Bonjour à mes endives !

Je suis de retour pour vous jouer un mauvais tour, où tout du moins vous partager le Chapitre 33 !

Je tiens à remercier jfkvoldi sans qui j'aurais sûrement fait une erreur monumentale dans le déroulement de mon histoire ! J'te kiff, mon grand !

Ensuite, je vous réserve quelques surprises dans ce chapitre, et la plus grande est à la fin ;)

Je tiens aussi à remercier tous les lecteurs qui prennent le temps de poster un commentaire, c'est très important pour moi :)

AnonymousAAA : Je suis ravie que cette histoire te plaise autant ! Ne t'en fais pas, je continuerai jusqu'à la fin ;) pas besoin de me tuer ! Bonne lecture à toi :)

Bonne lecture à tous !

CyberCoffee


Chapitre 33

Severus Rogue poussa la lourde porte de la Grande Salle en soupirant. De son pas sec et rapide devenu célèbre au fil des années, il remonta l'allée de pierres grises polies par le temps et les pieds des milliers d'élèves qui avaient un jour étudié à Poudlard. Il ne fit pas attention au décor pourtant somptueux qui l'entourait, et pour cause, ce décor, il le voyait tous les jours depuis son entrée dans le corps enseignant de l'école. Si la magie enchanteresse de la Grande Salle l'avait émerveillé le jour de sa rentrée à Poudlard lors de ses onze ans, ce n'était désormais plus le cas.

Les tables étaient déjà préparées pour le banquet du soir, couvertes de services en or et en argent. Il ne put s'empêcher de grogner : aujourd'hui était le jour de la rentrée scolaire.

La seule personne qui détestait autant -voire plus- la rentrée que les élèves était bel et bien Severus Rogue lui-même. Enseigner à des idiots dont le cerveau ne dépassait pas la taille de l'ongle de son petit doigt était usant et cela faisait bien des années que le Maître des Potions n'avait plus foi en leur intellect. Si l'un des cornichons qui lui servaient d'élèves devenait par inadvertance le prochain Ministre de la Magie, il déménagerait au Canada, foi de Serpentard !

Il n'y avait pas un bruit dans la salle encore vide et le son de ses pas résonnait dans la pièce.

-Severus, mon cher ami…

L'homme s'arrêta et pivota avec une raideur qui fit voltiger sa cape noire pour dévisager d'un air peu amène le vieil homme qui se tenait au milieu de l'allée. Il détestait qu'Albus Dumbledore l'appelle son « ami ». Il était d'ailleurs intimement persuadé que le Directeur de Poudlard n'en avait aucun. Des connaissances, éventuellement des admirateurs, assurément. Et même –s'il devait pousser jusque là- des protégés, se dit-il en pensant à Potter. Mais des amis certainement pas.

-Vous vouliez me voir, Albus ?

-Je voulais te parler plus en privé de ce dont j'ai informé les professeurs hier, lui expliqua celui-ci en le fixant par-dessus ses lunettes.

Severus haussa un sourcil intéressé, il était question de son temps partiel.

-Vous parlez des nouveaux professeurs ?

-En effet ! acquiesça Albus en souriant. Comme je vous l'ai dit hier, quatre professeurs vont nous rejoindre cette année. Quatre personnes très intéressantes, vois-tu. A vrai dire, l'un d'entre eux fut mon Maître d'Apprentissage, mais c'était il y a bien longtemps. Son fils et sa belle-fille nous rejoindront dans notre équipe. Helga remplacera notre regrettée Mrs Pomfresh qui nous a quittés trop tôt et son fils, Salamander, eh bien, c'est toi qu'il remplacera… Il prendra la moitié de tes classes, toutes années confondues. Je vous laisse le soin de vous les partager entre vous, cela v…

-Je sais déjà tout cela, Albus ! le coupa Severus qui s'impatientait. Venez-en aux faits !

-Tu es bien pressé, fit remarquer le vieil homme.

-Je déteste perdre mon temps en babillages inutiles, répliqua sèchement le Maître des Potions que la bonne humeur permanente du Directeur agaçait.

