Le nouveau chapitre était trop long. je l'ai donc coupé en deux. Suivra la dernière partie, puis la dernière voix de cette période.


XXVIII. Cinq femmes (4)


IV. Justine Vasseur


Lisière de la forêt des Carnutes, environs d'Orléans, France


I. 28 juin 1931

Le soir était déjà avancé. Les bords azurs du ciel à l'ouest s'ombraient déjà d'une palette violette-mauve. En son centre la voute découvrait déjà un semi d'étoile. J'attendais avec Nucia Contreras à l'ombre d'une haie qui bordait un champ de blé nouveau. La beauté du soir anesthésiait mon impatience grandissante. Qu'est-ce qu'ils foutent ! Nucia s'était allongée et fredonnait doucement en regardant le ciel. A l'autre bout du champ, la lisière sombre du bois dentelait l'horizon d'une bande sombre et mouvante.

« Ils en sont où ? Pourquoi ils mettent autant de temps ?

– Ils attendent la nuit, répondit juste la guérisseuse. »

Elle retourna fredonner. Nucia était une des sunu du Nome et avait été un de nos meilleurs soutiens pendant les grèves. Elle était issue d'une famille Gitane du Sud, une de celles où le sang de l'antique Egypte coulait encore et qui fournissait au Nome ses petits magiciens du rang.

« Quelle idée ! Tout ça pour nous en mettre plein la vue.

– Certaines magies s'épanouissent mieux dans l'ombre.

– Et cet idiot d'élémentaliste aussi, je continuai de râler. Comment veux-tu que je fasse son garde du corps s'il disparait en plein territoire ennemi ! »

Je travaillais avec Lupin désormais, au sein des brigades de magicien du combat. Le premier avantage était un bien meilleur salaire. Le deuxième était que pour une fois mon boulot était un peu palpitant que le ménage du territoire. Outre les missions spécifiques de police, il m'arrivait souvent d'accompagner des magiciens de fonctions diverses dans des missions plus risquées pour leur prêter main forte en cas de grabuge. En l'occurrence, discuter avec des druides était nécessairement une mission à haut risque. Nucia et moi nous étions ainsi retrouver à chaperonner Erwan le Bihan dans ses tractations. Et quels beaux chaperons nous faisions ! A peine arrivés, il nous avait lâchés pour parlementer avec le gardien du lieu.

« Il sait leur parler. Débarquer à trois magiciens, près de la forêt des Carnutes, une semaine après le solstice peut être pris comme une provocation. » Me rappela Nucia.

Hélas. Tout est provocation avec ceux-là ! Il faisait bon de ne pas se mettre les Celtes à dos. Ils étaient présents en Gaule depuis plus longtemps que nous. A l'inverse des Romains ou Grecs, ils n'avaient jamais vraiment bougé de leurs campagnes, étaient restés attachés à leurs terres. En France, ils se trouvaient sur leurs terres ancestrales, et crachaient sur l'autorité du 14ème. Et la moindre provocation peut mener à la guerre. Les anciens du Nome m'avaient assez rabâchés l'histoire des guerres de religion pour que j'abandonne toute illusion sur eux.

Les Celtes, à l'inverse de notre Maison de Vie, centralisée à l'extrême, avaient un fonctionnement très particulier : ils étaient divisés en tribus, qui s'unissaient ensuite au sein de vastes confédérations. Il y en avait une pour le Portugal, une pour l'Espagne. L'Irlande, la plus grande d'entre elles, avait un gouvernement à part, auquel étaient rattachés les druides de Boston et New York. La Suisse était un autre de leurs anciens bastions. Le pays de Galle, la Cornouaille britannique, et l'Ecosse avaient chacun leur propre gouvernement et harcelaient généralement le 9ème Nome de leurs raids incessants. L'Italie comptait quelques bandes éparses.

Chez nous, la Bretagne armoricaine abritait en Brocéliande une union de druides gallo descendants du peuple Vénète et des druides bretons insulaires, immigrés au VIème siècle face à l'avancée des Saxons et des Pictes. Outre les Bretons, notre territoire abritait la grande confédération des Carnutes, à laquelle étaient rattachées les petites confédérations narbonnaise et d'Aquitaine. Enfin une dernière confédération était sur l'ancien duché de Flandres, rassemblant le Nord de la France et la Belgique. Tous ces centres interagissaient les uns avec les autres, mais nous ignorions s'il existait une hiérarchie précise entre eux, qui de l'Irlande, de la Gaule ou de l'Angleterre avait la prééminence.

Ils étaient généralement divisés en Druides, Bardes, et Vates, tous prêtres de différents dieux. Les divisions chez les femmes étaient moins connues, on avait tendance à juste les appeler « prêtresse ». C'était le Bihan qui m'avait expliqué tout cela. Certains de ses cousins avait partie lié avec eux, et il parlait le Breton et le Gaélique si bien qu'il était devenu notre interlocuteur spécifique. Nous faisions aujourd'hui face à un problème un peu délicat. Des débordements avaient eu lieu au pays Basque vers le pays Cathare, des bagarres, des monstres qu'on avait oubliés. Un préfet civil s'était fait assassiner, et un de nos magiciens y était porté disparu. Notre prêtre Sem, (c'était son titre officiel) La Roque désirait s'entretenir en privé avec le doyen de la confédération des Carnutes. Le Bihan jouait les entremetteurs.

