Une Fleur de Cerisier
Disclaimer : Naruto ne m'appartient pas. Tous les droits vont à Kishimoto et cie, et je ne fais pas non plus de bénéfices sur cette fanfiction (même si, honnêtement, ce serait le pied !)
Mot d'auteur :
Hello tout le monde !
Je m'excuse pour mon retard mais j'ai eu quelques soucis personnels à gérer : ma soeur a eu droit à ses «premières» crises d'épilepsie, elle a fini à l'hôpital et ma merveilleuse Princesse a attrapé un très gros, vilain et super méchant rhume mêlé à une fichue bronchite. Si on ajoute à cela un chez-moi dans lequel il pleuvait autant dedans que dehors à cause de fuites d'eau provenant du toit (par chance ça vient tout juste d'être réparé après avoir gueulé pendant près de deux mois pour que ça avance : je suis locataire et c'était l'assurance du propriétaire qui devait s'en charger...). Bref, vous voyez le topo ?
Enfin, malgré ça j'ai réussi à pondre ce chapitre qui fait plus de 4100 mots (contre les 2000 qu'il était censé faire) donc je suppose que je suis pardonnée ? En plus il y a une surprise pour vous pendant la deuxième moitié de ce chapitre. Alors j'espère que vous ne m'assassinerez pas !
En vous souhaitant une bonne lecture !
Plume de Nuit.
Réponses reviews :
Merci pour ta review, Yasumin J ! J'aime aussi beaucoup les interactions avec les fantômes et, comme j'ai pu le dire précédemment, cela sera très important pour la suite. Sakura se sent coupable, oui. Elle est une adulte et elle voit très bien le mal qu'elle cause involontairement autour d'elle. Elle reste une bonne personne au fond d'elle-même alors cela me paraît logique. La situation est incroyablement douloureuse pour Mebuki, oui, et c'est tout à fait compréhensible. Pour elle, Sakura est sa fille. Alors entendre qu'elle devrait la remplacer n'est sûrement pas facile. Les Haruno et Sakura ont une relation difficile mais j'essaie de faire en sorte que l'on puisse comprendre les deux parties. Tout n'est pas rose dans la vie, malheureusement. La suite devrait progressivement s'éclaircir. En ce moment Sakura est focalisée sur les inconvénients de sa renaissance mais elle apprendra à s'ouvrir aux autres et, se faisant, réapprendra le goût de vivre tout simplement. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira. N'hésite pas à laisser une review, je te répondrai assurément ! Bye et prends soin de toi !
Hello Naoli ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira et que la direction prise sera à ton goût. L'atmosphère se fera de moins en moins pesante et Sakura apprendra à aimer sa nouvelle chance au fur et à mesure. En ce moment elle reste cloîtrée dans son mal-être et ses idées, alors s'ouvrir aux autres sera très bénéfique. On voit d'ailleurs une partie des avancées de sa psyché dans ce chapitre (Mais chut ! Je ne dirais rien de plus !). Rendra-t-elle service à des morts ? Question, question... Mais je crois que tu as déjà la réponse ! ^^ Je te souhaite une bonne lecture ! Bis et à toute !
Bien le bonsoir, Akilae ! (Ou bonjour, selon l'heure à laquelle tu lis ce chapitre... ^^) Je suis vraiment touchée par tes compliments. Je fais du réalisme mon credo avec cette histoire. Que ce soit dans les actes ou le mental des personnages. C'est incroyablement important pour moi. Et oui, beaucoup de douleur dans le dernier chapitre, mais cela va pas à pas s'atténuer. En ce moment Sakura ne sort pas et a tout son temps pour se morfondre et maudire sa réincarnation. Elle n'a pas encore eu le loisir de constater ce que cela pourrait lui apporter de bien aussi. De manière que je l'espère réaliste, elle va s'ouvrir pas à pas aux autres et réapprendre à aimer la vie et à en profiter. J'espère que tu ne m'en voudras pas pour le retard en tout cas et croise les doigts pour que ce chapitre te plaise aussi. (Et j'ai eu 20 au contrôle au fait ! Ton «bonne chance» a dû fonctionner ! ^^) Tu veux voir l'un des Rookie 9 ? Qui sait, lis et tu seras peut-être servi ? Bonne lecture en tout cas et à bientôt !
