Hello,

Je tenais à remercier les personnes qui ont laissé un petit mot à mes deux chapitres !

Vous êtes géniaux !

Avoir le ressenti du lecteur est la chose la plus importante pour l'auteur alors je vous remercie mille fois !

Je remercie aussi les personnes qui ont mis cette fiction dans leur favoris et celles qui la suive, vous êtes fantastiques !

Gros bisous,

CyberCoffee


Chapitre 3

Vingt-trois heures trente-huit.

La nuit était tombée depuis longtemps sur l'orphelinat, recouvrant les bâtiments d'un étouffant manteau sombre. L'écoulement incessant de la fontaine à l'effigie de Saint Thomas qui trônait au milieu de la cour berçait le sommeil des jeunes pensionnaires. Mis à part les stridulations plaintives des grillons, pas un bruit ne se faisait entendre. Seule une lumière vacillante et fugace éclairait par intermittences la fenêtre du dortoir des garçons. A l'abri sous sa couette comme un rempart au monde, Nathanaël s'essayait à faire apparaître de la lumière. Ne sachant pas comment s'y prendre puisqu'il n'avait pas demandé à Godric, il avait tout bêtement appliqué le conseil que ce dernier lui avait donné pour obtenir une force surhumaine.

Se concentrer sur l'apparition de lumière pour l'éclairer avait été un total échec. L'inspiration lui était venue quand il avait parcouru le dortoir d'un regard découragé. L'ampoule pendouillante du plafonnier lui avait soufflé la réponse : s'il concentrait sa magie en un seul point bien réel cela serait bien plus facile.

Il avait alors visualisé un orbe de lumière au creux de ses mains. Et si les premiers essais avaient été infructueux, le cinquième avait été une véritable réussite allant même jusqu'à l'aveugler tant la lumière était puissante. Il tentait désormais de varier les intensités et à la vue de son orbe tressautant et faiblard, cela n'était pas un succès. Il était simplement parvenu à donner un ton tamisé à sa lumière mais il était incapable de jouer avec les nuances.

Souriant malgré sa défaite, Nathanaël visualisa l'orbe disparaître et une fois dans le noir, il se coucha et s'endormit presque aussitôt.

Oo

Les serres de l'animal agrippèrent doucement la branche couverte de sève, le pin ploya sous la force du vent. L'animal déploya ses ailes et laissa l'air passer entre ses plumes, lui procurant un intense sentiment de bien-être. Il redressa la tête et balaya du regard sa zone de chasse. La falaise où il se tenait surplombait une vaste forêt de pins sylvestres dont les branchages ondoyaient sous la force des bourrasques incessantes du vent. La forêt s'étendait à perte de vue, semblable à une mer déchaînée. A l'horizon, il percevait les formes floues qu'étaient les nuages glacés. Il poussa un cri strident puis s'élança dans le vide. La sensation était grisante. Il dansait avec le vent, il plongeait dans un tourbillon de douce volupté. En cet instant il était le roi du ciel, le roi du monde. Ses yeux fauves balayaient l'étendue bleue, il tourna, piqua et remonta en chandelle à la vitesse du son, il était libre, il était sauvage. L'oiseau de chasse continua son manège durant de longues minutes, profitant de cet instant de bonheur.

Puis, brusquement, le prédateur se stoppa et se mit à planer rapidement en direction de la forêt. Traversant les feuillages touffus comme s'ils n'existaient pas, l'animal se posant brutalement sur une épaisse branche de pin, son regard vif scrutant la scène qui se déroulait dans la clairière en contrebas.

Au beau milieu de l'étendue d'herbe verte, près d'un petit étang dont l'eau était étrangement translucide et bleue, un jeune homme aux longs cheveux blonds était assis, les épaules secouées de soubresauts. Il portait entre ses bras une jeune femme tout aussi blonde que lui qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau à la différence que la jeune femme était d'une pâleur inquiétante et qu'elle peinait visiblement à respirer. L'homme souleva un instant sa main de l'abdomen de sa compagne mais l'y remis presque aussitôt en appliquant une pression à la vue du sang qui s'en dégageait.

-Tu vas t'en sortir, lui murmura t-il doucement, les lèvres collées à son front. Tu vivras.

