IX - Le secret


New York : 17 mars 1923

Alice Huet

New York scintillait comme un lustre vénitien dans son manteau de neige tardive. C'était un véritable conte de fée, un conte de mars. Cette ville elle-même était féérique, démente, étrange. Il n'y a pas de vieux ici, pas d'ancien, pas de passé, juste ce saut dans le vide. Alors que la terre entière était plate, New York seule s'entêtait à se construire en hauteur. En plissant les yeux, je pouvais voir l'Olympe scintiller comme une étoile en haut du Woolworth Building. Le 21 Nome était à peine moins imposant. Ma voiture s'était arrêtée devant un immense entrepôt, six étages de haut, en brique rouges. Les Kane étaient à la tête d'un empire commercial, sous divers noms d'emprunts. En haut, caché par une magie s'apparentant à la Brume, se dressait un manoir de cinq étages. Le Nome avait été complètement incendié en 1919, et Julius Kane venait d'achever les travaux de reconstruction. Il était trois fois plus imposant. Son fils Jabari vint m'accueillir en personne. Il ouvrit la porte du véhicule et me proposa son bras, que je saisis. Jabari Kane était un fort bel homme, grand, musclé, une peau plus sombre que le café, qui virait au noir, une courte barbe taillée, une voix de baryton-basse qui couvrait sans effort le plus grand brouhaha.

Les Kane avaient remporté une grande victoire. On célébrait ce soir-là aussi bien la signature de la fin des hostilités, et leur alliance avec les Rehataka qui avait porté un coup final à l'hégémonie Hogan sur le continent, que la naissance du second fils de Jabari Kane. Au cœur des festivités, je fus cependant frappée par l'air de mélancolie qui se dégageait d'Alma Kane. Elle me parut triste et épuisé. On m'avait assigné une pièce pour me reposer avant ma prestation, non loin de ses appartements. Je la rejoignis dans la chambre du nouveau-né.

« C'est lui ? » Je demandai à lady Kane. Elle parlait un français parfait.

« Amos, elle fit. C'est un enfant difficile.

– Il porte un prénom biblique ? » Je m'étonnai. Les Mazrui étaient musulmans.

Elle fit la moue. « C'est une tradition chez les Kane de donner un prénom hébreu à l'un de leurs enfants.

– Ça ne vous plait pas ?

– Je détestais Abdias, elle me dit simplement. » Elle alluma une cigarette. J'avais entendu dire que ce n'était pas la meilleure idée de fumer devant un berceau. Mais après tout, je buvais pendant ma grossesse donc bon…

J'eu soudain la pensée, que cela devait être bien étrange d'être un Kane. Ici, ils étaient célébrés, puissants, riches, mais dès qu'ils passaient les portes de ce Nome, ils redevenaient noirs, ségrégués, chassés, tués mêmes. Quel est donc ce pays ? Et le mien vaut-il mieux ? Je pensais avoir eu une enfance terrible, mais j'ai vu le Congo Belge, la pauvreté dans nos colonies... On a été chanceux non ? Mais puis-je dire ça à Michel, qu'il a eu de la chance alors qu'il a connu les tranchées, la misère, la mendicité... Et que dire de moi, parquée comme une bête dans les cales des navires du Nouveau monde ? Battue, chassée, moquée, affamée ? Pourtant il me parlait du sort des tirailleurs sénégalais au Chemin des Dames... J'avais compris que ça ne faisait plus aucun sens, de distribuer des points de douleur. Quand même, quand je vois ce qu'ils ont… quand je vois ce que j'avais…

Je veux tout ce que vous avez, je pensai. Je suis affamée de richesses, et de vie, et de liberté. Je n'ai pas honte de le dire. Je veux tout. Et la prospérité, et la chance et le droit de vote, et l'autonomie financière, et le pouvoir, et tout ce que vous vous arrogez depuis bien trop longtemps.

« C'est un monde d'homme, me dit soudain Alma. Et mes fils y feront la guerre eux aussi.

– Les hommes sont des crétins. En France nous avions une Assemblée Nationale remplie d'hommes qui a voté pour conserver un uniforme sur le modèle Napoléonien, avec des pantalons rouges garance. Un morceau de tissu vous penserez, mais en 1914, quand nos soldats marchaient, ils étaient des cibles vivantes. On voit ce que ça donne tout le pouvoir aux hommes.

