Bonsoir.
Je publie assez tard, désolée... mais j'avais beaucoup de chose à faire et je dois dire que l'écriture de ce chapitre m'a pris beaucoup de temps. J'en suis cependant assez satisfaite et j'espère donc que vous l'apprécierez autant que moi.
Au passage, vous assisterez au premier cliffhanger de la fiction ! J'ai également mis mon profil à jour et corrigé les autres chapitres.
Je vous remercie pour toutes vos reviews, j'aime toujours autant les lire et je fais au passage un petit coucou à Zeugma412 qui suit la fiction depuis le début, à adenoide en review anonyme et à stormtrooper2. Je vous fait plein de bisous partout !
Et sur ce, bonne lecture !
Chapitre 6 : Crescendo
Dans le laboratoire du manoir Jédusor, Severus Snape se tuait au travail.
Il s'afférait depuis plus de trois heures à la tâche et comptait bien en finir rapidement. Il avait fait de nombreux aller-retours entre les étagères d'ingrédients et entre la grande table qui lui servait de plan de travail, et l'horloge suspendue entre deux étagères et en face de la table, qui lui rappelait sans cesse l'heure, l'agaçait au plus haut point.
En réalité, ce genre de chose ne lui arrivait que rarement. Il était toujours ponctuel et savait toujours s'organiser dans son travail, sans que personne n'ait rien à lui reprocher. D'ailleurs, la seule personne qui le pouvait, c'était lui bien sûr.
Cependant, cela faisait une semaine qu'il était coincé au manoir du Seigneur des Ténèbres et il sentait que ses nerfs ne tiendraient pas encore très longtemps. Il croulait sous le travail, réfléchissait beaucoup trop et n'avait pas un seul moment de répit, excepté les courtes nuits qu'il passait à broyer du noir dans une des chambres du manoir.
Il avait oublié à quel point il était dur d'être un espion…
D'un geste vif, le sorcier écrasa dans un mortier deux chrysopes à l'aide d'un pilon en bois et ajouta la poudre fine qu'il obtint dans un chaudron fumant. Il prit ensuite sa baguette et fit apparaître un petit feu tandis qu'il allait mélanger une autre potion.
Le pire dans tout cela était sans doute ses questions sans réponses. Depuis qu'il était arrivé au manoir et avait su que le Survivant était enfermé ici, il avait envisagé toutes les possibilités, inimaginables soient-elles, sur le changement d'avis soudain du Seigneur des Ténèbres à l'égard du garçon.
Tout d'abord, il avait songé au fait que Harry Potter soit ici afin d'attirer Dumbledore et l'Ordre du Phoenix et d'en finir une bonne fois pour toute avec eux, l'avantage étant dans le camp des Mangemorts bien sûr. Mais cette première hypothèse ne rimait à rien. Le Seigneur des Ténèbres ne pouvait en effet être certain que le directeur en personne se déplacerait ici – bien que c'était assez probable, et n'était de toute manière pas encore assez fort pour affronter le puissant sorcier.
Néanmoins, sa théorie pouvait tenir la route si l'on repensait au fait que seul Dumbledore ait réellement le pouvoir de défaire le Seigneur des Ténèbres. Représentant une grande menace pour le mage noir, il aurait donc tout planifié afin d'enlever le Survivant pour ensuite obliger le sorcier à venir ici. Et le fait d'avoir Harry Potter comme otage jouait certainement en sa faveur.
Cependant, malgré cela, Severus Snape n'y croyait pas.
Voldemort n'était pas aussi naïf, cette théorie manquait tout simplement de cohérence. Le Seigneur des Ténèbres ne se serait jamais risqué à prévoir les actions d'Albus Dumbledore, il l'avait déjà fait par le passé, et cela lui avait coûté très cher. De plus, le directeur de Poudlard n'hésiterait pas une seconde face au choix que lui aurait proposé le mage noir, c'est-à-dire sauver Harry Potter ou tuer le plus grand mage noir de tous les temps.
La question aurait en effet vite été tranchée.
Puis, le maître des potions avait repensé à la prophétie.
Il se souvenait très bien du jour où il avait entendu Sybille Trelawney prononcer le terrible présage à Dumbledore. Peu de temps après, il avait d'ailleurs lui-même répété la prophétie au Seigneur des Ténèbres, celant à jamais le destin de Lily et James Potter.
Mot pour mot, le maître des potions se souvenait avec exactitude ce qu'il avait rapporté à son maître :
Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore...
Bien sûr il y avait une suite à cette prophétie, mais le sorcier, n'ayant entendu que la première partie de celle-ci n'avait pas dit au Seigneur des Ténèbres de quoi retournait la fin. C'était Dumbledore, après que Severus Snape se soit mis à ses ordres, qui lui avait raconté :
… et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit... celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois ...
Était-ce alors, encore une fois, lié à cette prophétie ? Le terrible mage noir craignait-le pouvoir du garçon ou au contraire, le voulait-il pour lui ?... c'était plausible.
Effrayé par le pouvoir qui permettrait de le vaincre, le Seigneur des Ténèbres voudrait donc se l'approprier et ainsi être certain que personne ne puisse le tuer.
Mais pourquoi un tel changement d'avis ? Pourquoi, soudainement, ne voulait-il plus tuer le Garçon qui a Survécu ?…
L'espion n'y comprenait rien. D'autant plus que, d'après Dumbledore, le pouvoir, qui selon la prophétie serait capable de battre le Seigneur des Ténèbres serait l'amour... Ce qui était bien sûr complètement stupide aux yeux de l'espion. Car son maître n'aurait pas subitement changé d'avis si le pouvoir en question avait été l'amour.
Ce qui avait donc amené un terrible doute chez le maître des potions. Harry Potter détenait-il vraiment un pouvoir qui permettrait de vaincre le mage noir ? Un pouvoir caché, dissimulé au plus profond de lui et dont le Seigneur des Ténèbres voulait plus que tout ?…
Après avoir baissé le feu d'une potion, il revint à la première, ajouta d'un coup de baguette une peau de serpent dans le chaudron, une corne de bicorne finement écrasée et augmenta le feu tout en observant la texture que la potion avait prise. Puis, tandis que la mixture se réchauffait progressivement, Severus en profita pour ranger les quelques livres éparpillés dans le laboratoire.