Nathanaël s'éveilla en sursaut, couvert de sueur. Il mit un certain temps à dissocier son curieux rêve de la réalité. Il balaya du regard le dortoir des garçons de l'orphelinat et sourit brièvement en voyant que Edgar, un jeune pensionnaire, avait renversé toutes ses couvertures sur le sol et que le bas de son pyjama laissait entrevoir la raie de ses fesses. Encore chamboulé de sa vision, il se découvrit de ses draps et, le plus discrètement possible afin de ne réveiller personne, il sortit de son lit pour se diriger dans la salle de douches.

S'asseyant sur le rebord de la seule baignoire de la salle -réservée aux malades- il réfléchit activement. Qui était ces deux personnes ? Assurément, elles étaient liées par le sang tant la ressemblance était frappante. Des frères et sœurs ? Des jumeaux ? Très certainement. Et où se passait donc la scène ? Cette forêt de pins était immense ! Nathanaël eut beau réfléchir, il ne se souvînt pas avoir connu rêve plus réaliste. La sensation éprouvée lorsqu'il s'était retrouvé à l'intérieur de l'oiseau, il la ressentait encore. Jamais il n'avait connu un tel sentiment de liberté, de force et de bonheur. Il voulait ressentir ça à nouveau.

En soupirant, il se releva du rebord de la baignoire et s'approcha du premier lavabo sur sa droite en s'ébouriffant les cheveux -une manie qui agaçait Mrs Collins puisque selon elle ses cheveux n'avait aucunement besoin de sa main pour être en désordre. Il ouvrit le robinet d'eau froide et mit ses mains en coupe sous le jet avant de se mouiller le visage. L'eau froide lui fit le plus grand bien. Elle lui permit d'éclaircir ses pensées et d'agrandir ses yeux encore plissés de sommeil. Il jeta un regard à ceux-ci dans l'optique d'y déceler le même ballet de paillettes que la veille cependant cette fois-ci elles étaient immobiles. Godric avait été impressionné par ce phénomène indicateur de puissance. Nathanaël se promit de lui poser d'autres questions afin d'en savoir plus car pour le moment il n'y comprenait pas grand-chose. La seule chose qu'il avait irrémédiablement enregistrée était que sa vie avait prit un tournant des plus inattendu, ce qui était loin de lui déplaire.

Profitant de son réveil matinal, il se prépara sans bruit, prit sa sacoche et sortit tout aussi silencieusement dans le couloir. Il longea les murs en priant pour que Mrs Fridge ne soit pas déjà levée ne sachant pas l'heure qu'il était -Blaise et sa bande ayant cassés sa montre Mickey la semaine passée- il n'avait aucune idée de qui il pourrait croiser en chemin. Rapidement, il se faufila dans la bibliothèque de l'orphelinat, endroit qu'il avait souvent visité.

Il se demanda un instant ce qu'il cherchait. Il n'avait absolument aucun indice. Une forêt de pin sylvestres, un oiseau chasseur et deux inconnus. N'ayant aucune possibilité d'identifier la forêt ou les inconnus, il se concentra sur l'oiseau. De quelle race était-il ? Un oiseau de chasse, un prédateur avec de longues griffes acérées. Il parcouru du regard les différentes étagères de la bibliothèque et opta pour une encyclopédie de la faune et de la flore.

Son butin sous le bras, il alla s'installer à sa place favorite : le rebord de la fenêtre la plus éloignée de la porte d'entrée. Son instinct lui dictait que l'animal faisait partie de la grande famille des rapaces. Il parcouru donc la table des matières pour y trouver la catégorie recherchée ainsi que le numéro de la page. A la page quatre-cent-vingt-cinq (c'était une très grosse encyclopédie), une double page leur était consacrée. Lisant en diagonale les passages peu intéressants, il tourna la page et arrêta sa lecture : la double page suivante était dédiée au pygargue à tête blanche.

Bien que le rapace le fascina, il eut l'intime conviction qu'il ne s'agissait pas de cette espèce. Il feuilleta lentement les autres pages et suspendit son geste lorsque son regard capta le faucon émerillon. Il fut ensorcelé par ce petit rapace. Il n'était pas majestueux ni même très beau, mais quelque chose remua au fond son être. Il lut avidement la description détaillée de l'animal mais à la mention "le faucon émerillon traque ses proies en volant à faible hauteur, il reste longtemps à l'affût sur un perchoir bas ou une motte de terre" il sut qu'il ne s'agissait pas du rapace avec qui il avait partagé les voltiges durant la nuit. Il tourna les pages aléatoirement mais ses doigts stoppèrent net quand ils atteignirent celles consacrées à l'aigle royal.

