Garrick regarda la chambre, vieille et pas très rangée d'un œil admiratif, malgré le désordre apparent, des meubles tombés, des vêtements qui traînaient ici ou ailleurs, la pièce était magnifique, dans les tons verts forêts le lit était immense, l'armoire était au sol mais était en bois sombre, sans doute de l'ébène et un bureau traînait, à moitié de travers dans un coin de la pièce.

Il hésitait à prendre la parole, le jeune homme face à lui ne semblait pas très causant, pourtant il aurait aimé avoir des réponses à ses questions, des explications à ce qu'il s'était passé. Il se tenait toujours debout à l'entrée de la pièce, n'osant pas empiété plus sur le « territoire » du jeune sorcier. Harry était assis sur le bord de la fenêtre, il n'avait aucune peur de tomber, pourtant au vu de son physique fin et délicat, le fabriquant de baguettes avait l'impression qu'un coup de vent pouvait faire basculé le plus jeune dans le vide et le briser. Après quelques minutes de silence, il se décida à demander.

« Pourquoi m'avoir sauvé ? Harry tourna la tête vers lui.

-Je vous aime bien. Et de toute façon, vous allez bientôt mourir.

-Je vous demande pardon ?

-Vous ne le sentez pas encore. D'ici un à deux jours vous le sentirez, le maléfice qu'on vous a imposé. Il vous fera mourir rapidement, j'ai dis à Voldemort que vous allez mourir d'ici une semaine, mais si ça se trouve ce sera beaucoup plus rapide.

-Et bien … je … déclara simplement Ollivander avant de s'asseoir à même le sol.

-Je ne vais pas vous torturer ne vous en faites pas pour ça.

-Si je vais mourir, pourquoi avoir empêché Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom me tuer ?

-De qui parlez-vous ? Vous pouvez l'appelez Voldemort vous savez.

-Oh non mon petit ! Il me torturerais sur le champ pour cet affront.

-Je le fais pourtant, et il ne me torture pas pour ça.

-C'est parce qu'il ressent une certaine attirance pour vous. Par Merlin … son regard est tellement empli de passion quand il vous regarde ! C'est un homme amoureux.

-Amoureux ? Répéta Harry avant de déclarer. Peut être bien, mais je le déteste. C'est un être ignoble.

-Vous n'avez pas idée, torturer et tuer des gens, des centaines de gens …

-En partie pour ça. Mais il a osé mettre en doute ma supériorité. C'est un affront.

-Monsieur Potter, je crois que vous n'avez pas tout vu de lui. Garrick se leva, grimaçant. C'est un monstre, il a voulu vous tuer alors que vous n'étiez qu'un enfant, il a tué et tué encore, des gens innocents qui n'avaient rien demandés.

-J'ai aussi tué des gens, fabriquant de baguettes. Déclara Harry d'une voix froide et se levant. Ca fait de moi un monstre ?

-Je suis sûr que vous aviez une bonne raison n'est-ce pas ? Questionna Garrick mal à l'aise devant ce regard vert émeraude.

-Certains étaient des accidents, d'autres des meurtres, mais je n'en n'éprouve aucun remords vous savez ?

-Par Merlin ! S'écria le vieux sorcier. Impossible ! Vos parents faisaient partis de la lumière, vous ne pouvez pas.

-Ecoutez, je n'ai assez d'écouter vos jérémiades. Vous n'êtes plus un enfant. Je vous ai gardé en vie pour une raison simple, je veux que vous m'aidiez à apprendre des choses, tout ce que vous savez, et aussi à comprendre Lord Voldemort. Je ne comprends pas son comportement, il me faut les lumières de quelqu'un.

-Je … je »

Sortit de la bouche de l'homme sans qu'il ne puisse argumenter plus.

Le soir venu, dans une tenue noble et traînant le vieillard derrière lui, le regard vert d'Harry se ficha sans crainte dans celui de Voldemort, reflétant sa colère, le fait qu'il soit toujours outré et une flamme nouvelle de détermination. Le regard rouge de son vis-à-vis sembla le déshabiller, sembla disséquer chacun de ses sentiments comme il l'avait toujours pas, mais cette fois le basilic ne baissa pas le regard de honte, de gêne ou d'impuissance, il le fixait sans crainte, comme si le monde entier avait disparu, que plus rien dans la pièce n'existait. Le seigneur des ténèbres fut le premier à détourner le regard pour fixer le vieil homme derrière l'animagi.

