Comme pour le précédent, la chronologie de celui ci est un peu vague. Après le 17x02 ou bien le 17x11 si l'on en croit l'une des phrases de Nick à propos de Ziva, et avant l'accident du 17x14.
Dans un bar, une femme s'avança jusqu'au comptoir. D'un geste souple, elle enleva son manteau pour découvrir une robe moulante avec un profond décolleté dans le dos. Ses cheveux blonds étaient attachés en queue-de-cheval. C'était comme ça que Charlie aimait les porter, peu importe les circonstances.
D'un pas assuré, elle réduit chaque seconde un peu plus la distance qui la séparait du comptoir. L'objectif ultime de tout client qui passait la porte.
Les hanches de la jeune femme ondulaient à chacun de ses pas. Pas assez pour être vulgaire, mais suffisamment pour détourner un bon nombre de regards. C'était le genre d'effet que faisait Charlie.
Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle, espérant y apercevoir l'homme qu'ils cherchaient. Cela faisait une bonne semaine que la mission avait commencé, mais la prise de contact était compliquée. Le seul spectacle qu'elle pût voir fut celui se déroulant plus loin, autour de la piste de danse éclairée au sol par des néons. Là ou des clients paressaient dans des canapés en cuir noir n'essayant même pas de masquer les regards lubriques qu'ils lançaient aux femmes qui dansaient quelques mètres devant eux.
Charlie détourna rapidement le regard. Pour essayer d'alléger sa peine, Victor avait mis le NCIS sur la piste d'un autre trafiquant qui opérait en toute discrétion sous la couverture de son club. Régulièrement, il détournait des livraisons d'armes sur les bases militaires de la région pour les remplacer par des contrefaçons. Il ne lui restait ensuite qu'à vendre le matériel américain au plus offrant, ou s'en servir pour ses affaires personnelles. Son manège était bien ficelé, surtout à cause de contacts à l'intérieur des bases qui n'avaient toujours pas été identifiés.
Leur chance de pouvoir mettre au grand jour ce trafic et l'arrêter reposait sur l'arrogance de l'homme de tête qui, d'après les dires de Victor, participait souvent aux divers coups et braquages qu'il planifiait afin de pouvoir ensuite se vanter de leur réussite.
Si l'information de Victor s'était révélée intéressante, en prouver la véracité était une autre paire de manche. L'homme connu sous le nom de Nash était soit très occupé, soit très suspicieux quand il s'agissait de rencontrer de potentiels hommes de main. Probablement les deux, car jusqu'à présent, leurs rencontres n'avaient rien donné de très fructueux, et Charlie et Luis comptaient sur cette soirée pour essayer de se rapprocher à nouveau de Nash et le persuader de rejoindre son équipe.
À l'instant où elle s'assit sur l'un des tabouret à l'aspect un peu douteux, un homme l'aborda. Ellie réprima un soupir, au moins il avait attendu que Charlie arrive au comptoir, c'était déjà ça de pris. Le gentleman siffla le barman pour prendre leur commande sans même prendre la peine de demander ce qu'elle souhaitait boire.
C'était un homme brun, dans la trentaine, très quelconque et surtout passablement ivre. Il entama la conversation, et continua même de la faire tout seul ce qui ne déplut pas à Ellie, ou à Charlie. Peu importait, les deux étaient contentes de n'avoir qu'à faire semblant de s'y intéresser en hochant la tête et en ne répondant que par des monosyllabes. Bon sang, que fichait Nick ! pesta-t-elle intérieurement en jetant des coups d'oeils régulier vers l'entrée. Il aurait déjà dû être là depuis longtemps.
Charlie se retrouva donc à tuer le temps avec cet homme ivre qui enchaînait les compliments sur son physique, des questions sur le sens de la vie et qui essayait tant bien que mal de l'inviter à danser.
Au-delà du fait qu'elle n'avait aucune envie de se retrouver à moins d'un mètre cinquante de distance de cet individu, elle doutait sérieusement qu'il puisse être capable de tenir debout et de coordonner ses pas.
Alors qu'elle s'apprêtait à détourner habilement, une fois de plus, une énième invitation à danser, la jeune femme fut stoppée par quelqu'un approchant dans son dos. Ce n'était pas trop tôt, elle commençait à croire qu'il avait oublié qu'ils avaient une mission sur le feu.