Dumbledore amena sa main droite jusqu'à ses lunettes qu'il repositionna sur l'arête de son nez bien qu'elles n'aient pourtant pas glissées. Il est nerveux, pensa Severus avant de balayer son impression tant elle lui parut improbable. Albus Dumbledore n'était jamais nerveux.

-Mon ami, leur fils…leur fils est spécial. Nathanaël a un potentiel magique absolument titanesque. Tu as toi aussi ressenti l'explosion de magie qui a tant fait parler d'elle ces dernières semaines, n'est-ce pas ? Eh bien…il en est la cause.

Le pauvre homme perdait l'esprit. Sinon, comment expliquer qu'il puisse croire en de telles sornettes ?

-Albus, vous…me dîtes qu'un gamin de dix-sept ans est responsable de cette déflagration ? récapitula Severus avec une pointe de condescendance, en pinçant les lèvres. C'est impossible !

Le Directeur caressa sa longue barbe blanche d'un geste lent. Ses yeux brillaient d'un éclat qui en disait long : il savait des choses que les autres –et en l'occurrence lui !- ignoraient.

-La Vie a bien cela pour elle, elle a cette caractéristique indéniable d'être toujours pleine de surprise, finit-il par offrir en guise de réponse. Moi-même, lorsque j'étais encore un enfant, je possédais un pouvoir bien plus puissant que la normale.

- Vous n'avez jamais fait exploser un orphelinat, que je sache ! trancha Severus d'une voix cassante. Je maintiens de dire que c'est absolument impossible. Je vous pensais moins crédule.

Loin de s'outrer de la manière qu'avait de lui parler son ancien élève, le Directeur sourit et ses yeux pétillèrent de plus belles de cette malice qui avait le don d'alarmer les rares personnes assez intelligentes pour se méfier de lui.

-Severus, mon cher Severus, tu ignores bien des choses ! s'exclama-t-il en riant. Il existe des personnes bien plus puissantes que toi et moi réunis...Lord Voldemort, par exemple.

Severus fronça les sourcils. Il était de notoriété publique que Le Seigneur des Ténèbres ne craignait qu'une seule personne et celle-ci n'était autre que le Directeur de Poudlard. Il avait supposé que cela était dû à la différence de puissance magique.

-Seriez-vous en train d'insinuer que Le Seigneur des Ténèbres est plus puissant que vous ? demanda-t-il tout de même du bout des lèvres.

Au fond de lui, la boule d'appréhension qui y sommeillait toujours et ne se réveillait qu'en de rares occasions gigota et sa bouche s'assécha. Dumbledore mit un long -trop long- moment avant de lui répondre.

-J'en ai bien peur, mon ami.

-Mais, alors…pourquoi ne vous…commença-t-il avant de s'arrêter net.

C'était évident ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? La seule personne que craignait Vous-Savez-Qui était Albus Dumbledore car il était ce qui se rapprochait le plus d'une figure paternelle. C'était Dumbledore qui avait dévoilé à l'enfant seul et perdu qui deviendrait Lord Voldemort ce qu'il était. C'était Dumbledore qui avait donné un espoir, insufflé une envie de reconnaissance. Pour Le Seigneur des Ténèbres, Albus Dumbledore restait sa seule figure d'autorité, la seule personne qui l'intimidait comme un parent intimide son enfant.

L'effleurement quasi imperceptible de l'esprit de Dumbledore dans le sien lui indiqua que le Directeur se permettait –une fois de plus !- des largesses qu'il ne lui autorisait que très rarement. Comme le cheminement de ses pensées ne concernait rien d'autre que Lord Voldemort et Albus Dumbledore lui-même, il fit mine de ne pas avoir relevé l'intrusion mentale. Le Directeur, quant à lui, fit comme s'il ne s'était rien passé et en profita pour revenir au sujet principal.

