Bonjour à tous,
Voici le chapitre 4 de Nathanaël Wyllt qui,je l'espère, continuera de vous plaire.
Ce chapitre est riche en rebondissement et l'on en apprend plus sur la raison de la venue des quatre fondateurs.
Je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions en postant une review !
CyberCoffee
Chapitre 4
-N'oubliez pas la sortie au zoo de Londres de ce week-end, les enfants ! scanda la sœur Églantine alors que ses élèves sortaient rapidement de la salle de classe.
La sortie au zoo ! Nathanaël réalisa qu'il l'avait complètement oubliée. L'apparition des quatre sorciers et la découverte de sa magie lui avaient comme effacé de l'esprit, pourtant il y avait encore une semaine, il ne pensait qu'à ça ! À vrai dire, il y avait une semaine, la sortie au zoo était la seule attraction qui changeait de sa routine quotidienne.
On était jeudi et la sortie était prévue pour le samedi après-midi. Exceptionnellement, Mrs Fridge l'avait dispensé de sa corvée de courses pour y aller. Mr Grumbler n'avait pas été ravi de la nouvelle et contrairement à ce que la vieille femme avait pu s'imaginer, Nathanaël non plus.
Godric lui avait révélé que Salazar parvenait à laisser son bouclier en place pas moins de cinq heures avant de se fatiguer. La nouvelle avait était dure à digérer. Comme Nathanaël ne pouvait savoir quand le sorcier l'activait, il n'avait aucune idée de quand le bouclier faiblissait. Et supposant que Salazar ne l'active que lorsque Nathanaël venait au village, il n'avait alors aucune chance de le voir enlever la protection. Décidément, compter sur l'épuisement de Salazar n'était pas une bonne idée.
À moins que...
À moins qu'il ne se faufile jusqu'à la fontaine à un moment de la journée où Salazar ne serait pas posté près d'elle ! Un sourire illumina le visage jusqu'alors concentré de l'enfant. La nuit, tout le monde dort, non ? Quoi de mieux que de contourner un bouclier quand il n'y avait pas de bouclier ?
Il s'appliqua alors à fomenter un plan pour échapper à la vigilance de la mère supérieure et des sœurs pour pouvoir rejoindre le village en pleine nuit. Obnubilé par la mise en place de sa stratégie, il ne vit pas Blaise et sa bande s'approcher de lui.
-Hé le Corbac, tu penses qu'elle fera quoi Mrs Fridge si tu arrives en retard à son cours de français ? demanda celui-ci.
Nathanaël se retourna en les affrontant du regard. Ces idiots avaient l'air d'avoir une idée derrière la tête, et l'expérience lui avait démontrée que les idées de Blaise étaient rarement de bonne augure pour lui.
-Oui, c'est vrai ça, Tête à l'Ouest, il serait dommage que tu ne tiennes pas ta promesse, renchérit un garçon blond du nom de Armand.
Nathanaël recula prudemment. Blaise et les trois autres garçons l'entourèrent, lui coupant toute retraite. Il avait le dos collé à la remise à bois.
-Je pense qu'on est tous curieux de quelle sera ta punition, Nid de Corbac !
Nathanaël déglutit en voyant les trois amis de Blaise dévoiler les épaisses cordes qu'ils avaient cachées derrière leurs dos.
-Attachez-le ! ordonna Blaise, un sourire mauvais sur les lèvres.
A quatre contre un, Nathanaël n'eût aucune chance et en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire "fait chier", il se retrouva ligoté au fond de la remise, seul.
Il était clairement dans une mauvaise posture. Il avait promis à la mère supérieure qu'il ne serait plus jamais en retard or la cloche ne tarderait pas à sonner. S'il y avait bien une chose que Nathanaël avait en horreur c'était que les gens ne respectent pas leurs promesses. Ses yeux s'humidifièrent sous la colère. Comment allait-il se sortir de ce mauvais pas ?