Avant même de l'avoir dans son champ de vision, Ellie sentit un bras enlacer ses épaules, puis une main glisser dans son dos nu jusqu'au creux de sa taille. Un frisson parcouru le long de son échine, mais elle n'esquissa pas le moindre tressaillement.
La main de Nick était douce, et chaude, à tel point qu'elle avait l'impression que chaque parcelle qu'il touchait était chauffée à blanc, surtout à travers la fine épaisseur de tissu de sa robe.
Ellie garda la tête froide pour ne pas se déconcentrer, et se concentra sur le fait que son partenaire était enfin arrivé et allait pouvoir lui prêter main forte, même si le comportement de Luis était pour le moment celui d'un mâle primitif qui "marquait son territoire". C'était le genre de chose qu'Ellie n'aurait jamais supporté, mais pour ce soir elle était Charlie, et devait agir comme telle.
- Hey Luis, qu'est ce que tu fais ici ? minauda-t-elle en croisant les jambes.
- Je pourrais te poser la même question Charlie. Je croyais que ta tante à Bosa était très très malade, et que tu ne pouvais surtout pas la quitter.
- Tu sais les personnes âgées, on s'inquiète beaucoup pour pas grand chose, répliqua Charlie en agitant la main comme pour balayer les accusations de Luis.
- Ne me prends pas pour un idiot Charlie.
Ellie retint un sourire en coin. Le bon vieux coup du petit ami jaloux pour éloigner les invités indésirables. Un classique, mais toujours efficace. Et Nick le jouait à merveille.
- Je vais devoir te laisser, Mickael? Roger? Chris? peu importe…, déclara Charlie à l'intention de l'autre homme en accompagnant ses paroles de petites tapes amicales sur son épaule.
Charlie laissa derrière elle la boisson à laquelle elle n'avait pas touché, ainsi que l'homme dont elle n'était pas vraiment sûr qu'il ai suivi toute la situation. Luis se contenta de garder une main autour de la taille de sa partenaire pour l'emmener à une table plus loin. Cela devrait dissuader les autres ivrognes qui lorgnaient sur la belle Charlie de s'approcher et ils seraient plus à l'aise, et à l'écart, pour discuter.
- Pourquoi tu as mis autant de temps ? demanda à mi-voix une Ellie passablement irritée. Ca fait une éternité que je t'attends.
- Relax Charlie, j'étais dans la voiture, j'ai reçu un appel un big boss. En plus, tu t'en sortais très bien sans moi, ajouta-t-il d'un air amusé avec son habituel sourire en coin.
Face à l'argument Vance, Ellie se contenta d'une moue pour signifier son désaccord.
- Par pitié, ne me laisse plus jamais avec ce genre de type, ou Charlie va allonger la liste des charges sur son casier judiciaire. J'ai l'impression d'être imprégnée de son odeur de bière, dit-elle avec dégoût en regardant sa robe et en plissant le nez.
- Pauvre homme, s'il savait à quoi il a échappé.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? questionna Ellie, ne sachant comme elle devait prendre la remarque.
- Que tu peux être dangereuse, souffla Nick sur le ton de la connivence.
Le sourire satisfait qui s'étirait sur le visage d'Ellie venait tout aussi bien d'elle-même que de Charlie. S'il y avait bien une chose que ces deux femmes avaient en commun, c'est qu'il ne fallait pas les sous-estimer.
La soirée était bien avancée quand, enfin, un homme s'avança jusqu'à la table de Charlie et Luis. Un gorille en costume qu'ils reconnurent comme l'un des gardes du corps de Nash.
Il les mena dans une pièce à l'arrière du club. La tapisserie clinquante couplée aux canapés en velours clouté et à la lumière diffuse donnaient à la pièce l'ambiance d'une chambre de maison de passe. Ellie se fit la réflexion que, de ce qu'elle en savait, elle n'avait aucune preuve que ce n'était pas le cas, mais se garda bien de tout commentaire. Cigare en bouche, un homme dans la cinquantaine les attendait confortablement assis dans l'un des fauteuils. L'odeur âcre de la fumée emplissait l'air.
