Disclaimer: I borrowed the name Jabari to bandcrazy01's great universe, as I have to confess that I now struggle imagining Amos & Julius' father by another name.


III. Les dix roses d'hiver


Il y a les vieilles morts, et les jeunes morts. Qu'avez-vous à déclarer ? Je veux laisser maintenant la parole à d'anciens combattants. Un, deux, trois, il y a dix choses à dire :


UN

Hannibal Friedwald

« Ils nous ont emmenés à l'aube sur une haute colline pour nous y fusiller. C'est la fin février, un grand soleil d'hiver pendait sur l'horizon. Ils nous ont mis en joue. Au dernier moment, ils ont tiré en l'air. Le soleil était bas, il était si tendre, et brillait sur le givre avec la même pureté que jadis sur le désert de Libye. J'avais aimé là-bas, une fille belle comme ce soleil.

En guise de punition, nos commandants nous ont envoyés sur le front de l'Est. Les soldats y devenaient fous. Ils marchaient sur les grandes plaines en processions d'ombre, de grands colliers d'oreilles russes oscillant sur les cous comme des amulettes. Moi je suis arrivé en Ukraine quand commençait la guerre civile. Lénine s'était emparé de Petrograd, l'ennemi s'était désintéressé de nous avant même que la paix ne soit signée. Le front se désagrégeait comme les nationalistes de Petlioura massacraient les rouges et les armées de Makhno. Certains de mes camarades vendaient de l'artillerie aux cosaques. J'ai perdu mon bataillon. Je me suis caché dans un village juif déserté depuis un pogrom. Le Seizième m'a retrouvé et exfiltré du pays. Tous les anciens combattants étaient désormais escortés vers le premier Nome pour leur procès.

Le règne d'Apophis, je l'ai vu en Russie. Je connais le chaos. Mais je suis encore vivant, et il ne gagnera jamais, je l'ai juré. »


DEUX

Hannibal Friedwald

1. Egypte

J'avais 20 ans quand j'ai rencontré pour la première fois mon ennemi mortel. Nous passions ensemble l'examen de notre promotion. Nous étions cinq nouveaux magiciens allemands. Comme tous les nomes d'Europe, le Seizième faisait face à une véritable explosion démographique.

« Tu aurais une cigarette ? Merci.

C'est toi ? Le fils Champollion ? Je suis Hannibal. » Il a souri, disparut derrière une colonnade. On ne s'est pas recroisé. Ce jour-là, après nos résultats, on m'a appelé le magicien le plus brillant de ma génération.

2. France

C'était Noël. Quand nos cantiques allemands se sont élevés et que les cornemuses écossaises leur ont fait écho, il ne restait plus une âme pour se battre. Le lieutenant français nous a proposé une trêve.

« Sie sprechen Deutsch?

- Ich habe es in der Gymnasium gelernt. Sie sprechen auch gut Französisch.

- Meine mutter kommt aus dem elsass… »

Nous avons enterré les morts. Les hommes ont joué au football, trois nations sur la neige. Alors comment, comment reprendre nos fusils ?

3. Egypte

Trente-trois combattants, c'est ce qu'ils ont réussi à réunir. Le Dix-huitième faisait figure de grand absent.

Voyez-vous, chaque Nome européen est soumis à un réseau de lois anciennes, fruit d'accords et de compromis de l'histoire, définissant leurs liens et devoirs envers le gouvernement national. Pour la plupart d'entre nous, le service militaire est obligatoire. Mais le Per Ankh interdit l'usage de la magie offensive entre magiciens. Seulement dans le feu du combat, pouvait-t-on arrêter d'en user ? Autant demander de charger les deux mains dans son dos, de se priver de boire en plein désert devant une source d'eau fraiche, de survivre sans poumons. Ce grand procès était une plaisanterie. Dans notre cellule, en attendant, on a fumé une autre clope.

« Ils n'ont aucune preuve.

– Parle pour toi. Il y a toujours un magicien dans mon dos, crois-moi. »

4. Berlin

« Sind sie hinter dir her?