-Nous allons donc accueillir mon Maître d'Apprentissage et son nouvel élève, lui réexpliqua-t-il. Ainsi qu'un groupe de personnes toutes plus intéressantes et impressionnantes les unes que les autres. Je pense d'ailleurs pouvoir dire sans me tromper que toutes ces personnes sont plus puissantes que vous et moi ! Je leur ai promis une protection totale entre ces murs, Severus… Il est donc de notre devoir de protéger cet enfant de Lord Voldemort qui doit déjà avoir des projets le concernant. D'où la nécessité de ta coopération. Il faudra que tu sois attentif à ce qui se dira lors des réunions de mangemorts…Enfin, ce n'est qu'une partie de la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir ici.

Mais Severus ne l'écoutait plus. Il s'était figé, les yeux écarquillés car il venait de comprendre quelque chose d'inquiétant. Il fallait qu'il se trompe, il le fallait ! Il se répéta ces mots comme s'il s'était agit d'une incantation pour contrer le mauvais sort qui semblait prendre plaisir à s'acharner sur lui.

-Qu'y-a-t-il, Severus ? demanda le Directeur d'un air intéressé car, après tout, l'on ne choquait que très rarement le célèbre Maître des Potions de Poudlard.

Ce dernier ne fut pas enclin à partager ses pensées et balaya la question d'un geste de la main.

-Rien d'important. Vous disiez ?

Dumbledore fronça légèrement les sourcils, et Severus devina ce qui l'agaçait : il n'aimait pas rester dans l'ignorance. Il sentit son esprit effleurer à nouveau le sien, doux comme une caresse comme s'il lui demandait la permission, mais cette fois-ci il lui en interdit farouchement l'accès et foudroya son mentor du regard. La caresse devînt poussée puis elle se transforma en des coups presque violents.

-Albus...murmura sèchement Severus du bout des lèvres en guise d'avertissement.

Dumbledore parut se rendre compte de ce qu'il faisait et il stoppa net son intrusion en se raclant la gorge. Il ne fut pas difficile pour Severus de deviner que le Directeur s'était laissé emporter et en avait oublié les plus élémentaires des leçons du parfait espion : la discrétion et la finesse.

-Hmmm, oui, alors...où en étais-je ? reprit-il en mimant s'intéresser au plafond. Ah oui, Harry…Tu n'es pas sans savoir les terribles maux de têtes qu'infligent les intrusions de Voldemort dans son esprit à Harry ? Je veux que tu essayes de trouver une solution à ce problème, j'ai bien peur qu'il ne commence à prendre trop d'importance et même trop d'ascendant sur lui. C'est dans ce but que j'ai demandé à Salamander de te seconder en temps que Maître des Potions. Tu auras ainsi plus de temps pour cette recherche qui doit devenir ta priorité.

-Et qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai la moindre once d'envie de l'aider ? cracha Severus en plissant les yeux.

-Le fait que tu ne cesses de le protéger depuis son entrée à Poudlard, peut-être ? hasarda Dumbledore, toute son assurance retrouvée.

-Je n'ai jam…

-Je sais bien que mon âge avancé a tendance à me faire passer pour un vieillard sénile, Severus, mais j'avais osé espérer que mon vieil ami ne commettrait pas l'imprudence de me sous-estimer, le coupa-t-il en soupirant. Je te pensais moins crédule.

Touché ! grimaça intérieurement Severus en acceptant difficilement de se faire moucher de la sorte. Démasqué et à court d'arguments viables, l'homme ne répondit rien mais grogna pour la forme. Albus Dumbledore avait toujours eu un étonnant don d'ubiquité. L'avertissement à peine voilé s'encra cependant en lui et il se promit de ne pas l'oublier de sitôt.

-Bien, c'est entendu alors ! s'exclama joyeusement le vieil homme. Je te laisse à tes occupations, je dois préparer mon discours de rentrée ! J'ai été si occupé par ces nouveaux venus que je ne m'y suis même pas encore penché.

Dumbledore fit demi-tour et sortit de la Grande Salle, laissant Severus seul avec ses pensées.