– Qui vous a raconté ça ?

– Mon meilleur ami. »

Alma sourit. « Vous voulez le voir ? »

Je m'approchai. C'était un bébé comme un autre, endormi sous une couverture bleue. Je n'aurais pas dû regarder. Tout un flot d'émotions m'envahit d'un coup. Le remord surtout. « C'est un très beau bébé », je dis par politesse, puis sortit en chancelant.

"Is everything alright my lady? demanda le majordome.

– May I make a phone call ?

– Over here, Madam."

Mauvaise mère, je me disais avec rage en décrochant le combiné.

"Yes, can I get in touch with France, Paris? I'll dictate you the number, just a second please."

« Allo ?

– Allo ? Louis dort ?

– Alice, il est trois heures et demie du matin chez nous !

– Je suis désolée, je t'ai réveillé ?

– Oui. Tu chantes ce soir ?

– Si seulement tu savais où … Je te raconterai plus tard, ça va te faire marrer…

– Tu vas bien ?

– Juste un peu de blues.

– Oh vraiment ? Que dirai Freud ?

– Arrête, tu me le ressors à chaque fois !

– C'est toi qui as commencé avec lui aussi. Plus sérieusement, on en a déjà parlé, tu n'as rien à te reprocher.

– Comment il va ?

– Louis ? Il n'arrête pas de parler. Je te jure qu'il a sorti un truc en grec ancien l'autre jour.

– Quoi ?

– Giacomo lui lit l'Odyssée avant de se coucher aussi. Je sais que ce n'est pas de son âge, mais à priori les langues mortes ça s'apprend dès la naissance donc… »

J'ai éclaté de rire au téléphone. « Et après ?

– On a dû mettre des verrous magiques sur toutes mes armoires, il a volé un poignard l'autre jour, et j'ai peur qu'il s'empoisonne avec mes fioles.

– Ce sont ses gênes ça.

– A deux ans et demi, ça fait un peu tôt quand même. Alice, tu es sûre que tu ne veux pas me rappeler à une heure décente ? Je dois aller traquer une bande de démons du fromage demain – ne te fous pas de moi, c'est sérieux. - Plus j'ai La Roque qui m'attend dans son bureau pour m'engueuler dès la première heure.

– Qu'est-ce que tu as encore fait ?

– Pourquoi c'est tout de suite de ma faute ?

– Arrête avec ton complexe de persécution. Allez, va dormir » Je raccrochai. Je me sentis observée et me retournai d'un coup. Un petit gamin m'observait attentivement.

« Hey, how old are you? You should be sleeping right now.

– I'm already four and a half. Where are you calling?

– You're little Kane that's it? Your mum must be looking for you.

– She's busy. So where were you calling?

– Hey, that's not your business, young man.

– Of course it's my business, 'cause this is my home."

Il me fit rire. Je l'attrapai par la main et pour le ramener vers la nurserie.

"I was calling at home, in Paris.

– Where is that?

– It is across the ocean.

– Like Cairo?

– Yes, little one.

– Stop calling me like that!

– Alright minipousse. Let's go back to your brother.

– I hate him, he makes mum sad. Also he's useless, all he ever does is sleeping and crying.

– Oh, you would have preferred a sister then?

– Nay, girls are sissy.

– Do I look sissy to you?" Il a eu l'air perdu.

"No… but you're not a girl either.

– Now, you know how to talk to a lady, minipousse.

– What does it mean?

– You'll grow up, you'll learn."

Comme nous nous étions rapprochés de la chambre, j'entendis des cris. Alma était dans la pièce avec un grand homme blond et ils s'engueulaient devant le berceau. Il lui dit quelque chose, en allemand, et elle se mit à pleurer. Bien sûr je ne comprenais pas un mot d'allemand. Les magiciens parlaient souvent un nombre incalculable de langues, mais aussi, ils avaient plus de temps pour les apprendre. Le fait que le Per Ankh soit une organisation internationale devait aider. Le petit Amos se mit à hurler lui aussi. Il a la voix de son père, lui. Julius se boucha ostensiblement les oreilles.

"Come on Julius, let's go find your dad instead.

– Who is that with my mum?" Les enfants et leur tact habituel…

"Come on, let's go."

En fait j'étais sûre d'avoir vu ce type quelque part, mais où ? Pendant ce temps Julius continua à me poser des questions de la catégorie « gênantes ».

