Saluuuuuuuuuuuuuuut les endives !

Oui, ça fait plus d'un mois que je n'ai rien posté.

Oui, je vous ai laissé dans un suspens insoutenable...oui, je suis une mauvaise endive.

J'ai eu un vrai blocage, un trou, un vide. Je n'arrivais plus à mettre les mots sur mes pages blanches, une catastrophe ! Mais me revoilà, mon inspiration est revenue et j'espère vous rendre bientôt très heureux avec le Chapitre 32 que j'essayerai de poster très viiiiite !

Sinon, j'ai un petit coup de gueule à passer, ce n'est d'habitude pas mon genre mais je m'octroie le droit de pousser mon petit vagissement ce soir : en tant qu'auteur, il m'est primordial-nécéssaire-j'adoreça d'avoir des critiques, des reviews, des commentaires.

Vous êtes très nombreux à venir lire mon histoire mais vous êtes trop peu à me laisser un petit commentaire. Je ne demande pas grand chose, simplement savoir si l'histoire vous plaît et pourquoi ou si l'histoire ne vous plaît pas et pourquoi. Comment trouvez-vous la manière d'écrire, quelles sont les choses à travailler ? C'est mon seul moyen de toujours plus m'améliorer ou de simplement m'encourager, alors soyez chics : pensez-y !

En tout cas, je vous fais plein de bisous sur les deux fesses et je vous souhaite bonne lecture !

Bisous les endives !

CyberCoffee


Chapitre 31

C'était un flot torrentiel, une vague dévastatrice.

Elle jaillit comme un geyser si haut dans le ciel que personne n'aurait pu en voir la fin, elle bondit hors du corps tendu à l'extrême de Nathanaël, et vînt ensuite une explosion de pure puissance.

La libération fut douloureuse, si douloureuse que le jeune homme hurla à en perdre la voix. La magie –sa magie- lui brûlait le corps entier, elle se déversait dans le ciel comme le déferlement de sa haine, de sa rage et de son impuissance. Une multitude de sentiments plus violents les uns que les autres se mêlèrent et se mélangèrent pour n'en former plus qu'un seul : le désir de vengeance.

Et soudain, aussi vite qu'elle avait explosée, sa magie rejoint son corps et ronronna du plaisir d'avoir pu s'exprimer sans retenue. Bien que Nathanaël ressente un bien-être incomparable à la sentir si rassasiée, la haine qu'il ressentait l'empêchait de profiter de ce moment si intime avec son pouvoir.

-Nat'…murmura la voix de Soul qui lui parvînt enfin. Regarde autour de toi.

Le futur Enchanteur releva la tête et se décomposa en voyant le cataclysme qu'il avait causé : tout autour de lui, plus rien n'existait encore si ce n'étaient les rescapés du raid et les aurors que les Fondateurs et Lailoken protégeaient sous la barrière la plus résistante qu'ils avaient pu invoquer. Mais ce qui lui fit le plus mal n'était pas tant d'avoir tout dévasté que la peur qu'il pouvait lire dans les yeux des enfants et des aurors.

Il les terrifiait.

Et quelque chose clochait.

Il ne sentait plus le poids du corps de Mrs Collins dans ses bras. Lentement, effrayé par ce qu'il allait découvrir, il baissa les yeux…et pleura. Le corps de la vieille femme n'était plus que cendres qui s'effritèrent au fur et à mesure qu'il fut secoué de soubresauts incontrôlables. Tout ce qui avait fait de Mrs Collins ce qu'elle était disparaissait irrévocablement devant ses yeux. Il ne resta bientôt plus d'elle qu'un médaillon d'argent noirci par le temps et quelques cendres qui volaient dans la brise. D'un geste absent, Nathanaël se saisit du bijou de ses mains ensanglantées et il l'ouvrit en pensant y trouver un portrait de feu son mari. Quand il vit le visage de la vieille femme et son propre visage lui sourire en faisant des signes de la main, il se recroquevilla sur lui-même en pleurant et en serrant le médaillon jusqu'à s'en faire blanchir les doigts. Il s'agissait de la photo magique qu'ils avaient prise ensemble au Chemin de Traverse.