Certes, Harry Potter pouvait peut-être avoir un pouvoir caché, ce qui expliquerait donc la raison de sa présence ici, ainsi que l'intérêt que lui vouait le Seigneur des Ténèbres. Mais l'espion n'arrivait pas à y croire, c'était tout bonnement impossible. Car cela impliquerait que Dumbledore, le plus grand sorcier de tous les temps se soit lamentablement trompé. Et cela, bien que le maître des potions doutait parfois des décisions du directeur, ne pouvait être vrai.
Ce qui ramenait donc l'espion au point de départ.
Lentement, le sorcier agita sa baguette au-dessus du chaudron. Il lui fallait maintenant laisser bouillir la potion pendant dix-huit heures. Il prit donc le couvercle du chaudron et couvrit la mixture tout en réfléchissant toujours.
Le seul moyen d'en savoir plus était de questionner le Seigneur des Ténèbres, ce qui n'allait pas être de tout repos. Il devrait en effet paraître intrigué sans être soupçonné par son maître, devrait faire mine de ne pas comprendre la décision du mage noir tout en montrant la haine qu'il ressentait pour le garçon – cela, il en était capable, et tout en évitant de s'attirer la colère de son maître, qui serait sans doute agacé par tant d'impertinence.
Ainsi, peut-être arriverait-t-il enfin à éclaircir la situation. Peut-être même aurait-il l'autorisation de quitter le manoir afin de prévenir Dumbledore, qui devait normalement être au courant de la disparition du Survivant et devait être en train de le chercher dans tout le pays.
Le maître des potions ne pouvait en être sûr, mais il fallait qu'il en soit ainsi.
D'un coup de baguette, il rangea le plan de travail, mettant les restes d'ingrédients dans des bocaux et fioles et nettoya la verrerie qu'il avait utilisée.
Puis, il entendit un bruit familier.
« Encore ces oiseaux de malheur… » pensa-t-il tandis qu'il quittait le laboratoire et arrivait dans une énorme pièce lumineuse et colorée.
La grande salle, dont la moitié des murs avaient été remplacés par des baies-vitrés et dont la plafond était fait de verre, abritait une quantité infinie de fleurs, arbres, buissons et autres plantes de toutes les formes et toutes les couleurs possibles.
Il y avait d'abord, en face de la porte que le maître des potions venait de franchir, un étroit passage recouvert de branches et de feuilles ainsi que de plantes rampantes. À droite de celui-ci, on pouvait trouver de jeunes Mandragore au feuillage touffu et violâtre, dans une dizaine de petits pots en argile. À côté, sur une table en verre, il y avait un petit bac de terre peu profond et très large où poussait de l'armoise, un arbuste essentiel à la réalisation de la Goutte du Mort-Vivant. Il y avait également un pan entier d'hellébore, une plante vénéneuse servant entre autre à préparer un Philtre de Paix, des Tentaculas qui agitaient leurs feuilles afin de chasser des insectes, tandis qu'au-dessus d'elle trônait un petit saule cogneur, immobile pour l'instant.
À gauche, en face de toutes ces plantes, poussaient une énorme Nepenthes Attenboroughii, une plante carnivore capable d'avaler un rat. Il y avait aussi deux ou trois cochléaires officinales aux tiges longues et dressées vers le plafond de verre, du gingembre disposé dans de petits pots à même le sol, du sisymbre qui avait servi au sorcier dans la réalisation de sa potion, de la sauge, du Voltiflor et quelques petites fleurs comme des jonquilles, des marguerites ou encore des violettes. Et le mur, qui faisait face à toutes ces plantes, magiques ou non, en était envahi, la plupart étant des bignones, du lierre ou des hortensias grimpants.
Le sorcier emprunta alors le petit chemin et traversa d'un pas rapide la serre, faisant attention de ne pas toucher aux pousses des Filet du Diable et évitant les Tentaculas vénéneuses qui agitaient frénétiquement leurs feuilles. Il arriva ensuite au milieu de la serre où le chemin formait une grande croix avec au centre une énorme Amorphophallus Titanum.
Cette fleur, qui mesurait presque deux mètres de haut, était pour le moins imposante. Elle était composée d'un spadice charnu, qui lui donnait sa taille gigantesque et d'un énorme pétale violet aux extrémités irrégulières et grignotées, parallèle au sol. De plus, la fleur, qui était sans doute la plus grande de son espèce avait une odeur effroyable qui se rapprochait d'un cadavre en décomposition, attirant ainsi de nombreux papillons et autres insectes, sans oublier quelques oiseaux affamés, que le maître des potions ne faisait que de chasser depuis son arrivée au manoir.
D'un geste agacé, il fit fuir les animaux qui essayaient en vain de trouver la source de l'odeur et étaient perchés sur le pétale de la fleur puis les chassa de la serre à l'aide de sa baguette avant de refermer une des baies vitrées qui était restée ouverte pendant la nuit, fournissant ainsi de l'air aux pauvres plantes assommées par la chaleur.
Bien sûr, l'espion se serait bien passé de s'occuper de la serre, mais elle était une source importante d'ingrédients pour ses potions et il y poussait des quantités impressionnantes de plantes, parfois rares ou très difficile à cultiver.
Puis, après s'être assuré qu'il ne restait plus aucun animal dans la grande pièce lumineuse, il retourna dans le laboratoire et entreprit de finir le travail que le Seigneur des Ténèbres lui avait donné.
Il passa donc le reste de la matinée à préparer diverses potions, certaines demandées par le mage noir, d'autres non, allant du simple philtre régénérateur au Polynectar qui bouillait tranquillement dans le chaudron, sans oublier la potion sanguine dont le Survivant avait déjà profité deux fois, ainsi que la potion de sommeil-sans-rêve.
Puis, quelques heures plus tard, il traversa le manoir, croisant au passage le chat famélique qu'il avait vu le premier jour et alla livrer ses potions au Seigneur des Ténèbres, espérant que son travail le satisferait...
Au même moment, Harry Potter pestait dans sa ''chambre''.
Il n'avait pas dormi de la nuit et était donc fatigué, en plus d'être passablement frustré et en colère. Toute la nuit, il n'avait pas arrêté de repenser à ce que Voldemort lui avait dit, à sa proposition, à la mort de ses parents que le mage noir avait qualifié comme un fait sans importance, à ses mensonges sur Dumbledore et enfin à ses dernières paroles.
