Bonjour à tous.

C'est avec une certaine tristesse que je publie aujourd'hui (en retard) le chapitre 16. J'avais d'abord prévu d'écrire le week-end dernier mais à cause de mon travail, à cause de plein de choses mais surtout à cause de la mort d'Alan Rickman, je n'ai pas eu le cœur à écrire.

Aujourd'hui, jour pour jour, une semaine depuis la mort de ce grand acteur a passé. Afin de se faire connaître du grand public, il a d'abord joué dans Die Hard, où il incarne à la perfection un terroriste allemand Hans Gruber, puis dans Truly Madly Deeply, où il joue cette fois le rôle d'un défunt mari. Dans Robin des Bois où il interprète avec brio le sheriff de Nottingham, dans Raisons et Sentiments, dans Dogma en tant que Métatron, un ange extravagant qui a malgré lui bon cœur et dans Galaxy Quest, un film parodiant les séries de Science-Fiction où il est excellent avec sa flegme digne du Severus Snape que nous connaissons. Dans Love Actually, dans Sweeney Todd en tant que le diabolique juge Turpin (et aux côtés de Johnny Depp et Helena Bonham Carter), dans Snow Cake où il joue à la perfection un homme solitaire, triste et beaucoup trop attachant qui tue malgré lui une adolescente dans un accident de voiture, dans Le Parfum, dans Alice Aux Pays des Merveilles en prêtant sa voix grave et reconnaissable entre toutes à Absolem, dans son fabuleux film Les Jardins du Roi en tant que Louis XIV et enfin et bien sûr dans Harry Potter, où sa prestation grandiose du professeur de potion que nous connaissons tous restera à jamais gravée dans les mémoires.

Et il y en a d'autre bien sûr, que je n'ai pas cité, que je n'ai pas vu mais que je regarderais certainement avec une pointe de tristesse et d'amertume. En hommage donc, à un grand acteur que j'aimais et admirais beaucoup.

Bonne lecture.


Chapitre 16 : Réunion à Poudlard


Dans la petite salle, le directeur apparut soudain.

Les quelques sorciers et sorcières qui discutaient debout en attendant son arrivée s'essayèrent alors tandis que Dumbledore refermait la porte derrière lui et agitait sa baguette sur elle. Puis, il s'avança dans la salle, contourna la grande table ronde en bois où chaque membre de l'Ordre était assis et en salua quelques-uns.

La salle sur demande où se tenait la réunion avait été transformé en salle de réunion. Elle était carrée, ni grande ni petite et la grande table trônait en son centre. Un plafond magique reflétant un ciel bleu éclairait ses hôtes, une petite bibliothèque remplie de livres en tout genre se dressait contre un mur et quelques petits pains et croissants – du moins ce qu'il en restait – étaient disposés sur une table à l'écart.

Avant de prendre place, le directeur promena d'abord son regard sur l'assemblée. Bien qu'il eût prévenu un peu tard les membres de l'Ordre de cette réunion, il n'y avait que trois chaises vides. À sa gauche, Minerva discutait à voix basse avec Molly Weasley, elle-même à côté de son mari qui avait une conversation avec Sturgis Podmore et Alastor Maugrey. Emmeline Vance, bien qu'elle ne participait pas à la discussion écoutait attentivement tandis qu'à quelques sièges vides d'elle, Dedalus Diggle ainsi que Lucien Mesnier, un nouveau membre de l'Ordre se racontaient les nouvelles du jour. À leur gauche, Tonks, Sirius, Remus et Kingsley Shacklebolt discutaient également à voix basse.

Puis, à côté d'eux, Dumbledore s'assit et l'assemblée se tut.

« Bonjour à tous. » dit-il d'une voix forte et calme afin que chacun puisse l'entendre. « Et merci d'être venu. » ajouta-t-il ensuite.

Deux jours plus tôt, alors que le vieux sorcier venait d'apprendre du maître des potions qu'une attaque aurait bel et bien lieu, il avait envoyé à chaque membre de l'Ordre du Phoenix une courte missive leur demandant d'être présent à cette réunion. Désormais, les douze sorciers et sorcières le regardaient avec attention et seul l'espion manquait à l'appel.

« Comme vous le savez tous, nous sommes ici réuni afin de discuter de l'attaque de Godric's Hollow qui aura lieu dans quatre jours. »

Dans chaque missive, le vieux sorcier avait vaguement expliqué de quoi retournait l'affaire et il était désormais important de clarifier les choses. Il avait également de nouvelles informations rapportées par le maître des potions et il fallait bien sûr discuter du sauvetage de Harry Potter.

« La lettre ne disait pas grand-chose. » observa Maugrey Fol'œil au directeur d'une voix forte. « Comment savez-vous qu'il y aura une attaque ? »

« Et à quel moment exactement se déroulera l'attaque ? » demanda Sturgis tandis que quelques membres hochait la tête.

« Est-ce une information sûre ? » s'enquit également Emmeline d'une voix polie.

« Et Harry dans tout ça ? » lança Molly.

À ces questions, le directeur hocha la tête. N'ayant que vaguement expliqué que l'Ordre empêcherait une attaque de Voldemort à Godric's Hollow et irait au même moment sauver Harry Potter, il était normal que chacun se pose des questions.

Soudain, la porte s'ouvrit à nouveau et un sorcier habillé tout de noir pénétra silencieusement dans la salle sur demande. La majeure partie de l'assemblée ne le remarqua cependant pas et celui-ci, qui promena son regard imperturbable autour de lui, croisa finalement celui du directeur.

L'espion, qui ne s'assit pas, fixa alors le vieux sorcier tandis qu'on remarquait enfin sa présence. Comme chaque jour, il portait de longues capes noires et avait une expression parfaitement neutre. Cependant, derrière son masque, une certaine fatigue, notamment à cause de son teint plus pâle que d'habitude et de ses cernes, se faisait voir. Toutefois, seuls Dumbledore et Minerva McGonagall le remarquèrent.

