Bonsoir !

Voici le septième chapitre, qui m'aura donné du fil à retordre... les émotions de Snape à l'égard d'Harry sont en effet à manier avec précaution, ce dont - j'espère - que j'ai réussi à faire.

Merci à tous pour vos reviews ! 16 personnes ont également ajouté la fiction dans leur favoris et 32 personnes suivent la fiction. Alors un gros merci à vous !

Pour parler un peu de ce chapitre, il se fait en trois temps. D'abord le point de vu de Severus, qui assiste à la colère de Voldemort sur Harry puis le point de vue d'Hermione à Grimmauld Place et enfin de nouveau Severus le lendemain. Au départ le chapitre ne devait être aussi long mais bon... je tiens tout de même à ce qu'après une semaine d'attente, il y ait un minimum de choses à lire.

Sans plus tarder voici donc le chapitre 7. Bonne lecture !


Chapitre 7 : Le Survivant


« Vous êtes du côté de Dumbledore, n'est-ce pas ? »

D'un geste agacé de la main, Severus Snape chassa les paroles du Survivant qui, depuis le jour précédent, lui revenaient sans cesse en mémoire.

Il lâcha ensuite la plume dont il s'était servi pour écrire sur un parchemin, à présent gribouillé de partout.

Le garçon était vraiment stupide.

Ne comprenait-il pas que chaque parole qu'il prononçait pouvait être retournée contre lui ? N'avait-il pas assez de matière grise pour savoir lui-même ce qu'il devait dire et ne pas dire ?

Apparemment non, et cela agaçait au plus au point le maître des potions.

Car le jour précédent, il avait pris un très gros risque.

L'elfe de maison, qui allait tous les jours dans la chambre du garçon, lui avait d'abord rapporté qu'il ne mangeait rien, sifflait parfois et pouvait rester dans la même position presque toute la journée. Gibbon était même venu le voir et lui avait demandé de donner à l'elfe une potion nutritive pour ce « stupide gamin arrogant ». Le mage noir étant en partie responsable du gamin - le Seigneur des Ténèbres lui ayant lui-même confié cette tâche, il devait s'assurer que celui-ci reste en bonne santé.

Alors, profitant de l'absence de Gibbon envoyé peu de temps avant en mission, Severus Snape était allé rendre une petite visite au Survivant, bien malgré lui évidemment. Et craignant quelque peu que le garçon ait abandonné, il ne fut pas déçu.

Le garçon, en quelques jours à peine, semblait avoir renoncé à toute forme de nourriture et également à dormir, vu les cernes noires d'encres qu'il arborait sous ses yeux. Sachant – grâce à l'indiscrétion de Gibbon - que le Survivant avait eu une conversation avec le Seigneur des Ténèbres trois jours plus tôt, il avait deviné que cela s'était plutôt mal passé, mais sans savoir pourquoi malheureusement.

C'est ainsi qu'il avait pris un gros risque en s'introduisant dans la chambre du Survivant et en lui faisant boire quelques potions qui amélioreraient son état, aussi physiquement que mentalement. Il lui avait ensuite dit que le Seigneur des Ténèbres était peut-être dans sa tête et lui troublait l'esprit, ce dont il n'était pas sûr évidemment, mais tout plongeait en cette direction.

L'étrange connexion qu'il avait avec le terrible mage noir était néfaste, le maître des potions avait donc dû manipuler légèrement le garçon afin d'y mettre un terme. Ce n'était d'ailleurs pas grand-chose, un simple sortilège de confusion et le tour était joué.

Le sorcier n'avait d'ailleurs pas eu le choix, car si le Seigneur des Ténèbres avait accès à l'esprit du garçon, il pouvait tout aussi bien fouiller ses souvenirs. Et il n'aurait sûrement pas apprécié voir son Mangemort aider le garçon à le repousser.

Heureusement, la chose était à présent réglée.

Le sorcier prit ensuite sa baguette qui était restée sur le bureau et lança un Tempus. Il était tard, le maître des potions décida donc qu'il avait assez travaillé pour aujourd'hui.

Il se leva de sa chaise et s'étira, ses articulations engourdies le faisant grimacer. Il rangea ensuite le petit bureau d'un petit coup de baguette, envoyant les nombreux parchemins noircis par l'encre de la plume qu'il avait utilisés dans les tiroirs, rangea celle-ci dans l'un d'eux et mis le tout sous protection magique. Ces travaux étaient en effet trop importants pour que quiconque ne fouillent dedans.

Puis, après un bref coup d'œil à la petite pièce qui lui servait de bureau, il sortit se dégourdir un peu les jambes.

Cela faisait dix jours qu'il était coincé ici. Dix jours qu'il travaillait d'arrache-pied pour le Seigneur des Ténèbres, sans possibilité de sortir.

Bien sûr, il pouvait toujours aller dans le parc ou se promener sur la colline, il n'était pas enfermé dans le manoir comme l'était le garçon... mais il n'avait tout de même pas le droit de franchir la grande grille qui permettait de se rendre au village, ni de transplaner. Le manoir était d'ailleurs protégé par des sortilèges de magie noire puissants, tous érigés par le Seigneur des Ténèbres en personne, ce qui voulait dire qu'il comptait bien y rester un moment et l'espion aussi, à son plus grand dam.

Il avait bien sûr essayé plusieurs fois de sortir, sans succès.

La première fois, le sorcier avait d'abord prétexté manquer d'ingrédients. Il était donc allé voir le mage noir et lui avait demandé s'il pouvait se rendre dans son laboratoire, situé chez lui à Carbone-les-Mines. Le Seigneur des Ténèbres avait bien sûr refusé et avait envoyé Queudver chercher ce dont il lui manquait.

