Pesant lourdement sur les deux Gardes de la Tour, le soleil de l'après-midi continuait sa lente descente. Ils avaient tous deux mis pied à terre et marchaient à côté de leurs chevaux, dont les sabots heurtaient le sol dur de la Route de l'Intendant. Leur démarche était hagarde et ils ne pipaient mot, bien trop épuisés pour parler.
Seul le bruit des sabots contre le sol et le cliquetis des épées, accrochées à leur hanche, rythmaient leur marche. La chaleur était d'autant plus intense qu'ils avaient quitté le couvert des arbres depuis désormais plus de deux heures, suivant le tracé de la Route de l'Intendant. Le sentier qui s'étendait devant eux, et qu'ils empruntaient actuellement, devenait au fil du temps plus caillouteux et poussiéreux. Cependant, la pente devenait aussi plus douce et ses angles moins abrupts.
Emettant un râle rauque, Elerion s'affala soudainement sur le bord de la route, le visage rouge de fatigue, les membres en feu et la tête sur le point d'exploser. Pourtant, il arriva à se traîner sur quelques mètres, juste assez pour se poser dos contre un arbre. Le voyant s'écrouler, Anerän s'arrêta et, ayant poussé un soupir où se mêlaient soulagement et fatigue, mena les deux chevaux juste à côté d'Elerion. Décrochant une gourde d'eau de sa ceinture, il s'assit par terre et but une longue gorgée d'eau froide, dont des filets glissèrent sur sa peau et humidifièrent sa barbe grise.
Il poussa un grognement de contentement et tendit la gourde à Elerion, qui s'en empara aussitôt et but avec avidité de liquide glacial, qui dégoulina dans sa gorge sèche et noueuse.
Sous l'emprise de la terreur de l'ombre, ils avaient avancé sans même se soucier de leur état physique, trop pressés d'arriver à Emyn Arnen pour y être en sécurité. Mais la peur et l'angoisse s'étaient dissipés désormais.
Le soleil continua de descendre peu à peu alors que la chaleur diminuait, laissant les deux Gondoriens se reposer et reprendre des forces. Ainsi le temps s'écoula lentement, dans un silence de plomb et sans que rien n'advienne. Le calme plat. Pas même un oiseau qui chante, pas même le vent qui murmure.

Un son faible et régulier parvint peu à peu ses oreilles. Il allait en s'intensifiant, devenant plus fort et rapide. Sans dire un mot, Anerän mit la main sur la garde de son épée et, alors qu'Elerion sommeillait encore, il attendit. Les secondes étaient longues et, durant un instant, Anerän pensa que, si c'était un ennemi, il n'aurait aucune chance de s'en sortir. Ses muscles étaient encore fatigués et ses sens lui jouaient encore quelques tours.
Soudainement, deux cavaliers passèrent en trombe devant eux, soulevant un léger nuage de poussière qui fit tousser Anerän. Alerté par le bruit, Elerion se réveilla en sursaut. Bien que son sommeil avait été de courte durée, il avait été très largement bienvenu.
Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, Anerän lui fit signe de ne pas s'inquiéter. Alors qu'il s'apprêtait à décrisper sa poigne sur le garde de son épée, les deux cavaliers revinrent en hâte et s'arrêtèrent devant eux. Ils avaient tous deux l'allure de Rôdeurs d'Emyn Arnen, un grand arc d'if accroché dans le dos et une courte épée de métal à leur hanche, une capuche verte rabattue sur leur nuque. Les deux cavaliers s'étaient approchés et l'un d'entre eux avait mis pied à terre.
Ce fut celui-ci qui s'exprima le premier.

- Holà ! Êtes-vous les envoyés de Minas Tirith pour le seigneur Faramir ?

La voix du cavalier avait achevé de briser les tâches de craintes qui obscurcissaient encore le coeur des deux Gardes de la Tour. Elerion répondit au Rôdeur qui avait mis pied à terre.

- Oui, nous sommes Elerion et Anerän, tous deux envoyés par le Commandant de la Garde pour le seigneur Intendant Faramir. Qui êtes-vous, Rôdeurs ? »

Celui qui était descendu prit la parole, sous le regard toujours distant, presque méfiant, du second. Il avait des cheveux blonds comme le blé qui bouclaient et descendaient en cascade sur ses épaules. Deux grands yeux verts clairs brillaient intensément en plein milieu de son visage, pétillant de soulagement.