– Ja.

– Was suchst du hier ?

– Ich muss nach Russland gehen.

– Du bist verrückt.

– Vielleicht. Was ist das für ein Geräusch ?

– C'est Spartakus. On les entend appeler, ces formidables tambours dans la nuit. Ne te moque pas Champollion, ne moque pas mon espoir.

– C'est vrai, on entend des tambours. Spartakus ou Weimar ?

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– L'armée va intervenir, tu le sais bien. Depuis quand tu es communiste ?

– Depuis la guerre. Depuis que j'ai vu les camarades crever pour défendre des empires industriels. Depuis qu'Alma est partie aussi.

– Alma ?

– Lady Kane.

– Oh, c'est vrai alors… Elle ne t'a pas attendu.

– C'est un autre homme qu'elle attendait. Elle a reçu une ruine. Mais demain, ça sera différent, demain on pourra croire de nouveau en de jours meilleurs.

– A l'aube il y aura juste des canons, Hannibal.

– Je te croyais rouge toi aussi.

– Moi je ne crois en rien.

– Toi aussi ils t'ont cassé alors.

– C'est juste un peu de blues, du blues d'abattoir. Je dois trouver Sekhmet, c'est tout ce qui compte maintenant.

– Oh, écoute Michel, ne laisse pas ces bâtards te mettre à bas. »


TROIS

Giacomo Bellini

« Pourquoi s'être engagé dans la légion étrangère ?

– Raison personnelle, il me fallait quitter l'Italie. J'avoue avoir plus de sympathie pour la République Française dans cette affaire.

– Explicitez vos motifs.

– Un duel que j'ai remporté. Mon adversaire n'a pas eu ce talent.

– Vous parlez de Timeo di Angelo ? Vous savez que les duels sont proscrits.

– Ce genre d'infraction relève de la juridiction du Huitième.

– Vous avez usé de magie interdite au front.

– J'ai usé d'un tout petit peu de magie. Rien que des sorts ordinaires.

– Vous êtes un menteur. Les Bellini descendent de prêtres de Set. Vous êtes abâtardis de sang Phénicien. Il n'y a jamais de magie ordinaire chez vous.

– Je n'ai pas honte de mon sang. Mon grand-père conversait avec Michel Ange. Mon père a chevauché aux côtés de Murat et de Garibaldi, pour la gloire de mon peuple. J'ai combattu à Verdun. Nous avons sauvé l'armée toute entière sur le Chemin des Dames. De toute façon vous n'avez pas de preuves.

– Heureusement pour vous, non. D'autres de vos camarades n'ont pas cette chance.

– Vous parlez des Russes ? Vous pourriez aller leur filer un coup de main en passant, je trouve qu'ils encaissent pas mal en ce moment.

– Ceci est un interrogatoire, nous nous passerons de vos commentaires sur la politique du Per Ankh.

– Quand même ça ne doit pas être facile pour eux... Lâchés par le Premier Nome, massacrés par les communistes…

Les relations d'un nome à son gouvernement temporel ne sont pas du domaine du Premier Nome.

– Oui, oui, c'est ce qu'on dit. Dites-moi, maintenant, qui est pire, nous qui nous nous sommes entretués, ou vous qui nous regardiez calmement le faire ? »


QUATRE

Arsène Lupin

« Comment vous expliquer les années 1919-1921 ? Avec leurs grandes familles, leurs assassinats de couloir, leurs poisons, pistolets et poignards ? Elles sont un jeu de dominos. A peine les magiciens ont-ils éprouvés leurs fils dans les guerres de tranchées, qu'ils se livrent à un jeu hautement plus pervers. Chaque mort en entraine une autre, et une autre, et tout ça va vers une habituelle guerre de Nomes. Les grandes familles sont avides. Leur trésor : l'Amérique. Un nouveau continent de promesses et richesses, que se divisent déjà Romains et Grecs.