« Je te donne trois jours, trois jours pour réfléchir, n'est-ce pas clément de ma part ? Au quatrième jour, tu me donneras ta réponse. Réfléchis bien Harry Potter, tu n'auras pas de troisième chance. »
Bien sûr, le Survivant n'était pas effrayé. Il avait certes, un peu peur du mage noir, mais il ne ressentait aucune peur face à l'avertissement que le puissant sorcier lui avait donné. Au contraire, derrière la haine qu'il ressentait à l'égard du mage noir, il était plutôt amusé. Car Voldemort avait beau le menacer, il ne rejoindrait jamais son camps. N'était-ce pas évident ?
Pour lui en tout cas, cela tombait sous le sens.
Alors, le premier jour qui suivit sa rencontre avec Voldemort, il ne toucha pas à un seul morceau des repas que Sam lui apporta et s'adossa simplement à la fenêtre toute la journée, pensant à ses amis et à Poudlard. Il gardait également bon espoir que Dumbledore vienne le sauver. Après tout, cela faisait une semaine qu'il avait été enlevé, le directeur devait forcément être au courant et devait le chercher partout.
La seule crainte que l'adolescent avait, c'était que le vieux sorcier ne parvienne pas à le sauver avant que les trois jours ne s'écoulent... mais il essayait de ne pas trop y pensait et voyait la suite des événements d'un bon œil.
Et il ne pensa même plus aux paroles de Voldemort à l'égard du directeur de Poudlard.
Harry avait en effet passé toute la nuit à ruminer sur ses mots pour finalement en conclure qu'ils n'étaient que purs mensonges. Dumbledore l'aimait, il en était certain. Il avait, certes, fait de mauvais choix en ce qui concernait la vie de l'adolescent – en particulier confier sa garde à son oncle et sa tante, mais avait toujours été là pour lui et avait toujours su lui donner de bons conseils.
Quant aux événements survenus durant sa scolarité, Voldemort avait insinué que le directeur en était responsable ce qui, aux yeux de l'adolescent, était complètement stupide. Car Dumbledore l'avait au contraire sauvé plusieurs fois, même si la sécurité de son école lui avait échappé à certains moments. Harry en avait donc conclu que le sorcier, comme chaque homme, n'était pas parfait. Il avait fait des mauvais choix, avait commis des erreurs mais avait toujours su les réparer, ce qui renforça l'admiration et le respect que lui vouait le Survivant.
Ainsi, la première journée passa, tandis que l'adolescent était adossé à la fenêtre et réfléchissait sur sa possible évasion, avec ou sans le directeur. Car après tout, il y avait également Snape… même si Harry ne l'avait pas revu depuis qu'il l'avait soigné. Mais il se doutait, ou en tout cas espérait que son professeur réfléchissait également à une solution pour le sortir de là et avait même pu contacter Dumbledore, lui révélant ainsi le lieu où il était prisonnier.
Harry ne se fit donc pas trop de soucis et profita également du fait que Gibbon ne vienne pas de toute la journée.
Cependant, le jour suivant ne fut pas aussi paisible.
L'adolescent se réveilla en effet après un effrayant cauchemar dans lequel il semblait torturer une femme dont il ne vit cependant pas le visage mais dont il était certain de connaître, même si Harry n'aurait su dire pourquoi. Dans son rêve, il avait cherché à afin d'avoir des informations sur Dumbledore et sur un certain ''Ordre du Phoenix'', riant et prenant plaisir à voir la femme se tordre de douleur dans des cris de souffrances effroyables. Mais à son plus grand dam, elle était restée silencieuse et avait péri en emportant ses secrets avec elle.
Le Survivant s'était donc levé d'un air maussade tout en repensant aux gémissements atroces que la femme avait poussé tandis qu'elle souffrait le martyr et le suppliait de la tuer. Ce n'était bien sûr qu'un cauchemar comme un autre, un rêve effrayant, mais un rêve tout de même. L'adolescent savait déterminer ce qui était réel ou pas, et ce cauchemar n'était que le fruit de sa fatigue accumulée et de sa haine pour Voldemort, rien d'autre. Il avait d'ailleurs fait le même genre de cauchemar cet été lorsqu'il était encore chez son oncle et sa tante, entre les fois où il avait rêvé de la mort de Cédric et la fois où il subissait à nouveau le sortilège du Doloris.
Ce n'était donc pas nouveau chez lui mais le fait d'avoir rêvé d'une telle chose perturba considérablement ses pensées. Et bien sûr, le Survivant ne pouvait s'empêcher de se voir à la place de la femme, Voldemort le torturant jusqu'à la mort. Car, lorsqu'il annoncera sa décision au mage noir - c'est à dire son refus de le rejoindre, que se passera-t-il ? Subira-t-il le même sort, lui aussi ?...
Il passa donc le reste de la matinée à ruminer à la fenêtre, puis sous la douche et allongé sur le lit, touchant à peine à la nourriture que Sam lui avait apportée et lui lançant même une réplique cinglante lorsque l'elfe le supplia de manger.
Le Survivant ne s'en sentit d'ailleurs pas coupable. L'elfe faisait sûrement cela afin de ne pas être puni par Gibbon, mais certainement pas parce qu'il se souciait de lui. De plus, l'adolescent avait bien vu comment cela s'était fini la dernière fois. Ses blessures lui faisant toujours un peu mal lorsqu'il appuyait dessus, il ne voulait donc pas en avoir d'autre, non merci. De plus, le midi, quand Gibbon arriva dans la chambre, celui-ci lui reprocha le fait de ne pas avoir mangé ce que l'elfe lui avait apporté, ce qui voulait dire que Sam l'avait rapporté au Mangemort.
Alors non, l'adolescent ne se sentait pas coupable.
Le Mangemort lui avait ensuite ordonné de manger et de se tenir tranquille s'il ne voulait pas à nouveau être blessé, ce dont le Survivant, les poings serrés avait fait mine de ne pas avoir entendu.
Puis, il avait passé le reste de la journée à espérer que quelqu'un viendrait le tirer de là avant de revoir à nouveau Voldemort et de lui dire…
Que devait-il lui dire, d'ailleurs ?
Car la peur, qui s'insinuait à présent dans l'esprit et dans le corps tout entier de l'adolescent, le paralysant parfois quelques secondes et lui faisant oublier tout le reste, ne faisait que de grandir à mesure que les heures et les jours passaient, au plus grand dam du Survivant.