La deuxième fois, il avait tenté de convaincre le mage noir de se rendre à Poudlard afin de donner de fausses pistes à Dumbledore sur la localisation exacte du garçon, ce qu'il avait encore une fois refusé. À la place, il lui avait simplement répondu qu'il était trop tôt pour cela et l'avait renvoyé sans plus de détails. Et le sorcier ayant bien vu le regard du Seigneur des Ténèbres, il savait qu'il ne devait pas essayer une nouvelle fois. La confiance que lui vouait le mage noir était déjà beaucoup trop mince. L'espion devait donc se débrouiller tout seul.

Durant ces quelques jours, Severus s'était d'ailleurs demandé si Dumbledore avait enfin remarqué la disparition du Survivant.

Après autant de jours, cela devait être le cas. Le directeur avait donc dû convoquer l'Ordre afin de partir au plus vite à la recherche du garçon et avec un peu de chance, savait désormais où il se trouvait, ou du moins avait quelques idées...

Le sorcier, après avoir lancé un lumos afin d'éclairer le couloir sombre dans lequel il se trouvait décida ensuite d'aller prendre l'air. Il ne pourrait de toute façon, et tout comme les autres nuits, s'endormir avant le petit matin.

Il passa d'abord devant la petit bibliothèque qu'il avait découvert quelques jours avant, traversa le long couloir parsemés de vieux tableaux, la plupart déchirés, tourna à gauche lors de la première intersection, arriva dans un nouveau couloir sombre et tourna finalement à droite pour arriver dans le hall d'entrée du manoir.

Le seul point positif était que l'aile gauche du manoir, où l'espion passait la majeur partie de son temps, était très peu fréquentée, voire même pas du tout. Celle-ci était en effet composée de plusieurs pièces abandonnées, comme la grande salle à manger – qui servait de repère pour les rats et les souris, adjacente à la réserve vide, la cave qui avait jadis servie de cave à vin si l'on en jugeait les nombreuses bouteilles vides – l'espion y avait fait un tour, la plupart venant de France, la petite bibliothèque sans fenêtre qui sentait le renfermée et abritait une quantité impressionnante de poussière et enfin le débarras, rempli de meubles cassés, de tableaux déchirés et de coffres pleins de vieilleries.

Le laboratoire, la serre et le bureau où l'espion travaillait étaient donc très bien placés ; le sorcier n'avait presque jamais croisé quelqu'un dans cette partie du manoir, ce qui lui allait très bien.

L'aile droite en revanche était différente. C'était entre autre dans cette partie-là que se situait le petit salon où l'espion avait vu pour la première fois le chat gris qui semblait avoir élu domicile dans le manoir. Depuis, le sorcier le croisait fréquemment dans l'aile gauche, qui grouillait de rongeurs.

Il y avait également le grand salon, où certains Mangemorts allaient pour discuter de choses et d'autres, la bibliothèque, beaucoup plus grande que celle de l'aile gauche et qui avait un nombre conséquent de livres, de grimoires et de parchemins en tous genres certains même très rares, une pièce abandonnée qui devait servir de deuxième salon et enfin les cuisines, où l'elfe de maison passait la majeure partie de son temps.

Ainsi, le hall d'entrée, située au milieu du manoir était donc très fréquenté par les Mangemorts désirant se rendre dans l'aile droite de la grande maison ou tout simplement au premier étage.

Le sorcier traversa alors le vestibule, jetant au passage un coup d'œil vers les grands escaliers en bois et se dirigea vers la porte. Il devait être plus de vingt-deux heures et les chances de croiser un Mangemort étaient plus faibles qu'en pleine journée, mais l'espion ne voulait croiser aucun mage noir. Car cela impliquait qu'il devrait faire l'effort de faire la conversation ou au moins le saluer, ce dont le sorcier avait tout sauf envie de faire. Le fait d'être coincé au manoir jouait certainement trop sur ses nerfs.

Soudain, alors qu'il s'apprêtait à sortir, sa Marque lui fit subitement mal et un hurlement glacé traversa le manoir.

L'espion se massa alors le bras gauche et grimaça, son regard se dirigeant automatiquement vers l'escalier et par extension le premier étage.

Le cri avait été bref et légèrement étouffé, le sorcier ne pouvait donc pas déterminer à qui il appartenait. Une chose était cependant sûre, le Seigneur des Ténèbres était en colère. Mais tant que ce n'était pas contre lui, l'espion n'en avait rien à faire. La chose était d'ailleurs assez fréquente ici, il n'y avait donc pas de quoi s'inquiéter.

Le maître des potions voulut donc une nouvelle fois quitter le manoir lorsqu'un terrible doute s'empara soudain de lui. Il resta alors la main suspendue sur la poignée ronde de la grande porte tandis que les paroles de Gibbon, qu'il avait vu quelques jours avant, lui revenait en mémoire.

« Le gamin ne mange rien, tu pourrais me faire une potion nutritive ? J'espère que le Seigneur des Ténèbres en finira vite avec ce stupide gosse, il le revoit dans deux jours. »

Cela faisait bien deux jours que le Mangemort était venu lui parler…

Lentement, le sorcier se retourna et se mit à marcher en direction des escaliers, à l'affût du moindre bruit. Il monta ensuite silencieusement les marches, s'arrêtant de temps à autre afin d'écouter puis arriva finalement au premier étage, tandis que sa Marque le brûlait de plus en plus.

Puis, il s'arrêta, regarda à droite et à gauche et ne voyant personne dans le couloir, se dirigea vers la salle de réunion. Il avança sans aucun bruit, ses pas glissants sur les tapis du long couloir, ses sens à l'affût du moindre son.

Puis, lorsqu'il arriva à quelques mètres des portes de la salle, il s'arrêta à nouveau et plaqua son bras contre sa Marque en grimaçant. De toute façon, il ne pouvait aller plus loin. Le Seigneur des Ténèbres était capable de remarquer ses serviteurs lorsqu'ils étaient dans un périmètre proche de lui, l'espion espérait simplement qu'il serait trop occupé pour le repérer.

