Bonsoir !

Me revoilà cette fois à l'heure pour publier le chapitre 17. Celui-ci se déroule en trois temps : tout d'abord avec une discussion avec Voldemort, puis avec un passage où le passé de Severus se dévoile un peu tandis qu'il soigne le Survivant endormi et enfin, un jour plus tard (et après une magnifique ellipse), tandis que Severus s'évertue à soigner Harry désormais réveillé.

Pour le titre, il fait référence aux pensées qu'a Severus tandis qu'il soigne Harry mais aussi quand notre Survivant national reprend conscience.

Bref, je n'en dis pas plus. Bonne lecture !


Chapitre 17 : Réveil


Avec une légère grimace, l'espion porta sa main à son bras gauche où, sous ses manches noires et épaisses, était dissimulée la Marque des Ténèbres.

D'un pas silencieux, il monta ensuite les grands sombres escaliers sombres du manoir puis arriva au premier étage. La douleur que lui provoquait la Marque s'accentua alors et l'espion entreprit de se masser le bras.

Depuis l'épisode de la veille, le Seigneur des Ténèbres était furieux. Il venait de perdre un précieux Mangemort, le garçon ne l'obéissait toujours pas et le traître, Goyle, avait rapporté une partie de ses plans au Ministère.

La réunion qui avait suivi la torture du Survivant avait d'ailleurs été éprouvante. Seul Lucius, en lui apportant de bonnes nouvelles avait su apaisé en partie sa fureur. La rumeur que le traître avait lancé s'était rependue mais le Sang-Pur n'avait pas eu de mal à la nier au Ministère, peu de gens croyaient à la résurrection du Seigneur des Ténèbres. L'annonce d'une attaque menée par Voldemort en personne était donc absurde, surtout à Godric's Hollow, un village peuplé de sorciers capables, au contraire de Moldus, de se défendre.

Quant à Goyle, l'espion ne savait toujours pas ce qu'il était advenu de lui. Était-il mort ou bien s'en était-il tiré ? Si par malheur il était encore en vie, le maître des potions ne donnait pas cher de sa peau.

Après un bref regard en direction du couloir de droite, l'espion s'engagea dans la direction opposée. Ses pas silencieux foulèrent les vieux tapis disposés sur le parquet sombre et, tandis qu'il marchait, son expression légèrement crispée devint complètement neutre.

Ignorer la douleur, ne montrer aucune émotion. C'était son mot d'ordre.

Il arriva ensuite devant les grandes portes en bois qui étaient légèrement entrouvertes. L'espion leva sa main pour pousser l'une d'elle mais il s'arrêta aussitôt tandis que des bribes d'une conversation lui parvenaient aux oreilles.

« ... enlevé… et si vous n'agissez… perdrez les deux… » entendit-il avec difficulté.

Les paroles du Seigneur des Ténèbres, quant à elles, étaient bien trop basses pour que l'espion puisse les saisir. Il entendit cependant son interlocuteur reprendre la parole pour immédiatement se faire couper par le mage noir, qui lui intima d'une voix chargée de colère :

« Silence. »

Décidant qu'il se ferait bientôt repéré s'il restait ici trop longtemps, le maître des potions se risqua finalement à l'intérieur.

Lorsqu'il entra, il fut surpris de voir le Mangemort. Celui-ci, qui se tenait non loin du Seigneur des Ténèbres ne se retourna pas à son entrée. Le mage noir également, daigna à peine lui accorder un regard. À la place, les deux sorciers s'observèrent durant quelques secondes tandis qu'une certaine tension semblait tout à coup monter entre eux.

Alexandre – car c'était lui, tournait le dos à l'espion et avait une posture incertaine. Le Seigneur des Ténèbres, quant à lui, était assis sur son trône, au fond de la salle.

Tout en lui imposait la puissance. Ses longues robes noires l'entouraient et lui donnait une certaine carrure, ses mains pâles et squelettiques étaient posées sur les accoudoirs du large fauteuil et son regard carmin et inquisiteur, dirigé vers son serviteur, semblait sonder le Mangemort.

« Maître ? » hésita l'espion tandis qu'il s'arrêtait net après avoir pénétré dans la pièce.

Et que faisait le Mangemort ici ? N'était-il pas un traître, lui aussi ? Il n'était pas venu à la réunion de la veille et l'espion avait pensé qu'il s'était enfui… S'il n'était pas un traître alors, qu'avait-il fait, exactement ? Et quel avait été son rôle dans la mort de Nott et la fuite du Survivant ?

Le maître des potions ne tarderait pas à l'interroger, et par la manière forte s'il le fallait. Car cet Alexandre ne lui disait rien qui vaille. Il était beaucoup trop secret. Le Seigneur des Ténèbres lui-même, si l'espion y réfléchissait, ne parlait jamais de lui. Qu'avaient-ils donc alors, à cacher ?...

Quatre ou cinq secondes s'écoulèrent avant que le mage noir ne prenne la parole, non pas pour répondre à son maître des potions mais pour congédier l'autre Mangemort.

« Disparais. » lui ordonna-t-il d'une voix dédaigneuse.

Alexandre ne se fit pas prier. Il s'inclina rapidement devant son maître puis prit aussitôt le chemin de la sortie. Lorsqu'il passa à côté de l'espion, celui-ci remarqua qu'il avait l'air légèrement troublé.

« Severus. » claqua ensuite la voix du Seigneur des Ténèbres. « Approche. » lui ordonna-t-il tandis qu'il se levait de son trône et marchait lentement vers la fenêtre, ses longues capes noires traînant dans son sillage.

L'espion obtempéra en silence. Le mage noir était, pour une raison que l'espion ignorait, dans une fureur froide et contenue et Severus n'avait aucune envie de contrarier d'avantage son maître. Sa Marque le brûlait mais il n'y prêta pas attention.

Une fois à une distance proche mais respectable du Seigneur des Ténèbres, il s'inclina avec dextérité puis commença d'une voix humble :

« Maître. »

Puis, il reprit une posture droite, posa son regard sur le serpent qui le fixait en silence à quelques mètres seulement et continua :

« Je vous apporte des nouvelles de l'Ordre. »

Derrière lui, il entendit la porte s'ouvrir à nouveau et un autre sorcier pénétra dans la pièce sombre.

