Bonsoir !

Tout d'abord, je suis fière de vous présenter le dernier chapitre de la première partie de Times Are Changing (et le 20ème, oui déjà) qui fait un peu plus de 11,200 mots sans mes commentaires ! Merci également pour vos reviews, qui me font toujours très plaisir !

Bref, bonne lecture !


Chapitre 20 : Le sauvetage


Un petit courant d'air se fit sentir, faisant légèrement frémir l'adolescent.

Il observa longuement autour de lui, fit quelques pas en direction de la cheminée où brûlait un petit feu apaisant et passa distraitement sa main sur la surface lisse de la table.

Jadis austère et effrayante, la pièce semblait désormais familière et rassurante. Il faisait sombre mais la lumière que projetaient les flammes sur le mur était suffisante pour éclairer la grande salle et Harry n'avait plus peur. En fait, il se demandait pourquoi il avait craint cette pièce jusque-là.

Pour une raison qu'il ignorait en effet, l'adolescent se sentait bien. Il n'avait mal nulle part et l'obscurité même, alors qu'elle l'avait jadis effrayé était désormais apaisante, comme s'il y avait lentement été habitué.

Le feu également, qui brûlait paisiblement dans la cheminée, lui rappelait des souvenirs heureux auxquels ils n'arrivaient pas à se souvenir entièrement. Il lui semblait voir une pièce chaleureuse, tout de rouge et or, aux multiples fauteuils ternes et vieux mais confortables et où des adolescents venaient s'y reposer, discuter, travailler et même jouer aux échecs.

Il se souvenait des soirs qu'il avait passé devant ce même feu, pas tout à fait conscient ni tout à fait endormi, tandis que la pluie s'abattait sur les fenêtres de la pièce, que le vent sifflait au-dessus de la tour et que l'adolescent écoutait tous ces sons réguliers, emmitouflé dans une couverture et un air apaisé sur le visage.

« Je vois que tu vas mieux, Harry. »

La voix ne le fit pas sursauter. Alors qu'elle l'avait jadis effrayé plus que tout autre chose, qu'elle lui avait évoqué la douleur et la haine, elle semblait désormais familière, presque banale. Son propriétaire également, qui devait se tenir non loin de l'adolescent avait aussi changé, en quelque sorte.

Lentement, l'adolescent se retourna en direction de la voix et posa son regard émeraude sur les longues capes noires du sorcier qui lui faisait face. Il s'attarda sur ses mains squelettiques et pâles puis croisa les yeux rouges du mage noir.

Il ne devait être qu'à trois ou quatre mètres de lui et même si Harry fut quelque peu surpris de sa nouvelle proximité, il ne dit rien et ne recula pas. Après tout, il ne lui voulait aucun mal.

« Te souviens-tu de ce que je t'ai dit ? » continua tranquillement la voix. « En as-tu tiré des conclusions ? » ajouta-t-elle tandis que des souvenirs aux contours sombres et flous s'élevaient soudain dans l'esprit de l'adolescent.

« Il… il m'utilise ? » demanda-t-il, incertain.

Le mage noir hocha gravement la tête.

« Bien sûr qu'il t'utilise, Harry… après tout, c'est un menteur. » lui assura la voix. « Et pour tout ce que tu as fait, il ne te pardonnera pas. » continua-t-elle.

L'image du vieux sorcier effrayant lui vint à nouveau l'esprit. Il était grand, imposant, tenait sa baguette en sa direction et le fixait avec calme. Cependant, ses yeux dissimulés derrière une paire de lunette en demi-lune étaient perçants et semblaient balayer toutes ses pensées, comme s'il sondait son esprit.

« Lui, il te fera du mal. » lui assura le mage noir.

Oui, Harry s'en souvenait parfaitement. Cet homme l'avait trompé, l'avait utilisé et le ferait encore si l'adolescent n'y mettait pas un terme.

« Dumbledore. » souffla-t-il alors.

Le mage noir hocha la tête.

« Oui. » acquiesça-t-il avec une certaine pointe de tristesse.

Pourtant, même si l'adolescent était désormais convaincu des dires du serpent, quelque chose clochait. Cet homme, ce menteur qui se servait de lui n'était-il pas, d'une certaine façon, lié au lieu où Harry voulait retourner ? Il lui semblait le revoir dans les pièces qu'il avait dessiné, avec ses robes de couleurs, sa longue barbe blanche et sa voix calme et posée.

Ce n'était qu'une image bien sûr, une façade, car tout était faux chez lui. Mais pourquoi alors, l'adolescent l'associait-il à ce lieu ? Pourquoi lui faisait-il soudain penser à cet endroit ?

Il ne comprenait pas. Peut-être le mage noir pourrait-il l'éclairer ?

« Je sais qui il est vraiment mais… » commença-t-il alors d'une voix hésitante, tandis que le serpent le fixait avec intérêt et l'incitait à continuer d'un geste de la main. « Mais… je ne comprends pas… il… » bafouilla Harry, tentant de trouver ses mots. « Je crois qu'il appartient à cet endroit... »

Le mage noir garda le silence pendant quelques secondes, semblant réfléchir, puis demanda avec une certaine méfiance, camouflée derrière un air intéressé :

« De quel endroit parles-tu ? »

L'adolescent hésita, semblant lui aussi réfléchir.

« Poudlard… » répondit-il ensuite d'une petite voix.

Car c'était vrai, le vieux sorcier, ce Dumbledore dont il était question, appartenait bel et bien à cet endroit. Harry ne savait pas exactement comment il le savait, mais il le savait. Tout ce qui s'apparentait à cet endroit pourtant, emplissait l'adolescent de nostalgie et d'un sentiment qu'il n'aurait su définir, peut-être de joie ou de sérénité. Alors comment se faisait-il, si cet homme-là avait un quelconque lien avec Poudlard, qu'il soit mauvais ?

« Qui t'as parlé de cet endroit ? » lui demanda le mage noir en plissant des yeux.

Lentement, celui-ci se rapprocha de Harry, ses longues capes noires glissant paresseusement sur le plancher sombre de la pièce.

« Je… » hésita alors l'adolescent.

Qui lui avait parlé de cet endroit en effet ? Mais ce n'était pas le plus important. Il avait besoin de réponse.

« Dumbledore… » reprit-il alors.

Cependant, il n'eut pas le temps de continuer sa phrase. Sans même qu'il ne s'en rende compte, son regard croisa les yeux carmin du serpent qui paraissait tout à coup furieux. Des images se mirent alors à défiler devant lui et il haleta de surprise.

Il se revit dans sa chambre, assis dans son lit, tandis que Snape lui faisait face et déversait sa haine sur lui.

« Serait-ce trop demander pour un Gryffondor en puissance de comprendre ne serait-ce qu'une phrase simple ? Ou bien est-ce trop compliqué pour votre cerveau inexistant ? »

L'adolescent au ton furieux de la voix frémit légèrement, incapable de comprendre ce qu'il avait fait de mal pour énerver le Mangemort.

« Ne faites pas semblant d'avoir peur, Potter. » cingla Snape en plissant les yeux d'un air menaçant. « Votre petit cinéma fonctionne peut-être à Poudlard mais ce n'est pas le cas ici. »

Ses yeux noirs chargés de haine en sa direction étaient plongés dans ceux de Harry et celui-ci se recula un peu plus contre les barreaux de son lit.

Puis, sans plus de cérémonie, le mage noir rangea ses affaires et quitta la chambre, laissant l'adolescent seul.

Quelques secondes plus tard, Harry était de retour dans la pièce sombre et grimaça de douleur lorsque sa cicatrice lui fit soudainement mal. Ses yeux étant toujours plongés dans ceux du serpent, il détourna le regard et porta sa main à son front. Il avait mal pourtant il n'avait rien fait… le mage noir allait-il le punir ?...

À cette pensée, Harry recula de quelques pas en direction de la cheminée, se trouvant tout à coup beaucoup trop proche du serpent.

« Oublie cet endroit. » claqua alors la voix, faisant frémir le Survivant. « C'est là-bas qu'il te manipule et te ment. » ajouta-t-elle ensuite plus calmement.

L'adolescent se détendit un peu. Mais il ne comprenait toujours pas. Pourquoi la voix lui disait-elle d'oublier cet endroit, alors qu'il lui semblait s'y être senti si bien ? Y avait-il quelque chose de mauvais pour lui, là-bas ? Était-ce à cause de la présence de cet homme ?

« Je ne comprends pas… » essaya-t-il alors de dire.

