Bonsoir mes endives !
Comment vous allez ? Moi j'ai une pêche d'enfer et le fait que je ne bosse pas demain est totalement étranger à ça, bien évidemment.
Bref, voici sans attendre le Chapitre 20 que certains attendent avec impatience !
Bonne lecture !
CyberCoffee
Chapitre 20
L'aigle royal s'éleva dans les cieux, déployant ses ailes pour profiter du vent qui s'engouffrait entre ses plumes. C'était une sensation exquise, une sensation inégalable. Un vrai sentiment de pure liberté. Nathanaël sourit autant qu'un bec d'aigle le lui permettait. Grisé par les délicieuses sensations de puissance et de magnificence qui se dégageait de l'animal, le jeune homme accéléra, le vent fouettait sa tête, caressant ses plumes.
Nathanaël voulut exprimer son bonheur mais ce fut un cri qui n'avait rien d'humain qui sorti de sa gorge. Ébahit par la force et la portée du son, il cria et cria encore.
Captant à nouveau du mouvement en contrebas, comme à chaque fois qu'il faisait ce rêve, il plongea en direction de la forêt de pins sylvestres, faisant fît de la pression qu'exerçait l'air sur son corps. Il était un aigle royal, il était taillé pour ce genre de pirouettes. S'engouffrant dans les sous-bois comme s'il s'était agît de filaments de coton, l'aigle se posa avec une infinie douceur sur une branche couverte de sève qu'il agrippa avec force. Il fixa une énième fois la scène aussi poignante que triste qui se déroulait sous ses yeux fauves.
L'homme aux longs cheveux blonds enserrait la jeune femme comme si sa vie en dépendait. Il ne cessait de lui répéter que tout irait bien, qu'elle vivrait. Il faisait pression sur son abdomen ensanglanté, ses larmes se mêlant à son sang.
Mais pour une fois le rêve ne se stoppa pas là. Nathanaël tourna une tête intriguée. La curiosité rongeait son être depuis bien trop longtemps.
La jeune femme leva sa main vers le visage du jeune homme et murmura :
-C'était écrit, mon frère, nous avons été maudits.
Et dans un dernier souffle, elle embrassa l'homme sur la joue en souriant.
-Gwenddydd ! s'écria t-il en fondant en larmes. Gwenddydd !
Bientôt, la rage fit place à la tristesse et une vague de magie brute explosa tout autour de lui, balayant tout alentour.
Nathanaël s'agrippa plus fort à la branche qui menaçait de lâcher. Puis, tout aussi rapidement que la vague d'énergie était apparue elle disparue, laissant derrière elle un gigantesque cratère. Mais l'adolescent pût nettement apercevoir les milliers de paillettes qui dansaient avec fureur dans les yeux bleus du jeune homme qui croisèrent ses yeux fauves. Il eût l'impression que l'homme savait alors tout de lui, qu'il ne pouvait rien cacher à ces deux billes brillantes que ce soit ce qu'il savait ou même ces secrets qui planaient autour de lui. Il avait la nette et désagréable sensation que l'homme le connaissait bien mieux que lui-même ne se connaissait.
Nathanaël se réveilla en sursaut, couvert de sueur.
-Bordel, c'était quoi ça ? demanda t-il à Soul.
-Je n'avais jamais ressenti pareille puissance, fit-elle en haletant, cet homme n'est pas humain !
-Il a tout dévasté en libérant sa magie, réfléchît le jeune homme en se frottant le menton, un peu comme moi quand je me suis énervé contre Papa mais en mille fois plus fort.
-Cet homme doit avoir plus de puissance magique que Rowena.
-Et qui est-ce ? Godric a dit qu'il n'avait vu que Rowena avoir des paillettes dans les yeux à part moi.
-Encore un mystère, déclara Soul. Au moins nous avons un nom à mettre sur le visage de la femme : Gwenddydd.
-Ça ne nous avance pas tant que ça, je n'avais jamais entendu ce prénom avant.
-C'est bien ce que je disais : encore un mystère.