Le regard froid du Seigneur des Ténèbres dévia vers le nouvel arrivant dans le dos de l'espion et une voix familière se fit entendre.

« Maître. » dit le sorcier en s'inclinant avec toute la prestance du Sang-Pur qu'il représentait.

Severus n'y aurait pensé, mais il était logique qu'il soit là, lui aussi. Dans cette affaire, le Seigneur des Ténèbres avait besoin des deux sorciers ; l'un qui côtoyait l'Ordre et Dumbledore, l'autre le Ministère de la Magie et Fudge.

Lucius Malfoy – car c'était lui, arriva ensuite à la hauteur du maître des potions et le salua d'un bref signe de tête.

Comme à son habitude, il était habillé de nobles habits noirs, ses longs cheveux blonds et pâles cascadaient sur ses épaules et il avait avec lui sa canne à l'extrémité sculptée en forme de tête de serpent.

Ses yeux gris et froids, semblables à son fils, se posèrent quelques secondes sur le visage de l'espion puis se détournèrent aussitôt pour faire face au Seigneur des Ténèbres.

« Lucius. » commença le serpent en s'approchant de ses deux fidèles serviteurs. « J'espère que tu m'apportes de bonnes nouvelles. » continua-t-il et en le toisant de ses yeux carmins.

Si les deux sorciers ne voulaient pas subir la colère du mage noir, il était en effet préférable pour eux de ne pas le contrarier d'avantage…

« Le Ministère n'est pas au courant de l'attaque. » répondit de but-en-blanc le Sang-Pur. « La rumeur qu'a lancé Goyle avec quelques sortilèges d'oubli s'est vite tut et seul ce… Weasley m'a échappé. » acheva-t-il avec une expression quelque peu méprisante pour le sorcier dont il était question.

Aussitôt, les yeux du serpent se plissèrent et il reporta son attention sur l'espion.

Avant de revenir au manoir, Severus avait mûrement réfléchi sur ce qu'il devrait dire au Seigneur des Ténèbres. S'il lui disait que l'Ordre n'était au courant de rien et que celui-ci se retrouvait pourtant à Godric's Hollow, le mage noir douterait d'avantage de son maître des potions. La confiance qu'il lui portait était déjà mince et l'espion, pour un souci d'effet de surprise certainement négligeable, ne pouvait risquer de s'attirer la méfiance du mage noir.

« Il a sans doute rapporté la rumeur à Dumbledore. » dit-il alors d'un ton imperturbable tandis qu'il soutenait le regard de son maître. « Mais l'Ordre est peu convaincu. »

À ses mots, le serpent plissa les yeux et se remit lentement à marcher tandis qu'il assimilait les paroles de ses serviteurs.

« Qui était au courant ? » demanda-t-il ensuite d'une voix tranchante au Sang-Pur.

« Quelques employés. » répondit docilement Lucius. « Deux ministres du département de la Justice, aucun Auror. Peu ont pris la rumeur au sérieux. »

Aux paroles du sorcier, la colère du serpent sembla retomber quelque peu.

« Et Fudge, que fait-il ? » s'enquit le mage noir d'un ton suspicieux.

L'évocation du ministre laissa sur le visage du Sang-Pur un léger sourire hautain.

« Il n'est pas une menace. » affirma Lucius. « Il se méfie de Dumbledore et ne croit toujours pas en votre retour. »

« Bien… » dit simplement le serpent tandis qu'il faisait quelques pas devant eux, l'air pensif.

Pour faire face aux rumeurs concernant la résurrection de Lord Voldemort, Fudge, depuis la fin du Tournoi des Trois Sorciers avait mis en place une importante campagne médiatique pour lutter contre Dumbledore. D'après Arthur Weasley – et d'après ce que l'on pouvait lire dans La Gazette du Sorcier, l'homme exerçait son autorité sur la presse pour que celle-ci présente Dumbledore comme un vieillard dépassé, désormais trop vieux pour assumer ses fonctions de directeur à Poudlard.

Harry Potter quant à lui, subissait les mêmes critiques acérées. Il était vu comme un adolescent déboussolé, aliéné par le vieux sorcier. Fudge se méfiait d'ailleurs des sorciers proches du garçon tandis qu'il conservait des liens étroits avec ses opposants de toujours, comme le Sang-Pur qui se tenait à côté de l'espion.

« Et Dumbledore, qu'a-t-il dit ? » demanda ensuite le Seigneur des Ténèbres à l'espion d'une voix moqueuse.

« Il ne serait pas surpris d'une attaque de votre part mais ne considère pas cela comme une priorité. » annonça lentement le maître des potions.

En réalité, l'Ordre était déterminé à faire échouer l'attaque de Godric's Hollow. Il était primordial, pour ce premier acte de guerre, de mener en échec les forces de Lord Voldemort. Bien entendu, sa première priorité était avant tout le sauvetage du garçon.

« Tu m'as dit que l'Ordre avait de nouvelles recrues… » commença ensuite le serpent tandis qu'il se remettait lentement à marcher devant ses deux serviteurs. « Qui sont-elles ? » s'enquit-il en plongeant son regard dans celui de l'espion.

« Trois sorciers banals, sans rang ni qualification particulière. » répondit Severus sans hésitation. « L'un d'eux travaillerait cependant au Ministère. »

Il en disait beaucoup, mais il n'avait pas le choix. Le directeur lui-même lui avait donné le feu vert et il devait retrouver la confiance du Seigneur des Ténèbres.

« Des noms, Severus. » claqua la voix du serpent. « Je veux des noms. »

Comme seule réponse, le maître des potions hocha la tête. Pour ce qui était de Kingsley Shacklebolt, il ne pouvait révéler son identité. Lucius le retrouverait vite au Ministère et l'homme serait éliminé. Quant aux deux autres, l'espion pourrait peut-être se risquer plus tard à donner leur nom mais seulement si Dumbledore était capable de les protéger et de les mettre en sécurité.

« Je les découvrirai. » dit-il alors d'une voix imperturbable au mage noir.

Celui-ci lui lança un regard amusé.