La colère et le désir de vengeance revinrent, plus puissants, plus lancinants.

-Nat', non ! s'écria Soul en comprenant ce qu'il allait faire.

-Je jure sur ma vie, Mrs Collins, que je te vengerai et que je ne m'arrêterai qu'une fois qu'ils seront morts. Deux vies pour une, je n'aurai de repos qu'une fois leurs cadavres sous mes yeux et leur sang sur mes mains !

La voix de Nathanaël n'avait été qu'un murmure mais elle tonna étrangement dans les ruines et elle fut clairement audible pour la totalité de ses spectateurs impuissants. Il leva le bras droit et, d'un doigt chargé d'une magie furieuse, signa le serment qui le lierait pour le restant de sa vie. La croix bleue brilla intensément tandis que le poids de sa promesse se marquait de manière indélébile dans sa chair, par-dessus sa cicatrice. Si la marque lui fit l'effet d'un fer chauffé à blanc, Nathanaël ne broncha pourtant pas.

La lueur ne s'estompa pas. Et chacun sut sans qu'on ait besoin de le dire qu'elle ne s'estomperait qu'une fois la promesse tenue.

Ce fut Lailoken qui s'approcha de lui en premier –il était après tout le seul à pouvoir contrer la puissance de son apprenti si celui-ci en perdait le contrôle- et qui posa sa main sur son épaule pour le faire sortir de sa contemplation du médaillon.

-Viens, c'est terminé.

Le garçon se tourna vers lui et il put percevoir une concentration magique importante au niveau de ses yeux. Il eut peur qu'il ne leur soit arrivé le même sort qu'aux siens.

-Qu'as-tu aux yeux ?

-De quoi parlez-vous ? demanda Nathanaël, complètement atone.

-Je sens une concentration magique dans tes yeux.

Le garçon les toucha et remarqua qu'il n'avait plus ses lunettes sur le nez, il ne les avait pas senti tomber. C'était étrange, il voyait pourtant très bien ! Il fit apparaître machinalement un miroir devant lui et fut surpris par les paillettes dorées qui dansaient dans un rythme plus effréné que jamais, noyant le vert de ses yeux sous leur tempête. C'était comme si sa magie dansait dans ses iris. Mais bien plus que ses yeux, le changement le plus voyant était sa chevelure noir-corbeau qui avait laissée place à une tignasse aussi blanche que celles de Chiridirelle et Lailoken.

Alastor Maugrey, quant à lui, ne savait plus quoi faire ni quoi penser : cet enfant était-il une menace, ces gens étaient-ils dangereux, ou n'étaient-ce que de bonnes âmes qui avaient aidées, n'écoutant que leur courage ? L'auror n'avait encore jamais vu pareille puissance et pareille force de destruction. La magie du gamin avait tout anéanti sur son passage et si ses compagnons n'avaient pas invoqué leur barrière, ils y seraient tous passés.

« Vigilance constante », lui rappela son expérience et il mit en joue le garçon et le vieil homme sans yeux. La trentaine d'aurors qui avait survécue l'imita et ils encerclèrent les sorciers qui les avaient aidés. Les ordres étaient clairs, et ce, qu'importe ce qu'ils pouvaient bien en penser.

L'arrestation s'effectua dans le calme, ils n'opposèrent aucune résistance sauf la jeune femme d'origine africaine aux longs cheveux étrangement blancs (l'illusion de Rowena sur le physique de Chiridirelle fonctionnait heureusement encore à merveille) qui leur laissa ses armes avec une certaine réticence.

-Donnez-nous vos baguettes ! ordonna Maugrey.

-Nous n'en avons pas, répondit Rowena.

Préoccupés par l'attaque surprise de l'orphelinat, les Fondateurs n'avaient pas pensé à prendre leurs baguettes-leurres qu'ils emportaient toujours avec eux pour donner le change lors de leurs déplacements dans le monde magique. Cernés de toutes parts par les aurors, aucun d'eux n'avait la possibilité d'en faire apparaître discrètement. Et il ne servait à rien de mentir, ceux-ci avaient vu l'étendue de leurs pouvoirs.