Le maître des potions attendit donc tandis qu'il retenait presque son souffle et était prêt à décamper au moindre bruit suspect, sa main droite massant toujours distraitement son bras gauche.

Alors, un autre cri parvint aux oreilles du sorcier. Son visage se crispa aussitôt, et sa main droite serra plus fort la Marque.

Il avait vu juste. La voix était rauque, certes quelque peu étouffée, ce qui montrait que son propriétaire luttait pour ne pas montrer sa souffrance, mais n'était pas aussi grave que celle d'un adulte. Et l'espion, qui avait souvent été face à son propriétaire, la connaissait bien.

C'était la voix du garçon.

En quelques secondes, le sorcier sortit sa baguette de sous sa manche et la pointa en direction des grandes portes closes.

« Vocem Amplificatum. » murmura-t-il.

Il se tourna ensuite, fit un long cercle de la main et rajouta :

« Assurdiato. »

La voix du Seigneur des Ténèbres, furieuse et menaçante lui parvint alors aux oreilles.

« Harry Potter veut mourir ? »

Il se mit à rire sous les halètements du Survivant et fit grimacer l'espion. Son rire était bien la dernière chose que le sorcier voulait entendre. Il était froid, sec, cassant, et était tout sauf agréable à écouter.

« Réponds-moi Harry… » siffla-t-il ensuite d'une voix menaçante. « Est-ce vraiment ce que tu veux ? »

La respiration rauque du Survivant parvint alors jusqu'au maître des potions et celui-ci se demanda ce que le Seigneur des Ténèbres faisait subir au garçon. Il avait crié, d'une voix rauque et retenue et avait maintenant du mal à respirer.

« Tu…ez…oi. » souffla difficilement le Survivant tandis que l'espion fronçait les sourcils.

Que venait-il de dire ? Sa voix était beaucoup moins forte que le mage noir mais l'espion pouvait cependant deviner les paroles du garçon. Et il n'en croyait pas ses oreilles. Il ne venait tout de même pas de dire au Seigneur des Ténèbres de le tuer… ? Par Merlin, qu'était-il donc arrivé au gamin désespérément fier et arrogant, aussi agaçant que son père ?

La voix du mage noir, qui devait fulminer de rage claqua alors aux oreilles de l'espion.

« Endoloris ! »

Le Survivant hurla à nouveau sous le rire dément du serpent, alors qu'il semblait taper contre quelque chose, peut-être du bois. Il cria pendant de longues secondes, sa souffrance perçant dans sa voix devenue rauque tandis que la Marque de l'espion, qui n'y faisait plus attention, le brûlait toujours.

« Lord Voldemort ne tolérera pas que l'on manque de respect à son égard, Harry Potter… » siffla ensuite le mage noir d'une voix cruelle. « Tu ferais mieux de t'en souvenir. »

Le garçon fut pris d'une quinte de toux incontrôlable, ses halètements faisant grimacer l'espion toujours silencieux et immobile.

« Tu…ez-moi ! » dit-il ensuite du plus fort qu'il put.

L'espion entendit le sifflement de rage du serpent et il serra les dents, maudissant au passage le Survivant. Que lui prenait-il donc ? Était-il sérieux, souhaitait-il vraiment mourir, ou n'était-ce, une de fois plus, que l'étalage de son arrogance légendaire ?

« Tu es courageux Harry. » lança le mage noir d'une voix affreusement basse. « Ce n'est malheureusement pas très intelligent de ta part… » ajouta-il d'un ton menaçant.

Il y eut ensuite un petit silence, durant lequel l'espion se demanda quelle avait été la cause d'une pareille situation. Le Survivant avait certainement dû énerver, voire même provoquer le Seigneur des Ténèbres – par Merlin le garçon était vraiment stupide – pour que le mage noir réagisse ainsi. Car après tout, il avait lui-même demandé à l'espion de ne pas faire de mal au Survivant.

« Je ne… vous rejoin…drez pas. » souffla le garçon.

Les paroles de celui-ci vinrent alors directement se ranger dans la mémoire de l'espion tandis qu'il écoutait la suite, son visage devenant tout à coup plus grave. Il devait se concentrer et ne pas céder aux émotions. D'ailleurs, il n'avait aucune sympathie pour l'adolescent, même s'il compatissait secrètement avec lui. L'espion pensa alors que le Seigneur des Ténèbres voulait donc bien que le Survivant le rejoigne mais que celui-ci avait évidemment refusé, comme le maître des potions lui avait, à l'aide d'un sortilège, indirectement ordonné.

« Ja...mais. » ajouta ensuite l'adolescent.

Le serpent siffla à nouveau de rage. Il n'aimait pas qu'on lui refuse quelque chose.

« Endoloris ! » cingla-t-il, faisant à nouveau crier de douleur le garçon.

L'espion remarqua alors que le Survivant essayait de cacher la souffrance qu'il ressentait en s'empêchant de trop crier, ce qu'il fit presque avec succès.

« Tu me rejoindras Harry, que tu le veuilles ou non ! » ajouta le serpent d'une voix courroucée. « Endoloris ! »

Le Survivant hurla alors, son cri de torture résonnant aux oreilles de l'espion et le faisant grimacer tandis que le mage noir riait d'une voix démente, presque folle, et semblait se délecter de la souffrance du garçon.

Il cria pendant un laps de temps infini aux yeux de l'espion, sa voix se brisant à la fin et ne laissant échapper que de faibles gémissements.

L'espion ayant déjà été victime de la colère du terrible mage noir, il savait à quel point son Doloris faisait mal. Parfois, il lui avait fallu plus de vingt secondes avant de se rappeler qui il était et ce qu'il lui était arrivé.

