Bonjour, bonjour,

Voici la suite des déboires de Nathanaël !

J'avoue avoir hésité entre terminer le chapitre et regarder la fin de Elle était jolie, le kdrama.

Et puis j'ai pensé à vous très fort et je me suis mise à écrire avec frénésie. Alors, ce chapitre est moins dense en action mais il contient des passages importants pour la suite !

J'espère qu'il vous plaira autant que j'ai pris plaisir à l'écrire !

Gros bisous, têtes d'endives !

CyberCoffee


Chapitre 9

-Ils vont se regarder encore longtemps dans le blancs des yeux ? demanda Godric à Rowena et Helga.

Cela faisait une bonne heure que Nathanaël, Helga et Salazar étaient rentrés à La Citadelle et tout le monde était réuni dans le grand salon pour célébrer la nouvelle mais l'enfant et Salazar restaient muets et se fixaient d'un air bovin. Ils s'étaient assis chacun le plus loin que possible de l'autre comme s'ils redoutaient d'attraper une maladie vénérienne.

-Je crois qu'ils réalisent, répondit Helga en esquissant un sourire malicieux.

-Ils réalisent quoi ? fit Rowena.

-Ce qu'ils vont être l'un pour l'autre.

Godric ricana.

-Ils en mettent du temps !

-Ça doit être dur à digérer autant pour l'un que pour l'autre, ces deux idiots ne peuvent pas se sentir, ajouta Rowena en s'affalant sur le canapé en cuir d'ours élastique. Ça va être drôle de les voir essayer de communiquer entre eux : on va assister à quelque chose de rare !

A ces mots Nathanaël eut l'air de sortir de son état de stase et cligna des yeux en tournant sa tête vers la sorcière aux cheveux noirs.

-Euh…M'dame Rowena...commença t-il, je vous entend vous savez ?

La jeune femme n'eût pas du tout l'air gênée d'être prise en faute.

-Oh pardon, Moustique, j'ai cru que tu étais décédé….cérébralement parlant, susurra t-elle en plissant des yeux.

L'enfant tchipa. Il avait appris à « tchiper » en regardant faire la femme de Mr Tallson, le boucher. Elle était d'origine congolaise et passait son temps à exprimer son mécontentement de cette manière.

-Au fait, Helga, le boa m'avait dit qu'il s'appelait Serpentard, fit-il en désignant Salazar du menton, vous n'avez pas pris son nom de famille en vous mariant avec lui ?

Nathanaël prenait un soin fou à faire comme si le sorcier aux yeux verts n'existait pas ce qui fit ricaner Rowena. Elle s'enfonça un peu plus dans le canapé au cuir si confortable.

-Je ne m'appelle pas Mrs Silverstone mais Poufsouffle, répondit la jolie femme. J'ai lancé un sort de confusion à ta mère supérieure puis aux papiers d'adoption afin qu'ils soient fait à nos véritables noms –c'est-à-dire Poufsouffle-Serpentard- mais que quiconque veuille les consulter ne voit que le nom de Silverstone. Nos noms sont bien trop connus dans le monde magique –et nous sommes sensés être mort depuis belles lurettes- pour que l'on puisse avoir le luxe de ne pas prendre cette protection.

Et il serait dommage que quelqu'un ne te retrouve, mon enfant, fini t-elle silencieusement.

-Silverstone, pierre d'argent, marmonna Nathanaël, c'est joli. Mais du coup, je m'appelle comment ?

-Officieusement, tu t'appelles Nathanaël Poufsouffle-Serpentard, mon chéri. Mais officiellement, quand tu te présenteras à l'extérieur, tu seras Nathanaël Silverstone.

-Ça me fait beaucoup de noms de familles, rit l'enfant.

Salazar sortit de sa fixation pour siffler et faire claquer sa langue fourchue.

-Il aime se servir de sa langue, remarqua l'enfant d'un air exaspéré.

-Et encore, tu ne sais pas encore à quel point il est doué avec, s'esclaffa Godric, mais demande à Helga, elle en sait quelque chose !

Rowena ne pût retenir un gloussement irrépressible.

-De quoi parle M'sieur Godric, demanda naïvement le garçon à la pauvre femme qui était rouge de gêne.

La situation était si cocasse que Rowena ne pût étouffer plus encore son hurlement de rire. Il fit d'ailleurs penser au rire d'une hyène à Nathanaël. La sorcière pleurait littéralement de rire sur l'accoudoir du canapé tandis que Godric se retenait à la poutre finement ouvragée de l'imposante cheminée et semblait serrer les jambes pour empêcher une envie pressante de sortir inopinément. Les joues de Helga étaient en feu et même Salazar esquissait un sourire amusé.