-Ne vous foutez pas de moi !

-Nous ne mentons pas, assura Helga de son éternelle voix douce.

Après une fouille au corps minutieuse, Maugrey dut se rendre à l'évidence : ces gens étaient des virtuoses de la magie. Qui étaient ces personnes ? Mis à part Albus Dumbledore qui était considéré comme un très grand sorcier par toute la communauté magique –même Le Seigneur des Ténèbres le craignait-, Alastor Maugrey n'avait encore jamais vu quiconque se passer de baguette magique. Par pure envie d'avoir le dernier mot il ordonna au sorcier aux cheveux noirs et à la cicatrice de lui remettre sa canne qui ne lui servait absolument pas à l'aider à marcher, après tout il l'avait vu en plein combat et l'homme n'en avait pas besoin.

-Faites attention, elle mord ! lui siffla-t-il en faisant claquer sa langue bifide qui fit sursauter la plupart des aurors.

Leur chef ne comprit ce qu'il voulait dire que lorsque la tête de serpent qui faisait office de pommeau prit vie sous ses yeux horrifiés. Elle s'allongea sur un mètre pour venir s'arrêter à la hauteur de ses yeux et siffla furieusement.

-Sealvia, cesse tes enfantillages ! fit l'homme en souriant. Tu fais peur aux messieurs.

Le serpent de platine se tourna vers son maître et siffla de plus belle avant de froncer le nez d'un air suffisant et de retrouver son immobilité.

Des craquements résonnèrent et des Oubliators apparurent autour d'eux et s'attelèrent immédiatement à la tâche d'effacer la mémoire des survivants. Godric vit l'un d'eux s'approcher de Logan, toujours inconscient, et lui retirer le voile argenté et ondoyant de ses souvenirs par la tempe. Il eut un mouvement de colère qu'il enfouit tout aussi vite : il était préférable que l'enfant ne se souvienne pas de pareilles horreurs.

-Soignez-le bien ! lança-t-il à l'agent ministériel. Son père s'appelle Archibald Brisefer, il habite au village. Rendez-lui son fils.

L'homme hocha sèchement la tête et donna quelques ordres à ses sous fifres pour qu'ils aillent vérifier ses dires.

Godric sentit comme un crochet lui saisir le ventre et ils se retrouvèrent tous dans une pièce close au sol de marbre noir.

-Ed ! Tu peux ouvrir ! cria l'auror borgne en s'adressant au mur.

A peine eut-il fini sa phrase qu'une ouverture rectangulaire apparue en plein milieu de celui-ci. Un agent ministériel se présenta dans l'encadrement et l'auror lui chuchota ses instructions à l'oreille. « Ed » hocha la tête.

-Nous allons vous installer dans les salles d'interrogatoires, leur dit-il d'une voix sèche. Maugrey va vous poser quelques questions.

Il leur fit signe de le suivre et ils s'avancèrent dans un dédale de couloirs sombres et froids. Les aurors les maintenaient toujours en joue et ne cessèrent qu'une fois devant la porte de la salle.

-Entrez ! leur ordonna le dénommé Ed. Je vous préviens, la salle est sous un dôme anti-magie, vous ne pourrez pas pratiquer et tous les possibles charmes que vous portez sur vous se dissiperont une fois à l'intérieur.

Tous les résidents de La Citadelle se tournèrent vers Chiridirelle. Comment allaient-ils pouvoir expliquer la présence d'une drow en Surface ?

-Mais vous n'avez rien à cacher, n'est-ce pas ? susurra l'homme. Entrez !

Nathanaël fut le premier à entrer et Rowena sentit les charmes apposés sur lui s'annuler automatiquement. Cela ne présageait rien de bon concernant l'apparence physique de Chriridirelle. Un part un, ils entrèrent et s'assirent. Chiridirelle fut la dernière à passer le pas de la porte, elle ferma les yeux et retint son souffle jusqu'à ce qu'elle n'entende l'auror lui ordonner de se dépêcher.