- Je suis Aidan Elbelien, Rôdeur au service de l'Intendant et Prince de l'Ithilien Faramir. Mon compagnon ici présent, et par ailleurs mon supérieur hiérarchique, est Isilion, le capitaine des Gardes de Minas Fael, dit-il en désignant l'autre cavalier d'un geste enjoué de la main.
Le seigneur Faramir nous a envoyé il y a tout juste une heure à votre recherche car il s'inquiétait de votre sort, étant donné que vous étiez en retard.

Elerion jeta un regard suspicieux à Isilion. Juché sur son cheval, il observait calmement la situation sans rien dire. Anerän en profita pour reprendre la tête du discours et s'adressa au Rôdeur blond.

- Nous ne pensions pas que le seigneur Faramir nous ferait chercher si tôt. Nous nous serions plus pressés dès le départ de Minas Tirith si nous avions su que le seigneur Faramir nous attendait plus tôt que prévu.

Aidan l'interrompit alors même qu'il n'avait pas fini, s'emparant de la parole.

- A vrai dire, si le seigneur Faramir s'inquiétait tant de votre retard, c'était surtout à cause d'un rapport que nous avons reçu il y a au grand maximum trois heures auparavant.

Ce fut Elerion, qui avait arrêté de dévisager Isilion, qui reprit la discussion.

- Nous avons bel et bien été retardés lors de notre voyage et, sottement et par crainte, nous avons pressé l'allure, ce qui nous a forcé à nous arrêter ici pour nous reposer un instant. Mais il est vrai que nous aurions pu repartir plus tôt, si le temps n'avait pas été aussi clément.

Aidan éclata d'un grand éclat de rire en hochant la tête.

- Oui, il fait particulièrement bon ces temps-ci. Résister à la fraîcheur de fin d'après-midi me semble en effet fort ardu.

Elerion lui adressa un sourire bienveillant. Ils étaient parfaitement sur la même longueur d'onde, tous deux pensant exactement la même chose.
Alors, et pour la première fois depuis le début de la discussion, Isilion s'exprima. Ses cheveux noirs cendrés descendaient jusqu'à son menton, chatouillant ses joues de leurs extrémités. Ses deux petits yeux noirs semblaient froids et désintéressés lorsqu'il parla, et sa voix ne trahissait rien d'autre qu'un ardent sentiment d'impatience.

- Eh bien si vous êtes désormais suffisamment reposés, allons-y. Le seigneur Faramir n'attendait plus que vous. De plus, quelque chose me dit que vous aurez beaucoup de choses à dire à l'Intendant à votre arrivée... j'imagine que ce sera particulièrement instructif.

Il en profita pour jeter un regard mauvais dans le dos d'Aidan, qui haussa les épaules et se dirigea vers son cheval après avoir aidé Elerion à se remettre debout.

- Ne vous en faites pas, il est comme ça depuis plusieurs années. On ne sait pas trop pourquoi mais il est très froid et distant avec tout le monde. C'est d'autant plus étrange qu'il était quelqu'un de tout particulièrement joyeux avant. Certains disent que c'est le fait d'avoir accédé au poste de Capitaine des Gardes de Minas Fael mais je n'y crois pas trop personnellement...Enfin bon, qu'y voulez-vous... ce sont des choses qui arrivent !

Avant qu'aucun des deux Gardes de Minas Tirith ne prenne la parole, il était remonté sur son cheval et l'orientait vers la route.
Elerion grimpa sur le dos de Narod, qu'Anerän lui avait apporté. Il se posta juste à côté d'Aidan et attendit avec les deux Rôdeurs que son ami monte lui aussi sur sa monture. Ce dernier resta quelques secondes pensifs, de nombreuses pensées se bousculant dans son esprit, puis grimpa sur le dos d'Elfara et la talonna, la faisant avancer au trot. Il fit avancer sa jument jusqu'au niveau d'Isilion puis lui montra d'un regard que tout était prêt.

