Petit aparté : je précise maintenant que toutes les citations que vous verrez à chaque début de chapitre est tiré de la franchise.

Bonne lecture!

Chapitre premier : Fuir ou mourir

« Nous sommes des Assassins »

Motto de la Confrérie

Hong-Kong

Mai 2017

Charlotte de la Cruz avait déjà frôlé la mort à trois reprises depuis qu'elle avait rejoint la Confrérie des Assassins mais elle n'avait jamais éprouvé la moindre peur. Jusqu'à cette nuit. Ce n'était qu'une simple mission de reconnaissance ! On n'était pas supposé être en danger ! Charlotte secoua la tête. Ce n'était pas le moment de se perdre dans ses pensées. Chaque seconde qu'elle passait à attendre, planquée derrière ce bureau, pourrait être la dernière qu'elle vivait et elle ne pouvait pas se permettre de mourir. Du moins, pas avant d'avoir transmis les informations qu'elle possédait. Il fallait qu'elle se tire de ce bâtiment et qu'elle rejoigne Guernica avant que l'autre malade ne la retrouve. Ce qui était, bien évidemment, plus facile à dire qu'à faire.

Pour la énième fois, Charlotte pencha la tête sur le côté. Toujours personne. Et s'il était parti ? Non, ne sois pas naïve. Tu sais qu'il est là. Son cœur caressait l'espoir que le danger était écarté mais son instinct lui soufflait le contraire. Elle n'était pas seule. Et elle ne parlait pas des corps qui l'entouraient. C'était eux, plus que toute autre chose, qui l'empêchait de bouger. Elle n'était pourtant pas une novice en la matière. Elle avait déjà donné la mort. À trois reprises. Mais le spectacle qu'elle avait sous ses yeux dépassait de loin tout ce qu'elle avait pu expérimenter jusqu'ici. Et cela la terrifiait.

Charlotte posa sa tête contre la paroi métallique du bureau. Sa porte de sortie ne se situait qu'à quelques mètres. En moins d'une minute, elle serait dehors. Il en faudrait la moitié à son adversaire pour l'abattre.

La jeune femme ferma les yeux et fit le vide de son esprit. Aussitôt, une voix familière se fit entendre.

- Quelles sont tes options ?

- Mes options ? Je n'en ai pas !

- C'est faux et tu le sais. La panique t'empêche de réfléchir.

- Évidemment ! Je suis morte de trouille !

- La peur te maintiendra en vie. Pas la panique. Concentre-toi. Quelles sont tes options ?

Le calme qu'elle percevait dans la voix de son interlocutrice apaisa Charlotte. Rien n'était réel, bien sûr. Ce n'était que son interprétation personnelle de l'exercice de méditation que Morgane lui avait enseigné. Chaque fois qu'elle doutait ou qu'elle avait besoin de conseils, Charlotte s'imaginait en pleine discussion avec la personne qu'elle admirait le plus au monde. Jusqu'ici, cette méthode ne lui avait jamais fait défaut.

- Je n'ai pas des options. Je n'en ai qu'une. Je dois m'enfuir.

- Faux ! répondit Morgane en secouant la tête. On recommence. Quelles sont tes options ?

Charlotte soupira et s'obligea à être sincère.

- J'ai trois options. Je peux affronter le tueur mais j'y laisserais sans aucun doute la vie.

- Pourquoi ?

- Son armure ne comporte aucune faille et…

- Comment le saurais-tu ? As-tu pris le temps de l'observer ?

- Je n'ai pas pu ! Il nous a tous pris par surprise !

- Précisément. Tu as oublié une des règles que je t'ai enseignée. Laquelle ?

- Ne jamais présumer. Toujours vérifier.

- Cette armure a une faille. Tu ne l'as juste pas encore trouvée. Mais ce n'est pas à cause d'elle que tu préfères rester planquée, n'est-ce pas ?

Charlotte baissa la tête. Même si elle n'était que le produit de son imagination, Morgane avait raison. Elle avait toujours raison.

- Je ne fais pas le poids face à lui.

- Pourquoi ?

- Il est bien plus grand et plus fort que moi.

- Tu as déjà neutralisé des ennemis qui faisaient le double de ton poids, alors pourquoi cette situation serait-elle différente ?

- Parce que l'équipe assurait mes arrières. Mais là, je suis toute seule ! Il les a tous éliminés ! Tous ! Et quand il me trouvera, il m'écrasera comme un insecte.

Charlotte n'avait aucun doute à ce sujet. Au corps-à-corps, elle ne tiendrait même pas une minute.

- Très bien, on oublie la première option. Quels choix te restent-ils ?

- Je me barre d'ici. Guernica m'attend en bas de l'immeuble.

- La porte ou la baie vitrée ?

- Passer par la baie vitrée serait trop risqué. Je peux toujours briser la vitre avec une chaise mais je ne peux pas être certaine d'y arriver du premier coup. Le temps que je vais perdre à recommencer permettra au tueur de me localiser et de se débarrasser de moi.