Erwan revint en compagnie d'un homme au visage peint. Pourquoi ils jouent toujours à s'enfariner la tête ? On est au XXème siècle déjà ! Nucia et moi, nous nous redressâmes d'un bond. Ma main sur la poignée de mon khopesh, j'observai anxieusement le visage tranquille d'Erwan, mais il me fit un signe de tête. Tout va bien.

« Les druides sont toujours en réunion. Elle s'éternise depuis quelques jours.

– Nous vous garantissons abri et sécurité pour cette nuit, mais cette nuit seulement. Demain matin, le grand prêtre va vous recevoir, annonça l'individu. »

Ses yeux sombres brillaient sous son masque blanc et gris. La forêt autour de nous bruissa. Je trépignai mal à l'aise. Nous n'étions pas chez nous, on nous le faisait clairement comprendre. Erwan souriait, visiblement de bonne humeur. « Stupide Breton. » Je grommelais. Toujours constant, jamais anxieux, insupportable de calme.

« Arnulf est le gardien des Carnutes, présenta Erwan. Il va nous mener à une clairière où nous passerons la nuit.

– Il ne fait pas bon rester à la lisière, ajouta Arnulf. Les temps ne sont pas sûrs.

– Le sont-ils jamais ? demanda Nucia. »

Arnulf la regarda sans dissimuler son animosité. Il murmura quelque chose pour lui, que je devinai insultant envers les Gitans et les magiciens de manière générale. Nucia l'ignora. Le Celte ajouta :

« Votre collègue vous y attend. Ne tardons pas.

– Quel collègue, je demandai ?

– Premier Nome, répondit laconiquement Erwan. »

Il ajouta d'un regard un n'insiste pas. J'acquiesçai. Je n'allais certes pas commencer à bavarder devant cet Arnulf. Je lui emboitai le pas et nous rejoignîmes l'extrême lisière du bois.

« On ne pourrais pas passer la nuit à Orléans plutôt ? je chuchotais à Erwan en passant.

– Ce n'est pas moi qui fixe les conditions. Être admis à pénétrer dans la forêt des Carnutes, surtout la nuit d'une assemblée est en soi un grand honneur. »

Arrivé à la lisière Arnulf s'arrêta et se tourna vers nous.

« Veuillez me remettre vos armes.

– Pardon ? je m'étranglai.

– Les armes sont interdites dans le bois sacré de Sucellos. C'est un lieu de paix. »

Pas question. Erwan m'implora du regard, j'eus envie de lui mettre une baffe. « Une minute je vous prie. » Je l'emmenai à part.

« Il n'était jamais question d'être désarmés !

– Ils le sont également, m'assura Erwan. Aucun Celte n'est autorisé à porter les armes dans la forêt des Carnutes. Généralement, les guerriers y sont aussi interdits.

– Mais ils peuvent toujours faire usage de leur magie.

– Pas d'une magie offensive. S'il te plait, Justine. Je connais Restugenos, il n'enfreindra jamais les lois de son peuple. »

Vaincue, je remis mon khopesh et mon revolver au gardien. Il exigea ensuite de nous nos amulettes. Nucia lui lança un regard noir, mais ôta la douzaine de colliers qui ornait son cou. Enfin, il nous mena dans le bois.

Je me sentais particulièrement nue sans le poids familier de mon arme sur ma hanche. Nous marchâmes une heure durant à travers l'épaisse forêt, hors des sentiers. Les longs arbres noirs nous enserraient. Avec l'obscurité, je trébuchai sans cesse sur les racines et branches basses. La forêt autour de nous chuchotai et remuai. Un cri de hibou déchira la nuit de son avertissement lugubre. Le bruit des grillons me tapait sur les nerfs. Je fermai la marche. Devant moi, Nucia se déplaçai avec grâce, telle une danseuse, évitant les assauts des branches. Je ne pouvais pas en dire autant. Mes bras étaient griffés par les brindilles. Mes jambes écorchées par les ronces saignaient.

Nous atteignîmes enfin la clairière. Devant un feu délimité par un cercle de pierres rondes était assis un homme de taille moyenne, à la chevelure bouclée et aux lunettes rondes. Son visage cuivré luisait à la lueur rouge des flammes. Je ne l'avais jamais vu auparavant. Je me retournai pour remercier Arnulf, mais il s'était déjà fondu dans les ombres de la forêt. Erwan et Nucia avaient rejoint l'envoyé du Premier Nome. Je m'approchai à mon tour. Le magicien retira alors ses lunettes qui faisaient office d'amulette de dissimulation et des mèches sombres remplacèrent les boucles châtaines. Je le reconnu instantanément.

« Salut andouille !

– Michel ! »

Je lui donnais d'abord un coup de poing dans les côtes pour m'avoir fait peur, avant de lui faire la bise.

