Eh ben !

J'en connais une qui est inspirée !

Concrètement, c'est le plus long chapitre de toute la fiction.

On approche à très très grand pas d'un événement que vous attendez tous...

Donc, je vous dis pouet et bonne lecture !

CyberCoffee


Chapitre 29

Le cœur de Nathanaël se mit à battre étrangement vite et un sentiment de plénitude l'envahit quand la pointe de la tour de La Citadelle apparut au détour du Bois aux Disparus. Lailoken avait décidé de transplaner au village et de marcher jusqu'au château afin que ses élèves ne « perdent pas les bonnes habitudes ». Cela n'avait posé aucun problème au jeune homme qui avait été ravi de voir Loudly-St-Thomas enneigé. Et si le Bois aux Disparus était rempli d'une forte magie le reste de l'année, cela n'était rien comparé à cette dimension féerique que pouvait lui donner l'hiver.

La Citadelle se dressait devant eux, fièrement parée d'un manteau blanc si épais que l'on ne distinguait plus les tuiles grises des toits. Maintenant qu'il était à ses pieds, il réalisa à quel point sa maison lui avait manqué. Il tourna immédiatement la tête vers le Lac des Carmes qui avait gelé, ce qui lui arracha un large sourire : ils pourraient aller patiner dessus. Ils allaient profiter de vacances bien méritées, loin de cette satanée épreuve combinée qui continuait de leur donner autant de mal !

-Alors c'est donc cela ta demeure ? s'extasia Björn en sifflant d'un air appréciateur. Et bien mon cochon, tu n'es pas mal loti !

-Et tu n'as pas encore vu l'intérieur, c'est un lieu enchanteur, raconta Chiridirelle d'un air songeur en se remémorant la première fois où elle avait mis les pieds dans le château.

-Tant qu'il y a de la bière, même si ça avait été une grotte ça m'aurait très bien été ! marmonna Görth, toujours chamboulé par le transplanage qui avait eu un effet néfaste sur lui.

Après une brève réflexion, les deux nains avaient décidé d'accepter l'invitation des sorciers et de se joindre à eux pour les festivités mais Görth regrettait déjà d'avoir commis pareille erreur : il ne supportait pas tous ces tours de magie !

Le bout de la cape doublée par les fourrures des lapins que Nathanaël avait lui-même chassé traînait à même le sol et glissait dans la neige mais le garçon n'en avait que faire : la grande porte d'entrée du château s'entrouvrait dans un grincement causé par le froid glacial qui raidissait les gonds. Le doré scintillant de la longue cape d'Helga contrastait avec la blancheur du pont.

-Maman ! s'écria-t-il en courant dans ses bras pour l'enlacer. Tu m'as manqué !

Helga s'écarta et prit son visage dans les mains.

-Je ne te reconnais presque plus alors que cela ne fait que trois mois, Nat', dit-elle. Tu as vraiment changé, tu es beau mon chéri.

Le jeune homme rougit sous le compliment.

-'Beau', c'est vite dit ! fit une voix douce et froide qu'il reconnaîtrait entre mille. Le tout c'est d'avoir du charisme et sans cicatrice sur le visage, tu manques de charme. Regarde moi ou Lailoken, on relève le niveau !

-Salazar ! râla Helga en se retournant alors que Lailoken ricanait de concert avec son ancien élève. Arrête de dire des âneries !

Nathanaël sourit et vînt enlacer son père à son tour.

-Est-ce moi ou tu rapetisses, vieil homme ?

-Ne pète pas plus haut que ton cul parce que tu as pris un centimètre, sale morveux !

Chiridirelle et Lailoken saluèrent à leur tour le couple avant de présenter leurs invités. En papotant allègrement, ils partirent retrouver Rowena et Godric qui avaient préféré les attendre dans le salon, au coin du feu.

-Réflexes !

A peine Nathanaël ouvrit-il la lourde porte du salon que Godric l'attaqua d'un coup de pied sauté. Il para sans difficulté et lui assena un coup de point dans l'aine, l'étalant sur le coup. Le sorcier roux gémit en se frottant la partie douloureuse.

-C'est…c'est très bien, chuchota-t-il, à court de souffle. Tu ne t'es pas ramolli.