A son visage était toujours collé cet air éternellement agacé mais les rides plissées de son front trahissaient toute l'inquiétude qui l'avait saisit et ne l'avait plus quitté quand il avait compris qui débarquait à Poudlard : les noms Nathanaël et Salamander ne lui étaient pas inconnus. Il y avait fort à parier pour que ce ne soit pas une coïncidence si l'explosion magique avait eut lieu à l'orphelinat Saint-Thomas, tout près de la demeure de Noah Potter, alias Nathanaël Silverstone.

Severus Rogue se sentit subitement bien las.

Si ses doutes se vérifiaient, tous ses efforts pour offrir une vie meilleure et exempte de dangers à Noah Potter n'auraient servi à rien. Il abaissa un instant ses paupières devenues bien lourdes et vit sa douce Lily lui reprocher sa mort et la séparation de ses enfants. Ce fut la gorge serrée qu'il quitta à son tour la Grande Salle, le souvenir de son seul amour flottant au-dessus de ses épaules affaissées par le poids de ses responsabilités et de ses regrets.

Oo

-Tu crois qu'il y aura du poulet sauce barbecue au banquet ? demanda Ron Weasley à Harry Potter alors qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle pour assister à la Cérémonie de Répartition.

Harry esquissa un demi-sourire moqueur, son meilleur ami ne réfléchissait qu'avec son ventre.

-Tu ne penses vraiment qu'à manger, Ron ! le réprimanda d'ailleurs Hermione Granger, le troisième membre de leur trio d'amis.

-Je n'y peux rien si j'ai faim, Hermione ! protesta le jeune homme aux tâches de rousseur et aux cheveux roux.

-Tu n'avais qu'à manger ce que ta mère t'a préparé ce matin !

-Non, mais tu as vu ce qu'elle a cuisiné ? Je ne sais même pas si c'était comestible ! protesta-t-il d'une voix aiguë.

-Vous n'avez pas bientôt fini de vous chamailler !? râla Harry qui était fatigué de leurs incessantes jérémiades.

Pour toute réponse, Ron tira puérilement la langue à Hermione qui lui frappa l'arrière du crâne avec le plat de sa main.

Harry soupira. Ces deux-là devraient s'avouer leur amour réciproque pour qu'enfin Poudlard n'entende plus le son de leurs voix. Mais têtus comme ils étaient, ce n'était pas pour tout de suite !

Machinalement, il frotta la cicatrice en forme de V qui trônait sur sa joue droite comme le symbole de sa chance insolente. Tout le monde se complaisait à penser qu'il avait intentionnellement détruit Voldemort lorsqu'il n'avait qu'un an, mais lui savait qu'il avait simplement été l'enfant le plus chanceux du monde. Que pouvait donc bien faire un bambin lorsque le plus terrible Mage Noir de ce siècle frappait à sa porte pour le tuer ? Si, comme le lui avait dit un jour son directeur et mentor, Albus Dumbledore, il avait été sauvé grâce au pouvoir de l'Amour que le sacrifice de sa mère avait déclenché, alors il n'avait en aucun cas été responsable des années d'accalmie qui avaient suivies.

L'esprit englué dans ses pensées fatalistes, il mit un moment avant de sentir la main agrippée à son bras droit, qui le secouait avec force. Quand il leva la tête, Hermione lui fit un signe du menton, lui désignant l'arrière de la salle.

-Regarde ! Il y a de nouveaux professeurs !

Le jeune homme tourna la tête dans la direction de la table des professeurs, placée en bout de salle sur l'estrade, perpendiculaire aux quatre autres tables gigantesques auxquelles s'asseyaient déjà les élèves.

En effet, il y avait quatre nouvelles têtes parmi le corps enseignant de Poudlard.

A la place où s'asseyait habituellement Mrs Pomfresh, l'infirmière décédée récemment lors d'une énième attaque de mangemorts, était installée une femme dont le visage à la beauté parfaite était encadré par des cheveux bruns aux reflets mordorés. Assis juste à ses côtés, entre elle et Rogue, se tenait un homme qui transpirait l'arrogance et la confiance en lui. Les nombreuses cicatrices qui barraient son visage anguleux et hautain laissaient supposer qu'il était un dur-à-cuir.