Merci pour ton com', Lia9749 ! Contente que mon précédent disclaimer t'ait plu ! Pas d'originalité dans celui-ci cependant... Tu as tout fait compris le soucis avec cette Sakura-ci. Cela ne va toutefois pas rester ainsi pour toujours et en s'ouvrant aux autres elle apprendra à reprendre goût à la vie et à en profiter ! C'est une fic qui mêle à la fois psychologie, réalisme et aventures. Donc on va la voir pas à pas reprendre du poil de la bête ! Tu l'as vu et compris, les fantômes seront très importants, oui ! Ils sont l'un des piliers de cette histoire et non une lubie de ma part. Concernant les techniques qu'elle pourrait ou non apprendre dans son coin... Je ne te répondrais pas ! Autant garder un peu de mystère... ^^ J'espère que ce nouveau chapitre te plaira. Bye et prends soin de toi !
CHAPITRE 4
Mettre la main sur le jeune fantôme fut étonnamment beaucoup plus facile que je n'aurais pu l'imaginer. Assis au pied de l'un des arbres qui bordaient l'aire de jeux, il regardait d'un air triste et résigné les deux gosses qui jouaient en riant sur la balançoire. Les bleus qui parsemaient son corps frêle n'avaient rien perdu de leur intensité et sa pâleur cadavérique me choqua toujours autant. J'ignorais si sa couleur de peau résultait de son décès ou si cela était davantage dû à une santé fragile de son vivant, mais cela n'empêcha pas mes tripes de se nouer douloureusement. Je pouvais être une véritable garce avec les gens quand je le voulais, mais la personne à qui je faisais face à cet instant-là n'était qu'un enfant. Un môme qui, le jour de sa mort, n'avait pas dû avoir plus de huit ans.
Imaginer les choses qui auraient pu causer son trépas dans ce monde despotique gouverné par les guerres et l'idéologie shinobi me retourna l'estomac, et ce ne fut que très difficilement que je parvins à contenir la bile qui menaçait de franchir la barrière de mes lèvres. Je n'étais pas là pour être malade en me contentant de contempler le terrible tableau qu'il faisait, non. Je m'étais plutôt promise de l'aider du mieux de mes capacités, d'écouter tout ce qu'il pourrait bien avoir à me dire et de briser l'affreuse solitude qui semblait ne jamais le quitter. Et cela peu importe les efforts qui me seraient demandés compte tenu de mon aversion certaine pour toutes les situations qui requéraient un tant soit peu de relation humaine.
Avançant lentement dans sa direction, le bruit des quelques brindilles que j'écrasai par mégarde attirèrent son attention. Avisant ma présence à laquelle il ne s'attendait vraisemblablement pas, il écarquilla les yeux avant qu'un large sourire ne vienne orner son visage enfantin.
-Sakura-chan ! s'exclama-t-il avec une telle joie mêlée de surprise que je sentis mon cœur fondre.
Le bonheur qui transparaissait dans chacun de ses traits allégea les lourdes pensées qui tourmentaient mon esprit et je me mis à sourire à mon tour. Marchant désormais d'un pas plus léger et plus affirmé, je ne mis que quelques secondes à arriver à sa hauteur.
-Un ami ne peut en faire attendre indéfiniment un autre, non ? répondis-je avec une pointe de bonne humeur à la question qu'il n'osa pas me poser.
Je n'avais en effet guère besoin d'être devin, médium ou Yamanaka pour comprendre qu'il se demandait pourquoi je retournais le voir après ma cascade qui avait eu lieu quelques jours plus tôt. Si j'avais été à sa place, j'aurais eu les mêmes interrogations.