L'échange fut alors bref mais en quelques secondes et de par le regard insistant du maître des potions, le directeur comprit aussitôt que quelque chose de nouveau s'était produit.

« Pour toutes vos questions, je laisse la parole à Mr Weasley qui saura, j'en suis sûr, vous expliquer en détail la situation. » dit alors Dumbledore avant de se lever et de se diriger vers l'espion.

Les deux sorciers se mirent alors à l'écart de l'assemblée tandis qu'Arthur Weasley se levait et prenait la parole.

« Que se passe-t-il, Severus ? » s'enquit le vieux sorcier à voix basse.

Du coin de l'œil, l'espion vit Black et Minerva qui regardaient dans leur direction. Le reste de l'assemblée quant à lui écoutait attentivement les explications du sorcier qui parlait.

« Il s'est avéré que Vous-Savez-Qui a parmi ses rangs un traître qui a divulgué quelques informations au Ministère, plus particulièrement à un secrétaire du département de la justice. » déclara Mr Weasley.

« C'est à propos du garçon. » dit en même temps le maître des potions dans une expression légèrement crispée.

Le directeur, les yeux désormais légèrement plissés, observa quelques secondes son interlocuteur et remarqua lui aussi que l'on épiait leur conversation.

« Cela ne peut-il pas attendre ? » demanda-t-il.

De par l'expression et la hâte de l'espion, il avait bien compris que quelque chose n'allait pas. Cependant, il préférait attendre que la réunion se finisse afin d'écouter attentivement ce que l'espion avait à lui dire. Celui-ci le comprit vite et hocha la tête tandis qu'Arthur parlait toujours :

« … la rumeur de l'attaque s'est cependant vite dissipée, notamment à cause de Lucius Malfoy qui nie toujours le retour de Vous-Savez-Qui, de Dolores Ombrage, que vous connaissez tous et de Fudge qui ne veut pas accepter sa résurrection. »

À ces mots, quelques sorciers grimacèrent et le visage de Minerva se crispa légèrement. Plus que n'importe quel autre sorcier présent, c'était bien elle qui savait de qui il était question. Depuis une semaine en effet, la sorcière au visage de crapaud imposait sa loi à l'école de Poudlard et agaçait de plus en plus chaque enseignant. Profitant de l'absence de Dumbledore, celle-ci semblait bien décidée à prendre le contrôle de l'école et Minerva, qui ne pouvait la supporter faisait de son mieux pour apaiser les tensions qu'elle créait.

« J'aurais besoin de vous parler seul à seul après… ceci. » dit alors l'espion d'un air dédaigneux en fixant l'assemblée.

« Le Ministère en est toujours à nier le retour de Vous-Savez-Qui ? » s'enquit Emmeline d'une voix surprise.

Le vieux sorcier hocha la tête. Puis, ils retournèrent s'asseoir à leur place respective tandis que Kingsley répondait à la question de la sorcière :

« Il ne le nie pas, il n'y croit pas, nuance. » dit-il d'une voix tranquille.

D'un air crispé, l'espion s'assit alors en face du directeur et à côté d'Emmeline. À sa gauche, deux chaises restaient vides et il poussa un bref soupir d'agacement.

« Eh bien, le Ministère est stupide ! » intervint Molly, furieuse.

« C'est bien vrai. » commenta Dedalus.

Il détestait ce genre de réunion. Chacun disait dans un brouhaha confus ce qu'il avait à dire et peu de choses censées – selon l'espion du moins – en ressortaient. De plus, n'ayant pas dormi de la nuit, ses nerfs ayant été mis à rude épreuve et connaissant déjà les plans de Dumbledore, il n'avait aucunement envie d'assister à ce genre d'évènement stérile…

« Pour ce qui est de savoir si l'information est sûre… » hésita ensuite Arthur Weasley dans sa direction.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui et celui-ci, légèrement crispé, répondit :

« Elle l'est. »

Toutefois, le directeur avait insisté pour qu'il y assiste et l'espion n'avait pas été en mesure de refuser. Deux jours plus tôt, il avait en effet été d'accord, cela faisait depuis la résurrection du Seigneur des Ténèbres qu'il n'avait pas vu l'Ordre au complet et il estimait qu'il devait se montrer de temps en temps.

« Avez-vous de nouvelles informations concernant l'attaque, Severus ? » demanda ensuite poliment le directeur tout en le regardant derrière ses lunettes en demi-lune.

Cependant, et avec les évènements de la veille, il regrettait ses paroles. Il espérait cependant que la réunion se finirait vite afin d'avoir une conversation avec Dumbledore et de se retirer ensuite dans ses appartements, où il pourrait enfin se reposer.

« Elle commencera dès la tombée de la nuit. » répondit-il lentement de sa voix grave et basse tandis qu'un petit silence s'était installé. « Une quinzaine de Mangemorts y participeront et le manoir ne sera que peu protégé. »

« Vous-Savez-Qui sera présent ? » demanda Nymphadora Tonks, assise à côté de Black qui fixait l'espion en silence.

Quelques murmures inquiets se levèrent dans l'assemblée et des coups d'œil inquiets furent lancés.

« De toute évidence… » répondit simplement l'espion d'une voix traînante.

Pour certains, il était encore difficile d'admettre que les quatorze années de paix connues dans le monde magique après la chute du Seigneur des Ténèbres s'achevaient. Mais il était désormais temps d'affronter la réalité.

« Mais c'est ce qui nous permettra d'aller sauver Harry. » déclara Dumbledore, instaurant à nouveau le silence tandis que l'attention était reportée sur lui.

« Ou plutôt ce qu'il en reste… » ne pût s'empêcher de penser l'espion.

Puis, Dumbledore commença son explication sur l'attaque.

« J'aimerais d'abord savoir qui se battra. » déclara-t-il calmement après avoir lancé un regard intrigué à l'espion.