A l'opposé de la table, assise juste à côté de son parrain et professeur de Défense Contre les Forces du Mal, Sirius Black, une jeune femme à la peau noire et aux étranges cheveux blancs papotait allègrement avec un vieil homme entièrement vêtu de cuir. Ce ne fut que lorsque le vieillard tourna la tête dans sa direction comme s'il l'avait senti l'observer qu'il vit avec effroi les deux orbites vides et calcinées qui lui semblèrent sonder son âme. Il crut même entendre une exclamation de dégoût à la table des Serdaigles et il remercia le ciel d'avoir fait de lui le témoin de toutes les horreurs auxquelles il avait assisté par le passé, car sans tout cela il aurait fait de même.

-Eh ben, ils n'ont pas l'air d'avoir eu une vie facile ! s'exclama Ron en sifflant d'un air impressionné.

-Il est sinistre, murmura Hermione en désignant le vieil homme d'un geste de la tête.

Harry n'eut pas le loisir d'enchaîner avec son propre avis sur la question car les portes de la Grande Salle s'ouvrirent brusquement et le brouhaha, incessant jusqu'alors, s'estompa instantanément pour finir par laisser place à un silence quasi religieux. Toutes les têtes s'étaient tournées vers l'entrée pour observer d'un air scrutateur la file des quelques cinquante nouveaux élèves de première année avancer dans l'allée, précédée par le Professeur McGonagall.

-Bien, silence ! ordonna la vieille femme -à qui l'éternel chignon affreusement serré donnait un air sévère- quand ils furent arrivés devant l'estrade où était placé le tabouret sur lequel attendait patiemment le Choixpeau Magique. Je vais vous appeler un par un, et vous viendrez vous asseoir. Je poserai alors le Choixpeau sur votre tête et il décidera de votre Répartition au sein de l'une des Quatre Maisons. Inutile de vous dire que son verdict est sans appel et...

Quand allait-elle reprendre son souffle ? se demanda finalement Harry qui fixait la bouche de son professeur de Métamorphoses avec une fascination idiote depuis qu'elle avait commencé à parler. Minerva McGonagall avait cette irritante manie de débiter des phrases entières sans marquer de pauses, ce qui était à la fois impressionnant et déroutant venant d'une femme qui possédait -à son humble avis- une classe sans pareille.

-...mais avant tout, le Choixpeau va vous chanter sa chanson de bienvenue, termina McGonagall en se reculant légèrement pour laisser la parole au vieux chapeau de cuir fatigué.

Harry décrocha quand les plis qui faisaient office de bouche au Choixpeau se mirent à bouger, déclenchant des murmures dans le rang des premières années.

Il savait pourtant pertinemment que les chansons du Choixpeau étaient toujours remplies de présages sur les mois à venir mais son attention était de nouveau toute focalisée sur les nouveaux professeurs. Il se demandait quelles matières ils dispenseraient. Mrs Pomfresh mise à part, il ne manquait aucun professeur. Il ne pouvait donc que supposer que la belle femme était sa remplaçante et il ne put s'empêcher de se dire que ses nombreux séjours à l'infirmerie seraient bien plus agréables désormais. En revanche, ce qui concernait les disciplines enseignées par les autres était un réel mystère.

Du coin de l'œil, il vit Hermione plisser les yeux, tic qui lui indiquait qu'elle réfléchissait à vive allure. Le Choixpeau devait avoir dit quelque chose d'important mais, sachant que son amie lui ferait un résumé détaillé quand ils seraient montés dans leur dortoir, il ne prit pas la peine de se recentrer et laissa ses pensées vagabonder.

L'été avait été particulièrement riche en émotions et il avait deviné à la mine morose de Sirius que les choses n'iraient pas en s'améliorant. Il avait passé le plus clair de son temps avec Ron et Hermione à s'entraîner au combat sorcier et ils avaient tous beaucoup progressé. Mais serait-ce suffisant lors d'une attaque de mangemorts ? Serait-ce suffisant s'il devait se battre contre Voldemort ? Il avait beau essayer de se montrer optimiste, certaines choses ne pouvaient changer simplement parce qu'on le désirait.