« J'ai pourtant été clément avec toi, Harry Potter. » dit ensuite tranquillement le Seigneur des Ténèbres. « Et toi, idiot que tu es, tu n'as pas saisi ta chance… »

Le maître des potions entendit les halètements du garçon, qui devait avoir du mal à retrouver son souffle.

« J'ai des projets pour toi Harry Potter. » continua le serpent d'une voix calme. « Une vieille folle m'a un jour dit que Lord Voldemort n'atteindra jamais son but, à moins qu'il ne s'allie avec son ennemi… »

Snape, toujours immobile, fronça les sourcils, un air soudain attentif sur le visage.

« Et vois-tu, je n'ai pas fait tout ce que j'ai accompli à ce jour pour finalement être vaincu. » ajouta le Seigneur des Ténèbres, toujours aussi calmement.

Était-ce donc pour cela que le Seigneur des Ténèbres voulait que le Survivant le rejoigne ? Parce qu'une vieille femme lui avait annoncé sa défaite… ?

« Tu te trompes, jeune Potter. La fin justifie toujours les moyens. »

Le maître des potions pouvait-il croire ce qu'il venait d'entendre ? Ou n'était-ce qu'une ruse du serpent, visant à troubler le garçon ?...

« Et c'est pour cette raison que je ne vais pas te tuer, Harry. Tu te soumettras à moi, peu importe si ce n'est de ton plein gré. » dit-il finalement tandis que sa voix tranquille résonnait à l'oreille de l'espion.

Le cerveau de celui-ci fonctionnait d'ailleurs à toute vitesse. Le terrible mage noir venait-il de mentionner une prophétie ? La « vieille folle » dont le Seigneur des Ténèbres parlait était-elle voyante ? Si oui, qui était-elle ? Et quelle était la nature exacte de la prophétie ?

Le Mangemort savait son maître très attaché à ce genre de présage, surtout depuis que la première prophétie, celle de Sybille Trelawney, s'était avérée juste. Car le garçon, né lorsque mourrait le septième mois, de ceux qui ont par trois fois défié le mage noir, bien qu'il ne fut alors qu'un bambin avait tout de même vaincu le Seigneur des Ténèbres, pour une durée limitée cependant.

Puis, le maître des potions entendit la respiration sifflante du garçon, qui murmura ensuite, faisant presque frémir le sorcier :

« Ja…mais. »

Alors, le sifflement furieux du serpent se fit une fois de plus entendre, et la torture du garçon recommença tandis que l'espion assistait, impuissant à celle-ci, et perdit finalement le compte de Doloris que le Seigneur des Ténèbres infligea au Survivant.


Dans le monde magique, tout était sens dessus dessous. La disparition de Harry Potter, qui avait été rendue publique le jour précédent par Albus Dumbledore, avait en effet bouleversé le monde sorcier et soulevé de nombreuses questions. La Gazette s'arrachait dès sa sortie des maisons de presse et le Chemin de Traverse était jonché de journaux et de magasines en tout genre, relatant la disparition du Garçon qui a Survécu. Rita Seeker, accompagnée du portrait du garçon à lunettes, faisait d'ailleurs la une des articles, avançant des théories toutes plus folles les unes que les autres sur les événements de Little Whinging.

La disparition du Survivant était donc du jour au lendemain devenue un fait connu de tous, et pas un seul lieu du monde magique n'avait été épargné. On trouvait même parfois, dans le monde des Moldus, les journaux animés de la Gazette, que les employés du Ministère s'empressaient de ramasser sous les yeux ébahis des passants. Et les discussions, dans n'importe quel pub sorcier sur le Chemin de Traverse ou ailleurs ne parlaient que de cela. On se croyait revenir à la nuit du 31 octobre 1981, où la défaite du plus puissant mage noir de tous les temps avait été annoncée.

Car la disparition du Garçon qui a Survécu était, pour certain, une très bonne nouvelle. En effet, à la fin du Tournoi des Trois Sorciers, Harry Potter, ainsi qu'Albus Dumbledore s'étaient fait beaucoup d'ennemis, dont le Ministre de la Magie lui-même, Cornelius Fudge.

Gare au garçon qui criait au loup…

Mais la jeune la sorcière, qui était à la fenêtre du 12 Grimmauld Place et observait vaguement la rue silencieuse, plongée dans la nuit noire en contrebas, était bien loin de ressentir la même chose que ces gens-là, de même que le rouquin qui venait de la rejoindre, un air triste sur le visage.

« Hermione ? » dit-il doucement en voyant la sorcière abattue à la fenêtre.

Il traversa le petit salon, passant à bonne distance des nombreuses toiles d'araignées sur les meubles, contourna le piano à queue recouvert de poussière et rejoignit son amie.

Il s'assit ensuite à côté d'elle et passa un bras affectif autour de ses épaules. Celle-ci le regarda alors, les yeux humides, et dit simplement d'une voix rauque :

« Où crois-tu qu'il est ? »

Ron lui lança alors un regard désolé et attira la jeune fille dans ses bras, qui se mit à pleurer doucement.

« Je ne sais pas. » répondit-il, impuissant. « Dumbledore a dit qu'il pouvait se trouver n'importe où… »

Le silence s'abattit alors sur la pièce tandis que les deux adolescents se réconfortaient mutuellement tandis que la Gazette du Sorcier, posée négligemment sur un fauteuil poussiéreux, semblait les narguer.

Sur la première page, il y avait d'abord quelques faits divers, comme l'exploit d'un éleveur de Dragon qui avait créé une nouvelle race, l'un des petits fils de Cassandra Vablatsky qui s'était volatilisé depuis plusieurs mois ou bien la trouvaille d'un chimiste qui allait, soit disant « bouleverser le domaine des sciences Moldus » tandis qu'en plein milieu, avec le titre « Le Garçon qui Ment a disparu » trônait la photo de Harry Potter, l'air légèrement fou et prise à la fin du Tournoi des Sorciers.