Il s'arrêta cependant brusquement de parler lorsque le serpent se retrouva soudainement à deux pas de lui, le toisant de ses yeux cruels et inquisiteurs.

« Tu ne voudrais pas me mettre en colère Harry, n'est-ce pas ? » susurra-t-il en s'approchant encore du garçon, qui recula de peur.

Harry secoua frénétiquement la tête. Non, il ne voulait pas, ce n'était pas son intention… Il ne voulait plus avoir mal…

Le serpent fixa encore quelques secondes le visage soudain plus pâle et terrifié de l'adolescent puis recula finalement.

« C'est bien. » dit-il alors à l'intention de Harry. « Tant que tu m'obéis, tout se passera bien. Tu n'auras plus mal. » ajouta le serpent d'une voix douce. « Comprends-tu ? »

Le concerné, dont les mains tremblaient légèrement, acquiesça alors en silence.

Puis, sous le sourire satisfait du serpent, la scène trembla, s'assombrit d'avantage, les contours s'estompèrent et Harry replongea dans le noir.


Avec seulement les arbres et la lune comme témoins, les trois sorciers se mirent en marche. Remus prit la tête, Tonks suivit, ainsi que Sirius.

Non loin d'eux, un hibou hululait doucement et un vent faisait parfois bouger les branches des arbres au-dessus d'eux. Tout était sinon silencieux et les trois sorciers avaient soudainement adoptés une attitude beaucoup plus sérieuse. Le loup garou observait attentivement autour de lui, en quête d'un seul mouvement suspect, la jeune sorcière avait cessé de diffuser de la lumière avec sa baguette et l'Animagus, qui marchait en silence derrière eux, renforça sa poigne sur l'objet que Tonks lui avait donné quelques instants plus tôt.

Avec ce simple morceau de tissu que Dumbledore lui avait donné, dont il s'était lui-même servi dans sa jeunesse, il sauverait Harry des griffes de Voldemort.

Une fois arrivés devant le haut muret qui encerclait toute la propriété du manoir, les trois sorciers l'escaladèrent rapidement. Ils utilisèrent le même sortilège que Tonks avait utilisé la dernière fois, remirent le mur en état d'un coup de baguette puis s'arrêtèrent lorsque Remus leur fit signe.

Celui-ci leva la tête, observa pendant cinq ou six secondes la nuit sombre et le manoir qui s'étendait devant eux puis leur fit signe de continuer.

En quelques pas, ils arrivèrent à distinguer parfaitement le manoir. Un arbre de la hauteur de celui-ci se dressait sur l'un de ses côtés, cachant en partie les fenêtres. Du lierre recouvrait l'une des façades et un grand parc s'étendait à droite, alors que le chemin qu'ils avaient vu en pénétrant dans le domaine se faisait voir de l'autre côté, entre quelques herbes hautes.

Toujours sans un mot, ils s'arrêtèrent et Sirius mit la cape, rendant ainsi son corps à partir de ses épaules parfaitement invisible.

Les trois sorciers se consultèrent ensuite du regard.

Le plan était simple : Remus et Tonks entreraient dans le manoir par derrière dans le but d'attirer les quelques Mangemorts qui montaient la garde tandis que Sirius, muni de sa cape d'invisibilité, trouverait un moyen de pénétrer dans le manoir par une autre entrée. Ensuite, il n'avait plus qu'à trouver la chambre de Harry et transplaner avec lui au Terrier.

Tonks leva sa baguette en direction de la grande bâtisse, murmura un sortilège et fit le chiffre quatre avec ses doigts. Le manoir, comme Snape l'avait rapporté, n'était donc que très peu gardé.

« Bonne chance. » murmura ensuite la sorcière à Sirius, tandis que Remus semblait à l'affût du moindre bruit.

« Bonne chance. » répéta Sirius.

Puis, d'un geste vif, il rabattit la cape sur sa tête et devint complètement invisible. Remus et Tonks s'éloignèrent, ils disparurent derrière le manoir et l'Animagus se retrouva seul.

D'un pas rapide, il longea les murs de pierres, observant au passage autour de lui, puis arriva devant la façade principale couverte de lierre.

L'entrée était à quelques mètres et l'endroit était désert. Sous sa cape, Sirius avait sa baguette en main, levée et prête à être utilisée.

Pour le moment, tout était calme et les trois sorciers ne semblaient pas avoir été repérés. La demi-lune, au-dessus d'eux, éclairait faiblement le manoir et le vent frais qui sifflait à travers les arbres et les pierres du manoir, en plus de donner un air lugubre à l'endroit, camouflait les quelques bruits que les sorciers étaient susceptibles de faire en entrant dans la grande maison.

Puis, arrivant devant une fenêtre et devant désormais attendre que Tonks et Remus n'entrent enfin dans le manoir, Sirius s'arrêta et observa au-dessus de lui. Les étoiles brillaient faiblement sous la petite couche de nuage noirs et la bulle de protection, qui entourait le domaine et le rendait invisible pour ceux qui étaient à l'extérieur, oscillait faiblement sous la lumière de la lune.

Une ou deux minutes passèrent, l'Animagus ne fit aucun mouvement sous sa cape et décida finalement de rentrer à son tour. La porte d'entrée qu'il distinguait non loin de lui devait être gardée et il était préférable de ne pas tenter le diable.

Après un dernier coup d'œil autour de lui, il leva donc sa baguette, prononça un sortilège et fit sans bruit coulisser la fenêtre devant laquelle il s'était arrêté. Il observa longuement la pièce vide qui se tenait de l'autre côté, attendit quelques secondes à l'affût du moindre bruit ou mouvement puis se décida finalement à entrer.

Avec la cape d'invisibilité, l'affaire fut compliquée mais il y parvint tout de même et arriva dans un petit salon meublé de deux vieux fauteuils, d'un canapé et d'une bibliothèque. Le sol était recouvert de tapis, étouffant ainsi le bruit que l'Animagus fit en atterrissant sur le plancher. Un petit chandelier éclairait également la pièce à côté de la porte entrouverte et quelques tableaux, à peine distinguables dans l'obscurité, jonchaient les murs aux tapisseries déchirées.

D'un coup de baguette, Sirius referma ensuite la fenêtre.

Jusque-là, tout se passait bien et le sorcier espérait que Remus et Tonks s'en sortaient eux aussi. D'après le sortilège de détection que la sorcière avait lancé avant qu'ils ne se séparent, il n'y avait que quatre mages noirs dans la grande maison et il leur était tout à fait possible, en tant que sorciers entraînés, de les battre et d'enfin sauver Harry.

La cape d'invisibilité était d'ailleurs un outil précieux, se dit soudain Sirius, lorsqu'un Mangemort qu'il ne connaissait pas pénétra dans la pièce sans le voir.

D'un coup de baguette, il raviva les flammes des bougies sur le chandelier, inspecta la pièce du regard et laissa à l'Animagus le temps de détailler sa figure. Il avait la peau pâle, les yeux bleus ternes et semblait plus âgé que lui. Des cheveux gris et noirs parsemaient son crâne et il n'avait pas l'air très dangereux.

« Stupéfix. » murmura alors l'Animagus en s'avançant rapidement vers le mage noir, qui se prit le sortilège de plein fouet.

Avant qu'il ne retombe lourdement sur le sol, Sirius retint son corps assommé et le posa sans bruit derrière le canapé. Puis il remit en place sa cape, lança un dernier regard au mage noir qui semblait profondément endormi et quitta la pièce.

Il arriva dans ce qui semblait être le hall d'entrée, parvint à distinguer quelques meubles branlants et observa les grands et imposants escaliers en bois sombres. Tout était silencieux et Sirius supposait que Remus et Tonks n'étaient toujours pas rentrés, ou du moins ne s'étaient toujours pas fait repérés.

Il n'avait donc plus qu'à attendre.

Il promena son regard autour de lui, distingua les couloirs obscurs qui donnaient sur le hall ainsi que les deux grandes portes de l'entrée qui devaient être gardées par le Mangemort que l'Animagus venaient de stupéfier puis entendit finalement un bruit lointain, peut-être une faible explosion.

Sans plus attendre, Sirius rajusta sa cape et monta silencieusement les escaliers. D'après Snape, la chambre de Harry se situait au premier étage, au fond du couloir de droite. La chambre était souvent gardée par un mage noir et cela devait encore être le cas.

En quelques secondes, il arriva finalement en haut des grands escaliers et détailla les couloirs obscurs qui se dressaient de chaque côté. Des tapis jonchaient un vieux plancher sombre, quelques tableaux étaient accrochés aux murs, ainsi que quelques bougeoirs muraux qui éclairaient faiblement les couloirs.

