Bonjour, bonjour !

Voici le deuxième chapitre !

J'ai opté pour une parution deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche.

Si jamais l'inspiration me fait défaut je passerai à une fois et cela sera le dimanche.

Bonne lecture !

CyberCofee


Chapitre 2

Le réveil résonna dans le dortoir des garçons de l'orphelinat St-Thomas.

Nathanaël grommela et enfoui sa tête plus profondément dans ses draps. Il avait vraiment sommeil. Il était tout bonnement épuisé. Après avoir ramené les courses hier en un temps record – Mrs Fridge l'avait regardé un air soupçonneux durant tout le souper – il s'était écroulé de fatigue dans son lit. Et vu comment il se réveillait, il n'avait même pas prit le temps de se changer.

-Nathanaël ! Debout saleté ! Hop, hop, hop ! Bouge tes fesses, mon garçon !

Mrs Collins lui flanqua une fessée par-dessus les draps et celui-ci grogna dans l'oreiller.

-Oui, oui, oui. Je suis réveillé. Ça se voit, non ? Il tendit la main en dehors des draps où il savait que la vieille femme lui déposerait ses lunettes. Merci Mrs Collins.

La vieille femme soupira et lui flaqua une deuxième fessée.

-Y'a pas de quoi !

Elle s'assit sur le coffre du jeune écervelé et tira un coup sec sur les draps, le découvrant. Elle remarqua qu'il était toujours habillé mais ne fit aucun commentaire. Le pauvre petit était rentré exténué de sa corvée de courses. Il râla pour la forme et s'assit à son tour dans son lit. Elle lui tendit sa serviette de toilette et lui dit d'aller se récurer correctement parce qu'il était plus sale qu'un troll des montagnes.

Nathanaël s'activa sous la douche presque froide tout en pensant à son exploit du jour dernier. Etait-ce réellement de son fait ? L'avait-il rêvé ? Etait-ce l'intervention divine ? Il rigola à sa dernière supposition. Ce qu'il pouvait être bête ! Si Dieu existait il aurait déjà été adopté depuis bien longtemps. Devant l'une des nombreuses glaces de la salle de bain, il peigna ses cheveux tant bien que mal et c'est ainsi qu'il repéra un phénomène anormal dans ses yeux. Devenait-il fou ou voyait-il réellement les paillettes dorées danser dans le vert de ses yeux ? Il cligna les paupières plusieurs fois, secoua la tête, ferma les yeux en comptant jusqu'à dix mais rien n'y fit. Les paillettes continuaient de danser. C'était beau. Presque féerique.

-Bon, la demoiselle aux cheveux longs a-t-elle finit de se pouponner ? cria Mrs Collins du dortoir. Tu vas être en retard !

Il ne prit pas le temps de se sécher les cheveux et couru dans le couloir, rattrapa au vol sa sacoche que la vieille femme lui avait balancé sans ménagement et sorti en coup de vent du dortoir. Ce fut la première fois qu'il arriva à l'heure en cours.

-Eh bien, eh bien. Mr Porter nous auras fait l'extrême honneur de bien vouloir venir à l'heure en cours avant notre mort à tous, susurra Mrs Fridge en souriant dédaigneusement à Nathanaël. Ne devrions-nous pas applaudir un tel exploit ?

Ses camarades commencèrent alors à battre les mains doucement comme s'ils n'étaient pas sûrs de la conduite à suivre. Et Mrs Fridge leur donna raison en frappant ses deux mains sur son bureau en foudroyant l'assemblée du regard par-dessus ses vieilles lunettes en fer.

-Et puis quoi encore ? Mr Porter me fera l'extrême obligeance de venir à l'heure tous les jours désormais sans quoi il se pourrait qu'il soit doublement puni. La corvée de courses n'est pas assez, Mr Porter ?

Nathanaël se figea et déglutit.

-Si…si Mrs Fridge. C'est assez.

La mère supérieure mima une soudaine surdité et plaça sa main derrière son oreille.

-Je n'entends pas très bien Mr Porter ! L'âge, voyez-vous. Auriez-vous l'obligeance de répéter plus fort et distinctement afin que la classe et moi-même entendions tous très clairement vos nouvelles résolutions ?