"Why do people get married?" Holy shit!

"I don't know minipousse, because they love each other, I suppose.

– Dad says when I am older I will marry Alla Rehataka.

– I'm sure your dad wants what is best for you." Bienvenue au Moyen Âge, je me dis à moi même.

"Why don't you get married?

– Because I have bad temper. Oh look, here's your dad."

Il lâcha ma main et courut vers son père qui le prit dans ses bras. Jabari l'embrassa sur le cou, le faisant rire, et l'emmena lui-même se coucher. Un sentiment persistant de mélancolie s'attardait. Je me souvins ce jour venteux d'octobre, quand j'étais venu chercher Michel à la sortie du Quatorzième Nome.

« Qu'est-ce que tu fais ici ?

– C'est urgent.

– Alice, tu ne peux pas venir comme ça.

– Je suis enceinte. »

On s'était assis à la terrasse d'un café pas loin du Nome, dans le Quartier Latin.

« Je ne peux pas le garder. Il faut que tu m'aides. Si j'avorte comme ça, ils vont répliquer.

– Tout le monde avortait dans la Grèce antique…

C'est pas juste un gosse, c'est un fils d'Olympien, tu comprends ? Ils vont me tuer pour ça. Tu te rappelles de ta mère, elle faisait bien des anges… C'est un demi-dieu, tu comprends, un demi-dieu ! Déjà que c'est compliqué de prendre soin de moi, comment il va faire, comment on va faire. Je ne peux pas l'avoir, pas comme ça, pas maintenant.

– Alice, ce n'est pas comme si tu étais seule face au monde, d'accord ? Tu n'es seule. Tu ne devrais pas prendre ce genre de décision en pensant que tu n'as pas le choix. Après, après, à tête reposée, si c'est ce que tu veux, on se débrouillera... Avorter chez les Celtes ce n'est pas tabou, je crois, je peux essayer de trouver un endroit loin du regard des Olympiens… »

« Alice Huet ! » On m'interpela. Je me retournai. Un homme inconnu me faisait face, grand, le teint pâle, des cheveux noirs bouclés, des yeux bleu-vert. De jolis yeux. Je le regardai de haut en bas.

« Ce n'est pas mon non d'usage.

– Mais c'est votre nom de naissance. Pardonnez mon impolitesse madame.

– Je verrai. Vous n'êtes pas magicien dites-moi ?

– Pas plus que vous. Johann Orsini-Rosenberg, à votre service. Je suis sang mêlé également.

– Comment se fait-il alors que je ne vous ai jamais vu ?

– Je suis de sang autrichien. J'ai grandi en Europe, et ne suis venu que tardivement aux Etats–Unis, après la guerre.

– Vous l'avez faite ? La guerre je veux dire.

– J'ai d'abord servi en Serbie, puis en Russie.

– Votre français est parfait.

– Je suis un des derniers élevés dans la culture de notre belle et vieille aristocratie d'Europe centrale. Je vous ai entendu chanter à Prague il y a deux années de cela. Vous m'avez brisé le cœur.

– C'est ce que vous dites tous. Dites-moi plutôt, quel est votre parent divin?

– Oh, déjà ? Ne désiriez-vous pas plutôt faire abstraction de nos parents ? Nous découvrir vraiment à la mode républicaine, comme des personnes, non comme des chainons dans une dynastie ?

– Très bien monsieur, dites-moi donc qui vous êtes alors ! Comte ?

– Mais journaliste d'abord.

– Voyez-vous ça ! Quoi d'autre ?

– Je suis bon danseur. D'ailleurs j'aimerai vous proposer un tour de valse.

– Je dois aller chanter.

– On ne commencera pas sans vous.

– Vous êtes du genre tenace, Monsieur.

– Eh bien Madame ?

– Eh bien, tâchez de vous montrer à la hauteur de vos allégations. »

Il me prit par la taille et me fit tournoyer. La valse se mua en twist, et soudain, je me trouvai serrée contre le torse du bel inconnu. Il sentait l'océan. Alice, ce n'est pas le moment de retomber amoureuse je me grondai moi-même. « Cela suffit. J'ai soudain dit. Je dois aller me préparer. » Je retournai vers ma pièce, le souffle court. J'y trouvai le grand allemand blond. Il se leva d'un bond en me voyant. Je vis qu'il avait pleuré.

« Je suis confus, il me dit, cette pièce était libre et je...