Bien sûr, les deux adolescents avaient appris la nouvelle bien avant qu'elle ne soit rendue publique, c'était d'ailleurs un hibou du directeur de Poudlard qui, il y a quatre jours, leur avait signalé dans une lettre la disparition de leur ami. C'était donc pour cela qu'ils logeaient à présent au QG de l'Ordre du Phoenix, dans la maison de Sirius Black et patientaient en silence, frustrés et impuissants tandis que les adultes en bas élevaient la voix et se disputaient sans cesse.

« Tu te rends compte ? » lança soudain la jeune sorcière, sa crinière ébouriffée cachant son visage ruisselant de larmes. « Dix jours… »

Elle renifla, essuya ses larmes de la main et regarda Ron, qui affichait un air désespéré.

« Dix jours qu'il a été enlevé… » continua-t-elle. « Et Dumbledore ne sait toujours pas où il est... »

La sorcière sortit ensuite un mouchoir de sa poche et s'essuya les joues tandis que Ron la fixait, un air abattu sur le visage.

« J'ai tellement peur pour lui… » souffla-t-elle, ses yeux humides plongés dans ceux de son ami.

« L'Ordre est en train de le chercher. Hagrid est même parti en Autriche… » lui rappela le rouquin, même si il n'était lui-même pas convaincu de ce qu'il disait. « Ils vont vite le retrouver. »

Il fit une petite pause et murmura doucement :

« J'espère. »

La jeune fille secoua alors la tête, ses doigts se crispants sur son pantalon.

« J'ai vu le regard de Dumbledore quand il est venu ici. » dit-elle. « Il veut se convaincre que Tu-Sais-Qui n'a rien à voir là-dedans, mais il sait que ce n'est pas le cas. » continua-t-elle tandis que Ron fixait un point invisible sur le mur, l'air perdu.

Elle fit ensuite une petite pause et reprit d'une voix amère :

« Comment expliques-tu, d'ailleurs, que Snape ne soit pas ici ? »

« Cette chauve-souris graisseuse… » cracha le rouquin. « Il est du côté de Tu-Sais-Qui, ce n'est pas nouveau ! »

« Tu te trompes. » contra la sorcière, les lèvres pincées. « Il fait partie de l'Ordre, je l'ai entendu il y a quelques jours. »

« Qui a dit ça ? » lâcha-t-il en croisant les bras, convaincu que le maître des potions qu'il détestait tant était un traître.

« Le professeur Lupin. » répondit simplement Hermione en plongeant son regard dans celui de son ami. « Il est retenu par Tu-Sais-Qui, peut-être au même endroit où se trouve Harry. » compléta-t-elle.

Il y eut alors un petit silence, durant lequel Ron se mit à réfléchir sur les paroles de la sorcière. En bas, dans la cuisine, les adultes se disputaient encore.

« Comment tu le sais ? » dit-il finalement, sa colère disparue.

« Eh bien… je n'en suis pas sûre, mais si le professeur Snape ne savait pas où était Harry, ne crois-tu pas qu'il serait ici, avec les autres membres de l'Ordre ? » répondit-elle lentement « Sirius a demandé à Dumbledore pourquoi Snape n'était pas là, il lui a répondu qu'il n'avait pas de nouvelle depuis dix jours. » continua-t-elle. « Ça correspond à la date de la disparition de Harry… »

Ron fixa alors son amie, l'air pensif.

« Il peut très bien être retenu ailleurs… » tenta le rouquin, peu sûr.

« Peut-être… » lança simplement Hermione. « Mais je suis convaincue que ce n'est pas le cas. Qui d'autre, à part Tu-Sais-Qui pourrait le retenir ? Il n'a pas de femme, pas d'enfant, pas de famille… »

Elle fit une petite pause devant l'air confus de son ami et lança finalement, le regard désolé :

« Mais ce n'est pas ça qui va aider à retrouver Harry… »

Le silence se fit, la porte d'entrée de la maison claqua et Remus Lupin, accompagné d'Alastor Maugrey et de Nymphadora Tonks, transplanèrent dans la petite rue.

« Tu crois que Tu-Sais-Qui l'a enlevé ? » dit ensuite Ron, le visage encore plus inquiet.

Le sorcière ne répondit cependant pas à son ami et se contenta de fixer en silence la rue déserte qui faisait face à la vieille maison. En bas, dans la cuisine, Molly Weasley se disputait encore avec Sirius Black, qui était obligé de rester cacher ici afin d'échapper au Ministère. Celui-ci était en effet encore convaincu que l'homme était l'assassin des Potter et devait donc être retrouvé au plus vite afin d'être envoyé à Azkaban.

Arthur Weasley, quant à lui, tentait d'apprendre des choses au Ministère et fouinait dans les affaires de Lucius Malfoy, qui, comme chacun le savait tous – à part l'imbécile Ministre de la Magie bien sûr, était un Mangemort. Le sang-pur se faisait cependant assez discret ces temps-ci et Arthur Weasley ne trouvait malheureusement rien à lui reprocher.

Dumbledore, lui, tentait de persuader Cornelius Fudge d'envoyer des aurors à la recherche de Harry Potter, ce qu'il fit mais uniquement afin de se débarrasser du directeur trop insistant. Après tout, la disparition du Survivant était pour lui une bonne nouvelle. Avec Dumbledore, ils affirmaient que le Seigneur des Ténèbres était revenu, ce qui était totalement faux selon Fudge. Un agitateur en moins était donc une très bonne chose.