Avant de se diriger à droite, Sirius promena longuement son regard à sa gauche et s'aventura même quelques instants dans cette direction. Il ne croisa cependant que des portes fermées ainsi que l'obscurité inquiétante du long couloir et rebroussa chemin pour finalement se diriger vers la chambre de Harry.

Ses battements jusque-là sous contrôle étaient plus rapides à mesure qu'il marchait. Le plancher, heureusement recouvert de tapis, grinçait faiblement à chaque mauvais pas et l'Animagus appréhendait la suite. Il espérait de tout cœur que malgré ce que Dumbledore leur avait dit, son neveu allait tout de même bien et accepterait de transplaner avec lui.

Il n'y avait normalement pas de raison que Harry refuse de le suivre. Mais étant resté trente jours entre les griffes de Voldemort, l'Animagus devait malheureusement s'attendre à tout.

Soudain, il crut distinguer une forme humaine à quelques pas de lui. Il faisait sombre et le sorcier n'en était pas sûr mais il aurait été après tout étonnant que la chambre de Harry ne soit pas gardée. À pas de loup, il s'approcha et fut finalement fixé.

Un Mangemort se tenait bien là, adossé contre le mur, d'un air presque nonchalant. Tout comme celui qu'il avait croisé quelques instants plus tôt, Sirius ne le connaissait pas. Un bougeoir éclairait sa figure, il semblait assez jeune, avait des cheveux clairs mal coiffés ainsi qu'une barbe de quelques jours. Il était de profil et Sirius ne pouvait affirmer avec exactitude s'il tenait ou non sa baguette mais il n'avait de toute façon, pas l'air franchement dangereux non plus.

L'Animagus leva alors sa baguette et s'apprêta à murmurer un sortilège en sa direction quand le Mangemort prit soudain la parole, arrêtant aussitôt le sorcier.

« Je sais que vous êtes là. »

Sa main se crispa sur sa baguette et il ne fit aucun mouvement sous sa cape d'invisibilité. Y avait-il quelqu'un derrière lui ? L'avait-il repéré ? Il n'avait pourtant lancé aucun sortilège…

« Je ne saurais dire comment vous faites, mais je vous ai vu bien avant que vous n'arriviez ici. » continua le mage noir en se décollant du mur et en se plaçant au milieu du couloir sombre.

Ses yeux bleu nuit n'étaient pas exactement posés sur l'Animagus mais ils semblaient chercher quelque chose.

Comment avait-il fait ? Il ne semblait pas être au courant du fait que le sorcier utilisait une cape magique mais semblait tout de même savoir qu'il était là et se tenait en face de lui. Avait-il discrètement utilisé un sortilège de détection ? Alors même que Sirius ne l'avait pas quitté des yeux dès l'instant où il l'avait distingué parmi l'obscurité du couloir ?

Mais cela n'avait aucune importance, pensa l'Animagus, car il serait bientôt éliminé.

D'un geste vif et toujours sous sa cape, il lança aussitôt un sortilège en sa direction et tiqua lorsque le mage noir, un peu maladroitement cependant, dressa un bouclier et l'arrêta.

La cape d'invisibilité due au brusque mouvement de Sirius glissa également de ses épaules et il apparut finalement devant le Mangemort, qui darda immédiatement son regard sur son adversaire.

Quelques secondes de silence s'écoulèrent alors tandis qu'aucun des deux sorciers ne faisait un geste, leur baguettes pourtant levées et prêtes à lancer un sortilège.

Le mage noir semblait plus jeune que Sirius, était plus petit et semblait, sous ses vêtements noirs, plus chétif que lui. Un adversaire tel que lui ne devrait pas être si difficile à battre mais l'Animagus préférait se méfier. L'heure également tournait, et il était primordial que Sirius sauve rapidement son neveu.

« Écarte-toi. » lança-t-il alors d'une voix forte et menaçante, en signe d'avertissement.

Le mage noir ne répondit rien et ne bougea pas d'un pouce.

Quand soudain, il leva sa baguette et lança un informulé en direction de l'Animagus qui érigea aussitôt un bouclier.

Puis le combat commença.

Les sortilèges fusèrent des deux côtés et quelques-uns percutèrent les murs étroits du couloir. Sirius commença d'abord avec des sortilèges basiques, comme le Stupéfix et le Petrificus Totalus mais fut soudain obligé d'utiliser autre chose en constatant l'habilité de son adversaire à contrer tous ses sorts.

Il lança un sortilège de découpe, ne lui laissa pas le temps de répliquer et tenta de le désarmer tandis que celui-ci répliquait par un informulé qui s'écrasa brutalement sur ses boucliers, faisant tomber des tableaux du mur dans un fracas assourdissant.

« Vous allez me rendre mon neveu ! » cria Sirius après avoir lancé un sortilège de lance flamme.

Le mage noir parut surpris de ses paroles mais contra rapidement en utilisant un bouclier d'eau puis attaqua aussitôt avec un nouvel informulé. Il réussit à passer les défenses de l'Animagus, lacéra la peau de son bras qui tenait sa baguette et le fit grogner de rage. Il contre-attaqua cependant aussitôt avec un Diffindo bien placé, qui s'abattit sur la jambe du mage noir et le fit vaciller.

« Expelliarmus ! » en profita alors Sirius.

Le Mangemort réussit à arrêter le sortilège en érigeant à la va-vite un bouclier puis lança aussitôt un nouvel informulé, suivi d'un autre encore, que Sirius parvint à arrêter facilement.

« Écarte-toi si tu ne veux pas mourir ! » lança alors l'Animagus d'une voix forte, instaurant une brève pause dans le combat.

Encore une fois cependant, le mage noir ne répondit rien et se contenta de renforcer sa poigne sur sa baguette.

« Stupéfix ! »

Le sort fonça à une vitesse folle en direction du mage noir et Sirius songea qu'il lui était impossible de le contrer. Malheureusement, le Mangemort effaça tout de suite cette pensée.

« Tegen Aanval. » siffla-t-il, le visage concentré.

Le sortilège que l'Animagus avait lancé, au lieu de s'abattre sur le mage noir, repartit soudainement dans l'autre direction et s'écrasa sur son bouclier. Cependant, alors même que Sirius pensait l'avoir bloqué, le sort brisa ses défenses et le percuta brusquement avant de le faire décoller et retomber plus loin.

Sonné et pas tout à fait certain de ce qu'il venait de se passer, il se releva rapidement malgré les tâches noires qui dansaient devant ses yeux et attaqua à nouveau.

« Incendio ! » lança-t-il en direction du mage noir.

Le sortilège passa cependant à côté de lui et l'Animagus jura avant de rétablir ses boucliers et de voir clair à nouveau, tandis que le mage noir, qui semblait grimacer de douleur due au sortilège de découpe qu'il avait reçu sur la jambe, soufflait quelques secondes.

Le mage noir avait certes quelques ressources, mais Sirius avait beaucoup plus d'expérience que lui. Il faillit d'ailleurs lui arracher sa baguette plusieurs fois, celui-ci lui lança un maléfice qui brûla son épaule droite et l'Animagus riposta non sans lâcher un gémissement de douleur :

« Diffindo ! Expulso ! »

Le premier sortilège fit vaciller le mage noir, et alors qu'il tentait de reprendre une posture stable, le deuxième percuta son bouclier trop faible. Dans un bruit sourd, il l'envoya ensuite à l'autre bout du couloir.

« Accio baguette. » lança alors l'Animagus en direction de l'endroit sombre où le mage noir était retombé.

L'objet atterrit rapidement dans les mains de Sirius et il lâcha un bref soupir afin de laisser s'échapper la tension qu'il avait ressenti jusque-là.

Puis, il fit quelques pas dans le couloir sombre et retrouva le mage noir qui, encore conscient et la jambe ensanglantée, tentait vainement de se relever. Lorsqu'il croisa les yeux de son adversaire, il soutint son regard quelques secondes puis baissa finalement la tête, vaincu.

« Je t'avais prévenu. » lança alors l'Animagus en dirigeant sa baguette sur lui.

Le mage noir sembla accepter sa défaite en silence et au moment où son adversaire allait lui lancer le dernier sortilège, il lança un bref coup d'œil en sa direction, ou plutôt en direction d'un point qui semblait être au-dessus de son épaule.

D'abord tenté de se retourner pour voir ce que le mage noir avait regardé, Sirius comprit la ruse et ne quitta pas des yeux le sorcier qui semblait finalement encore d'aplomb pour combattre, alors même qu'il n'avait plus sa baguette. Ou croyait-il pouvoir s'enfuir ?...