« Il vaudrait mieux pour toi, en effet. » se contenta-t-il te dire d'un ton sarcastique.

Puis, il s'adressa à nouveau au Sang-Pur :

« Quant à cet Arthur Weasley, fais en sorte qu'il ne nous gêne pas. »

« Voulez-vous que je l'élimine ? » demanda simplement Lucius, sûrement enchanté par cette perspective.

Les mots du Sang-Pur firent tiquer l'espion mais il n'en laissa rien paraître. Le cas de Mr Weasley s'ajouta alors à la montagne de choses dont il avait à parler avec Dumbledore.

« Plus tard, rien ne presse. » répondit cependant le serpent d'une voix tranquille. « Fais en sorte que Fudge reste à tes pieds. » dit-il ensuite à Lucius. « Le retour de Lord Voldemort devra être annoncé au bon moment. »

Mais quand exactement, jugerait-il le moment opportun pour se montrer au grand jour ?...

L'espion se demandait ce que le serpent avait derrière la tête.

Deux mois et demi après sa résurrection, le mage noir n'avait pas encore recouvré toute sa puissance et il était préférable pour lui d'agir dans l'ombre. Ses rangs également étaient restreints, mais il aurait besoin à un moment ou à un autre de se montrer pour les agrandir…

Cependant, d'après ses mots, il n'était pas dans ses plans de se faire voir à Godric's Hollow. Il y participerait bien sûr, pour son propre plaisir certainement, et cela expliquait entre autre sa méfiance envers le Ministère tandis que l'Ordre, qui lui n'avait aucune influence au Ministère, ne paraissait l'effrayer outre mesure.

Puis, d'un geste vague de la main, le serpent renvoya le Sang-Pur.

Lucius Malfoy s'inclina alors, ignora superbement l'espion de sa flegme aristocratique et s'éclipsa rapidement.

« As-tu évoqué la prophétie au vieux fou ? » demanda ensuite de but-en-blanc le Seigneur des Ténèbres, d'une voix basse et lente à son maître des potions.

Severus aurait en effet trouvé curieux que le mage noir n'évoque pas la prophétie...

« Non. » mentit superbement l'espion. « Voulez-vous que je lui en parle ? » hésita-t-il ensuite en plongeant son regard noir et incertain dans les yeux carmin de son interlocuteur.

Le serpent sembla réfléchir pendant quelques secondes.

Heureusement, il n'avait absolument pas remarqué le mensonge de son serviteur.

« Pas encore. » répondit-il ensuite. « Il est préférable qu'il ne sache rien pour le moment. »

Comme seule réponse, l'espion hocha la tête. Puis il demanda :

« Devrais-je ensuite lui communiquer la prophétie dans son intégralité, ou dois-je lui cacher quelques éléments ? »

Sa question paraissait anodine, mais elle avait en réalité un but. Il espérait simplement que le mage noir tomberait dans le piège...

« Tu lui diras ce que je vous ai dévoilé. » dit le serpent.

Faisait-il allusion à une autre partie qu'il aurait gardée pour lui ?

« Il y a plus ? » s'enquit l'espion d'une voix curieuse mais humble.

Pour une fois, ses plans marchaient à la perfection.

« ... ta curiosité te perdra un jour, Severus. » annonça simplement le mage noir d'une voix tranquille, sur le ton de la conversation.

Un petit silence s'installa. C'était peut-être une menace, l'espion n'en était pas sûr. Mais il devait savoir.

« Je ne comprends pas encore ce que cela signifie mais le développement est… intéressant. » déclara ensuite le serpent tandis qu'il faisait quelques pas lents en direction de la fenêtre, ses longues capes noirs le suivant derrière lui.

Ainsi, c'était comme l'espion l'avait pensé. Il y avait une suite. Mais sachant que le Seigneur des Ténèbres, ne lui en dirait pour l'instant pas plus, il accepta ses paroles d'un bref hochement de tête et n'ajouta rien.

« Comment se porte le garçon ? » demanda ensuite le serpent d'une voix presque curieuse.

« Il se rétablit lentement. Il devrait se réveiller tard dans la soirée, peut-être demain. » récita l'espion tout en laissant apparaître un certain mépris sur son visage.

Le serpent, à ses mots, hocha la tête d'un air satisfait.

« Fais en sorte qu'il soit vite remit sur pieds. » dit-il ensuite à son Mangemort. « Il y a encore du travail avant que ce cher Harry Potter ne nous rejoigne… » continua-t-il d'un air amusé.

Insinuait-il par là qu'il souhaitait le faire reprendre son entrainement à la magie noire ?

Mais peu importait, songea l'espion, car le garçon serait après tout bientôt sauvé. Et une fois à Poudlard, Dumbledore se chargerait de le soigner correctement. Peut-être en l'envoyant à Ste Mangouste ou plutôt en le confiant à Pomfresh.

Puis, le mage noir congédia l'espion et il sortit de la pièce sombre.

Avec ce nouvel entretient, Severus en savait d'avantage quant aux plans du Seigneur des Ténèbres. L'Ordre pour lui n'était pas une menace et cela jouait en leur faveur. Grâce aux paroles de l'espion, il n'excluait sans doute pas que Dumbledore soit présent à Godric's Hollow et se méfierait peut-être, mais au même moment et sans qu'il puisse s'y attendre, le garçon serait sauvé et emmené hors de sa portée. Il y aurait peut-être quelques victimes, mais après tout, ils étaient en guerre…

Severus devait également évoquer le cas de Mr Weasley ainsi que la méfiance du serpent quant au Ministère. Si par miracle Dumbledore arrivait à convaincre plusieurs Aurors – de préférence bien placés, à se rendre à Godric's Hollow dans quatre jours, ceux-ci pourraient sans doute témoigner en faveur de l'Ordre quant à la résurrection de Lord Voldemort ou au moins du danger que ses troupes représentaient.

Et il devait également évoquer la prophétie, ou du moins la partie que le mage noir ne lui avait pas communiquée. Severus n'avait aucune idée de ce dont elle pouvait parler mais peut-être Dumbledore aurait-il une idée. Au moins, ils savaient désormais que la prophétie n'était pas encore complète.

Puis, l'espion emprunta à nouveau les grands escaliers en bois sombre afin de se rendre dans son laboratoire.