Harry, grâce à Garrick, avait changé de tenue. Optant pour une robe sorcière légère de couleur verte avec des fils argentés formant des arabesques sur tout le tissu, les manches étaient elles aussi argentés. Le jeune homme transpirait l'animalité et la bestialité par tous les pores et les personnes attablées avaient cessés de manger en le voyant. Chacun perdait de son éducation de sang pur en le voyant, il était d'une telle grâce, et il représentait ce pour quoi ils étaient tous de la maison de Serpentard, un serpent à l'état pur, imprévisible, sournois et indomptable.

Il n'y avait que des adultes à la table, Tom, Severus, Bellatrix, Rodolphus et Rabastan, Lucius n'était pas venu et les plus jeunes s'étaient absentés. Sa place était toujours libre, et aucune place n'avait été prévu pour le fabriquant de baguette.

Harry alla s'asseoir sans hésitation, sans un regard pour Garrick qui resta debout, faute de savoir quoi faire dans ce camp ennemi. Il était tenté de sauter à la gorge de Severus, le traître qui ne faisait rien pour lui venir en aide. Il pouvait comprendre la position compromettante du potionniste, mais ce dernier avait l'air tellement à l'aise et de bonne humeur ici, qu'il doutait de sa véritable position dans cette guerre, et si le Snape faisait parti du camp des ténèbres ? Ils s'étaient peut être tous fait avoir en beauté, Dumbledore le premier …

L'animagi n'avait pas des yeux son … son quoi d'ailleurs ? Il opta pour le mot ennemi dans son esprit, ça aillait bien à Voldemort après tout, d'être l'ennemi de tout le monde.

« Jolie tenue. Complimenta le seigneur des ténèbres.

-Arrêtez de m'envoyer des roses, ça ne marche pas. Le basilic commença à manger comme il le pouvait, il avait encore du mal avec les couverts, ce ne fut pas une totale réussite, un carnage à vrai dire, mais au moins il pouvait manger.

-La nourriture te plait ? Demanda l'homme le plus âgé. Les autres mangemorts continuaient de discuter entre eux, et Garrick regardait la scène circonspect, la sincérité des propos de Voldemort transperçait de part en part de ses mots, mais c'était un Serpentard, il savait mentir et manier les mots.

-Elle est mangeable. Se contenta de répondre Harry, qui en vérité se régalait. Il ne savait pas comment se comporter aux phrases de Voldemort, ses sens de serpents lui disaient que l'homme était sincère, et ce cœur qui battait si vite dans la poitrine de son ennemi, qu'était-ce ? L'homme n'avait aucune raison d'avoir peur, d'habitude ce même cœur battait normalement, plutôt lentement même, Harry ne comprenait pas, depuis quelques heures il entendait ce cœur battre plus vite que normalement, depuis qu'il avait eu sa baguette à vrai dire.

-Je dirais aux elfes de s'améliorer alors. Je suis ravi de t'entendre parler anglais.

-Je suis bien obligé, aucun des idiots de cette demeure ne parle le fourchelangue.

-J'ai une réunion demain. Tu es convié à y assister. Harry leva un sourcil.

-Pourquoi faire ?

-Pour que ton visage s'ancre dans les mémoires comme étant mon compagnon.

-Alors je décline l'invitation. Je trouverais quelque chose d'autre à faire, de plus intéressant.

-Plus intéressant que de voir montrer mon pouvoir et mon influence ? Harry le regarda, mais ne répondit pas. Plus intéressé par sa nourriture que par le lord noir. »

Il était intrigué par la phrase qu'avait dite Voldemort, son pouvoir et son influence hein … depuis le temps qu'il en parlait mais qu'Harry n'avait que d'infimes indices de ce pouvoir, toujours par ci par là, mais rien ne disait vraiment de quoi il en retournait, Harry était curieux. La Doyenne s'énervait souvent à ce propos, il était trop curieux et ça le menait souvent à des ennuis, qu'il regrettait souvent. Et ici c'était le même cas, il voulait savoir, et il savait que Voldemort avait fait exprès … il ne l'avait pas fait par hasard et ça le tuait de ne avoir d'informations concrètes, il ne savait pas vraiment qui était Voldemort, il connaissait l'homme énervant et puissant, mais qui était il pour les siens ?