Maintenant la guerre en Amérique ne se fera pas sans l'Europe, sans ses kopesh du moins. Les Kane, les Hogan et les Rehataka et leurs partisans se livrent aux Etats Unis des combats impitoyables. Ils voudraient chacun obtenir des appuis parmi les grandes fortunes de l'ancien continent. C'est pour ça qu'ils sont venus à Paris.

Mais notre chef de Nome d'alors, le baron de La Roque est un homme en deuil. Il a perdu ses quatre fils dans la grande guerre. La mission d'Abdias Kane, fils héritier de Julius Kane est donc un échec. Le Quatorzième n'a que faire du nouveau monde, et ses grandes familles ont été affaiblies par la Révolution. Cependant sa présence en France aura d'immenses conséquences.

Tout commence parce qu'Abdias Kane est un cinglé. Je pense en toute honnêteté que sa mort est une des meilleures choses qui soit arrivée à la dynastie Kane. Au moins, Jabari est un minimum intelligent, raisonné, mesuré. Son père bien sûr a eu tort de le mépriser durant des années, car c'est lui qui sauvera cette famille de l'anéantissement, en pleine guerre civile. Mais n'anticipons pas.

Cela commence aussi parce qu'en Italie, la famille Sforza a passé alliance avec les Hogan. Une branche mineure de leur famille est présente dans le New Jersey, ils ont donc tout intérêt à l'affaiblissement des Kane, qui contrôlent la côte Est. Les Kane décident donc de pactiser avec les Bellini, ennemis de Sforza depuis des millénaires. Bellini et Sforza se sont affrontées tout au long de l'histoire. Les Sforza en effet sont alliés avec la plupart des grandes maisons patriciennes romaines survivantes, alors que les Bellini possèdent du sang carthaginois. Les Sforza descendent de prêtres de Sobek, les Bellini sont des derniers sethiens Les uns sont de Basse Egypte, les autres de la Région de Thèbes. Or moi, j'observe ce petit jeu d'alliances, sachant bien qu'il me faudra intervenir sous peu. La vieille querelle italienne menace une fois de plus d'enflammer le Per Ankh.

Maintenant comme rien n'est gratuit, et que le grand procès de 1918 a mis en cause plusieurs des leurs, les Bellini exigent des Kane qu'ils obtiennent l'acquittement des magiciens italiens. Un fait est particulièrement documenté : l'offensive Nivelle sur le Chemin des dames, en avril 1917. Julius Kane, un des juges, sur le conseil de son fils ainé, décide de faire des magiciens français des boucs émissaires, les responsables de la magie meurtrière déployée pendant les combats. Sauf que, manque de chance, à part les deux magiciens italiens en question, seuls deux magiciens du Quatorzième étaient présents. Bien sûr, il y avait également dix mages africains issus des colonies françaises, mais tous les soldats coloniaux ont été acquittés d'emblée, surtout parce que les autorités françaises les utilisaient comme chair à canon, et que la domination coloniale est une circonstance atténuante particulière. Revenons à nos moutons et vous allez comprendre.

Les deux magiciens français du chemin des dames se trouvaient être Desjardins et un des fils du baron de La Roque, notre chef de Nome. Donc venir à Paris pour lui proposer une alliance, après avoir tout fait pour ternir la mémoire de son fils n'était peut-être pas une idée très brillante. D'autant plus que Desjardins a pris la fuite avec la complicité d'Iskandar, et qu'un an plus tard, on l'a finalement gracié pour services exceptionnels rendus au Per Ankh. Bref Abdias Kane était tombé sur un os.

Entretemps, son frère Jabari s'était marié avec Alma Mazrui, et avait eu un fils, Julius jr, ce qui a dû piquer Abdias Kane dans son égo. Déjà qu'il n'avait eu qu'une fille, que son propre mariage était un désastre, voilà que son brillant jeune frère consolidait la dynastie. Maintenant je ne connais pas tous les détails sur la famille Kane, mais disons que sa réputation est à peine moins scandaleuse que les Menchikov ou Bellini. En tout cas, Abdias, s'est résolu à faire un coup d'éclat et d'achever ce qui aurait dû l'être, c'est-à-dire de se débarrasser de Desjardins et d'en faire cadeau aux Bellini.