« Bien tenté mais la ruse ne fonctionnera pas sur moi. » dit l'Animagus en direction du Mangemort, qui lui lança un regard presque innocent.

« Et si ce n'était pas une ruse ? » lança soudain une voix amusée derrière le sorcier, tandis que son cœur ratait un battement.

Aussitôt, il se retourna et se prépara à faire face à un nouvel adversaire quand ses yeux s'agrandirent en voyant le mage noir aux longues capes qui se tenait devant lui.

Comment était-ce possible ?! Snape leur avait dit… il n'aurait pas dû être ici… !

« Bienvenue chez moi. » lança alors Voldemort d'une voix sarcastique.

« Merde… » fut tout ce que Sirius parvint à penser.


La nouvelle, qui venait de tomber à l'instant, était épouvantable.

L'espion s'y était attendu bien sûr, mais il aurait préféré que ses inquiétudes soient fausses et infondées.

Minerva, qui était restée avec lui pendant quelques minutes, avait failli perdre son sang-froid à l'annonce de la nouvelle. Et il y avait de quoi.

Car Voldemort, censé être ici à Godric's Hollow, n'avait en fait pas été vu de la soirée et était probablement très loin d'ici à l'heure qu'il était.

Severus ne savait d'ailleurs quoi en penser. Il était peu probable qu'à un moment aussi crucial et important pour lui, le Seigneur des Ténèbres ait été empêché au dernier moment par autre chose. Car l'espion s'était renseigné, aucun Mangemort n'était vraiment au courant de ce que faisait leur maître.

Il était donc possible, ou plutôt certain, que le serpent cachait quelque chose à ses serviteurs.

« Mais où pourrait-il bien être à part ici ? » avait demandé la vieille sorcière lorsque l'espion lui avait fait part de ses inquiétudes.

Ce à quoi Severus n'avait pas su répondre, malheureusement. Où pouvait-il bien être en effet ? Le nombre de possibilités était vaste. Comme il y avait pensé plus tôt, il aurait pu être empêché par un évènement de dernière minute, plus important même que l'attaque de Godric's Hollow, alors qu'il avait semblé particulièrement attaché à la réussite de l'opération lors de la réunion quelques jours plus tôt.

Mais quelle serait la chose qui l'aurait empêché de venir et éloigné du village ? C'était une bonne question. Depuis sa résurrection, il n'avait pas semblé être intéressé par quoi que ce soit, à part le garçon qu'il avait d'abord voulu tuer puis lui faire rejoindre ses rangs. Ou bien ne l'avait-il dit à aucun de ses serviteurs.

Cependant, l'espion n'y croyait pas. Le serpent pouvait peut-être douter un peu de son allégeance mais ne lui cacherait pas ce genre d'informations. Les autres Mangemorts également, plus fidèles, comme Avery, les Carrow ou Nott, n'avaient semblé au courant de rien.

Et les Carrow mis à part, Avery ne doutait pas de la vraie allégeance de l'espion – qui était en fait fausse, et lui aurait confié les paroles du serpent s'il lui avait dit quelque chose. Lucius également, même s'il était beaucoup plus méfiant et réfléchi, n'aurait pas pu cacher quelque chose d'important au maître des potions.

Tout n'était malheureusement que suppositions.

L'autre hypothèse qui justifierait l'absence du Seigneur des Ténèbres à Godric's Hollow, quant à elle, était tout simplement que le serpent avait été informé de l'attaque au manoir et y était resté afin de le défendre. Ce qui était complètement impossible selon l'espion, mais pas si dénué de sens d'après Minerva.

Au diable ce qu'elle pouvait bien penser…

Il était impossible qu'un espion autre que lui soit présent dans l'Ordre. Dumbledore n'était pas si idiot. Et il était impossible que l'annonce concernant l'attaque du manoir ait fuitée, puisqu'elle n'avait été annoncée qu'aux membres les plus fidèles de l'Ordre et à personne d'autre. Dumbledore avait bien fait allusion à un sauvetage auprès des amis de Potter – ce que l'espion avait trouvé irresponsable et inutile, mais aucune date précise n'avait été citée, ni même une heure, un lieu ou un moyen pour sauver le garçon.

Du moins il croyait. Car encore une fois, tout n'était que supposition.

Mais même si Granger et Weasley l'avait su, ils n'auraient rien dit car beaucoup trop fidèles à Potter et Dumbledore. Et aucun individu susceptible de leur arracher ces informations n'aurait pu s'introduire à Poudlard sans que Dumbledore ne le remarque. Ou bien était-ce Draco, qui aurait utilisé l'Imperium ou un autre sortilège afin de le répéter à son père puis au Seigneur des Ténèbres ?

Non, c'était impossible, Lucius ne voulait sous aucun prétexte mêler sa famille à sa vie de Mangemort. Et il aurait déjà fallu que quelqu'un sache à propos des deux adolescents.

Ainsi, Severus avait beau se creuser la tête, aucune hypothèse – du moins à ses yeux, ne justifiait l'absence du Seigneur des Ténèbres.

Et il ne pouvait savoir que l'Ordre tenterait de sauver le garçon en même temps qu'il irait combattre à Godric's Hollow. C'était impossible. Sauf s'il avait un atout dont l'espion ignorait l'existence, c'était tout bonnement impossible.

Le maître des potions espérait simplement qu'aucune information cruciale ne lui avait été dissimulée.

Soudain, alors qu'il marchait dans une petite rue et se dirigeait au hasard dans le village, une voix l'interpella.

« Severus. »

Le concerné se retourna en direction du propriétaire et reconnut Lucius.

« Les laquais de Dumbledore disparaissent peu à peu, que se passe-t-il ? » lui demanda-t-il une fois que l'espion l'eût rejoint.

Severus supposa que Minerva avait répandue la nouvelle parmi l'Ordre et que celui-ci partait au manoir afin de s'assurer que le sauvetage se déroulait bien. Les habitants de Godric's Hollow – du moins les survivants – avaient en partie été évacués et il ne serait pas étonnant que le Ministère n'apparaisse. L'Ordre en avait donc fini ici.

« Aucune idée. » répondit cependant l'espion.

Lucius sembla réfléchir quelques instants, lança un Tempus qui afficha vingt et une heure puis fit signe à l'espion de le suivre.

« La maison des Potter ? » s'enquit simplement le maître des potions.

C'était, après tout, l'un des buts de cette attaque.

« Elle n'est pas encore détruite. » répondit Lucius. « Allons-y. »

Ils se mirent alors en route.

En chemin, ils croisèrent quelques autres Mangemorts et membres de l'Ordre qui n'étaient toujours pas partis, aidèrent les mages noirs à les combattre et abandonnèrent lorsque leurs adversaires transplanèrent subitement.

« Pourquoi fuient-ils ? » demanda Amycus, qui les avait rejoints.

À ses mots, l'espion fut tenté d'accuser les membres de l'Ordre de lâches afin d'écarter la question mais se tut finalement.

« La question est plutôt, où vont-ils… » intervint la sœur en enjambant un cadavre qui traînait là.

Finalement, se dit-il, il aurait dû intervenir.

« Que veux-tu dire ? » l'interrogea Amycus tandis que le petit groupe de Mangemorts arrivait bientôt sur la grande place du village.

« Ne trouvez-vous pas ça étrange qu'ils fuient maintenant alors qu'ils étaient plutôt coriaces et déterminés à combattre il y a quelques minutes ? » répondit Alecto en se plaçant devant les trois sorciers.

Son frère haussa les épaules, l'air faussement intéressé, Lucius ne répondit rien.

« Snape, qu'en penses-tu ? » s'enquit la sorcière, voulant appuyer ses paroles.

Il ne répondit pas tout de suite et le groupe continua sa progression.

Que pouvait-il répondre à cela ? L'espion n'était pas censé savoir où allait l'Ordre.

« Aucune idée. » se contenta-t-il alors de dire une nouvelle fois. « Peut-être laissent-ils la place au Ministère. »

« Le Ministère ? » se réveilla alors Amycus, tout à coup intéressé.

Lorsqu'il était question d'Aurors à combattre – et de combats en général d'ailleurs – au même titre qu'Avery et Gibbon, le frère Carrow était toujours intéressé.

« Beaucoup de sorciers ont réussi à fuir, il ne serait pas étonnant que certains aient averti le Ministère de l'attaque. » répondit simplement l'espion.

Ses mots furent suivis d'un petit silence.