Les quatre hommes se séparèrent en deux groupes, espacés chacun de deux ou trois mètres.
Le choc des sabots contre le sol rythma la fin de leur voyage vers Emyn Arnen, quelque fois agrémentés par des bribes de conversation. D'un côté, Elerion était presque en train de harceler Aidan de question sur Minas Fael, dont il n'avait jamais entendu que le nom, questions auxquelles le rôdeur ne répondait qu'à l'aide d'un sourire. Vous ne tarderez pas à voir, lui disait-il en le taquinant.
De temps à autre, c'était Aidan qui assaillait Elerion de question sur leur voyage, sur les « problèmes » qu'ils disaient avoir rencontré tout particulièrement. Elerion n'avait répondu lui qu'avec un silence obstiné, bien que rendant au rôdeur son sourire.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Elerion et Anerän s'immobilisèrent, totalement subjugués par la magnificence de la vue qui s'offrait à eux.

C'était sur le sommet ouest des collines que se dressait la citadelle des collines d'Emyn Arnen, ses contours et ses murailles masqués par le grand nombre d'arbres qui entouraient le lieu. Comme grand nombre des habitants de Minas Tirith, Elerion et Anerän avait déjà entendu parler de Minas Fael comme de l'un des futurs joyaux du Gondor, une grande citadelle en Ithilien, qui concurrencerait un jour la splendeur de ce qu'avait été Minas Ithil il y a bien longtemps. Elle avait été construire sur ordre du roi afin de fournir un meilleur lieu de défense et de rassemblement pour les armées du Gondor en Ithilien en cas de guerre contre le Harad et, bien qu'elle eût été réalisée extrêmement récemment, une imposante aura de puissance et de sûreté en émanait.
Des tours de pierre s'élevaient et semblaient transpercer le ciel complètement dénudé. Tous deux se demandèrent comment ils avaient pu ne pas remarquer la présence de ces tours lorsqu'ils étaient encore en terrain plus ou moins dégagés. Presque trop ébahis pour parler, ils n'eurent cependant qu'à tourner leur regard vers Aidan pour qu'il leur réponde, amusé, que les trois tours de Minas Fael avaient été bénies par Galadriel et qu'il était quasiment impossible pour l'oeil ne les ayant jamais vues de les apercevoir de loin.
Les murailles étaient hautes de près de trois mètres, légèrement bombées vers la base, gardées par des hommes en armure lourde ainsi que par des Rôdeurs, positionnés çà et là le long des remparts.

Les créneaux étaient ponctués d'abris en bois, où Elerion arrivait à distinguer la silhouette immobile d'un Rôdeur. Même dans les murailles on retrouvait des éclats de bois sombre. Sa surface luisait, comme humidifiée par la lumière du soleil qui déclinait peu à peu.
Éventrant littéralement les murailles, une lourde porte du même bois se tenait grande ouverte. Alors qu'il observait plus méticuleusement la porte, Anerän remarqua qu'elle était épaisse de près d'un demi-mètre. A elle seule, elle aurait pu donner l'impression que la forteresse était absolument imprenable. Un instant même, il se demanda si Grond, le bélier qui avait ouvert les portes de la cité blanche aux orcs, aurait été capable de mettre à bas une pareille porte. Elle était renforcée par de lourdes plaques de métal qui dessinaient un grand arbre, coupé en son centre par l'ouverture de la porte, dont les branches en rejoignaient les gonds.

Mais toute cette grandeur, toute cette sensation de sécurité et d'immuabilité, n'était rien en comparaison avec le château qui se dessinait dans le fond de la forteresse, se devinant derrière les tours et les murailles. Alors que la lumière du soleil semblait humidifier les murs et les tours, le château semblait lui l'absorber puis la faire s'écouler sur ses pierres. Il n'était pas brillant comme l'était Minas Tirith, éclatant d'une lueur de milles feux, joyaux d'or, d'argent et d'opale. Il brillait d'une façon qui lui était complètement propre, semblant comme s'approprier la lumière pour la dégorger entre ses interstices, la laisser couler le long de sa charpente et de ses murs. Il grignotait la lumière solaire qui l'approchait, se créant une réelle aura lumineuse personnelle, ne brillant pas de concert avec la lumière mais brillant en opposition avec elle.