Il avait bien sûr une idée de ce qu'il pouvait dire au mage noir c'était même évident. Mais que se passerait-t-il après ? Voldemort le torturerait-il comme il l'avait fait dans son rêve ? Le tuerait-il rapidement, ou bien après de longues heures ? Ou alors lui laisserait-il une troisième chance, malgré ce qu'il avait dit ?...
Harry en doutait fortement.
Il y réfléchit alors tout le reste de la journée et ne dormit pas de la nuit, ne voulant sous aucun prétexte refaire le même cauchemar que la veille.
Puis le troisième jour se leva, au plus grand dam du Survivant.
Il passa sa matinée cloîtré dans son lit, roulé en boule et ignorant Sam qui vint lui apporter des vêtements propres ainsi qu'un petit déjeuner à l'odeur alléchante. Il fit également mine de ne pas l'entendre quand celui-ci lui proposa une potion, sans doute faite par Snape.
Ainis, l'adolescent qui fut assommé par la fatigue et la faim passa donc toute sa journée ainsi, sans doute la pire qu'il ait traversé jusque-là.
Harry Potter avait peur, et il se détestait pour cela. Bien qu'il n'ait pas fait de cauchemar, des images lui revenaient sans cesse en tête, comme le visage inexpressif de Cédric après s'être fait touché par le sortilège de la Mort, le corps secoué de spasme de la femme dont il avait rêvé, son agonie lente et monstrueuse, puis son corps sans vie, encore prit de tremblements tous plus horrifiants les uns que les autres.
Mais le pire, c'était sans doute les sons qu'il entendait parfois dans sa tête, alors que la chambre était plongée dans un silence inquiétant. C'était d'abord des murmures, qui pénétraient son esprit et restaient ancrés dans sa tête comme s'ils étaient réels, puis des sons de plus en plus fort, comme le cri d'une femme, sa mère, le même qu'il avait entendu lorsqu'un Détraqueur l'avait attaqué dans le train lors de sa troisième année à Poudlard, ses propres gémissements d'agonie quand Voldemort lui avait fait subir le sortilège du Doloris et enfin le rire effroyable du serpent, inquisiteur et sadique, et qui prenait un plaisir fou à torturer ses victimes.
L'adolescent survivrait-il une quatrième fois au terrible mage noir ?
Cette question lui rongeait l'esprit.
Car Harry Potter, qui venait à peine d'avoir quinze ans, ne voulait pas mourir. Il avait encore trop de choses à faire, à voir et à accomplir, sans oublier celles qu'il n'avait pas encore pu réaliser, comme aller habiter chez son parrain qui lui avait proposé de nombreuses fois de venir s'installer avec lui, passer ses BUSE et ses ASPIC, terminer sa scolarité avec ses amis Ron et Hermione, devenir majeur, passer le concours afin d'être auror… ou même embrasser une fille, car il ne l'avait encore jamais fait.
Ce n'était peut-être, après tout, pas exactement la mort en elle-même qui lui faisait peur, mais plutôt le sentiment de partir sans avoir pu vivre pleinement sa vie.
Puis, peu avant le soir, alors qu'il n'avait pas bougé de toute la journée et qu'il luttait pour ne pas s'endormir, la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, faisant sortir de sa transe l'adolescent.
Il se releva d'un coup et s'assit sur le lit afin de faire face au Mangemort mais se prit aussitôt la tête quand celle-ci se mit à tourner et que des tâches noires vinrent danser devant ses yeux.
Soudain, il sentit une main lui relever la tête et le forcer à boire le contenu d'une petite fiole.
Il se débattit alors, repoussant la main et essayant d'échapper à la poigne qui lui tenait fermement le menton, en vain. Sa vision s'éclaircie ensuite, et il put regarder l'homme qui lui faisait face.
« Combien de fois allez-vous me faire perdre mon temps ? » cingla le sorcier d'un ton agacé.
Il fourra la fiole qu'il tenait toujours dans les mains de l'adolescent et le força, cette-fois moins brusquement à boire tandis que Harry lui lançait un regard mauvais mais obtempérait tout de même. Et une fois qu'il eut bu l'intégralité de la potion – qui avait un goût ignoble, comme d'habitude, sa tête arrêta de tourner il se sentit un peu mieux.
« Ecoutez-moi bien Potter. » dit ensuite à voix basse son professeur. « Je n'ai pas beaucoup de temps, Gibbon est parti en mission mais les sortilèges qui protègent cette chambre sont toujours en place. Comprenez-vous ? »
Celui-ci hocha la tête.
« Il ne faut pas que vous cédiez, m'entendez-vous ? Le Seigneur des Ténèbres fera tout pour que vous acceptiez de le rejoindre, vous devez refuser. »
Le Survivant hocha à nouveau la tête.
« Vous ne devez pas prendre la Marque, est-ce clair ? » ajouta Snape d'une voix pressée.
Puis il fourra une autre potion dans les mains du Survivant avant de continuer :
« Ne le laissez pas pénétrer votre esprit. Vous êtes beaucoup trop faible, le Seigneur des Ténèbres peut aisément contrôler vos pensées, si ce n'est pas déjà fait. Il vous faut reprendre des forces. »
Harry fronça alors les sourcils.
« Je ne suis pas faible et Voldemort n'est pas dans ma tête. » dit-il sous l'œil agacé du sorcier.
« Vous êtes faible. » insista le maître des potions. « Et ne prononcez pas ce nom ! » siffla-t-il.
Le Survivant lança alors un regard lourd de sens au maître des potions, qui l'ignora superbement.
« Buvez la potion. » lui ordonna-t-il ensuite. « Dépêchez-vous. »
Harry regarda alors la fiole remplie d'un liquide marron. Il ne se ferait pas avoir une deuxième fois par une potion de sommeil-sans-rêve.
Il lança alors un autre regard au sorcier puis la but finalement, ignorant le goût toujours aussi ignoble tandis que son interlocuteur scrutait la chambre d'un œil attentif.
« Mangez ce que l'elfe vous donne, et ne vous empêchez pas de dormir, est-ce clair ? »
Le Survivant plongea alors ses yeux verts dans ceux noirs du Mangemort et hocha lentement la tête d'un air suspicieux.
Il y eut ensuite un petit silence durant lequel le maître des potions sortit sa baguette, murmura quelque chose en direction de la porte et se tourna à nouveau vers le Survivant, qui le regardait toujours.
« Vous êtes du côté de Dumbledore, n'est-ce pas ? » lança alors le garçon à voix basse.