Il fit ensuite le tour de la table de ses yeux bleus perçants et continua tandis que chaque sorcier l'écoutait attentivement.

« Afin d'égaler les forces de Voldemort, nous avons besoin d'au moins dix volontaires. »

L'espion tiqua comme à son habitude, des mains se levèrent, des sorciers prirent la parole pour se désigner mais il n'y fit pas attention. Tout en observant le vieux sorcier, il se demandait si ce qu'il s'apprêtait à lui dire allait changer quelque chose. Son Golden Boy venait d'être torturé par une dizaine de Mangemorts et par le Seigneur des Ténèbres en personne. De plus, il avait tué pour la première fois. Cela allait-il changer sa vision du garçon ? S'en voudrait-il de ce qui lui était arrivé, se sentirait-il coupable ou bien aurait-il peur de ce qu'il allait lui-même sauver ?...

« Voyons baisse ta main Arthur, tu ne sais pas te battre… » dit Mme Weasley à son mari.

Car le garçon, après ces évènements ne serait plus jamais le même. Il lui faudrait d'abord se remettre avant que l'on vienne le sauver, ce que l'espion redoutait quelque peu. Ses blessures étaient pour la plupart graves et son corps, même à l'aide de la magie ne se soignerait pas en si peu de temps. Puis, une fois à Poudlard, il faudrait s'occuper de son esprit parasité par le Seigneur des Ténèbres.

L'espion ne savait exactement à quoi s'attendre lorsque le garçon se réveillerait. Il se souvenait de sa voix rauque et brisée et de tout ce que l'on lui avait infligé cependant, ne s'étant toujours pas réveillé, Severus ne pouvait être sûr qu'il était vraiment brisé. C'était ce qu'avait voulu le serpent, mais était-ce vraiment le cas ?...

« Je vous suis reconnaissant pour votre bonne volonté mais j'aimerais conserver au moins deux membres de l'Ordre au Ministère. » intervint Dumbledore d'une voix désolée.

Arthur Weasley ne s'en offusqua cependant pas et hocha la tête.

L'espion devait bien l'admettre, le Survivant était beaucoup plus fort et tenace que n'importe quel adolescent de son âge. Lorsque le Seigneur des Ténèbres lui avait infligé le Doloris au manoir par exemple, il n'avait pas cédé à ses convictions et avait résisté jusqu'au bout. Mais tout à présent était différent. Il n'avait pas seulement été question de quelque Doloris, mais d'une longue et cruelle torture du corps et de l'esprit. Ainsi, même s'il semblait plutôt être apte à gérer la douleur, le mental du garçon devait avoir subi de lourds dommages...

Lorsque le maître des potions sortit de ses pensées, il était désormais question de savoir qui irait chercher le Survivant au manoir. Black se proposa évidemment, Lupin suivit et Tonks fit de même.

« C'est mon neveu. » dit l'Animagus au directeur d'une voix catégorique. « Je sais que je ne dois pas sortir mais… laissez-moi aller le sauver. »

Quelques sorciers autour de la table hochèrent la tête, l'espion remarqua que Minerva fit de même. Et ce n'était pas étonnant. Quelques années auparavant, alors que l'Animagus était lui-même élève à Poudlard, la vieille sorcière avait de nombreuses fois démontré son affection pour le quartet de Gryffondor dont il avait, lui, Potter père, Lupin et Pettigrew fait partie.

L'espion, cependant, trouvait ce soudain élan de sentiments complètement futile.

Toutefois, la proposition des trois sorciers afin d'aller sauver le Survivant était certainement la meilleure. Sur le champ de bataille, il faudrait à l'Ordre de bons éléments pour combattre. Alastor Maugrey par exemple, ainsi que Emmeline Vance se devaient de participer à l'attaque. Quant aux aptitudes de combats, l'espion avait également entendu parler de Sturgis Podmore ainsi que de Hestia Jones... qui était malheureusement morte il y a plus d'une semaine.

« Severus ? » l'interpella ensuite le directeur, le faisant sortir de ses pensées. « Le manoir sera tout de même efficacement protégé malgré l'absence de Voldemort, n'est-ce pas ? »

Comme seule réponse, l'espion hocha la tête. Il en avait déjà parlé avec le vieux sorcier. Ses paroles servaient donc simplement à avertir les trois sorciers.

« Pettigrew sera là. » répondit l'espion tout en savourant l'expression de colère sur le visage de l'Animagus. « Jugson et Yaxley également. » ajouta-t-il.

La veille et après le jeu macabre du Seigneur des Ténèbres, celui-ci en avait en effet profité pour tenir une petite réunion quant à l'attaque de Godric's Hollow. L'espion savait donc qui participerait et qui ne participerait pas. Pour ce qui était du Mangemort nommé Alexandre, l'espion ne l'avait pas revu et le Seigneur des Ténèbres ne l'avait mentionné à aucun moment. Il avait pourtant été chargé d'accompagner Nott et le Survivant à la mission que le serpent lui avait donné… qu'était-il donc devenu ?

« Quant aux protections qui entourent le manoir, elles sont nombreuses. » déclara le directeur avant d'expliquer en détail comment le manoir était protégé, chose qu'il avait appris par l'espion.

Cette question à propos d'Alexandre restait sans réponse et ce n'était d'ailleurs pas la seule. Tout d'abord, l'espion ne savait pas ce qu'était devenu Goyle, le traître. Puisque Nott avait été tué, peut-être s'était-il échappé ? Le maître des potions avait d'ailleurs pensé à un moment qu'à la place du garçon, Goyle était peut-être le meurtrier de Nott. Car comment un adolescent de quinze ans aurait pu tuer un Mangemort aussi doué que l'était Nott ? Selon l'espion, c'était tout bonnement impossible. Outre le fait que le garçon soit normalement incapable de tuer à son âge, le Mangemort était également excellent au combat. Ou du moins l'avait été…

« … faire preuve de prudence et agir rapidement. » entendit vaguement l'espion tandis que le vieux sorcier parlait toujours.