Harry fut heureux de voir du thé apparaître devant lui lorsqu'il eut fini de manger. Il adorait cette boisson, cette fois il ne se fit pas avoir et toucher la porcelaine pour savoir si le liquide était chaud ou pas. Quand il constata que c'était le cas, il tourna le regard vers le seigneur des ténèbres, quémandeur d'un service et impétueux dans la façon de demander, le visage de Voldemort s'éclaira d'un sourire sincère.

Chaque mangemort, et même Garrick, en restèrent muets de stupeur. Ce genre de sourire … ce sourire … c'était impossible que Voldemort puisse le faire n'est-ce pas ?

Pourtant un sourire tendre et sincère illuminait son visage et tendait de faire fondre la glace autour du cœur de son jeune protégé, sans succès.

Voldemort lui-même en était choqué, même s'il réfutera ce fait plus tard. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas souri, or ce geste lui était venu naturellement en voyant la réaction d'Harry envers lui. Le jeune homme n'avait pas regardé les autres personnes pouvant faire de la magie, il n'avait pas regardé le vieillard qu'il s'entêtait à garder, les yeux verts du jeune homme s'était tourné vers lui. Et vers personnes d'autre. Tom s'en sentait presque privilégié. Pourtant il savait qu'il ne devrait pas, le jeune homme ne ressentait rien pour lui, si ce n'est une grande colère et un sentiment d'impuissance.

Le jeune le remercia vaguement d'un simple hochement de tête avant d'engloutir le thé glacé qui lui avait été offert.

Voldemort appréciait le plus jeune, il était un vent glacé au milieu d'un été aride. Sincèrement le plus vieux s'ennuyait que tout lui soit offert sur un plateau d'argent, ici le plus jeune lui résistait, l'insultait, d'une manière propre à lui. Plus qu'une distraction, Voldemort avait l'impression de revivre son adolescence au côté du plus jeune, essayant de lui plaire malgré l'agacement de se savoir toujours éconduit. Il pensa rapidement à James Potter qui n'avait pas abandonné et Lily Evans lui céder, il eut un frisson de dégoût, l'exemple n'était pas très bien choisi mais il s'en contenta dans son esprit, buvant une gorgée de son thé.

Il voulait proclamer à tous que le plus jeune était sien, mais il savait qu'Harry refuserait. Mais Voldemort était lui aussi têtu et n'abandonnerait pas.

Après avoir bu son thé, Harry rentra dans sa chambre en compagnie de Garrick qui ne pipait mot sur ce qu'il venait de voir. Lorsque la porte fut refermée derrière eux, il soupira de soulagement. Ce n'était pas tous les jours qu'on voyait un seigneur des ténèbres dans cet état là, toute la cruauté et le sadisme de l'homme semblait s'évaporés aux côtés d'Harry. Garrick n'irait pas jusqu'à dire qu'il était amoureux, mais cela se voyait qu'il avait une grande affection pour le plus jeune, d'ailleurs ce dernier ne s'en rendait même pas compte ! Certes le plus jeune ne pouvait pas beaucoup connaître Voldemort dans l'intimité, mais … c'était tellement flagrant !

« Vous comptez accepter cette invitation ?

-Bien sûr que non. Pour qui me prenez-vous ?

-Et bien … je vous pensais plus curieux.

-Je le suis. Mais pas question de le laisser croire qu'il m'intéresse. Ce sorcier est complètement égocentrique, le monde ne tourne pas autour de lui. Garrick leva les yeux au ciel.

-Disons qu'en Angleterre si en tout cas.

-Que voulez vous dire ?

-Chaque personne britannique attend sa nouvelle attaque avec … une impatience morbide. Il est assez puissant pour effrayer des centaines de personnes.

-Des centaines vous dites ? Pourtant il me paraît bien ridicule pour ça …

-Ne vous fiez pas à la gentillesse qu'il a pour vous, c'est un monstre. »

Harry, une fois la discussion terminée alla s'endormir sur son grand lit, laissant Garrick emprunter le sofa de la chambre. Ce dernier ne s'était pas plaint de son manque de nourriture mais il avait faim, le stress de toute la journée était descendue lorsqu'il avait discuté avec le plus jeune, il aimait bien le fils de James et Lily.

De bonne heure, et sans réveiller personne, Harry se dirigea vers la chambre du lord Voldemort.