Le sorcier parut horrifié pendant quelques secondes par ce que l'adolescent venait de lui dire et plissa les yeux, une expression courroucé sur le visage qui fit légèrement tressaillir Harry.
« Taisez-vous. » lui ordonna son professeur d'une voix menaçante. « N'oubliez pas ce que je viens de vous dire. »
Le sorcier jeta ensuite un autre coup d'œil à la porte et se tourna à nouveau vers le Survivant. Puis, il sembla vouloir ajouter quelque chose mais se retint et se contenta simplement de lancer au garçon :
« Fermez les yeux, Potter. »
Harry fronça les sourcils et regarda le sorcier d'un air soupçonneux.
« Pourquoi ? » dit-il ensuite d'un ton méfiant.
Car le sorcier ne faisait pas parti des gens dont il avait le plus confiance…
« Faites ce que je vous dis. » ordonna simplement Snape d'une voix pressée. « Je suis là pour vous aider Potter, grand bien m'en fasse. » ajouta-t-il ensuite d'une voix impatiente.
Le Survivant fut alors légèrement rassuré et après un dernier regard intrigué, ferma finalement les yeux.
Il entendit alors vaguement le murmure de son professeur et rouvrit brusquement les yeux pour voir que celui-ci avait sorti sa baguette et la pointait sur lui. Mais à peine une seconde plus tard, alors que son cerveau lui disait de bouger afin d'éviter le sortilège, il retomba sur le lit et plongea dans le noir.
Le lendemain, le Survivant se réveilla dans la même position qu'il s'était endormi. Il n'avait fait aucun cauchemar, ce qui le rassura un peu.
Cependant, en jetant un petit coup d'œil à la fenêtre qui lui faisait face, il devina que le soleil était déjà haut dans le ciel, ce qui voulait dire qu'il ne tarderait pas à revoir Voldemort. Car c'était le jour J, et le Survivant grimaça tandis qu'il se remémorait à nouveau les paroles du mage noir.
« Au quatrième jour, tu me donneras ta réponse. Réfléchis bien Harry Potter, tu n'auras pas de troisième chance. »
Ainsi, il y était. Les trois jours étaient passés, il n'en gardait d'ailleurs qu'un vague souvenir. Et il devrait aujourd'hui faire à nouveau face à Voldemort afin de lui dire qu'il ne le rejoindrait pas.
Mais étrangement, l'adolescent se sentait bien. Il n'avait pas peur et était maintenant certain de ce qu'il devait faire ou dire.
Alors, quand Sam apparut dans la chambre quelques minutes plus tard, déposant sur le lit des vêtements noirs et un plateau de nourriture fumante, le Survivant remercia l'elfe de maison qui fut, pour une raison que Harry ignora, trop ébahi pour lui répondre.
Puis, après que l'elfe soit parti, l'adolescent alla inspecter le contenu de son déjeuner. Il y avait une part de gratin de légumes, un morceau de cheddar fondu sur du pain, un éclair au chocolat, un verre de jus de fruit et une tarte à la crème. Il s'était bien sûr interdit de manger la nourriture que lui amenait l'elfe mais une petite voix dans sa tête lui dit justement de manger, ce qu'il fit après une légère hésitation.
Il se sentait d'ailleurs un peu faible et devait regagner des forces.
Harry mangea donc lentement son déjeuner et alla ensuite prendre une douche, emportant avec les lui les vêtements que Sam venait de lui apporter. Comme lors de sa première rencontre avec Voldemort, ils étaient noirs, lui donnant ainsi un air de Mangemort. Peut-être le mage noir le faisait-il exprès…
Il se doucha ensuite, observant au passage les blessures que lui avait infligé Gibbon, tout en le maudissant intérieurement.
Grâce à Snape, elles avaient bien cicatrisé et ne faisaient presque plus mal au jeune sorcier. Cependant, s'il ne faisait rien, sa peau resterait marquée toute sa vie, ce qu'il ne souhaitait absolument pas. Il faudrait donc faire disparaître les cicatrices à l'aide de la magie.
Puis, quelques minutes plus tard, il sortit de la salle de bain, légèrement patraque. Il devait maintenant attendre.
Harry alla donc s'adosser à la fenêtre et observa vaguement le paysage tandis qu'il pensait au reste de sa journée.
Gibbon viendrait sûrement le chercher dans l'après-midi, comme il l'avait fait la première fois. Il n'aurait donc pas longtemps à attendre avant de voir à nouveau Voldemort, ce qui l'effraya un peu. Il avait bien sûr pensé à ce qu'il lui dirait quand celui-ci lui demanderait s'il avait réfléchi à sa proposition, ses répliques étant déjà soigneusement préparées. Cependant, il n'arrivait pas à imaginer la suite. Ou plutôt, il se l'empêchait, car il savait que le mage noir ne serait certainement pas enchanté de sa réponse…
Harry lâcha alors un long soupir d'angoisse.
Il ne fallait pas qu'il ait à nouveau peur, il se l'interdisait. Voldemort pouvait bien faire ce qu'il voulait de lui, il s'en fichait. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne le rejoindrait jamais. Il préférait d'ailleurs mourir plutôt que de s'allier au serpent. C'était la première pensée qui l'avait traversé lorsque le mage noir l'avait menacé et elle ne changerait pas. Une petite voix dans sa tête lui disait que c'était ainsi qu'il devait se comporter, et le Survivant était certain qu'elle avait raison.
Cependant quelques heures plus tard et après une petite sieste sur le bord de la fenêtre, l'adolescent faisait les cent pas dans sa chambre.
Il se sentait encore un peu fatigué et faible et malgré ses bonnes résolutions, appréhendait la suite. Il s'imaginait la réaction de Voldemort lorsqu'il refuserait une deuxième fois de rejoindre son camp et à chaque fois, il s'arrêtait brusquement de penser et s'asseyait - ou plutôt se laissait tomber - sur le petit fauteuil vert de la chambre, qu'il n'avait d'ailleurs jamais utilisé.
En vérité, Harry ne voulait pas penser à ce qui se déroulerait plus tard. Il avait fait plusieurs tentatives afin de penser à autre chose, comme à ses amis qui devaient sûrement se faire du souci pour lui, à Dumbledore qui le cherchait partout et à Sirius, accompagné de Rémus Lupin, traversant toute l'Angleterre afin de le retrouver, à Molly Weasley, rassurant Ginny et lui disant que « Harry serait bientôt sauvé », aux jumeaux qui se tenaient tranquilles et ne faisaient plus de blagues à leur famille…
Mais évidemment, ses pensées le trahissaient toujours et lui rappelaient systématiquement qu'il allait bientôt faire face à Voldemort, peu importe ses vaines tentatives pour oublier ce fait.
