse situation, il me fut assez aisé de le remarquer parmi la dizaine de personnes qui m'entouraient. La larme à l'œil, il ne semblait pas encore conscient du fait que je l'avais remarqué. Tant mieux d'ailleurs, cela aurait été gênant sinon.

-Je savais que tu pouvais mettre le monde à tes pieds, petite sœur, s'amusa-t-il, mais je pense bien que c'est la première fois que cela se voit de façon aussi littérale !

Il parlait à la vieille dame à ses côtés, compris-je dans un éclair de lucidité. M'attendant presque à voir la grand-mère réagir à ses paroles, je fus assez déçue en constatant qu'elle ne pouvait ni le voir ni l'entendre.

Avisant le regard quelque peu inquisiteur que je posais sur elle, elle haussa un sourcil avant de m'offrir un doux sourire.

-Tu vas bien, petite ?

Il était étrange de constater que je supportais bien davantage l'inquiétude d'une inconnue que celle de mes tuteurs. Secouant légèrement la tête pour remettre mes pensées dans le droit chemin, je soupirai d'un ton assez défaitiste.

-Je vais bien, madame. La seule chose qui est blessée est ma fierté.

Elle ne commenta pas le fait que mon vocabulaire était bien trop élaboré pour une enfant de quatre ans, mais je n'avais pas compté dessus non plus. Dans un monde où les jeunes prodiges n'étaient pas si rares, je ne me démarquais pas trop du reste de la population.

Un nouvel éclat de rire coupant mes songes, je jetai cette fois-ci une œillade particulièrement peu amène envers l'homme. Les yeux d'une froideur de glace, le visage sans expression à l'exception de mes lèvres pincées, je tentai par là de lui montrer tout mon mécontentement sans le mentionner à voix haute. Je ne tenais pas à être prise pour une folle, merci beaucoup.

Son amusement s'estompant instantanément comme si je venais de lui jeter un seau d'eau froide en pleine face, il imita étonnamment bien une carpe en comprenant que non, je ne regardais pas à travers lui, mais que je fixais bel et bien sa personne. Cela n'avait pas dû lui arriver depuis longtemps, en même temps.

-Tu me vois, gamine ? me demanda-t-il tout de même avec une incrédulité compréhensible.

Acquiesçant d'un bref mouvement du menton, je sursautai en avisant le visage de la vieille dame qui s'était subitement approchée de moi. Elle n'avait pas dû manquer mon interaction muette avec son harceleur mort, même si j'étais prête à parier qu'elle ignorait ce dont il retournait en réalité.

-Tu es sûre que tu vas bien ? m'interrogea-t-elle dubitative en fronçant les sourcils avant de me scruter de ses petits yeux perçants. Tu ne t'es pas cognée la tête au moins ?

Elle mettait mon étrange comportement sur le compte d'une potentielle commotion cérébrale, compris-je quelque peu amusée. Ce n'était peut-être pas la meilleure explication, mais elle avait au moins l'avantage de ne pas mettre en doute ma santé mentale précaire.

-Non, madame, la contredis-je doucement en tentant de me sortir de cette fâcheuse situation. Je vous assure que tout est bon. Je suis juste encore un peu sonnée, je suppose.

Me relevant et ignorant du mieux que je le pouvais tous les regards curieux qui se posaient sur moi, j'aurais décampé en courant si je n'avais pas été vivement et très bruyamment interpellée par le mort.

-Attends, gamine ! cria-t-il alors que je commençais à tourner les talons en direction du parc où devait probablement encore attendre le gosse de l'autre jour. Attends, je t'en prie !

Il y avait un tel désespoir dans sa voix que je ne pus me résoudre à l'ignorer. Je causais déjà tellement de mal autour de moi, je n'allais pas décevoir une personne de plus alors qu'il était si facile d'accéder à sa requête. Qu'est-ce que cela me coûterait, hein ? Quelques minutes de mon temps, tout au plus. Ce n'était pas très cher payé. Ou du moins le supposai-je.