– Pas de soucis, je fis. » Je commençai à me recoiffer devant le miroir. C'était qu'il m'avait bien fait tourner, l'autre idiot.

« Je vous connais, non ? Je lui demandai.

– Pas que je sache, je me serai souvenu d'avoir croisé Madame Alice de Montmartre. » Il me fit avec un sourire.

« A Paris, je me souvins. Vous étiez passé en ville voir… un certain monsieur Desjardins. » Il se raidit à l'instant.

« Vous connaissez le Quatorzième Nome ? Je n'ai que peu de choses à voir avec Desjardins, c'est un pédéraste et un décadent, la honte du Per Ankh. » Et toi tu fricotais quoi avec Lady Kane ? Sale menteur. J'eu envie d'aller le chercher un petit peu.

« Vous êtes allé en Italie après, non ? Les grandes familles italienne se sont ralliées à Mussolini, vous étiez présent à la cérémonie, non ? »

Hannibal il s'appelle, j'en ai entendu parler. Hannibal Friedwald. C'était Giacomo qui m'en avait parlé. Iskandar l'avait envoyé en éclaireur. Il avait dressé une liste devant moi, dans la cuisine. Michel l'aime bien. Il a ajouté qu'il était communiste. A quoi il joue ? On est chez les Kane, à quel point se protège-t-il ?

« Nos Nomes ont une histoire d'amitié.

– Et Lady Kane, c'est une histoire d'amitié qui vous lie ?

– Vous n'insinuez pas… non, je…

– Je peux vous poser une question monsieur Friedwald ? C'est celle d'un jeune philosophe, qui m'a laissé un peu confuse. Pourquoi les gens se marient-ils ?

– Certainement pas parce qu'ils s'aiment. » Tiens donc, que dirait Freud ?

– Peut-être nous reverrons nous chez monsieur Mussolini alors. C'est quelqu'un d'intéressant le duce. Tenez, vous avez admiré comme tout le monde le fils de monsieur et madame Kane. Vous savez ce qu'il pense des petits noirs, Mussolini ? » Il pâli violemment.

« Vous devez dire à Alma… Vous devez lui dire que je ne peux pas, je ne peux rien… »

Mince alors, j'ai la vie sentimentale la plus foireuse qu'il soit, pourquoi ils me prennent tous comme conseiller conjugal ?

« Que… ?

– Non, laissez, ça n'en vaut pas la peine. Je… je vais vous laisser vous préparer. »

Il sortit en trombe. Je soupirai et attaquai mon rouge à lèvres. C'est moi ou ils sont tous dysfonctionnels dans cette baraque ? J'eu le mal du pays une nouvelle fois. Dernier concert, et je rentre à Paris. La brise agita soudainement les rideaux. Je sursautai. Non… Ce n'est pas lui… Je comprenais un peu ce qu'avait vécu ma mère maintenant. On n'oublie pas un dieu comme ça… Je repensai au sympathique autrichien de tout à l'heure et je me mis à sourire. Les rideaux bougèrent une nouvelle fois. Je poussai un cri. Giacomo Bellini sauta de la fenêtre ouverte. Il était vêtu intégralement de noir, deux poignards à sa ceinture.

« Chut, il me fit avec un grand sourire.

– Qu'est-ce que tu fous là ? Comment tu es rentré ?

– Ça va, je suis déjà venu ici, et puis je suis formé à ce genre de chose.

– Rentrer à l'improviste chez les gens ? Cambrioler ? Assassiner ?

– Iskandar m'a juste demandé de récupérer un truc » Il s'étira. Il y avait toujours un air de danger qui planait autour de lui. Bellini avait été le parti le plus désirable de la Maison de Vie. Il était mince, racé, avec des yeux gris un peu fous, où tu ne savais plus très bien s'il allait te dire une plaisanterie ou te trancher la gorge.

« Vas-y discrètement.

– Oh, je sais bien que je suis persona non grata ici.

– Surtout, je n'ai pas trop envie d'être associée à toi devant les autres.

– Je peux comprendre. La soirée se passe comment ?

– Je suis chez une famille de tarés. Tous sourires au dehors, mais je suis sûre qu'il se passe des choses sales à l'intérieur.

– Les Kane ? Ce n'est encore rien. Tu devrais voir ma famille.

– Si tu es ici, qui garde Louis demain ?