Ainsi, quand Sam revint en fin d'après-midi, le Survivant, qui tournait toujours en rond dans sa chambre tel un lion en cage lui demanda brusquement :
« Savez-vous quand je reverrai Voldemort ? »
L'elfe de maison fit les gros yeux et répondit aussitôt, d'une petite voix aiguë :
« Harry Potter ne doit pas prononcer ce nom ! »
Le Survivant hocha alors la tête et reprit :
« Savez-vous quand je le verrai ? »
Sam secoua alors frénétiquement la tête et répondit simplement :
« Sam ne le sait pas, et Sam ne doit pas le savoir ! »
Puis, il fit apparaître un plateau de nourriture d'un claquement de doigt et après s'être incliné devant l'adolescent, disparut aussi vite qu'il était venu.
Harry lâcha alors un soupir de frustration et retourna s'adosser à la fenêtre, trop angoissé pour manger.
Il tenta ensuite de se distraire en regardant dehors, son cœur battant de plus en plus vite dans sa poitrine, mais se releva aussitôt dans un excès de frustration et de colère.
Cela faisait dix jours qu'il était ici, il aurait espéré que quelqu'un viendrait le sauver avant de faire à nouveau face à Voldemort, mais non.
« Et Snape, que fait-il d'ailleurs ? » pensa soudain l'adolescent tandis qu'il donnait un coup de pied dans une bibliothèque. « N'est-il pas censé être du côté de Dumbledore ?! »
Son esprit perdait bientôt toute lucidité. Il avait peur mais camouflait sa peur par sa colère, ce qui était peut-être pire.
Le soir arriva alors, et le Survivant pensa soudain que Voldemort n'était peut-être pas là. Sinon, pourquoi attendait-il encore dans sa chambre ? Le serpent lui avait pourtant donné trois jours pour réfléchir et lui avait dit qu'au quatrième, il devrait lui donner une réponse. Cependant, le quatrième jour allait bientôt toucher à sa fin, ce qui n'était bien sûr pas pour déplaire au Survivant. Mais il ne comprenait pas. Que faisait donc Voldemort ?
Ne sachant pas quoi faire afin de s'occuper, le Survivant alla reprendre une douche. Il se força ensuite à penser à Poudlard et à ses amis, à ses professeurs – en évitant bien sûr Snape, à Dumbledore et à Sirius.
Puis, lorsque l'adolescent sortit finalement de la salle de bain, il alla s'asseoir sur le bord de la fenêtre et attendit, même s'il ne savait pas exactement quoi.
Soudain, à peine quelques minutes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit et le cœur du Survivant fit un bon dans sa poitrine.
Il se leva brusquement, ignorant les quelques petites taches noires devant ses yeux et observa le Mangemort qui venait d'entrer dans la chambre.
Harry fut alors légèrement surpris.
Une femme, habillée d'une robe noire et d'une cape bleue sombre se tenait devant la porte, un petit sourire sur le visage.
« Harry Potter, n'est-ce pas ? » dit-elle immédiatement en regardant le concerné.
Celui-ci ne fit pas un geste et ne répondit à la drôle de femme qui lui faisait face. Elle était brune, avait un visage assez masculin et était plutôt trapue. Un sourire faux ornait son visage et ses yeux sombres fixaient l'adolescent d'un air insistant.
« Enchanté de faire ta connaissance. » lança-t-elle ensuite en s'avançant vers le Survivant. « Je m'appelle Alecto. » ajouta-t-elle en tendant sa main au garçon.
Le Survivant la regarda d'un air surpris mais ne fit, encore une fois, pas un geste. La dite Alecto baissa alors la main et dit simplement avant de tourner les talons :
« Si tu veux bien me suivre, le Seigneur des Ténèbres veut te voir. »
L'adolescent fit alors une discrète grimace tandis qu'il maudissait Voldemort. Harry avait en effet espéré, pendant quelques heures, qu'il ne verrait pas le mage noir aujourd'hui.
C'était raté.
« Tout va bien se passer. » se dit-il alors pour se convaincre. « Il me suffit de rester fort. Tout ira bien. »
Son cœur battait furieusement dans sa poitrine mais il se força à rester calme et après avoir serré les poings afin d'empêcher tout tremblement de ses mains, suivit la femme.
Ils traversèrent alors le couloir aux nombreuses portes et aux allures lugubres, Harry en tête et la femme le suivant de près. Ce n'est pas comme s'il songeait à s'enfuir, il n'irait de toute façon pas bien loin...
Ils passèrent ensuite devant le grand escalier noir, l'adolescent jetant au passage un coup d'œil au vestibule en bas des marches, et empruntèrent un autre couloir aux tapisseries rouges ternes et au sol recouvert de tapis usés tandis que le Survivant, qui avançait d'un pas automatique et dont le cœur battait furieusement, se forçait à ne penser à rien.
Enfin, ils arrivèrent devant les deux portes en bois déjà ouvertes et pénétrèrent dans la pièce sombre.
« Attends ici. » lança alors Alecto avant de s'en aller, refermant au passage les grandes portes.
Le Survivant se retourna, s'apprêtant à demander ce qu'il devait attendre mais la femme était déjà partie. Et après avoir tourné la poigné d'une des portes, le Survivant en conclu qu'il était enfermé.
Évidemment.
Harry fit alors le tour de la grande salle du regard et reconnut la table ovale, la fenêtre, le trône de Voldemort, le chandelier aux bougies à moitiés éteintes et la cheminée noire de suie. Bien sûr, il se doutait qu'il devait attendre Voldemort, mais combien de temps exactement ? Une minute ? Dix ? Ou bien une heure ?...
Le Survivant lança alors un coup d'œil aux portes closes et soupira, la tension accumulée dans son corps disparaissant un peu. Voldemort lui avait donné un peu de répit, ce qui n'était pas plus mal.
« Il n'aurait pas pu mieux faire… » se dit d'ailleurs Harry en regardant à nouveau la fenêtre.
À pas de loup, il se dirigea vers celle-ci et tira les vieux rideaux. Il jeta ensuite un autre coup d'œil aux portes qui restaient résolument closes et tenta d'ouvrir la fenêtre en faisant le moins de bruit possible… ce qui ne fut pas un franc succès, car la fenêtre ne s'ouvrit pas. En fait, la poignée qui permettait de l'ouvrir ne tournait même pas du tout.