Il arriva dans le hall, beaucoup moins lumineux que lors de son premier passage, se dirigea vers le couloir de droite, croisa le chat gris et famélique qui avait l'air d'avoir élu domicile au manoir puis traversa en silence le couloir tandis que ses capes noires flottaient derrière lui.

Il devait maintenant se rendre dans la chambre du Survivant.

Dumbledore ainsi que le Seigneur des Ténèbres voulaient que le garçon soit vite remit sur pieds, le mage noir car il souhaitait sûrement qu'il poursuive son apprentissage et le directeur afin qu'il puisse au moins être capable de se lever dans quatre jours, lorsque l'Ordre viendrait le chercher.

Mais l'espion n'était pas sûr qu'une telle chose soit possible.

Le jour précédent, c'était lui qui l'avait ramené dans sa chambre et qui avait été désigné par le Seigneur des Ténèbres pour le soigner. Il avait vu les dégâts, les plaies, les coupures et les blessures sur le corps du garçon et il n'était pas certain de pouvoir le remettre sur pieds à temps.

La veille, il avait mis au moins trois heures à soigner le garçon. Il avait d'abord stoppé les écoulements de sang avec des potions et des sortilèges, avait appliqué de la pommade afin d'accélérer le processus de cicatrisation puis avait bandé le tout pour ensuite s'occuper de sa clavicule gauche, qui été déboîtée, et des os que Crabbe et Jugson s'était amusé à briser.

Il avait ensuite fallut refaire pousser ses ongles avec une potion, appliquer du baume sur les nombreux endroits enflés – dont sa mâchoire, qui n'avait pourtant pas été la cible de sortilèges, confectionner une atèle pour son bras gauche puis lui faire avaler avec précaution toute sorte de potions comme des antidouleurs, des filtres régénérateurs, du Poussos et une ou deux potions nutritives, car le garçon était beaucoup trop maigre pour son âge.

Après quelques autres pas, il atteignit finalement son laboratoire, enleva d'un coup de baguette les protections magique puis s'engouffra à l'intérieur.

Juste avant de retourner au manoir, le maître des potions s'était rendu chez Pomfresh afin de prendre quelques pommades et potions qui lui seraient utiles. Il avait pris, entre autre, une crème pour empêcher la peau d'être marquée par une cicatrice tout juste soignée, du Poussos – car il n'en avait pas assez dans ses réserves, deux ou trois potions de sommeil-sans-rêve et quelques bandages.

Il attrapa la petite sacoche qui pendait sur un crochet près de la porte, la remplit avec ce dont il avait besoin et ressortit aussitôt.

D'un coup de baguette et à l'aide de quelques murmures, il remit ensuite les protections en place puis fit demi-tour et traversa une nouvelle fois le long couloir sombre pour arriver dans le hall, monter les escaliers et prendre cette fois à droite afin de se rendre dans la chambre du Survivant.

Tout en le soignant, l'espion avait également remarqué les hématomes et autres blessures qu'il avait reçues avant la veille. Certaines, comme les énormes bleus qu'il avait sur le bassin ou le haut de la cuisse dataient par exemple de quelques jours, alors qu'il était au manoir. D'autres plus anciennes, sous forme de cicatrices, avaient intrigué le maître des potions.

Il en avait d'abord une sur le genou gauche, légèrement boursouflée, en somme mal soignée. Celle-ci devait dater d'avant Poudlard, car Pomfresh – qui avait examiné le garçon un bon nombre de fois, n'aurait jamais fait un travail pareil. De plus, l'infirmière appliquait de la crème magique sur chaque blessure qu'elle voyait pour qu'il n'y ait aucune cicatrice, la blessure datait donc d'avant son entrée à l'école de magie.

Il avait également une trace de morsure sur le tibia, sûrement d'un chien, ainsi que deux ou trois autres cicatrices dans le haut du dos et sur son épaule droite.

Ainsi, soit le garçon avait été très turbulent dans son enfance et s'était lui-même fait mal, soit quelqu'un d'autre les lui avait faites, sans trop prendre le temps de les soigner correctement.

L'espion avait plutôt envie de considérer la première option.

Lorsqu'il arriva enfin devant la chambre du Survivant, il défit les protections magiques d'un coup de baguette et pensa soudain qu'il avait oublié d'en parler à Dumbledore.

Celles-ci, qui protégeaient d'abord la chambre contre toute intrusion n'étaient pas franchement difficiles à enlever – Gibbon en étant le créateur… Il y avait également un sortilège qui empêchait de se servir de la magie pour entrer dans la chambre, pas vraiment efficace non plus.

Il fallait donc pour entrer défaire toutes les protections magique pour ensuite ouvrir la porte d'une façon parfaitement Moldue, c'est-à-dire en tournant le verrou qui était à l'extérieur.

Une magie bien superficielle donc, que le cabot et ses deux acolytes, lorsqu'ils viendraient chercher le garçon leur laisserait tout au plus quelques égratignures s'ils tentaient d'entrer par effractions.

En somme, ce n'était pas grand-chose...

Enfin, l'espion entra.

Depuis la veille, rien n'avait changé. La fenêtre qu'il avait légèrement entrouverte l'était toujours, des parchemins gribouillés d'une écriture peu soignée étaient éparpillés sur le bureau, les vêtements déchirés du garçon traînaient toujours sur le dossier du petit fauteuil verte délavé et le dit garçon, endormi dans le grand lit aux draps bleus ternes, n'avait pas bougé d'un pouce.

Sans plus tarder, l'espion s'approcha du lit avec sa sacoche remplies de potions et de crèmes puis fit apparaître un petit tabouret ainsi qu'une petite table ronde pour y poser ses affaires.

Les cernes du garçon, grâce à toute une journée de sommeil, n'étaient plus aussi prononcés. Il était par contre toujours aussi pâle, son expression était crispée et quelques gouttes de sueur perlaient sur son front.

L'espion, en mettant sa main sur celui-ci, jugea qu'il était en effet un peu chaud et fit aussitôt apparaître une petite serviette humide qu'il plaça sur le front du garçon. Avec le nombre de potions qu'il lui avait donné, il était préférable de ne pas en rajouter.