Un de plus qui venait s'ajouter à la très longue liste qu'il avait dressé dans sa tête. Entre l'identité de ces jumeaux, du drow dessiné dans le médaillon de Chiridirelle, de la personne qui l'avait déposé à l'orphelinat et de ses parents, cela faisait beaucoup d'identités à découvrir. À tout cela s'ajoutaient les cachotteries que lui faisaient les sorciers : pourquoi étaient-ils venus à Loudly-St-Thomas, pourquoi l'entraînaient-ils ? Il était ravi que Helga et Salazar l'aient adopté mais il était persuadé qu'ils n'étaient pas venus pour ça au démarrage. Qui était Lailoken pour bénéficier d'un si grand respect auprès d'eux ? À quelles épreuves le préparait-on ?
L'ambiance avait changé depuis deux ans. Depuis que La Gazette du Sorcier avait étalé en une que le célèbre mangemort Remus Lupin s'était échappé d'Azkaban où il pourrissait depuis plus de douze ans. Oh, ce fut des changements presque imperceptibles pour un œil non aguerri mais pas pour Nathanaël. Les semaines qui avaient suivies avaient été particulièrement étranges. Plus de protection de la part de son père, plus de regards inquiets de la part de sa mère et des coups d'yeux qui en disaient longs entre Godric et Rowena.
Les choses s'étaient accélérées en juin dernier. Ses parents avaient fait au mieux pour l'empêcher de se renseigner mais l'enfant tenait beaucoup de ces même parents et était tenace.
Harry Potter racontait à tout le monde que Lord Voldemort était revenu à la vie.
Et Nathanaël avait alors compris : Salazar et Helga essayaient de le protéger. Lord Voldemort étant un descendant de son père, Nathanaël et lui se retrouvaient liés -un peu comme des cousins éloignés- et ses parents avaient peur qu'il n'en soit bouleversé. Après tout, Le Seigneur des Ténèbres avait été un des pires mages noir de son siècle. C'était en tout cas la meilleure explication que Soul et lui avaient pu trouver. Et même si elle ne les contentaient pas vraiment, ils n'avaient rien de plus plausible : il n'y avait absolument aucune autre raison pour que le Lord et lui soit liés d'une autre façon.
Nathanaël soupira, et descendit en pyjama jusqu'à la salle à manger, pieds nus.
-B'jour, marmonna t-il à l'attention de Rowena qui peinait visiblement à garder les yeux ouverts.
-'Lut Moustique, lui répondit-elle tout aussi bas que lui.
D'un geste de la main -il avait encore besoin de diriger sa magie- il amena à lui couverts et bol, flocons d'avoine, lait et baies fraîches. D'un autre geste, les flocons se secouèrent dans le bol, le lait vînt les recouvrir et les baies s'étalèrent sur le dessus. Il fit tourner distraitement sa cuillère dans son bol en tournant son index au-dessus du couvert en argent, tout en lisant le journal sorcier du jour.
En page une, on ne parlait pas du retour probable de Lord Voldemort mais plutôt de Brutus Silverstone, le Directeur des Affaires Magiques Étrangères dont lui avait parlé Drago Malefoy au Chemin de Traverse (et qui s'était révélé être un des seuls descendants de Salazar a ne pas être un puriste du sang et la raison pour laquelle le sorcier avait repris son nom de famille car : « Après tout, il faut bien que j'honore le seul de mes descendants à avoir encore sa tête bien vissée entre ses deux épaules ! » avait-il justifié le choix de son nouveau nom de famille).
On racontait comment Brutus Silverstone avait mené d'une main de fer la négociation sur les nouveaux traités d'entraide internationaux qui avaient débouchés sur des accords bénéfiques pour la communauté sorcière du Royaume-Uni. Malgré son âge avancé, le Directeur semblait toujours mener ses affaires à bien et faire gagner des accords juteux au Ministère de la Magie. Il était, selon La Gazette et Salazar -qui n'étaient l'un comme l'autre absolument pas objectifs- un très bon élément qui méritait amplement son siège au Magenmagot.
-Passe-moi le journal, morveux ! lui ordonna son père qui venait d'entrer dans la pièce en baillant.