« Ça fait longtemps…

– Des années, il sourit. »

Michel n'était pas retourné en France depuis l'époque des grèves. Nous nous étions croisés au Caire quelques fois. Erwan était allé le voir à Sarajevo, mais je n'avais pas eu cette occasion. Nucia m'écarta et l'embrassa sur la joue à son tour. Ils se connaissaient bien. Erwan et Nucia étaient les seuls magiciens qu'il côtoyait avant la guerre à l'époque où il était encore en formation.

Il m'a manqué cette andouille. Je n'avais plus personne avec qui mettre le bazar. Et puis, j'en avais assez de m'engueuler avec Jeannot, Dupuy ou Sylvestre : ils n'avaient pas assez de répondant.

« Tu aurais pu me le dire ! » je reprochais au Bihan.

Il haussa les épaules.

« Vous avez faim ? me demanda mon ancien partenaire.

– Tu fais quoi ?

– Des papillotes.

– Tu as accès à la Duat d'ici ? » Je m'étonnai.

Il me montra son sac.

« Non, mais j'ai prévu le coup. »

Je l'observais retourner dans les braises des morceaux de glaise en plaisantant avec Erwan. Nucia huma l'air, appréciative, admirant ses papillotes de glaise.

« Viande de quoi ?

– Juste du poulet.

– Ce sont tes poules consanguines ? demanda Nucia.

Quoi ? Je fis.

– Les poules de chez ma tante. Elles en sont à la dixième génération de reproduction endogame, il expliqua.

– A chaque fois que je te retrouve, tu as une nouvelle lubie !

– C'est pas une lubie, je les mange, c'est tout.

– Tu as mis du basilic ? l'interrogea Erwan.

– Avec du poivre, du thym et de la coriandre, il acquiesça.

– Ce qui est bon avec le poulet c'est le laisser mijoter avec un peu de piment et des clous de girofle, rêvassa Nucia.

– Tu peux aussi le faire rôtir dans une fine tranche de jambon de Bayonne, ajouta notre Breton.

– C'est comme ça qu'on prépare les ortolans non ?

– On ajoute des truffes fourrées et du coulis d'anchois, précisa Michel. Mais tu dois les faire mariner dans le cognac, ça prend des plombes. »

Nucia, Erwan et Michel commencèrent à lister les meilleurs plats et vins qu'ils avaient gouté dans leur vie. Ça fait très cliché, je sais, mais c'est la vérité. Nous passions la moitié de notre temps en mission à cuisiner, l'autre à parler de cuisine. Les seuls autres Nomes qui faisaient de même étaient ceux de Rome et d'Athènes.

« Tu ne changes pas, je me moquai. Toujours là à manger.

– C'est pas toi qui va te plaindre.

– On est au milieu d'une forêt hostile, en mission dangereuse, on ne s'est pas vu depuis trois ans, et vous êtes là à échanger des recettes de cuisine ! »

Nucia sourit de toutes ses dents et se moqua :

« De toute façon, dans le Nord, vous ce connaissez rien à la bonne bouffe…

– Oh, hé, tu ne dis pas de mal de chez moi comme ça.

– Grave, à part des patates et du poisson, vous n'avez pas grand-chose, l'appuya mon ex partenaire. »

Erwan prit un air faussement outré. Je regardai les deux Sudistes, Nucia et Michel qui se tordaient de rire. Quelque chose dans sa manière de s'exprimer me fit tiquer.

« Attend, y a un truc qui a changé chez toi.

– Non, pas possible.

– Si, l'accent. Tu as perdu l'accent de Paris.

– N'importe quoi !

– Si je te jure, ajouta Erwan. Tu as retrouvé ton accent du Sud. Il est à couper au couteau.

– Franchement, ça va ! » Il protesta.

En entendant son « franchement » nous nous tordîmes de rire.

« Tant d'années passées à faire illusion, je fis en essuyant une larme.

– Laisse tranquille mon accent. »

Je me remis à hurler de rire en entendant ses nasales. Je lui demandai enfin :

« Qu'est-ce que tu fous là d'ailleurs ? Tu n'es pas du premier Nome !

– Je suis mandaté, pas affilié, corrigea Michel.

– Ne commence pas à m'embrouiller avec l'administration ! Tu vois ce que je veux dire !

– Arsène a changé notre ordre de mission, explicita Erwan. Nous allons devoir appuyer Michel, il poursuit un ennemi du Per Ankh en territoire français.

– J'ai perdu sa trace, avoua Michel. Mais je compte sur le grand prêtre pour nous fournir un indice primordial.

– Qui cherchons nous ? je demandai.

– D'Aubigné » il dit, mais très doucement, avec une drôle de lueur dans les yeux. Il releva ensuite la tête et croisa mon regard :

« On doit finir le travail entamé tous les deux. »

D'Aubigné… Ça remonte à longtemps

A l'époque, bien avant les grèves, Michel et moi avions mené une mission avec Arsène Lupin qui avait révélé la formation d'une armée réunissant des hommes de tous les panthéons. Nous avions cependant été très vite renvoyés au déminage du territoire (pas la partie la plus passionnante de ma vie, je vous l'assure). Quelque chose s'était produit, et Michel avait disparu quelques semaines. Il avait ensuite pris part à la longue traque, sans succès, de Jean D'Aubigné. Toujours en vie donc. Pour un demi-dieu, c'est un dur à cuire !