Puis, il enleva l'épaisse couverture qui recouvrait le Survivant et entreprit de vérifier ses blessures.

Les bandages qu'il lui avait mis le jour précédent avaient tenus et aucune plaie ne s'était ré-ouverte. Il devait cependant tous les changer et remettre de la pommade sur chaque blessure afin qu'elles puissent se soigner correctement.

À l'aide de potions, il devait également traiter sa cuisse qui avait été la cible du sortilège de Gibbon et qui devait être aseptisée de toute trace de magie noire, réparer les tissus endommagés et s'assurer que la plaie ne s'infecte pas.

Après un bref soupir, il se mit donc au travail.

Il commença d'abord par enlever doucement le bandage sur l'épaule droite du garçon, qui avait souffert d'un sortilège cuisant de Yaxley. La potion qu'il avait appliquée avait en partie nettoyé la plaie et il lui fallait maintenant s'assurer que celle-ci cicatrice bien. Puis, tout en continuant son travail, il laissa son esprit vagabonder.

Dans cette histoire qui se finirait heureusement bientôt, c'était le garçon qui avait souffert le plus. Dès le début, alors qu'il avait à peine appris les plans du Seigneur des Ténèbres, il avait su que d'une manière ou d'une autre, tout se terminerait ainsi. Le garçon était bien trop fier pour mettre de côté ses convictions, et bien trop stupide pour réaliser les conséquences de ses actes.

En le voyant défier le Seigneur des Ténèbres, l'espion s'était d'ailleurs dit que le Survivant n'avait aucun instinct de survie. Le terrible mage noir l'avait menacé de nombreuses fois et le maître des potions avait au passage été surpris par sa patience. En temps normal, si on lui refusait quelque chose, il tuait tout simplement. Cette fois-ci cependant, il avait accordé au garçon de nombreuses chances qui auraient pu lui éviter de souffrir ainsi, mais il les avaient toutes refusées.

Était-ce du courage ou de la folie ? Selon Dumbledore, résister au Seigneur des Ténèbres était un acte de bravoure à l'état pur. Quant à l'espion, il avait plutôt tendance à croire que c'était de la folie. Car il était inimaginable, pour lui, de mourir pour ses convictions. La vie était un bien trop précieux pour la gaspiller de cette façon.

Alors, si derrière sa tristesse Dumbledore était secrètement fier de lui, l'espion considérait simplement que le garçon était un idiot.

Puis, l'espion inspecta l'énorme plaie que Gibbon lui avait faite sur le bas de la cuisse, près du genou. Celle-ci n'était pas belle à voir : la chair semblait avoir été dévorée de l'intérieur et celle-ci était désormais à vif. Heureusement, la potion qu'il avait appliqué la veille – la même qu'il avait utilisé quelques jours plus tôt sur le garçon et qui consistait à aseptiser la plaie de toute substance magique indésirable – avait fonctionné correctement.

Ce n'était peut-être pas de sa faute bien sûr, le directeur l'avait beaucoup influencé et l'espion, à présent, le voyait très bien. La veille, alors que le garçon n'avait jusque-là pipé mot et avait enfin paru comprendre dans quelle situation il était, l'évocation de Dumbledore par le Seigneur des Ténèbres l'avait immédiatement piqué au vif. Il avait sûrement voulu défendre le vieux sorcier qu'il aimait et respectait. Rien de plus.

Néanmoins, l'espion avait bien remarqué que malgré la totale confiance que le garçon portait au directeur, les paroles du Seigneur des Ténèbres avaient fait mouche.

« Un de ses précieux pions ne lui obéit plus… il sera déçu, très déçu. Peut-être même te punira-t-il de sa main… ? » lui avait-il dit tout en se délectant de la fureur et de l'incertitude du Survivant.

« N'insultez pas Dumbledore, il ne ferait jamais ça ! » avait-il répliqué.

Mais pour avoir vu la scène deux fois, l'espion savait, dans la façon dont sa voix avait hésité, que le garçon n'étaient lui-même pas certain de ses paroles. Et malgré ce qu'il avait essayé de montrer, le Survivant avait indéniablement douté de Dumbledore.

Il avait peur de le décevoir, c'était certain. Et peut-être même avait-il peur de représailles ?...

Après avoir appliqué de la pommade bleue sur la plaie, il sortit un nouveau bandage de sa petite sacoche posée sur la petite table et banda à nouveau la blessure.

Non, le Survivant ne pouvait avoir peur de Dumbledore. Le vieux sorcier débordait de bien trop de gentillesse envers lui, l'espion en avait de nombreuses fois été témoin. De plus, le directeur ne se faisait pas craindre, du moins pas devant des enfants. Il se faisait respecter de par ses actes bienveillants et ses paroles sages.

Cependant, il était tout à fait légitime pour le garçon d'avoir peur de la réaction de Dumbledore lorsqu'il le reverrait enfin. Car après tout, il avait tué.

L'espion était d'ailleurs étonné et impressionné par le Survivant, il n'aurait jamais cru que le Golden Boy du directeur soit capable d'un tel acte. Bien sûr, les conditions du meurtre restaient encore floues et il se pouvait que le garçon ait été sous l'emprise de l'Imperium. Les deux seuls témoins restant étant le garçon lui-même et Alexandre, le maître des potions ne tarderait pas à les interroger.

Puis, lorsqu'il eut fini de s'occuper de sa jambe, l'espion inspecta ses mains.

Grâce à la potion qu'il lui avait fait ingérer, les ongles qu'Amycus Carrow s'était amusé à lui arracher avaient bien repoussés. Cependant, étant donné que le garçon se réveillerait sûrement bientôt, l'espion devait s'assurer que les ongles fragiles restent bien en place. Il chercha donc dans sa sacoche des pansements qu'il mit au bout de quatre doigts du garçon, puis entreprit de vérifier l'atèle de son bras gauche.

La veille, l'espion avait été plutôt impressionné par le Survivant. Pas pour son entêtement et son manque total de discernement, mais plutôt à cause de sa résistance à la douleur. Lorsque Pettigrew lui avait lancé le premier Doloris, il avait crié mais avait immédiatement serré les dents pour ne laisser échapper plus tard que de faibles gémissements étouffés. Ce n'était que lorsque le Seigneur des Ténèbres lui avait lui-même lancé le sortilège qu'il n'avait pas réussi à se retenir.

