Chapitre Deux


En ce qui concerne la cuisine, Kakashi avait fait l'expérience d'une sorte de plafonnement de capacité après la mort de son père il se rappelait très bien la texture gluante du poisson cru, et le goût du lait qui tourne. Pendant plusieurs mois, il avait dû faire face à la faim, la fatigue et la faiblesse qui résultent du fait de se nourrir seulement de ramen instantanées et de riz. Et bien que ces problèmes apportaient beaucoup d'inquiétude dans sa vie, il ne lui serait jamais venu à l'idée d'en parler à quelqu'un. À l'époque, il n'avait pas compris ce qu'il y avait de véritablement anormal dans sa situation, et l'acceptait plutôt comme une mise à l'épreuve de la vie : beaucoup d'enfants de Konoha avaient perdu leurs parents alors qu'ils étaient encore très jeunes, et beaucoup, supposait-il, devaient avoir du mal à se nourrir.

C'était le tout début de leur relation, avant même que Kakashi ne reconnaisse Gaï comme son rival, et quand Gaï était encore enclin à se jeter sur lui de derrière un tournant, ou d'un buisson, pour lui lancer un duel. C'était une habitude qu'il n'avait jamais vraiment perdue, mais qui avait certainement décliné avec les années.

Il avait été occupé à surveiller sa maison quand Kakashi, qui avait résolument ignoré le four depuis que son père était mort, avait réussi à mettre le feu aux rideaux en essayant de préparer un donburi. Il avait dû réaliser dès ce moment-là, que la meilleure indication que Gaï allait grandir jusqu'à devenir un adulte doté d'une force inquiétante, c'était sans doute sa capacité, à tout juste huit ans, à exploser une porte en bois verrouillée, après avoir vu les flammes et la fumée à travers la fenêtre.

Kakashi se souvenait de très peu de choses : ni de la chaleur des flammes, ni de l'odeur âcre de la fumée, ni de l'entrée fracassante et dramatique de Gaï pour venir l'aider. Il savait qu'ils avaient tous les deux remplis un grand seau d'eau et l'avaient lancé sur les flammes, mais une fois qu'il était devenu adulte, Kakashi n'était plus capable que de se remémorer les rideaux, noircis et calcinés, qui étaient restés pendus à la fenêtre par la suite.

Il avait fixé les décombres pendant seulement un moment, et puis s'était empressé de commencer à nettoyer toute la cuisine avait été éclaboussée par l'eau, et le donburi avait été réduit à un petit tas noirci, collé au fond de la poêle. Il avait rangé les ingrédients qu'il avait sortis dans le réfrigérateur, et puis commencé à travailler sur la poêle : il s'était tenu debout sur une chaise, face à l'évier, à frotter vigoureusement.

Gaï était resté silencieux, en retrait, alors que Kakashi travaillait. Il avait jeté un coup d'œil anxieux dans le frigo vide, et détourné le regard face aux placards, vides eux aussi, et aux comptoirs dépouillés. Finalement, il s'était mis à observer Kakashi lui-même.

« Rival… est-ce que tu ne manges pas bien ? » La voix de Gaï était douce, mais la question resta inconfortablement suspendue dans les airs.

Kakashi ne se retourna pas.

« Va-t'en, Gaï. »

Celui-ci fit un pas dans sa direction. « Mais tu ne peux pas profiter pleinement de la passion de ta jeunesse si tu n'es pas en bonne sant—

— Je t'ai dit de partir ! » Kakashi se retourna pour lui jeter l'éponge à la figure. « Je ne veux pas me battre avec toi aujourd'hui, alors pars. »

L'éponge atteignit Gaï en plein visage, et rebondit, laissant là une trace humide. Gaï l'essuya d'un geste, et Kakashi retourna à sa vaisselle, rinçant les pots encore et encore puisqu'il n'avait plus son éponge.

Gaï continua à le regarder un peu plus longtemps avant de se détourner. Il eut quelques problèmes pour refermer la porte derrière lui : à cause de son arrivée, elle ne tenait plus correctement sur ses gonds.