Il avait trouvé. Il en était absolument certain, il s'agissait bel et bien de l'oiseau de son rêve. Il scruta le dessin illustrant l'encyclopédie : les plumes brunes et dorées, les yeux fauves et la silhouette racée, l'aigle royal était tout simplement magnifique. Il se prit à espérer que cette nuit aussi il rêverait à travers l'oiseau.

La sonnerie indiquant le début des classes le fit sursauter et il se dépêcha de ranger le livre dans les étagères et de filer vers la salle où étaient dispensés les cours des CM2. Il ne devait être en retard sous aucun prétexte étant donné la promesse de punition exemplaire que lui avait faite Mrs Fridge si jamais cela se reproduisait à nouveau. Bien que ce ne soit pas la vieille mégère qui s'occupait de faire la leçon ce matin, Nathanaël ne doutait pas un seul instant qu'elle avait prévenu les sœurs de l'informer à la moindre incartade.

Oo

La basket trouée de Nathanaël buta dans un caillou qui vola à quelques mètres. Il soupira, s'arrêtant un instant pour jeter un rapide coup d'oeil vers le soleil -en prenant toutefois garde à plisser un maximum les yeux pour se protéger des rayons éblouissants - et il lâcha la brouette vide pour se diriger rapidement sous le couvert du feuillage du platane où il avait rencontré Godric le jour d'avant. L'ombre fraîche lui procura d'intenses frissons de plaisir. Alors qu'il se notait dans un coin de la tête qu'il lui faudrait absolument demander à Godric de lui apprendre un sort de rafraîchissement ou de brise fraîche il entendit le bruit plus que prometteur de l'eau qui ruisselle.

Il se laissa guider par les bruits qui semblaient venir d'au-delà de la butte qui se trouvait derrière le platane. Escaladant à grand pas le talus, il découvrit un joli ruisseau à l'eau claire. Bordé par des arbres feuillus, l'endroit était d'une fraîcheur plus que bienvenue. N'hésitant pratiquement pas, il s'élança à pied joint dans l'eau en riant aux éclats. S'il fallait qu'il s'amuse autant le faire quand la brouette était vide : si elle avait été pleine les aliments auraient sûris à cause de la chaleur. Nathanaël avait désormais un pouvoir bien pratique et ne craignait donc plus d'être en retard !

L'eau carressait doucement ses mollets, rafraîchissant sa peau chaude, quand il entendit quelqu'un rire derrière lui. Il se retourna si rapidement que son pied gauche écrasa son pied droit et il se retrouva les fesses dans l'eau en poussant un grand cri sous le regard rieur de la jeune femme qui se tenait là.

Celle-ci était sans aucun doute cette fameuse Rowena dont Helga et Godric lui avaient parlés. Elle portait le même genre de robes stylisées que les trois autres -mais bien plus courtes que ne l'auraient approuvées les bonnes mœurs- et cette fois-ci aucune couronne ne venait orner son épaisse chevelure sombre. Elle couvrait sa bouche de ses mains pour cacher ses éclats de rire tout en se balançant d'avant en arrière, de légères rougeurs apparaissant sur ses joues pâles. Si sa robe n'avait pas été si courte, Nathanaël lui aurait trouvé un air enfantin.

Il se releva péniblement et retira son t-shirt pour l'essorer.

-Bonjour Madame Rowena, salua-t-il la jeune femme.

-Bonjour à toi aussi, Moustique ! S'agirait de muscler tout ça, petit ! fit-elle en le désignant du doigt.

Sa voix détonnait complètement avec son visage poupin. Claire et joyeuse, certes, mais aussi puissante, impertinente et désinvolte.

-Vous venez de me montrer en entier…marmonna Nathanaël pour lui-même. Et je ne suis pas un moustique !

La jeune femme enjamba l'imposante racine qui lui barrait le passage et sauta à pied joint dans le ruisseau sans même enlever sa paire de mocassins brodés.

-T'es riquiqui, s'exclama-t-elle tandis qu'elle comparait la taille du garçon à la sienne, tu ne m'arrives même pas encore à la poitrine !

Nathanaël grogna, vexé.

-Oui bon, j'ai compris ! Je suis tout petit, tout maigre et tout moche ! On peut passer à autre chose ?

