Dans les films, creuser une tombe improvisée semblait être l'affaire de quelques minutes. Dans la réalité, Sicilia ne sentait plus ses bras tant elle avait mal. Cela faisait deux heures qu'elle creusait et, bien que la terre humide s'était révélée malléable au départ, elle avait vite déchanté en cherchant à attaquer en profondeur. Elle n'avait pas réussi à atteindre plus de dix centimètres de profondeur alors qu'elle avait réussi à faire les deux mètres de long en à peine trente minutes. Dire qu'il y en avait encore sept autres après celle-ci... Décidément, ces Cullen devaient avoir une dent contre elle pour la torturer ainsi. Penser cela la fit sourire en se rappelant qu'il était normal qu'un vampire ait une dent contre un humain.

- Enterrer quelqu'un te fait rire ? demanda une voix profonde et grave inconnue derrière elle

- Aaaaaaaaaaahhhhh ! Hurla-t-elle de terreur en s'imaginant qu'un des Cullen était peut-être revenu à la vie

- Cesse de hurler, veux-tu ? Je ne suis pas d'humeur... Et tourne-toi quand je te parle

Sicilia se retourna et en resta bouche bée. Un homme d'une beauté prodigieuse se trouvait devant elle. Il lui rappelait Aro mais certains détails ne collaient pas. Par exemple, Aro avait le teint cadavérique qui faisait ressortir ses yeux rouges ou noirs, selon sa soif. L'inconnu avait le teint halé qui faisait ressortir de magnifiques yeux verts. Aro se tenait toujours de manière très noble et sa démarche était si élégante qu'on avait l'impression qu'il dansait. L'inconnu se tenait fièrement mais Sicilia ressentait davantage sa virilité dans sa démarche que son élégance. Enfin, Aro souriait toujours et il était quasiment impossible de savoir ce qu'il avait en tête. L'inconnu avait un air grave et semblait manifestement peiné de voir les corps sans vie des Cullen, entassés les uns sur les autres, attendant d'avoir leur tombe.

- Que s'est-il passé ?

- ...

- Sicilia, je t'ai posé une question ! se fâcha l'inconnu

- ... Aro ? C'est vous ?

- Evidemment, qui veux-tu que ce soit ?

- ... Vous... Vous vous sentez bien ?

- Puis-je savoir ce qu'il t'arrive ?

- Eh bien... Vous êtes... euh... Différent ?

- Mais encore ?

- Pourriez-vous courir autour de la maison ?

- Pardon ?

- Je ne sais pas mais... je trouve que vous ne faites plus très... vampire ?

- Est-ce une provocation ? s'approcha dangereusement Aro

- Non ! Mais... La fenêtre ! Regardez-vous dans la fenêtre ! Vous comprendrez !

Lorsqu'Aro se regarda, il ne comprit tout d'abord pas tout de suite ce qu'il se passait. L'individu qui lui faisait face lui était familier mais il avait l'impression de ne pas l'avoir vu depuis longtemps. Il n'arrivait plus à savoir où et quand il avait vu cette personne, ni qui elle était, pourtant, indubitablement, il la connaissait. Puis, peu à peu, il commença à comprendre. Il se rapprocha, toucha sa joue, frotta pour vérifier qu'on ne lui avait pas appliqué un fond de teint puis se retourna fou de rage vers sa secrétaire :

- Que m'as-tu fait ?

- Moi ?! Mais... Rien du tout ! Ce sont ces terroristes qui...

- Les Cullen sont des végétariens. On peut les qualifier de masochistes ou de fous mais ils ne sont en aucun cas des terroristes. Par ailleurs, Carlisle est un de mes précieux amis...

- Eh bien votre précieux ami a décidé de vous tuer !

- C'est toi que je vais tuer si tu continues avec tes inepties !

- Mais... La lettre ! Il vous suffit de lire la lettre ! Venez, je vais vous la montrer.