-Tu es vraiment un idiot ! fit remarquer Chiridirelle en le fixant de manière hautaine.

Nathanaël se pinça l'arête du nez et détourna son attention vers Rowena plutôt que vers la drow et le sorcier qui commençaient d'ors et déjà à se hurler dessus.

-Alors Moustique, tu as sacrément pris de la carrure !

-Ah, tu trouves ? Je ne me rends pas bien compte.

-Tu commencerais presque à devenir craquant ! le taquina la sorcière aux cheveux noirs.

Nathanaël piqua un fard.

-Hm, merci.

-NAT' ! cria Godric qui fusillait du regard l'elfe noire. Mais qu'est-ce que tu lui trouves ? Comment peux-tu trouver ça attirant ? C'est une brute insensible et perverse !

-Et toi donc ? s'insurgea Chiridirelle que les mots de Godric blessaient terriblement, à sa propre surprise. Je ne comprends même pas comment tu as pu avoir des descendants ! Tu es tellement buté et arrêté dans tes idées moyenâgeuses, c'en est désolant !

-Je te signale, Madâme la Drow, que je ne suis pas un représentant de la pire race qui existe sur terre, moi !

-TU N'ES PAS FATIGUE D'ÊTRE AUSSI IDIOT !? hurla subitement Nathanaël, qui ne put se contenir en voyant la douleur et la déception dans les yeux de son amie. Godric, je t'adore, mais tu vas trop loin. Chiri fait partie de la famille, elle l'a prouvé des millions de fois. Elle vient peut-être d'un peuple cruel mais elle est douce et sensible. Elle a fait beaucoup d'effort pour s'intégrer à la vie sorcière et tu ne l'aides pas en lui rappelant sans cesse ses origines. Oui, elle est une drow mais non, elle n'est en rien perverse et froide. Elle donnerait sa vie sans hésiter pour chacun d'entre nous et même toi. Alors une fois pour toute accepte-la comme elle est et arrête de te complaire dans une vision erronée d'elle. Je sais que tu veux me protéger mais en faisant ça, tu la blesses. Et ça je ne l'accepte plus. La blesser elle revient à me blesser moi !

Godric reçut la remarque de plein fouet, droit dans son égo. Il ne s'attendait pas à ce que son neveu lui donne une leçon, et qui plus était devant des inconnus. Il fronça les sourcils et sortit du salon, furieux.

Nathanaël soupira de peine. Il n'imaginait pas leurs retrouvailles ainsi. Il s'apprêtait à suivre ses pas quand Rowena le retînt par l'épaule.

-N'y vas pas tout de suite, il doit réfléchir. Il sait très bien que tu as raison et qu'il se comporte comme un enfant mais il doit digérer tout ça seul. Fais-moi confiance, rejoins-le dans une petite heure.

-Elle a raison, confirma Lailoken. Je me suis assez pris la tête avec cet imbécile pour en avoir une petite idée. Il s'en remettra, il a juste du mal à se remettre en question et ne se rend pas forcément compte qu'il blesse les gens en restant sur ses positions.

Björn regarda l'Enchanteur de travers : ce bougre devrait s'écouter un peu plus et tirer des leçons de ses propres sermons. Il était bien pire que ce Godric Gryffondor en matière d'insensibilité.

-Très bien, finit par capituler Nathanaël.

Il chercha Chiridirelle du regard mais ne la vit nulle part. Il haussa les épaules, peut-être avait-elle besoin d'un moment de solitude elle aussi ?

-Tu m'avais dit qu'il y aurait de la bière, Wyllt ! se rappela Görth à leur bon souvenir. M'aurais-tu menti ?

A peine eût-il demandé qu'une ribambelle d'elfes de maisons apparurent les bras chargés de victuailles et de boissons qu'ils disposèrent sur l'immense table de la salle à manger, les invitant à s'assoir et à remplir leurs ventres affamés.

Sans plus se poser de question, chacun prit place et le repas se déroula entre anecdotes grinçantes et éclats de rires.

Seuls deux résidents manquaient à l'appel.

Oo

La porte heurta le mur avec tellement de force qu'une des pierres qui le composait valdingua dans la pièce, brisant une vitrine sur le coup. Godric jura et claqua à nouveau la porte pour fermer la pièce et se retrouver enfin seul.