Rowena fit un bond sur le côté comme si elle avait cherché à éviter de se faire mordre par une bête enragée en s'exclamant :

-Mais c'est qu'il est hargneux, l'animal !

A distance raisonnable, elle le dévisagea consciencieusement, ce qui mit très mal à l'aise le jeune garçon. Il n'avait pas pour habitude qu'une jolie fille le regarde. L'orphelinat était réservé aux garçons et les sœurs étaient toutes vieilles et fripées sans parler de Mrs Collins qui avait un âge canonique. Elle se rapprocha un peu et lui saisit presque brutalement le menton pour l'obliger à lever vers elle les yeux qu'il avait baissé.

-T'es plutôt mignon, Moustique ! observa-t-elle. Tu feras sûrement fureur auprès des filles plus tard.

Nathanaël piqua un fard monumental. Il aurait souhaité pouvoir se cacher dans un trou de souris. On ne lui avait jamais dit qu'on le trouvait mignon. C'était agréable à entendre. Mais tout de même :

-Mignon ? C'est pas très virile ça, d'être mignon !

Rowena s'esclaffa sans aucune retenue.

-Il va te falloir attendre quelques années avant que je ne te trouve sexy, mon chou !

Pour le coup, Nathanaël était pratiquement certain qu'on pouvait maintenant cuire des œufs sur ses joues. Ce qu'il pouvait avoir honte ! Il ne savait plus quoi dire et Rowena s'en aperçut.

-Alors Moustique, on a perdu sa langue ?

Puis, en faisant un tour sur elle même comme si elle défilait, elle poursuivit.

-C'est souvent l'effet que je fais !

Nathanaël la fixa, attéré. Autant de vantardise dans un si petit corps le laissait sans voix. Connaissait-elle même le sens du mot modestie ? Il chassa ses pensées sarcastiques en secouant la tête.

-Hum, se racla t-il la gorge et, préférant changer de sujet, il enchaîna. D'après Godric vous êtes la plus forte des quatre. C'est vrai ?

La jeune femme croisa les bras ce qui fit ressortir son opulente poitrine. Nathanaël s'efforça de garder les yeux rivés sur son visage.

-On peut dire ça, oui. Je ne sais pas trop comment ni pourquoi. C'est juste comme ça.

-Vous me montrerez ? s'enquit le garçon, les yeux plein d'espoir.

Sans même lui répondre, Rowena le fixa intensément. Si intensément qu'il ne remarqua pas la branche d'arbre ramper silencieusement vers sa cheville. Un rictus déforma les jolis traits de la jeune femme et, en un instant, Nathanaël se retrouva pendu, la tête en bas.

-Aaaaaaah, mais qu'est-ce qu'il s'passe ?

Il ne lui fallut que peu de temps pour additionner un et un. Il gigota en rigolant. Elle était vraiment trop forte, il n'avait absolument rien vu ni rien entendu ! Elle n'avait pas esquissé un seul geste ni même cligné des yeux. Toujours pendu par le pied, il contempla la racine qui s'amusait à lui chatouiller les côtes comme si elle avait une vie propre. Il adorait la magie ! C'était tellement plus intéressant que L'Odyssée.

-C'est hypra-giga-supra cool ! Vous êtes trop forte ! C'est trop génial !

-Héhé, c'est pas pour les moustiques comme toi, ça, gamin, c'est de la haute magie élémentaire !

Rowena se moquait ouvertement de lui. Et Nathanaël avait en horreur qu'on se paye sa tête. Il se remit à gigoter pour se libérer de la branche mais celle-ci ne bougeait pas d'un pouce. Alors il fit le premier truc qui lui passa par la tête : il la mordit violemment. La branche se rétracta aussitôt et il tomba la tête la première dans l'eau. Lui qui voulait se rafraîchir...il était servi !

-Mais c'est qu'il est vraiment hargneux, l'animal ! répéta en ricanant de plus belle Rowena. Je serai curieuse de savoir quel sera ton animagus !

-C'est quoi un animagus ? la questionna aussitôt l'enfant.

-Les sorciers peuvent se transformer en animaux. En un seul, en fait. Celui qui reflète ce que l'on est. Un sorcier qui parvient à se transformer -et il y en a pas tant que ça, c'est une métamorphose très compliquée- est appelé un Animagus.