Il tenta de se défaire de ses liens avec l'aide de la magie mais ses tentatives restèrent vaines. Il avait l'impression que plus il gigotait pour se libérer plus les cordes se resserraient. Il allait abandonner quand une lumière bleue se mit à luire sous son t-shirt. Il baissa la tête vers le devant de son épaule gauche d'où la lumière provenait. En s'aidant de son menton il la découvrit pour y voir apparaître une croix bleue scintillante.
Qu'est-ce que c'est que ça ? se demanda t-il.
Il n'eût pas le loisir de s'interroger plus longtemps sur l'origine de ce phénomène car en l'espace d'une seconde, il se retrouva devant la porte de la classe, libre de ses mouvements.
-Putain, mais comment t'as fait pour te libérer ?
Blaise le dévisageait de haut en bas, depuis l'autre bout du couloir, les yeux rageurs.
Nathanaël lui répondit par un sourire arrogant, voulant se donner une contenance qu'il n'avait pas. Que venait-il de se passer ? Il écarta les pans de son t-shirt pour dévoiler une peau nue. Aucune croix, aucune lumière bleue.
-Monsieur Porter, veuillez bouger votre royale personne dans la salle de cours !
La voix froide Mrs Fridge le fit revenir sur terre et il entra dans la salle en courant.
Oo
-Bonjour Nathanaël !
-Bonjour Madame Helga !
Nathanaël était ravi de la revoir. Le calme et la sérénité dont elle faisait preuve avait un côté très apaisant et, il fallait se l'avouer, qu'est-ce qu'elle était belle !
-Tu peux m'appeler Helga, mon enfant, dit-elle. Ne me donne pas du madame, j'ai l'impression d'être une vieille femme.
Cela fit sourire Nathanaël d'une part parce qu'il était heureux de la proposition et d'autre part parce qu'il trouvait les dires de la sorcière comiques. À mille trente-sept ans, la femme pouvait être considérée comme étant vieille, vraiment très vieille. Il garda cependant ses pensée pour lui, ne souhaitant pas la blesser. C'est en voyant la moue qu'elle faisait qu'il se rappela trop tard sa capacité à lire dans sa tête. Il se frotta l'arrière du crâne d'un air gêné.
-Tu n'as pas tord, hélas ! Trêve de plaisanteries, comment te portes-tu ?
Nathanaël s'asseya devant elle, dans l'herbe. Elle était confortablement adossée au tronc du platane comme il l'avait été lui-même le jour d'avant.
-Je vais bien, Mada...Helga, se reprît-il. Mais vous avez dû entendre parler de ma défaite d'hier, non ?
-En effet, Salazar m'a rabâché les oreilles toute la soirée, lui confia t-elle. Il a été intenable.
Le rouge monta aux joues du jeune orphelin. Alors comme ça le vieil avare se fichait de lui ? Il allait lui rabattre le caquet, et ce, dès ce soir !
-Vous savez j'ai un plan, lui révéla t-il sur le ton de la confidence. Je ne sais pas s'il va fonctionner mais, comme dit Mrs Collins, qui ne tente rien n'a rien !
-Tu as bien raison, mon grand.
Helga souriait tendrement au babillage incessant de Nathanaël qui s'évertuait à lui expliquer comment il allait revenir le soir même pour boire l'eau de la fontaine. Ce petit était épatant : il n'avait pas une seule fois demandé leur l'aide à Rowena, Godric ou encore à elle-même. Il semblait vouloir parvenir à ses fins tout seul, ce qui ne l'empêchait cependant pas de demander des explications quand il découvrait quelque chose de nouveau. Godric lui avait raconté comment il lui avait expliqué le fonctionnement du Protego.
-Vous gardez ça pour vous, hein ! la pressa le petit brun à la fin de son récit, vous ne lui racontez pas !
-Bien sûr que non, Nathanaël, j'ai autant -voire plus- envie que toi de voir quelqu'un lui donner une bonne leçon ! Il a toujours été un m'as-tu-vu arrogant. Et moi qui pensais que son ego allait se tarir en se mariant ! Au contraire, il a sensiblement gonflé.