« Tiens ! »

Nucia interrompit mes pensées en me tenant une gamelle métallique pleine de poulet aux herbes. Je la remerciai et mangeai avec appétit. Michel cuisinait très bien.

Je les regardai rire au coin du feu, avec un certain pincement au cœur. Malgré notre amitié, je n'avais jamais eu cette même familiarité avec lui qu'Erwan. Il était plus petit que lui d'une tête, mais Michel était grand de taille.

« Nous ne serons pas tous admis en présence du grand prêtre. Juste individuellement, peut-être à deux.

– Séparons-nous, proposa Nucia. Avec Erwan, nous surveillerons ces Gogols. Michel peut aller parlementer avec eux, et Justine ira faire son garde du corps.

– Alors, là, non ! déclara Erwan.

– Hé, je sais me tenir ! protesta Michel.

– Toi, peut-être, mais vous, ensemble, non !

– Je suis techniquement ton supérieur hiérarchique, lui rappela Desjardins.

– Tu as cru ? Je ne te laisse pas seul avec le grand druide des Carnutes. Justine surveillera nos arrières.

– Hé, je leur lançai, si j'ai bien retenu vos leçons, la magie égyptienne n'est pas compatible avec la magie Celte. Donc vous aurez besoin d'une magicienne de combat.

– Guerrière sans armes, il contesta.

– Ça t'arrange, hein ? C'est bien toi qui a insisté pour que je sois désarmée !

– Tu sais parfaitement pourquoi je te l'ai demandé. » Il répondit, avec son calme habituel, comme s'il s'en foutait. Se retournant vers Nucia il ajouta : « Tu peux rester monter la garde, mais je n'abandonne pas Desjardins et Vasseur seuls avec une autorité.

– Et pourquoi pas ? protesta Michel.

– Parce que tu vas t'énerver et lui gueuler dessus.

– Putain ! Il lâcha, tu fais chier !

– Tu vois ?

– Mais quel papa poule, gémit Nucia. Arrête de les traiter comme des bébés. De toute façon, moi je ne reste pas sans toi avec plein de Celtes. Sinon, c'est moi qui vais péter un câble et commencer à les insulter. Tu as vu comment ils me traitent.

– Merci Nucia, dit Desjardins avec le sourire, je savais que je pouvais compter sur toi.

– De rien, demi-gadje !

– Ne me traite pas de Gitan ! il protesta aussitôt avec énergie.

– Je croyais que tu aimais les technicités ? Eh bien, techniquement, tu es demi-Manouche.

Trois huitièmes, si tu veux de la précision.

– Si tu veux jouer au plus fin, quatre huitième Manouche, donc demi-Manouche, plus sans doute un seizième de sang Gitan.

– La ferme ! Je ne suis pas bohémien.

– Grave, les bohémiens ils violent leurs femmes et ils volent des poules, merci bien, j'ajoutai. »

Michel hocha la tête avec enthousiasme. Erwan nous regarda, un grand désespoir dans ses yeux. Nucia roula ses yeux exaspérée.

« Vous êtes dans le déni tous les deux. Toi Justine, t'es moitié Gitan. De mon clan en plus. »

Michel et moi, nous échangeâmes un regard, mi-amusés, mi-fâchés.

« C'est des conneries. Je ne parle pas votre langue de toute façon.

– Ça fera bientôt vingt ans qu'on se dispute là-dessus, c'est incroyable que ça ne t'ai pas déjà gavé, m'appuya Michel.

– Ça fait vingt ans que je supporte tes insultes à notre peuple commun lança Nucia. Ça viendrait de n'importe qui d'autre il s'en serait déjà pris une en pleine gueule !

– Pfff, il roula ses yeux.

– Pareil pour toi, elle ajouta en se tournant vers moi. »

Il ne fallait pas aller la chercher cette fille. Guérisseuse, peut-être, mais ça ne l'empêchait pas d'être violente quand elle le voulait. Je décidai de ne pas relancer le sujet.

A vrai dire, je détestai cette partie de mon ascendance. J'étais pour la lutte des classes et tout, mais ça ne veut pas dire que j'étais fière de là d'où je venais. Ma grand-mère avait eu un enfant avec un gadje, comme ils disaient, un non-gitan, hors mariage : mon père. Il avait grandi seul et pauvre, était mort à la mine quand je n'avais que huit ans. Heureusement, le Per Ankh était passé par là. Je me souvenais de lui, avec ses grands yeux bleus, et son visage continuellement noir de suie. Il m'avait toujours adoré, surveillait mes devoirs alors qu'il était exténué.

Je n'aimais pas vraiment la littérature, plutôt les livres de non-fiction. Mais il y avait un seul roman qui me tenait au cœur. Germinal. Je revis les drapeaux rouges et noirs sur la façade du Nome. Il nous faut aller beaucoup plus loin. J'entendis, distantes, les voix de Nucia et Michel qui avaient changé de sujet. Erwan rêvassait dans son coin, comme à son habitude.