Kakashi se tourna vers lui. « Laisse-la comme ça ! »

Gaï bredouilla quelques excuses rapides avant de partir enfin, en refermant la porte du mieux qu'il pouvait.

Plusieurs heures plus tard, quand Kakashi eût fini de réparer les dégâts dans la maison, un coup fut porté à la porte d'entrée, fraîchement remise en place.

Posé sur la terrasse, et enveloppé dans un tissu, se trouvait une boîte de bento en bois. Kakashi l'ouvrit lentement et fut accueilli par l'arôme enivrant de raviolis dorés, de riz, de légumes et de bœuf sautés. Il remit le couvercle en place et regarda autour de lui : le soleil se couchait déjà à l'horizon, mais il pouvait voir un buisson frémir de l'autre côté de la rue. Il se redressa et rentra immédiatement, claquant bruyamment la porte derrière lui, et laissant le bento sur place. Il attendit jusqu'à être sûr que Gaï ne surveille plus sa maison, et pour son crédit, cela prit quelques heures. Finalement, cependant, Gaï se leva du buisson où il était resté accroupi, et rentra chez lui d'un air abattu, sans même tenter de camoufler ses bruits de pas.

Kakashi retourna immédiatement à la porte et, vérifiant que la rue était bien vide, il ramena rapidement le bento à l'intérieur. Il ne doutait pas que Gaï avait raconté à son père ce qu'il avait vu : parce que le taux de mortalité élevé des ninjas n'épargnait pas les kunoichis, et que beaucoup de pères se retrouvaient maintenant seuls pour élever leurs enfants — les pères de Kakashi et Gaï étaient tous les deux des exemples de ce fait — il était logique que les compétences pour tenir une maison correctement ne soient pas limitées qu'aux femmes, donc presque tous les hommes de Konoha étaient capables de cuisinier, et Daï Maïto ne faisait pas exception.

Le bento était froid, mais pour Kakashi, il restait délicieux.

Ce ne fut pas avant d'avoir tout fini, d'avoir gratté les bords et les recoins en quête de plus, qu'il réalisa qu'il avait vraiment un problème… Bien que garder la boîte de bento soit entièrement hors de question, il ne pouvait concevoir pire scénario que d'aller la lui rendre le lendemain en personne, à l'Académie.

Ce dilemme le garda éveillé toute la nuit. Et pourtant, le lendemain, Gaï ne fit jamais mention du bento, et préféra l'approcher pour le provoquer en duel, et Kakashi, sentant qu'il avait une dette, décida de se prêter au jeu, et l'envoya au tapis en trois coups.

Ce soir-là, un autre coup bref résonna depuis la porte sur la terrasse se trouvait un bento tout frais, contenant cette fois-ci du poulet sauce aigre-douce. Kakashi retourna à l'intérieur, et revint un instant plus tard. Hésitant, il échangea la boîte avec celle de la veille, qu'il avait nettoyée. Quand il retourna à la porte dix minutes plus tard, le bento n'était plus là.

Les bentos apparurent et disparurent à un rythme régulier, et Gaï n'avait pas eu besoin de lui en parler une seule fois. Kakashi appréciait la générosité des Maïto, mais il se sentait embarrassé, et ne souhaitait pas que cette situation perdure plus longtemps que nécessaire. Il ne pouvait pas accepter que ces bentos offerts deviennent une constante dans sa vie : bien que ce n'était pas inquiétant pour l'instant, quand il serait adulte, il aurait bien besoin d'être en mesure de cuisiner pour lui-même. Donc, Kakashi s'entraîna à cuisiner pendant son temps libre, acceptant les bentos jusqu'à ce qu'il se sente capable de se nourrir seul.

Un jour, de nombreux mois plus tard, il rendit la boîte de bento, non pas vide, mais remplie de tonkatsu et boulettes de riz : un geste de gratitude, mais aussi une petite démonstration que leur aide, bien que très appréciée, n'était plus nécessaire.