Nathanaël la regarda comme deux ronds de flan.
-Qui peut bien avoir envie de partager sa vie avec lui ? ne put-il retenir.
-Ahah ! Tu sais, il n'est pas méchant, il est juste très très fier. Mais il est charmant avec moi, poursuivit Helga.
-Charmant ? Avec vous ? Mais... un éclair de compréhension sembla frapper Nathanaël. OH-MON-DIEU ! Il est marié avec vous !
Alors ça c'était la chose la plus incroyable qu'il n'avait jamais entendue ! Il ne pouvait s'imaginer un seul instant que Helga aimait Salazar, l'homme détestable et condescendant qu'il avait rencontré. Il y avait tellement d'amour propre en cet homme que Nathanaël se demandait comment il arrivait à chausser ses bottes tous les matins.
Helga pouffait de rire devant lui.
-C'est bien ça, cela t'étonne t-il tant que ça ?
-Pour m'étonner, ça m'étonne ! confirma le garçon. Je ne comprends pas, vous êtes deux contraires ! Vous êtes douce, bienveillante et maternelle alors que lui est sec, froid et égoïste !
-Rowena rit souvent de cette situation, elle aussi. Elle dit que nous sommes une antithèse et une oxymore.
Ces deux termes, Nathanaël les avaient vus en français avec Mrs Fridge et il était tout à fait d'accord avec l'avis de Rowena. Comment deux êtres diamétralement opposés pouvaient se porter un amour réciproque ? L'enfant avait beau se creuser la tête en quête d'un réponse, il ne voyait pas mais alors pas du tout ! Enfin, l'important était que Helga et Salazar s'aiment, et ce, peu importent leurs différences . Après tout, combien de fois avait-il entendu Mrs Collins grommeler que « les contraires s'attirent » ?
-Mouais, je ne suis pas convaincu, marmonna Nathanaël, sceptique. J'espère qu'il vous traite vraiment bien, sinon j'irais lui botter les fesses ! Dites-le moi s'il vous embête !
La jeune femme regardait son preux chevalier s'enflammer. Il parlait avec de grands gestes sûrs, l'œil brillant. Il lui faisait penser à son propre fils, mort depuis bien longtemps. Voilà un des désavantages à vivre des centaines d'années : on voyait les êtres chers nous être arrachés.
-Tu es un petit ange, Nathanaël, je compte sur toi pour me sauver des griffes du terrible Salazar !
-Vous verrez Madam...Helga, vous pourrez bientôt vous cachez derrière moi ! Je vais manger plein de soupe et grandir comme ça je deviendrai plus imposant que votre mari et je le battrai ! Mrs Collins à dit que j'allais devenir quelqu'un de bien et que j'accomplirai de grandes choses. La première d'entre elle sera de lui faire mordre la poussière !
Helga n'avait aucune idée de qui était cette Mrs Collins dont le nom revenait souvent dans sa bouche mais elle avait l'air d'avoir bien cerné l'enfant. Le petit semblait d'ailleurs la porter en haute estime.
-Mrs Collins a raison mon grand, tu vas devenir quelqu'un d'exceptionnel, lui confia t-elle. Mange beaucoup de soupe, d'accord ?
Le fait que Godric et maintenant Helga aient l'air d'en savoir plus que lui sur lui-même le gênait. Il n'aimait pas tellement qu'on le laisse de côté surtout quand il s'agissait de sa propre vie. Le sorcier roux n'avait pas souhaité approfondir sur ce qu'il était censé faire une fois qu'il serait prêt. Mais prêt à faire quoi?S'il regroupait les dires de Godric et Helga, les quatre sorciers lui étaient apparus tout spécialement pour l'entraîner. Mais l'entraîner à quoi?Il avait vécu plus de dix années en se considérant comme un garçon des plus banal et voilà qu'il devenait le centre d'attraction de quatre personnes aux pouvoirs démentiels.