Voilà la seule véritable information qui lui importait : il n'était pas prêt. Si Voldemort débarquait à ce moment même dans la Grande Salle en le défiant en duel, il mourrait.

Devant la mine déconfite de son filleul, Sirius lui avait concocté un planning d'entraînement chargé afin qu'il continue ses efforts durant sa dernière année à Poudlard. Pratiquement toutes ses soirées seraient dédiées à son apprentissage et à sa préparation. Si cela l'avait rassuré un minimum lorsqu'il lui en avait parlé, il trouvait toute cette mascarade désormais bien ridicule. Que faisait-il encore à l'école alors qu'un Seigneur Noir le pourchassait ? Pourquoi Dumbledore ne l'entraînait-il pas spécialement pour la confrontation finale qui finirait par arriver ? Enfin, il n'était pas assez bête -contrairement à ce que lui répétait sans cesse Rogue- pour ne serait-ce qu'émettre l'hypothèse de pouvoir un jour savoir ce qu'il se passe dans la tête du Directeur.

Les applaudissements qui clôturèrent la chanson du Choixpeau lui firent lever les yeux en direction du professeur McGonagall qui appelait le premier élève pour sa répartition. Une fillette frêle et maladroite s'avança en serrant les poings. Elle s'assit avec peine sur le tabouret et la vieille femme posa délicatement le chapeau sur sa tête. L'instant d'après, les Serpentards accueillaient un nouveau membre à leur table. La Répartition lui sembla durer une éternité et il finit par papoter doucement avec Ron qui s'intéressait autant que lui à ce qui se passait sur l'estrade.

-Mes chers élèves, bienvenue ! s'exclama Albus Dumbledore lorsque chacun des enfants fut assis à la table qui les accueilleraient pour les sept prochaines années. Je vous souhaite la bienvenue. Vous tous êtes l'avenir d'un monde précieux et je suis certain que Poudlard pourvoira à tous les besoins qu'il vous faudra pour l'affronter, pour le découvrir et pour le sublimer. Entre ces murs, vous apprendrez à voir au-delà du visible et à écouter ce qui est silencieux. Les choses les plus importantes ne sont pas forcément celles qui sont mises en lumière et les leçons ne surviennent pas toujours dans les salles de classe. Cette année, plus que les précédentes, je vous demande de vous intéressez à votre prochain. Cette année, je vous demande de bien vouloir veillez les uns sur les autres car des jours sombres profilent à l'horizon. Tous les jours de nouvelles pertes sont à déplorer et tous les jours beaucoup d'entre vous doivent faire leurs adieux à des êtres chers. Poudlard est elle-même en deuil face à la disparition soudaine de notre bien-aimée Mrs Pomfresh qui a tragiquement perdue la vie cet été. Je vous prie de bien vouloir observer une minute de silence en son hommage.

Les têtes se baissèrent, et le peu d'élèves qui n'avaient pas été encore mis au courant demandaient à leurs voisins si tout cela était bien réel. La guerre entrait insidieusement dans Poudlard, songea Harry.

-Pour pallier à cette absence, nous accueillons aujourd'hui Mrs Helga Wyllt qui prendra sa suite à l'infirmerie, expliqua Dumbledore lorsque la minute fut écoulée.

La belle femme fit un signe gracieux de la tête pour saluer l'assemblée.

-Son mari, Mr Salamander Wyllt, délestera votre professeur de Potions, Mr Rogue, de la moitié de ses classes afin qu'il puisse se plonger dans ses recherches liées à son rang de Maître Potioniste, continua d'annoncer le Directeur en désignant l'homme aux cicatrices tout en intimant le silence aux élèves visiblement ravis de cette nouvelle -et Harry ne pouvait que les comprendre. Par les temps qui courent, j'ai jugé utile -et nécessaire, je le crains- de demander à mon ancien Maître d'Apprentissage, Mr Lailoken Wyllt, de bien vouloir vous dispenser son savoir en combat non sorcier. Il sera accompagné de Miss Chiridirelle Mir'Drust qui, malgré son jeune âge, saura se faire écouter, n'en doutez pas !