Aro la suivit avec méfiance, ne la croyant pas une seconde. Cependant, avant de la tuer, il fallait déjà qu'il comprenne la situation et qu'il redevienne rapidement vampire. Il prit la lettre qu'elle lui tendait et la parcourut en diagonale, puis reconnaissant l'écriture et se rendant compte que sa rapidité de lecture avait grandement chuté depuis cet incident, il se concentra et la lut avec soin.

Il est assez difficile de décrire la stupéfaction qui frappa Aro lorsqu'il comprit (et admit) que les Cullen avaient voulu le tuer. Ces soi-disants pacifistes n'avaient pas hésité à mourir pour avoir une chance de l'emmener avec eux dans la tombe. Cela en coûtait à Aro de l'admettre mais Sicilia avait raison : ses "amis" étaient des terroristes. Un vertige le prit et, n'ayant pas été humain depuis longtemps, il s'évanouit sans savoir comment remédier à cela. Sa secrétaire le regarda tomber tête la première, sans rien dire ni rien faire. Pour elle tout comme pour Aro, la situation était critique. Toutefois, la difficulté chez elle résidait davantage sur sa position dans cette guerre. Elle avait trois choix : être du côté d'Aro et l'aider à retrouver son statut de vampire, être du côté d'un autre roi et lui dévoiler qu'Aro n'était plus qu'un vulgaire humain ou être neutre et ne rien faire du tout.

Aro se réveilla avant qu'elle ne décide ce qu'elle voulait faire. Il la toisa, d'abord d'un regard vide puis la foudroya du regard. Il se leva, tituba un peu et s'accrocha à elle pour éviter de tomber. Ensuite, rassemblant ses forces, il l'attira à lui et lui murmura à l'oreille :

- Si jamais tu racontes ce qui vient de se passer à quelqu'un, je te tue

- Mais... je n'avais pas encore décidé de vous trahir !

- Pardon ?

- C'est vrai ! J'étais certes en train de réfléchir à si je restais à vos côtés, si je divulguais à Caius ou Marcus que vous étiez redevenu humain ou si je ne faisais rien du tout mais je n'ai encore rien décidé !

- ! Traîtresse ! Tu oserais me trahir ? Je faisais référence à mon malaise moi !

- Ah... Ça... C'est vrai que si les gens apprenaient que le Roi des vampires s'était évanoui comme une princesse, vous perdriez en crédibilité...

- Crois moi, je saurai m'assurer que PERSONNE ne sache jamais cela, la menaça Aro, mâchoire crispée.

- Mais... Mais... Comment se fait-il que vous ayez encore l'air terrifiant alors que désormais, vous n'êtes plus qu'un vulgaire humain ?

- Je reste l'homme que j'ai toujours été

- Vous vous évanouissiez comme une princesse avant ?

- Tu veux mourir ?

- ... Pardon...

- Bon, concentrons-nous sur les points importants : premièrement, si tu oses me trahir ou ne serait-ce que l'envisager, je te tranche la tête et l'offre à un chien pour qu'il joue avec. Comme je ne veux pas d'ennuis avec la SPA, je te saurais gré d'apprendre rapidement la définition du mot "loyauté". Nous sommes d'accord ?

- Oui...

- Deuxièmement, interdiction de creuser des tombes aux Cullen. Ces traîtres ne méritent que le bûcher !

- Oh ! Quelle bonne nouvelle !

- Hum... Pourquoi ?

- C'était trop dur de creuser...

- Je vois... Dans ce cas, tu vas les enterrer puis les déterrer pour finalement les brûler

- Mais... pourquoi ?

- C'est ta punition pour avoir envisagé de me trahir !

- Mais... J'ai demandé pardon... Et puis, je vais mettre au moins deux jours à faire tout cela. C'est une perte de temps.