« Hé, tu te souviens de la soirée à Puteaux, quand on rentrait du Caire ? » demanda Nucia à Desjardins.

Les deux avaient passé leur examen du Per Ankh ensemble, puis avaient fait la fête ensemble pendant plusieurs semaines. C'était le printemps 1914, le dernier printemps avant la grande guerre. Erwan poussa un profond soupir :

« Encore une soirée chez Duchamp tu veux dire ?

– Tu ne le porte pas dans ton cœur toi, sourit Nucia.

– Tu n'étais pas celui qui payait les cautions à chaque fois qu'il passait la nuit au poste, il fit en désignant Michel.

– Oh ça va ! Je t'ai remboursé en plus.

– La question n'est pas là.

– Duchamp, c'est pas le mec de la pissotière ? J'intervins.

– Oui.

– L'art moderne, c'est quand même vraiment de la merde ! déplora Nucia.

– En fait, à la base, il s'était juste bourré la gueule avec Francis Picabia quand ils étaient à New York et après, ils ont décidé de se moquer des américains, m'expliqua mon ancien partenaire. Quand ils ont vu que ça marchait bien ils ont récidivé.

– Non !

– Hé, je te jure ! »

Je ne savais pas s'il se foutait de moi ou si c'était vrai. Après il connaissait bien Picabia, je l'ai rencontré en essuyant son vomi, qu'il me disait souvent. Les joies du monde de la nuit. Ça vaut toujours mieux que la mine je suppose.

Je chassai ces pensées. Nous finîmes de manger et établîmes un ordre pour les tours de garde, puis j'allai choisir un coin de la clairière pour y dormir. Le sommeil tarda longtemps à venir. Nucia était assoupie à mes côtés. Du coin de l'œil je vis que Michel et Erwan conversaient, hors de portée d'oreille, l'air agité et fébrile.


II. 29 juin 1931

Arnulf vint nous chercher le lendemain à l'aube et nous reprîmes notre marche dans les bois. La lumière matinale traversait une brume légère, dessinant des contours fantomatiques à la forêt des Carnutes. Un chevreuil s'enfuit à notre approche. Je ne pouvais m'ôter l'impression désagréable que nous tournions en cercle. Ni Michel, ni Erwan n'avaient l'air inquiet. Mon ancien partenaire avait même l'air ravi d'être là. Les arbres, il adore les arbres, cette andouille ! Quant à Nucia, elle se retenait de cueillir les champignons et baies qu'elle admirait l'air appréciatif. Comme d'habitude, je e sentais décalée. Pourquoi aucune de mes missions ne se déroulent dans des endroits sympas ? Une plage ou un désert ? Pourquoi il me faut toujours crapahuter dans des forêts, des tunnels, des marécages boueux ? J'envisageai un moment l'expatriation en Algérie française.

Les bois devenaient de plus en plus denses et toujours plus agités. Au bout d'un moment je remarquai qu'ils glissaient littéralement tout autour de nous. Ils bougent, je réalisai. Les brindilles et les ronces disparurent, les branches cessèrent de me griffer les membres, mais les arbres s'élancèrent autour de nous, s'arc boutant, ouvrant une large allée dont le toit végétal était comme la voute angulaire d'une cathédrale gothique. La brume du matin s'emplissait d'une lueur cristalline. Je vis alors les Celtes. Ils bougeaient entre les arbres, maquillés, vêtus de robe à l'ancienne, restaient loin du chemin et nous fixaient de leurs yeux d'effraie.

Les terres anciennes, je compris. C'est comme notre Hall des Âges. Les visages qui m'entouraient étaient lisses, maquillés, énigmatiques. Ils glissaient comme des fantômes sans âge sur le sol moussu des bois. Je me raidis. Nous étions si loin de l'orée des bois qu'il m'était devenu impossible de retrouver mon chemin.

Nous arrivâmes au centre de la forêt dans un vaste espace découvert. La clairière était presque vide, contrairement à mes attentes, je ne vis ni dolmen, ni alignement de pierres levées, juste les reste d'un grand feu, et des herbes sèches couchées. Quelques silhouettes trainaient à l'autre bout de la prairie. A la suite d'Arnulf nous la longeâmes de biais, évitant de marcher sur les cendres. Enfin, devant trois ormes massifs, il nous arrêta. Une jeune femme, vêtue d'une simple robe brune vint à notre rencontre depuis la forêt et échangea quelques mots avec notre guide dans une langue inconnue.

« Le grand prêtre va s'entretenir avec vous, déclara Arnulf. D'abord vous, il fit en se tournant vers Michel. Seul, il ajouta. »

Michel échangea un regard avec Erwan avant de suivre la jeune femme. Erwan me regarda à son tour. Aussitôt j'emboitai son pas. Arnulf eut un rictus de colère, mais je n'en tins pas compte. Nous suivîmes la jeune femme jusqu'au centre du bosquet d'ormes. Dans une fissure du tronc, une ouverture était pratiquée. Nous l'empruntâmes.