Ou peut-être était-ce Alexandre, le mystérieux Mangemort aujourd'hui disparu qui avait tué Nott ?... Car l'espion n'arrivait toujours pas à croire que le garçon était le meurtrier du mage noir. C'était ce que le Seigneur des Ténèbres leur avait dit certes, et le Survivant ne l'avait en aucun cas nié… mais l'espion n'arrivait pas à y croire. Selon lui, c'était tout bonnement impossible. Il aurait d'abord fallu que ni Goyle, ni Alexandre ne puissent intervenir. Puis, pour qu'un adolescent à peine entraîné puisse tuer un adulte expérimenté au combat, il aurait fallu que celui-ci ne fusse pas sur ses gardes et soit très proche de lui afin de ne pas avoir le temps de tenter quoi que ce soit. Ainsi et seulement si ses conditions étaient remplies, il était possible que le garçon eût tué Nott...

« Je tiens cependant à préciser une chose. Voldemort se doute très certainement que ses plans seront perturbés. »

À ces mots, l'espion sortit de ses pensées, quelques sorciers dans l'assemblée froncèrent les sourcils et d'autres hochèrent la tête.

Le directeur se tourna ensuite vers l'espion et lui demanda :

« Se méfie-t-il de l'Ordre ou du Ministère ? »

Il y eut un petit silence. Le maître des potions n'y avait en effet pas pensé mais les paroles soudaines du vieux sorcier le firent aussitôt réfléchir.

« Lucius lui rapporte tout ce qu'il se passe au Ministère. » déclara alors lentement l'espion. « Puisqu'il a réfuté la rumeur, il en a eu vent et l'a certainement dit au Seigneur des Ténèbres, en effet. » continua-t-il de sa voix basse et traînante tandis que tous les visages étaient désormais tournés vers lui. « Il est prudent et se méfie sans aucun doute du Ministère. S'il pense que des Aurors puissent intervenir à Godric's Hollow, il doit avoir un second plan. »

« Mais dans ce cas, n'est-ce pas dangereux pour nous ? » intervint Sturgis. « Il pourrait y avoir un piège… »

Les mots du sorciers furent suivis de paroles inquiètes. Jusque-là, l'espion n'y avait pas vraiment réfléchi mais Dumbledore avait raison. Le Seigneur des Ténèbres savait ce que Goyle avait fait, c'était indéniable. Et, sachant cela, il avait certainement dû prendre des précautions. Il ne s'attendait certes pas à voir l'Ordre, mais il envisageait sans doute le débarquement d'Aurors, ce qui était en somme la même chose puisque des sorciers combattraient dans tous les cas ses Mangemorts et lui-même.

« Severus. » l'interpella alors Dumbledore tandis que son regard bleu perçant était fixé sur lui. « Pouvez-vous essayer de vous renseigner là-dessus ? » lui demanda-t-il ensuite.

Comme seule réponse, l'espion hocha la tête.

« Pensez-vous également que des Mangemorts puissent retourner au manoir durant l'attaque ? » lui demanda Emmeline Vance, qui était assise à côté de lui.

Sa question fut aussitôt approuvée par Dumbledore.

« C'est une possibilité... » répondit lentement le maître des potions.

« Eh bien, si un Mangemort est blessé par exemple, il cherchera certainement à retourner à sa base, non ? » intervint Dedalus Diggle.

Quelques membres de l'assemblée acquiescèrent.

« Le Seigneur des Ténèbres ne se préoccupe guère que ses serviteurs soient blessés. » contra cependant l'espion d'un air agacé. « Si un Mangemort doit revenir, c'est qu'il aura été averti de la situation au manoir. » ajouta-t-il à l'intention de Dumbledore.

Celui-ci hocha la tête.

« Je vous demanderais donc de faire preuve d'une extrême prudence. » dit-il en s'adressant aux trois sorciers qui iraient secourir le garçon.

Black, Lupin et Tonks acquiescèrent aussitôt.

Puis, le vieux sorcier reprit ses explications et l'espion plongea une nouvelle fois dans ses pensées. Il devait également parler de la prophétie au directeur, car il en avait finalement appris plus sur celle-ci. N'ayant pas fermé l'œil de la nuit, l'espion avait eu beaucoup de temps pour y réfléchir. Il savait cependant que le serpent cachait quelque chose d'important, voire même primordial, mais le serpent avait tout de même révélé un élément d'une haute importance : si le garçon s'alliait au Seigneur des Ténèbres, le monde magique était perdu.

Bien sûr, l'espion ne pensait pas que la chose fut aujourd'hui possible. Car, même si le serpent avait réussi à corrompre l'esprit du Survivant, il allait bientôt être sauvé. Dans l'avenir cependant, et même si le garçon ne semblait aucunement vouloir s'allier aux forces du mal, cette prophétie ne devait être prise à la légère. Avant toute chose, elle avait d'abord – sans doute, l'espion ne le savait pas avec certitude – été prononcée par une puissante et reconnue voyante, car elle avait eu le pouvoir de faire changer d'avis le terrible mage noir. Et elle ne concernait pas seulement un adolescent et le Seigneur des Ténèbres, elle concernait le monde entier.

« …nous en discuterons plus tard. » entendit-il vaguement.

L'espion sortit alors de ses pensées et vit Lupin hocher la tête aux paroles du directeur.

« Par Merlin, cette réunion ne se finira-t-elle jamais ? » se dit ensuite l'espion, agacé. Cela faisait bientôt trois quarts d'heure qu'il était là et il n'avait toujours pas pu parler à Dumbledore. De plus, il était fatigué et la réunion ne le concernait en rien. Ne pouvaient-ils pas conclure rapidement ?...