-Nous n'avons pas toute la journée ! Asseyez-vous !

L'elfe rouvrit les yeux et regarda sa peau noir-chocolat sans comprendre : n'était-elle pas censée retrouver sa forme originelle ? Elle jeta un coup d'œil interrogatif à Rowena qui suait à grosses gouttes et elle comprit. La sorcière s'évertuait à maintenir le sortilège en place malgré le dôme anti-magie. C'était un véritable tour de force.

-Bien, Maugrey va arriver d'un instant à l'autre.

Et l'homme sortit de la pièce.

-Nous allons nous relayer, fit la voix de Rowena dans chacune de leur tête. Je ne tiendrai pas assez longtemps. Nathanaël, tu t'en sens capable ?

Nathanaël avait la sensation d'évoluer dans un rêve éveillé. Il traversait chaque instant englué dans du coton. Mrs Collins était morte sous ses yeux. Ils s'étaient fait arrêter. Il devait protéger Chiridirelle. Il le ferait.

-Oui.

La porte grinça et Alastor Maugrey entra en laissant son œil de verre tourner sur lui-même pour inspecter les lieux. Il avança en claudiquant et s'assit sur la chaise en face d'eux.

-Bien, nous allons commencer ! s'exclama-t-il en les foudroyant du regard et en désignant du menton Nathanaël. Toi en premier ! Nom, prénom, date de naissance.

-Nathanaël Silverstone, né le quinze août mille neuf cent quatre-vingt, répondit-il dans un murmure.

-Que faisais-tu à l'orphelinat ?

-Gabriel m'a prévenu qu'il y avait une attaque de mangemorts, je suis parti aider.

-Pourquoi ? Tu as seulement seize ans, bientôt dix-sept, n'es-tu pas trop jeune ? Pourquoi risquer ta vie pour aider lors d'une attaque comme celle-ci ? insista l'homme.

-J'y ai vécu durant neuf ans, fit-il en soutenant son regard. Je connaissais tous ces gens !

-Tu aurais pu mourir.

-Ça n'a aucune espèce d'importance ! s'exclama le jeune homme d'une voix sèche. Ne vous seriez-vous pas sacrifié pour les gens que vous aimez ? Pour les gens qui vous ont élevés pendant la première partie de votre vie ? N'auriez-vous donc pas agi si vous saviez être en mesure de combattre et de les sauver ?

Sa voix se mit à trembler sur la fin. Ses yeux étaient brillants d'une colère à peine contenue et Maugrey nota dans un coin de sa tête qu'il lui faudrait faire des recherches concernant les étranges paillettes dorées qui y dansaient.

-Si, si j'aurais aidé.

-Alors vous comprenez pourquoi nous étions sur les lieux.

-Oui, mais je ne comprends pas qui vous êtes. D'où tiens-tu cette puissance ? Tu n'apparais dans aucun registre, tu n'es pas inscrit à Poudlard ou dans une autre école de sorcellerie ! Aux yeux du monde magique tu n'existes pas avant ton adoption par Helga et Salamander Silverstone, il y a six ans !

-Que voulez-vous que je vous dise ? répliqua Nathanaël qui ne comprenait pourtant que trop bien les insinuations de l'auror.

-Comment as-tu pu passer sous les radars ? Toute manifestation magique avant les onze ans est signalée dans les registres du Ministère et les enfants nés-de-moldus sont inscrits d'office sur la liste de Poudlard. Il est impossible que tu n'aies pas fait de magie involontaire avant tes onze ans et même après nous aurions du être prévenus puisque tu ne possèdes pas de baguette magique et que la Trace est activée sur tous les mineurs !

-Votre système est manifestement défectueux, constata Nathanaël.

-Il est trop perspicace ! s'exclama Soul.

Maugrey soupira et se pinça l'arête du nez.

-Il faut croire que oui. A toi ! ordonna-t-il à Chiridirelle.

-Nathanaël, prends la relève ! s'exclama Rowena qui sentait ses dernières forces la quitter.