Après quelques marches d'un escalier raide, nous débouchâmes dans une longue sale à la voûte boisée. Ce sont des racines je réalisai. Elles couraient au-dessus et autour de nous, jusque sous nos pieds, nous isolant dans un large vaisseau de bois, formant un entrelacs complexe qui mêlait leurs nuances ambrées dans une grande composition végétale. La sève rouge des ormes avait gouté à certains endroits, dessinant des plaies sanguinolentes, comme si nous évoluons au sein d'un boyau de chair meurtrie. La salle était déserte. Nous la traversâmes d'un pas rapide puis empruntâmes une galerie, toujours faite de racines dans une immense caverne vouté. Loin en dessous de nous coulait une rivière souterraine. Notre guide nous emmenait toujours plus loin dans les entrailles de la terre.

Les salles suivantes que nous dépassâmes étaient plongées dans l'obscurité. Nous suivîmes ensuite une galerie de pierre. Des champignons fluorescents éclairaient le sol en pente. Après un certain moment, nous nous mîmes à remonter. Notre guide nous mena enfin à un escalier en spirale constitué d'un nouvel entrelacs de racines, qui filait vers une hauteur vertigineuse. Serrant les dents, j'entamais à la suite de Michel son ascension. Nous étions passés à l'intérieur des racines. La jeune femme montait allègrement les marches naturelles. Mon partenaire effleurait au passage les murs de bois nous entourant, l'air absolument fasciné.

La lumière blessa soudain mes yeux comme nous débouchâmes dur une plateforme de bois. Je mis un certain temps après nos déambulations souterraines avant de me réhabituer à la lumière du jour. Je découvrais alors, la pièce dans laquelle nous nous étions retrouvés.

Nous étions à l'intérieur d'un grand chêne évidé. La lumière verdâtre du jour pénétrait à grands flots à travers son feuillage. Les parois d'écorce s'élançaient à sa rencontre, gravées d'une multitude de signes d'une écriture inconnue. La salle était presque vide, à l'exception d'un large chaudron de fer noir. A l'opposé du lieu, des branches avaient poussées, formant un fauteuil noueux, couvert de fourrures précieuses. Sur lui, éclairé par la lueur émeraude qui goutait le long des murs, le grand-prêtre nous dévisageait en souriant.

Je m'étais attendue à voir un vieux grand père avec une barbe blanche, un peu comme le cliché du druide qu'il y avait dans mes livres d'histoire à l'école primaire. A la place un colosse tatoué nous faisait face. Il était vêtu, à l'ancienne, d'une tunique bleu nuit, à la Merlin l'enchanteur. Ses avants bras et ses mains étaient tatoués d'entrelacs complexes, un torque d'or luisait à son coup. C'était un fort bel homme, sans âge, dont la chevelure aux boucles souple se confondait avec l'écorce. Son visage buriné était avenant, à l'exception du regard. Il avait des yeux de loup ce Celte, luisants et sans pitié, sous le masque affable de son visage attentif.

« Judicaël Restugenos. » le salua Michel en inclinant la tête.

Je fus surpris de sa courtoisie, mais il avait visiblement décidé de se tenir à carreau. Les yeux gris du prêtre me fixèrent. Je remuai nerveusement et inclinait la tête à mon tour. Notre guide quitta la pièce par l'escalier. Restugenos ne fit aucune remarque quant à ma présence.

« Quel vent vous amène ? Nous sommes loin des Balkans et de leurs troubles… » Il demanda dans un demi-murmure.

Sa voix avait un timbre grave, un peu rauque qui me fila la chair de poule

« Nous traquons un héros grec hors là-loi. Nous serons amenés à traverser vos terres dans cette traque. J'espérai obtenir de vous un laisser passer.

– Etrange, il y a bien longtemps que vous autres ne vous dérangez plus avec ce genre de formalités !

– Je ne suis pas le Quatorzième Nome.

– Et nous apprécions certes toujours les vieilles politesses et la courtoisie d'antan. »

Judicaël avait l'air satisfait.

« Parlons franchement alors. Qui est cette charmante demoiselle ? Vient-elle quémander un droit de passage également ? »

Allez, et on adopte un ton paternaliste ! Michel avait également l'air de contenir son énervement.

« Je suis l'envoyée du Quatorzième Nome. Notre prêtre Sem, Ferdinand La Roque réclame une entrevue avec vous, afin de discuter des graves troubles survenus dans le Sud du pays ce mois-ci.

– Vous allez vite en besogne. Depuis quand La Roque s'intéresse-t-il à nos analyses de la situation ? Vous vous êtes arrogés le droit de surveillance sur ce territoire, assumez donc les responsabilités qui vous incombent !

– Vous m'avez mal comprise. Cette demande d'entrevue est une grâce qui vous est faite, une occasion de vous expliquer.

– Nous n'expliquons pas, nous ne nous justifions pas, murmura Judicaël, ses yeux froids et mauvais. »

J'avais sans doute poussé le bouchon un peu loin.