Malheureusement, le vieux sorcier n'était pas de cette idée et continua de parler.

Plusieurs sorciers prirent la parole, Minerva réprimanda notamment Dedalus Diggle pour sa bêtise et eut une conversation débordante d'émotion avec Black, Maugrey conseilla à chacun de rester en vie et de le laisser faire s'il s'agissait de tuer des Mangemorts – ou de les envoyer à Azkaban, Kingsley intervint pour donner son avis sur Fudge et sa « couardise » – pour ce mot il fallait remercier Dedalus – et après une demi-heure, Dumbledore conclut enfin.

« Remus Lupin, Nymphadora Tonks et Sirius Black seront donc chargés de sauver Harry tandis que le reste et moi-même irons combattre Voldemort. Pour ce qui est de l'attaque et comme l'a dit Alastor, ne vous déplacez jamais seul. La sécurité de chacun est primordiale. »

Quelques sorciers hochèrent la tête.

« Le but est d'empêcher la destruction du village ainsi que le meurtre de ses habitants. Toutefois, l'attaque sert également de diversion afin que Harry Potter soit sauvé et ramené à Poudlard le plus vite possible. » continua-t-il en observant chaque visage de l'assemblée.

« Pour ceux qui veulent, j'organiserai cette après-midi un entraînement au combat. » annonça Fol'œil. « Je vous donnerai l'adresse en partant. »

« C'est en effet une bonne idée. » approuva le directeur. « Merci Alastor. » ajouta-t-il tandis que celui-ci chassait ses compliments d'un geste de la main. « Si de nouvelles informations importantes me parviennent, je vous en ferai part dans une lettre. » continua-t-il avant de se lever. « Merci à tous d'être venu. Nous nous revoyons donc dans quatre jours à la maison des Weasley afin de transplaner ensemble à Godric's Hollow. »

L'assemblée acquiesça et chacun se leva alors. L'espion fit de même tandis que des discussions parmi les membres de l'Ordre se levaient et que le vieux sorcier faisait apparaître dans la salle une cheminée ainsi que de la poudre dans un grand pot.

La salle sur demande était en effet bien pratique.

Puis, le vieux sorcier fit signe à l'espion de le suivre et ils sortirent par la porte, évitant ainsi Sirius et Molly qui voulaient certainement demander au maître des potions comment allait le garçon…

Les deux sorciers empruntèrent alors les couloirs du château et marchèrent en silence jusqu'au bureau du directeur.

Sur le chemin, ils croisèrent quelques élèves qui furent surpris de voir leur professeur de potion ici et l'espion lança un regard dissuasif à l'un d'eux lorsqu'un Serpentard de troisième année voulut lui adresser la parole.

« Il ne faut pas leur en vouloir. » lui dit Dumbledore d'un ton léger. « Leur directeur de maison leur manque. » ajouta-t-il tandis que le maître des potions levait un sourcil dédaigneux à ces mots.

Ils continuèrent, prirent deux intersections et croisèrent à nouveau quelques élèves.

« Certains sont apparemment tout aussi surpris de vous voir dans votre propre école. » répliqua à son tour l'espion.

Comme seule réponse, le vieux sorcier se contenta de hocher la tête. Ils passèrent devant la Grande Salle, empruntèrent de nouveaux couloirs parfois vides, parfois remplis d'élèves puis arrivèrent enfin dans le couloir de la tour du directeur.

« Qu'avez-vous de si important à me dire à propos de Harry ? » s'enquit à voix basse le directeur, même s'il n'y avait personne autour d'eux.

Ils firent quelques pas en silence avant que Severus ne lui donne une réponse.

« Le Seigneur des Ténèbres l'a torturé. » dit-il tandis qu'ils arrivaient devant la gargouille qui gardait l'accès au bureau du vieux sorcier.

Du coin de l'œil, il vit le visage du directeur se crisper à ses mots. D'un geste de la main, il fit s'ouvrir la gargouille sur l'escalier en colimaçon et les deux sorciers montèrent en silence les marches.

Puis, Dumbledore poussa la porte du bureau, invita l'espion à y entrer en premier et la referma avant de lui faire signe de prendre place sur un fauteuil en face de son bureau.

Le vieux sorcier s'assit ensuite à son tour et un bref silence s'abattit sur la pièce.

L'espion ne savait par quoi commencer. Il y avait beaucoup de choses à dire et il n'était pas sûr de l'ordre de priorité de chacune. Du coin de l'œil, il vit le vieux sorcier fermer brièvement les yeux et se tenir la tête d'une main, comme s'il était soudain très fatigué.

« Que lui a-t-il fait ? » demanda-t-il ensuite, brisant ainsi le silence qui s'était installé sur la pièce.

Derrière ses lunettes en demi-lune, ses yeux bleus perçants et pétillants de malice étaient plissés et son expression d'habitude neutre ou bienveillante était désormais crispée. Son interlocuteur, qui était soulagé de pouvoir enfin parler au directeur, lui répondit alors :

« Tout. »

À ces mots, le vieux sorcier ferma une nouvelle fois les yeux.

« Puis-je voir ? » s'enquit ensuite le directeur d'une voix toujours aussi basse.

Le maître des potions resta silencieux quelques secondes.

Il aurait préféré que le directeur ne lui demande pas. Il voulait bien entendu voir de ses propres yeux ce qui était arrivé au Survivant cependant, croyait-il que savoir le ferait se sentir mieux ? Pensait-il que voir ce qui était arrivé au garçon l'aiderait ?...

« À quoi cela va-t-il vous servir ? » demanda alors l'espion d'une voix lente et basse.

« Severus, s'il vous plaît. » le coupa le directeur d'une voix presque suppliante.

L'espion lâcha un bref soupir. Il n'en avait pas envie mais si c'était ce que le directeur voulait, il n'avait après tout pas son mot à dire.

