C'était arrivé un beau jour de juin. Sicilia avait reçu une lettre de la part d'un certain Carlisle Cullen pour Aro. Elle soupira et se résigna à aller apporter son courrier à Aro. Elle maudit cet inconnu qui ne savait de toute évidence pas que les téléphones portables existaient depuis désormais plusieurs années. Se dirigeant vers la salle du trône, Sicilia se demanda comment les Volturi faisaient pour ne pas prendre ce château en grippe. Il était sombre, froid et dôté d'innombrables couloirs interminables. Un vrai labyrinthe ! Elle regretta immédiatement cette pensée, se rendant compte qu'elle pourrait agacer Aro. Cependant, elle ne s'attarda pas sur ce détail : le mal était fait et Aro saurait la vérité tôt ou tard. Elle fit donc le vide dans sa tête et pénétra dans la salle du trône.
Aro, la voyant entrer, afficha un sourire si grand que Sicilia ne put réprimer un frisson. Elle se reprit rapidement et se dirigea solennellement vers lui, comme à son habitude, blafarde et blême. Aro lui attrapa la main plutôt que la lettre et se moqua gentiment : "Si tu continues à penser aussi souvent à moi, je vais finir par rougir". Cette phrase, soit disant gentille, agaça profondément Sicilia qui comprit qu'elle allait être la cible de tous les Volturi. Certains la railleraient tandis que d'autres la rabaisseraient. Encore une fois, cela prouvait qu'Aro était bien le pire de tous. Elle ne laissa rien paraître et attendit qu'il lui tourne le dos et secoue sa main pour la congédier, ce qu'il fit. Elle tourna alors les talons et se dirigea rapidement vers la sortie mais il la stoppa. Le coeur de Sicilia ne fit qu'un bond : pourquoi l'avait-il stoppée ? L'heure de sa mort était-elle venue ? Elle se contint et se retourna vers lui. Il semblait songeur et son sourire éternel avait subitement disparu de son magnifique visage. Cela n'annonçait rien de bon mais étrangement, pour la première fois, Sicilia n'était pas effrayée par Aro mais plutôt hypnotisée. Sans s'en rendre compte, elle s'approcha de lui, comme s'il n'avait jamais été effrayant et qu'elle ne risquait pas la mort. Fascinée par ce visage sans sourire qu'elle ne lui avait jamais vu, elle se reprit de justesse car elle était sur le point de le caresser. Ce geste n'échappa aucunement à Aro qui explosa de rire, puis lui attrapa précipitamment les mains, avide de savoir à quoi elle avait pensé. Gênée, elle voulut se dégager mais il ne la laissa pas faire. Il rit encore puis lui ordonna de faire sa valise :
- Vous... Vous me renvoyez ? bredouilla Sicilia, interloquée
- Hahahahaha ! Ma chère Sicilia, si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer ! Serais-tu donc à ce point triste de nous quitter tout en restant vivante ?
- Hein ? Ah... je... ne sut répondre Sicilia. C'était une question piège. Peu importe ce qu'elle dirait, elle mourrait. Elle regarda alors droit dans les yeux, lui faisant comprendre que cela ne fonctionnerait pas avec elle
- Hihihihi ! Décidément, tu m'amuses beaucoup ! Nous partons aux Etats-Unis, toi et moi ! Rien que nous, tu en as de la chance ! Tu vas pouvoir me contempler tout autant que tu voudras...Du moins, jusqu'à ce que je ne me lasse...
Cette dernière phrase, prononcée plus doucement que les autres, n'échappa pas à Sicilia. Elle s'inclina légèrement et annonça :
- Comme vous me l'avez ordonné, je vais faire mes valises.
- Profites-en pour faire les miennes aussi, la taquina Aro
Sicilia rougit, ce qui fit rire profondément Aro. Il lui fit signe de partir la laissant dans le doute : devait-elle faire les valises d'Aro ou non ?
Heureusement, lorsqu'elle arriva à son bureau, sa valise à la main, Aro était déjà prêt et lui lança un "Pas trop déçue ?" en pointant sa propre valise et en riant à nouveau. Elle n'osa pas répliquer qu'elle était au contraire soulagée que le malentendu soit levé mais se mit à nouveau à craindre la réaction d'Aro lorsqu'il saurait la vérité.
Lorsqu'ils arrivèrent aux Etats-Unis, Sicilia comprit pourquoi elle n'avait jamais entendu parler de "Forks". En effet, elle avait lu l'adresse de l'expéditeur de la lettre et savait donc le nom de la ville où Aro et elle devaient se rendre mais elle ne s'attendait pas à cela : ce n'était même pas une ville, plutôt une bourgade. Tout le monde devait se connaître dans le coin. Comment un vampire pouvait-il évoluer dans un tel environnement ?
- Les Cullen déménagent régulièrement, répondit Aro qui s'était saisi de la main de Sicilia
- Ca vous aurait plu ? Je veux dire, si vous n'aviez pas été Roi, auriez-vous aimé pouvoir vivre librement et déménager régulièrement ?
- La liberté, c'est d'avoir le choix. Et moi, j'ai choisi d'être Roi, répondit Aro, l'air grave.