Tout au long de son explication, Nathanaël avait retenu sa respiration. Il n'en prit conscience qu'au moment où il eut mal au crâne. C'était tellement passionnant ! Il se remémora aussitôt son rêve.

-Je veux devenir un aigle royal ! C'est possible ? J'en ai rêvé cette nuit, c'était tellement incroyable ! J'étais dans l'aigle. Non, non, se reprit-il, j'étais l'aigle !

Rowena souleva un sourcil, intriguée. Ce gamin était intéressant, très intéressant. Peu de sorciers devenaient des Animagi. La plupart ne rêvait même pas de leur animal-totem. Or, ce gamin d'à peine dix ans en avait à priori rêvé la nuit même et avait deviné quel était son animagus. En même temps, cet enfant était destiné à faire de grandes choses. Son pouvoir allait grandir à une vitesse phénoménale maintenant qu'il avait conscience de l'existence de la magie.

-Hé Moustique, l'heure tourne, railla t-elle.

Elle n'eut pas le temps d'ajouter une blague vaseuse que Nathanaël courrait déjà en direction de sa brouette. Il lui fit un signe de la main et s'éloigna en trottinant.

Oo

Le nez dans la poussière, Nathanaël s'évertuait à être le plus silencieux que possible. La tâche était hardue car la grande place était parsemée d'une multitude de minuscules graviers qui crissaient au moindre mouvement. Il avait décidé de tenter sa chance en attaquant Salazar par derrière. Certes, ce n'était pas très loyal mais confronter le sorcier de front relevait de l'inconscience.

Il se releva doucement pour regarder par dessus le banc en bois qui n'était qu'à quelques mètres de la fontaine. Il dégluti en apercevant le dos de Salazar. Il n'était pas si imposant mais il dégageait un charisme qui forçait au respect. Nathanaël gloussa silencieusement. Si on lui avait dit qu'il trouverait un jour un dos charismatique, il aurait ri au nez de celui qui lui aurait annoncé. L'attention du sorcier semblait toute concentrée dans la discussion qu'il entretenait avec Sealvia. Cela l'intrigua : les villageois ne voyaient-ils donc pas la canne de Salazar bouger ? Étrange.

Cependant, ce qui comptait à ce moment précis, c'était que l'homme ne l'entende pas. Il ne pouvait se permettre aucun mouvement brusque. Il se faufila furtivement sous le banc dans un geste souple et silencieux, ce qui lui donna l'impression d'être un ninja en mission. Sa main se rapprochait inéxorablement de sa cible et Nathanaël sentait l'excitation le gagner. Il allait pouvoir goûter à l'eau de la si précieuse fontaine de l'avare. Il se voyait déjà tirer puérilement la langue à Salazar.

Il allait savourer sa victoire quand quelque chose bloqua son geste à cinq centimètres du but. Pourtant il n'y avait rien devant lui. Il retenta le coup mais quelque chose d'invisible l'empêchait de plonger sa main dans l'eau. Nathanaël releva la tête vers Salazar qui semblait toujours aussi obnubilé par ce que lui racontait le serpent de platine. Il posa de nouveau son regard devant lui pour y voir le "mur" invisible briller intensément en un point. Le point forma un trait qui forma une lettre puis un mot et le phénomène ne s'arrêta que lorsque Nathanaël pu lire en lettres de lumière :"Avoues que tu y as cru, gamin!"

-Et merde.

Oo

Nathanaël ruminait sa cuisante défaite en poussant la brouette pleine à craquer. Il avait raconté ses déboires à Archibald -en prenant bien soin de ne pas lui parler de la magie- et celui-ci avait souri de toutes ses dents.

-Il va te falloir être beaucoup plus imaginatif que ça, petiot ! lui avait-il conseillé en lui ébouriffant affectueusement les cheveux.

Il devait réfléchir à une tactique imparable et demander des explications sur le mur invisible à Helga, Rowena et Godric mais il n'avait pas la moindre idée d'où est-ce qu'il pouvait les trouver. Quelque chose lui soufflait que ce serait eux qui viendraient à sa rencontre.

Quand Nathanaël arriva à la hauteur du platane il ne pu s'empêcher de fouiller du regard le feuillage à la recherche de la présence de Godric mais à part la brise et le silence, il n'y avait personne. Avisant l'ombre fraîche de l'arbre, il plaça la brouette dessous et s'installa confortablement contre le tronc, les jambes croisées devant lui.