-Je ne pensais pas que tu reviendrais, souffla-t-il quelques instants plus tard avec une pointe d'incrédulité.
-Je sais, admis-je en grimaçant légèrement.
Aussi honteux que cela soit, je devais avouer en avoir douté moi aussi. Réincarnée de force dans un monde régi par la violence, la tyrannie et la mort, je n'avais eu aucune envie d'avoir à m'inquiéter en plus de tout cela de fantômes en perdition et avais ainsi caressé pendant un petit moment la douce illusion que faire l'autruche pourrait être une solution viable. Ma boussole morale défaillante avait heureusement finit par me faire changer d'avis cette fois-ci : un gosse n'aurait jamais dû à pâtir de mes états d'âme. Il n'avait rien demandé, lui.
Forçant le sourire qui menaçait de me quitter à rester sur mes lèvres, je me tins un peu plus droite et annonçai calmement sans montrer mon tumulte intérieur :
-Nous n'avons pas encore eu l'occasion de nous présenter officiellement. Tu connais peut-être mon nom mais je ne peux pas dire que ce soit la même chose pour moi. Alors : enchantée de faire ta connaissance. Je m'appelle Haruno Sakura, je suis une civile et j'ai quatre ans, finis-je avant de m'incliner légèrement.
Ce n'était qu'une imitation extrêmement grossière des présentations officielles auxquelles se livraient les culs pompeux de ce nouveau monde, mais la formalité n'avait jamais été dans mes gènes. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je lui aurais balancé un «Salut ! Moi c'est Sakura, le reste en s'en fout.». Sauf que, évidemment, cela n'aurait pas été du plus bel effet. «À Rome fait comme les romains.» disait un vieux dicton. On ne pouvait pas nier que j'essayais.
Ne prenant guère ombrage de la nullité de mon salut supposé officiel, il se mit à rire aux éclats avant de s'incliner juste après s'être exclamé :
-Enchanté de faire ta connaissance Sakura-chan ! Mon nom est Suzuki Daiki, mais tu peux m'appeler Daiki-sempai ! J'étais un shinobi et maintenant je suis un fantôme super génial !
Il y avait une telle bonne humeur dans ses paroles, un tel plaisir que je me détendis instantanément. Toutefois, je ne risquais pas de m'amuser à utiliser l'honorifique «sempai» avec lui. Ce n'était qu'un môme et j'avais été beaucoup plus vieille que lui le jour de ma mort ! Alors si je voulais bien accepter un certain nombre de choses, le considérer comme un mentor serait peut-être pousser le bouchon un peu trop loin.
M'asseyant à ses côtés, plutôt heureuse de constater qu'il n'y avait pas grand monde au parc ce jour-là et remerciant Kami que personne ne se trouve à proximité immédiate, je m'interrogeai un instant sur les choses qu'il m'était ou non possible de lui révéler. Il était un fichu fantôme, alors ce n'était pas comme s'il pourrait courir au Bureau de la Torture et de l'Interrogation pour leur répéter ce que je lui aurais confié, mais me croirait-il seulement lorsque je lui aurais dit la vérité ?
-Tu sais, tâtonnai-je un peu avant de me lancer tête baissée dans mon incroyable bêtise, je suis morte aussi, techniquement.
Si un fantôme pouvait mourir une deuxième fois, j'aurais peut-être paniqué. Paraissant à deux doigts de l'apoplexie, il me semblait presque l'avoir cassé. Les yeux écarquillés, la bouche la grande ouverte, il était tellement surpris par ma déclaration qu'il avait gelé. C'était à la fois amusant et terrifiant. Amusant car ce n'était pas une expression que l'on voyait couramment sur le visage de quelqu'un, et terrifiant que je redoutais sa réaction une fois qu'il se serait remis de son choc émotionnel.
-J'avais vingt-cinq ans quand c'est arrivé, continuai-je tant que je le pouvais encore. Je me suis noyée à cause de ma propre stupidité.