Nathanaël maudit cette vieille bonne femme en son for intérieur lui souhaitant de tomber dans les marches à la sortie de la classe. Il se tourna vers la classe et prit une grande inspiration avant de débiter :

-Je promets d'arriver à l'heure en cours désormais. Si je ne le fais pas, Mrs Fridge me punira doublement. Croix de boix, croix de fer, finit-il en signant d'une croix invisible le devant de son épaule gauche, juste au-dessus du cœur.

Le sourire que fit la sale bonne femme lui donna envie de vomir. Il savait que s'il venait à avoir une seule seconde de retard cette vieille chouette s'en donnerait à cœur joie. Et il n'osait pas penser à la punition qu'elle lui réservait dans ce cas.

-Bien. Très bien. Reprenons donc L'Odyssée, page cinquante-deux. Mr Porter, lisez !

Oo

Il était seize heures et Nathanaël avait pris la route du village, une liste des choses à aller chercher dans la poche et la résolution de faire désormais attention à ce qu'il souhaitait dans l'autre. En effet, à la fin du cours de français, Mrs Fridge était tombée dans les escaliers, juste comme il l'avait souhaité. Heureusement, elle ne s'était que foulé le poignet et aurait quelques bleus durant une petite semaine. Plus de peur que de mal, au final. Tant mieux car Nathanaël n'aurait pas supporté avoir été l'instigateur d'un tel accident. Il avait souhaité tout cela sous le coup de la colère mais n'était pas mauvais au point de souhaiter la mort d'autrui. Au début, le fait que ce soit lui le coupable lui avait semblé absurde. Ce n'est pas parce qu'on souhaite quelque chose que cela arrive, n'est-ce pas ?

Et puis, lentement, au fil de la journée, il s'était mis à penser à ce qu'il s'était passé avec la brouette le jour d'avant. Ça aussi il l'avait voulu, non ? Et ses yeux ? Il avait pris peur et avait dévalé les étages en courant jusqu'à l'appentis à bois où il avait récupéré la brouette. C'est tout aussi rapidement qu'il était parti en direction du village. Loin dans ses réflexions, il ne vit pas une femme le regarder passer, assise le long de la berge, adossé à un chêne. La femme souriait tendrement, les yeux rêveurs. Un mouvement dans les fourrés attira l'attention de Nathanaël. Les feuillages bruissèrent un instant et un petit animal en sorti. C'était un blaireau. Il s'arrêta et regarda l'animal traverser le chemin pour venir s'installer confortablement sur les jambes de la femme qu'il eut la surprise de remarquer.

La femme lui fit tout de suite penser à l'homme de la fontaine. Il ne parvînt pas à définir son âge encore une fois mais il sentait émaner d'elle une immense sagesse. Elle avait de très longs cheveux bruns mordorés tressés et elle aussi semblait posséder une couronne, en or cette fois. Son habit – du même style que l'avare de la fontaine – étaient très jolis et apparemment de très bonne facture. Nathanaël pensa tout de suite à des habits d'elfes comme il en avait vu dans les histoires fantastiques.

Elle est magnifique, pensa-t-il.

-Merci, jeune homme, sourit la belle femme.

-Oh, pardon Madame, je croyais l'avoir pensé, s'excusa-t-il, rouge de honte.

La femme rit, d'un rire fin et cristallin.

-Oh mais c'est ce que tu as fait jeune apprenti ! Mais ton esprit est pour moi comme un livre ouvert. Ohoh, je vois que tu as rencontré Salazar. Quel entêté, celui-là !

Nathanaël ouvrit grand les yeux. Il n'en revenait pas. Etait-elle en train de lire son esprit comme elle semblait le prétendre ?

-Oui Nathanaël, c'est exact.

Ce dernier s'approcha, la dévisageant un instant. Elle caressait le blaireau comme s'il s'était agi d'un chaton. Quelle étrange femme ! Il s'assit près d'elle, ne se sentant pas le moins du monde effrayé par sa nouvelle rencontre.

-Vous connaissez l'avare de la fontaine Madame ?

La femme sembla être interloquée quelques instants puis elle éclata de rire.