Un regard avec Nick suffit à ce qu'ils comprennent qu'ils auraient tout les deux préférés être ailleurs. Mais être invité dans le bureau privé de Nash était bon signe. Leur persévérance avait payé. Dire qu'il leur faisait confiance était présomptueux, mais il semblait au moins considérer l'idée de faire affaire avec eux.
Il fallut peu de temps aux agents pour savoir ce que Nash attendait d'eux. Ils devaient faire leurs preuves, rapidement, en effectuant les missions qu'il leur dicterait, dans le but de voir si les escrocs Charlie et Luis étaient aussi doués, et utiles, qu'ils le prétendaient.
Il ne donna pas plus d'informations sur les missions en question, laissant Nick et Ellie dans un flou déconcertant. Pour ce qu'ils en savaient, il pouvait très bien leur demander d'abattre un piéton de sang-froid. À tâtons, Charlie et Luis essayèrent d'obtenir plus de renseignements. Ils ne s'étaient pas présentés comme de dociles hommes de mains, plutôt comme des atouts utiles, ce qui leur laissait une marge de manœuvre, mais fine. S'ils se montraient trop réfractaires, c'était leur couverture qu'ils risquaient. À contrecœur, ils finirent par accepter les conditions de Nash, conscient que la réussite de cette mission en dépendait.
Une demi-heure tard, ils se retrouvèrent hors du bureau, devant la sortie de service du club, loin des regards et leurs voix couvertes par les basses de la musique qui s'infiltraient à travers la porte.
- Tu ne peux pas y aller comme ça, sans que ça ai été préparé, déclara Ellie en passant rageusement une main dans ses cheveux.
- Tu préviendras Gibbs en Vance après mon départ, tu sais que je ne pouvais pas refuser.
- Je sais, je sais. Mais je...nous n'aurons aucun moyen de te joindre. Comment est-ce qu'on est supposé savoir que ce n'est pas un piège et qu'il ne va pas te tirer une balle entre les deux yeux dès que tu auras posé un pied là-bas ? En cherchant dans les journaux mexicains un article à propos d'un Américain mort ?
- Peut-être bien oui, répliqua Nick sur le coup.
Ellie lui jeta un regard noir.
- J'improviserais sur place, je me suis retrouvé dans des situations pire que ça reprit Nick d'un ton plus sérieux, mais avec une voix plus douce. J'ai l'habitude.
- Toi oui, mais moi non.
Même si elle en comprenait la nécessité pour leur enquête, Ellie n'approuvait toujours pas l'idée de cette mission, surtout si cela voulait dire qu'ils allaient être séparés pendant plusieurs jours sans moyen de communication.
C'était Luis qui ouvrait le bal de cette mise à l'épreuve. Dans une heure, il serait en route pour le Mexique avec deux hommes de Nash pour y vendre le dernier butin acquis quelques semaines auparavant.
Elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était un piège dans lequel il avait accepté de se jeter à pieds joint. Elle était préoccupée, et l'inquiétude avait toujours tendance à la mettre sur les nerfs, surtout si cela concernait Nick.
Pour Nick, cela signifiait simplement de renouer avec des vieilles habitudes, mais la détresse de sa coéquipière lui rappela qu'il était le seul des deux pour qui cela n'était pas une situation familière. Comme une vieille amie qui viendrait frapper à sa porte. Il s'était habitué à cette vie plus calme, plus sédentaire, mais la vie sous couverture serait toujours une seconde nature.
Ne sachant pas quoi dire d'autres, il fit disparaître l'espace qu'il y avait entre lui et Ellie pour la prendre dans ses bras. Il sentit son corps se tendre sous la surprise, puis se relâcher quand elle comprit ce qu'il essayait de faire. La réconforter, la rassurer, lui promettre qu'il comptait bien être de retour pour la revoir.
La peau de son visage était fraîche dans son cou et ses cheveux sentaient un mélange de shampoing et de fumée de cigare. C'était un curieux mélange, mais Nick en respira plusieurs grandes bouffées, pour s'apaiser à son tour. Les longues mèches blondes dans lesquelles il faisait danser ses doigts captaient la lumière du lampadaire au bout de la ruelle. Nick laissa son regard se perdre dans la contemplation de ces reflets.
- Je trouverais un moyen Ellie, ne t'inquiète pas. Je trouve toujours.
Charlie et Luis sont donc de retour.
La suite arrive bientôt