-Une fois que j'ai terminé, vieillard ! répliqua t-il du tac au tac.
-Ne me manque pas de respect, sale gosse !
-Ne me sous-estime pas, vieux tas !
Ils se sourirent en se lançant un regard complice puis Nathanaël referma la journal et lui lança sans ménagement.
-Réflexes ! s'écria t-il.
Salazar n'eût aucun mal à le rattraper mais ne pût éviter la boule de lait que son fils avait ingénieusement caché derrière le papier journal. Il en fut recouvert de la tête aux pieds et poussa un hurlement de frustration.
-Viens ici, gamin ! Je vais t'étrangler ! scanda t-il, lui promettant mille morts.
-À tout à l'heure à la fontaine, c'est le jour où je te bats, n'oublie pas ! ricana le jeune homme en s'enfuyant à l'étage.
C'était un point que l'enfant n'avait aucunement besoin de rappeler a son père, celui-ci avait râlé durant les deux derniers jours que ce n'était pas normal que la victoire de Nathanaël ne soit pas plus longue et plus fastidieuse. Oh, il donnerait vraiment tout ce qu'il avait cet après-midi. Si son fils devait boire l'eau de sa fontaine, il devrait d'abord le rendre fou de fierté en abattant chacune des défenses qu'il dresserait devant son chemin.
Et des idées, il en était rempli à ras bord.
Oo
-J'ai fait le tour de ton esprit, aucune confusion ni aucune intrusion, rapporta militairement Soul. Il ne l'a pas joué vicieuse cette fois-ci.
-Son sourire en dit long pourtant, fit Nathanaël qui ne croyait que moyennement à sa prétendue victoire.
Après tout, son père restait un monstre de puissance, de technique et de rage de vaincre. Qu'il soit son fils le poussait à faire preuve d'encore plus d'ingéniosité pour lui mettre des raclées.
-J'ai hâte de voir comment tu vas perdre, Laz ! ricana Rowena qui s'était installée à même le sol avec Helga, Chiridirelle et Godric pour assister à ce moment historique.
-Tant de soutien me rend tout chose, ronchonna le sorcier que Sealvia colla pour le réconforter.
Nathanaël et son père se fixait, le départ serait cette fois-ci donné par Rowena. Celle-ci invoqua un décompte qui s'afficha dans le ciel et tandis que les chiffres luminescents diminuaient, l'excitation des deux combattants grandissait.
-Je le sens, Nat' ! prévînt Soul. Sal augmente sa puissance, il n'avait jamais tout utilisé avant !
-Pardon !? blanchît soudainement le jeune homme.
En même temps, il aurait dû s'en douter mais il était vrai qu'il n'avait jamais réfléchit à ce point là, toujours trop occupé à sauver ses fesses de flammes déchaînées, de lianes dévoreuses, de monstres de terre engloutisseurs et tout ce qu'avait bien pu invoquer un jour Salazar. Le sorcier avait plus de quatre cent quatre-vingt pourcent de puissance magique, comment avait-il seulement pu penser qu'il avait pratiquement utilisé toute cette puissance durant leurs joutes ?
-Que dis-tu de ça, morveux ? lança son père alors que l'énergie que la magie dégageait exerçait une pression étouffante sur Nathanaël et Soul qui ne purent qu'écarquiller des yeux remplis d'un profond respect.
-C'est incroyable ! s'émerveilla Soul. Sal est un monstre ! Et dire que Rowie est encore plus puissante que lui…
Nathanaël déglutit en se demandant si le but des sorciers étaient de l'envoyer aux devants d'une mort certaine : il n'avait que deux cent trente-neuf pourcent de puissance lui !
-Bon, quand faut y aller…marmonna t-il peu rassuré.
Il voulut s'élever dans les airs mais Salazar ne lui en laissa pas le temps, il attira à lui l'eau de la fontaine qui ondoya tout autour d'eux comme pour former un labyrinthe que le sorcier givra en une seconde. Nathanaël était piégé dans ce dédale glacé et il était hors de question qu'il utilise le Feudeymon. C'était dans ce genre de moment qu'une baguette magique possédant ce stockeur d'Élémentaires aurait pu être d'une grande utilité pour un Inflammare bien placé.