Et pour un enfant de son âge, c'était d'abord très peu commun et ensuite assez impressionnant. Néanmoins, l'espion n'était pas sûr que cela soit vraiment une bonne chose... car la maîtrise de sa propre douleur passait forcément par son apprentissage. Ayant connu la douleur tout jeune par exemple, l'espion savait parfaitement la contrôler et la maîtriser. Les coups de son père avaient d'ailleurs été les premiers à l'initier. Les entraînements du Seigneur des Ténèbres également, longs et parfois insupportables, avaient forgé son corps et l'avait rendu moins vulnérable, plus endurci et capable de faire face à la douleur.

Mais il était étrange que Harry Potter, petit protégé de Dumbledore, soit capable de cela…

Bien sûr, le maître des potions n'avait jamais expérimenté la douleur telle que l'adolescent l'avait connue la veille, du moins pas aussi longtemps. Car bien que le Seigneur des Ténèbres ne fût pas tendre à ses débuts, il n'était jamais allé jusque-là. Ou du moins pas avec lui.

Ainsi, même s'il ne portait que très peu de bons sentiments à l'égard du Survivant, Severus devait avouer qu'il ressentait de l'empathie pour lui. Même s'il ne l'appréciait guère, l'espion ne pouvait rester de marbre devant une telle chose. Car le garçon ne méritait pas de souffrir autant. Aucun enfant, d'ailleurs, ne le méritait.

À cet instant, le corps recouvert de blessures et de contusions en tout genre lui faisait un peu penser au sien lorsqu'il avait son âge. Bien sûr, son père n'était jamais allé jusque-là, mais les coups de poings et de ceinture avaient laissé une marque sur son corps, à sa plus grande honte.

Heureusement, durant cette période atroce de sa vie, il n'avait pas été seul. Lily avait été là.

Ses parents également, les Evans, s'étaient bien douté de ce que cachaient ses longs vêtements, même si l'espion ne leur avait jamais dit ce que son père lui faisait. Mais par tact et par respect de l'adolescent têtu et secret qu'il avait été, ils avaient fait semblant de ne rien voir. Bien sûr, ils avaient tenté deux ou trois fois de raisonner le père du Serpentard et avaient essayé d'améliorer sa situation, en vain malheureusement.

Cependant, l'espion, à cette époque très solitaire et peu sociable, avait amplement apprécié qu'ils n'interviennent pas. À la place, les Evans s'étaient donc occupé en partie de lui et l'avaient, à chaque fois que l'occasion s'était présentée, généreusement accueilli pendant les vacances scolaires.

Minerva également, lorsqu'elle avait appris ce que Mr Snape faisait subir à son fils, s'était mêlé à l'histoire et avait proposé son aide à l'adolescent. Furieux, celui-ci avait évidemment sèchement refusé et s'en était immédiatement pris à Lily, qu'il avait soupçonné d'avoir mis la directrice de Gryffondor au courant.

Plus tard, il avait finalement appris que son amie n'y était pour rien et avait découvert par la vieille sorcière que celle-ci avait aperçu les marques sur son corps tandis que les Maraudeurs lui avaient fait une ''mauvaise blague'' consistant à lui arracher une partie de ses vêtements devant toute la classe de Métamorphose…

Rejetant le mauvais souvenir dans les limbes de son esprit, l'espion, après s'être assuré en manipulant le bras du garçon que les os s'étaient bien remis et ressoudés, enleva le linge froid qu'il avait mis sur son front et entreprit de s'occuper de sa cicatrice.

Tout comme la veille, elle était boursouflée et sa couleur rouge vive contrastait avec la pâleur de sa figure. Il sortit donc de sa sacoche de quoi apaiser la balafre, la même pommade qu'il avait proposée au Survivant quelque jour auparavant, et en appliqua sur son front.

Heureusement, pour tout ce que les Maraudeurs lui avaient fait subir durant sa scolarité, Lily avait également été là. Malgré son entêtement, sa volonté de se défendre par soi-même et sa mauvaise foi, la sorcière l'avait toujours défendu face au quatre Gryffondor. Qu'il s'agisse de répliquer aux insultes, aux remarques moqueuses ou de faire usage de la magie contre eux – avec discrétion bien sûr – Lily ne s'était jamais dérobée lorsqu'il avait été question de venir en aide au jeune Serpentard.

Et il avait bien sûr de nombreuses fois refusé son aide, mais elle était ainsi. Têtue, fière et au grand cœur, comme une parfaite Gryffondor.

Malheureusement, tout était devenu compliqué à la fin de la cinquième année.

La jeune sorcière n'appréciant déjà pas que le Serpentard s'intéresse à la magie noire et fasse ami-ami avec des Mangemorts en devenir, l'insulte qu'il lui avait lancé au visage lors de cette fameuse après-midi avait été de trop.

Il avait tenté de s'excuser bien sûr, de se faire pardonner par la sorcière et s'était mis à genoux même, en vain. Après cela, Lily, lasse et profondément déçue par son ami, n'avait plus jamais voulu lui adresser la parole.

Et aujourd'hui encore, il détestait ce mot qui lui avait fait perdre la jeune sorcière.

L'air sombre, l'espion referma finalement le couvercle de la pommade puis entreprit de ranger un peu.

Après cette fameuse après-midi, les Maraudeurs qui n'avaient de toute façon jamais été très tendres avec lui, s'étaient montré impitoyables et l'adolescent s'était parfois surpris à vouloir les tuer pour tout ce qu'ils lui avaient fait subir, James Potter et Sirius Black étant les premiers sur sa liste.

Car la haine infinie qu'il avait voué aux deux Gryffondors lorsqu'il s'était sentit seul et désespéré l'avait rongé comme jamais.

C'était d'ailleurs pour cela qu'il avait immédiatement détesté le garçon en le voyant. Ses traits hérités de son père, ses ignobles traits fiers et arrogants, ses lunettes rondes ainsi que ses mêmes cheveux noirs et en bataille l'insupportaient et lui rappelaient sans cesse son père.