Anerän et Elerion se tenaient complètement médusés. La beauté de la citadelle n'avait pas été exagérée, et cela leur paraissait d'autant plus démentiel qu'elle avait été réalisée en un temps ridiculement court, du moins ce qui pouvait sembler un temps ridiculement court pour une telle oeuvre d'art. Car c'est ce que, sans qu'ils aient à dire un seul mot, tous deux s'accorder volontiers à dire à propos de cette cité. Ce n'était pas juste une forteresse invincible ou immuable, c'était un bijou, un bijou d'ambre et de chêne mais dont la lueur persiste même lorsque la lumière du monde s'éteint, alors que le bijou de diamant et d'argent voit sa lueur être réduite à une trace infime.
Elle était bel et bien la troisième Tour, la soeur cadette des deux soeurs jumelles. C'était comme une jeune fille au regard embrasé et aux cheveux bruns et sombres, défiant ses deux aînées aux cheveux albâtres et aux yeux étincelant, se mettant à leur taille et éclairant leur chemin alors même qu'elles s'éteignaient.

Aidan tendit alors la main, la paume à plat, désignant la citadelle. Il ajouta d'un ton amusé, presque pompeux :

- Bienvenue à la grande citadelle d'Emyn Arnen, aussi renommée Minas Fael, résidence du seigneur Faramir, prince d'Ithilien et Intendant du Gondor, ainsi que de son épouse, la dame Eowyn, de leurs enfants, Eolorn et Borothen. Elle fut bâtie à l'aide des nains du Mont du Fer, d'Erebor et des Monts Bleus...

Anerän continua sa phrase, en pensant haut et fort, complètement émerveillé par la prestance de la place forte :

- ... et avec l'aide des elfes.

Aidan lui sourit aimablement et répondit immédiatement après.

-Oui, en effet. Les elfes, en particulier ceux du royaume de la Lorien, ont apporté beaucoup de bien aux forêts d'Ithilien. Elles sont plus verdoyantes chaque année et la terre ne s'en porte que mieux. La citadelle est ainsi protégée par la forêt, qui empêche la progression d'engins de siège, mais aussi par les divers charmes que la reine des Elfes a appliqué sur la forteresse, dont le fait que les tours soient invisibles à l'oeil non-averti.

- C'est absolument fabuleux...

Elerion acquiesça d'un signe de la tête, trop ébahi pour prononcer un seul mot. Ils restèrent figés dans leur contemplation muette de la forteresse durant plusieurs minutes. Puis finalement, ils furent ramenés à la réalité par Isilion, qui, toujours en tête, avait recommencé à faire avancer sa monture, la main sur la garde de son épée. Les trois autres Gondoriens le suivirent alors et Anerän et Elerion ne purent s'empêcher, lorsqu'ils passèrent sous l'arche qui renfermait la lourde porte, de lever la tête, écrasés par un indicible sentiment de fragilité au vu de la puissance des portes.

Ils pénétrèrent alors dans l'enceinte de la citadelle, franchissant les imposante murailles de pierre. Une longue allée pavée bordée d'arbres menait jusqu'au château, une grande bâtisse brillant d'éclats sombres et luisant à la lumière du soleil. Cette grande allée se scindait à plusieurs reprises, découpant la cité en plusieurs quartiers.
Des habitants parcouraient la cité en traînant des pieds, longeant les murailles et discutant à l'ombre de cette dernière ou des arbres. Quelques stands de marchand rameutaient des habitants comme des paysans, tous se penchant attentivement sur les produits proposés ou en discutant le prix à l'aide de grands gestes de la main.
A mesure que les cavaliers avançaient en direction du château, ils purent observent de très nombreuses sentinelles, postées un peu de partout. Lorsqu'ils passèrent à côté d'une caserne, où une grande masse d'hommes armés s'entraînaient furieusement, Anerän haussa les sourcils, dubitatif. La guerre contre le Mordor était censée être passée depuis longtemps et, dans tout le Gondor, ce n'étaient pas les casernes qui rassemblaient le plus de monde mais plutôt les marchés ou les places publiques. Et aucune autre guerre ne se profilait, tout du moins officiellement, avec le Harad. Car si les relations étaient tendues, Anerän savait qu'il en avait toujours été ainsi et que, pour autant, le Harad n'avait jamais à nouveau attaqué le Gondor. Mais l'atmosphère qui régnait à Minas Fael était une atmosphère tendue et martiale. Une petite tape d'Aidan sur son épaule le ramena à lui.

- Garde Anerän ? Vous portez-vous bien ?

Détournant alors la tête et le regard de toutes les sentinelles et des casernes où retentissait le bruit des lames, il sourit à Aidan et lui répondit que tout allait bien, tout n'arrivant pas à chasser de ses oreilles les éclats de voix et les chocs des épées.