Plus loin, ils croisèrent Dedalus Diggle et Lucien Mesnier, qu'ils s'empressèrent d'encercler et d'attaquer. Cependant, comme les autres avant eux, ils transplanèrent presque immédiatement et laissèrent des Mangemorts perplexes, dont un insatisfait, derrière eux.

Quelques minutes plus tard, la maison des Potter apparut dans leur champ de vision et les derniers souvenirs du maître des potions quant à cet endroit ressurgirent aussitôt. Il s'appliqua cependant à les refouler, tandis que les Carrow et Lucius détaillait la maison.

Celle-ci semblait ne pas avoir changée. Tout comme cette fameuse nuit d'octobre, l'édifice était en partie resté debout tandis qu'une partie du dernier étage avait été détruite, laissant voir plusieurs pièces et murs encore intacts. Le petit muret était toujours là, le jardin était par contre à l'abandon et la grille fermant la propriété était complètement rouillée.

Il y avait également, devant le portail, un petit écriteau que l'espion lut rapidement.

En ce lieu, dans la nuit du 31 octobre 1981, Lily et James Potter perdirent la vie. Leur fils, Harry, demeure le seul sorcier ayant survécu au sortilège de la Mort. Cette maison, invisible aux yeux des Moldus, a été laissée dans son état de ruine comme un monument à la mémoire des Potter et pour rappeler la violence qui a déchiré cette famille.

Puis, sans plus de cérémonie et voulant en finir vite avant l'arrivée probable du Ministère, Lucius pointa sa baguette vers le ciel et prononça :

« Morsmordre. »

Aussitôt, une lumière verte sortit de sa baguette, fila en direction des nuages gris et épais qui cachaient parfois la lune et la Marque des Ténèbres se dessina. Un crâne apparut d'abord, grossit jusqu'à recouvrir toute la surface d'un nuage, puis un serpent sortit de la bouche avant de s'enrouler autour du crâne.

Au même moment, une fumée noire et épaisse passa non loin d'eux et Avery apparut. D'un pas rapide, il se rua sur eux et annonça, créant la surprise des mages noirs :

« Le manoir est attaqué, il faut y retourner. »

Severus quant à lui, ne fut pas surpris. Il était d'ailleurs étonnant que l'information ne leur parviennent que maintenant. Il fallait bien, à un moment ou à un autre, que les Mangemorts ne découvrent enfin la situation au manoir. L'espion espérait simplement que le garçon avait été sauvé.

« Que se passe-t-il ? » s'enquit Lucius, apparemment le plus surpris des trois mages noirs.

« D'après Jugson, un petit groupe de l'Ordre a lancé une attaque il y a environ trois quart d'heures et a été rejoint par le reste de leur bande. » répondit Avery, d'une voix quelque peu agacée par la situation.

« Pourquoi ont-ils attaqué cette nuit ? Ils ne savaient quand même pas que le manoir serait moins surveillé à cause de l'attaque, si ? » lança Alecto d'une voix incertaine.

Il sembla à l'espion que Lucius prononça le nom d'Arthur Weasley d'un air mauvais, mais il n'en fut par certain car sa voix fut tout de suite étouffée par Amycus.

« Et le Seigneur des Ténèbres ? »

« Il n'a apparemment jamais quitté le manoir. » répondit aussitôt Avery.

La main droite du maître des potions, qui tenait sa baguette, fut traversée d'un léger spasme nerveux. C'était donc bien ce qu'il avait redouté…

« Les protections anti-transplanage ont également été détruites. » annonça Avery d'une voix pressante. « Il faut faire vite. »

Mais comment, par quel moyen aurait-il pu savoir ? Qui aurait pu lui dire que l'Ordre tenterait de sauver Harry Potter, en même temps qu'il défendrait Godric's Hollow de ses serviteurs ?

« Vas-y, nous te rejoindrons. » dit simplement Lucius tandis qu'il semblait réfléchir.

Le mage noir ne se fit pas prier. Dans un craquement sonore, il disparut et le silence revint.

Severus, quant à lui, n'était plus sûr de rien. Le serpent avait-il toujours su qu'une attaque au manoir aurait lieu, ainsi qu'à Godric's Hollow ?

« Il faut prévenir les autres. » dit ensuite Amycus.

Mais si c'était le cas, pourquoi n'avait-il rien dit lorsque l'espion lui avait rapporté que Dumbledore avait entendu la rumeur du village mais ne la prendrait peut-être pas au sérieux ? Jusqu'où l'espion s'était-il fait tromper ? Et jusqu'où le Seigneur des Ténèbres le soupçonnait-il de trahison ?...

Lucius, en lançant un sortilège en direction du centre du village, fit sortir l'espion de ses pensées.

« Il ne doit pas rester grande monde, de toute façon. » commenta Alecto.

Il fallait qu'il se ressaisisse, ce n'était pas le moment de réfléchir à cela. Il y avait, en effet, d'autres choses à penser. Le sauvetage du garçon, par exemple, était certainement un échec jusque-là. En effet, si le serpent était au manoir et ce depuis le début de l'attaque, il était impossible que trois sorciers de l'Ordre aient réussi à transplaner avec le Survivant. Il fallait donc que Dumbledore ne trouve le moyen de sauver le garçon et permette la fuite de l'Ordre, tout ça en un temps record.

Car il lui semblait bien que le dispositif détruisant les barrières anti-transplanage fourni par Kingsley ne fonctionnerait pas encore bien longtemps.

« Allons-y. » dit alors Lucius avant de disparaître dans un craquement, bientôt suivi par les Carrow.

Il ne restait plus qu'à espérer qu'un miracle ne se produise.

Puis, l'espion disparut à son tour.


En arrivant, Severus remarqua tout d'abord que la luminosité avait changée. Un vent froid soufflait également sur la colline et des cris se faisaient entendre, à quelques mètres d'eux.

« Regardez ! » lança Amycus derrière son masque levé en direction du ciel.

Au-dessus d'eux, la bulle de protection censée être invisible brillait d'une lumière vive et ondulait furieusement sous la lune.

« Dépêchons-nous. » dit simplement Lucius en sortant sa baguette.

D'un même mouvement, les mages noirs se mirent alors en marche.

Au loin, l'espion distingua le manoir, la fumée grise qui s'élevait paresseusement vers le ciel ainsi que les voix de plusieurs sorciers.

La situation était critique mais Severus espérait que Dumbledore trouverait un moyen de sauver l'Ordre et par la même occasion le garçon, ce qui, s'il y réfléchissait bien, relèverait du miracle… car sur la petite heure durant laquelle le dispositif de Kingsley était censé fonctionner et si l'on faisait correspondre l'heure à laquelle le groupe du sauvetage était arrivé au manoir, il ne devait plus rester qu'un quart d'heure, vingt minutes tout au plus.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les quatre Mangemorts arrivèrent ensuite devant la façade principale du manoir et l'espion s'arrêta, ébahi, laissant les autres se jeter dans la bataille.

Celle-ci en effet, qui devait faire rage depuis un moment déjà, opposait les serviteurs de Voldemort et lui-même, la plupart agglutinés devant le manoir tandis que l'Ordre, plus nombreux que les mages noirs, tentait tant bien que mal de les repousser davantage.

Le manoir en lui-même était d'ailleurs en piteux état. Une fenêtre du premier étage semblait avoir explosée tant le trou était grand dans la façade, des débris et des morceaux de pierre jonchaient l'herbe jadis haute mais désormais piétinée de toute part et le lierre, sur le côté droit de la façade, brûlait vivement. Une fumée grise et épaisse s'élevait d'ailleurs de plus en plus de la façade et disparaissait derrière la bulle de protection, juste au-dessus du manoir.

Avant de se jeter lui aussi dans la bataille, l'espion observa également les combats qui se tenaient devant lui. Le plus proche opposait Gibbon et Lucius contre Alastor Maugrey, Emmeline Vance se battait quelques mètres plus loin avec Amycus, bientôt rejoint par sa sœur, Kingsley qui semblait blessé à la jambe luttait tant bien que mal contre Avery et Minerva, dont la robe était encore plus déchirée qu'à Godric's Hollow, semblait être sur le point de prendre le dessus sur son adversaire, qui devait être Yaxley ou Jugson.

Et, plus loin, à quelques mètres seulement du lierre en feu, utilisant des sortilèges de feu et d'eau et se battant furieusement l'un contre l'autre, un duel entre Dumbledore et le Seigneur des Ténèbres faisait rage.

Soudain, un sort fusa non loin de l'espion eut juste le temps d'ériger un bouclier avant que Sturgis Podmore, presque sortit de nulle part, ne s'engage dans un duel contre lui.