Après cela, leurs vies reprirent un cours plus normal. Kakashi se cuisinait des repas bien équilibrés et sain, et Gaï continuait avec ses provocations en duel, que Kakashi acceptait de relever de plus en plus souvent. Sa vie devenait presque — bien que Kakashi reste suspicieux face à un tel concept — paisible.

Un peu plus tard cette année-là, Daï Maïto franchit la huitième porte.

Après que la nouvelle se fut répandue, et après la période de compassion obligatoire de la part de tout le village et le jour des funérailles, Kakashi commença à s'inquiéter quant à la capacité de Gaï à se nourrir par lui-même. Assez fréquemment, en fait. Cette inquiétude était encore plus renforcée par ses propres souvenirs, mais il n'avait pas la moindre idée de comment demander à Gaï s'il allait bien. Après tout, il manquait totalement d'expérience pour ce qui était de se montrer à la fois inquiet et amical.

Plusieurs semaines étaient passées, et les températures avaient beaucoup baissé. Gaï ne montrait aucun signe évident de sous-nutrition, mais ça pouvait être trompeur. Kakashi ne trouva pas l'opportunité de vérifier la qualité des habitudes alimentaires de Gaï jusqu'à un soir d'hiver glacial, quand il tomba sur lui à l'épicerie. Il avait du mal à payer ses achats.

Kakashi avait tendu l'oreille. À quelques pas de distance, Gaï était troublé, babillant sans interruption face au caissier — il avait oublié son porte-monnaie chez lui. Pour la plupart des personnes, ça ne semblait être qu'un mensonge mal construit, mais Kakashi connaissait Gaï, et savait qu'il disait toujours la vérité. Le caissier pianotait des doigts sur le comptoir avec ennui, et Gaï retournait ses poches pour y trouver de la monnaie qui ne s'y trouvait assurément pas. Kakashi observa ce qu'il avait posé sur le comptoir : un simple sac de patates.

Il s'approcha finalement, surprenant ainsi Gaï. « Voilà. » Il tendit plusieurs billets au caissier, et rendit son panier, qui était vide.

« Ri—Rival ? » bégaya Gaï. « Je—J'apprécie ton aide, mais ce n'est pas vraiment nécessaire, je peux courir à la maison, et — »

Le caissier tendit sa monnaie à Kakashi, et Kakashi récupéra le sac de pommes de terres pour le coller dans les bras de Gaï.

« Prends juste tes patates. »

Gaï le suivit hors de la boutique.

« Je t'apporterais l'argent demain à l'Académie, à moins que tu ne préfères m'accompagner jusqu'à la maison, alors je pourrais te rembourser immédiat—

— Pourquoi est-ce que tu as besoin d'autant de pommes de terre ? demanda soudainement Kakashi en espérant parvenir à le distraire. »

Le visage de Gaï s'éclaira : « Je prépare un gros dîner ce soir, je fais un pot au feu ! Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas avec moi ? Puisque tu n'as rien acheté toi-même, et pour te remercier, je pourrais nous préparer à manger ! »

Kakashi hésita pendant un moment. « D'accord. »

Gaï eut un temps d'arrêt plutôt dramatique. « Attends, vraiment ? »

Kakashi haussa les épaules, et détourna le regard. Ils restèrent silencieux le reste du chemin jusqu'à la maison de Gaï, leur route éclairée seulement par le soleil couchant.

Il n'était jamais entré dans la maison de Gaï avant cet instant, mais ça n'était pas très important, parce qu'elle était très impersonnelle tout y était très ordonné, et la seule chose qui donnait à la demeure une sorte d'éclat unique était l'ensemble d'équipement pour s'entraîner dans un coin du salon.

Il y avait déjà un grand nombre d'ingrédients disposés dans la cuisine – six sortes de légumes différents – et il semblait que Gaï s'était arrêté assez abruptement, alors qu'il était occupé à couper des oignons, pour aller acheter ces pommes de terre.