Une autre femme, peu connue jusque-là, avec un visage de crapaud et des habits roses faisait également parler d'elle. Elle affirmait, dans ses interviews avec Rita Seeker, que le Garçon qui a Survécu s'était simplement enfuit de chez lui, peut-être parce qu'il avait honte d'avoir menti sur la résurrection du Seigneur des Ténèbres, ou peut-être parce qu'il était un peu fou, ou bien les deux. Dolores Ombrage – car c'était son nom – faisait donc, à l'aide de la journaliste, le portrait ridicule d'un jeune adolescent qui avait perdu la tête à cause de sa célébrité.

Et cette femme, sous-secrétaire du Ministère de la Magie et qui dégoûtait les deux Gryffondors, gagnait de plus en plus en popularité, ternissant encore et encore l'image de leur ami.

Soudain, de retour au 12 Grimmauld Place, un vieux sorcier transplana dans la rue et entra dans la maison lugubre, aussitôt suivi d'un autre personnage qui semblait trembler de peur.

Les deux adolescents se levèrent alors précipitamment et allèrent à la rencontre de leur Directeur, suivi du petit homme roux, très connu dans le marché noir et réputé pour être un effroyable escroc.

Mondingus Fletcher venait de réapparaître.


Le lendemain, au manoir Jédusor, Severus Snape faisait les cent pas dans son bureau.

Il devait à peine être cinq heures du matin que le sorcier était déjà debout et travaillait – ou plutôt essayait – sur une nouvelle recette de potion, sans succès. À la place, il marchait de long en large dans la petite pièce et repensait sans cesse aux paroles du mage noir ainsi qu'aux hurlements du garçon, qui, pour une raison qu'il ignorait, l'avaient hanté toute la nuit.

Bien sûr, il compatissait avec le Survivant qui avait subi la colère du terrible mage noir. L'ayant déjà connu aussi, il ne pouvait se réjouir du sort du garçon, qu'il n'aimait pas, certes, mais qui ne méritait pas de souffrir autant. Et ses faibles paroles, qui accompagnaient ses hurlements de torture, résonnaient dans la tête du maître des potions. Jusqu'au bout, il avait en effet tenu tête au terrible mage noir, quitte à souffrir encore, ce que Severus Snape n'aurait jamais eu le cran de faire.

Certes, le gamin était courageux… mais il était aussi très stupide. Mentir lui aurait évité bien des choses, et il n'aurait peut-être pas eu à subir la colère du Seigneur des Ténèbres.

Cependant, c'était bien lui, Severus Snape, qui avait – légèrement – manipulé son esprit afin d'effacer la peur qu'il avait ressenti et de le convaincre qu'il ne devait rejoindre le mage noir sous aucun prétexte.

L'homme se sentait alors, bien malgré lui, un peu coupable.

Bien sûr, il n'aurait jamais imaginé qu'un simple sortilège de confusion ait de telles conséquences… il était d'ailleurs presque certain que même sans être intervenu, le garçon aurait tout de même tenu tête au Seigneur des Ténèbres.

Mais pour une raison qu'il ignorait, il se sentait coupable.

L'espion se demandait d'ailleurs comment allait le Survivant, ce qui lui était arrivé après qu'il s'en aille – en prenant soin de ne se faire voir par personne – et si Gibbon était de retour. Car s'il ne l'était pas, il pouvait à nouveau tenter de s'introduire dans la chambre du garçon, même si c'était très risqué pour lui.

Le maître des potions s'assit alors sur la chaise du bureau et se pinça l'arête du nez tout en fermant les yeux, l'air fatigué.

La recette sur lequel il travaillait depuis plus de quatre jours n'aboutissait à rien, et cela le frustrait. Il avait dans l'idée de créer une potion qui altérerait les sens d'un animal et le ferait aller à un endroit précis, son instinct perturbé par la potion le guidant. Il la ferait ensuite boire à un oiseau quelconque et écrirait une lettre codé à l'intention de Dumbledore, que lui seul pourrait déchiffrer.

Au manoir et surtout dans la serre, il y avait beaucoup d'oiseaux, ce qui réglait déjà le problème d'en trouver un. Cependant, il faudrait en trouver un assez robuste, peut-être une buse ou au mieux un hibou - car l'espion en avait entendu la nuit, encore fallait-il en attraper un...

Pour le reste, la potion forcerait l'oiseau à chercher avidement une pousse de Célafone, que le maître des potions détenait dans son laboratoire de Poudlard, la plus proche sinon étant située en Allemagne – il avait vérifié à l'aide d'un grimoire de botanique qui mentionnait cette plante très rare et ne poussant qu'à certains endroits du globe. C'était en soi une banale potion d'attirance, mais qui ne marchait pas toujours… d'autant plus que la distance qui séparait l'animal et la plante était très grande et que l'espion devait faire en sorte de créer une attirance artificielle à une plante qu'il n'avait même pas à sa disposition.

Son plan était bien sûr complexe, mais c'était le seul qu'il avait. Et c'était le plus sûr qu'il avait trouvé. L'espion ne pouvant se déplacer lui-même et le manoir se situant à quelques centaines de kilomètres de Poudlard, il devait donc trouver quelque chose d'autre pour le faire à sa place : un oiseau.

Soudain, alors que l'espion était plongé dans ses pensées, quelqu'un frappa à la porte.

L'espion remit alors immédiatement son masque imperturbable sur son visage et lança d'une voix grinçante :

« Entrez. »

Il espérait que ce n'était pas Queudver, car le sorcier aurait bien été capable de l'étrangler tant il était de mauvaise humeur.

Ce ne fut cependant pas lui.

À la place, un sorcier d'une vingtaine d'années, peut-être plus, pénétra dans le bureau dans un silence respectueux et fit le tour de la pièce des yeux. Puis, devant l'air impénétrable du maître des potions qui s'était levé et le fixait dédaigneusement, il se présenta.