- Quel est donc le nom du château du seigneur Faramir ? Nous pouvions en distinguer quelque chose lorsque nous étions en-dehors de la ville mais, plus nous nous en approchons et plus je le trouve étrangement bâti.

Aidan jeta un coup d'oeil au château et acquiesça, hochant la tête nonchalamment.

- Il a été nommé le « château d'Ébène ». Il reflète toujours une lueur sombre sous le soleil. Certains disent qu'il a été bâti avec des pierres rares venant du Mordor et d'Orodruin, la Montagne du Destin. Certains appelleraient cette matière « obsidienne ». Les artisans nains ont créé un nouveau matériau à base de cette « obsidienne ». Certains disent aussi que, s'il est si étrange que ça, c'est car la reine Galadriel de la Lothlorien y aurait séjourné. Peut-être a-t-elle aussi lancé un charme sur ce château en plus d'en lancer sur les trois tours de la citadelle.

Alors qu'il achevait son explication, ils arrivèrent tout juste devant les portes du château. Elles étaient faite en un bois sombre, constellée de tâches d'or. Là, alors qu'ils mettaient pied à terre, deux écuyers à la forte carrure se présentèrent pour emmener leurs chevaux, qu'ils leur confièrent sereinement. Les deux hommes en faction devant la porte leur ouvrirent la porte et ils pénétrèrent alors dans le château d'Ébène. Le hall d'entrée du château était une grande pièce rectangulaire sur deux niveaux. En montant les marches qui s'étendaient après un premier espace rectangulaire, on pouvait se rendre sur une balustrade un petit peu plus élevée, délimitée par les colonnes qui soutenaient le toit et par la plate-forme sur laquelle se tenaient les deux trônes d'Ithilien. Des bannières vertes et des bannières noires étaient disposées en alternance sur les colonnes de pierre et de bois ouvragées où dansaient des volutes d'obsidienne, reflétant la lumière qui pénétrait par les grands vitraux qui éventraient les murs, complètement immobiles. Une grande agitation régnait cependant dans la pièce. Nombre d'hommes d'arme se tenaient droits, certains postés sur la balustrade, d'autres regardant désespérément vers les deux trônes au fond de la salle, devant lesquels une grande foule se pressait en s'agitant et en vociférant.
Isilion fronça les sourcils et soupira lourdement avant de dire froidement.

- Voici la demeure du prince de l'Ithilien Faramir, avant d'ajouter d'un air dédaigneux., et en voici la population.

Les trois autres Gondoriens restèrent silencieux. Il se mordit la lèvre et ajouta :

- Aidan, va prévenir le seigneur Faramir de notre arrivée. Dis-lui que je présente les invités à Dame Eowyn en attendant.

Aidan s'inclina et se faufila jusqu'à une des portes qui étaient fermées. Il l'ouvrit, entra et disparut dans l'ombre une fois que la porte fut refermée.
Isilion et les deux Gardes de la Tour s'approchèrent d'un pas déterminé de la foule qui entourait les trônes. A son approche, deux sentinelles se détachèrent du cordon formé pour contenir la foule et s'approchèrent de lui.

- Monseigneur ?
-Je n'ai pas besoin de votre aide, dit Isilion d'un ton sec et cassant. Il rajouta alors d'une voix plus douce, bien qu'encore ferme, je vous appellerai cependant si j'en ressens le besoin.

-Bien commandant. »

Les deux sentinelles jetèrent un coup d'œil intrigué aux deux gardes de la tour et retournèrent à leur position parmi leurs camarades.
Isilion haussa alors la voix, sa petite silhouette se redressant soudainement.

- Au nom du seigneur Faramir et de la Garde Blanche d'Emyn Arnen écartez-vous ! Je dois m'entretenir personnellement avec dame Eowyn et cette affaire ne peut souffrir aucune attente. De plus, je suis sûr qu'elle a assez de problèmes à gérer pour que vous la laissiez en paix quelques instants. »

La foule se retourna, surprise, puis s'écarta lentement. Isilion resta immobile, dévisageant chaque personne qui se fondait dans la foule désormais muette.
Voyant qu'Isilion restait immobile en leur présence, les hommes et femmes se dispersèrent peu à peu maugréant à voix basse.
Une grande majorité sortit par la grande porte mais un bon nombre de personnes passèrent dans différentes pièces du château, retournant à pas lents à leur travail de domestique.
Les quelques sentinelles qui encadraient les hommes et femmes qui se pressaient autour des trônes s'écartèrent. La princesse d'Ithilien était vêtue d'une vaste robe de soie brune aux fils d'or, resserrée à la taille par une fine ceinture d'enchevêtrement de tissus noirs, bruns, argentés et verts. Un collier en argent orné d'une émeraude enveloppait son cou et s'y suspendait, se retenant au dessus de sa poitrine.
Un large sourire ornait les lèvres d'Eowyn.