- Sauf s'il sait déjà où tu te trouves.

- S'il le savait, il m'aurait déjà tuée.

- Pas forcément. Il veut peut-être jouer avec tes nerfs. Te pousser à commettre une erreur.

Charlotte prit le temps de réfléchir à cette idée avant de la rejeter. Ce tueur, quelle que soit son identité, était un professionnel, les cadavres de ses victimes pouvaient en attester. Ce n'était ni un sadique, ni un pervers. Un argument plus pragmatique se fraya un chemin dans son esprit.

- Si je saute, je risque de me blesser ce qui ralentira ma fuite et me rendra vulnérable.

Charlotte se trouvait au deuxième étage. N'importe quel Assassin s'en tirerait sans la moindre égratignure en sautant de cette hauteur, mais pas elle. Il n'y avait qu'à se souvenir de ce qui s'était passé la dernière fois qu'elle s'y était risquée.

- Je passerais par la porte, affirma-t-elle d'un ton résolu. La Vision m'aidera à fuir sans me faire repérer.

- Tu choisis donc la furtivité. C'est une bonne option. Et la dernière ?

- Je contacte Guernica pour qu'il prévienne les renforts et je reste cachée jusqu'à leur arrivée.

- Tu aurais pu le faire dès l'instant où le tueur s'en est pris à vous. Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?

- Tout s'est passé tellement vite ! Quand je me suis rendue compte de ce qui s'était passé, il était déjà trop tard. Même si j'avais prévenu Guernica, ils ne seraient pas arrivés à temps.

- Mais Guernica aurait pu s'en sortir. Maintenant, tu l'as mis en danger.

Charlotte se mordit les lèvres. Guernica était un hacker pas un Assassin. Concentrée sur sa mission et sur sa survie, elle l'avait totalement oublié.

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Ce que pourquoi tu as été entraînée.

- Il va mourir à cause de moi ! J'ai tout fait foiré.

- Arrête de pleurnicher ! Tu ne rends service à personne.

Charlotte écarquilla les yeux de surprise. La vraie Morgane ne lui aurait jamais parlé sur ce ton et encore moins avec un accent russe.

- Morte, tu ne seras d'aucune utilité ni pour Guernica ni pour la Confrérie. La mission ne doit pas échouer. Réveille-toi ! Maintenant !

Charlotte ouvrit brusquement les yeux et regarda autour d'elle. Rien n'avait changé. Et tout avait changé. Son cœur avait repris un rythme normal, sa respiration n'était plus aussi effrénée. Là où la panique l'avait habitée quelques instants plus tôt, elle ne ressentait plus que de la sérénité, y compris lorsqu'après avoir activé sa Vision, elle découvrit une immense silhouette rouge à quelques mètres d'elle. Il sait où je suis et plutôt que d'en finir avec moi, il bloque mon issue de secours. C'est très malin. J'aurais fait la même chose à sa place. Charlotte porta son regard vers la baie vitrée. C'est risqué. Très risqué. Je dois vraiment bien calculer mon coup. Tout est une question de timing. Et au moins, même si je casse une jambe en sautant, je n'aurais pas à me préoccuper de ma fuite. Guernica s'en chargera pour moi.

Mentalement, elle fit l'inventaire de ce qui restait de son équipement. Trois couteaux, une bombe fumigène et sa fidèle Lame. L'ébauche de plan qu'elle venait de concocter se précisa. Je dois le pousser à me tirer dessus. Les balles briseront la vitre et je pourrais passer à travers.

Pour que son plan fonctionne, il fallait que son ennemi soit convaincu qu'elle était suffisamment désespérée pour oublier toute prudence au point de sacrifier ses dernières cartouches, en l'occurrence, sa bombe fumigène. Elle devait le pousser à la sous-estimer pour lui faire baisser sa garde. Une leçon qu'elle tenait également de Morgane.

Charlotte savait pertinemment que sa bombe fumigène ne lui serait d'aucune utilité pour couvrir sa fuite. C'est pourquoi elle n'allait pas fuir. Du moins, pas avant les dix prochaines secondes qui allaient s'avérer cruciales.

Charlotte jeta un dernier regard en direction du couloir puis, après une profonde inspiration, elle désactiva sa Vision, sortit sa bombe fumigène de la poche de sa veste et la fit rouler jusqu'au centre de la pièce. Dès que la fumée apparut, elle remonta le foulard blanc qu'elle portait autour du cou. L'heure de vérité avait sonné.

Charlotte savait ce qui l'attendait mais cela ne l'empêcha pas d'hurler lorsque les balles crépitèrent autour d'elle. Fort heureusement, aucune d'elles ne l'atteignit. Même si ton adversaire te semble imbattable, souviens-toi que personne n'est infaillible. Tout le monde a une faiblesse. À toi de la trouver et de l'exploiter. Si elle s'en sortait, Charlotte ne manquerait pas de remercier Galina pour ce précieux conseil. La panique l'avait empêchée de voir ce qu'elle avait sous les yeux depuis le début. L'armure de son adversaire n'avait peut-être pas de faille mais lui en avait une et pas des moindres : son arrogance. J'étais à sa merci. Il aurait pu me tuer à n'importe quel moment mais il ne l'a pas fait. Il a une armure inattaquable, une puissance de feu énorme et il a de l'expérience au combat. Ce n'est que ma troisième mission, mes armes ne me sont d'aucune utilité et je n'ai rien pour me protéger des balles. Et pourtant, il a préféré jouer au chat et à la souris avec moi plutôt que d'en finir une bonne fois pour toute.