C'était beaucoup plus que tout ce que j'avais déjà pu révéler par le passé. Je n'avais même jamais prévu de raconter cela à qui que ce soit. Confier ce secret à un être vivant aurait été beaucoup trop dangereux. Je n'avais pas besoin de beaucoup d'imagination pour comprendre que ma tête aurait été envahie par un Yamanaka. M'aurait-on ensuite fait taire définitivement pour ne pas risquer que cela s'ébruite ? M'aurait-on jetée à Danzô pour un lavage de cerveau dans les règles de l'art ? Je ne savais pas, mais une chose était sûre : le résultat n'aurait certainement pas été en ma faveur.
-Je..., souffla le gosse en reprenant ses esprits avant de me sourire avec hésitation. Et bien ça craint.
Venant de lui cela sonna de façon si naturelle que je ne pus empêcher un grand éclat de rire soulagé de sortir de ma poitrine. Me gagnant une œillade méfiante de la part de l'une des deux mères de famille qui se trouvaient à une trentaine de mètres de là, je ne pris pas la peine de m'en soucier.
-Ouais, ça craint, admis-je. Ça craint vraiment.
Pas à pas, nos langues commencèrent à se délier. Je lui parlai de ma mère qui me manquait tant, de mes frères et sœurs à qui je tenais mais dont ma relation avec eux s'était détériorée suite aux mensonges que j'avais pu leur dire, aux secrets que j'avais pu tenir. Je lui racontai les soucis que j'avais eu avec mon père, cette impression écrasante de ne jamais faire assez, de ne jamais être à la hauteur de ses attentes.
Je lui décrivis mon monde, ses habitants, certaines de nos coutumes. Je lui narrai les différents Noël que j'avais pu passer là-bas, lui confiai à quel point cette fête qui n'existait pas ici m'importait et me manquait, ce petit bout de chez moi que je ne retrouverais jamais. Je l'informai aussi de la passion que j'avais pu nourrir pour la géologie, de cette fascination écrasante pour les grottes que je trouvais magnifiques et tellement propices à l'imaginaire. Se faisant, j'en vins à aborder le sujet de ma mort. Je lui exprimai mes regrets, mon incapacité à communiquer avec mes nouveaux parents et la tension qui en résultait. Il m'écouta et pas une fois ne m'interrompit.
Quant à lui il me parla de son clan, de sa famille à laquelle il avait été tant attaché. Je découvris qu'il était né sept ans avant la création de Konoha et que son clan, bien que petit, avait été l'un des acteurs majeurs de la dernière guerre précédant l'Ère des Villages Cachés. Il me révéla que les siens avaient noué une alliance commerciale puissante avec les Uchiha et que les Senju, en guise de représailles, avaient noyé leurs champs, détruit leurs maisons et tué leurs bestiaux. Il m'expliqua la façon dont cette attaque avait été le début de la fin pour sa famille.
D'un ton lourd et plein de chagrin, il me confia que la famine avait fini par s'abattre sur leur petit village. Il me conta la mort de sa mère alors qu'il n'avait que trois ans et, deux ans plus tard, celle de son frère aîné. Retraçant les terribles moments qu'avaient vécu les Suzuki, il m'informa finalement que pour survivre ils avaient dû prendre les armes et apprendre à se battre aux côtés des plus puissants pour quelques misérables yens que les seigneurs leur donnaient en échange de leur entrée en guerre. Il me raconta comment, alors qu'il venait à peine de fêter ses cinq ans, son père l'habilla d'une armure légère avant de lui confier sa première lame. Il partait en guerre lui aussi désormais.
Nous n'abordâmes jamais le sujet de sa mort, et à vrai dire je craignis sa réponse. Je me doutais qu'elle ne devait pas être joyeuse, probablement avait-elle eu lors de l'une de ses missions, et cela me tordit le cœur de façon extrêmement douloureuse. Tout ce qui venait de m'être conté me fit voir Konoha d'une manière un peu différente du passé. Je ne pouvais m'arrêter de songer au lavage de cerveau que subissaient les enfants à l'académie, de cette apologie de la violence et de la guerre pour régler les conflits, mais je pouvais désormais voir également la façon dont son existence avait déjà réussi à changer les choses. Je me souvins de ces lois qui protégeaient désormais un plus grand nombre d'enfants et leur permettaient d'obtenir une éducation, de la nourriture, un toit et une chance de survie.