– Carla. » Il bailla. « Elle est à Paris en ce moment. » Encore une magicienne de combat à moitié cinglée.

« Tu as réussi à l'embrigader comme nounou ?

– Je sais être persuasif. Tu rentres quand à Paris ?

– C'est pour ça que tu es venu ?

– ll faut absolument que tu rentres et que engueules Michel, moi il ne m'écoute plus. » La conseillère conjugale, partie deux.

« Il n'arrête pas de parler avec Vasseur, ils veulent faire une grève générale avec d'autres Nomes. » Giacomo déambulait dans la pièce en faisant de grands gestes avec ses mains.

« Je lui ai dit que la Révolution c'est tout pourri. Le droit de grève ça existe en France, pas en Egypte antique, enfin ! Non, mais bien sûr qu'il est exploité, tout le monde est exploité au Per Ankh, c'est la base de son fonctionnement…

– Giacomo…

– Je veux dire le droit des femmes c'est important, je le concède, mais je ne vais pas le laisser se faire dégommer, quand même ! Au fait, ton fils, il mange enfin du fromage maintenant.

– Quel rapport ?

– Aucun, c'est juste digne de mention. Par contre pour la grève… » Il accumula une suite de jurons en Italien que j'étais heureuse de ne pas comprendre.

« Pourquoi tu ne m'as pas appelé ?

– Je ne parle jamais au téléphone, votre gouvernement écoute toutes les lignes.

– Mon gouvernement ? Je ne suis pas amé… Bon allez, fous le camp maintenant. Si Jabari te vois, il va y avoir du sang.

– Je t'ai dit que je dois aller récupérer un document. J'irai quand tu chanteras. Mais avant, je veux aller voir le bambino. »

Avant que je ne puisse l'arrêter, il sortit dans le couloir. « Giacomo, revient, ne sois pas fou…

– Eh ! Un nouveau Kane ça se fête ! »

Je lui couru après, mais il trouva très vite la chambre. Alma était partie. Il alla voir le berceau. En plus d'être un magicien-assassin-spécialiste du feu, Giacomo adorait les bébés. J'avoue que j'avais un peu la trouille quand même.

« Oh, regarde qui voilà. » Il va se mettre à hurler, on va se faire repérer, ça va être un carnage

Giacomo sortit le petit Amos du berceau et le souleva devant lui. « Comment il s'appelle ?

– Amos. S'il te plait laisse-le !

– Hello, petit Kane, bienvenue chez les psychopathes !

– Repose-le je te dis !

– T'inquiète, on se comprend tous les deux » Effectivement, le bébé avait l'air ravi, il riait. Giacomo le fit tourner pour voir la pièce.

« Et voilà ta cage ! Bon on n'a pas mis les barreaux encore, ils faisaient moche dans la décoration. Tu vois la porte, là ? C'est pour t'isoler des autres habitants du zoo. Ils ne sont pas bien méchants, juste un peu retardés parfois. » Je commençai à me détendre en voyant que le bébé n'avait pas l'intention de piquer une crise.

« Allez ça suffit comme ça ! » Giacomo embrassa Amos, puis le reposa.

« Dire qu'il a failli être mon cousin », il murmura, rêveur.

« Tu regrettes ?

– Oh que non. »

Il sortit un mouchoir rouge et le mis dans le berceau. « Arrête, tu es cinglé, qu'est-ce que tu fais ?

– C'est pour porter chance. On fait ça chez nous.

– Ils vont péter des câbles. Le rouge c'est une mauvaise couleur chez vous.

– Qu'est-ce que tu en sais ? Tu es magicienne peut-être ? » Il me fit un clin d'œil. Je voulu reprendre le mouchoir, mais Amos commença à le mettre dans la bouche, et j'avais peur qu'il se remette à crier si je le lui enlevais.

« On y va maintenant ! » Giacomo se pencha sur le berceau et chuchota quelque chose en italien.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ?

– C'est un secret, il me murmura. »

Nous sortîmes enfin de la pièce. J'entrai avec ma robe blanche dans le salon, un grand tonnerre d'applaudissement retentit. Je me suis retournai, mais Giacomo n'était plus là. Je regardai tour à tour Hannibal Friedwald, puis Jabari Kane. Johann croisa mon regard. Enfin je regardai Alma, je commençai à chanter, de toutes mes forces, et je ne regardai plus qu'elle.