Le maître des potions plongea alors ses yeux noirs dénués de toute émotion dans ceux du directeur, grimaça légèrement lorsque celui-ci pénétra dans sa tête et lui dévoila tout.

Il y eut d'abord l'arrivée du garçon, la déclaration du serpent, puis la prophétie. Le Seigneur des Ténèbres évoqua Nott et l'espion sentit la surprise, voire même l'effroi du vieux sorcier lorsque le mage noir déclara le Survivant comme étant coupable du meurtre de l'homme. Puis, Voldemort annonça de sa voix mielleuse le jeu macabre auquel chaque Mangemorts allait participer, la scène se rejoua devant les deux sorciers immobiles et l'espion vit une nouvelle fois le corps du garçon se tordre de douleur tandis que ses cris résonnaient dans son esprit.

Le Doloris du serpent fut, tout comme la première fois, insoutenable à regarder et l'espion serra brièvement les poings lorsque se fut à son tour de participer au jeu.

Alors, après l'énième refus du garçon quant à la proposition de rejoindre le terrible mage noir, celui-ci prononça d'une voix épouvantable :

« Prépare-toi à finir brisé. »

Bon nombre de sortilèges fut lancé. Ce fut au tour de Crabbe et de Jugson, qui s'amusèrent à lui casser quelques os. Le bruit sinistre qu'ils produisaient en se brisant se fit entendre plusieurs fois et les cris abominables du Survivant résonnèrent dans le bosquet.

Puis, ce fut au tour des Carrow. La femme eut l'idée de lui arracher de la peau, son frère apprécia l'initiative et essaya sur ses ongles. L'espion ressentit en même temps la stupéfaction et la colère du directeur et il ferma brièvement les yeux.

Cependant, Dumbledore voulant continuer à regarder ce spectacle macabre, la scène se joua jusqu'à la fin.

Macnair et Avery prirent eux aussi part au jeu cruel du Seigneur des Ténèbres et la souffrance du garçon continua. La colère et l'impuissance que l'espion avait ressenti se mélangea alors au souvenir et les émotions des deux sorciers se mêlèrent tandis que devant eux, le Survivant se mettait à supplier le Seigneur des Ténèbres de sa voix rauque et brisée.

Alors, n'y tenant plus, le vieux sorcier se retira de l'esprit du maître des potions.

Lorsqu'ils revinrent dans le bureau, il y faisait plus sombre et Fumseck, l'oiseau du directeur, picorait doucement dans son assiette. Les portraits des anciens directeurs de Poudlard étaient silencieux et plusieurs secondes de silence s'écoulèrent.

L'espion dont la respiration était plus forte regarda alors le vieux sorcier. Son dos était appuyé sur le dossier de son grand fauteuil, ses yeux étaient fermés. Son visage arborait une expression crispée et il tenait son front de sa main droite. Ses épaules étaient basses et un poids nouveau semblait s'être ajouté sur elles.

La culpabilité qu'il devait ressentir était certainement énorme et le maître des potions eut presque envie de lui dire que ce n'était pas de sa faute. Cependant, ce n'était pas le cas et l'espion préféra se taire. Après tout, si le vieux sorcier l'avait écouté, ils n'en seraient pas là aujourd'hui. Et alors que le maître des potions avait réussi à effacer les cris de torture du garçon de son esprit, le vieux sorcier le forçait à revoir la scène encore une fois.

L'espion s'était cru imperturbable et capable de revoir la scène sans broncher, ce qui n'était pas le cas. Légèrement essoufflé et agacé, il se tut donc.

« Je suis désolé, Severus. » entendit-il ensuite.

Le concerné leva aussitôt un sourcil intrigué devant le directeur. De quoi exactement, voulait-il s'excuser ?... S'il parlait de la scène qu'il avait vue, il n'avait en aucun cas le devoir de s'excuser. Ses paroles d'ailleurs, agacèrent d'avantage l'espion. Lorsqu'il s'était engagé au service du directeur, il avait été conscient de ce que son choix impliquerait. Le Seigneur des Ténèbres était d'une cruauté sans précédent, servir à ses côtés n'était donc pas une chose à prendre à la légère.

« Je savais à quoi m'attendre en devenant son serviteur. » répondit-il alors d'une voix dure.

De plus, des années auparavant, il avait assisté à des scènes pires que celles-là et n'avait pas bronché. La seule qui le hantait encore aujourd'hui était cette fameuse nuit à Godric's Hollow, où Lily Potter était morte. C'était sa seule faiblesse et il en était parfaitement conscient. Ainsi, ce n'était donc pas aujourd'hui qu'il céderait aux sentiments.

Cependant, il lui fallait bien admettre que le retour à la réalité était tout de même rude… car même s'il semblait en apparence totalement désintéressé, les événements de la nuit précédente ne l'avaient pas laissé indifférent. Il n'appréciait pas le garçon, certes. Mais il était tout de même le fils de Lily – bien qu'il fut aussi le fils de James Potter – et aucun adolescent, même le plus agaçant, ne méritait une telle chose. Et il se doutait bien que la scène à laquelle il avait assisté il y a quelques heures ne s'effacerait pas de son esprit avant quelques temps.

Puis, en face de lui, le vieux sorcier hocha la tête. Il poussa ensuite un bref soupir et demanda d'une voix plus assurée :

« Comment va-t-il ? »

« Je l'ai soigné avec ce que j'avais. » répondit aussitôt l'espion. « Ses plaies se sont en parties bien refermés, je les lui ai bandées et donné des filtres régénérateurs, du Poussos et des antidouleurs. Pour le reste, de simples sortilèges de soins ont suffi. Le garçon ne devrait pas se réveiller de la journée. »

Une fois de plus, le vieux sorcier hocha la tête.