-Sérieusement, tu penses vraiment qu'un petit Inflammare changerait quelque chose à notre situation ? le rabroua son amie en soufflant.
-Non, tu as raison. Je crois que la découverte de la puissance du vieux m'a déstabilisé, concéda Nathanaël en secouant la tête.
-Et bien, il s'agirait de te réveiller ! hurla Soul. En-dessous !
Le jeune homme n'eût pas besoin de plus amples explications pour s'écarter du sol d'où surgit une Sealvia bien plus grande et grosse que d'habitude. Elle avait l'air déterminé à lui croquer la moindre parcelle de peau qui traînerait à portée de ses immenses crocs luisants de salive de platine.
-Désolée Nat', s'excusa t-elle en sifflant. C'est le jeu.
L'enfant hocha la tête sèchement et les hostilités commencèrent. Se saisissant de son bâton de combat rétréci à sa ceinture, il se mit en garde alors que son arme augmentait de taille. Son bâton n'avait rien de particulier, il était en bois, long et se terminait par une sorte de boursoufflure comme pouvait en avoir une personne amputée du bras. Nathanaël l'affectionnait particulièrement car il lui avait un jour permis de porter un coup à Chiridirelle qui lui avait donné un avantage certain durant quelques minutes avant que la drow ne lui rappelle ses sombres origines à grand renfort de pirouettes et de coups de cimeterres bien placés.
Sa magie courut jusqu'au bout de son bâton et celui-ci devînt bien plus lourd et dur. Il renvoya une seconde salve de magie et l'embout devînt brûlant. L'embout se mit à chauffer jusqu'à atteindre les mille sept-cent soixante-huit degrés très précisément, température de fusion du platine.
Sealvia attaqua un peu avant que lui-même ne n'engage le combat. Il l'évita simplement en augmentant sa vitesse et en parant avec son bâton. Sealvia siffla de douleur quand le bout brûlant lui mordit la gorge.
-Ça fait mal ! cracha t-elle.
Nathanaël sourit
-C'est le jeu !
Le serpent esquissa un rictus boudeur et sa queue vînt frapper de plein fouet le jeune garçon qui ne pût invoquer un bouclier qu'au dernier moment. La force du coup le balança avec force contre une des parois en glace du labyrinthe, lui arrachant un cri de douleur.
-Pic de glace enfoncé dans la cuisse gauche, lui signala Soul en faisant un rapide diagnostic.
-J'avais à peine senti, grommela Nathanaël en armant un orbe de lumière qu'il fit chauffer à la même température que son bâton.
Il divisa l'orbe en une multitude de petites boules de lumière brûlantes qu'il laissa léviter tout autour de lui, bloquant chacun de ses angles morts.
Nathanaël roula sur le côté alors que Sealvia s'attaquait à nouveau à lui, tous crocs dehors. Les dents du serpent frôlèrent le nez de l'adolescent qui en profita pour sectionner le nez et la bouche du reptile d'un coup de bâton bien placé. D'un geste vif, il se remit sur pied alors que Sealvia se tortillait au sol. Il s'éloigna de quelques mètres, réajusta son bouclier et lança toutes les boules de lumières sur le serpent. Chacune explosa à la seconde où elle toucha le corps de platine du reptile, creusant de profonds caractères dans le métal. La lumière aveugla le serpent, ce qui laissa le temps à Nathanaël de se faufiler au loin.
-Salazar exulte, annonça Soul, toujours sur le qui-vive. Par contre, il a caché sa présence, je ne sais pas où il est. Prépare-toi !
Nathanaël prit en compte l'avertissement de son amie et s'engloba dans un deuxième bouclier qui vînt recouvrir le premier. Lentement, il effaça lui aussi sa présence et sa signature magique comme le lui avaient appris Helga et Rowena. Avec précaution, il envoya sa magie agir comme un sonar dans les couloirs du labyrinthe.