A nouveau, Sicilia fut subjuguée par cet homme qu'elle ne connaissait pas. Heureusement, Aro sourit rapidement à nouveau et lui demanda :
- As-tu l'intention de m'embrasser ?
- Arrivons-nous bientôt ?
Il était plus sage d'éluder la question, ce qui fit plaisir à Aro. Il lui montra la maison au fond et pressa le pas. Elle dût courir pour le suivre. Lorsqu'ils entrèrent dans la maison, une étrange fumée opaque les assaillit, ce qui les fit tousser.
Par réflexe, Sicilia réouvrit la porte et sortit mais Aro ne la suivit pas. Ne comprenant pas pourquoi il restait, elle hésita puis prit un mouchoir qu'elle mit devant son nez et sa bouche. Déterminée, elle retourna dans la maison et chuta sur Aro, à terre. Du moins, elle pensait qu'il s'agissait d'Aro... Elle ne voyait rien avec cette fumée ! Elle se précipita sur les fenêtres et les ouvrit en grand. Puis, elle chercha tout ce qui pouvait augmenter la ventilation et se heurta à d'autres corps par terre ! C'était une véritable hécatombe !
Lorsque la fumée se dissipa enfin, elle put compter quatre femmes et quatre hommes gisant à terre, en plus d'Aro. Ils semblaient tous souffrir le martyre et Sicilia ne savait quoi faire. S'ils avaient été humains, elle aurait téléphoné à un médecin mais puisqu'ils étaient des vampires, elle ne pouvait rien faire. Aucun vampire n'était, selon elle, assez masochiste pour vouloir devenir médecin. Elle souffla un bon coup et reprit ses esprits. Le plus important consistait à sauver Aro. Elle ne connaissait pas les autres vampires agonisants et elle était certaine qu'ils étaient moins dangereux qu'Aro. Après tout, c'était lui le pire de tous. Elle s'approcha donc du Roi des vampires et constata qu'il avait de la fièvre. Il tremblait de tout son corps, comme s'il avait la grippe. Elle hésita puis le porta (ou plutôt le traina) jusqu'à une chambre à l'étage. Elle croisa mentalement les doigts pour qu'Aro lui pardonne tous les coups que son dos avait pris à chaque marche. Elle trouva des couvertures et les empila sur lui. Elle décida d'oublier qu'il était un vampire et agit comme s'il était humain. Elle lui donna donc un médicament pour la fièvre, lui fit couler un bain et ... marqua un temps quand elle réalisa qu'elle allait devoir le déshabiller. Si elle faisait cela, c'était pour l'aider mais comment allait-il réagir ? Au mieux, il ferait la remarque devant tout le monde qu'elle avait essayé de profiter de lui et qu'il ne pouvait pas baisser sa garde un instant sans que sa perverse de secrétaire lui arrache ses vêtements. Au pire, il la tuerait. Elle déglutit puis le déshabilla. Après tout, quoiqu'il puisse se passer, elle risquait la mort à chaque instant avec lui donc il n'y avait pas à hésiter. Elle fit cependant de son mieux pour ne pas regarder. Une chance qu'elle le craigne autant ! Il pourrait ainsi constater par lui-même qu'elle avait été sage malgré la situation. Elle prit un gant et entreprit de le frotter mais elle ne se sentit capable de s'occuper que rapidement du torse. Le reste la mettait trop mal à l'aise. Lorsqu'elle tira sur ses bras pour le sortir de l'eau, le corps d'Aro était si mou qu'elle ne parvenait pas à bien attraper sa prise et qu'il se trouva les fesses à l'air.
Quelque chose n'allait pas. Elle n'avait jamais été proche des vampires mais elle avait toujours eu l'impression que leur corps était dur. De même, elle ne les avait jamais vu malades. Et puis, pourquoi allait-elle bien ? Parce qu'elle s'était enfuie ? Ou bien... Et si la fumée respirée plus tôt était en réalité un poison pour les vampires ? L'inquiétude grandit en elle : que se passerait-il si Aro disparaissait ? Les Volturi la rendraient sans doute responsable et elle savait que Démétri retrouvait toujours sa proie. Elle n'avait pas le choix : elle DEVAIT sauver Aro. Sans plus de manière, elle lui attrapa les fesses et le fit basculer sur le carrelage de la salle de bains. Elle l'enveloppa d'un peignoir, le roula pour bien lui enfiler chaque manche et le sécha. Puis le hissa jusqu'au lit où elle l'ensevelit de couvertures. Elle se hâta ensuite vers la cuisine, là où se trouvaient les autres vampires. Elle ne se préoccupa pas d'eux et chercha la source de la fumée. Il devait bien y avoir quelque chose qui avait déclenché cette fumée. Elle regarda partout et trouva une lettre, près de morceaux de verre. Sur l'enveloppe, il y avait écrit "Pour l'humaine qui ne nous sauve pas". Interpellée, elle ouvrit prudemment la lettre et lut :
"Très chère humaine,
Sache que nous ne t'en voulons pas de nous laisser agoniser : ceci est notre choix et nous respectons le tien. Nous sommes les Cullen, une famille de vampires qui, depuis longtemps, refuse de se nourrir de sang humain. Cependant, nous ne supportons plus notre espèce et avons décidé de l'éradiquer pour toujours. Aro est le pilier de notre monde. En l'emportant avec nous dans la tombe, nous t'offrons un monde plus sûr et sans vampire car ils s'entretueront tous pour obtenir son trône. Il est inutile de nous remercier, nous n'avons fait que notre devoir.