« J'aurais essayé… » pensa le Survivant d'un air maussade.
Puis, il fit à nouveau le tour de la pièce et se dirigea vers le trône qu'il observa.
Ce n'était pas vraiment un trône mais plutôt une sorte de fauteuil en bois, une antiquité en somme. Il était d'un bois sombre, presque noir – comme c'était étonnant – et sculpté. Les pieds avaient une forme de pattes d'animal, peut-être un lion, les accoudoirs étaient imposants et criblés de détails et le dossier, taillé en pointe aux extrémités, était tout aussi impressionnant. Le bois était bien sûr très vieux et par conséquent assez usé mais on pouvait tout de même deviner des motifs tortueux et fins, qui se rejoignaient tous en un même point, c'est-à-dire en haut du dossier.
Et là, en plein milieu, entourée des motifs tous plus complexes les uns que les autres était fixée une petite pierre ronde, lisse et de couleur émeraude. Harry la regarda alors fixement et cru voir des flammes noires danser en son sein.
Il cligna des yeux, étonné et lança au passage un coup d'œil vers l'autre bout de la pièce, où les portes étaient toujours fermées.
Puis, l'adolescent regarda à nouveau la pierre.
Il n'avait pas rêvé, c'était comme si de petites flammes noires flamboyaient tranquillement à l'intérieur. Elles bougeaient toutes d'un même rythme fascinant, presque envoûtant, et faisaient ressortir le vert émeraude de la pierre qui semblait briller de plus en plus.
Le regard du Survivant fut alors happé au plus profond de la pierre, le faisant presque oublier où il était.
« Fascinante, n'est-ce pas ? »
L'adolescent sursauta soudain et quitta la pierre des yeux tandis que son cœur battait la chamade et que sa cicatrice lui faisait soudainement mal.
« Elle a appartenu à la famille de ma mère, tous des Sang-Pur. » continua le mage noir distraitement, faisant mine de ne pas avoir remarqué la surprise du garçon.
Harry, quant à lui, s'éloigna subitement du trône tandis que Voldemort, à quelques mètres du Survivant, le fixait d'un air tranquille.
Le mage noir était vêtu de longues capes noires et dégageait un certain charisme, mais aussi une certaine peur, sa taille dépassant d'au moins trois têtes l'adolescent et ses yeux rouges brillants de malice. Harry se surprit alors à penser qu'il était impressionnant, beaucoup plus que la nuit du cimetière et lorsqu'il l'avait vu il y a de cela quatre jours.
« La pierre s'est transmise de génération en génération, ainsi que le trône qui a appartenu à un lointain parent. » ajouta le serpent en s'avançant vers Harry.
Celui-ci recula, s'employant à mettre le plus de distance possible entre lui et le mage noir et s'empêchant de mettre la main à sa cicatrice qui lui faisait mal. Cependant, ce n'est pas vers lui que se dirigeait Voldemort, mais vers la fenêtre.
Harry espéra alors que le serpent ne l'avait pas trouvé en train d'essayer d'ouvrir la fenêtre. Il avait pourtant fait le tour de la pièce du regard et n'avait rien vu... et comment était apparu le mage noir, d'ailleurs ? Les portes étaient toujours fermées et le Survivant ne se souvenait pas avoir entendu un seul bruit...
« Mais tu te doutes bien que ce n'est pas pour parler de ma famille que j'ai fait venir ici. » dit ensuite Voldemort en observant distraitement la fenêtre, le rideau tiré puis l'adolescent qui retenait son souffle. « As-tu réfléchi à ma proposition ? » demanda-t-il ensuite en plongeant son regard carmin dans celui du Survivant.
Il y eut alors un petit silence, dans lequel Harry fut tout à coup à court de mot. Il ne s'était pas attendu à ce que sa rencontre avec le mage noir se passe ainsi et était soudainement paralysé.
« Calme-toi. » pensa-t-il alors.
L'adolescent prit une courte inspiration puis expira doucement tandis qu'il retrouvait peu à peu sa lucidité.
« Je n'en ai pas eu besoin... » répondit-il ensuite en observant la réaction du serpent. « Je n'ai jamais voulu rejoindre le camp du meurtrier de mes parents. » ajouta-t-il tandis que Voldemort le scrutait d'une expression impénétrable.
Le silence se fit à nouveau.
Harry était tendu à l'extrême et essayait à tout prix de ne pas le montrer alors que le regard du mage noir était plongé dans le sien, inquisiteur, menaçant et presque effrayant. Et la douleur que ressentait le Survivant dans sa cicatrice ne fit qu'augmenter, l'obligeant à serrer les dents.
« C'est bien dommage… » lança alors le serpent d'une voix tranquille, rompant ainsi le silence. « J'avais de grands projets vois-tu. »
Le Survivant voulut répondre au mage noir mais celui-ci, qui le regardait toujours plissa les yeux, lui déconseillant ainsi de l'interrompre.
« Ne serait-ce pas merveilleux Harry ? » continua-t-il ensuite tandis qu'il se remettait à marcher. » Un monde où les sorciers régneraient en maîtres, gouvernant ainsi les Moldus et garantissant la paix ? Un monde où nous ne serions plus obligés de nous cacher et de vivre dissimulés aux yeux des autres ? »
Voyant que le mage noir s'approchait un peu trop de lui, Harry recula et revint vers le trône tandis que Voldemort continuait d'une voix tranquille :
« Une société parfaite pourrait naître, plus personne n'aurait à mourir afin de combattre le mal, et il n'y aurait plus aucune souffrance. Peux-tu l'imaginer, l'utopie dont je rêve ? »
Mais le Survivant n'imaginait rien du tout.
« Qu'ai-je à voir là-dedans ? » dit-il simplement.
Car les paroles du mage noir étaient bien belles, mais l'adolescent ne comprenait absolument pas où le serpent voulait en venir.
« Eh bien vois-tu, je ne peux créer un tel monde tout seul. » répondit Voldemort comme si c'était une évidence.
« Mais qu'est devenue votre quête de l'immortalité ? » demanda le Survivant.
En réalité, il se fichait un peu de ce que lui disait le mage noir mais avant que le serpent ne prononce son verdict, il voulait gagner du temps.
Voldemort chassa alors ses paroles d'un geste vague.