Il n'y avait rien de caché dans le prochain carrefour. Il en profita pour faire fondre la pic de glace enfoncé sans sa cuisse et pour cautériser la plaie béante. Il pratiquerait des soins approfondis plus tard.
Alors qu'il s'engageait dans un couloir sans fin, il faillît se faire embrocher par une bonne dizaine de pièges tous plus vicieux les uns que les autres. Après avoir passé cette défense supplémentaire, Nathanaël arriva dans un énième carrefour glacé mais il n'eût pas le temps de choisir un couloir qu'un golem de terre se forma pour lui ressembler comme deux gouttes d'eau.
-Aïe, fit Soul, tu n'as jamais gagné contre toi-même…
-J'étais certain qu'il l'utiliserait.
Apparemment Salazar avait gardé son point faible dans sa manche : le sorcier avait un jour décidé que pour progresser la meilleure manière était de se battre contre soi-même. Il avait invoqué un golem identique à jeune homme -que ce soit physiquement ou magiquement- qui progressait en même temps que lui-même et contre qui il avait dû se battre. À ce jour, il n'avait jamais trouvé sa propre faiblesse.
Trente minutes plus tard, le golem était toujours en place et Nathanaël mal en point. Le sang qui s'échappait de son arcade sourcilière fendue lui coulait dans les yeux et il stoppa le flux d'un geste de la main. Reprenant son bâton qui était tombé au sol, Nathanaël souffla.
-J'ai bien une idée : utilise le Feudeymon, fit Soul. C'est ta seule chance.
-Comment ça ? interrogea le jeune homme. Je vais encore me piéger tout seul !
-Réfléchis ! Il est en terre et tu ne peux pas le battre pour le moment, expliqua son amie, ton seul moyen est de l'assécher assez pour pouvoir fuir.
Nathanaël sourit largement, toutes ses craintes envolées.
Une fois le golem immobilisé, Nathanaël courut rapidement dans le sens opposé. Au bout du couloir, une lumière lui annonça qu'il sortait enfin du labyrinthe de glace.
Devant la fontaine, Salazar l'attendait, assis sur son éternel tabouret.
-Tu en as mis du temps, morveux !
Nathanaël était dans sale état. Il était épuisé physiquement et magiquement mais rien que pour arracher le sourire moqueur du visage horripilant de son père, il se reprît et puisa au fond de lui pour rassembler l'énergie qui lui restait.
Il attendait ce moment depuis tellement longtemps !
Salazar se leva et se dressa de toute sa hauteur. Il ne parut jamais plus grand et imposant qu'en ce moment même au jeune homme. L'adulte libéra sa magie et un tourbillon argenté et ondoyant s'éleva tout autour de lui. L'enfant déglutit, il se sentait minuscule et tellement faible en comparaison ! La puissance de Salazar dépassait son entendement et ce fut à ce moment qu'il comprît qu'il n'avait encore rien vu des possibilités infinies de la magie.
Mais il avait un atout dans sa manche. Il avait travaillé tellement dur et tellement longtemps pour mettre au point la technique qui ferait voler en éclat le Protego de son père ! Il y avait travaillé sans relâche avec sa mère durant leurs heures de repos.
Nathanaël se mit en garde et Salazar l'imita. Le combat allait être époustouflant. Il avait déjà pris de nombreux coups de la part de son père mais aujourd'hui serait différent. Aujourd'hui les coups seraient plus puissants, plus rapides et plus destructeurs que jamais. Il sentait que son père avait déployé absolument toute sa puissance et qu'il ne lui ferait aucun cadeau. Il mériterait amplement sa victoire -si victoire il y avait.
-Allez Nat' ! l'encouragea Chiridirelle en souriant. Tu peux le faire !
Le jeune homme sourit à ces mots et une énergie nouvelle vînt lui redonner le coup de fouet dont il avait besoin pour engager le combat.
En trois coups, Salazar l'envoya voltiger au loin, il invoqua son auto-lévitation pour stopper sa chute et se donner de l'élan pour porter la prochaine frappe. Il tapa son père dans les côtes et fut satisfait de la grimace que celui-ci fit. Mais le sorcier attrapa sa jambe, pivota sur ses genoux et balaya son auto-lévitation et la jambe qui le maintenait en équilibre d'un coup de pied rotatif chargé de magie. Nathanaël se retrouva sur le dos, la canne de Salazar qui avait retrouvé sa taille originelle sous la gorge.