Seuls ses yeux verts, si semblable à Lily y avaient échappé. Reconnaissables entre mille, ils avaient la même forme en amande et la même couleur, douce et apaisante. L'espion, qui les avait tellement regardés dans son enfance, aurait pu les décrire les yeux fermés.

Soudain, sa main se crispa au-dessus de sa sacoche et il fut incapable de bouger tandis qu'il réalisait avec un temps de retard que ces mêmes yeux, ceux auxquels il venait de penser, le fixaient en silence.

D'abord surpris, l'espion se reprit bien vite et continua son mouvement tout en soutenant le regard émeraude du garçon.

Depuis combien de temps, exactement, le fixait-il ainsi ?...

L'espion voulut prendre la parole afin de lui demander comment il allait peut-être, mais s'interrompit aussitôt lorsqu'il détailla le regard du garçon.

Ses yeux étaient plongés dans les siens mais il semblait ne pas le voir. Ils étaient ternes, éteints, vides. Exactement comme ceux de Lily lors de cette nuit à Godric's Hollow.

Une certaine douleur monta soudainement en lui et il s'appliqua à la refouler.

Grimaçant, l'espion détourna ensuite la tête pour continuer d'un geste crispé à ranger les quelques bandages dans sa sacoche.

Il devait se calmer et reprendre le contrôle de ses émotions. Ce n'était pas dans ses habitudes de se laisser aller, mais la fatigue et le stress qu'il ressentait depuis plus de trois semaines ne l'aidaient pas. Certes, la vision de ces yeux verts, ceux de Lily, à présent vides et éteints était pénible à voir, mais ce n'était pas une raison. D'ailleurs, il était en face de Harry Potter, pas de Lily Evans. Il devait se reprendre.

Après un petit silence de quelques secondes, l'espion se décida finalement à regarder en face le Survivant.

Il voulut lui parler, lui demander s'il avait mal quelque part, ou même tenter de le faire réagir mais il n'en eut pas le temps. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, les yeux du garçon se refermèrent lentement et il sembla se rendormir.

Légèrement inquiet – et juste au cas où, l'espion vérifia son pouls puis lâcha un bref soupir en sentant les battements de son cœur pulser dans son cou.

Avec tous les antidouleurs que l'espion lui avait donné et s'il y réfléchissait bien, ce n'était pas étonnant que le garçon soit un peu… sonné. Au moins, cela lui avait permis de le soigner sans qu'il ne se réveille.

Tout en se levant, l'espion jeta ensuite un Tempus. Il était dix-neuf heures passées et dans la chambre, il faisait en effet assez sombre.

D'un coup de baguette, il fit disparaître la chaise. Il attrapa ensuite sa sacoche et fit de même pour la petite table ronde. Puis, il fit un petit mouvement de sa baguette pour le couvrir de sa couette avant d'aller fermer la fenêtre. Dans la chambre, il ne faisait pas froid mais les nuits au manoir, à mesure que les jours diminuaient, se faisaient de moins en moins chaudes. Et étant donné que le garçon avait de la fièvre…

Enfin, après un dernier coup d'œil au Survivant, l'espion quitta la chambre, remit les protections en place et traversa à nouveau les couloirs sombres du manoir. D'un pas rapide et souple, il descendit les escaliers, atteignit le hall d'entrée puis sortit ensuite dans l'obscurité naissante de la nuit.

Sur la colline, un calme pesant, voire même inquiétant, régnait. Il n'y avait pas de vent, aucun oiseau ne chantait et les nuages, éclairés dans le ciel par un croissant de lune, se déplaçaient rapidement vers l'est.

L'espion emprunta le chemin de gravier qui menait au portail, sa silhouette habillée tout de noir se confondant parfois avec l'obscurité.

Le lendemain, il devrait retourner au manoir afin de continuer à soigner le garçon tandis que le surlendemain, il devrait faire son rapport à Dumbledore. Il espérait d'ailleurs que Potter se tiendrait tranquille, car l'espion n'était pas d'une nature patiente…

Cependant, il devait tout de même s'assurer que le garçon n'était pas brisé. L'épisode de toute à l'heure pouvait se justifier par la quantité importante d'antidouleur que l'espion lui avait fait avalé dans son sommeil, mais il ne fallait pas que la même chose se reproduise. Il devrait donc, en plus de soigner le corps du garçon, tenter de le faire réagir et de lui parler.

Evidemment, il se doutait que cela n'allait pas être une partie de plaisir. Et il ne fut d'ailleurs pas déçu…


« Mr Potter… » menaça l'espion pour la énième fois. « Je vous le répète, ce sont des potions régénératrices et nutritives. Buvez-les et vous vous sentirez mieux. » articula-t-il lentement avec une certaine dose d'impatience.

Il s'était pourtant montré conciliant et patient envers le garçon, pourquoi ne voulait-il pas coopérer ?...

Merlin, l'espion n'était vraiment pas fait pour cela.

Le jour suivant au réveil quelque peu momentané du Survivant, l'espion s'était rendu dans sa chambre, tard dans la matinée. Le garçon étant encore endormi, Severus en avait profité pour changer ses bandages dans le calme. Son répit avait toutefois été de courte durée car à peine avait-il fini de mettre de la pommade sur son épaule calcinée que le garçon s'était réveillé, quelque peu paniqué et légèrement à l'ouest.

Encore sonné, l'espion avait donc pu faire boire au garçon une potion calmante, la dernière jusque-là malheureusement.

Petit à petit, il avait semblé reprendre contact avec la réalité et s'était calmé pour finalement se mettre à trembler légèrement et se recroqueviller contre les barreaux de la tête du lit. Sa vue était floue mais contrairement au jour précédent, il réagissait lorsque l'on bougeait devant lui, mais pas de la bonne façon cependant…

Le maître des potions, en voyant le regard effrayé du garçon, s'était appliqué à ne faire aucun geste brusque, à parler doucement et à faire preuve de patience. C'était d'ailleurs bien la première fois pour lui. Cependant, lorsqu'il avait voulu lui donner quelques potions et continuer à le soigner, le garçon s'était figé et avait frénétiquement refusé de la tête que l'espion ne le touche. Quant aux potions qu'il lui proposait, il avait évidemment le même état d'esprit.