« Que faire du druide Leno ? Intervint alors Desjardins. Vous vous étiez rendu en compagnie d'un agent de notre Maison, pour procéder à son arrestation le mois dernier. Celle-ci a échoué. Nous avons toutes les raisons de penser que ce dernier est toujours en contact avec le sang-mêlé que nous recherchons, Jean D'Aubigné. »

Judicaël se détendit quelque peu, puis répondit, reprenant son ton affable et mielleux :

« L'homme auquel vous faites allusion est en effet un individu fort capable, et brillant. Il ne ferait pas bon le sous estimez, tout comme son partenaire, ce fameux fils de Zeus.

– Pourquoi diable ne l'avez-vous pas arrêté dès le début ?

– Une question évidente en effet. Tellement évidente que personne ne me l'a posée. J'espérais le raisonner d'abord. »

Il me semblait qu'il y avait quelque chose d'autre là-dessous, mais Michel n'insista pas. A la place il demanda :

« J'ai toutes les raisons de penser que tous deux font usage de magie Celte pour brouiller leurs trace, magie qui nous est impénétrable. Vous seuls pouvez lever l'enchantement.

Toutes les raisons ? Ou le témoignage d'un homme ?

– Il est vrai que Johann Orsini m'a mis la puce à l'oreille.

– Un homme crédible, en effet.

– Vous l'avez armé. Pourquoi ? Cherchez vous à instrumentaliser les guerres intestines des Grecs ? Ou bien vouliez vous qu'il surveille Leno ? »

Michel avait du toucher près du but, car Judicaël contre-attaqua :

« C'est à vous que je réclame des explications. Les scènes de crimes du Pays Basque portaient les traces d'une magie égyptienne, une magie rouge ! »

Un magicien du chaos ?

« Nous n'avons pas de magicien du chaos au Quatorzième Nome, fit posément Michel.

– Ni subi d'intrusions, j'ajoutai.

– Faux, répondit Judicaël. Vous en avez, certes qui ne sont plus du service actif, mais que j'ai bien connu. Parlons un peu de la Saint Barthélémy !

– Inutile de nous faire un cours d'Histoire sur les guerres de Religion ! Je protestai. Si un magicien a usé de magie interdite, il en répondra !

– Vraiment ? Et votre prêtre Sem daignera-t-il de même nous en tenir informé ? Vous faites couler le sang sur nos terres ancestrales et avez encore l'outrecuidance d'exiger de nous des comptes ? »

A la décharge de Michel, il essaya de calmer le jeu.

« Du mauvais sang a coulé entre nous, mais personne n'essaye de faire la morale à personne. Nous sommes deux organisations séparées, dont les intérêts coïncident à l'instant. Finissons le travail entamé en Sicile, arrêtons nos deux brigands et il sera toujours temps de s'expliquer après sur quel monstre a détruit quoi exactement, qui a prêté de la magie à qui. »

Judicaël le contempla un instant avec intérêt, et, un demi-sourire sur les lèvres demanda :

« Vous être fort civil, Champollion, mais trop curieux, vous m'en rappelez un autre. »

Il se leva et fit quelques pas autour de lui :

« La magie rouge a son importance. Le parfum du chaos, le sentez-vous ? Il s'épand sur ces terres, je ne l'ai jamais connu aussi subtil. Il n'agit pas brusquement, il s'installe, il va rester quelques temps, peut-être dix ans, peut-être vingt. »

Il arrêta sa déambulation et du revers de la main effleura l'épaule de Michel.

« Vous avez un œil mauvais posé sur vous. Quelqu'un a lancé un démon à vos trousses. »

Je sentis mon partenaire se raidir.

« Après tout, ce n'est pas vraiment la première fois. Pour vous aussi, la Picardie demeure une terre maudite n'est-ce pas ? »

Cela me fit tiquer. Je me rappelai de comment il avait disparu au cours du déminage. Je n'avais jamais obtenu le fin mot de l'histoire.

« Qu'est-ce qu'il veut dire ? »

La colère brillait dans les yeux noirs de Desjardins.

« Mais il est vrai que ce ne sont pas mes affaires après tout…

– Et que dire de vous alors ? A quoi jouez-vous ? Vous alimentez une guerre civile à l'étranger ! Vous prétendez traquer un félon en territoire italien, et comme par hasard, le laissez échapper en plein milieu de la Sicile. C'est de la trahison, ou pire, de l'incompétence ! »

Je n'avais pas compris un mot de ce qu'il venait de dire. Ce que j'avais compris par contre, c'est qu'il avait renoncé à tout semblant de diplomatie. Michel, tu ne peux pas juste gueuler sur les gens comme ça. Bien sûr, j'étais mal placée pour lui faire la morale.

Judicaël se redressa de toute sa hauteur, et il était très grand.

« Je ne sais si c'est de la folie ou juste de la bêtise que d'oser descendre jusqu'en ces lieux et pour tenir de tels propos à leur maitre !

– Pour la folie, je ne sais pas, répondit-il, mais il faudrait peut-être arrêter de prendre les gens pour des cons ! »

Les yeux du prêtre flamboyèrent, et je compris que la situation commençait à dégénérer. Je maudis une fois de plus l'absence de mon khopesh. Si seulement j'arrivai à ouvrir un accès vers ma cachette dans la Duat, je pourrai en retirer une épée…

« Il a marqué un point. Ta relation au traitre Leno Cervos est pour le moins trouble, et ton inefficacité flagrante n'a que trop durée. » Annonça alors une voix.