Mon éducation française qui avait eu pour axe principal de faire de moi une pacifiste convaincue avait plutôt bien réussi son travail mais je pouvais désormais comprendre ce que j'avais rejeté en bloc quelques temps plus tôt. Je haïssais la violence mais je me rendais bien compte qu'elle était un élément essentiel de ce monde. Alors si tout à chacun devait être menacé, peut-être que fournir les armes pour se défendre n'était pas une si mauvaise chose. Cela ne ferait qu'alimenter le cercle infernal dans lequel les shinobi semblaient s'être irrémédiablement empêtrés, mais j'avais la foi qu'avec du temps et beaucoup de travail et de volonté cela pourrait s'arranger. Naruto ne serait-il pas le précurseur de ce changement après tout ?
Je ne vis pas le soir tomber. Un instant le soleil était encore haut dans le ciel, et le suivant de douces lueurs orangées berçaient la cime des montagnes au loin. Sautant sur mes pieds alors que Daiki me racontait la fête qui avait eu lieu lors de l'annonce de la paix entre les Senju et les Uchiha, je me fustigeai mentalement pour ne pas avoir remarqué l'heure tardive. Je n'étais par chance pas encore totalement en retard, mais j'allais devoir me dépêcher si je ne voulais pas les Haruno rameutent tous les shinobi du village pour partir à ma recherche.
-Il va falloir que je parte, informai-je le Suzuki avec un sourire alors que l'ombre formée par les arbres du parc semblaient l'avaler tout entier. Ou Mebuki et Kizashi auront ma tête.
Souriant à son tour, le gosse se releva et épousseta quelques poussières invisibles sur son vieux pantalon troué.
-Ça marche. Mais reviens vite, d'accord ? C'était vraiment sympa de pouvoir parler avec toi, Sakura-chan !
Parce que je ne pouvais vraiment pas lui refuser ceci et que je commençais à beaucoup l'apprécier, j'acceptai sans trop me poser des questions.
-Je ferais de mon mieux, Daiki-kun, lui promis-je.
Semblant heureux de ma réponse, il fronça les sourcils quelques instants plus tard et sembla un peu indigné :
-Sakura-chaaaan ! se plaignit-il. Je t'ai dit de m'appeler «sempai» !
Il semblait si malheureux de mon refus de le voir comme un mentor que je ne pus qu'en rire. Lui faisant un vague «au revoir» de la main, je m'amusai avant de partir en courant :
-Peut-être un jour mais pas maintenant, Daiki-chaaaan ! fis-je en insistant lourdement sur cette honorifique destiné aux petites filles et aux amies proches.
Inquiète à l'idée que les Haruno ne me laissent plus sortir seule dans le village, je ne pris pas la peine de me retourner une dernière fois vers le jeune shinobi. Se faisant, je manquai de peu le nouveau fantôme qui, tout d'orange vêtu ou presque, profita de mon départ pour rendre visite au môme. Ne pas le voir fut probablement une bonne chose d'ailleurs, car j'aurais sûrement mortellement paniqué si je l'avais fait.
Me hâtant comme si le diable était à mes trousses, calculant avec un certain désespoir mon retard en fonction de la nuit qui commençait à s'installer et aux réverbères qui s'allumaient, je n'accordai pas beaucoup d'attention à ce qui se trouvait sur mon passage. Le souffle court, les joues rouges, ma veste ouverte claquant contre mon corps lors de mes plus grandes enjambées, je ne remarquai pas l'individu qui sortait tout juste d'une ruelle adjacente.