Severus en était donc au même point depuis quelques minutes déjà et commençait légèrement à perdre patience. Il avait tenté de lui parler, de lui demander s'il avait mal quelque part – ce qui était évident vu la façon dont il grimaçait, en vain.

Non, l'espion n'était définitivement pas fait pour cela.

« Potter, je ne vais pas vous empoisonner, si c'est ce que vous pensez… » lâcha l'espion, lasse.

Mais depuis quelques minutes, le garçon ne semblait plus l'écouter. Ou du moins, il l'écoutait mais se fichait éperdument de ce que le sorcier pouvait bien raconter.

Dans le pyjama de coton gris qu'il portait désormais, recroquevillé ainsi contre le mur, il paraissait frêle, apeuré, vulnérable. Des mèches de cheveux noirs tombaient devant ses yeux, son teint était toujours aussi pâle que le jour précédent et ses mains, qu'il tenait fermement contre son torse, tremblaient légèrement.

Alors qu'il s'était montré plutôt coopératif après avoir avalé la potion calmante, son comportement avait tout de suite changé lorsqu'il avait semblé identifier la personne qui se tenait devant lui. Ce n'était peut-être pas si étonnant songea l'espion, car il se doutait bien que dans son état, il était bien la dernière personne que le garçon avait envie de voir…

Mais tant pis, il ferrait avec.

« Mr Potter. » commença alors le sorcier d'une voix autoritaire, captant l'attention du Survivant. « Buvez ces potions avant que je ne vous force à le faire. » lui ordonna-t-il en tendant pour la énième fois la première fiole à l'adolescent.

Allait-il appliquer ses menaces si le garçon n'obtempérait pas ? Certainement.

Celui-ci dû d'ailleurs se rendre compte que le sorcier était sérieux car avec une expression crispée, il avança sa main vers la fiole et la prit enfin. Légèrement tremblant, il porta ensuite la potion à sa bouche puis la but lentement tandis que l'espion lui tendait déjà l'autre, satisfait.

Il remarqua cependant que le garçon lui lançait de temps à autre des coups d'œil effrayés et évitait soigneusement de le toucher lorsqu'il fallait prendre la fiole. Peut-être était-il allé un peu loin, mais il avait au moins réussi à se faire obéir.

Et même si l'espion ne savait quelle attitude adopter lorsqu'il fallait faire face à un adolescent tout juste sorti d'un traumatisme, il en conclut que la fermeté pouvait aider.

Puis, une fois que le garçon eut fini et lui tendit la dernière fiole, le maître des potions demanda d'une voix plus calme :

« Avez-vous mal quelque part ? »

Cependant, encore une fois, le garçon semblait être parti ailleurs.

S'il avait retrouvé quelques couleurs sur son visage, celui-ci était toujours pâle et il fixait désormais un point invisible sur la couette, juste devant ses jambes ramenées contre lui. Son expression était quant à elle d'avantage crispée, et ses mains, qu'ils seraient toujours, tremblaient encore.

Il sembla même à l'espion qu'une goutte de sueur perlait sur son front et il se demanda s'il n'avait pas de la fièvre, ce qui expliquerait que le garçon était un peu... ailleurs.

Le maître des potions approcha alors doucement sa main du front de l'adolescent, non sans lui avoir signalé qu'il allait de par son geste prendre sa fièvre, mais s'arrêta aussitôt en entendant la voix rauque du Survivant.

« Ne… ne me… touchez pas ! » haleta-t-il en se reculant d'avantage contre les barreaux du lit.

Ses yeux restèrent résolument fixés sur ses pieds et il se mordit la lèvre d'un geste qui devait sans doute être automatique.

L'espion quant à lui, surpris de le voir réagir ainsi, ramena alors sa main vers lui et fronça les sourcils devant la scène.

De par son expression crispée et sa voix chevrotante, le sorcier pouvait affirmer qu'il avait peur. Son regard en effet, résolument fixe, semblait terrifié.

Le maître des potions n'avait pourtant rien fait de mal mais le Survivant semblait craindre tout contact. Et il songea que c'était une réaction plutôt banale après ce qu'il avait subi…

« S'il vous plaît… je… je ne désobéirai… plus… » continua le garçon d'une petite voix presque suppliante.

Cela, cependant, n'était pas normal.

Par Merlin, que lui prenait-il donc ?

Mais l'espion n'eut pas à réfléchir longtemps pour comprendre. Le garçon, tout comme le Seigneur des Ténèbres s'en était pris à lui, avait peur que le Mangemort fasse de même. Cela expliquait son attitude crispée et sa peur.

Cependant, réalisait-il que l'homme qui se tenait devant lui était son professeur de potion ? Celui-ci n'en était pas vraiment certain…

« Potter. » dit-il alors d'une voix calme. « Savez-vous qui je suis ? »

Il n'eut pas de réponse.

« Je suis le professeur Snape. » continua-t-il alors. « Je ne vous veux aucun mal. » crut-il bon d'ajouter.

Comme seule réaction, le Survivant releva la tête et posa son regard flou et incertain sur l'homme qui se tenait devant lui. Cependant, malgré les paroles du sorcier, il ne sembla pas convaincu. Ses yeux verts s'attardèrent sur ses robes noires, puis sur son visage, et il plissa légèrement les yeux comme s'il n'y voyait pas clair.

C'est sur cette pensée que l'espion pensa aussitôt qu'il n'avait pas ses lunettes.

Du regard, il chercha alors celles-ci et les trouva sur la table de chevet, à l'autre extrémité du lit. Puis, d'un coup discret de baguette magique, il les fit léviter vers lui, les attrapa puis les tendit au Survivant :

« Mettez vos lunettes, Potter. » dit-il calmement.

Son geste avait cependant crispé le garçon. D'un autre coup de baguette, il fit donc doucement léviter les lunettes vers le visage de l'adolescent.

Avant de se poser sur son nez, les branches s'ouvrirent et le garçon les attrapa finalement de sa main droite – la gauche étant dans une attelle – pour les poser.

Il cligna ensuite des yeux, promena son regard incertain autour de lui et lâcha en reconnaissant le sorcier :

« Snape… »


À suivre...