Silencieusement, comme lorsqu'il chassait, Harry entrait dans l'antre du plus vieux. La chambre était agréable à son regard, dans les tons rouges bordeaux, et noirs. C'était des couleurs sobres et simples qui plaisaient à son regard, pas comme certaines autres couleurs artificielles qui lui donnaient envie de vomir.
L'homme était endormi, Harry eut une mine de dégoût, alors c'était ça la puissance ? Puis il se rappela son propre cas, c'est vrai qu'un endormissement ne justifiait en rien la force de quelqu'un.
Le visage du seigneur des ténèbres était serein, calme, bien différent de ce qu'il avait l'habitude de voir en temps normal.
Alors qu'il était proche de lui, écoutant sa respiration rapide et son cœur battant la chamade, Harry se demanda un moment si le lord noir était sujet à un mauvais rêve. Un de ses rêves où l'on se voit mort et qu'on ne peut pas se défendre contre un ennemi trop puissant. Pourtant un bruit sortit de la gorge de son vis-à-vis lui donna un doute, qu'était-ce que ce grognement étrange ? L'homme ne semblait pas en souffrir pourtant … le plus jeune se demandait de plus en plus quel genre de rêve pouvait avoir ce genre d'effet. Sa curiosité revenait au galop, il en soupira de désespoir contre lui-même. L'homme avait le ventre à l'air, étrange, pensa l'animagi. Personne ne mettait son ventre à l'air pour dormir voyons, c'était l'une des parties du corps les plus fragiles.
Finalement après avoir poussé un soupir exaspéré, Harry se décida à le réveiller. Il était encore tôt dehors, le soleil commençait à peine à se réveiller mais le jeune homme n'en pouvait plus d'attendre.
Il posa le bout de sa baguette sur la gorge de Voldemort. L'homme n'eut aucune réaction, Harry fronça les sourcils, l'homme n'était pas sérieux n'est-ce pas ? Il ne l'avait pas senti ouvrir la porte et la refermer derrière lui, ne l'avait pas senti l'observer et maintenant il ne sentait pas le danger si proche ?
De sa baguette il tapota la peau pâle du seigneur des ténèbres, attendant patiemment une réaction quelconque, il fut surpris d'entendre l'homme marmonner dans son sommeil.
« Hum … Harry … »
De son ouïe l'animagi l'avait parfaitement entendu, et il grogna d'énervement. Et il espérait aussi ne pas être comme ça dans son sommeil, ce serait parfaitement ridicule et inadapté d'un basilic !
« Réveillez vous ! »
Déclara t-il en appuyant plus fort. Agacé de se faire ignoré ainsi, Harry fit jaillit un peu de magie de sa baguette.
Quelle ne fut pas sa joie en voyant les yeux du lord noir s'ouvrir brusquement et l'homme se saisir de sa baguette qui se trouvait sous son oreiller. Il la pointa immédiatement vers le plus jeune avant de l'abaisser en voyant qu'il n'avait rien à craindre du basilic.
« J'aurais pu vous tuer dix fois.
-Mais tu ne l'as pas fait, c'est ce qui compte. Quelle heure est-il ? Demanda le seigneur des ténèbres grognon, il faisait un beau rêve après tout et le voilà réveillé par l'objet de son rêve.
-Quel genre de mauvais rêve étiez-vous en train de faire ? C'est pitoyable de votre part …
-Je faisais plutôt un très beau rêve. Avant que tu me réveille …
-Je n'avais pas l'impression que c'en était un beau. Enfin bref je ne suis pas venu pour parler de ce qui pourrait vous arriver pendant que vous êtes en train de dormir …
-Tu es venu parler de quoi alors ? Harry croisa les bras sur sa poitrine, se donnant un air supérieur.
-L'homme que je garde a dit une chose étrange. Je suis venu vérifier si c'était vrai.
-Quoi donc ?
-Que ce pays tout entier a peur de vous.
-Oui c'est exact.
-Je veux une preuve.
-Tu l'auras ne t'en fais pas. La tête haute, Harry était néanmoins sceptique.
-Dormir le ventre à l'air n'est pas bon, vous auriez pu vous faire étriper dans votre sommeil.
-Pas avec les protections qu'il y a sur la porte.
-J'ai pu l'ouvrir pourtant, et facilement en plus.
-C'est parce qu'elles ne te concernent pas. Je te fais confiance.
-Vous ne devriez pas.
-Je sais ce que je fais.
-Si vous le dites.
-Tu as bien dormi ?
-Ca ne vous regarde pas. Quand-ce que commence cette réunion ? Je veux vite avoir ma preuve. Et je veux du thé.
-Du thé ?
-Je pense que vous avez compris ma demande, pas la peine de le répéter.
-La politesse n'est pas ton fort.