Tout ceci indiquait qu'il disposait d'un grand nombre de compétences culinaires, bien plus que Kakashi, en fait, et il se sentait soulagé.

Gaï entra dans la cuisine et s'arrêta en face du plan de travail, avec ses oignons à moitié découpés. Il se saisit d'un couteau large, et, faisant un grand geste de la main, le brandit dans sa direction. Kakashi se raidit, ses réflexes s'activant automatiquement face à la menace soudaine, mais Gaï se contenta de lui sourire.

« Rival ! Je te défie en duel pour savoir lequel de nous deux peut découper le plus d'oignons sans pleurer ! »

Kakashi se détendit, et reprit une posture normale, agacé par sa propre réaction.

« Non. »

La déception put se lire sur les traits de Gaï. « Pourquoi, non ? »

— Parce que c'est ridicule. »

Il reposa le couteau promptement et adopta une posture défensive. « Alors, il faudra que tu me battes ! »

« Non. » Kakashi entra à son tour dans la cuisine, et, jetant un coup d'œil au reste des ingrédients, il se saisit d'un poivron vert. « Je vais m'occuper de ceci. »

Gaï avait un immense sourire. « Excellent, Rival ! Un duel pour savoir lequel de nous deux peut découper des légumes le plus rapidement, c'est un bon test d'agilité ! » Il tourna le dos à Kakashi et reprit son couteau, commençant à hacher les légumes à une vitesse inquiétante.

Kakashi était stupéfait. « Gaï, non – je voulais seulement t'apporter mon aide. » Gaï ne lui répondit pas, totalement absorbé par sa tâche. « Mais je ne participerai pas. »

Il soupira alors que ses protestations tombaient une fois encore dans l'oreille d'un sourd. Kakashi commença à découper son poivron vert à un rythme mesuré et responsable, écoutant le rythme effréné et ridicule du couteau de Gaï contre la planche. Le rythme s'interrompit soudainement, suivit par une brusque inspiration, puis le silence.

En levant les yeux, il vit que l'index de Gaï était tâché de sang.

« Ow… »

Kakashi soupira et saisit Gaï par le poignet, le conduisant jusqu'à l'évier. « Voilà pourquoi je ne voulais pas participer à un duel de découpe. » Il s'assura que l'eau était froide, avant de coller le doigt de Gaï sous le jet du robinet. « Où est-ce que tu gardes tes bandages ? »

La blessure était plutôt profonde, et il fallut attendre un moment pour que le saignement s'arrête. Kakashi utilisa bien trop de gaze, si bien que quand il eut terminé, le doigt de Gaï était ridiculement large et bulbeux.

Avec Gaï finalement raccommodé, Kakashi observa les ingrédients qui avaient encore besoin d'être épluchés ou coupés il n'y en avait pas tant que ça, seulement ses poivrons verts et les pommes de terres récemment achetées.

« Je vais couper ce qu'il reste, dit-il en reprenant le couteau, pourquoi est-ce que tu ne commencerais pas à faire préchauffer le four ? »

C'était un bon système pour eux, si on prenait en considération la blessure de Gaï et la réticence de Kakashi à cuisiner avec un four depuis l'accident.

Kakashi se chargeait plutôt bien de la préparation, mais laissait toujours ce qui tenait à la cuisine à Gaï, puisque le pot au feu était certainement en dehors de ses capacités culinaires, et qu'il n'avait pas la moindre idée de l'ordre dans lequel on devait amener les ingrédients, ou bien des quantités. Il observait, avec une certaine admiration, alors que Gaï incorporait méticuleusement du saumon, des radis, des carottes, des champignons, du chou, ces foutus oignons, et les pommes de terre au bouillon d'un brun doré appétissant.

L'odeur était incroyable, et quand Kakashi fut enfin autorisé à goûter pour la première fois, il acquit définitivement la certitude que Gaï ne souffrait en aucun cas de mauvaises habitudes alimentaires.

« C'est délicieux, complimenta-t-il, vraiment, bien joué Gaï.