Le vieil homme releva le coin de la lèvre supérieure en un signe de dédain palpable tandis que la jeune femme leur adressa un immense sourire -dévoilant par là des canines plus longues que la normale- qui fit soupirer beaucoup de ses camarades. Il fallait avouer que cette Chiridirelle Mir'Drust était réellement charmante.

-Comment fait-il pour se battre sans ses yeux ? lui chuchota Ron à l'oreille.

Harry haussa les épaules pour toute réponse. Il n'en savait rien.

Alors que le Directeur allait reprendre la parole, les portes de la Grande Salle qui avaient été soigneusement refermées par Argus Rusard, le concierge, se rouvrirent si vite et avec tellement de force qu'elles claquèrent brusquement contre les murs.

-OU SONT-ILS !?

Dans l'encadrement, se tenait une jeune fille qui, bien qu'elle soit trempée de la tête aux pieds et que sa robe de mousseline légère soit devenue entièrement transparente, avait un air de poupée de porcelaine que ses joues rouges de fureur et ses sourcils froncés ne parvenaient pas à atténuer.

-Ah, Miss Savage...je ne vous attendais plus ! fit Dumbledore en haussant la tête. Où sont…

-C'est bien là la question ! le coupa la jeune fille sans s'embarrasser de politesse et d'une voix forte qui détonait avec la délicatesse de ses traits. Je vous jure que je vais leur arracher les boyaux avec les dents si je mets la m…

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'un BOUUUUM ! retentit et que deux jeunes hommes s'écrasèrent sur la table des Gryffondors en hurlant, à cinquante centimètres à peine d'Harry.

-Bordel, Nat', je t'avais dit devant la grille pas dans la soupe ! s'écria d'une voix grave le premier qui se relevait avec peine du plat de ratatouille dans lequel ses fesses pataugeaient.

-Si tu n'avais pas lâché Roxanne dans le Lac des Carmes, je n'aurais pas perdu ma concentration ! grogna le second en éjectant d'un mouvement d'épaule le bout de salade qui s'y été perché.

A peine eut-il ouvert la bouche qu'Harry sentit quelque chose en lui réagir à sa voix. Ce qui était très étrange étant donné qu'il ne le connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Il s'agissait d'une impression fugace, comme ces moments où le passé, le présent et le futur se mêlent, comme un déjà-vu trop léger pour installer un étrange malaise.

Lorsque les deux jeunes hommes furent l'un comme l'autre sur leurs deux pieds -mais toujours sur la table-, il put les détailler avec application. Le premier, qui devait bien mesurer deux mètres, avait une carrure qui aurait fait pâlir n'importe quel culturiste. Il avait des cheveux d'un roux bien plus flamboyant que ceux de Ron et Harry prédit que sa mâchoire carrée allait séduire plus d'une sorcière de cette école. On dirait un ours, un gigantesque et musculeux ours roux, se dit-il en fixant la taille de ses mains.

Le second, celui qui avait fait faire un bond à son cœur, était bien plus fin et petit que son ami mais ses bras nus laissaient deviner une musculature qui, bien que plus sèche, n'avait rien à lui envier. Ce qui attirait cependant réellementle regard était la touffe de cheveux blancs qui encadrait son visage. Visage où trônait d'ailleurs une cicatrice en forme d'éclair, juste sur son front. Malefoy ne pourrait plus l'appeler « Le Balafré » sans insulter ce nouveau venu par la même occasion ! Alors qu'il allait tourner à nouveau la tête vers la jeune fille trempée, son œil capta un éclat doré dans ses yeux verts : il haussa les sourcils quand il vit les paillettes qui y dansaient.

-Si on ne peut même plus plaisanter, se défendit le rouquin.

-GABRIEL ! aboya la jeune fille en marchant vers eux d'un pas furieux. JE JURE SUR TOUS MES ANCETRES QUE JE VAIS TE TUER !