- Je vous remercie Isilion. Je n'en aurais jamais fini si vous n'étiez pas intervenu. Je comprends leurs inquiétudes mais de plus en plus d'affaires nous pressent et, comme si ce n'était pas suffisant, certains commencent à faire courir des rumeurs comme quoi une guerre avec le Harad serait proche. Me défiler n'aurait fait qu'accroître ces craintes et mon époux et moi-même souhaitons par -dessus tout éviter cela.
- Je ne fais que mon devoir ma Dame. De plus, je devais m'entretenir avec vous au sujet de ce dont je vous avais parlé il y a quelque jours. Mais avant tout, je vous présente ces deux hommes. Ils sont des Gardes de la Tour de Minas Tirith. Ils ont été mandés par le seigneur Faramir.
- Oh ? Il est plutôt rare pour nous d'accueillir des Gardes de la Tour dans la cité. A qui avons-nous donc l'honneur ?

Ce fut Elerion qui vint se présenter en premier, s'inclinant si bas que ses cheveux châtains formèrent un rideau qui masquait son visage.

- Elerion, Garde de la Tour Blanche. Honoré de faire votre connaissance dame Eowyn.

Il ajouta quelque chose d'une voix cassante, qui roulait et tanguait. Il semblait choisir précautionneusement ses mots, hésitants souvent et se corrigeant rarement.

- Vous connaissez donc la langue du Rohan ? C'est quelque chose de rare parmi les Gardes de la Tour. Où avez-vous donc appris ?
- Ma famille a longtemps été au service des rois du Rohan et, bien que nous ayons été coupés en deux branches distinctes, ceux qui naissent au Gondor ont toujours appris le Rohanais dans leur jeunesse, bien que souvent d'une manière inégale. C'est une sorte d'héritage familial que nous n'avons pas souvent l'honneur ou le privilège de faire prévaloir, bien que cela soit devenu plus fréquent.
- Votre famille est donc une ancienne lignée du Rohan ? Gardez-vous encore contact avec vos cousins Rohanais ?
- Aussi loin que j'ai pu faire mes recherches, ma famille serait au service direct des rois du Rohan depuis le roi Helm et depuis l'invasion du Rohan. Cependant, et à mon plus grand déplaisir, les liens avec la branche Rohanaise de notre famille se sont étiolés et nous ne nous sommes pas revus depuis une éternité.
- Quel glorieux héritage chevalier ! Je vous proposerais bien de passer au service de Minas Fael, ainsi peut-être auriez-vous l'occasion de renouer les liens avec vos cousins, mais je crains que ce ne soit pas possible. Tout du moins pas pour l'instant. Et je ne me permettrais qui plus est jamais d'arracher un de ses meilleurs éléments à la Garde de la Tour, bien que cela me ferait beaucoup de bien d'entendre plus souvent du Rohanais.

Elerion ne put que répondre par un hochement de tête tant il était troublé par la proposition d'Eowyn. C'était assez soudain pour lui faire perdre ses moyens et il était encore un peu perdu dans ses pensées lorsque Eowyn s'intéressa à Anerän.
Ce dernier inclina la tête poliment et se présenta à son tour, après une rapide courbette.

- Anerän, Garde de la Tour Blanche et vétéran de l'armée du Gondor.

Un instant, Eowyn sembla chercher quelque chose dans sa mémoire, dévisageant Anerän étrangement. Finalement, elle le questionna, considérant sans doute que cela serait bien moins long de directement lui demander.

- Auriez-vous connu le capitaine Beregond ? Durant les premières années, il nous a souvent parlé de ses anciens camarades et votre nom sortait plutôt souvent.

Un sourire se dessina à la commissure des lèvres d'Anerän, qui s'empressa de répondre, presque amusé ce que lui disait Eowyn.