-L'avare ? Tu veux parler de Salazar ? Haha ! Quand il saura comment tu l'appelles il va être furieux !

-Oh non, lui dites rien s'il vous plaît ! Nathanaël eut une peur bleue que le méchant homme ne sache comment il le surnommait. Parce que s'il ne lui avait pas paru dangereux, il ne lui avait pas paru être un enfant de chœur non plus. J'vous jure que je l'appellerai plus comme ça !

Contrairement à ce qu'il pensait, la femme sans âge lui promit de ne rien lui dire. C'était si drôle que ce serait leur secret à tous les deux, lui dit-elle.

-Tu as déjà rencontré Salazar et tu m'as rencontrée. Il te restera Godric et Rowena. Allez, jeune apprenti, continue ton chemin où tu finiras par faire attendre Salazar ! Apparemment il a un compte à régler avec toi.

Cette confidence fit froid dans le dos de Nathanaël. Il espérait vraiment que ce Salazar n'était pas au courant de son sobriquet. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Il se remit debout et épousseta son pantalon tout en réfléchissant. Allait-il faire un détour et éviter la grande place ou allait-il affronter l'homme une bonne fois pour toute? Il ne vit pas le sourire de la femme aux cheveux mordorés.

-Au fait, Madame, vous vous appelez comment ?

-Helga, lui répondit-elle plus bas qu'un murmure. Je m'appelle Helga.

Il fit de grands signes à Helga d'une main tandis que de l'autre main il tentait de faire avancer sa brouette tant bien que mal. Plus mal que bien car celle-ci bascula et il rosit en entendant le rire clair de la belle femme dans son dos. Il sentit plus qu'il ne vit la main de celle-ci venir cacher ses lèvres.

Oo

A l'embranchement de la grande place Nathanaël stoppa net. Cap ou pas cap ? Oh et puis zut ! Il allait lui dire deux mots à ce sale pingre ! Empli d'une nouvelle volonté Nathanaël traversa la grande place d'un pas décidé en direction de la fontaine où il voyait déjà la silhouette arrogante du fameux Salazar.

-Ohoh ! Que vois-je ? s'exclama celui-ci en s'adressant au pommeau de sa canne. Regarde Sealvia, ne serait-ce pas le gamin effronté d'hier ?

Nathanaël sursauta quand, à son plus grand étonnement, le pommeau de la canne siffla une réponse.

-Si. Il lui ressemble. Penses-tu que ce jeune garçon susceptible est venu s'excuser ?

C'était à croire que le serpent sélectionnait spécialement les mots en « s ». Sûrement pour un effet plus dramatique. L'homme en vert lui jeta un coup d'œil et fit la moue.

-Ah Sealvia, tu es bien trop bonne. Tu as l'esprit trop pur pour te confronter au monde réel. Ce jeune garnement n'est point venu ici pour s'excuser, je le vois dans son regard, mais pour se confronter à moi. Puis, en s'adressa à Nathanaël : « Jeune effronté, sais-tu que tu ne gagneras rien en me résistant ? Tu n'es pas de taille. Et tu ne le seras sans doute jamais. »

A ces mots Nathanaël sut qu'il ne lâcherait jamais l'affaire. Peu importe ce qu'il lui faudrait faire, il boirait l'eau de cette fontaine !

-Archibald Brisefer dit que vous êtes quelqu'un de sage, lança Nathanaël à Salazar. Moi je dis que vous êtes têtu, énervant et puéril.

Le pommeau de la canne de l'homme sembla bouger comme s'il avait une vie propre. La tête du serpent nommé Sealvia se tourna comme une onde vers le jeune garçon à la langue trop pendue.

-Quel jeune arrogant Sal ! siffla Sealvia. Il utilise des mots qu'il ne comprend pas lui-même. Ce jeune idiot veut te montrer ce qu'il vaut.

Salazar balança sa tête de gauche à droite dans un mouvement loufoque puis l'immobilisa et approcha le buste de Nathanaël.

-Oh ? Intéressant…

-Vous savez, vous êtes peut-être plus vieux que moi et peut-être plus sage, mais je suis plus jeune et j'apprends vite. Alors votre fontaine, j'en boirai le contenu, je vous le promets. C'est un défi que je vous lance. Nathanaël avait levé le menton et, sûr de lui, signa sa promesse. Croix de bois, croix de fer, je vous battrai, vieil avare !