Il était furieux.

Cette drow, cette elfe noire, lui gâchait la vie.

Elle avait réussi à retourner le cerveau d'adolescent plein d'hormones de Nathanaël. Et c'était ce point là qui l'horripilait le plus. Qu'avait-elle bien pu lui dire pendant ces trois mois ? Qu'avait-il bien pu se passer ? Il s'étaient rapprochés –intimement, il l'avait bien compris- mais il avait toujours pensé que son neveu avait plus de jugeotes et ne tomberait pas dans cette pseudo solidarité qui n'avait aucun sens. Il avait su depuis le premier jour que cette elfe ne lui apporterait que des problèmes !

-RAAAAAAAAAAH !

Il hurla de rage.

Il attrapa le premier tabouret qui lui passa sous la main et le balança au loin, sans voir Chiridirelle qui ne dut qu'à son habilité innée d'éviter de justesse le projectile qui fut entièrement broyé sous la force de l'impact.

-Tu me détestes tant que ça ?

Le sorcier se retourna brusquement vers l'elfe qui le fixait d'un air étrange.

-Oui !

La drow encaissa le coup en fermant les yeux.

-Pourquoi ? mumura-t-elle d'une voix faible.

-Tu as tout chamboulé ! cria Godric. Nous étions si bien avant que tu n'apparaisses ! Tu es arrivé et Nat' a complètement perdu le sens des réalités ! Tu n'as pas arrêté de le charmer, de te balader les seins à l'air, je ne sais pas ce que tu cherches mais je suis bien le seul à voir ton petit jeu ! Qui t'as envoyé ?

Il la saisit par les épaules et la plaqua au mur, la soulevant comme un fétu de paille.

-Avoue ! Qui t'as envoyé ? Tu savais dès le début qui il était et quel était son destin ? C'est Voldemort, c'est ça ?

-Voldemort ? répéta Chiridirelle, abasourdie. Qu'est-ce qu'il a à voir avec Nathanaël ?

-Tu le sais très bien ! hurla de plus belle Godric.

L'elfe lui balança un coup de genoux dans l'aine et voltigea dans les airs pour inverser les rôles, menaçant le sorcier de ses cimeterres.

-NON, JE N'EN SAIS RIEN ! Je ne suis pas ici parce que je savais que Nathanaël était le prochain Enchanteur. Je ne suis pas ici pour lui faire quoique ce soit de mal, il est mon seul ami ! (Sa voix se brisa). Je ne lui ferai jamais aucun mal, tu ne comprends donc pas ? Il est ma nouvelle famille, vous êtes tous ma nouvelle famille.

-C'est ça, joue les faibles femmes ! grogna Godric en assena un coup de poing chargé de magie dans un des cimeterres de Chiridirelle. Ça ne prend pas avec moi, tu devrais le savoir ! Je sais très bien que Voldemort t'as envoyé pour le tuer ! TU ES A SON SERVICE ET TU SAIS QUE C'EST SON DESTIN DE LE COMBATTRE !

-Qu'est-ce que tu racontes, Godric ?

Le sorcier ne remarqua que trop tard que Nathanaël était dans la pièce.

-C'est quoi cette histoire ? demanda le jeune homme.

Godric s'approcha, un peu penaud.

-Nous voulions t'en parler pendant les prochains jours : tu sais désormais que tu es le prochain Enchanteur mais tu ne savais pas encore quelle entité, quel mal tu devrais combattre. Il y a une prophétie qui lie ton destin à celui du Seigneur des Ténèbres, Voldemort. Ne va pas t'imaginer que nous te l'avons caché, nous pensions simplement qu'il te fallait digérer d'abord qui tu es pour pouvoir en parler de vive voix ensembles. Pour répondre à toutes tes questions…

-Vous pensez trop.

Et sans attendre, Nathanaël fit demi-tour et rejoignit le salon d'un pas qui trahissait sa fureur, Godric et Chiridirelle sur les talons.