- Beregond ? C'était un très vieil ami... puis-je vous demander ce qu'il est advenu de lui dame Eowyn ? J'ai su qu'il avait été nommé Capitaine de la Garde de Blanche auprès du seigneur par le Roi mais je n'ai eu aucune de ses nouvelles depuis lors.

Eowyn sembla surprise mais se reprit bien assez vite, dissimulant son étonnement derrière un masque de tristesse qui était tout ce qu'il il y a de plus réel.

- Le capitaine Beregond est décédé il y maintenant quelques années de cela. Une embuscade avait été tendue au seigneur Faramir alors qu'il se rendait au proche Harad. D'après le récit de mon époux comme des autres membres de l'expédition, il a fait preuve d'une immense bravoure mais a perdu la vie en se battant, sauvant par le fait-même la vie de plusieurs des membres du groupe, et notamment celle de mon mari. Croyez bien que je suis désolée d'avoir à vous apprendre ainsi cette nouvelle, le capitaine Beregond était un ami tout autant qu'il était un soldat exceptionnel.
Mais est-il possible que vous soyez réellement ignorants de ce qui se passe ici, à si peu de temps de Minas Tirith ?
- Nous ne recevons que très peu de nouvelles de l'Ithilien dans la Garde ma Dame, pour ne pas dire aucune.

Il agrémenta sa courte réponse d'un sourire triste et ne dit rien sur la mort du capitaine Beregond. Il avait vu et vécu tant de morts que nulles larme ne lui vint mais, pour autant, il ressentait comme un vide en lui. Comme une déchirure qui venait de se rouvrir.
Cependant, Eowyn souriait, et ses cheveux d'or et d'argent, marque que le temps commençait à se faire ressentir sur elle, et ce bien plus que sur Faramir dont le sang était mêlé à celui des Numénoréens, brillaient des reflets de l'obsidienne, leur donnant une teinte étrange, un or luisant d'ombres douces et gracieuses.

Soudainement, Aidan ouvrit la porte par laquelle il était rentré. Il appela les deux Gardes de la Tour, leur disant que Faramir était prêt à les recevoir. Avant qu'ils ne partent, Eowyn les remercia et, prenant un visage grave, elle se retourna vers Isilion, qui leur indiqua d'un rapide signe qu'il monterait les rejoindre plus tard.

Elerion était encore sous le choc de la proposition, bien que très peu réalisable, d'Eowyn. D'un côté, il était vrai que cela aurait été avec joie qu'il serait venu s'installer à Minas Fael et faire partie de la garde de la princesse d'Ithilien. Mais il savait aussi qu'il n'y avait que très peu de chances que cela puisse être réalisable, à condition tout d'abord qu'il revienne en vie.
Alors qu'ils empruntaient des escaliers uniquement éclairés par une torche à la lueur vacillante, Aidan Elbelien s'adressa à eux, d'une voix se voulant presque rassurante.

- Isilion a été nommé Capitaine de la Garde après le Beregond. Il entretenait d'excellentes relations avec lui et c'est presque sans étonnement que c'est lui qui a pris le relais en tant que commandant des Gardes. Il s'efforce de paraître détaché mais je ne pense pas que cela lui ait particulièrement réussi.

Malgré tous les efforts qu'il semblait mettre pour rendre sa voix rassurante et joyeuse, elle était froide et neutre et, bien qu'Elerion fut trop absorbé dans ses pensées pour réellement le remarquer, Anerän nota un aigre relent de sarcasme dans sa voix.
Ils le suivirent cependant sans rien dire, avançant fermement dans les escaliers complètement vides. Une fois qu'ils furent arrivés à l'étage, ils passèrent encore plusieurs minutes à marcher avant de s'arrêter devant une porte en if à la poignée dorée, couverte de volutes d'argent. Aidan l'ouvrit lentement, n'attirant le regard d'aucune des personnes présentes dans la salle, comme s'il avait été complètement silencieux et invisible.
La pièce qui se trouvait derrière la porte était une grande salle ovale où étaient disposés une grande table ainsi que de nombreuses chaises. Une porte en bois donnait sur une petite balustrade, elle-même donnant sur l'Est.

Faramir se tenait devant la rambarde, observant la forêt et l'horizon. Il portait des vêtements de tissus noirs où était cousu l'arbre d'argent du Gondor. Une longue cape à la teinte verte et brune couvrait son dos, effleurant légèrement le sol sur les bords. A sa hanche se balançait un fourreau finement ouvragé de cuir et d'or.