Et sans plus s'attarder il partit aussi vite qu'il était venu.

A côté de la fontaine, Sealvia et Salazar étaient restés bouche bée. Ce petit en avait dans le pantalon comme on disait de nos jours ! Salazar se frotta le menton et pensa qu'il fallait absolument qu'il raconte cette histoire à Godric. Il n'en reviendrait pas !

Oo

-Bonjour M'sieur Brisefer !

Archibald fit un signe de la main au jeune Nathanaël.

-Bonjour Nathanaël. Appelle-moi Archibald, veux-tu ? Comment vas-tu aujourd'hui ?

Le petiot lui sourit et lui répondit qu'il était allé voir Salazar.

-Oh ! C'est très bien, mon grand ! Tu t'es excusé ? Il a accepté tes excuses ? Ça m'étonne de lui, d'ailleurs. En général il aime bien faire mariner les gens deux ou trois jours. Une vieille carne, ce Sal !

Nathanaël rigola à l'appellation.

-Non, je lui ai lancé un défi. Je lui ai dit que je boirai dans sa fontaine quoiqu'il arrive.

Archibald Brisefer se redressa d'un bond et, les yeux ronds, dévisagea le jeune inconscient. Avait-il idée du bordel dans lequel il venait de se fourrer ? A en croire son expression déterminée, oui.

-Aïe, aïe, aïe… Tu vas en avoir pour toute une vie, mon grand. Salazar ne te laisseras jamais boire son eau. Plus d'un s'y sont cassés les dents. A croire qu'il n'est pas humain.

Nathanaël allait parler de ce qu'il avait vu, de Helga et du pommeau mais un pressentiment l'en empêcha. Il était certain qu'il devait garder tout ceci pour lui. Ce serait son secret.

-Vous savez, je n'ai que dix ans trois-quart. Alors j'ai le temps.

-Haha ! Tu as de l'espoir, petiot ! s'esclaffa Archibald en tapant l'épaule de Nathanaël de sa grosse paluche. Accroche-toi !

Et Nathanaël parti en direction du boucher en râlant qu'il n'était pas un « petiot ». Archibald ri de bon cœur. Cet enfant était un petit diablotin.

Le soleil tapait fort sur la nuque de Nathanaël. Il poussait la brouette remplie et très lourde depuis bientôt une bonne demi-heure. A dix mètres, le chemin bifurquait soudainement vers la droite, cachant le reste de la route aux éventuelles personnes qui se seraient trouvées derrière lui. Il parcouru ces derniers mètres en grognant sous l'effort puis, une fois qu'il savait ne plus être vu, il se concentra et souhaita très fort avoir de nouveau une force surhumaine. Il ne se senti pas plus différent que quelques secondes auparavant mais poussa la brouette, ne s'attendant à aucune résistance de sa part. Mais rien. La brouette était toujours aussi lourde. Nathanaël s'assit de découragement. Il n'y comprenait vraiment plus rien. Il l'avait pourtant souhaité si fort ! Il se gratta la tête en jurant.

-Qu'entends-je ?! hoqueta une voix masculine. De tels jurons dans un si petit corps ? Vous m'en voyez choqué, jeune malpoli !

Nathanaël sursauta et chercha d'où venait la voix. Il se leva, regarda derrière lui, devant et sur les côtés mais il ne vit personne. Il regarda même sous la brouette. Au cas où.

-Là-haut ! fit la voix.

Nathanaël leva la tête si vite qu'il faillit se rompre le cou. Entre les branchages d'un vieux platane, à moins de deux mètres de là où il se tenait, il aperçut un homme aux cheveux roux affalé sur une branche. Le jeune orphelin sut immédiatement qu'il avait affaire à ce Godric dont lui avait parlé Helga.

-Bonjour, vous êtes M'sieur Godric, c'est ça ? le questionna quand même Nathanaël pour la forme. Helga m'a parlé de vous.