-Oh allez, Roxie, ne me dis pas que tu pensais réellement que j'allais te tenir durant tout le transplanage ? ricana-t-il en haussant ses sourcils fournis comme si la chose était inenvisageable.

-Elle aurait pu se démantibuler, avança le garçon aux cheveux blancs en les regardant d'un air fatigué.

Des exclamations horrifiées s'échappèrent des nombreuses bouches de l'assemblée. Le démantibulement était le résultat catastrophique d'un transplanage raté. Harry lui-même avait bien failli perdre son bras droit lorsqu'il avait tenté son premier transplanage et il ne souhaitait pour rien au monde revivre cette expérience.

-Comme si c'était possible ! Elle maîtrise mieux le transplanage que Lailoken, fit-il en se tournant vers la table des professeurs et en s'adressant par la suite au vieillard aveugle. Sans vouloir t'offenser, Lailoken !

Celui-ci croisa les bras devant son torse et grogna. Harry l'entendit avec peine marmonner quelque chose dans sa barbe tressée à propos d'un sale petit impertinent.

Harry était, comme le reste de l'école d'ailleurs, complètement perdu. Toutes ces nouvelles têtes avaient l'air de se connaître.

-Là n'est pas la question, espèce de crétin ! s'écria « Roxie » en désignant sa robe. Tu as bousillé ma tenue ! Sais-tu seulement combien elle m'a coûté ? Crois-tu qu'un fil d'Acromentule de cette qualité est facile à trouver, peut-être ?

Harry était perplexe : la fille avait un ordre de priorités peu habituel.

-En parlant de ça...commença le garçon aux cheveux bancs, jusqu'alors silencieux. Tu devrais…

-Oh toi, Nathanaël, ce n'est pas la peine de jouer les repentis ! le coupa-t-elle. Je t'ai vu te gausser comme un troll quand j'étais en train de patauger dans le Lac !

-Ce n'est pas exactement ce qu'il s'est passé, essaya de tempérer le pauvre garçon prit à partie. J'ai, peut-être, esquissé un léger sourire, c'est vrai. Mais, crois-moi, j'étais déboussolé de te savoir si...mouillée.

Gabriel qui écoutait en silence pouffa d'un rire gras et frappa d'une main le dos de son ami qui faillit partir en avant.

-Si tu l'avais vu, Roxie ! Il a complètement perdu le contrôle de son transplanage en te voyant aussi dénudée que maintenant !

-Dénu...comment ça ? s'étonna la sorcière.

-C'est ce que j'essaye de te dire depuis tout à l'heure, lui lança Nathanaël en rougissant. Ta robe est complètement transparente.

Harry esquissa un sourire amusé quand la jeune fille baissa la tête et écarquilla des yeux horrifiés. Il était vrai que sa robe trempée ne cachait plus rien de ses avantages. De ses très gros avantages, apprécia Harry en se rinçant l'œil malgré lui avant que la jeune fille ne sorte sa baguette magique et ne se sèche en jetant des regards furieux à ses deux amis.

-Hmm, se racla la gorge Dumbledore pour mettre fin au spectacle. Puisque vous êtes tous les trois enfin parmi nous, nous allons vous répartir. Minerva ?

Le Professeur McGonagall hocha la tête et reprit place près du Choixpeau.

-Gabriel Garnett ! appela-t-elle d'une voix forte avant de susurrer : et descendez de cette table, messieurs !

Les deux garçons sautèrent sur la dalle grise avec une fluidité inhabituelle et remontèrent l'allée, accompagnés de la jeune fille. Arrivés devant l'estrade, le grand rouquin monta les marches et s'assit sur le tabouret qui craqua dans un grincement inquiétant, peu habitué à supporté une telle charge.

Harry suivit avec curiosité la scène. Elle lui fit penser à sa propre Répartition, le garçon murmurait des choses au Choixpeau.

Les plis de sa bouche de cuir se déformèrent.

-SERPENTARD ! s'écria-t-il.