« Silencio. » tenta le maître des potions tout en créant rapidement des barrières de protections autour de lui.

Son adversaire para avec aisance le sortilège puis attaqua à son tour, tandis que Severus, le visage toujours caché derrière son masque, tentait tant bien que mal de faire comprendre à l'homme qu'il n'était pas son ennemi.

Autour d'eux, les combats éparpillés se faisaient plus violent, de nombreux sortilèges perdus faillirent atteindre les deux sorciers et un véritable champ de bataille se créa. La bulle de protection, au-dessus de celui-ci, irradiait furieusement, comme si elle allait exploser et le vent sifflait et faisait tourbillonner les capes des sorciers.

« Expulso ! » lança Sturgis en direction de l'espion, qui essayait de repérer Black, Lupin ou même la jeune Auror.

« Incendio. » répliqua-t-il immédiatement, esquivant par la même occasion le sort qui explosa plus loin.

Qu'était devenu l'équipe chargée du sauvetage de Potter ? Le garçon avait-il finalement été sauvé ? Mais cela n'avait pas de sens, l'Ordre ne perdrait pas son temps ici si Harry Potter était en sécurité…

Que se passait-il alors ?

« Expelliarmus ! » lança son adversaire.

Le sort faillit lui arracher sa baguette mais l'espion parvint à se ressaisir à temps et répliqua à son tour avec un informulé qui atteignit avec succès sa cible, lacérant son épaule.

C'était le chaos, le maître des potions n'était sûr de rien et l'Ordre se retrouverait bientôt coincé s'il n'agissait pas.

Du coin de l'œil, Severus suivit la progression du duel entre Dumbledore et le Seigneur des Ténèbres, tandis que Podmore arrêtait temporairement de l'attaquer et lui envoyait un regard haineux. L'intensité des sortilèges qui étaient lancés était sans précédent et aucun des deux ne semblait céder face à la puissance monstrueuse de l'autre. Ils s'étaient d'ailleurs rapprochés des combats opposant les membres de l'Ordre et les Mangemorts et ne se trouvaient plus qu'à quelques mètres d'eux.

Certains combats s'arrêtèrent d'ailleurs tandis que les deux camps observaient avec crainte le duel qui faisait rage devant eux, d'autres redoublèrent d'intensité. Quelques mages noirs furent battus, d'autres parvinrent presque à tuer des membres de l'Ordre juste avant de se faire expédier plus loin par les sortilèges d'Alastor ou de Minerva, qui semblaient être partout à la fois.

Le manoir brûlait de plus en plus, le feu pénétra d'ailleurs à l'intérieur par la fenêtre explosée et l'espion se demanda soudain si celle-ci ne donnait pas sur la chambre du garçon. Où était-il d'ailleurs ? Il n'était tout de même pas encore à l'intérieur ?...

Soudain, Sturgis reprit de l'aplomb et lui lança un nouveau sortilège que l'espion contra d'un geste rapide et renvoya à son adversaire.

Puis, fatigué de cette mascarade et voulant en finir au plus vite, le Mangemort siffla une incantation en direction du sorcier tandis qu'il évitait un autre sortilège. Canalisant sa magie et grimaçant lorsque des murmures se firent entendre dans son esprit, il relâcha finalement le sortilège de magie noire en direction de Sturgis. Celui-ci tenta bien sûr de le contrer mais ce fut inutile ; il se le reçut de plein fouet et se figea soudain, comme si le temps pour lui venait de s'arrêter. Pas pour longtemps cependant, mais juste assez pour que Severus puisse se rapprocher de lui, plonger son regard noir dans celui de son adversaire et murmurer avant qu'il ne se remette à bouger :

« Legilimens. »

Surpris, Podmore ne parvint pas à se défendre contre l'attaque soudaine et son esprit fut bientôt envahi par celui du maître des potions. Mais quelques secondes plus tard, lorsque Severus se retira en grimaçant, son adversaire parut méfiant, sembla réfléchir puis comprit enfin pourquoi le Mangemort qui lui faisait face venait de lui montrer des souvenirs qu'il avait de Severus Snape lors de réunions à Poudlard.

S'il avait su que cela marcherait aussi bien, l'espion l'aurait fait bien avant.

« Expelliarmus. » lança alors Severus en direction du sorcier.

Celui-ci fit mine d'être pris au dépourvu et se laissa arracher sa baguette tandis que le mage noir l'attrapait au vol et s'avançait en sa direction d'un air menaçant.

Il pointa ensuite sa baguette sur lui, Sturgis leva les mains en l'air et l'espion lui demanda :

« Où est Potter ? »

« Personne ne le sait. » dit-il en promenant son regard anxieux sur le reste des combats, qui battaient toujours leur plein.

Par chance, leur duel les avait un peu éloignés du grand groupe et ils se tenaient désormais non loin du petit bois qui bordait le manoir.

« Et l'équipe qui était chargée de le sauver ? » s'enquit le maître des potions en observant d'un mauvais œil le combat qui opposait Emmeline Vance et les Carrow.

Comme seule réponse, son interlocuteur désigna un endroit un peu plus loin.

« Ils sont blessés, Mesnier est avec eux. Vous-Savez-Qui les a attaqués. » précisa-t-il tout de même. « Il semblerait que Harry Potter ne soit pas au manoir. » ajouta-t-il d'une voix incertaine.

L'espion fut tenté de jurer mais se retint.

C'était une catastrophe. Il était impossible de dire maintenant que le Seigneur des Ténèbres n'avait rien vu venir pour l'attaque du manoir. Quelqu'un devait forcément l'avoir prévenu…

Y avait-il alors un traître parmi l'Ordre ? Le maître des potions ne savait même plus quoi en penser. Il lui avait certes dit que Dumbledore pourrait être présent à Godric's Hollow, mais jamais il n'avait insinué quoi que ce soit quant au manoir…

« Alors qui, par Merlin ?... » pensa-t-il.

« Monsieur Black a évoqué les paroles de Vous-Savez-Qui… » hésita Sturgis, faisant sortir de ses pensées l'espion. « Un Mangemort serait à l'origine de tout cela. »

« Qui ? » demanda simplement Severus, non sans une pointe d'agacement.

« On ne connait pas son nom. » répondit docilement le sorcier. « Mais il semblerait que l'attaque ai été prédite par ce Mangemort. »

L'espion, à ces mots, fronça les sourcils. Avait-il bien entendu ?...

« Prédite ? » répéta-t-il d'un air méfiant.

« C'est ce qu'a rapporté Black. » acquiesça simplement Sturgis.

Severus ne trouva rien à dire de plus. En fait, il était complètement largué. Jamais – si la chose était vrai – l'espion n'aurait envisagé qu'un voyant ait pu rejoindre les forces du Seigneur des Ténèbres, et encore moins qu'il use de ses dons pour prédire le sauvetage du garçon.

Qui était ce Mangemort, d'ailleurs ? Et pourquoi le Seigneur des Ténèbres ne lui avait-il rien dit s'il avait su qu'une attaque au manoir allait se produire ?...

Il fallait bien l'admettre, le maître des potions était complètement dépassé. La situation déjà catastrophique, avec cette soudaine révélation, s'était d'avantage empirée et il était très probable en effet que Potter ne soit plus au manoir depuis un bon moment déjà.

Ainsi, l'Ordre avait failli à défendre Godric's Hollow et à sauver Harry Potter.

L'espion à cette pensée se sentit soudain très fatigué. Sa baguette toujours pointée en direction de Sturgis, qui continuait à jouer le jeu, se baissa et son interlocuteur lui lança un regard interrogatif.

Pour le moment, il était primordial que l'Ordre puisse s'enfuir sans trop de pertes. S'il avait bien compris, personne n'était mort jusque-là et il leur était encore possible de transplaner. Il suffisait simplement d'envoyer Sturgis le signaler aux autres membres, tandis que l'espion ferait mine de s'être fait battre.

Oui, tout n'était pas encore perdu.

Soudain, une explosion plus forte que les autres se fit entendre, faisant presque sursauter les deux sorciers.

D'un même mouvement, ils se retournèrent vers la source du bruit et virent Dumbledore, en plein milieu du champ de bataille, face au Seigneur des Ténèbres qui semblait en mauvaise posture.

« Allez prévenir les autres. » dit alors l'espion tandis qu'il faisait reculer son adversaire derrière un arbre. « Le garçon n'est pas au manoir, le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas pris ce risque s'il s'avait qu'une attaque allait avoir lieu. » continua-t-il en lui redonnant sa baguette.