-JE NE COMPRENDS PAS COMMENT VOUS AVEZ PU ! hurla-t-il en ouvrant les portes du salon à la volée. VOLDEMORT, HEIN !? ME TENIR INFORME ETAIT SANS DOUTE TROP COMPLIQUE ? M'AVERTIR AURAIT SANS DOUTE PU ME DESTABILISER ? COMMENT VOULEZ-VOUS QUE J'AI UNE CHANCE DE ME PREPARER A MON DESTIN SI JE NE RECOIS LES INFORMATIONS QU'AU COMPTE-GOUTTES !?

Jamais dans sa vie Nathanaël ne s'était sentit aussi trahi et furieux. Le prenait-on pour un idiot ? Lui faisait-on si peu confiance qu'il ne pouvait être mis dans la confidence ? Paraissait-il si faible à leurs yeux ?

-OH MAIS TU VAS LA FERMER, OUI !? aboya Lailoken en se levant brusquement et en abattant ses deux poings sur la table. « Je ne sais pas ci !», « je ne sais pas ça !», « on ne me fait pas confiance !», « je suis le vilain petit canard !», tu n'en as pas marre de te plaindre ? Es-tu si peu reconnaissant envers eux que tu te permets de te montrer outré à la moindre frustration ? Ils t'ont recueilli alors qu'ils n'y étaient pas obligés, ils t'ont éduqué, ils t'ont enseigné la magie et ses secrets, ils t'ont appris à te battre et à te surpasser, ils n'ont jamais cessé de te préparer à ton destin, ils t'ont tout donné et toi tu n'es pas content ? Réveille-toi un peu ! MONTRE LEUR PLUS DE RESPECT ! Alors oui, ils ne t'ont pas avoué que tu étais le prochain Enchanteur, oui, ils ne t'ont pas encore parlé de Voldemort mais n'oublie jamais tout ce qu'ils ont déjà fait pour toi et tout ce qu'ils feront encore ! Tu veux savoir ? Tu veux tout savoir ? Alors, très bien je vais te dire exactement ce qu'il se passe, je vais te dire exactement ce qu'à Soul ! Mais c'est vrai que des secrets, tu en as aussi, non ? Ils ne savent rien de Soul, n'est-ce pas ? Ils ne savent rien de cette âme qui est collée à la tienne depuis que tu es né !

Nathanaël écarquilla les yeux. Comment avait-il osé leur dévoiler l'existence de Soul ? Il voulait le faire en douceur dans les meilleures conditions possibles ! Il stoppa net à cette pensée en réalisant : c'était exactement la même chose pour les Quatre Fondateurs. Ils voulaient lui dévoiler la vérité dans les meilleures conditions possibles. Il avait une fois de plus été aveuglé par sa bêtise.

Il soupira et ferma les yeux de fatigue.

-De quoi parle-t-il ? demanda Helga, anxieuse.

-Je parle de Soul, enchaîna sans attendre le vieil homme en colère. C'est une âme vagabonde qui loge dans l' esprit de Nathanaël. Elle a commencé à interagir avec lui il y a un peu plus de quatre ans. C'est lui qui l'a appelé Soul. Et c'est entre autre le pourquoi de notre visite : elle s'affaiblit. J'ai découvert une sorte de connexion entre elle et quelque chose d'autre. Cette connexion, en plus de puiser dans ses forces, est reliée à Lord Voldemort lui-même.

L'annonce fit l'effet d'une douche froide à toute l' assemblée. En particulier à Nathanaël qui ne s'attendait pas à pareilles révélations et à Soul qui fut horrifiée d'apprendre qu'elle était connectée de quelques manières que ce soit au plus noir sorcier de cette génération.

-Vous n'êtes pas sérieux ?

-J'ai bien peur que si, soupira le vieil homme à voix haute en s'asseyant. J'en ai bien peur, Soul.

-Mais pourquoi ? Pourquoi moi ? fit l'âme, la voix emplit de détresse.

-Je n'en ai aucune idée malheureusement mais c'est bien pour ça que nous sommes venus ici, Helga va jeter un coup d'œil, elle est bien plus douée que moi en matière d'Occlumencie.

-Nat', j'ai peur…

-Moi aussi, Soul, moi aussi.

Les Quatre Fondateurs, Chiridirelle et les deux nains avaient suivi la scène sans trop comprendre, ne pouvant entendre la voix de Soul. Ce fut Salazar qui brisa le silence qui s'en suivit.