Reprenant alors la route en marchant lentement pour le laisser arriver à ma hauteur, je pinçai momentanément les lèvres avant de m'enquérir dans un murmure presque inaudible :

-Qu'y a-t-il ?

Je ne voyais pas très bien ce qu'il pouvait vouloir de moi. Une chose était cependant certaine : mes capacités devaient restaient cachées alors s'il devait me demander de parler à la femme que je supposais être sa petite sœur, je n'allais certainement pas pouvoir accéder à sa requête. Je ne tenais à ma tête, merci. Mourir une fois m'avait amplement suffi.

-Ah, soupira-t-il un peu mal à l'aise. C'est juste que cela fait tellement longtemps que je n'ai pas parlé à un Vivant !

Cela, je voulais bien le croire. Je n'osais même pas imaginer qu'un autre idiot que moi ait pu avoir autant de malchance. Cela aurait sûrement signifié la fin de l'Univers, si tel avait été le cas.

-Je ne peux pas imaginer ce que cela fait, avouai-je doucement en me faufilant dans une étroite ruelle déserte pour plus d'intimité. Je crois que je deviendrai folle.

J'avais déjà presque perdu l'esprit lorsque la condition de ma réincarnation m'avait été jetée en pleine poire, alors je ne voulais vraiment pas savoir ce qu'il se serait passé si j'avais dû errer sur Terre et être condamnée à voir les gens vivre leur vie sans même me remarquer.

-Ça a failli, admit l'homme d'une quarantaine d'années. Mais heureusement, j'ai eu mon Hiroko-chan. Il fallait bien que quelqu'un soit là pour veiller sur elle et l'attendre. C'est sa présence qui m'a sauvé, j'en suis certain. Mon imouto avait besoin de moi et je ne pouvais pas faillir !

C'était... C'était profond et très intimiste comme déclaration. Ses iris bleutées brillaient d'une étrange lueur mêlant amour et douleur, et je détournai pudiquement les yeux. J'avais l'impression d'être une voyeuse qui avait épié quelque chose qu'elle n'aurait pas dû.

-Je suis heureuse que vous ayez trouvé une raison de vous accrocher, soufflai-je en tâtonnant un peu sur mes mots, incertaine de ce que je devais lui répondre.

Surpris par mes paroles, l'homme cligna rapidement des yeux avant de m'offrir un vrai sourire.

-Je ne sais pas qui tu es gamine, mais je suis sûr que tes parents sont fiers de toi. Tu es une bonne fille.

Les mots me poignardant fort au cœur, je sentis mes entrailles se tordre douloureusement dans mon ventre avant qu'une pure agonie ne me traverse toute entière, n'épargnant aucune de mes cellules. Hoquetant, je posai précipitamment une main sur ma bouche, tentant vainement de faire taire les gémissements qui menaçaient de sortir de ma poitrine.

Le mort l'ignorait, mais il venait définitivement d'appuyer sur la blessure béante qui ceignait ma poitrine. La culpabilité qui me rongeait lorsque je pensais à la souffrance que je causais aux Haruno, ma honte de ne pas pouvoir les voir comme mes parents malgré toutes leurs qualités, mon incapacité à leur procurer le plus infime moment de joie... Tout cela était vraiment difficile. J'avais essayé de changer, mais je ne pouvais juste pas le faire. C'était impossible, malgré toute ma bonne volonté. J'ai trop aigrie, trop amère pour en être capable.

Les larmes que j'avais retenu plus tôt en compagnie de mes tuteurs revenant en force, je ne pus les retenir bien longtemps. Les joues humides, la respiration saccadée, je me mis à rire tristement.

-Je ne suis pas une bonne fille, le contredis-je. Je ne suis pas... Oh, si vous saviez tout le mal que je leur fais !