« Je m'appelle Alexandre. » dit-il simplement, ses yeux bleus nuit se plongeants dans le regard noir de l'espion. « Gibbon voudrait que vous fassiez des potions nutritives et régénératrices pour Harry Potter. Il vous demande également de lui donner vous-même, car il n'accepte aucune nourriture ni potion que l'elfe ou Gibbon lui propose. »

Le sorcier plus âgé détailla alors l'homme qui lui faisait face. Il était de taille moyenne, assez mince, portait des habits noirs – comme tout Mangemort qui se respectait – et le regardait d'un air patient. Ses cheveux étaient châtains clairs avec quelques reflets blonds, une légère barbe de trois jours recouvrait ses joues et sa peau était presque aussi pâle que Lucius Malfoy en personne. Il avait également des cernes sous les yeux, sûrement naturelles, ce qui, étrangement, lui donnait un air un peu fou.

« Gibbon croit-il que le garçon acceptera ce que je lui donnerai, au contraire de lui ? » demanda finalement l'espion d'une voix agacée.

En réalité, la nouvelle l'arrangeait. Il n'aurait pas à pénétrer en douce dans la chambre du Survivant afin de voir s'il allait bien.

« Je ne fais que répéter ce que l'on m'a dit de vous dire. » dit simplement le dénommé Alexandre d'une voix tranquille, qui au passage n'avait même pas donné son nom de famille.

Le ton neutre, parfaitement maîtrisé de l'homme éveilla aussitôt la méfiance du maître des potions. Pour une raison qu'il ignorait, le sorcier ne lui plaisait pas. Bien sûr, peu de sorciers plaisait au maître des potions mais celui-ci avait un air beaucoup trop mystérieux et empêchait l'espion de déterminer ce qu'il pensait vraiment, au contraire de Gibbon par exemple, qui était beaucoup trop expressif.

Snape hocha alors la tête dans une expression impénétrable et sortit de la pièce, accompagné du jeune Mangemort. Il se dirigea ensuite vers son laboratoire, situé à quelques mètres dans le couloir et lança d'une voix grinçante avant de pénétrer dans la pièce :

« Attendez-moi là. »

Le Mangemort s'exécuta en silence et l'espion ressortit quelques secondes plus tard avec des potions dans les poches.

Les deux hommes traversèrent ensuite le manoir, Severus en tête et l'autre sorcier ne prononçant un mot au soulagement de l'espion, qui n'avait pas envie de faire la conversation. Ils arrivèrent ensuite dans le hall d'entrée, montèrent le grand escalier et se dirigèrent vers la chambre du Survivant tandis que l'espion appréhendait légèrement la suite.

Une fois devant la porte de la chambre, les deux sorcier s'arrêtèrent et le maître des potions se demanda s'il devait briser lui-même le sortilège qui protégeait la pièce de toute intrusion ou s'il devait laisser l'autre homme le faire. Après tout, il n'était pas censé connaître l'existence du sort… mais quelques secondes plus tard, et agacé de réfléchir pour de telles choses, il ouvrit lui-même la porte et pénétra à l'intérieur, suivi d'Alexandre.

Après tout, Severus Snape était réputé pour être intelligent et contrer un sortilège de protection n'était pas grand-chose. D'autant plus que le sort de Gibbon était ridicule, l'espion aurait pu le briser des centaines de fois les yeux fermés.

Le Mangemort fit ensuite le tour de la pièce des yeux, détaillant le lit à baldaquin à moitié défait, les chaussures noires jetées négligemment au centre de la pièce ainsi que les chaussettes quelques mètres plus loin et enfin le garçon, assit sur le rebord de la fenêtre, les yeux perdus dans le vague, légèrement tremblant.

Le maître des potions s'avança alors vers lui d'un air agacé tandis qu'Alexandre restait respectueusement à l'entrée de la chambre.

Puis, le Survivant tourna soudainement la tête, semblant réaliser la présence de son professeur et frémit lorsque celui-ci lui tendit une potion nutritive. Il ne fit cependant, comme d'habitude, pas un seul geste pour la prendre et se contenta d'observer le sorcier à travers ses lunettes cassées.

Il était pâle – du moins beaucoup plus que d'habitude, sa cicatrice rouge sang contrastant avec son visage crispé ainsi que ses énormes cernes. Son corps tremblait légèrement, peut-être parce qu'il avait froid, sûrement à cause des effets secondaires du Doloris.

L'espion se retourna alors et lança en direction de l'autre homme, qui n'avait pas bougé :

« Pouvez-vous aller me chercher une pommade cicatrisante ? Sur une étagère de mon laboratoire, elle est de couleur bleue. »

Alexandre, après un petit silence, acquiesça et sortit de la chambre tandis que l'espion pensait qu'il était bien pratique de pouvoir commander les nouvelles recrues du Seigneur des Ténèbres. De plus, le temps qu'il trouve la pommade, le sorcier pouvait parler au Survivant.

« Comment vous sentez-vous Potter ? » demanda-t-il alors en regardant le garçon.

Derrière ses verres cassés – comment faisait-il pour voir ? - les yeux émeraude du Survivant semblaient éteints.

« …mal. » dit-il d'une voix rauque.

« Pardon ? » lança le maître des potions qui n'avait pas tout entendu.

« J'ai mal. » répéta le garçon un peu plus fort.

Certes, c'était évident…

« Précisez. » ordonna simplement l'espion, un air patient sur le visage.

Le Survivant, après quelques secondes leva alors sa main tremblante et montra sa cicatrice au maître des potions, qui devait avoir saigné quelques temps auparavant. Elle semblait d'ailleurs avoir été brûlée, tant son aspect était boursouflé.