— Je suis tellement content que tu le penses, Rival ! » Gaï avait un grand sourire en se penchant vers lui. « Je te défie à un duel pour savoir lequel de nous deux mangera le plus vite ! »

Parce qu'ils avaient cuisiné le plat dans une marmite sur la cuisinière, plutôt que dans un dolsot de pierre, plus traditionnel – Gaï affirmait qu'il n'en avait pas – le duel exigeait de faire un grand nombre de sprint aller-retour depuis la table de la cuisine. Ce processus devint de plus en plus difficile à mesure qu'ils mangeaient, et ils finirent par rester debout dans la cuisine, à manger à même le plat au-dessus de la cuisinière, tout en renversant beaucoup de bouillon sur le sol et le comptoir.

Ce fut la première de nombreuses compétition qui se finit par un match nul non pas parce qu'ils ne pouvaient plus rien avaler, mais plutôt parce qu'ils étaient à court de nourriture, après avoir mangé sept bols chacun.

La nuit était très sombre lorsqu'ils eurent terminé, et la température avait chuté considérablement.

Ses deux mains posées sur son estomac, Gaï se dandina jusqu'à la fenêtre, et jeta un coup d'œil dehors.

« Rival, il neige ! » Il se tourna vers Kakashi. « Pourquoi est-ce que tu ne resterais pas ici cette nuit ? Comme ça, tu n'auras pas à rentrer chez toi sous la neige. »

Kakashi se releva, et commença à rassembler ses affaires. « Oui, mais il faudrait que je marche dans la neige demain matin.

— Mais il fera plus chaud à ce moment-là, insista Gaï, lui bloquant le chemin jusqu'à la porte. Ça ne serait vraiment pas bien si tu tombais malade. »

Kakashi était catégorique sur le fait de partir. Il avait apprécié leur soirée, mais il se sentait un peu trop confortable, trop au chaud et satisfait, et vaguement plein en plus de ça c'était un état de relaxation qui l'inquiétait toujours, et une promenade glacée à travers la neige était juste ce dont il aurait besoin pour stimuler à nouveau ses sens.

Mais ensuite, son regard se posa sur Gaï, et sa détermination l'abandonna. Il y avait quelque chose dans le visage du garçon, quelque chose en plus, qui le fit rester Gaï était toujours si sérieux et passionné, mais ça ressemblait à quelque chose de bien plus fort que de l'enthousiasme, quelque chose proche du besoin.

Kakashi reposa ses affaires un peu précipitamment, et leva un doigt. « Juste pour cette fois. »

Gaï fit un bond victorieux dans les airs. « Excellent, Rival ! Je vais aller te préparer ton lit. »

Il fila soudainement, et Kakashi le regarda partir, frappé par une réalisation soudaine et douloureuse : Gaï, lui aussi, vivait à présent dans une maison bien trop grande pour lui tout seul, marchant sans faire de bruit devant la chambre de son père avec le regard fixé sur le sol, de la même manière que Kakashi le faisait, comme si regarder à l'intérieur était interdit, ou dangereux.

L'observer rendait Kakashi mal à l'aise, et il se détourna, décidant de commencer à ordonner la cuisine. Il commença par essuyer tout le bouillon qui était tombé sur le comptoir et sur le sol, et puis commença à faire la vaisselle. Il avait eu le temps de s'occuper de toutes leurs assiettes, bols, et pots, et après les avoir essuyés, il se mit en tête d'essayer de comprendre où ils devaient se ranger. Il tira une chaise sur le sol, avança de quelques décimètres à la fois, devant chaque placard. Debout dessus, il vérifiait le contenu de ces placards, rangeant tout ce qu'il pouvait, avant de passer au suivant.

Lorsqu'il eut enfin fini, il resta debout sur la chaise, les mains sur les hanches, appréciant sa réalisation il n'y avait plus la moindre trace d'une soirée pot au feu préparé par deux enfants dans la cuisine. De sa position surélevée, il remarqua un calendrier accroché au mur adjacent. Il était trop haut pour que lui, ou Gaï, ne puisse l'atteindre normalement, et il accumulait plusieurs mois de retard.