J'étais assez pathétique à pleurer là, dans cette ruelle froide et vide avec pour seule compagnie un fantôme qui devait avoir quitté le monde des vivants depuis un moment maintenant. Serrant les poings, me maudissant pour ma faiblesse, je finis par réussir à reprendre le dessus sur mes émotions. Essuyant du plat de la main les larmes qui gâchaient mon visage, je m'excusai auprès de l'homme pour mon éclat impromptu. De nous deux, il était sûrement celui qui avait le plus de raisons de se plaindre après tout.

-Ah, soupira le mort avant de tenter vainement de poser une main réconfortante sur mon épaule. La relation entre un parent et un enfant peut être compliqué, parfois. Mais ne te décourage pas, je suis sûr qu'un jour tout s'arrangera. Même si tu dois attendre quelques années pour cela.

Ce n'était pas forcément ce que je souhaitais entendre, mais cela me fit me sentir un peu mieux. Reniflant pathétiquement, je secouai brièvement la tête avant de forcer un sourire sur mes lèvres tremblantes. Avisant sa main intangible qui traversait toujours mon corps, je le remerciai d'un regard avant d'ajouter à voix haute :

-Il semblerait que je fasse partie des mortels impossibles à toucher malgré mes capacités.

Riant un peu, le ton pas tout à fait sincère mais essayant de me remonter le moral par ce fait, l'homme sembla s'en amuser. Reconnaissante de son aide que je n'attendais pas (Car comment aurais-je pu me douter qu'il restait encore des gens prêts à aider une gamine au hasard dans ce monde foiré à la morale douteuse ?) je m'enquis avec sincérité :

-Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?

Parce qu'il était une bonne personne et qu'étant la seule à pouvoir le voir, j'étais aussi probablement la seule à pouvoir l'aider avec tout ce qu'il pourrait bien désirer. Je ne pouvais pas promettre d'accéder à sa requête, mais je ferais tout mon possible dans la limite du raisonnable.

-Non, je n'ai besoin de rien, refusa-t-il rapidement avant de s'arrêter pour y réfléchir un peu plus longuement. Bien que... Est-ce que cela te gênerait beaucoup d'aider mon Hiroko-chan, gamine ? Ma petite sœur commence à se faire vieille, tu sais. Elle pourrait avoir besoin d'un coup de main ou deux pour porter ses courses ou désherber notre vieux jardin...

C'était étonnamment peu et beaucoup à la fois. Peu, parce que cela ne nécessiterait aucune compétence spéciale ni ne me demanderait de révéler mon talent. Beaucoup, parce qu'alors je serais obligée d'interagir avec les gens (ce que j'évitais généralement) et que cela réclamerait une bonne partie de mon temps.

Pesant le pour et le contre, j'hésitai un moment afin de finir par m'avouer vaincue. Je ne pouvais pas lui refuser cette simple requête. C'était peut-être stupide, mais j'avais l'impression que le Destin venait de m'offrir sur un plateau d'argent la rédemption que je désirais tant.

-Je ne pourrais pas être là tous les jours, tempérai-je toutefois, mais je ferai de mon mieux pour lui venir en aide.

Le sourire aveuglant qu'il m'adressa me réchauffa le cœur et, finissant par me séparer de lui pour retrouver l'enfant à qui j'avais parlé trois jours auparavant, je rejoignis le parc avec une bonne humeur retrouvée.

Je l'ignorais à ce moment-là mais cette décision serait le précurseur de beaucoup d'autres qui changeraient ma vie. Et que je le veuille ou non, la première page de mon destin venait de s'écrire.


Bonsoir tout le monde ! J'espère que vous allez bien. Un petit mot de fin pour vous encourager à laisser une review et vous informer que ce chapitre fait près de 4000 mots ! Ils ne seront pas toujours aussi longs (vers 2500 mots environ plutôt), mais j'ai eu pas mal d'inspiration. Et s'il est vrai qu'il ne se passe pas nécessairement «grand chose», c'était inévitable de passer par là. J'espère que vous aurez tout de même apprécié !

À la prochaine !

Plume de Nuit.