Loin d'être acculé, le garçon métamorphosa le bout de son bâton en lame de bois et frappa la canne pour l'envoyer valser au loin. Prenant appuis sur ses deux mains, il poussa et frappa de ses deux pieds le ventre de Salazar qui fut projeté vers la fontaine. Le sorcier appela sa canne d'un geste et celle-ci serpenta vers lui avant de durcir à nouveau, prête à l'emploi.
La joute continua un long moment ainsi, chacun encaissant les coups de l'autre avec un peu plus de mal que l'instant d'avant.
La tactique de Nathanaël se mettait doucement en place et Salazar ne semblait pas s'apercevoir qu'il s'éloignait de plus en plus de la fontaine. Lorsque l'homme fut à plus de dix mètres de celle-ci, Nathanaël jugea qu'il était temps de piéger son père. Tout devait se jouer maintenant, il n'aurait aucune seconde chance. Invoquant l'orbe noire, il engloba son père après avoir réussi à l'immobiliser.
Il avait paramétré son orbe pour qu'elle ne laisse rien passer que ce soit les cinq sens mais aussi la magie. Cela lui avait demandé beaucoup d'efforts et il avait essuyé beaucoup d'échecs avant de par venir à ce résultat là. Le flux de magie qui liait Salazar au bouclier qui protégeait la fontaine se brisa sur le coup et Nathanaël pût voler jusqu'au Saint Graal où il plongea ses mains en coupe et se délecta de l'eau si fraîche et si pure qu'il avait rêvé de boire un millier de fois. Une fois l'eau avalée, son épaule brilla d'une intense lueur bleue et l'orbe éclata en morceau, laissant apparaître un Salazar hébété.
-J'ai perdu ? demanda t-il à l'assemblée.
Les cinq sourires qui lui firent face lui répondirent à l'affirmative.
Salazar ferma les paupières, se frotta l'arête du nez et marcha vers son fils dont il se saisit des épaules.
-Je suis très fier de toi, Nathanaël, lui dit-il en le regardant droit dans les yeux.
Nathanaël sentit son cœur se gonfler de bonheur.
-C'était incroyable, canaille ! scanda Godric en lui balançant sa grande paluche dans le dos.
La blessure à sa cuisse se rappela à lui à ce moment là et sa jambe se déroba sous lui, le faisant s'étaler au sol. Ses lunettes s'envolèrent un peu plus loin sur la grande place. Alors qu'il allait se relever et insulter son oncle, il remarqua la paire de rangers qui avait vécue plus que de raisonnable juste devant son nez. Il se fit la réflexion que son propriétaire devait ne plus y voir bien clair pour garder des chaussures en pareil état.
C'est en relevant la tête qu'il comprît pourquoi ledit propriétaire n'en changeait pas. Outre l'accoutrement de rockeur, les cheveux blancs et longs attachés en queue de cheval, la barbe tout aussi blanche et tressée, ce qui expliquait réellement ce « choix » était plutôt que le vieillard qui se tenait devant lui, lui tendant ses lunettes, n'avait littéralement pas d'yeux. Non, à la place deux orbites noircies aux chairs fondues le regardaient. Nathanaël et Soul déglutirent. C'était comme si ses yeux avaient brûlés de l'intérieur.
-Tu devrais arrêter de porter des binocles, petit, fit la voix grave qui était sortie trois jours plus tôt du bec du faucon nommé Merzhin. C'est un point faible lors des combats. Je t'apprendrais à diriger ta magie vers tes yeux pour y voir plus clair.
Nathanaël ne sut jamais si c'était l'intimidation, sa curiosité enfin satisfaite de savoir à quoi ressemblait Lailoken ou son cynisme naturel qui lui fit répondre ce qui devait être sa plus grosse gaffe :
-Euh, non merci, on dirait que ça ne vous a pas tellement réussi.