Je sursautai. Du fond de la pièce, une silhouette s'avança. Je ne l'avais pas vu venir. Une jeune femme rousse, vêtue de noir, des plumes de corbeau dans les cheveux sortit de l'ombre. C'était le genre de tenue qui aurait fait son effet dans un bal de carnaval, mais qui dans cette atmosphère fantastique lui donnait une allure imposante.

« Morrigan, fulmina soudain le prêtre. Que signifie ceci ?

– Je t'apporte le salut de l'assemblée de Tara. L'Irlande et les Amériques ont les yeux tournés vers toi, alors que tu sembles gagner du temps ? Pour quoi faire ? Maintenant tu voudrais attaquer des hôtes, au beau milieu de cette forêt sacrée des dieux et des hommes ? As-tu perdu tout sens commun ?

– Il faudrait penser à s'expliquer pour le reste d'ailleurs, je lançai.

– Ce n'est plus ni le temps, ni l'heure, protesta Judicaël, les yeux fixés sur la nouvelle venue. Retournez à la prairie de Lug. Nous conviendrons d'un point de rendez-vous une autre fois. »

J'ouvrais la bouche pour protester, mais Michel m'entraina : il n'y avait rien à ajouter. Nous regagnâmes la clairière où nous attendaient Nucia et Erwan. Ce dernier cacha son visage dans ses mains quand Michel lui raconta les détails de l'entrevue.

« Au moins il parait disposé à rencontrer La Roque maintenant.

– C'est ce que tu crois… marmonna Le Bihan. »

Il avait raison bien sûr, nous avions un peu fait n'importe quoi, mais on ne nous avait pas aidés non plus. Nous restâmes dormir dans la grande clairière. Je pris le premier quart de garde. Alors que la lune commençait à se lever je vis sortir la dame rousse du bosquet des ormes. Elle me salua de la main.

« Comment t'appelles-tu prêtresse ? » Je lui demandai, la tutoyant instinctivement.

Elle ne m'en tint pas rigueur.

« Morgana, Morgana du Faouët.

– C'est ton nom de famille ?

– Non, c'est là d'où je viens.

– Comme la brigande Marion ? »

Erwan m'avait raconté son histoire au coin du feu, un soir de mission. Marion du Faouët avait sévi avec sa bande dans le Sud Finistère au milieu du XVIIIème siècle, avant d'être pendue en place publique à Quimper.

« C'était mon ancêtre. J'ai choisi ce nom en son honneur.

– Tu n'es pas irlandaise…

– Non. Je suis du cercle de Brocéliande. Nantosuelte, c'était le nom Gaulois de ma déesse. Reine du feu et du foyer, des récoltes et de la terre, porteuse de guerre. Mais les romains sont arrivés, et ont chassés nos druides. Outre-Manche elle a trouvé un nom autrement plus terrible.

– La Morrigan, je me souvins. Mais on vous… On t'appelle du nom de la déesse que tu sers ? C'est toujours comme cela ?

– Juste pour les grands-prêtres.

– Et Judicaël, n'est-il pas.

– Judicaël est un druide, il sert Sucellos, ou le Daghda. Pour lui c'est différent. »

Erwan m'avait fait un topo, mais j'avais du mal à tout garder en tête. Morrigan me sourit. Comment pourrez-vous nous comprendre ? Vous avez chassé vos dieux. Vous les avez contraints à l'exil et au silence. Lors vos morts errent sans royaume, et le monde ne répond que partiellement au pouvoir de vos mots. Je sursautai. Morrigan me fit un clin d'œil.

« Garde un œil sur ceux-là, votre maison aura besoin de toutes ses forces pour survivre aux années à venir. »


La suite du chapitre viendra très très vite.

Quelques info sur le meta de ma fic et un point de terminologie:

Dans ma version du Riordanverse, les Gitans (peuples Roms d'Espagne et du Sud de la France) sont plus ou moins affiliés à la maison de vie. En Français, ont leur a longtemps donné le surnom d'Egyptien. Nucia et partiellement Justine, sont de sang Gitan. Desjardins est en partie issus du peuple Manouche (ou Sinti), dépourvu de toute forme de magie, qui se trouve au Nord de la France et en Allemagne (Ce sont les inventeurs du Jazz Manouche, ou Gypsy jazz en anglais). C'était aussi une manière pour moi de faire un clin d'œil aux possibles origines du vrai Champollion.

Les Tsiganes et Yéniches, autres noms employés pour désigner les gens du voyage, sont d'autres peuples. Les Tsiganes viennent globalement d'Europe de l'Est. Bohémien est souvent employé comme une insulte, à l'instar de « sale gitan ».

D'ailleurs, en passant, étant originaire de l'Ouest de la France, la simple idée d'un Desjardins qui s'exprimerait avec l'accent du dauphiné me fait beaucoup rire. Et puis, la France n'est pas Paris.