Comme seule réponse, Sturgis Podmore acquiesça et transplana plus loin.

Quelques secondes plus tard, l'espion fit de même et se retrouva devant la bâtisse, le champ de bataille soudain beaucoup moins assourdissant qu'il y a quelques minutes.

Le duel entre le directeur et le serpent battait son plein et les rangs s'étaient d'ailleurs reformés. Les mages noirs défendaient le manoir Jédusor, baguettes toujours pointées en direction de l'Ordre, qui avait grossièrement formé une ligne et attendait de voir l'issue du puissant combat face à eux.

Sturgis déblatérait des paroles à chaque sorcier de l'Ordre et Maugrey, qui semblait commander le groupe, leur cria quelque chose qu'il n'entendit pas.

Ils devaient fuir, Dumbledore saurait transplaner lorsqu'il en aurait l'occasion. Si des mages noirs intervenaient, l'espion ne serait pas loin et pourrait discrètement les en empêcher. Mais il était primordial, avant que le dispositif ne s'éteigne, que l'Ordre ne s'en aille enfin. Et pour le garçon, ils auront peut-être d'autres opportunités de le sauver. C'était du moins ce qu'espérait l'espion.

Soudain, Dumbledore sembla véritablement prendre le dessus sur le Seigneur des Ténèbres et lui envoya une salve de sortilèges que le serpent ne parvint pas à parer. Il hurla, un vent furieux se leva, sa magie se déchaîna et le chaos se fit.

Des débris du manoir furent emportés ainsi que des branches d'arbres et des pierres, une tornade sembla se créer sur la colline et une poussière opaque, mélangée à la fumée que produisait le lierre en brûlant, s'éleva bientôt.

L'espion ayant désormais un champ de vision plus que réduit, tenta tant bien que mal de se protéger des débris, créa un bouclier autour de lui et attendit que la tempête ne s'arrête.

Plus loin, il crut distinguer des formes parmi la poussière, entendit des cris et même la voix de Dumbledore et de quelques autres membres de l'Ordre.

Puis, comme elle était venue, la tempête retomba soudain et le champ de bataille à présent en ruine se fit voir.

Severus désormais à genou contre l'un des murs du manoir et non loin d'un autre Mangemort, vit le serpent s'avancer en direction de Dumbledore qui ne semblait pas avoir été affecté par la tempête, l'Ordre derrière lui se resserra et le Seigneur des Ténèbres opta pour un repli stratégique vers le manoir.

Comme un seul homme, les Mangemorts – dont l'espion qui fut bien obligé de suivre – s'avancèrent alors en direction de leur maître et un petit silence se fit.

La Marque de l'espion, due à la colère du serpent lui envoya une onde de douleur et il pensa avec une légère grimace en regardant Dumbledore :

« C'est le moment de s'enfuir… »

Que pouvaient-ils faire de plus ? Chaque membre paraissait exténué. La robe de Minerva était déchirée et criblée de trou, Alastor Maugrey dissimulait derrière sa cape une énorme brûlure au niveau de son bras, Kingsley semblait à bout de souffle, Emmeline Vance était à genoux et avait la tête baissée, Sturgis avait une profonde coupure sur le visage et les vêtements déchirés, et Dedalus Diggle épaulé par Lucien Mesnier affichait une mine déconfite.

Du côté des Mangemorts cependant, la scène était semblable. Même si chacun semblait apte à se tenir debout, leurs capes étaient déchirées à de nombreux endroits, du sang coulait à leurs pieds et certains, comme Yaxley, semblaient sur le point de s'effondrer.

Puis, le Seigneur des Ténèbres mit fin au silence prolongé et prit la parole.

« Vieux fou. » dit-il en direction de Dumbledore. « Harry Potter ne veut pas être sauvé, ne comprends-tu pas ? » ajouta-t-il d'un ton mordant. « Il m'a rejoint. »

« Harry ne te rejoindrait jamais de son plein gré, Tom. Nous le savons tous deux. » répondit simplement Dumbledore.

Le serpent lâcha un petit rire.

L'espion, quant à lui, tiqua sous son masque. Ses paroles servaient à gagner du temps, Dumbledore ne le voyait-il donc pas ? Bientôt, dans plus ou moins cinq minutes peut-être, le dispositif cesserait de fonctionner et l'Ordre pouvait faire une croix sur sa fuite ! Qu'attendait-il pour battre en retraite ?

« Vraiment ? » commenta ensuite le Seigneur des Ténèbres d'un ton sarcastique.

Puis, il se tourna en direction des portes éventrées du manoir et où des débris gisaient. Une silhouette apparut ensuite à l'entrée et sortit lentement tandis que les quelques Mangemorts qui se tenaient là s'écartèrent pour laisser passer le nouvel arrivant.

Et lorsqu'il le vit en entier, l'espion ne put qu'être pris au dépourvu. Des cris de surprises parmi les rangs de l'Ordre se firent entendre, et le serpent lâcha un petit rire.

Harry Potter venait d'apparaître.

Le maître des potions se trouvait assez loin de lui mais il put à loisir détailler le garçon, tandis que celui-ci marchait en claudiquant en direction du Seigneur des Ténèbres.

Son visage était blême, sa cicatrice boursouflée, son visage pâle comme la mort. Il portait un simple tee-shirt noir ainsi qu'un pantalon de la même couleur, était pieds nus et n'avait plus son attelle au bras, ni ses bandages. Il semblait souffrir tant son expression était crispée et paraissait perdu, effrayé.

Le serpent lui fit signe de venir se placer près de lui, le garçon obéit docilement et l'espion remarqua qu'il tenait même sa baguette.

« Eh bien Harry, choisis. » dit alors le Seigneur des Ténèbres.

C'était de la folie, pensa l'espion, dépassé. Dans son état actuel, le garçon ne pouvait pas choisir…

« Vers qui veux-tu aller ? » lui demanda le serpent d'une voix calme.

Son esprit était complètement aliéné, tout le monde le savait…

Severus vit le garçon lancer un regard au Seigneur des Ténèbres, sembla l'interroger du regard mais ne bougea pas.

Soudain, une voix s'éleva dans le silence.

« Harry ! » cria un homme, derrière les rangs que l'Ordre avait formés.

Lorsqu'il reconnut la voix, l'espion manqua de lâcher un bref soupir agacé.

« Harry… » continua la voix, qui appartenait en fait à Sirius Black.

Celui-ci, qui semblait être dans un piteux état, se faufila parmi les membres de l'Ordre et s'arrêta lorsque Maugrey le retint afin qu'il n'aille pas plus loin. L'espion remarqua également Lupin, en retrait, qui observait la scène en silence et avait un bandage au bras.

« Harry, tu me reconnais ? » dit Sirius d'une voix pleine d'espoir mais aussi de tristesse.

Le garçon ne réagit pas et resta planté où il était.

« Viens avec nous, rentrons à Poudlard… » tenta l'Animagus d'un ton presque suppliant.

N'avait-il pas encore compris ? L'esprit du garçon était aliéné, ses mots ne changeraient rien !

L'espion jeta un coup d'œil à Dumbledore, espérant que celui-ci réagirait et tenterait de reprendre le garçon par la force, ou au moins de battre en retraite. Car la première option relèverait du miracle. Le Seigneur des Ténèbres était juste à côté de lui et une horde de Mangemorts prêts à combattre se tenait derrière eux.

Cependant, le vieux sorcier semblait lui aussi dépassé. Il promena son regard sur l'assemblée des Mangemorts, s'attarda sur certains puis verrouilla soudain son regard sur l'espion, qui se demanda comment il avait fait pour le reconnaître malgré son masque.

« Alors, Harry ? Que décides-tu ? » susurra le serpent tandis que Black lui lançait un regard haineux. « Souhaites-tu rester avec le Seigneur des Ténèbres ou retourner vers cet homme ? » ajouta-t-il en désignant Dumbledore de ses longs doigts osseux. Celui-ci qui fixait toujours l'espion reporta alors son regard sur le Survivant, laissant le maître des potions incertain.

Que voulait dire ce regard appuyé ? Qu'espérait-il de lui ? Il ne pouvait rien faire, ne voyait-il pas la situation dans laquelle il était ?...

Aux paroles du serpent, le garçon fit immédiatement non de la tête, comme si cette idée lui paraissait soudain effroyable. Le Seigneur des Ténèbres, quant à lui, lâcha à nouveau un petit rire.

« Eh bien, je crois que nous avons notre réponse. » commenta-t-il d'une voix mielleuse, presque moqueuse.