-Qu'est-ce que c'est que toute cette histoire ? Nat', explique-toi !

-Le mieux serait encore de vous montrer, soupira le jeune homme en faisant un signe à Lailoken. Vous pouvez… ?

Le vieil Enchanteur hocha la tête et emmena tout le monde dans l'esprit immaculé de son jeune apprenti.

-WYLLT ! hurla Görth, une grimace de dégoût collée au visage. Ne refais plus jamais ça ! Jamais ! Un nain ne se promène pas dans la tête d'autrui !

-Oh, arrête donc de faire ta mijaurée, je te rappelle que tu étais complètement d'accord avec le principe quand il s'agissait de visiter les pensées de celle qui est devenue ta femme grâce à ces excursions !

-Père ! s'insurgea Björn complètement abasourdi par ces révélations. Tu…tu es allé dans l'esprit de Mère sans qu'elle ne le sache ?

Le vieux nain prit en faute se gratta l'arrière du crâne en détournant le regard.

-Ça m'est peut-être arrivé une fois ou deux…ou dix.

-Tu devrais avoir honte !

-En attendant tu ne serais pas ici aujourd'hui s'il n'avait rien fait ! lui rappela Lailoken en ricanant.

Malgré la situation délicate, Nathanaël esquissa un large sourire avant de visualiser une unique boule de verre au milieu de la pièce blanche et sans fin. La seule différence avec les boules ordinaires était que la brume qu'elle contenait était noire aux reflets verdâtres et luminescents.

-Tu es sûr que c'est une bonne idée ? demanda la voix de Soul qui fit sursauter tout le monde sauf Lailoken et Nathanaël.

-Soul, nous devons aller voir, j'en ai besoin. Maman va trouver une solution pour que tu ailles mieux !

-Montre leur d'abord notre histoire pour qu'ils sachent qui je suis !

-Si tu y tiens.

Un milliard de boules de verre aux paresseuses brumes blanches tombèrent de nulle part. La seule boule noire contrastait vivement avec la blancheur immaculée de la pièce. Un vent violent brisa toutes les boules de leurs souvenirs et, dans un étrange chaos, tous purent vivre à travers les yeux de Nathanaël leur rencontre, leurs joies et leurs peines.

-Soul est mon amie, dit simplement le jeune homme quand tout fut terminé. Fais quelque chose Maman, s'il te plaît. Je t'en supplie.

Helga fut secouée par la supplique de son fils. Il semblait si désespéré. Elle jeta un coup d'œil à son mari qui fixait toujours le jeune homme comme s'il le voyait pour la première fois.

-C'était donc ça que tu me cachais ? demanda Chiridirelle en s'approchant.

-Oui, c'était quelque chose que je n'étais pas prêt à partager avec quiconque et si Lailoken n'avait pas été…lui, je ne l'aurai sans doute jamais dévoilé à personne. Je…nous sommes deux et un, c'est comme être plusieurs mais avoir son propre espace, comme avoir un confident et une conscience à portée de main. C'est unique et je ne souhaite pour rien au monde que cela cesse un jour. C'est devenu vital pour moi d'avoir Soul à mes côtés.

-Tu m'as ôté les mots de la bouche, Nat'.

-Allons-y ! fit Helga d'un ton qui n'admettait aucune réplique.

Lailoken brisa la boule de verre noire et L'Abysse les enveloppa, étouffante et sombre.

Nathanaël n'y était encore jamais allé, l'endroit était trop dangereux pour un novice comme lui en matière de magies de l'esprit. Ce qui le frappa en premier était ce sentiment de solitude qui y régnait. Il comprenait désormais pourquoi Soul était si bavarde. On n'y voyait rien, il n'y avait ni haut ni bas, ni droite ni gauche. Rien qu'une masse noire aux reflets verdâtres luminescents tout comme la brume qu'ils avaient pu voir dans la boule. Soul n'avait pas de corps.

-C'est étrange, n'est-ce pas ? fit-elle. Mon monde est bien différent du tien. Commencer à voir la vie par tes yeux m'a sauvé Nat', j'allais devenir folle ici, toute seule.