Le percutant de plein fouet, je m'écroulai au sol avant de maudire vertement ma malchance. Embourbée dans mon auto-apitoiement, je mis un peu de temps avant de me rendre compte que l'être que j'avais percuté n'avait pas prononcé un mot et qu'il était toujours à terre.
Lui jetant finalement un regard, je sentis la culpabilité me gagner en constatant qu'il faisait une tête de moins que moi et que, même si la faible luminosité ne me permettait pas de distinguer correctement les traits de son visage, il m'était facile de deviner qu'il ne devait pas avoir plus de trois ans. Ce n'était encore qu'un bambin...
Mes yeux parcourant ses membres frêles, son short déchiré qui n'était certainement pas approprié compte tenu de la fraîcheur nocturne qui arrivait et son vieux t-shirt blanc qui était bon à laver voir à jeter, je fronçai les sourcils. Je ne pouvais certainement pas le laisser là comme ça. Pestant contre mon mauvais karma et imaginant très bien la façon dont mes tuteurs allaient m'accueillir une fois que je rentrerais, je poussai un long soupir défaitiste avant de m'approcher du môme.
-Ça va ? lui demandai-je en me baissant à sa hauteur.
Le manque de réverbère à cet endroit-là m'obligea à plisser les yeux et je ne distinguai de lui que ses courts cheveux blonds et ses iris bleutées. M'observant avec attention, il ne semblait pas prêt de me répondre.
-Que fais-tu ici à cette heure tardive de toute façon ? Tes parents savent que tu es ici ?
Cette question était valable pour moi aussi, techniquement. Je n'avais fêté mes quatre ans que quelques jours plus tôt et même si les parents de ce monde s'avéraient beaucoup trop laxistes à mon goût, se balader en pleine nuit dans les rues n'étaient toujours pas quelque chose d'acceptable pour la société. Mais bon, ce n'était pas comme si j'étais vraiment une gamine de toute façon. J'étais une adulte dans le corps d'un enfant. J'avais donc une excuse.
Ne me répondant toujours pas, je fis encore face à ses yeux de bébé faon effrayé. Soupirant bruyamment, je sentis un mal de crâne terrible venir. Dans quelle situation merdique venais-je à nouveau de me fourrer ?
-Tu as quel âge de toute façon ? Trois ans ?
-Trois ans et demi ! cria de manière inattendu le gosse outré de ma supposition.
Trois ans ou trois ans et demi étaient pour moi la même chose, mais je n'allais pas le lui faire remarquer. M'offusquant plutôt du fait qu'un gamin aussi jeune était autorisé à traîner seul le soir, je préparai mentalement le speech que j'allais servir à ses parents. J'allais totalement les massacrer.
-Bien ! m'exclamai-je avec une fausse bonne humeur. Alors le muet a une voix...
Avisant les mains qu'il se frottait en grimaçant, je les lui attrapai de force avant de maudire à voix basse.
-Viens, on va nettoyer ça à la fontaine, soufflai-je en indiquant ses paumes égratignées.
Ce n'était pas grand chose, juste quelques écorchures sur sa peau pâle, mais je me sentis affreusement coupable. Il n'aurait jamais été blessé si j'avais pris la peine de regarder où j'allais.
Me relevant, je l'agrippai par le poignet avant de le tirer à ma suite. S'il protesta pour la forme, il ne se débattit heureusement pas avec virulence et il me fut assez aisé de le traîner jusqu'au point d'eau qui se trouvait à quelques rues de là. Croisant une petite dizaine de passants qui nous jetèrent un regard mauvais, je les ignorai brillamment. Peut-être pensaient-ils que nous allions faire des bêtises, mais je m'en moquais éperdument. J'avais d'autres chats à fouetter à ce moment-là.
Perdant peu à peu son expression effrayée, le bambin commença à m'observer avec une certaine adoration. C'était un peu effrayant, mais je comprenais assez facilement que mon aplomb et mon caractère difficile devait le fasciner. Ça ne devait pas être tous les jours qu'un autre gamin l'entraînait sans qu'il ait son mot à dire !