L'idée lui a peut-être été soufflée par son ami Samy Keane. Les grandes familles détestent Desjardins, elles ne lui pardonnent ni sa basse extraction, ni son ascendance Champollion, ni surtout sa récente célébrité. Les Keane, bien qu'une famille moyenne, sont de sang très noble, descendant de Pharaons de la quatrième dynastie je crois, et sont parmi les plus chiants (comprenez les plus à cheval sur les traditions et convenances).

Sauf que les Bellini dans leur ensemble n'en avaient pas grand-chose à faire des Champollion. Ils voulaient surtout de l'argent et une opportunité de faire la guerre à Sforza. Enfin La Roque malgré ses relations conflictuelles avec le jeune magicien, aurait été furieux d'apprendre qu'on se permettait d'enlever ou assassiner ses magiciens. Abdias est donc parti dans son délire, et risquait de mettre en cause ce qu'Iskandar avait passé des années à construire. Bien évidemment je lui ai proposé mon aide. C'était un beau mois de juin, il était midi quand nous sommes arrivés devant la tombe au milieu du champ de Picardie.


CINQ

Arsène Lupin

C'était presque trop facile. Abdias Kane compte jusqu'à trois. UN, avant même le DEUX, je braque mon arme sur lui. Bang, bang, et il s'effondre dans la tombe. Bang, bang et Keane le suit.

« Relève-toi Desjardins. Ta mort n'a jamais été une partie du plan. » Il me regarde complètement perdu. Ça doit être terrifiant aussi, de fumer sa dernière cigarette. Je lui lance une des pelles. « Pas de magie, pas de traces. » On recouvre les corps de terre en silence. Il demande enfin : « Je croyais que La Roque t'avais donné l'ordre de…

J'ai d'autres ordres. Désormais tu travailles pour moi, c'est-à-dire pour le premier Nome.

– Pourquoi ? C'est la comtesse Anne ou alors...

Dieux, Michel, je me moque des querelles du Quatorzième, comme de celles du Huitième, comme du vingt-et-unième, ils se valent tous crois-moi.

Ta mère est d'une famille noble, il se souvient, mais ton père est roturier. Tu connais les nobles, mais tu les détestes. C'est pour ça que tu sers Iskandar ? Tu es Républicain ?

– Bonapartiste, je rigole. En route, on a du travail. »


SIX

Arsène Lupin

Nous avons roulé jusqu'au Cap Ferrat, à côté de Nice. Jabari Kane avait récemment débarqué en France, depuis Marseille. Il cherchait sans frère, sans savoir comment ce dernier avait été étendu raide et froid dans une fosse, quelque part dans un champ des plaines picardes.

Il me fallait comprendre où en étaient ses relations avec les Bellini, les La Roque, la comtesse Anne. Alexandra Menchikova était là également. Alors que le Nome de son frère était toujours en guerre ouverte avec la faction de magiciens slaves et de demi-dieu alliée au gouvernement Bolchevik, elle avait fui par la Crimée puis la Turquie, comme la plupart des portails de l'empire Russe ne fonctionnaient plus.

Une grande réception avait été organisée dans une des villas par un de mes informateurs, un barde Ligure, assez proche des Bellini également. J'y ai ramené le gamin, un peu pour le dégrossir, beaucoup pour jauger la réaction de Jabari Kane en le voyant. Mais c'est un autre personnage qui nous a accueillis :

« Giacomo Bellini. Méfie-toi de celui-là. Le fils préféré de Cesare Bellini. Petit fils de Lucrezia, un des chefs du Huitième. Les Bellini sont installés en Italie depuis le règne d'Auguste, ils sont en partie Carthaginois. Avant, ils ont servi comme assassins pour les pharaons pendant des millénaires. La moitié d'entre sont fous, et le reste bien pires. Ils sacrifieraient encore à Baal et à Set dans leurs palais Vénitiens. »

Je me méfiais toujours de Desjardins. Iskandar le voyait comme une arme, pour effrayer les grandes familles, mais c'était encore un bébé, talentueux certes, plein de colère, d'ambitions, et, ce qui est bien plus dangereux, de soif de liberté. Je ne savais juste pas encore à l'époque, combien il était fou également.