Ce n'était pas la première fois que Charlotte observait un tel comportement chez un ennemi. Du fait de sa corpulence et de sa jeunesse, elle n'était jamais prise au sérieux. Certes, elle n'avait que vingt-quatre ans, mais elle avait été entraînée par Galina Voronina et Morgane Campbell. La première était le croquemitaine des Templiers et la seconde avait assassiné leur Grand Maître au nez et à la barbe de l'Ordre. Ces deux légendes vivantes n'avaient pas la même façon d'enseigner mais leur objectif restait le même : faire de Charlotte un Assassin et assurer sa survie.

À peine avait-elle quitté son abri que Charlotte avait plongé vers le sol. Les mains plaquées contre ses oreilles, elle ne put s'empêcher de sourire en constatant que ses déductions étaient correctes. Son adversaire se fichait totalement des munitions qu'il gaspillait. Sa mort était tout ce qui l'intéressait. Voilà pourquoi il arrosait tout ce qui se trouvait à hauteur d'homme. Lorsqu'il serait à court de balles, il comprendrait son erreur mais Charlotte aurait déjà disparu.

Quand le silence remplaça le bruit assourdissant des coups de feu, la jeune femme ne perdit pas un instant. Elle se releva promptement et, sans la moindre hésitation, elle sauta à travers la baie vitrée, désormais dépourvue de protection, grâce à son ennemi. L'impact fut très douloureux mais cette fois, elle avait réussi à limiter les dégâts. Aucun de ses os n'était brisé et elle avait réussi à atteindre sa cible.

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Charlotte gémit tout en se redressant. Un jour, elle arriverait à atterrir sur ses jambes. Elle entendit la porte de la fourgonnette s'ouvrir.

- Mon Dieu, Charlotte…

- Démarre ! ordonna-t-elle avant de pousser un cri de douleur et de porter une main à son ventre.

- Quoi ? Mais…

Un bruit métallique coupa court aux protestations de Guernica qui réintégra le véhicule aussi vite qu'un escargot rentrant dans sa coquille. Charlotte se retourna et esquiva de justesse le poing de son adversaire. Elle cessa alors de réfléchir et laissa son instinct la guider.

Pendant que Guernica quittait le parking sur les chapeaux de roues, Charlotte utilisa le bras tendu comme point d'appui et, par une pirouette acrobatique, elle s'élança et atterrit sur les épaules du tueur. Elle fit ensuite coulisser sa Lame qu'elle planta de toutes ses forces dans la visière de son casque.

Le colosse réagit avec une célérité hors du commun. Alors que Charlotte venait tout juste de déloger la Lame de son emplacement, il l'arracha de sa position précaire et la plaqua avec force contre le toit de la fourgonnette. De sa main gauche, il enserra son cou, tandis que de la droite, il saisit la poignée de l'épée qu'il portait dans son dos.

Pendant que Charlotte luttait pour sa vie, Guernica roulait à vive à allure, dépassant largement la limite autorisée. De ce fait, il ne vit le virage en épingle qu'à la toute dernière seconde. Il appuya à fond sur l'accélérateur, tournant le volant dans tous les sens, obtenant le résultat inverse de ce qu'il cherchait à faire. Au lieu de s'arrêter, la voiture fit une embardée, faisant perdre l'équilibre au tueur, qui relâcha brièvement son emprise sur le cou de Charlotte. Profitant de l'occasion, l'Assassin ramena ses jambes contre sa poitrine et, d'une brusque détente, les propulsa de part et d'autre du cou de son ennemi. Raffermissant sa prise et boostée par l'adrénaline, elle fit basculer son adversaire sur le côté et tous deux se retrouvèrent sur le bitume.

Charlotte resta un instant par terre, allongée sur le dos. Sa gorge était en feu, elle était physiquement et mentalement épuisée et elle commençait à ressentir la douleur consécutive à sa chute sur le toit de la fourgonnette. La pensée de Guernica lui donna le courage et la force nécessaires pour se mettre sur le ventre. Je dois le sortir de là. Le mettre en sécurité. Elle commença à ramper. Mètre après mètre. Minute après minute. La douleur était insoutenable mais elle gagnait du terrain. Elle était maintenant suffisamment proche pour voir son ami. Il ne bouge plus. Pourquoi il ne bouge plus. Oh Seigneur ! Non !

Charlotte poussa un hurlement strident. Quelque chose appuyait contre sa colonne vertébrale. Quelque chose de lourd. De froid. De métallique.