« Ça doit bien faire neuf ans qu'il s'est installé dans le village. » La voix d'Archibald Brisefer résonna si fort dans sa tête qu'il ouvrit grand les yeux. Neuf ans. Il en avait dix trois-quarts. Sachant de part les récits que lui avait fait Mrs Collins qu'il avait été déposé au pas de la porte de l'orphelinat quand il avait un peu plus d'un an (c'était Mrs Collins qui l'avait décidé au vu de sa taille, c'était elle aussi qui avait décidé qu'il devait être né en août parce que son mari l'était et c'était encore elle qui avait décidé que ce serait le 15, comme son cher époux), pouvait-il croire en une pure coïncidence ou Salazar s'était-il installé au village seulement quelques semaines après son entrée à l'orphelinat ? Et si Salazar y était, Helga étant sa femme elle devait s'y être installée depuis tout aussi longtemps. Comme les quatre sorciers semblaient inséparables il supposa que Rowena et Godric devaient, eux aussi, être là depuis un petit moment. Donc pouvait-il en conclure que pendant tout ce temps là les sorciers le surveillaient ? Un espoir germa au fin fond de son être : savaient-ils qui l'avait déposé à l'orphelinat et pourquoi ?
Il n'osa cependant pas poser la question à Helga de peur de devoir faire face à une réponse qui lui déplairait. La sorcière, quant à elle, avait suivi le raisonnement silencieux et très juste du garçon sans un bruit. Elle s'était crispée quand l'esprit de l'enfant s'était penché sur l'éventualité de lui demander des réponses. Parce qu'elle n'en avait aucune à lui apporter. Ce qu'elle savait en revanche était que son abandon -bien que malheureux- les arrangeaient bien. Après tout, s'il découvrait ses origines, la malédiction frapperait de nouveau, non ? Cette possibilité était de loin la plus terrifiante et plongerait alors le monde dans un terrible chaos.
-Bon, je dois vous laisser Helga, c'est que je suis quelqu'un d'occupé moi, rit Nathanaël, la tirant de ses pensées.
Il fit quelques pas en direction de la brouette, hésita un moment puis se retourna vers elle :
-Ça va peut-être vous paraître étrange étant donné que je ne vous connais pas depuis longtemps mais...mais si j'avais eu une mère, je pense qu'elle aurait été aussi belle et aussi gentille que vous.
Et avant que Helga n'ait pu retrouver l'usage de la parole, il courut sans se retourner, le rouge aux joues.
Oo
Salazar Serpentard était assis sur son éternel tabouret, plongé dans ses pensées. Il attendait patiemment que se montre le garnement, ce qui ne devait plus tarder s'il se fiait à la position du soleil dans le ciel. L'enfant l'avait étonné de part son impulsivité et de part sa prompt adaptation face aux révélations incongrues que sa femme, ses amis et lui-même lui avaient faites. Après tout, le petit ne devait pas du tout s'attendre à apprendre qu'il était un sorcier. L'amusement que lui avait procurée la veine tentative de celui-ci de boire à la fontaine la veille ne l'avait toujours pas quitté. Malgré toutes les nouvelles possibilités offertes à lui, le gamin n'avait pas encore une l'idée d'utiliser la magie pour parvenir à ses fins. Cependant, quelque chose lui soufflait que cela n'était qu'une question de temps.
Le mioche avait un esprit vif lui avaient confiés Godric et plus tard Rowena. Il semblait captivé par la magie et faisait preuve d'une insatiable curiosité. Son ami de toujours lui avait aussi rapporté l'énorme quantité d'aura -bien plus importante que ce qu'ils n'avaient pu prévoir- qu'il avait libérée pour s'octroyer une force surhumaine. C'était d'ailleurs un point qu'il leur faudrait travailler avec lui s'il ne voulait pas le voir s'épuiser inutilement.
Il avait vraiment hâte que l'orphelin veuille se servir de cette force pour essayer de le battre. Il allait s'amuser comme un fou à contrer chacune de ses attaques.