SEPT

Giacomo Bellini

« Remonte sur le lit.

– Il faut bien que je travaille un moment.

– Tu feras ça après.

– Toi tu n'as rien d'autre à faire ?

– C'est dimanche, que veux-tu que je fasse ?

– Comploter, rencontrer des fournisseurs pour votre gang, acheter des armes, ce que tu es venu faire à Paris en sorte.

– Quelle piètre opinion tu as de moi… Qui te dit que je ne suis pas là pour visiter le Louvre et acheter du Beaujolais nouveau ? Ou pour te faire l'amour aussi…

– Si seulement c'était vrai.

– Pourquoi pas, tu es doué après tout. Par contre il te faut un appartement normal, pas un trou comme ici. Déjà, qui vit au rez de chaussée, dans une cour d'immeuble en plus ? Et c'est une jungle ta baraque, on se croirait au Jardin botanique. On voit même plus ta fenêtre. Desjardins, l'homme des forêts.

– Giacomo, ferme-la.

– Vend tes tableaux, déjà ils sont moches, et en plus tu es pauvre et ils valent des millions.

– Ce sont des cadeaux.

– Tu collectionne des trophées de tous les artistes à qui tu fais l'amour ? C'est un Picabia ça, non ? Je ne savais pas qu'il était pédé Picasso.

– Critique celui qui pense que l'art est plus important que manger.

– Pff, l'art correct s'est arrêté à la fin du XVIIème siècle. Boucher a détruit le goût après. Je suppose qu'on peut sauver Delacroix et les impressionnistes.

– Vieux réac.

– Décadent.

– Va faire un tour, sérieusement.

– Arrête de t'inquiéter, tu vas défendre ta thèse et elle sera extraordinaire. Stésichore a attendu deux mille ans que quelqu'un s'intéresse à lui, il peut attendre encore un peu. Embrasse-moi.

– Attend, attend, bouge les jacinthes, là.

– Je ne vais quand même pas faire une crise de jalousie à tes plantes ? Je les sors. Oh, Michel, y a un pot vide là, tu peux faire pousser de l'herbe pour les chats de la cour ?

– Tu es vraiment insupportable. Non, vire le chat s'il te plait. Je n'avais pas numéroté ces pages… Giacomo… Ah !

- Je continue ?

- S'il te plait. »

On ne fait que baiser, j'ai essayé de me dire. C'est facile de se mentir à soi-même, de trouver des prétextes pour passer par Paris, de se persuader qu'il n'espionne pas pour le compte d'Iskandar, que quand si je le croise à Rome, ce n'est que par hasard. Mais vous savez, le désir n'est pas vraiment une chose légère et sans gravité.


HUIT

Giacomo Bellini

« Ils veulent tous quelque chose tu vois : Jabari Kane veut gouverner l'Amérique, Vladimir Menchikov veut massacrer ses communistes, Monsieur de La Roque veut transformer la France en monument aux morts géant et s'y faire embaumer, la comtesse Anne veut détruire la troisième république, le jeune Hannibal veut sauver l'Allemagne et glorifier ses ancêtres, Iskandar… qui sait exactement ce que veut Iskandar, sinon dominer tout ce tas d'ambitions.

– Et toi qu'est-ce que tu veux ?

– Les voir courir.

– Qu'est-ce que ça veut dire ?

– Je vais rompre les fiançailles. Je suis désolé.

– Mais pourquoi ? Tu peux ne pas m'aimer, l'amour ça vient avec le temps. Mais nous devons faire notre devoir, pour nos familles, pour notre alliance….