Laissant le soulagement m'envahir lorsque nous parvinrent enfin au lieu tant attendu, je ne pris pas la peine de l'avertir avant d'ouvrir le robinet qui jouxtait la fontaine et de lui laver les mains. Probablement aurait-il pu le faire seul, mais je préférais être certaine qu'il ne restait pas le moindre grain de poussière dans les petites plaies qui parsemaient ses paumes. Satisfaite de mon travail, je me mis à sourire avant de relever la tête.
Si auparavant la faible luminosité de la ruelle ne m'avait pas permis de le distinguer clairement, le réverbère qui éclairait la fontaine et les quelques bancs qui l'entouraient ne m'offrit pas le même luxe. Car si ses yeux bleus brillant de larmes retenues et la reconnaissance absolue sur les traits de son visage firent bondir mon cœur dans ma poitrine, ce fut les moustaches sur ses joues qui eurent raison de ma santé mentale.
M'étouffant sous le coup de l'émotion, me demandant pourquoi ces choses n'arrivaient qu'à moi, je faillis trébucher sur mes propres pieds en reculant involontairement d'un pas. Remarquant immédiatement l'air blessé qui s'installa sur son visage enfantin, je me forçai à reprendre contenance. Lui offrant un doux sourire que j'espérais rassurant, je me présentai sommairement :
-Je suis Sakura, au fait. Et toi ?
Car j'avais beau savoir qui il était en réalité, jamais Haruno Sakura n'aurait dû posséder cette information. Cela ne l'aurait tout simplement pas fait.
Paraissant rassuré par mes quelques mots qui n'avaient rien d'offensants, il s'égaya et s'exclama avec entrain :
-Uzumaki Naruto, 'ttebayo ! Et je serai le shinobi le plus cool du monde !
Cela, je n'en doutais pas vraiment. Son refus obstiné d'abandonner ses camarades, sa constante recherche d'une solution pacifiste m'amenaient à croire qu'il serait l'un des plus grands shinobi à parcourir le monde ce millénaire-ci. Et ce n'était pas seulement une connaissance du manga de Kishimoto qui me poussait à croire en lui, non. C'était aussi l'étincelle que, même maintenant, je parvenais à voir dans son regard azur.
-J'en suis sûre, lui assurai-je avant de lui demander d'un ton un peu plus inquisiteur. Où habites-tu pour que je puisse te ramener ?
Je n'avais aucun doute que plusieurs Anbu avaient la charge de le surveiller et sans aucun doute étions-nous épiés à ce moment-là, mais comment pouvais-je leur faire confiance pour son retour quand il était toujours dehors à une aussi tardive ?
-Je vis à l'orphelinat, me confia-t-il d'une voix un peu plus hésitante. Mais la matrone m'a mis dehors pour la journée. Elle n'a pas aimé les grenouilles que j'ai ramenées.
Cela me donna à la fois l'envie de rire, de pleurer et de crier. J'imaginais très bien le gosse se ramener avec sa petite colonie visqueuse, ces créatures se mettant à bondir joyeusement dans l'orphelinat et terrorisant la plupart des individus de l'établissement. Toutefois, jeter un bébé de trois ans dehors pour toute une journée me révoltait et ce fut à grand peine que je retins mes insultes envers la matrone de l'orphelinat.
-Et tu l'as dit à quelqu'un ? m'enquis-je avec un peu d'espoir.
J'espérais vraiment que le Sandaime était au courant de cette mésaventure. Peut-être pourrait-il remettre les pendules à l'heure avec le personnel de l'établissement et leur rappeler l'importance de leur jeune charge.
-Euh, euh, acquiesça-t-il en hochant la tête avant de déclarer solennellement, je l'ai dit à jiji. Il a dit que s'ils ne voulaient pas que je reste ce soir aussi je devais le lui dire.