Sa vie avait si radicalement changée en si peu de temps qu'il avait souvent peur de devoir se réveiller du plus long et du plus agréable rêve de sa vie. Il était inexplicablement persuadé que le moment où il boirait le contenu de la fontaine prouverait que tout ceci était bien réel. Mais pour ça, il fallait déjà qu'il soit capable de seulement toucher la fontaine.

Il avait noté deux points qu'il devait inclure dans sa prochaine tentative. Premièrement, tout ce qui était dans le champ de vision de Salazar se faisait éjecter en moins de deux secondes, aussi, il était totalement impensable d'attaquer l'homme de front. Deuxièmement, bien que l'homme n'ait pas d'yeux dans le dos -cela ne l'aurait pas étonné outre-mesure- il avait assuré ses arrières en apposant une protection invisible tout autour de la fontaine. Nathanaël devait absolument en savoir plus à son propos.

Il avait désespérément besoin de l'aide des trois sorciers !

Un bruissement se fit entendre dans les fourrés sur sa gauche et il ne fut pas de surpris de voir Godric en sortir.

-Bonjour M'sieur Godric, le salua t-il. Vous tombez bien, j'ai plein de choses à vous demander.

-Ça ne m'étonne pas, Salazar m'a raconté comment tu t'étais fais avoir ! ricana le rouquin en s'asseyant près de lui. J'aurais bien voulu voir ça ! Autant te prévenir, Rowena va te charier là-dessus !

Nathanaël se renfrogna.

-Vous rirez moins quand je l'aurai battu ! Bon, j'ai trois questions, s'appliqua t-il à changer de sujet. Comment se fait-il que les villageois ne voient pas toute la magie qui se dégage autour de Salazar, comme sa canne qui parle ? Qu'est-ce que c'est que cet étrange mur invisible autour de la fontaine ? Et enfin, comment est-ce que je peux le contourner ?

-Tout d'abord Salazar a apposé un sort d'illusion tout autour de lui. Ça permet de faire croire aux villageois que tout est absolument normal. Ils doivent simplement penser qu'il est un illuminé qui aime parler à sa canne.

Nathanaël s'esclaffa. Il faudrait qu'il demande à Archibald ce qu'il voyait !

-Ensuite, ce que tu appelles un mur est en fait un bouclier de protection. On l'invoque avec la formule magique Protego, reprit Godric qui s'était interrompu quand il avait vu l'enfant se tordre de rire. Il est composé de magie brute et tu peux t'en servir pour te protéger toi-même, quelqu'un d'autre ou quelque chose d'autre.

-Attendez, il faut une formule pour faire de la magie ? l'interrompit Nathanaël. Mais je n'en ai pourtant pas eu besoin !

Godric lui fit signe de se taire pour le laisser parler.

-J'y viens, jeune impatient, j'y viens. Pour un sorcier lambda il est obligatoire d'annoncer la formule à voix haute et ils ont aussi besoin d'une baguette magique pour les aider à canaliser le flux de leur magie en un seul point. Toi, tu n'as besoin d'aucun des deux d'une part parce que tu as déjà bien plus de puissance qu'un sorcier d'âge mur ordinaire et d'autre part parce que tu es tout bêtement exceptionnel. Alors que le sorcier ordinaire de ton âge doit apprendre à contrôler sa magie, toi tu te demandes simplement si tu vas augmenter ta force ou alléger ta brouette. Ce sont deux choses qu'il n'est possible de maîtriser avec autant de facilité qu'après quelques années d'apprentissage. En fait, tu es naturellement en symbiose avec ta magie, tu la connais déjà. Et pour en revenir à la formule magique, les sorciers les plus doués parviennent à arrêter de la dire à voix haute, cela s'appelle un Informulé.

La vive lueur d'excitation qui brillait depuis le début de son explication dans les yeux de son jeune élève ne cessait d'augmenter en intensité.

-Le Protego ne peut pas être simplement contourné. Il va falloir le détruire ou attendre que Salazar ne se fatigue. Un sorcier ordinaire peut laisser son bouclier en place au grand maximum dix minutes, vingt avec beaucoup d'entraînement.

-Ah, et lui il peut le laisser combien de temps ?

Godric pouffa et, en regardant Nathanaël dans les yeux, répondit :

-Cinq heures.