« S'il vous manque quoi que ce soit, allez voir Poppy. Elle vous donnera ce dont vous avez besoin. »

L'espion acquiesça. Il lui manquait en effet de la pommade cicatrisante ainsi qu'un baume contre les effets d'un maléfice noir, il irait donc en chercher auprès de l'infirmière. Pour le reste, il serait bientôt à court de potions antidouleur mais il pouvait en refaire lui-même. Ou bien piocher dans sa réserve de Poudlard. Car l'espion ne voulait pas gâcher son temps libre à faire des potions, ces moments étaient, depuis l'enlèvement du garçon, devenus bien trop rares pour qu'il n'en profite pas. La permission du Seigneur des Ténèbres pour quitter le manoir avait légèrement arrangé les choses mais l'espion n'avait que très peu de répit.

Heureusement, le Survivant serait bientôt sauvé et les choses s'arrangeraient enfin… du moins il espérait.

« Pour ce qui est de sa santé mentale… » continua l'espion à voix basse « je ne sais à quoi m'attendre lorsqu'il se réveillera. Il n'aura peut-être aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. Ou bien peut-être se souviendra-t-il de tout… même du fait qu'il ait tué Nott. »

Ces mots firent grimacer le directeur.

« En êtes-vous sûr ? » s'enquit le vieux sorcier d'une petite voix.

L'espion voulut d'abord acquiescer à la question mais comprit ensuite ce que lui demandait le vieux sorcier. Était-il sûr que le garçon avait tué ?

Il jeta un bref coup d'œil au directeur qui semblait tout à coup troublé.

Ayant déjà réfléchi à la question, le maître des potions ne savait cependant quoi dire. Car le Seigneur des Ténèbres pouvait tout aussi bien l'avoir manipulé pour admettre un meurtre… mais cela ne lui servirait à rien. Et l'espion venait tout juste de revoir la scène : lorsque le serpent avait désigné le garçon comme étant coupable, celui-ci avait accepté en silence l'accusation et n'avait à aucun moment démenti ses paroles.

Severus n'avait donc rien à répondre à Dumbledore. Car lui-même ne savait pas ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas.

Le vieux sorcier, qui avait soudain pris une dizaine d'années de plus, poussa alors un bref soupir.

Quelques instants plus tôt alors qu'il avait regardé le souvenir de l'espion, il n'avait pas voulu y croire. L'épisode du Basilic mis à part, Dumbledore savait que son Golden Boy du haut de ses quinze ans était incapable de tuer qui que ce soit. La mort de Cédric Diggory l'ayant beaucoup affecté, le sorcier même si l'espion n'avait su le dire était convaincu que Harry Potter, s'il avait vraiment tué un homme, ne l'avait aucunement fait de son plein gré.

« Mais une chose est sûre. » dit le maître des potions. « Son esprit même s'il n'est pas tout à fait brisé ne résistera plus au Seigneur des Ténèbres. Même avant la nuit dernière, il était déjà dans sa tête et désormais… »

« Que voulez-vous dire ? » le coupa le directeur, les yeux légèrement plissés.

Que voulait-il dire en effet ? L'espion lui-même n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il s'apprêtait à avancer. Cependant, cette pensée ne cessait de lui trotter dans la tête et il estimait devoir en faire part au directeur.

« Il… » hésita Severus. « Le garçon fait des cauchemars plutôt violents. »

À ces mots, Dumbledore passa vaguement sa main dans sa barbe.

« Harry en faisait déjà bien avant qu'il ne soit enlevé. » dit-il ensuite. « Je ne pense pas que cela soit… »

« Non, ce ne sont pas de simples cauchemars. » le coupa l'espion d'un ton catégorique. « Ce que j'ai vu n'était pas le résultat d'un simple mauvais rêve. »

Le jour précédent à sa première discussion avec Dumbledore, l'espion, qui venait d'apprendre par Amycus que le Seigneur des Ténèbres voulait qu'il aille à Poudlard afin de lui rapporter les agissements de Dumbledore et de l'Ordre, s'était secrètement rendu dans la chambre du garçon.

« Après l'Imperium du Seigneur des Ténèbres et sachant que je me rendrai bientôt à Poudlard, je suis allé dans la chambre de Potter, comme je vous l'ai dit il y a cinq jours. » commença alors le maître des potions.

Le vieux sorcier hocha la tête.

« Dans son sommeil, il semblait lutter contre quelque chose. J'ai tenté de le réveiller mais ce n'est seulement qu'après deux minutes qu'il a finalement repris conscience. » expliqua-t-il lentement. « Je vous le dis Albus, ce n'était pas un simple cauchemar. C'était beaucoup trop violent. » acheva-t-il de sa voix grave et basse.

« Vous suggérez donc que Voldemort puisse avoir accès à son esprit sans même utiliser le Legilimens ? » s'enquit Dumbledore d'un ton prudent.

L'espion ne répondit pas.

En réalité, il ne savait pas ce que cela signifiait. Et une telle chose était normalement impossible… Avec l'apprentissage de l'Occlumancie, l'espion aurait pensé que cela résoudrait en partie le problème. Depuis ce jour-là, il n'y avait d'ailleurs plus pensé. Mais avec ce que le Seigneur des Ténèbres lui avait fait subir, le garçon courrait un grave danger.

Perdu dans ses pensées, il jeta ensuite un coup d'œil au directeur. Celui-ci le regardait attentivement mais avec une légère méfiance. Peut-être n'arrivait-il pas à le croire. C'était compréhensible, l'espion lui-même n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il avait vu. Peut-être le Seigneur des Ténèbres l'influençait-il suffisamment pour provoquer de telles conséquences sur l'esprit du garçon. Après tout, c'était également plausible…

« Gardons ce que vous venez de me dire de côté. » annonça Dumbledore après un bref silence. « L'important, pour le moment, est de s'assurer que Harry ne soit pas brisé. Pouvez-vous y veiller, Severus ? » demanda-t-il à l'espion d'un ton grave, tandis que son regard perçant était plongé dans les yeux noirs de son interlocuteur.