Kakashi poussa la chaise jusqu'à son niveau, et compta les pages pour s'assurer qu'il était bon. Il tourna le calendrier au bon mois. Beaucoup de temps était passé, et on était maintenant en janvier. Quelqu'un avait entouré le premier jour du mois avec un gros marqueur rouge, et écrit deux mots dans le cercle. Pendant un instant, Kakashi sentit son cœur se serrer, et se sentait étouffer.

Il entendit les pas de Gaï dans le couloir, qui revenait vers lui, et entra dans la pièce quelques instants plus tard. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise quand il vit Kakashi, debout sur cette chaise. Ils se fixèrent l'un l'autre, et puis le regard de Gaï dévia jusqu'au calendrier. Kakashi déglutit, se sentant coupable.

« Joyeux anniversaire Gaï. »

Il cligna des yeux plusieurs fois, et puis haussa les épaules, se mettant à rire de manière peu convaincante. Pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Gaï avait l'air timide.

« Merci d'avoir passé du temps avec moi, Rival. » Il détourna le regard, observant l'ensemble de la cuisine. Son visage s'éclaira. « Tu as fait la vaisselle ! » Il rejoignit Kakashi où il se tenait et lui tendit la main, l'aidant à descendre, bien qu'ils sachent tous les deux que ce n'était pas nécessaire. « Est-ce que tu es fatigué ? Je le suis un peu, on peut aller au lit maintenant si tu veux. »

Kakashi acquiesça une fois, et le suivit jusqu'à la chambre, remarquant immédiatement ce qui avait pris tant de temps à Gaï bien qu'il y ait un lit d'enfant dans un coin, Gaï avait installé deux futons au milieu de la pièce, côte à côte.

Kakashi haussa un sourcil, et Gaï se frotta la nuque, embarrassé. « J'ai pensé que ça serait mieux comme ça, puisque c'est une soirée pyjama… »

Kakashi garda un air ahuri après cette réponse, et finalement, se glissa dans le futon de droite. Gaï éteignit la seule lampe de la chambre, et Kakashi put l'entendre s'installer dans le second futon.

Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes, et les yeux de Kakashi s'ajustèrent aux ténèbres. Il y avait deux fenêtres à la chambre de Gaï, et les futons étaient installés directement dans un rai de lumière de la lune. Il trouvait que c'était une drôle de manière de dormir, avec leurs corps projetant de grandes ombres sur le sol.

Il entendit Gaï remuer sous sa couverture, suivit par une exclamation soudaine.

« Rival, chuchota Gaï. Ça s'est défait.

— De quoi ? » Kakashi tourna la tête pour pouvoir le regarder, et vit que le bandage de Gaï avait commencé à glisser, de longue bandes de gaze pendant.

Il se redressa et prit sa main dans la sienne, remettant les bandages en place dans les ténèbres.

Gaï attendit patiemment, et l'observa alors qu'il s'affairait.

« Merci de prendre soin de moi, Rival. »

Sous son masque, Kakashi se mit à rougir violemment. Il haussa les épaules, tâchant de paraître naturel il savait que Gaï avait fait beaucoup, lui aussi, pour l'aider. Mais bien sûr, il ne le dirait jamais.

« Tu cuisines bien, commenta-t-il. Je suis content. » C'était tout ce qu'il pouvait dire.

Gaï hocha vigoureusement du chef. « Oh ouais – mon père m'a appris beaucoup de chose quand il te préparait tes bent– » Kakashi se tendit, et Gaï fléchit. « Il – hum… m-mon père m'a appris. »

Ils restèrent silencieux pendant encore un moment. Le bandage de Gaï refusait de tenir en place, et Kakashi s'en occupait avec un zèle déterminé, repensant à ce qu'il venait de dire.

La lune grossit de l'autre côté de la fenêtre, et tout semblait calme et immobile.