Son arrivée au village voisin de l'orphelinat n'était pas dénuée d'intérêt. Dès que Lailoken leur avait révélé qui était l'enfant, Salazar lui avait promis qu'il lui apprendrait tout ce qu'il lui faudrait savoir à propos de la magie et de ses capacités. Car si lui n'avait que faire de ce qu'il pouvait bien advenir du monde, ce n'était pas le cas d'Helga. On disait que les femmes avaient un certain pouvoir sur les hommes et Salazar n'aurait pu être plus d'accord avec l'illustre inconnu qui avait prononcé ces paroles : depuis son mariage voilà quelques centaines d'années avec Helga, celle-ci s'évertuait à lui démontrer par a plus b que c'était elle qui portait la culotte.
Oh, il aimait sa femme plus que tout au monde, bien sûr ! Mais bien qu'il n'en ait pas peur à proprement parler, celle-ci pouvait être réellement effrayante quand elle se mettait en colère. Godric et lui en avaient souvent fait les frais suite aux plaisanteries douteuses qu'ils avaient faites aux deux jeunes femmes. Ce qui ne les avaient absolument pas empêchés de continuer leurs méfaits.
Une question demeurait pourtant en suspens : qui était la personne qui avait déposé Nathanaël sur le pas de la porte de l'orphelinat ? Celle-ci avait l'air de se soucier de l'intraçabilité et de la sécurité de l'enfant si l'on en croyait les nombreux sortilèges de protection et de dissimulation apposés tout autour du bâtiment et sur les champs alentours. Il s'agissait de sortilèges parfaitement exécutés et renouvelés chaque année. Il avait bien tenté de soulever le voile sur l'identité de cette personne mais celle-ci faisait preuve d'autant de zèle que Godric en matière de vigilance. Devaient-ils s'inquiéter de la flagrante volonté de cette personne de cacher l'existence du jeune garçon à la communauté sorcière ou au contraire s'en réjouir ? La question l'avait taraudé quelques années, chaque 5 décembre en fait, jour où l'enfant avait été déposé là-bas la première fois et jour où l'inconnu semblait revenir inlassablement vérifier les protections. Puis, décidant que tout ceci était à leur avantage, il avait cessé de s'en préoccuper bien qu'il vérifiait tous les 6 décembre si l'étrange anonyme était passé.
Un bruit cristallin résonna dans sa tête : l'enfant était à l'entrée du village. Il avait installé une alarme à reconnaissance magique tout autour du village qui le prévenait quand un être pourvu de magie passait le champ de force. C'était comme cela qu'il avait su le jour d'avant que Nathanaël était passé par l'entrée opposée. Et cela c'était aussi révélé très pratique la fois où une horde de loup-garous dégénérés avait voulu faire une razzia dans le village. Godric, Rowena, Helga et lui avaient passés une bonne demi-heure à les faire déguerpir, le tout sans alerter les villageois.
Cinq petites minutes plus tard, il pût voir la touffe noire et désordonnée du gamin. Il traînait sa brouette, les yeux dans le vague. Il ne jeta pas un seul coup d'œil à Salazar ce qui eut le don de l'agacer. Cette saleté de môme l'ignorait !
Cela n'allait certainement pas se passer comme ça, foi de Salazar !
-Gamin ! le héla t-il.
Celui-ci tourna un regard vide vers lui.
-Ton écrasante défaite t'as remis à ta place, petit ?
Contrairement à ce qu'il pensait, l'enfant ne se mit pas en colère. Il continua de le fixer d'un drôle d'air, un sourcil froncé et l'autre levé, le nez retroussé. À croire qu'il hésitait entre être dubitatif et être dégoûté. Salazar était à deux doigt de fouiller son esprit pour savoir ce qu'il pouvait bien s'y passer mais il se rappela la promesse faite aux trois autres de n'utiliser la Legilimencie qu'une fois que le gamin aurait commencé à pratiquer l'Occlumencie alors il se ravisa. Le gamin le dévisagea de haut en bas puis secoua la tête avec force, chassant ses pensées -quelles qu'elles soient. Il pinça les lèvres et marmonna pour lui-même :
-Non vraiment, je comprend pas mais alors pas du tout !