Mon sang se glaçant dans mes veines, je n'en revins pas. Ce n'était que ça ? Pas de discussion avec ces connards qui pensaient que foutre à la rue un tout jeune môme était acceptable ? Peut-être n'était-ce rien pour l'Hokage qui devait gérer les tentatives d'assassinat ayant régulièrement lieu contre leur jinchûriki, mais cela me paraissait invraisemblable. Ce qui était arrivé à Naruto n'était pas tolérable, et si dire ma façon de penser à ce fichu jiji ne m'aurait pas valu de gros ennuis, je lui aurais sûrement mis mon poing dans la figure.
Ne montrant rien à l'Uzumaki qui me regardait avec une toute jeune dévotion qui me terrifia quelque peu, je lui pris la main avant de l'accompagner jusqu'à l'orphelinat. Je n'aimais pas l'idée de le laisser là-bas mais ce n'était pas comme si je pouvais tout à coup le kidnapper et l'imposer à mes parents. Je n'aurais pas été sûre de leur réaction et j'étais assez certaine que jamais le Conseil ne m'aurait laissé faire.
La matrone qui nous accueillit ne nous adressa pas le moindre sourire et envoya Naruto dans sa chambre au moment-même où il se présenta à la porte. Me fixant d'un œil inquisiteur, elle m'exhorta rapidement à rentrer chez moi.
Furieuse et me sentant terriblement impuissante, j'eus pour la première fois cette irrésistible envie de me battre pour quelque chose. M'en aurait-on donné l'occasion que j'aurais certainement frappé cette mégère avant de la tourmenter comme elle devait sûrement tourmenter l'hôte du Kyûbi. La lassitude de ma renaissance et la colère contre ma situation s'apaisaient, mais elles étaient remplacées par ce désir sauvage de pouvoir changer les choses, de les améliorer quelque soit le prix que cela me demanderait de payer.
Arrivant chez moi alors que le soleil s'était couché depuis un moment, je fus accueillie par le visage de pierre de mes tuteurs. Ouvrant la porte de la maison, ils ne dirent pas un mot et se contentèrent de me fixer impassiblement. Bizarrement, cela me terrifia plus que tout autre chose.
-Je sais que je suis en retard, soufflai-je en me demandant comment sortir de ce mauvais pas. Mais... je me suis perdue sur la route de la vie ?
J'avais toujours trouvé cette réplique particulièrement amusante et avais toujours rêvé de pouvoir un jour la placer. De plus, compte tenu du fait que leur parler de Daiki aurait été plutôt compliqué et que je craignais leur réaction face à la mention de l'Uzumaki, je ne pouvais pas vraiment leur dire la vérité. J'espérais simplement que ce trait d'humour ne signerait pas ma fin.
Sa main venant frotter l'arrête de son nez, Kizashi soupira.
-Tu nous as vraiment inquiété, Sakura-chan, me gronda-t-il.
Me dandinant sur mes pieds, mal à l'aise et ne sachant trop quoi dire, je me contentai d'une vague vérité :
-Pardon, m'excusai-je avant de m'incliner maladroitement. J'ai dû ramener mon nouvel ami à l'orphelinat et j'ai perdu du temps.
Comme si j'avais appuyé sur un bouton magique, je vis le corps des Haruno se détendre légèrement. Ils devaient vraiment s'inquiéter de ma vie sociale si une telle nouvelle les soulageait autant.
-On peut comprendre cela, avança Mebuki. Mais que cela ne devienne pas une habitude.
Ne comptant pas réitérer une telle soirée qui s'était révélée incroyablement éprouvante pour mes nerfs, je leur offris l'un de mes rares sourires avant de déclarer avec solennité :
-Je promets.
Nous l'ignorions tous les trois à ce moment-là, mais ce retard ne serait finalement pas une exception dans une vie bien rangée au cadre ordinaire. Ce ne serait en réalité que le premier de beaucoup d'autres.
Une petite review pour la fin ?
PS : J'avais annoncé des chapitres entre 2000 et 2500 mots, finalement on tourne davantage autour des 4000 (et même plus!). Les publications risquent donc d'être un peu espacées, mais pas de panique, je n'abandonne pas !