Le nommé Godric sembla surpris un instant et se redressa à califourchon sur sa branche. Position qui fit grimacer le garçon. Comment faisait-il pour s'asseoir de cette façon sans avoir mal à l'entrejambe ? Mais en deux jours il avait vu plus de choses étranges qu'en toute une vie alors comparé au pommeau de la canne de Salazar qui bougeait et parlait et la capacité d'Helga de lire dans sa tête, le fait que les parties génitales de ce Godric n'aient apparemment aucune sensibilité était encore la chose la plus normale !

-Ohoh, Helga t'a parlé de moi ? Je vais rougir ! gloussa l'homme de manière peu virile. Ma renommée me précède !

Encore un illuminé. Voilà tout ce que se disait Nathanaël. La seule qui lui avait paru équilibrée était Helga. Les deux autres étaient complètement timbrés. Nathanaël se rassit et essaya de se concentrer. Il ferma les yeux et inspira doucement.

-Que fais-tu ?

Nathanaël s'étouffa en criant de frayeur. Godric se tenait juste à côté de lui ! Il ne l'avait pas vu descendre et il n'avait fermé les yeux que quelques secondes. Et on ne pouvait pas descendre d'un platane haut de seize mètres en deux secondes !

-Comment avez-vous fait pour…commença Nathanaël, puis il secoua la tête. Oh et puis merde ! Laissez tomber, ce sera pas la première fois aujourd'hui que je vois des trucs incroyables.

-Ohoh, tu es bien malpoli, mon garçon ! s'exclama l'homme vêtu de rouge en s'asseyant sans grâce à côté de lui. Mais dis-moi, que fais-tu ?

-Je peux bien vous le dire à vous puisque vous êtes bizarre, vous aussi, soupira Nathanaël. Godric haussa un sourcil amusé. Hier, il m'est arrivé quelque chose de…magique ! Vous voyez ma brouette, fit-il en la désignant du menton, elle est évidemment trop lourde pour moi. Eh bien, hier, je n'avais plus de force et j'ai souhaité de tout mon être avoir la force de Hulk. Et vous savez quoi ? Ça a marché ! La brouette ne pesait plus rien et j'ai parcouru le reste du chemin en moins de cinq minutes ! C'était génial ! Alors j'essaye de comprendre comment ça fonctionne comme ça j'aurai plus vite terminé ma corvée.

Nathanaël tourna la tête vers Godric à la fin de son explication. Il le vit se frotter le menton à la manière des grands sages, les yeux froncés comme s'il réfléchissait. Puis l'homme se tourna vers lui.

-C'est très bien tout ça mais qu'est-ce que c'est qu'un Hulk ?

Nathanaël le fixa dans le blanc des yeux, essayant d'y trouver un indice lui permettant de prouver que l'homme se fichait de lui. Mais mis à part une réelle interrogation, il n'y vit absolument rien. Il laissa tomber sa tête dans ses paumes puis frotta ses yeux si fort qu'ils devinrent rouge.

-De tout ce que je viens de vous raconter vous n'avez retenu que…ça ? Nathanaël n'en revenait pas. Vous ne connaissez pas l'histoire fantastique de Hulk ? Le géant vert ! Vous savez, le scientifique Bruce Banner a fait des expériences sur les rayons gamma et un jour ça a mal tourné et il y a été exposé. Et depuis, quand il est en colère il se transforme en Hulk.

Vu la tête de Godric, il ne voyait pas du tout de quoi il parlait.

-Mais enfin, tout le monde connaît Hulk ! Même en ayant quatre-vingt ans vous devriez le connaître !

A cette phrase l'homme sembla réagir et se tourna vers Nathanaël en souriant.

-J'en ai mille trente-sept, c'est sûrement pour ça !

-Rooh, mais même à mille trente-sept…le jeune orphelin laissa la phrase en suspens. Vous avez dit combien ?

-Mille trente-sept. J'ai mille trente-sept ans, déclara Godric comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.

Nathanaël fit la moue. Il se foutait vraiment de lui !

-Mais bien sûr ! Et moi j'en ai soixante mais faut pas se fier à mon apparence, hein ! J'ai eu un léger problème de croissance.

Godric le dévisagea.

-Quoi ? Mais je croyais que tu en avais bientôt onze ! Puis il murmura pour lui-même. Se serait-on trompé de personne ?