-Je veux bien te croire, murmura le jeune sorcier, émut.

-C'est tellement…vide, fit Rowena en grimaçant.

Chacun comprit ce qu'elle entendait par là sans demander plus d'explications. Un vide dérangeant, pas comme une pièce vide mais comme un être vide. Pourtant Soul était bien là, bien vivante. Elle qui était si chaleureuse, si joyeuse, comment pouvait-elle demeurer dans un endroit si désolé ? Comment réussissait-elle à ne pas perdre les pédales ?

-C'est grâce à Nat', il ne se doute pas à quel point il me sauve la vie tous les jours, expliqua Soul à la question muette de toute l'assemblée.

Ils firent le tour de la masse sombre qui sembla encore plus éteinte à Lailoken. Arrivés au filament, Helga l'examina attentivement, libéra sa magie et s'imprégna des flux qui dévoraient doucement l'énergie de Soul.

-C'est étrange, fit-elle au bout d'un moment, j'ai comme l'impression que cette connexion est là depuis le début mais qu'elle ne s'est éveillée qu'il y a peu de temps. Elle a réagit à quelque chose. Tu dis que ce filament est relié à Voldemort, Lailoken, mais comment le sais-tu ?

-Je l'ai longé et au bout d'un long moment j'ai ressenti un froid incomparable. J'ai su que je n'étais plus dans l'esprit de Nathanaël ou même encore dans L'Abysse, j'étais autre part. J'ai par la suite commencé à voir à travers les yeux d'un homme, il y avait un dénommé Lucius Malefoy et une femme appelée Bellatrix. Il a aussi tué un petit homme, Peter Pettigrow. Quand l'homme dans lequel je me trouvais a croisé un miroir, j'ai vu ses yeux rouges et son visage blafard. Il n'y a aucun doute possible, c'était bien celui de Voldemort.

-Attends ! Peter Pettigrow ? Mais n'était-il pas mort le soir où Voldemort a tué les Potter, assassiné par Remus Lupin ? releva Godric ne fronçant les sourcils.

-Il faut croire que non.

-Toujours est-il que je ne peux pas couper la connexion, Soul, avoua Helga. Je ne sais pas ce que cela déclencherait si je le faisais. Cela pourrait te tuer.

-Je vais être condamnée ? s'écria l'âme.

-Non, non, la rassura immédiatement la sorcière. Mais tu vas devoir aider Nathanaël à fermer au maximum son esprit mais surtout à réguler au maximum ce flux. Tu vivras toujours à travers Nathanaël car sa magie nourrit ton existence mais Voldemort ne doit jamais se rendre compte qu'il t'est connecté. Car si Lailoken a pu aller jusqu'à son esprit, je crains qu'il ne puisse faire l'inverse.

Salazar réfléchissait intensément.

-Donc, si je comprends bien, Nat' doit créer un flux qui alimentera et remplacera l'énergie que Voldemort vole à Soul et ils devront parfaire leurs défenses spirituelles afin de bloquer tout accès, dans un sens comme de l'autre, à toute intrusion mentale ?

-Exactement.

-Ça me va ! s'enjoua le premier concerné. Je suis certain qu'on peut y arriver !

-Merci, merci beaucoup Helga !

-Nous allons profiter de cette semaine pour ériger les premières fondations ensembles, décida Helga.

-Parfait ! s'écria Görth en levant le poing. Allons-nous-en !

Et, sans attendre quiconque, il flotta au loin.

-Tant que je ne te ramène pas dans l'esprit du pignouf, tu vas continuer à dériver Görth ! lui apprit Lailoken en ricanant.

-Eh bien dépêche-toi donc, Wyllt, j'ai soif, j'ai froid, et j'ai faim !

-Dis donc Père, nous n'avons pas terminé la discussion sur ta manie de visiter les pensées des gens ! lui rappela son fils en le fusillant du regard. A qui d'autre as-tu fait ceci ?

Görth déglutit avec difficulté et lui fit un sourire gêné, puis il supplia Lailoken du regard.

-Wyllt, mon cher ami, il serait vraiment utile que tu nous ramènes dans le salon maintenant !