Et il continua son chemin sans plus s'occuper de lui.
Salazar était perdu. Mais qu'avait donc le garçon ?
-Tu as compris quelque chose toi ? siffla t-il à l'attention de Sealvia.
Celle-ci allongea son long coup en platine jusqu'à parvenir à la hauteur de son visage.
-Absolument pas, on doit avoir loupé un truc !
Salazar haussa les épaules en ronchonnant : il était toujours le dernier informé !
Oo
Les ronds qu'il faisait faire à sa cuillère dans son bol de potage semblaient hypnotiser Nathanaël.
Mrs Collins soupira en secouant la tête. Le gamin était plongé dans ses pensées et ne faisait pas du tout attention à son environnement et encore moins au regard noir que lui jetait le petit Blaise, un peu plus loin. La vieille femme ne savait pas ce qui turlupinait son petit protégé ainsi mais elle se promit d'aller lui en toucher deux mots.
Elle s'étonnait sans cesse de l'attachement qu'elle portait à l'enfant. Depuis la mort de son cher mari son cœur s'était peu à peu asséché, jusqu'à ce qu'elle voit la bouille de ce petit bambin en cette froide nuit de décembre. Le grand sourire qui illuminait ses immenses yeux verts avait réchauffé son âme et lui avait instantanément rappelé son défunt époux. Il n'était pas dans ses habitudes de s'attacher ainsi à un des enfants de l'orphelinat mais les étranges capacités dont il avait fait preuve avaient terminées faire fondre sa résistance.
La première fois qu'il les avait utilisées, c'était deux ou trois semaines après son arrivée. Elle avait chaudement emmitouflé le petit dans un manteau trop grand pour lui pour l'emmener respirer l'air frais des champs environnants. Alors qu'elle marchait dans l'un d'entre eux, en suivant les tranchées terreuses laissées par les tracteurs bien des mois auparavant, de minuscules flocons de neige s'étaient mis à tomber. Un d'eux s'était égaré sur le nez rougit de l'enfant provoquant son émerveillement et ses rires. Sa petite main froide avait alors tenté d'attraper les petites billes blanches pour les amener à sa bouche mais celles-ci fondaient bien trop rapidement. La patience n'étant pas la première vertu des jeunes enfants, le gamin avait froncé si fort les sourcils que Mrs Collins avait cru devoir faire face à un caprice. Quelle ne fut pas sa surprise quand, à la place, elle avait vu les petits flocons se regrouper à une vitesse anormale pour ne devenir plus qu'un seul et même flocon ! Un énorme flocon de la taille de sa main. Et tandis que Nathanaël portait le fruit de sa création à sa bouche, elle avait compris que l'enfant n'était pas un gamin comme les autres.
Au fil du temps, la vieille femme avait pu remarquer que ces étranges capacités survenaient lorsque Nathanaël était en proie à une violente émotion, que ce soit la colère, la honte ou l'envie. Puis, ces « capacités » s'étaient espacées pour finir par disparaître à mesure que l'enfant grandissait et apprenait à mieux gérer ses émotions. Il ne lui en avait jamais parlé aussi supposait-elle qu'il n'en avait pas le moindre souvenir.
-Le jeune Porter prépare un mauvais coup ou je ne m'appelle pas Esther Fridge ! murmura la mère supérieure assise à côté d'elle.
Elle fixait suspicieusement le garçon.
Mrs Collins était on ne peut plus d'accord avec elle : Nathanaël avait cet air conspirateur qui trônait sur son visage quand il allait faire une bêtise. Elle hocha les épaules.
Le môme allait encore s'attirer des ennuis. Et elle qui avait cru que la corvée de courses lui avait mis un peu de plomb dans la tête !