-Même moi qui ne suis pas ce qu'on appelle un gars attentif en cours je peux vous dire que c'était de l'ironie. Je me moquais de vous, en gros. J'ai vraiment dix ans et demi. Vous seriez pas du genre crédule, vous ?

Puis il continua.

-Pourquoi vous seriez-vous trompés de personne ?

-Non, laisse tomber, petit. Mais tu sais, j'ai vraiment mille trente-sept ans. Il est vrai que même dans notre monde atteindre cet âge est réservé à de très rares personnes mais c'est la vérité. Helga, Salazar et Rowena sont aussi âgés que moi.

-Votre monde ? questionna Nathanaël qui ne savait plus trop quoi croire.

-Oui, notre monde. Le monde des sorciers, lui expliqua Godric. Tu en fais partie, toi aussi. C'est pour ça qu'on t'est apparu. Pour te guider dans ton apprentissage de la magie.

-La…magie ? Soudain, Nathanaël comprit. Ah ! C'est pour ça toutes ces choses étranges ?

-Quelles choses ?

-Le pommeau de la canne de Salazar, Sealvia, qui parle et bouge, le don d'Helga de lire dans ma tête et de caresser des blaireaux, ma force soudaine et les paillettes qui dansent dans mes yeux ! Puis se souvenant de la fois où Salazar lui avait tiré la langue : Et sa foutue langue fourchue ! Je n'avais pas rêvé !

Nathanaël s'était presque relevé en énonçant toute la liste de ce qui lui était arrivé depuis le jour d'avant. Ses yeux brillaient d'excitation.

-Hm ? Tu as compris ce que disait Sealvia ? Intéressant… mais imprévu. Godric réfléchissait à toute vitesse. J'ai compris, j'en parlerai à Salazar. Oui, tout ceci est de la magie. Et nous, sorciers, la contrôlons. Elle vit en nous depuis notre venue au monde. Tu es un sorcier. Tu es destiné à faire de grandes choses, jeune apprenti, de grandes et belles choses. Alors nous sommes venus, tous les quatre, t'apprendre à contrôler et à canaliser cette magie. Chacun d'entre nous est maître dans plusieurs arts magiques. Nous t'enseignerons tout ceci au fil des années jusqu'à ce que nous te jugions prêt. Et à ce moment-là…

Godric laissa la phrase en suspens. Ne donnant aucun signe qu'il la finirait, Nathanaël le pressa de le faire.

-Il est encore trop tôt pour parler de ce moment-là. Ne soit pas si pressé, Nathanaël.

Le garçon souriait de toutes ces dents. Mrs Collins avait raison ! Il était quelqu'un d'exceptionnel ! Ou en tout cas, il le deviendrait !

-Dites, M'sieur Godric, vous pouvez m'expliquer comment je dois m'y prendre pour rendre la brouette plus légère ?

L'homme aux cheveux roux se releva et lui fit signe d'en faire autant. Une fois sur ses deux pieds, l'homme parla.

- Voilà pourquoi tu n'es pas parvenu à faire bouger cette brouette, Nathanaël. Ton esprit est embrouillé. Ce sont deux choses différentes que de vouloir une brouette légère et vouloir une force surhumaine, et ce, même si le résultat sera identique pour toi. Il faut que tu te concentres sur un seul souhait. Choisis.

Nathanaël réfléchit un instant puis donna sa réponse.

-Je voudrais avoir une force surhumaine.

-Bien, en temps normal, tu ne pourrais parvenir à ce résultat qu'à l'aide d'une potion de force. Mais comme tu t'en doutes, tu n'es pas normal. Tu as beaucoup plus de puissance dans ton noyau magique qu'un sorcier lambda. La moyenne de puissance commune est d'environ trente pour cent. Toi tu es bien au-dessus avec tes soixante-dix pour cent. Avec de l'entraînement tu augmenteras de puissance. Par exemple, j'en possède quatre cent quatre-vingt pour cent. Et Salazar quatre centre quatre-vingt-cinq. Helga en a quatre cent soixante-quinze et Rowena a atteint la barre des cinq cent. Elle a toujours eut plus de facilité.