A ses côtés, un Rôdeur d'Ithilien se tenait sur ses gardes, la main sur la poignée de son épée et les yeux parcourant toute la salle de long en large.

Sur le balcon se tenait également un homme vêtu en gris argenté, une longue épée se glissant dans un fourreau noir. Il était grand de taille et ses yeux semblaient briller continuellement, étincelant comme animés des flammes glacées. Son dos à lui aussi était couvert par une longue cape, mais elle était d'une toute autre couleur, semblant comme hésiter entre le gris et le noir. L'Arbre blanc du Gondor y était aussi cousu, n'omettant bien évidemment pas la couronne, symbole de la réunification du Gondor. Mais s'ajoutait à cela une partie du blason d'Eärendil, des rayons de lumière jaillissant du cœur de l'Arbre pour scinder un cercle azuré en de multiples fragments.

En sentant peser son regard sur eux, Elerion et Anerän sentirent leur cœur se gonfler d'un courage ayant comme seule et unique borne la prudence.
Décrochant finalement leur regard de ce dernier, les deux Gardes de la Tour observèrent les autres personnes présentes dans la pièce. Les trois chevaliers du Dol Amroth discutaient avec les cinq guerriers de Lossarnach, tous aisément reconnaissable de par leurs armes et armures.

Le rôdeur posté auprès de Faramir toussota légèrement. Ce dernier se retourna subitement vers la porte d'entrée. Il les accueillit alors chaleureusement, les invitant à s'approcher un peu plus.

- Nous ne vous avions pas entendu arriver ! Lorsqu'Aidan m'a prévenu de votre arrivée, nous nous demandions si vous ne vous étiez pas perdu dans la forêt. Où est Isilion ?
- Il discute de quelque chose d'important avec dame Eowyn seigneur Faramir, dit Aidan.
- Il ne nous reste donc plus qu'à l'attendre dans ce cas.

Ils n'eurent cependant pas à attendre bien longtemps. Bientôt, le visage sans émotion d'Isilion passa dans l'ouverture de la porte. Il s'excusa rapidement de son retard, dû à une affaire qu'il disait tout particulièrement importante et, de plus, qu'il n'était absolument plus possible de recaler ne serait-ce que d'une heure de plus.
Faramir sourit et lui fit signe de ne pas s'en préoccuper d'avantage, qui plus est, cela n'avait pas été particulièrement long et ils n'avaient pas eu à l'attendre durant longtemps.
Une fois qu'Isilion eut refermé derrière lui la porte de la pièce, Faramir invita tout le monde à s'asseoir sur les chaises qui avaient été disposées en cercle dans la pièce. Puis il lança d'un air grave, alors que tout le monde sinon lui et celui aux yeux brillant s'asseyaient.

- Bien, maintenant que nous sommes tous réunis ici en Minas Fael, troisième des tours du Gondor, le Conseil du Château d'Ébène peut donc commencer !


Je suis un peu un retard sur ce que je vous avais promis mais j'ai finalement remarqué qu'il y avait vraiment pas mal de choses qui me gênaient dans le chapitre 4. Il n'est là pas dans son intégralité mais, plutôt que de faire poireauter tout le monde, je préfère découper ce chapitre en deux ;)
Au total, le chapitre 4 dans son intégralité devrait légèrement excéder les 10 000 mots. Je ne sais pas si tous mes chapitres futurs seront aussi longs ou le seront plus ou moins. Je pense cependant que tourner aux alentours de 10 000 mots est plutôt pas mal pour une fan-fiction LOTR à chapitres.

Enfin, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'ai vraiment essayé de m'améliorer et de faire plus gaffe quant aux iiiiiinnombrables répétitions de "sembler" et de ses dérivés :p

La partie 2 du chapitre 4 ne devrait pas trop tarder mais j'ai tout de même beaucoup de choses à retravailler sur ce passage. Par contre, je ne sais pas si je pourrai, à défaut de finir le chapitre 4, le poster, vu que je n'aurai plus internet pendant tout de même pas mal de temps pendant les vacances ^^'

Donc voilà, merci beaucoup d'avoir lu jusqu'au bout, n'hésitez pas à laisser une review, ça me fait toujours immensément plaisir et ça me permet de savoir qu'améliorer dans mon écriture :D