-Contentez vous de le demander à vos créatures, je le veux froid. Voldemort sortit du lit, il était nu mais Harry ne fit aucun commentaire sur ce fait.
-Dinky. Un elfe de maison apparut dans un pop sonore, il se cacha les yeux en voyant la nudité de son maître et fut surpris de voir quelqu'un en sa compagnie d'aussi bon matin, diverses suppositions commencèrent à se former dans sa tête. Apporte-nous du thé. Nous le boirons ici. »
Harry toujours dans sa tenue de la veille, mais pieds nus cette fois, s'installa sur le sofa du petit salon des appartements de Voldemort. Il croisa ses longues jambes et patienta que la bestiole qu'avait appelé le lord noir revienne. D'ailleurs ce dernier s'habilla d'un pantalon moulant de couleur noir et vint s'installer à côté de lui. Harry se décala un peu pour ne pas être trop proche de l'homme, la créature revint enfin et laissa deux tasses sur la petite table face aux deux hommes. Dinky se posait des questions sur la relation entre ces deux là, ils étaient tellement spécial l'un envers l'autre qu'il doutait qu'ils puissent un jour être en couple. Mais ce n'était pas ses opinions, il se contenta de disparaître de nouveau.
Voldemort lança un sortilège sur la tasse du plus petit et ce dernier but son thé sans crainte de se brûler la langue.
« J'attaque le ministère ce soir. Tu pourras voir à quel point les gens ont peur de moi.
-Je ne demande qu'à voir.
-Tu m'as réveillé juste pour me poser cette question ?
-Oui. J'y réfléchissais mais je ne trouvais pas de conclusion satisfaisante. Le seigneur des ténèbres gloussa.
-Espèce de sale gosse …
-Je sais. Je dois y aller maintenant. »
Sans plus attendre Harry se leva et referma la porte derrière lui. Il alla dans la salle du trône pour retrouver la Doyenne qu'il avait négligé ces temps ci. Le jeune homme la trouva bien installé sur le trône de Voldemort et Harry ne s'attarda pas à savoir si c'était celui de son ennemi ou pas, il y installa confortablement et le vieux serpent engagea la conversation en relevant la tête.
« Mon cher petit, voilà quelques temps que vous ne veniez pas.
-Vous m'avez manqué Doyenne.
-L'odeur de cet homme semble voir suivre partout où vous allez très cher.
-Ca doit être une erreur.
-Pourtant je la sens bien. Vous-même le savez. Vous êtes très proche de lui, et je le sens, personne n'a jamais été aussi proche de lui que vous.
-Que voulez vous dire ?
-Il est comme un mâle solitaire, il n'a jamais connu l'attirance vers un autre de son espèce, maintenant que vous êtes ici, il ressent tout pleins d'émotions. Vous avez entendu son cœur ? Depuis quelques temps à chaque fois qu'il vous voit son cœur bat plus vite. Vous n'entendez peut être pas le votre mais je le sens plus rapide. Il vous fait de l'effet.
-Il m'énerve. Cela est différent.
-Je le vois mon cher, il est le partenaire idéal pour vous. Succombez-lui, vous savez que j'ai raison.
-Peut être bien, mais … je refuse de lui céder aussi facilement. Il ne m'a pas encore prouvé sa puissance, il dit que ce soir il va me le prouver, je vais attendre d'ici là.
-Mon petit. Il faut que je vous le dise.
-Quoi donc Doyenne ?
-La mort va venir me faucher dans quelques temps. Rapidement. Je ne peux rester plus longtemps. Harry se leva de son assise et attrapa délicatement sa compagne entre ses doigts.
-Non … pas vous …
-J'ai fais mon temps mon petit. Je compte sur cet homme pour veiller sur vous, je le sais digne de confiance. Mes sens ne m'ont jamais trompé. Emmenez-moi dans la forêt. D'ici ce soir je mourais sûrement.
-Bien Doyenne. Puisque c'est votre choix. »
Déclara simplement Harry avant de se transformer en un serpent immense. Comme d'habitude, le basilic laissa une place dans sa gueule pour pouvoir transporter plus facilement la vipère. Ils ne perdirent pas de temps et sortirent de la salle, Voldemort se trouvait là, juste à deux pas de la salle du trône. Il questionna Harry du regard, ce dernier se contenta de regarder le sol avant de ramper vers l'extérieur.
La Doyenne était faible dans sa gueule, il le sentait, la respiration de la femelle ralentissait, son cœur se fit plus faible. La forêt se fit un doux tapis sur ses écailles, lorsqu'il fut assez éloigné de la demeure Serpentard il baissa la tête, ouvrit la gueule et le plus petit serpent en sortit.