Cordialement,
Alice Cullen"
... Des terroristes ! Sicilia n'en revenait pas ! Aro et elle avaient été pris au piège par des terroristes. Complètement déboussolée, elle tourna la page dans l'espoir vain de lire "Héhé ! C'était une plaisanterie ! Le remède se trouve dans le tiroir". Malheureusement, il n'y avait rien d'écrit sur le verso. Elle se mit alors à réfléchir à toute vitesse : quelles solutions avait-elle ? Contacter les Volturi ? Et si elle créait une guerre intestine en faisant cela ? Préparer un remède ? Elle n'avait que de vagues connaissances en chimie et ignorait les ingrédients utilisés. A cet instant, une des femmes allongées par terre poussa un étrange soupir et cessa de trembler, le regard vide. Sicilia, apeurée, s'approcha d'elle et constata que cette femme qui ressemblait à un lutin, était morte. La menace des terroristes était bien réelle : ils avaient fait une mission kamikaze et leur premier membre venait de trépasser.
Elle se précipita dans la chambre où se trouvait Aro, l'attrapa fermement au niveau du visage et lui dit :"Vous êtes tombé dans le piège de terroristes qui ont fabriqué un poison mortel pour mettre fin à l'existence des vampires. Je dois être folle mais je vais tout faire pour vous sauver alors en attendant, tenez bon". Elle reposa sa tête et alla dans la salle de bain pour mouiller une serviette qu'elle lui appliqua sur le front. Aro continuait de trembler et de souffrir, elle devait faire vite. Elle chercha dans la maison et trouva des ustensiles de médecin. Elle appela un vétérinaire et lui dit que sa portée de chats avait été empoisonnée mais qu'elle ne savait pas par quoi et que l'un des petits venait de mourir. Elle voulait savoir comment sauver les autres. Le vétérinaire lui demanda son adresse mais elle répondit qu'elle habitait loin et qu'un nouveau chat, un jeune mâle roux, venait de rendre l'âme. Il fallait faire vite. Elle lui précisa qu'elle avait des ustensiles de médecin, son défunt mari ayant été docteur. Le vétérinaire lui dicta alors ce qu'elle devait faire. En apprenant qu'elle allait devoir ouvrir un des cadavres pour analyser la raison de leur mort, Sicilia manqua de défaillir mais elle se reprit, pensant qu'elle devait sauver Aro. Elle n'avait d'ailleurs pas beaucoup de temps puisque deux des huit Cullen étaient déjà morts. Lorsqu'elle commença à analyser la substance présente dans les poumons de la fille lutin, une autre femme, avec un visage en forme de coeur, mourut. Inquiète, Sicilia eut envie de voir comment allait Aro mais elle se dit que c'était une perte de temps. Elle devait se concentrer et préparer le remède. Elle chercha sur Internet et parvint à découvrir tous les ingrédients qui avaient été utilisés dans cette fumée. Un homme blond et une femme brune moururent pendant ce laps de temps. Il ne restait plus qu'un homme blond, un homme aussi costaud que Félix et une femme blonde. Sicilia décida d'accélérer : elle devait désormais trouver l'antidote. Elle rappela le vétérinaire et lui dit quels ingrédients avaient été utilisés. Ce dernier s'étonna que cela avait tué les chats mais elle lui rétorqua, la voix tremblante, de dire cela à ses pauvres petits qui rendaient l'âme les uns après les autres. Le vétérinaire ne discuta pas et lui indiqua comment préparer un antidote.
Sicilia raccrocha et monta rapidement l'escalier. Elle secoua à nouveau Aro pour lui dire : "j'ai trouvé ! Je dois juste rassembler les ingrédients pour vous créer l'antidote alors tenez bon ! Dans une heure, tout au plus, vous serez sauvés". Sur ces bonnes paroles, elle prit les clés de la voiture et roula à toute vitesse vers le magasin le plus proche. Le temps de faire ses courses et de rentrer, seul l'homme costaud était encore en vie chez les Cullen. Elle se figea et dut se pincer pour bouger : elle devait faire très vite ! Aro n'était pas d'une corpulence aussi solide que cet homme, il ne tiendrait pas longtemps, si tant est qu'il était toujours en vie... Elle se hâta et courut jusqu'à la chambre pour faire boire l'antidote à Aro... qui était toujours en vie ! Leur respiration à tous les deux se calma lorsqu'Aro finit de boire l'antidote. Elle avait fait son devoir et apparemment, son remède était efficace. Elle alla voir le dernier Cullen mais il avait rendu l'âme pendant qu'elle était avec Aro.
Il ne lui restait plus qu'à creuser huit tombes avant qu'Aro ne se réveille...