-Ben quoi, qu'est-ce que j'ai dit ? questionna le jeune ingénu.

Helga se racla la gorge.

-Laisse tomber morveux, ce n'est pas de ton âge ! coupa Salazar en grimaçant.

-Rien n'est jamais de mon âge de toutes façon, ronchonna Nathanaël en croisant les bras sur son torse.

-Cesse donc de te plaindre, sale môme ! siffla le sorcier.

-Je vous ai pas sonné, vieil avare ! renchérit le garçon en le foudroyant du regard.

Les deux énergumènes tournèrent la tête simultanément dans la direction qui leur permettrait de ne pas devoir supporter le visage de l'autre.

-Salazar régresse, chuchota Rowena assez fort pour que Godric entende.

Celui-ci acquiesça.

-On dirait un gamin, ce qu'il peut être têtu...ça me rappelle la fois où Lailoken a du le sortir d'un nid d'Acromentule car Môsieur était persuadé que son seul regard suffirait à les tenir à distance le temps qu'il aille voler des poils de pattes de bébés acromentules.

Helga rigola doucement.

-Il avait l'air fin saucissonné par leurs toiles !

-Ma chérie, tu es sensée me soutenir dans les moments difficiles et cela inclus les moments de réminiscences entre amis de souvenirs non-flatteurs à mon égard, bougonna son mari.

Nathanaël frissonna. Cela devait être la première fois qu'il entendait Salazar parler gentiment à quelqu'un. Et s'il devait pousser le vice jusque là, il aurait même dit que c'était la première fois qu'il entendait le sorcier parler affectueusement à quelqu'un. Cet homme était l'être le plus étrange qu'il ait jamais rencontré. Le plus étrange et le plus antipathique. Et le voilà qu'il bougonnait.

Il devait vraiment aimer Helga ce qui –aux yeux de Nathanaël- ne pouvait signifier qu'une chose : Salazar Serpentard n'était pas foncièrement mauvais. Cependant il restait encore à déterminer à quels rapports se battaient le bien et le mal en lui. Et quelque chose lui disait qu'il n'y aurait pas énormément de bonté, de générosité et d'oubli de soi.

-Tu exagères, le coupa Soul, cet homme est un génie !

L'enfant manqua s'étouffer.

-Un génie du mal, alors ! murmura t-il en oubliant une seconde qu'il n'était pas tout seul.

-Qu'est-ce que tu racontes, morveux ? l'attaqua l'objet de ses pensées avec suspicion.

Nathanaël balaya la question d'un geste de la main.

-Rien, rien.

-Mais regarde, triple buse ! (Soul avait engrangé chaque expression vieillotte de Mrs Collins avec application) Cet homme est un dieu : il est charismatique, il a la classe, il est puissant, il a un petit côté ténébreux-mystérieux-torturé et il a la langue fourchue !

Nathanaël fit la moue.

-Certes, mai c'est un mauvais dieu dans ce cas, répliqua t-il silencieusement au bout d'un moment, cet homme n'est pas foncièrement méchant mais il n'est pas bon non plus. Et si tu te souviens bien, le boa a dit que Salazar avait mal tourné il y a quelques temps.

-Tout le monde peut faire des erreurs, Nat', argumenta sa conscience, tu as bien failli raser l'orphelinat toi !

Voilà que Soul remettait ça. L'incident aurait du être clos mais elle ne pouvait s'empêcher de bien lui rappeler qu'ils n'avaient évité une catastrophe que par miracle.

-Je serai curieux de savoir ce qu'il a fait.

-Je t'interdis de fouiller dans le passé de Salazar, il a sûrement payé pour ses erreurs de jeunesse !

-Oui, oui, je ne fouillerai pas.

-Je suis dans ta tête Nat' : je sais très bien quand tu mens...souffla Soul, exaspérée.

Le garçon avait énormément de choses à découvrir et le passé de Salazar venait de s'inscrire sur cette liste. Le sorcier avait apparemment fait quelque chose de répréhensible tout en étant quelque chose que Helga, Rowena et Godric avaient su lui pardonner. Quelle était cette chose ? Plus il y pensait, plus sa curiosité s'attisait.

-Au fait, qui a appris au mioche à faire une boule de lumière ? demanda Salazar, arrachant Nathanaël de ses réflexions.

Gloups. Il n'était pas censé utiliser la magie en dehors de ses heures d'entraînements.

Les trois autres sorciers s'interrogèrent du regard, secouèrent la tête en signe de négation et se tournèrent simultanément vers le garçon, les lèvres pincées et les sourcils froncés et crièrent d'une seule et même voix :

-Nathanaël !