– Notre alliance, tu connais la base de notre alliance ? Kane a promis aux Bellini la guerre avec les Sforza. Les Bellini ont promis aux Kane leurs khopesh, et le nom de l'assassin d'Abdias.

– L'assassin de mon père. Ton cousin l'a vu, il était présent.

– Gianini… On a grandi ensemble, une petite peste, mais mon propre sang. C'est vrai, il sait, mais il ne vous dira tout qu'après le versement de la dot… La dot… Tu sais ma belle, tout le monde est plus ou moins un assassin ici. C'est la maison de vie après tout. Le pacte entre nos deux maisons est un pacte de sang. »


NEUF

Hannibal Friedwald

Ils ont tué l'Allemagne trois fois. La première dans les champs de France, la deuxième dans les rues de Berlin, la troisième dans les salons de Versailles. Moi aussi on m'avait tué trois fois, la première dans les champs de France, la deuxième dans les rues de Berlin, la troisième dans cette mosquée du Caire.

« Je t'en supplie Alma, est-ce que tu l'aimes vraiment au moins ?

C'est ainsi, elle murmure. Je suis enceinte.

– Il ne veut que le pouvoir. Il ne te rendra pas heureux.

– Mais il pense à sa famille, il ne pense qu'à sa famille. Toi, tu veux sauver le monde. Je suis désolée Hannibal. »

La famille d'Alma gouverne le trente-sixième Nome, un des plus anciens et prestigieux du monde, celui du sultanat de Zanzibar. Si je n'étais pas issu d'une grande dynastie de magicien, j'étais du sang de Narmer. Mais j'avais juste rêvé. Je l'ai regardée, les yeux secs, rejoindre Jabari Kane. Mes dernières larmes étaient pour les morts de la semaine sanglante.


DIX

Giacomo Bellini

« Alors tu y étais, tu y étais vraiment ?

Oui, changé en pigeon. Sam Keane avait sans doute eu un pressentiment, il m'avait demandé de nous suivre. On était amis, tu sais, on avait étudié ensemble au premier Nome. Je n'ai eu le temps de rien faire.

– Qui l'a tué alors ?

– Lupin et Desjardins, de mèche. Pas besoin de balancer Lupin bien sûr, il travaille pour Iskandar, on va le faire chanter. Julius Kane est malade de chagrin, un nom lui suffira.

– Qui le d'autre le sait ?

– Personne encore, je n'en parlerai pas avant ton mariage. Mais après, après… il ne faut pas décevoir la dynastie Kane.

– Tu as toujours été une petite peste, tu sais ? Tu ne voulais jamais, putain, jamais te taire. … Quand même, les choses qu'on fait par amour.

– Giacomo… »

Bang, bang.

Le corps sous l'impact a frappé la vitre, éclatant la grande fenêtre de verre en ces mille morceaux, les morceaux de ma vie. Ils étaient bien petits et bien méchants les éclats brisés de ma vie. Comme je lançais le vent pour les rattraper, ils tombaient en spirale lente, et je me souviens d'un autre jour où un certain magicien fit fleurir pour moi des roses en hiver. Et ces roses étaient rouges, rouges comme le chaos, et je les ai serrées si fort que mes paumes en étaient tout éclaboussées de mon propre sang écarlate.


Traduction

Allemand:

Sie sprechen Deutsch? : Vous parlez allemand?

Ich habe es in der Gymnasium gelernt. : Je l'ai appris au lycée.

Sie sprechen auch gut Französisch. : Vous aussi parlez bien Français

Meine mutter kommt aus dem elsass… Ma mère vient d'Alsace...

.

Sind sie hinter dir her? : Ils sont après toi?

Ja. : Oui

Was suchst du hier ? : Que cherches tu ici ?

Ich muss nach Russland gehen. : je dois me rendre en Russie

Du bist verrückt. : Tu es fou

Vielleicht. Was ist das für ein Geräusch ? : Peut-être. Quel est ce bruit?