« RENDEZ-MOI MON NEVEU ! » hurla alors Sirius tandis qu'il se débattait pour échapper à la poigne de Maugrey.

L'Animagus fixait le garçon de son regard suppliant et Dumbledore s'était à nouveau mis à fixer l'espion, qui se contenta de tourner la tête comme s'il n'était pas concerné.

Aux paroles de l'Animagus, le garçon sembla hésiter quelques secondes, fit un pas en direction de l'Ordre mais recula immédiatement, laissant Black désemparé. Celui-ci semblait d'ailleurs sur le point d'exploser tant ses membres tremblaient. Ses poings étaient serrés, sa baguette pendait au bout de son bras et Alastor le tenait toujours.

« Harry… » sembla-t-il dire dans un murmure.

Mais le garçon recula à nouveau, se plaçant derrière le serpent qui semblait triompher intérieurement.

L'espion, quant à lui, ne pouvait rien faire. A quoi s'attendait Dumbledore ? Certes, il était lui aussi navré que le sauvetage du garçon soit un échec mais ce n'était pas pour autant qu'il allait risquer sa position d'espion, et même sa vie pour dérober le Survivant des griffes du Seigneur des Ténèbres…

Il y avait beaucoup trop de témoins, il était impuissant. Dumbledore ne le comprenait-il pas ?

Soudain, Black poussa un hurlement de rage et se dégagea de la poigne de l'Auror. Puis tout se passa très vite.

Black cria le nom du garçon, dirigea sa baguette vers le serpent et lui lança un sortilège, tandis que Maugrey s'élançait à la suite de l'Animagus, que les membres de l'Ordre relevaient leurs baguettes et que les Mangemorts s'avançaient soudain pour rejoindre et protéger leur maître.

Le serpent voulut répliquer à son tour mais Dumbledore l'en empêcha et l'attaqua, mettant ainsi un terme au cesser le feu.

En quelques secondes alors, les combats reprirent et un champ de bataille se créa à nouveau. Le maître des potions fut attaqué par Dedalus Diggle, rejoint par Kingsley, et Avery l'assista tandis que le chaos reprenait forme.

Le Seigneur des Ténèbres hurla de rage et combattit férocement Dumbledore, chaque sorcier se trouva un ou plusieurs adversaires et l'espion abandonna l'espoir que l'Ordre puisse s'enfuir à temps.

« Ça ne sert à rien… » pensa-t-il tandis qu'il contrait facilement un sortilège lancé en sa direction. « Le sauvetage du garçon est un échec, l'Ordre doit fuir… »

Mais le garçon, où était-il d'ailleurs ?

Avery lança un sortilège de magie noire qui aveugla leurs adversaires et l'espion eut le loisir d'observer autour de lui. Il ne mit que quelques secondes à le trouver, à genoux sur l'herbe tassée, l'air effrayé et perdu, proche du manoir mais entre deux combats.

« Snape ! » l'interpella Avery afin qu'il se protège d'un sort lancé en sa direction, ce qu'il fit rapidement avant que l'autre Mangemort n'attaque à nouveau leurs adversaires.

Il fallait qu'il se fasse une raison, le maître des potions ne pouvait vraiment rien faire. Le garçon n'était certes qu'à quelques mètres de lui, derrière les deux sorciers qui leur faisaient face, mais il était impuissant.

« Avada… » entendit-il soudain de la bouche d'Avery.

« Silencio ! » le devança cependant Kingsley.

Heureusement pour Dedalus Diggle qui avait soudain pâli à l'entente du sortilège, son équipier avait de bons réflexes.

Puis, Avery lança un autre sortilège qui fut évité par les deux sorciers et alla s'échouer sur la façade du manoir, frôlant le garçon qui ne réagit pas.

« Par Merlin, il va se faire tuer… » pensa l'espion en contrant en énième sortilège.

Soudain, il eut une idée.

C'était de la folie, il ne savait même pas si toutes les conditions étaient remplies, si l'objet auquel il pensait était toujours à sa place et s'il allait fonctionner, mais tant pis. Il devait faire quelque chose.

« Stupéfix. » lança-t-il en direction de Dedalus, qui contra aussitôt avec un bouclier. « Expelliarmus ! » continua-t-il en envoyant cette fois au milieu des deux sorciers, qui évitèrent aussitôt le sortilège en se décalant.

Avery, sous son masque, sembla lancer un regard interrogateur au maître des potions qui s'était soudain mis à utiliser des sortilèges presque inoffensifs comparés à ceux que les Mangemorts étaient censés connaître puis attaqua aussitôt avec un nouveau sortilège, croyant que c'était une ruse.

Une fumée opaque sortit de la baguette du mage noir, aveuglant momentanément leurs adversaires, et décidant finalement le mage noir à agir.

Il n'avait eu le temps de réfléchir que pendant de brèves secondes mais n'avait de toute façon plus le temps. C'était maintenant ou jamais. Il espérait simplement que le dispositif fonctionnait toujours, et que le garçon ne combattrait pas.

D'un coup de baguette de leurs adversaires, la fumée se dissipa et ils purent à nouveau voir clair. Kingsley attaqua aussitôt, obligeant Avery à créer un bouclier devant eux.

« Expelliarmus ! » lança alors tout haut l'espion.

Puis, ajustant sa baguette plus bas et seulement une demi-seconde plus tard, il ajouta dans un murmure :

« Impero. »


Soudain, une voix familière envahit son esprit et l'arracha au chaos dans lequel il était plongé. Les contours devinrent d'avantage flous et la douleur disparut un peu.

Reconnaissant la sensation qui l'envahissait, il tenta de résister, combattit quelques secondes alors qu'il se remettait difficilement sur ses jambes puis abandonna finalement, fatigué de lutter.

La démarche boiteuse, il passa entre plusieurs sorciers, ne réagit pas lorsqu'un sortilège faillit l'atteindre et échoua finalement dans une explosion sur la façade déjà à moitié détruite du manoir puis se dirigea vers les grandes portes, comme en transe.

La voix lui disait de se dépêcher mais même avec toute sa volonté, il ne pouvait aller plus vite. Ses jambes le soutenaient difficilement et c'était déjà un miracle pour lui qu'il ait réussi à se lever. Il enjamba les débris, s'appuya sur le mur de pierre lorsqu'il faillit tomber puis pénétra à l'intérieur du manoir.

De la poussière flottait dans l'air et il y faisait sombre. Il distingua cependant les grands escaliers en bois et s'arrêta quelques secondes, incertain.

Devait-il retourner dans sa chambre ? Il était exténué, il avait mal et son lit tout chaud l'attendait sûrement, prêt à l'accueillir dans les ténèbres rassurantes...

Mais non, la voix voulait qu'il aille autre part.

Il continua alors en grimaçant. Toujours en claudiquant, il passa à côté des escaliers, emprunta un couloir et marcha quelques secondes avant de tomber sur une intersection.

La voix lui disait d'aller à gauche, ce qu'il fit après une légère hésitation. Il arriva dans un autre couloir, marcha en s'appuyant sur le mur et grimaça lorsque la douleur se fit plus forte. Mais il devait continuer. Et il n'avait de toute façon pas le choix.

Il passa devant plusieurs portes, voulut s'arrêter quelques secondes afin de reprendre son souffle mais n'y parvint pas. Ses jambes bougeaient toutes seules et sa tête refusait de coopérer. La voix, quant à elle, lui répétait encore et encore la même chose.

Il arriva à une nouvelle intersection, faillit trébucher avant de prendre à droite puis gémit à nouveau de douleur. Cependant, encore une fois, il continua.

Enfin, il atteignit une porte, semblable à toutes les autres et s'arrêta devant elle. La main légèrement tremblante et la tête lui tournant un peu, il l'ouvrit et pénétra dans la pièce sombre.

Elle était petite, plusieurs bibliothèques remplies de livres bordaient les murs et un petit fauteuil trônait en plein milieu. Il chercha des yeux ce qu'il devait atteindre, remarqua le bureau au coin de la pièce et se dirigea vers lui tel un automate, tandis que la voix lui répétait encore, encore et encore les mêmes mots.

Une fois devant le meuble, il se pencha, ouvrit un tiroir et plongea sa main à l'intérieur. Il fouilla pendant quelques secondes, ses jambes menaçant de le laisser tomber et trouva finalement ce qu'il cherchait.

C'était ce que la voix voulait qu'il trouve. Peut-être la laisserait-il tranquille après ?

Il prit l'objet.

La voix s'effaça alors de son esprit, la raison lui revint et il pensa en regardant sa main : « Un… bonbon au citron ? »

Puis il disparut.


À suivre...