Oo

-Et moi qui pensais que maintenant que je suis adopté, je n'aurais plus à être de corvée de courses, ronchonna Nathanaël en poussant une nouvelle brouette en fer sur un chemin bien différent que celui qu'il avait parcouru tant de fois ces dernières semaines mais qui menait lui aussi vers le village.

-Tu n'avais qu'à pas désobéir à Helga, s'amusa Soul.

La colère de la sorcière à son encontre l'avait tout bonnement pétrifié sur place. Helga était une femme très douce mais elle se révélait avoir un tout autre visage quand elle était énervée. Ses beaux yeux mordorés s'assombrissaient, ses sourcils se fronçaient, sa bouche se tordait, sa beauté délicate fondait comme neige au soleil. Il ne restait alors qu'une femme furibonde et impressionnante. Et à en juger le recul prudent qu'avaient eut ses amis et son mari, il valait mieux ne pas être l'objet de sa colère ni être dans les parages quand elle pétait un câble (Nathanaël n'avait pas d'autres mots pour décrire la transformation d'Helga).

Oh, il l'appréciait toujours autant mais il y réfléchirait désormais à deux fois avant de faire une bêtise. Pourtant, ne pas utiliser sa magie lui semblait comme si on lui interdisait de respirer. Elle faisait partie de lui, elle était instinctive. Et maintenant qu'il l'avait apprivoisé, il sentait comme un trop plein d'énergie en lui : il avait besoin d'évacuer un peu de magie dès qu'il en sentait la nécessité. Et cette nécessité se faisait ressentir chaque trente minutes environ. Il n'avait cependant pas jugé sans danger d'en parler à Helga quand elle lui hurlait dessus. Il patienterait jusqu'à son retour des courses.

-C'est vrai que quand ta magie s'éparpillait autour de toi, tu n'étais pas fatigué, ça doit te faire bizarre de la garder en toi aussi longtemps.

-Oui, j'ai l'impression qu'elle ne demande qu'à sortir de mon corps, comme si elle était à l'étroit, comme si moi-même j'étais à l'étroit dans mon propre corps.

-Étonnant, murmura Soul.

Et ce fut tout ce qu'elle dît durant le reste du trajet.

Soul réfléchissait.

Si elle était la conscience de Nathanaël comment cela se faisait-il qu'elle ne ressentait pas cette nécessité de libérer leur magie ? Elle ne ressentait que cette impression si persistante de n'être qu'une gêne dans ce corps qu'elle aimait tant. Et cela la désespérait au plus haut point. Parfois ils étaient en telle symbiose qu'elle oubliait ce sentiment mais bien vite, quand il dormait principalement, elle se sentait de trop. La seule explication rationnelle qu'elle avait trouvée était que le fait d'être consciente de son existence la poussait à vouloir son propre corps. Et cela lui faisait peur car, parallèlement, elle ne le souhaitait en aucun cas.

Le chemin caillouteux sur lequel trottinait Nathanaël traversait un bois et était étroit -il y avait à peine la place pour y faire passer un petit scooter. Il était bordé d'épais feuillages touffus si denses que le regard des curieux qui osaient si aventurer ne pouvait espérer y voir à plus d'un mètre. Godric l'avait prévenu : « Ce bois est rempli de magie, ne t'y aventures pas, tu te perdrais et tu finirais par devenir fou ». La pensée peu rassurante de mourir, seul, dans un bois glauque n'avait pas enchanté l'enfant qui avait décidé de ne pas s'éloigner du chemin. Soul avait d'ailleurs hurlé au scandale que les sorciers osent demander à un enfant de traverser pareils périls. Mais Nathanaël l'avait fait taire et avait répliqué qu'il était assez grand pour y arriver sans dommage. Il n'avait pas eu besoin de voir Soul pour savoir qu'elle avait froncé les sourcils qu'elle n'avait pas dans une moue sceptique. Après tout, s'il ne s'aventurait pas dans les bois, il n'y aurait aucun problème avait certifié Rowena.

Pensif, il continua son trajet jusqu'à apercevoir la fin du bois. Il accéléra la cadence et sorti complètement de ce lieu de mystères en soupirant.

Oo

-Bonjour Archie ! scanda Nathanaël, tout sourire.

-Bonjour petiot, alors comme ça Sal t'as adopté ? sourît à son tour Archibald. Il faut croire qu'il apprécie ton caractère !

L'enfant se renfrogna.

-Je pense que c'est parce que Helga l'a obligé parce que je suis certain qu'il le voulait autant que moi !