Les serpents s'enroulèrent sur eux-mêmes, l'un mourant, et l'autre montant la garde comme une sentinelle protectrice. Harry voulait s'assurer que son guide puisse mourir tranquillement.
Dans le milieu d'après-midi, la Doyenne rendit son dernier souffle. Elle poussa un dernier soupir, un dernier sifflement, avant que son âme ne quitte son corps. La grosse tête du basilic s'abaissa vers le corps sans vie de la femelle, il le poussa gentiment mais aucune réaction … le corps était encore plus froid que d'habitude. Les yeux vitreux de la femelle le resteraient à jamais.
Le basilic, ne pouvant rien faire d'autre, rentra, le regard triste. Il se souvenait encore des derniers mots de la Doyenne, succomber à Voldemort ? Ce n'était pas une si mauvaise idée après tout, l'homme était assez vieux pour veiller à son tour sur lui, et ne se plaignait pas de son caractère insupportable comme pouvait le faire la Doyenne.
Reniflant l'air, Harry arriva à la salle du trône où tout le monde était réuni pour discuter de l'attaque, des prisonniers étaient présents et hurlèrent de terreur en voyant le grand basilic entrer. Il ne se retransforma pas en humain et se contenta de s'enrouler autour du trône de Voldemort et posa sa tête à même le sol, ses yeux verts fixés sur ce qu'il se passait. Le lord noir, comprenant son envie de ne parler à personne, ne lui adressa pas la parole. Se contentant s'établir le plan comme il se le devait, il tortura les prisonniers qui crièrent grâce sous la force de sa magie, mais à aucun moment Harry ne leva la tête pour être plus attentif à la scène. Il était là, mais absent à la fois.
Il venait de perdre sa plus fidèle alliée, celle qui l'avait élevé pour faire de lui ce qu'il était aujourd'hui. C'était elle la première qui avait compris que finalement, il avait besoin d'être un humain, même si c'était Voldemort qui lui avait insufflé cette idée, lorsqu'Harry avait subtilisé sa baguette au seigneur des ténèbres, il l'avait compris mais refuser de l'admettre. Même lorsqu'il avait choisi d'habiter ce lieu, il savait que cela cachait son envie profonde de découvrir les humains, sinon il aurait choisi un lieu dans la forêt, ou dans les montagnes comme chaque basilic.
Mais le fait qu'il avait choisi un vieux manoir, habité par des humains, le trahissait dans cette optique. Au plus profond de lui il voulait rester avec les humains, que Bellatrix continue ses douces caresses, il voulait continuer à rester proche de Voldemort, il voulait continuer à écouter les conversations des autres sorciers même s'il ne comprenait pas forcément tous les mots, il voulait continuer à être désagréable avec les plus jeunes pour que ceux-ci comprennent sa supériorité. Au fond de lui, ils savaient que tous ceux qui habitaient ce manoir étaient comme lui, ils faisaient partis de la maison de Serpentard, le serpent. Contrairement à tous les humains qu'ils avaient déjà rencontrés, le caractère de ceux qui étaient présents était plus semblable au sien.
Il n'avait pas vu le temps passé, plongé dans ses pensées, c'est une grande et douce main qui se posa sur sa gueule qui attira son attention. Il recule rapidement et était presque tenté de mordre la main de Voldemort pour cet affront mais n'en fit rien. Il remarqua qu'il n'y avait plus personne dans le lieu.
« Que s'est-il passé ?
-La mort est venue faucher la Doyenne.
-Tu es triste ? Demanda le seigneur des ténèbres, concerné par la tristesse et la mollesse du serpent.
-Ca passera.
-Celui que tu gardais aussi, il a été pris d'une forte fièvre, il n'y a pas survécu.
-C'est vous qui l'avez tué n'est-ce pas ?
-Tu m'agaçais à vouloir le garder. Où est-elle ?
-Je l'ai emmené mourir dans la forêt. L'endroit le plus approprié pour elle …
-Depuis combien de temps vous connaissez vous ?
-Longtemps. Peu après que je me sois transformé, je l'ai rencontré. Elle m'a aidé à survivre. Harry reposa sa tête et Voldemort s'assit face à lui.
-Je comprends ce que tu ressens. J'ai aussi perdu des personnes plus ou moins proches.
-Si vous le dites. Et vous savez aussi que je vais l'oublier rapidement pas vrai ?
-Un serpent n'est pas supposé être guidé aussi longtemps. Les serpents sont fait pour oubliés rapidement, mais tu pourras faire comme les humains. Les humains viennent une fois par an sur la tombe de leurs défunts.
-Pourquoi faire ?
-Viens avec moi. »
Déclara le seigneur des ténèbres en se levant et en tendant une main au plus jeune qui se transforma en humain pour la saisir.
« Accroche-toi bien. »
Ils transplanèrent.