-Waouh, s'exclama Nathanaël, impressionné. Combien de temps me faudrait-il pour arriver, disons, à trois cent pour cent ?

-Vu ta condition physique, qu'il te faudra améliorer si tu veux des résultats rapides, je dirais environ trois cent à trois cent cinquante ans.

-Quoi ?! Autant que ça ? Mais je serai mort bien avant ! s'insurgea le jeune orphelin. C'est inutile alors !

Godric sourit et, les deux mains sur les hanches, lui dit :

-Monsieur l'impulsif, vous êtes un sorcier ! Un sorcier à une durée de vie d'environ cent cinquante ans ! Et en vue de ta puissance actuelle, tu vivras beaucoup beaucoup plus longtemps !

-Waouh, répéta Nathanaël, c'est trop cool ! C'est trop génial ! Chouette, chouette, chouette ! Quand Mrs Collins va savoir ça !

-Pour la sécurité du monde magique et la tienne, tu ne dois rien révéler à personne. Y compris à cette Mrs Collins.

Nathanaël stoppa net son babillage et regarda l'homme d'un air horrifié.

-Oh s'il vous plaît, M'sieur ! S'il vous plaît ! geignit l'enfant, les yeux humides. J'ai confiance qu'en Mrs Collins ! Elle est un peu comme ma grand-mère, vous savez !

Devant l'air désespéré de l'enfant Godric sentit sa résistance faiblir.

-Non. Hors de question. Sinon, je ne t'apprends pas comment faire pour la force surhumaine.

L'enfant sembla peser le pour et le contre.

-Vous êtes un rabat-joie. Mais d'accord, je dirais rien, alors dites-moi comment on fait.

-Bien, fit Godric en passant ses doigts dans ses cheveux, d'abord concentre-toi sur ton objectif. Tout est une question de volonté. Tu n'as pas choisis l'option la plus simple, un élève plus réfléchit aurait préféré le sortilège Poids-Plume. Mais tu ne fais rien comme le commun des mortels, apparemment.

Godric entendit distinctement Nathanaël grogner. Il s'amusait comme un petit fou ! Cet enfant avait un potentiel énorme. Avoir réussi une fois à décupler sa force – et apparemment sa vitesse – était en soit un exploit à cet âge ! Et ce, sans baguette magique ! Godric avait senti l'aura de puissance se dégager lorsque l'enfant avait tenté une première fois de décupler sa force. Elle avait grossi puis, aussi vite qu'elle était apparu, elle avait disparu. Le jeune garçon avait sans aucun doute laissé son esprit vagabonder entre la force et la brouette si bien que sa magie n'en avait choisis aucune des deux.

Il regarda l'aura du jeune Porter se concentrer tout autour de lui. Une masse plus volumineuse que ce qu'il aurait pu prévoir ondoyait violemment, déplaçant des volutes de poussière. Ce jeune prodige atteindrait sensiblement bien plus vite les trois cent pour cent de ses capacités qu'ils ne se l'étaient imaginés, foi de Merlin ! L'aura du garçon avança de sa jolie couleur mordorée vers la brouette avant de se raviser et de plonger dans l'essence même de son auteur.

Quand Nathanaël ouvrit les yeux, Godric put voir des centaines –si ce n'étaient pas des milliers – de paillettes dorées y danser. C'était un spectacle étonnant. Et très rare. Si ses souvenirs étaient bons, la seule personne ayant contractée ce genre de symptômes était Rowena. Ce genre de phénomène « après coup » était signe d'une immense puissance. Rowena en était la preuve.

-Waouh ! Je me sens vraiment bien M'sieur ! J'ai l'impression d'avoir bu trois canettes de RedBull !

Bien que l'homme n'eut aucune idée de ce qu'était du « raide bulle », il sourit à l'enfant comme s'il savait pertinemment de quoi il parlait. Il nota dans un coin de sa tête qu'il avait pas mal de culture moldue à apprendre s'il ne voulait pas passer pour le dernier des idiots.

Nathanaël attrapa les poignées de la brouette d'une main ferme et poussa légèrement. Et Godric put voir le jeune apprenti sorcier disparaître vers l'horizon à la vitesse de la lumière. Il sourit bêtement. Le garçon était plein de surprises.