-Il faut qu'il tourne la tête ! intervînt Salazar en se concentrant et en faisant claquer la porte.

Maugrey se retourna immédiatement en direction du bruit et ne vit pas l'apparence physique de la drow vaciller, dévoilant le temps d'une seconde sa véritable identité. Lorsque l'auror se tourna à nouveau vers eux, l'elfe était de nouveau couverte par l'illusion.

-Chiridirelle Mir'Drust, née le cinq janvier mille neuf-cent soixante-seize, fit-elle en soupirant de soulagement.

-Mir'Drust ? Ce n'est pas commun ! Ça vient d'où ?

-De Som…Somalie, se reprit-elle de justesse. Ça vient de Somalie.

-Ah vraiment !?

Son ton était cassant, il n'y croyait pas un instant.

Nathanaël inspira profondément en essayant de paraître le plus naturel possible. À peine avait-il repris le sort d'illusion qu'il avait eut l'impression qu'une chape de plomb lui écrasait le corps et l'esprit. Le dôme anti-magie faisait bien son travail et il l'empêchait de penser à autre chose qu'à faire tenir le sort sur Chiridirelle.

-Laisse-moi aider, murmura Soul en joignant ses forces aux siennes.

Cela le déchargea un peu mais il espéra que l'auror n'aurait pas à lui reposer d'autres questions, il ne se sentait pas capable d'y répondre tout en en gardant le contrôle.

-Oui, vraiment, répondit Chiridirelle à l'homme sans ciller.

-Tu dois bien te rendre compte que je ne te crois pas un seul instant ! répliqua Maugrey en grimaçant. Ne me prends pas pour un imbécile !

-Ce n'est pas le cas, lui assura la drow.

-Alors d'où viens-tu ?

-De Somalie.

-Je réitère : d'où viens-tu ? insista l'auror qui perdait patience.

-Et je répète : de Somalie, répondit une fois encore l'elfe noire.

L'auror ricana.

-Je dois avouer, fit-il à toute l'assemblée, que vous êtes coriaces tous autant que vous êtes. Mais vous ne me connaissez pas, je vous ferai craquer !

La porte claqua à nouveau et un vieil homme à la barbe aussi longue et blanche que l'étaient ses cheveux s'avança dans la salle d'interrogatoire. Son regard bleu semblait sonder l'âme de chacun par-dessus ses lunettes en demi-lune délicatement posées sur l'arête de son nez aquilin. Il avait une certaine prestance -il fallait bien lui concéder malgré la robe de sorcier aux motifs très originaux qu'il portait- mais la lueur malicieuse qui brillait dans ses yeux dérangea immédiatement Nathanaël.

-Il suffit Alastor ! ordonna-t-il d'une voix calme mais sèche. Je me porte garant de ces personnes.

-Albus ! s'exclama l'auror en se levant. Vous connaissez ces gens ?

-Oui, acquiesça-t-il. Il s'agit entre autre d'une vieille connaissance. Cela faisait bien longtemps que je ne t'avais vu, Lailoken.

-Pas assez à mon goût ! siffla l'Enchanteur en fronçant le nez en un signe de dégoût non équivoque.

Le vieil homme soupira.

-La rancœur t'envahit toujours...si certaines choses gagnent à ne jamais changer d'autres mériteraient de l'être.

-Ne joue pas à cette comédie pathétique avec moi, Albus ! le coupa l'aveugle.

Maugrey grogna :

-Parle avec plus de respect, vieillard ! Tu t'adresses à Albus Dumbledore, pas au gueux du coin !

-Oh mais je sais pertinemment à qui je parle, Mr Maugrey ! répondit Lailoken d'une voix tranchante sans lâcher un seul instant des yeux le Directeur de Poudlard.

-Donc vous savez qui sont ces gens Albus ? demanda à nouveau l'auror en se tournant vers le vieil homme.

-Oui, tu peux les laisser s'en aller.

-Bien.