Le maître des potions poussa un bref soupir. Il pouvait soigner les corps à l'aide de potions et de sortilèges, mais le soin de l'esprit n'était pas un domaine dans lequel il excellait… et il ne voulait d'ailleurs aucunement le devenir.

« Jusqu'à ce que l'Ordre et moi-même ne venions le chercher. » ajouta le directeur d'un ton plus léger.

Certes, c'était évident… n'ayant pas le choix, le directeur devait confier la santé mentale de son Golden Boy à l'espion. Et celui-ci se doutait bien que dès son retour à Poudlard, il n'aurait plus son mot à dire quant au garçon. Heureusement, cela lui convenait bien.

« Je verrai ce que je peux faire... » dit-alors d'une voix traînante. « Mais je ne vous promets rien. » ajouta-t-il d'un ton plus sérieux.

À ces mots, le vieux sorcier hocha la tête.

Derrière les fenêtres du bureau, quelques oiseaux passèrent en piaffant et la sonnerie des cours retentit. Il devait désormais être dix heures.

Puis, Dumbledore qui passait vaguement sa main dans sa barbe demanda à l'espion :

« Que pensez-vous de la prophétie ? »

L'espion ne répondit pas tout de suite. Il y avait déjà réfléchi bien sûr, mais tout comme le reste, n'était sûr de rien.

« La voyante qui l'a prononcé a eu le pouvoir de faire changer d'avis le Seigneur des Ténèbres. » observa-t-il lentement de sa voix grave et basse. « Je pense qu'elle n'est pas à prendre à la légère. »

À ces mots, le vieux sorcier hocha la tête.

« Vous avez certainement raison. » acquiesça-t-il.

Un nouveau silence s'installa alors. Pour le moment, ils avaient beaucoup d'informations mais ne savaient pas encore comment les utiliser. De plus, l'espion était certain que le Seigneur des Ténèbres, concernant la prophétie, ne leur avait pas tout dit. C'était d'ailleurs dans son intérêt et il se montrait, comme à son habitude, très prudent. Il gardait donc pour lui une information, un détail qui devait sûrement faire toute la différence et dont il ne pouvait dévoiler à ses serviteurs tant il était important. Ou bien était-ce parce qu'il ne le comprenait pas encore ?... Le maître des potions n'aurait su le dire.

Il jeta ensuite un coup d'œil au vieux sorcier. Celui-ci était plongé dans ses pensées. Son visage était plus pâle qu'habitude et ses yeux légèrement plissés.

« Avez-vous entendu parler du petit fils de Cassandra Vablatsky, qui a disparu il y a quatre semaines ? » lui demanda le directeur après quelques secondes.

Comme seule réponse, Severus garda le silence.

« Peut-être pourrait-il être l'auteur de cette prophétie ? » continua le directeur.

« Le Seigneur des Ténèbres a parlé d'une ''vieille folle'', l'auteur est une femme. » répondit aussitôt le maître des potions. « Et probablement morte, qui plus est. » ajouta-t-il.

Après quelques secondes, Dumbledore hocha la tête. Il voulait explorer toutes les pistes et avait raison.

Puis, le vieux sorcier se leva et fit quelques pas derrière son bureau tandis qu'il réfléchissait.

« Interrogez Voldemort. » dit-il à l'espion, qui lui lança un regard agacé. « Nous avons besoin de savoir ce que cette prophétie signifie et si elle a une suite. »

Severus acquiesça d'un bref signe de tête.

« J'aimerais également que vous confirmiez le fait que Harry ai vraiment tué et s'il l'a fait de son plein gré ou malgré lui. » ajouta-t-il en plongeant son regard perçant dans les yeux de son interlocuteur.

« Est-ce si important ? » s'enquit le maître des potions tout en suivant les allers et retours du vieux sorcier d'un air intrigué.

Le directeur resta silencieux quelques secondes, fit d'autres pas encore et répondit finalement :

« Oui. »

L'espion se leva alors à son tour.

Le vieux sorcier voulait apparemment savoir à quel point le Seigneur des Ténèbres contrôlait le garçon. Si le serpent avait obligé le Survivant à tuer, peut-être se sentirait-il soulagé... mais qu'adviendrait-il s'il s'avérait l'inverse ? Alors que Dumbledore s'était attaché à forger le caractère moral du garçon, celui-ci venait peut-être d'utiliser de son plein gré le sortilège de la Mort contre un homme. Un Mangemort, certes, mais un homme tout de même. La nouvelle devait en effet être rude pour le vieux sorcier...

Severus salua ensuite d'un bref signe de tête le directeur et se dirigea vers la porte. Avant qu'il ne quitte le bureau cependant, Dumbledore lui lança d'une voix où perçait sa tristesse :

« S'il vous plaît. Occupez-vous de lui. »

L'espion se retourna et observa l'expression de douleur du vieux sorcier. Au milieu de la grande pièce, il paraissait désormais beaucoup plus vieux.

Tout en gardant le silence, Severus hocha la tête.

Puis, il quitta le bureau, referma la porte derrière lui et entreprit de se rendre dans ses appartements avant de retourner, par ordre du Seigneur des Ténèbres au manoir Jédusor...


C'est tout pour aujourd'hui.

Ce chapitre est assez court, je vous l'accorde mais primordial pour la suite. Dans le passage de la réunion je me suis amusée à mélanger ce qui se disait ainsi que le POV de Severus, j'espère que ça n'aura pas trop rendu la lecture difficile et/ou pénible.

Pour ce qui est de Severus justement : dans ce chapitre, il est assez cynique mais aussi très humain. Malgré ce qu'il veut faire croire à tout le monde, ce qu'il a vu la vieille ne l'a pas laissé de marbre et la discussion avec Dumbledore lui ôte un peu de son fardeau. Cependant, comme il l'a dit lui même, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'il cédera aux sentiments pour Harry...

Sur ce, à bientôt et on se retrouve dans 3 semaines !