« Là n'est pas la question. » dit-il. « Je te propose un monde où tu serais libre de faire ce que bon te semble, Harry. Comprends-tu ? »
Le mage noir se rapprocha à nouveau du Survivant, qui recula vers la grande table ovale.
« Tu n'aurais plus à passer tes vacances chez ces ignobles Moldus, tu vivrais ta scolarité entouré de tes amis et une famille pourrait s'occuper de toi. »
Il fit ensuite une petite pause tandis que le garçon se retrouvait bloqué contre la table, le serpent s'avançant toujours lentement vers lui.
« Et par-dessus tout Harry, tu n'aurais plus à te sacrifier afin de me tuer. » continua-t-il en plongeant à nouveau son regard dans celui du garçon. « Ta vie serait douce, et tu n'aurais plus jamais à souffrir. Ne vois-tu pas le monde utopique qui s'offre à toi ?»
Il s'arrêta ensuite à un ou deux mètres de l'adolescent qui le fixait d'un air mauvais.
« Vous tuez de innocents et vous souhaitez un monde parfait ? » dit-il brusquement sous le regard patient du mage noir.
« Ne crois-tu pas que la fin justifie les moyens ? » répondit simplement Voldemort d'une voix tranquille et tandis qu'il se rapprochait à nouveau du garçon.
Harry contourna alors prudemment le mage noir et s'éloigna de lui.
« La fin ne justifie jamais les moyens. » dit-il ensuite en observant la réaction du mage noir.
Il y eut alors un autre silence, durant lequel les yeux rouges sang de Voldemort rencontrèrent à nouveau les yeux émeraude de Harry Potter. Sa cicatrice, qui lui faisait toujours mal, se mit alors à le brûler avec tellement d'intensité qu'il grimaça et détourna finalement le regard tandis que le mage noir se remettait à marcher en direction de la fenêtre, satisfait.
« Très bien. » dit-il ensuite lorsqu'il atteignit la fenêtre. « Alors que veux-tu ? »
Le Survivant ne comprit pas tout de suite.
« Je peux te donner du pouvoir, je peux te donner de l'argent, une famille et tout ce que tu as toujours voulu. »
L'adolescent tiqua lorsqu'il mentionna le terme ''famille''.
« Tu pourrais être adopté dans une honorable famille de Sang-Pur, tu serais aimé et tu ne serais plus jamais seul. » lança le serpent en se tournant à nouveau vers lui.
Harry serra les poings, le discours du serpent le faisant bouillir de rage. Croyait-il vraiment qu'il serait amadoué par ses paroles ? Pensait-il seulement une seule seconde que l'adolescent accepterait de le rejoindre car il lui promettait une « famille » ?
« N'est-ce pas ce que tu as toujours voulu ? » acheva Voldemort en plongeant à nouveau son regard dans celui du Survivant.
Celui-ci soutint son regard malgré la douleur que lui provoquait sa cicatrice et répondit avec toute la haine qu'il ressentait pour le serpent :
« Tout ce que j'ai toujours voulu, vous me l'avez enlevé et détruit à jamais. »
Voldemort plissa alors les yeux tandis que le garçon ricanait devant lui.
« Croyez-vous vraiment m'atteindre avec de telles choses ? » dit-il ensuite d'un ton rempli de mépris. « Pensez-vous vraiment que je me joindrais à un meurtrier tel que vous afin d'avoir ce que je souhaite ? »
Le visage du serpent perdit alors de son assurance devant l'adolescent beaucoup trop impertinent qui se tenait devant lui tandis que celui-ci continuait, la voix chargée de rage.
« Vous me dégoûtez. » lui cracha-t-il alors.
Voldemort fut piqué au vif mais Harry continua, ignorant la colère du mage noir qui se lisait maintenant sur son visage de serpent.
« Comment peut-on être aussi stupide ? Je n'ai jamais voulu vous rejoindre, je préférais mourir plutôt que de le faire ! » cria-t-il devant le mage noir.
Il avait besoin de dire ce qu'il ressentait, il avait besoin que sa haine sorte enfin au plein jour et par-dessus tout, il avait besoin de cracher toute la frustration qu'il avait accumulé jusque-là. Le mage noir devait payer. C'était à cause de lui si sa vie était un enfer, à cause de lui si Cédric, Dudley et ses parents étaient morts !
« Tout est de votre faute ! Je n'aurais jamais eu à vivre une telle vie si vous n'aviez jamais existé ! Mes parents seraient en vie, je n'aurais pas eu à supporter les regards méprisants et les insultes que m'ont lancé mon oncle et ma tante, j'aurais pu avoir une scolarité normale, être aimé… »
Il ne se contrôlait plus, les mots sortaient de sa bouche dans un flot de paroles déchaînées et venaient se répercuter sur le mage noir, qui fulminait de colère.
« TOUT ÇA, C'EST DE VOTRE FAUTE ! » hurla l'adolescent tandis que sa cicatrice lui faisait l'impression d'être passée au fer rouge. « ET JE NE VOUS REJOINDRAIS JAMAIS ! JE PRÉFÉRERAIS MOUR-… »
« Assez ! » gronda soudain le mage noir tandis qu'il levait la main en direction de l'adolescent et le faisait décoller de quelques mètres du sol.
Celui-ci, qui ne s'y attendait pas, cria alors de surprise avant d'atterrir lourdement sur la grande table dans un gémissement étouffé par la douleur.
Puis, subitement, le visage rempli de rage du serpent se retrouva au-dessus de l'adolescent et son emprise invisible encercla le cou du garçon tandis que celui-ci tentait de reprendre ses esprits, secoué par le choc. Il se débattit ensuite sous la poigne invisible de Voldemort qui l'étranglait à lui en faire perdre le souffle, alors que le terrible mage noir le surplombait de toute sa hauteur, ses yeux rouges furieux plongés dans les yeux verts du Survivant qui le regardaient avec une haine difficilement contenue.
« C'est donc cela que tu veux ? » siffla le serpent d'une voix terriblement basse. « Mourir ? … »
Harry cessa alors de se débattre tandis son visage se remplissait soudain de peur.
« Si c'est ce que tu veux… » continua Voldemort d'un ton effrayant.
Le serpent se mit ensuite à rire, d'un rire dément et inhumain, étranglant toujours au passage l'adolescent terrorisé et susurra d'une voix épouvantable :
« Lord Voldemort peut exaucer ton souhait. »
A suivre...