- Non, je te laisse jusqu'à... Quelle heure est-il ? 10h18 ? Très bien ! Tu as jusqu'à midi ! Passé ce délai, tu mourras ! Tu devrais t'y mettre dès maintenant. Pendant ce temps, je vais réfléchir à mon troisième point : comment redevenir un vampire sans risquer de me faire tuer.

Sicilia ne s'enquit pas auprès d'Aro de la raison pour laquelle il ne demandait pas à un de ses amis de le transformer. Après tout, l'un d'entre eux venait d'essayer de le tuer. Cela avait dû l'inciter à la prudence... Quoiqu'il en soit, elle creusa de toutes ses forces et aussi rapidement qu'elle put mais ne parvint pas à finir ne serait-ce que la première tombe dans les temps.

Lorsque midi sonna à l'horloge des Cullen, une immense sueur froide lui parcourut l'échine. Sa dernière heure était venue ! Apeurée, elle voulut vite attraper les Cullen pour les pousser dans la seule et unique tombe qu'elle avait plus ou moins finie mais le silence d'Aro la gela. Elle jeta un oeil dans sa direction, sachant qu'il était resté assis sur un banc à proximité pour la surveiller. Elle fut surprise de le voir, mâchoire serrée, une larme au coin de l'œil. Il était furieux et en même temps, peiné. De toute évidence, la trahison de Carlisle l'avait affecté. Sicilia ne savait pas trop si elle devait se réjouir ou non. Aro avait toujours été souriant, cachant ses pensées, ce qui le rendait redoutable. Depuis qu'il était redevenu humain, il semblait submergé par ses émotions, ce qui le rendait tout aussi redoutable mais d'une autre manière. Devait-elle lui parler ? Le consoler ? Elle préféra profiter de ce laps de temps supplémentaire pour mettre tous les Cullen dans la tombe et les recouvrir grossièrement avec de la terre.

- J'ai faim... déclara Aro

- Hein ?

- Fais-moi à manger, Sicilia

- Mais... Vous voulez manger quoi ?

- Comment veux-tu que je le sache, petite sotte ? Cela fait 3000 ans que je suis vampire ! Crois-tu que j'ai encombré mon esprit avec des futilités comme la gastronomie humaine ? J'avais déjà tant d'informations à stocker pour pouvoir manipuler correctement mon entourage...

- Dans ce cas, pourquoi avoir voulu à chaque fois lire dans mes pensées ?

- Te terroriser m'amusait

- Et maintenant ?

- Maintenant, tu m'ennuies et tu m'énerves ! Le repas est prêt ?

- Mais... Je n'ai pas encore commencé à cuisiner ! Et on ne devait pas brûler les Cullen ?

- Ah... Si... Je vais le faire ! Prépare le repas. Exceptionnellement, je t'autorise à manger avec moi. J'espère que tu sauras te tenir correctement et apprécier de partager le repas d'un Roi.

- ... Oui. Je m'y mets tout de suite !

Pendant que Sicilia courut pour se laver les mains et préparer le repas (en espérant que les Cullen avaient fait les courses), Aro s'approcha de l'unique tombe creusée par Sicilia. Il donna un petit coup de pelle et comprit que le travail avait été bâclé. Il secoua la tête et retira la terre qui ensevelissait les Cullen. Le visage de Carlisle lui apparut en premier. Cela lui fit l'effet d'un électrochoc. Comment avait-il pu le trahir et tenter de le tuer, alors qu'Aro avait toujours fait preuve de tolérance et de bienveillance à son égard. Il avait pardonné à Carlisle son goût étrange pour les animaux, il avait pardonné à son fils ses goûts douteux pour une humaine... Et c'était ainsi qu'ils le remerciaient ? Il entra dans la maison pour chercher une allumette, vit que Sicilia était aux fourneaux et que l'odeur semblait comestible puis mit le feu aux Cullen. Plus jamais il ne laisserait qui que ce soit le trahir ! Et encore moins cette stupide secrétaire !