Oo
Les arbres étendaient leurs ombres nébuleuses sur le sentier sombre. Tout était plus effrayant la nuit, Nathanaël devait en convenir. Il avait réussi à tromper la surveillance accrue de Mrs Fridge et des sœurs -ainsi que celle de Mrs Collins - pour se faufiler sans bruit jusqu'à la lourde porte en chêne de l'orphelinat. Il avait hésité au début à utiliser sa force surhumaine pour rejoindre le village au plus vite mais s'était finalement ravisé. Il souhaitait profiter du voyage pour s'entraîner à maîtriser son orbe de lumière.
Il était déjà à la moitié du chemin et savait désormais que son orbe ne faiblissait qu'au bout d'une trentaine de minutes. Il s'évertuait maintenant à travailler les nuances et les couleurs de sa lumière. Son échec de la dernière fois lui était resté au travers de la gorge et il voulait absolument en comprendre le fonctionnement. Mais cet exercice était réellement compliqué et le faisait transpirer à grosse goutte. Sentant la fatigue le gagner, il décida de s'arrêter là. Il fallait qu'il demande des conseils aux trois sorciers pour progresser.
Les deux maisons qui délimitaient l'entrée du village le surplombaient de toute leur hauteur. Nathanaël jeta un coup d'œil aux alentours pour s'assurer qu'il était bien seul et, une fois que ce fut confirmé, il s'avança dans la rue déserte. Arrivé aux abords de la grande place, il se fit plus silencieux.
La grande place était vide, seule la fontaine trônait élégamment en son centre. Le ruissellement de l'eau qui en jaillissait était le seul bruit que parvînt à entendre l'enfant. Méfiant, il s'accroupit pour se saisir d'un gros cailloux qu'il jeta sur la fontaine, attentif au moindre son, au moindre changement. La pierre frappa le haut de la fontaine, ricocha sur l'un de ses plateau pour finir sa course dans le fond de celui-ci. Nathanaël sourit, il n'y avait pas de bouclier, juste comme il l'avait deviné. Sans plus se soucier d'être vu ou entendu, il s'élança vers l'objet de ses désirs en souriant d'un air vainqueur.
A peine eut-il fait trois pas que la terre trembla.
Surpris par la fore de la secousse, le garçon trébucha. A moins d'un centimètre de son nez, il vit les graviers qui jonchaient la grande place tressauter de plus en plus vite au fur et à mesure que la terre se soulevait. D'un mouvement brusque, Nathanaël sauta en arrière pour retomber sur ses fesses quelques mètres plus loin. Le spectacle dont il était témoin était inconcevable : toute la terre dans un diamètre d'environ un mètre cinquante autour de la fontaine s'élevait, soulevant celle-ci hors de sa portée.
L'enfoiré, il avait tout prévu ! Se dit-il en grinçant des dents.
Oo
Le lendemain, Nathanaël se leva bien avant ses camarades.
Il n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit. Finalement, Archibald Brisefer avait raison, Salazar était quelqu'un de sage. Ou en tout cas d'intelligent. L'homme était rusé comme un renard, il avait anticipé la tentative de cette nuit, comme celle du jour d'avant. Mais comment ?
Il y avait réfléchi toute la nuit et il avait fini par déduire qu'il devait se battre avec les mêmes armes, en l'occurrence il devait se battre avec la magie. C'était décidé, il demanderait officiellement à ce que Godric, Rowena et Helga lui apprennent à contrôler ce pouvoir qui courrait en lui. Tout à ses réflexions, il ne remarqua qu'il s'était glissé sous la douche qu'en sentant l'eau chaude couler sur ses cheveux. Décidément, il avait plus profité de ce confort en une semaine qu'en dix ans !
Lavé et habillé, il se posta devant l'une des glaces de la salle de bain pour se démêler les cheveux. Il frotta de sa manche la buée qui masquait son reflet et commença à relever la frange de ses yeux quand il aperçut une tâche sombre sur son front. N'y voyant rien sans ses lunettes, il s'approcha un maximum du miroir.
Sur son front, en lettres noires, trônait un avertissement de Salazar :
« Tricher n'est pas jouer »