« Buvez-ça. » dit alors le sorcier en tendant une nouvelle fois la potion au garçon. « Cela soulagera la douleur. »

Après une légère hésitation, le garçon s'exécuta et but lentement la potion. Puis, il tendit la fiole vide au sorcier de sa main légèrement tremblante et se remit à fixer le paysage par la fenêtre.

L'espion, quant à lui, sous son masque impénétrable, se sentait encore une fois coupable de la souffrance de l'adolescent.

Profitant de l'absence d'Alexandre, il lança donc à voix basse, ignorant la petite voix dans sa tête qui lui signalait que dire une telle chose ici était dangereux :

« Le directeur vous recherche, en ce moment même. »

En vérité, il n'en savait rien mais le garçon avait définitivement besoin de croire en quelque chose. Celui-ci se remit d'ailleurs à fixer son professeur, soudain sortit de sa torpeur.

« Donnez-moi vos lunettes, Potter… » ordonna alors le sorcier, qui avait pitié de l'adolescent.

Celui-ci s'exécuta avec méfiance. Le maître des potions, d'un sortilège informulé, répara les verres et tendit les lunettes au Survivant, qui les remit sur son nez sans un mot.

« Vous devez rester fort. » continua ensuite l'espion d'un ton catégorique.

Le garçon se contenta de le fixer en silence, ses yeux émeraude si semblables à sa mère faisant grimacer le sorcier.

« J'ai refusé. » lança-t-il alors doucement.

L'espion leva un sourcil, un air interrogateur sur le visage.

« Vol… Voldemort. » continua-t-il, faisant siffler de désapprobation son professeur. « Je lui ai résisté. »

Les deux sorciers se fixèrent alors en silence, l'un luttant pour ne pas détourner le regard et l'autre, derrière ses lunettes, un air perdu sur le visage.

« C'est ce que je devais faire… n'est-ce pas ? » demanda-t-il ensuite d'une voix incertaine.

Ne sachant quoi répondre, l'espion garda le silence. Il tenta de se convaincre que lancer un sortilège de confusion n'avait en rien altérer les convictions de l'adolescent, qu'il n'était pas responsable de ce qu'il lui était arrivé… en vain.

Car les yeux du garçon, si semblables à ceux de sa mère, plongés dans les siens et le regardant d'un air suppliant lui faisaient honte. Honte de ce qu'il avait fait afin de préserver sa couverture d'espion, et lorsqu'il n'était même pas sûr à cent pour cent que son maître avait accès aux pensées du Survivant. Il savait cependant que Harry Potter, en bon Gryffondor qu'il était, fier et arrogant, plein de convictions et de bonne volonté, n'aurait de toute façon accepté si facilement de rejoindre le Seigneur des Ténèbres.

Mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable.

Et en regardant le garçon, il se demanda ce qu'aurait dit Dumbledore s'il avait vu le gamin tel qu'il était à présent. Le corps tremblant encore du Doloris, sa cicatrice rouge sang contrastant avec son visage trop pâle, ses lèvres pincées et son regard presque éteint et suppliant. Le directeur aurait-il approuvé la décision de l'espion ? Ou bien lui aurait-il lancé un regard perçant dont lui seul avait le secret, lui reprochant ainsi ce qui était arrivé au Survivant ?

« Prenez ça. » dit finalement l'espion d'une voix neutre tandis qu'il donnait trois potions au garçon. « Celle-ci » – il montra la fiole – pour atténuer la douleur. « Celle-ci pour vous sentir mieux puisque vous ne mangez pas, et celle-là pour mieux dormir. »

Encore une fois, le garçon ne fit aucun geste pour les prendre et se contenta de les regarder.

« Je ne veux pas dormir. » lança simplement le garçon en détournant les yeux, un air pourtant fatigué sur le visage.

« Vous êtes un humain comme tous les autres. » contra l'espion d'une voix agacée. « Et un enfant qui plus est… »

« Je ne suis pas un enfant. » le coupa-t-il presque machinalement.

Le maître des potions s'empêcha de lui lancer une réplique toute faite.

« … Et un adolescent qui a besoin de dormir. » compléta-t-il bien malgré lui, ses yeux noirs fixant le garçon d'un air menaçant.

Le Survivant lui lança alors un regard dont il avait le secret, ce qui rassura légèrement l'espion. Son attitude de Gryffondor était toujours bien présente. Il prit les potions que son professeur lui tendait et les mit dans sa poche de pantalon, tandis qu'Alexandre revenait enfin.

L'espion reprit donc son expression agacée et prit la pommade que le Mangemort lui apporta. Il la tendit ensuite au garçon d'un air condescendant et lâcha simplement :

« Appliquez-la sur votre front. »

Le garçon s'exécuta, non sans lancer un regard méfiant à son professeur. Celui-ci regretta d'ailleurs qu'Alexandre ait fait si vite, il aurait voulu dire d'autres choses au Survivant, comme par exemple le fait que le Doloris ne se soignait pas, et à force d'être lancé sur une personne pouvait avoir des effets irréversibles, qu'il devait se montrer prudent, ou simplement le fait qu'il devait attendre que Dumbledore vienne le chercher, ce qui, s'il finissait sa potion, ne tarderait pas à arriver.

À la place cependant, l'espion rangea simplement la pommade dans sa poche lorsque le Survivant eut finit de s'en mettre et quitta la chambre sans un mot, l'autre homme ouvrant la marche et l'espion lançant un dernier regard au Survivant qui contemplait à nouveau le paysage.

Dans quelques jours, l'Ordre trouverait le manoir et toute cette histoire serait finie. C'est du moins ce que tentait de se persuader le maître des potions. Et le garçon, lui, irait bien.

Enfin il espérait...


Ainsi s'achève le chapitre 7.

J'espère en tout cas qu'il vous a plu et que vous avez remarqué les quelques petits détails ô combien importants cachés dedans...

Gros bisous à tous et à dans deux semaines !