Oo

L'éclat argenté de la lune éclairait la cime des arbres enneigés, apaisant peu à peu le cœur de Chiridirelle. Tout rentrait dans l'ordre. A présent la drow comprenait tous ces silences et ces cachotteries, cette distance et cet inconfort qui avaient été si dur à supporter. Elle qui n'avait jamais compté sur personne en SombresTerres à part lui, elle qui n'avait jamais eu confiance en quiconque, elle qui n'avait jamais eu d'ami, elle avait eu énormément de mal à voir Nathanaël s'éloigner d'elle peu à peu. Et tenir autant à lui l'effrayait. Mais finalement, tout allait mieux. Tout était terminé.

Elle avait retrouvé leur complicité si spéciale. Elle avait retrouvé son ami.

Une seule ombre au tableau demeurait : Godric.

Son aversion envers elle était aussi totale qu'inexplicable. Leurs chamailleries incessantes durant les années qu'elle avait passé à La Citadelle avait été pour elle une sorte de relation étrange qui leur permettait de se supporter. Ils avaient leurs différences et leurs caractères mais Chiridirelle ne détestait pas le sorcier, il l'exaspérait, l'ennuyait, elle le trouvait même idiot mais elle ne l'avait jamais détesté. Il était après tout une personne chère aux yeux de Nathanaël et il avait toujours été là pour lui. Malgré ces nombreux défauts, Godric Gryffondor était une personne profondément bonne.

Voir la haine dans son regard l'avait bouleversée bien plus qu'elle n'avait pu se l'avouer.

Il lui reprochait des choses horribles, il lui reprochait même d'être une drow. Mais qu'y pouvait-elle ? Bien que la tirade de Nathanaël l'ait profondément émue, les mots durs de Godric résonnaient depuis des heures dans sa tête.

Elle n'avait jamais été une personne mauvaise et cruelle. Elle n'avait jamais été perverse et froide. Et ce, malgré sa lignée. Godric voyait-il quelque chose qui dormait au fond d'elle, bien caché et prêt à surgir dans les instants les plus noirs ? Etait-elle condamnée à devenir un de ces elfes noirs sanguinaires ? Finirait-elle par faire du mal à son seul ami ?

Pour la première fois de sa vie Chiridirelle sentit des larmes salées perler le long de ses cils.

-Je suis désolé.

L'elfe sursauta, elle n'avait pas entendu les pas pourtant habituellement si lourds du sorcier roux. Elle essuya ses joues du revers de sa main et se tourna vers lui.

-Je suis désolé, répéta-t-il en s'accoudant au rebord de la fenêtre, frôlant l'épaule de la drow. Je ne suis qu'un idiot.

-Tu en as mis du temps à t'en rendre compte ! grinça-t-elle entre ses dents.

-Hm, je l'ai bien mérité, fit le sorcier en fixant les ombres des pins au loin. Je suis quelqu'un de buté, Chiridirelle. Et aussi idiot, quelqu'un de vraiment très idiot. Tu n'es pas une mauvaise personne. J'ai simplement beaucoup de mal avec les drows. Tu n'y es pour rien, j'ai…j'ai perdu mon frère à cause de l'un des tiens.

La jeune femme fronça les sourcils, aucun des trois autres Fondateurs ne lui avaient rien dit à ce sujet.

-Ils ne savent pas.

Elle tourna la tête vers lui, étonnée.

-Ils ne savent rien sur la mort d'Ulric. Ils pensent qu'il est mort naturellement, de vieillesse.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-elle doucement.

-Il a fait confiance à un elfe noir. Il en est mort.

Chiridirelle baissa la tête, en cet instant elle avait honte d'être une drow.

-Je suis déso…

-Ne t'excuse pas ! la coupa le sorcier. Je suis ici pour te faire mes excuses, tu ne me dois rien toi. Alors, s'il te plaît, accepte-les et oublie tout ce que j'ai bien pu dire sous l'emprise de ma colère. Tu es quelqu'un de bien et Nathanaël à de la chance d'avoir pareille amie à ses côtés. Repartons sur des bonnes bases.

Un sourire éclatant lui répondit.

-Avec plaisir.

Et sous la lueur de la lune, Chiridirelle Mir'Drust et Godric Gryffondor se serrèrent la main et scellèrent un nouvel accord.