L'homme passa sa main sur son crâne, créant un nouvel épis dans sa chevelure poivre et sel.

-Ne dis pas n'importe quoi, je suis sûr que Sal t'apprécie…il ne le sait juste pas encore, continua t-il les yeux rieurs.

Il passa sa main dans sa moustache, cette fois.

-Ça doit être explosif à La Citadelle, fit-il.

L'endroit où habitait Salazar, sa femme et ses deux amis proches n'était un secret pour personne dans le village. Plusieurs courageux avaient tentés de s'y faire inviter pour visiter les lieux mais « l'engouement » dont faisait preuve le sorcier aux cheveux noirs les avaient tous découragés.

-D'ailleurs, ça veut dire que tu es passé par le Bois aux Disparus ! réalisa soudainement le cinquantenaire.

Nathanaël qui était en train d'engouffrer les carrés de chocolat laissés par Marysa à son attention s'arrêta et déglutit.

-Ouich, fit-il la bouche encore pleine, c'est chinistre.

-Fais attention, veux-tu, petiot. Ce bois est étrange, beaucoup n'en sont jamais revenus…d'où son nom, s'inquiéta Archibald.

L'enfant sauta de la chaise haute où il était perché et mima un salut militaire.

-Vous faites pas d'bile, M'sieur Brisefer, les bois sinistres j'en fais mon affaire !

L'homme sourit tendrement : cet enfant était une véritable source d'attendrissement. Marysa lui avait d'ailleurs parlé de son désir de se tourner vers l'adoption. Voir le garçon s'émerveiller devant chaque chose de la vie avait fait battre le cœur de sa femme et, il fallait bien l'avouer, le sien aussi. Un jour, peut-être, deviendraient-ils parents.

-Dis-moi, Nat', maintenant que tu es un honnête jeune garçon, sais-tu dans quelle école tu iras ? La rentrée des classes c'est dans un mois seulement !

Nathanaël ressorti docilement la phrase toute faite que lui avait demandé de dire Helga aux curieux du village :

-Comme l'adoption n'était pas prévue et que les inscriptions sont terminées depuis un long moment, Helga, Rowena, Salazar et Godric vont me faire l'école à la maison cette année, exceptionnellement.

Archibald hocha la tête, les quatre amis avaient énormément de connaissances, ce serait profitable pour le garçon.

-Mais j'aimerai beaucoup aller à Poudlard l'année prochaine, murmura l'enfant pour lui-même.

Le cinquantenaire attrapa la dernière courgette et la plaça dans la brouette en fer.

-Fini mon grand, allez, file chez Mr Tallson, le pressa t-il en lui ébouriffant affectueusement les cheveux.

Nathanaël prit sa brouette et trottina vers la boucherie.

-Faites la bise à Marysa !

Oo

Salazar Serpentard était un homme simple. Il avait des goûts simples, des aspirations simples et des désirs simples. Il se considérait, par ailleurs, comme un homme chanceux. Sa longue vie n'avait pas été de tout repos, elle avait été semée d'embûches, de pièges et de trahisons honteuses. Cependant, du début à la fin, ses amis avaient été là pour lui et avec lui. Même quand il avait fait cette énorme erreur de jeunesse.

Salazar Serpentard n'avait jamais été un homme de haine. Oh, certes, il n'aimait pas les curieux, il n'aimait pas les pipelettes, il n'aimait pas les gens en général. Les gens étaient des nuisibles à ses yeux. Lui, aimait le calme, le silence, le bon goût et les personnes intelligentes. En cela, son amitié avec Godric avait été particulièrement difficile. Si son ami respectait les deux dernières conditions, le calme et le silence ne faisait pas partie de ses qualités. Mais les siècles passant, cet aspect de la personnalité de son ami était devenu une gêne presque bienvenue. Après tout, Rowena était cent fois pire que le sorcier roux : elle était vulgaire.

C'est son désir insatiable pour la perfection qui l'avait amené à faire des recherches discutables sur la pureté du sang. Il avait rassemblé les résultats de son dur labeur dans un gros manuscrit à la couverture de cuir de vouivre. Et alors que son devoir en temps qu'enseignant dans la grande école de Poudlard l'avait rappelé à son bon vouloir, il avait laissé le manuscrit et les résultats –erronés mais cela il ne l'avait su que des années plus tard- dans le tiroir de son bureau. Dans sa hâte, il avait oublié d'apposer la dizaine de sorts de protection qu'il jetait habituellement sur le tiroir. Et c'est ainsi qu'un élève de sa Maison avait volé son précieux. Un certain Baderius Nott. Cet idiot avait fait publié des passages choisis dans La Gazette du Sorcier qui n'était alors qu'un petit journal sans importance mais qui, porté par les polémiques, s'était hissé à la place si convoitée de journal national. C'est ainsi que de génie de la sorcellerie, il était devenu « Mage Noir prônant la pureté du sang et l'extermination des moldus ». Cette image le suivait encore aujourd'hui.