Il fit un signe de tête et tous se levèrent et suivirent un à un l'invitation de Albus Dumbledore à sortir de la salle d'interrogatoire. Chiridirelle s'engouffra par la porte la première, elle voulait décharger Nathanaël le plus rapidement possible. A peine fut-elle sortie que celui-ci lâcha prise et put enfin respirer normalement, ce que ne manqua pas de remarquer le Directeur.

-Je ne t'ai jamais vu aussi entouré Lailoken, remarqua-t-il. Qu'est-il advenu de cet être froid et distant que j'ai connu ?

L'Enchanteur grogna en pinçant les lèvres.

-Il faut croire que ta présence était la cause de ma mauvaise humeur permanente !

Albus Dumbledore esquissa un petit sourire puis il tourna son regard vers Nathanaël qui semblait épuisé aussi bien physiquement que mentalement.

-Ton salut est arrivé. Il semble...prometteur.

La lueur qui dansait dans les yeux de son ancien apprenti ne plaisait pas du tout à Lailoken. Albus Dumbledore était un homme dont le point fort résidait dans la manipulation d'autrui. Il ne devait s'approcher de Nathanaël sous aucun prétexte. Le jeune homme n'était plus en état de sentir le danger qui émanait pourtant du vieil homme à lunettes.

-Il semble très fort, continua le Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et Sorciers. Vraiment très fort. J'ai ressenti une explosion de puissance absolument titanesque tout à l'heure, je suppose qu'il s'agissait de ton protégé.

Bien qu'il s'adressât à Lailoken, celui-ci comprit dans son intonation qu'il ne s'agissait pas d'une question mais belle et bien d'une affirmation.

-Ne t'avise pas de tenter quoique ce soit envers Nathanaël, Albus ! gronda l'Enchanteur en libérant son aura.

Toutes les personnes présentes dans le couloir des salles d'interrogatoires se retournèrent, leur instinct leur criait prudence face à cette démonstration de puissance.

Alastor Maugrey n'en revenait pas. Comment ce vieillard aveugle osait-il menacer le plus grand sorcier de tous les temps ? Et surtout, comment un être humain pouvait posséder un tel pouvoir ? Comme Albus semblait les connaître et qu'il s'en portait garant, ces personnes –si elles étaient du côté du Bien- pouvaient très certainement faire la différence dans une bataille contre les sbires de Voldemort ou contre Voldemort lui-même. C'était peut-être l'atout qu'ils leur manquaient pour gagner cette guerre : il se devait d'en savoir plus sur ces étranges personnes.

Albus ne brocha pas et esquissa un de ces horripilants sourires qui avaient le don d'exaspérer Lailoken.

-Je ne t'ai jamais vu aussi attaché à un de tes apprentis, constata-t-il en plissant les yeux. Il me tarde de le connaître d'avantage !

Plongé dans une profonde léthargie, Nathanaël ne faisait aucunement attention au combat qui se menait plus loin. Il ne voyait même plus Chiridirelle qui avait pris ses mains dans les siennes pour le soutenir et partager son chagrin. Il ne voyait que Mrs Collins et ses cheveux blancs, étendue au sol, ensanglantée. Il ne sentait que sa main chaude et rêche sur sa joue, il n'entendait que le doux murmure de sa voix, il ne ressentait qu'un vide incommensurable dans son cœur.

Et au loin, une voix qui criait : « Malefoy ! ».

La voix criarde de la femme mangemort résonnait inlassablement dans sa tête.

« Malefoy ! »

Lui vrillant les tympans, lui broyant le cœur.

« Malefoy ! »

Et un lointain souvenir lui revînt, brutalement. Le souvenir d'une après-midi au Chemin de Traverse, le souvenir d'une rencontre, le souvenir de cheveux blonds presque blancs.

« Mais au fait comment t'appelles-tu ? Je n'ai pas pour habitude de me dénuder devant d'illustres inconnus .»

« Drago Malefoy, enchanté ! »

Ses mains serrèrent celles de Chiridirelle et Nathanaël releva la tête pour s'adresser à Albus sur un ton qui n'admettait aucune réplique :

-Faites-moi entrer à Poudlard.