S'il n'avait absolument aucun problème avec les gens sans pouvoirs magiques (hormis ceux qui étaient bêtes ce qui, en langage Salazar, réduisait le nombre de personnes fréquentables à une poignée d'individus), il ne pouvait pas nier qu'il n'était pas un grand fan des objets étranges que fabriquaient sans cesse les moldus. Mais il n'était pas fan non plus de la soupe de choux de Bruxelles et n'en avait pourtant pas fait croisade. Il se contentait de les éviter et c'était très bien comme ça. Il avait toujours pensé que des objets non-magiques ne servaient strictement à rien. Puis, il avait découvert les inventions merveilleuses qu'étaient les waters, les charentaises, la machine à café et la musique des années quatre-vingts.

Si le dernier Seigneur des Ténèbres –qui était par ailleurs un de ses descendants- avait eut connaissance de son goût prononcé pour Cindy Lauper, il était persuadé que celui-ci n'aurait pas assassiné froidement les parents du jeune Porter. Euh…du jeune Silverstone. Bref, du gamin horripilant qu'il avait dû adopter sous la menace !

Dans un geste rageur, Salazar attrapa la dernière parution de La Gazette du Sorcier, s'affala dans le canapé au cuir d'ours élastique et feuilleta le torchon en diagonale. En page deux le ministre de la magie Cornelius Fudge avait voté une nouvelle loi absurde sur la régulation des loups-garous, en page six le politicien Lucius Malefoy avait réussi un contrat juteux et en page dix le zoo magique de Londres avait égaré une manticore : rien de bien nouveau en somme.

Le sorcier reposa le journal en soupirant.

D'un geste nonchalant de la main il alluma la chaîne stéréo dernier-cri que Rowena lui avait offert et la voix de Jeanne Mas envahit la pièce. Salazar battit le pied droit en rythme et fredonna les paroles du bout des lèvres jusqu'au refrain où il bondit du canapé, fit venir à lui un balais abandonné qui reposait derrière la porte et scanda les paroles en se servant du manche en bois comme d'un micro. Il ferma les yeux et se laissa emporter par la musique.

« En rouge et noir, j'exilerai ma peur... »

Oo

Nathanaël poussait la brouette sur les derniers mètres qui le séparait des portes de La Citadelle. Pour y accéder, il fallait passer par un pont plus large que long couvert d'une toiture en paille. Au pied de la porte, se tenait Godric qui semblait guetter son retour.

-Tu ne t'es pas aventuré dans la forêt, n'est-ce pas, demanda le rouquin d'un air méfiant.

-Non, chef ! s'exclama l'enfant.

Le sorcier soupira de contentement.

-Allez, viens là canaille, lâcha t-il en lui prenant la brouette des mains.

Et c'est ainsi que Nathanaël et Godric se rendirent aux cuisines déposer leurs victuailles que les elfes de maison s'empressèrent de ranger.

-Alors, gamin, ça te fait quoi d'être adopté, questionna Godric à l'enfant tandis qu'ils traversaient le couloirs aux miroirs.

L'enfant répondit en grinçant des dents à la remarque perfide que lui fit Sir Romuald sur sa tenue puis se tourna vers lui :

-Je suis trop content ! s'extasia t-il avant de se rembrunir. Enfin, je suis heureux pour Helga mais pas vraiment pour le vieil avare.

Godric souri ce qui creusa la fossette de sa joue droite, visible même sous l'épaisse barbe que l'homme entretenait avec tant de soin.

-Ce n'est pas qu'il soit horrible, se reprit Nathanaël, je suis sûr qu'il n'est pas mauvais au fond mais… mais il m'agace tellement !

-Il fait cet effet là à tout le monde, rassure-toi !

Arrivés devant la porte du grand salon, l'homme abaissa la poignée et l'ouvrit...pour y découvrir Salazar de dos en train de s'égosiller sur la musique de Flashdance.

« What a feeling »

Déhanchement à droite.

« Bein's believin' »

Petit pas sur le côté.

« I can't have it all, now I'm dancing for my liiife »

Mouvement saccadé, tour sur lui-même, découverte des spectateurs.

Et ce fut la première fois que Nathanaël vit Salazar Serpentard rougir de honte.

-Jolie maîtrise, pouffa t-il.