Hello !
Eh oui, je publie tôt aujourd'hui !
Pour ce 22ème chapitre, deux points de vue sont utilisés : d'abord celui de Harry puis celui de Severus. Il est un peu court (du moins par rapport aux derniers, car il fait 8,300 mots sans mes commentaires) mais je ne voulais pas me lancer dans la suite de l'histoire tout de suite étant donné que je met en pause la fiction... car ça aurait été un peu cruel de finir sur un cliffhanger qui aurait duré 2 mois, lol.
Bref, bonne lecture !
(Au passage, la fiction a atteint 200,000 mots !)
Chapitre 22 : La décision de l'espion
L'adolescent ne réalisa pas tout de suite qu'il criait.
Ce n'est qu'après quelques secondes, lorsqu'une lumière aveuglante traversa ses yeux et que la douleur transperça son corps qu'il comprit que les hurlements qu'ils entendaient étaient les siens.
Avec effroi, il réalisa ensuite que quelqu'un essayait de le toucher, recula comme il put contre ce qui semblait être les barreaux d'un lit, faisant tomber quelque chose par terre, peut-être un oreiller, et cligna des yeux tandis qu'il distinguait à peine des formes floues devant lui, sans doute des visages.
Une voix féminine parlait, il semblait la reconnaître mais n'arrivait pas à mettre un nom dessus. La panique qu'il ressentait l'empêchait de réfléchir correctement, il ne voyait rien, il avait mal, il était complètement perdu.
Où était-il encore arrivé ? Il avait pensé qu'il était mort. Allait-on encore lui faire du mal ?
Il frissonna, de peur mais aussi de froid, comprenant qu'il n'était plus sous la couverture chaude qu'il sentait au bout de ses doigts.
La femme continua de lui parler, l'appelant parfois par son nom tandis qu'il promenait son regard flou sur ce qui l'entourait, les mains légèrement tremblantes.
« Vous êtes en sécurité Mr Potter. » parvint-il à saisir tandis qu'il distinguait non loin de lui une forme noire.
De nouveau, il cligna des yeux, détourna le regard pour le poser sur ce qui semblait être la propriétaire de la voix, puis sur une autre personne qui se tenait près d'elle et qui semblait avoir une longue barbe argentée.
Une vision s'imposa alors à lui, lui montrant l'image d'un sorcier avec une barbe similaire, grand et qui pointait sa baguette en sa direction. Ses yeux bleus perçants derrière des lunettes demi-lune le fixaient d'un air menaçant, la posture pourtant détendue, comme s'il avait l'habitude de ce genre de situation et l'adolescent frémit lorsque le sorcier s'approcha de lui.
Sa démarche était lente, tranquille, mais Harry savait qu'il devait à tout prix s'enfuir. Il croisa son regard, eut soudain l'impression que son esprit était aspiré et cria du plus fort qu'il put tandis que sa respiration se faisait plus rapide et que son corps se mettait à trembler de peur devant l'homme.
« Tu m'as désobéi, Harry. » claqua la voix du vieux sorcier tandis que l'adolescent se prenait la tête dans les mains et gémissait toujours, impuissant. « Prépare-toi à en subir les conséquences. » ajouta-t-il d'une voix lente et glaciale.
Ce n'était pas lui, n'est-ce pas ? Cela ne pouvait être lui, c'était impossible… la voix était censée le protéger de lui… !
« Mr Potter ? » s'enquit la femme, tout près de lui, tandis que l'homme n'avait pas bougé et semblait l'observer derrière ses lunettes, à quelques centimètres du lit.
Mais l'adolescent ne pouvait détourner son regard du vieux sorcier. Son visage pâlit plus qu'il ne l'était déjà, ses yeux s'agrandirent d'effroi et il recula à nouveau contre les barreaux afin de s'éloigner de l'homme. Cependant, son dos était déjà collé à ceux-ci et il n'avait aucune échappatoire. Ses jambes étaient faibles, l'un de ses bras semblait être prisonnier dans un plâtre et ne répondait pas lorsqu'il essayait de le bouger et sa vision était beaucoup trop incertaine pour qu'il ne tente quoi que ce soit.
« Albus, reculez. » crut-il entendre tandis que la panique montait progressivement en lui.
C'était un cauchemar, ça ne pouvait être que ça…
« Mais enfin, pourquoi devrait-il… » saisit-il vaguement.
« Ce n'est rien Pompom. »
Cette voix-là le fit se crisper davantage. Elle ressemblait beaucoup trop à l'homme qui lui voulait du mal.
Son regard toujours fixé sur le vieux sorcier, il suivit chacun de ses mouvements et le vit avec soulagement s'éloigner de lui pour finalement disparaître derrière quelque chose de couleur blanche indistincte.
Peut-être que ce n'était pas lui, après tout. Car il aurait voulu lui faire du mal sinon, enfin il croyait.
« Vous êtes à Poudlard, Mr Potter. » lança la femme qui était toujours près de lui mais qui ne le touchait pas, heureusement.
Poudlard, ce mot là lui disait quelque chose également. Il avait tenté de demander au serpent de quoi il s'agissait mais celui-ci avait refusé de lui en parler. Pourtant, il savait qu'il connaissait cet endroit, et il savait qu'il aimait s'y trouver.
Perplexe, l'adolescent fronça alors les sourcils, tentant de distinguer les contours flous du visage qui lui faisait face. Était-ce une des personnes de Poudlard ?
« Peut-être serait-il judicieux de lui donner ses lunettes… » grinça une autre voix, faisant légèrement frémir le Survivant.
Il lui semblait qu'il la connaissait, beaucoup plus que les autres. Elle était familière, lui rappelait la sécurité et le confort de son lit au manoir. À qui appartenait-elle ? Il n'arrivait pas très bien à s'en souvenir.
Soudain, une main s'avança vers lui, la vision d'une autre, squelettique, faisant le même geste et griffant son front à sang surgit brusquement et il cria, se protégeant de son bras valide :
« N-Ne me touchez pas ! »
Il avait cru qu'il était en sécurité… que se passait-il ? Il ne fallait pas qu'on le touche, il avait peur, il ne voulait plus avoir mal…
Heureusement, la main qui devait appartenir à la femme se recula immédiatement. Elle lui parla ensuite d'une voix douce, l'adolescent ne saisit pas tout et ignora même la plupart de ses paroles tandis qu'il observait vaguement autour de lui, l'air perdu. Elle sembla lui tendre quelque chose, il crut distinguer des lunettes mais ne fit aucun geste pour les prendre.
Puis, une autre voix retentit, grave et autoritaire, faisant frémir le Survivant par son ton menaçant.
« Mettez vos lunettes, Potter. » lui ordonna-t-elle.
« Mr Snape, ne l'effrayez pas d'avantage… » entendit-il ensuite vaguement.
L'adolescent sut immédiatement qu'il devait obtempérer. S'il obéissait, tout se passerait bien pour lui. C'était ce qu'on lui avait promis. De plus, il reconnaissait la voix. C'était celle qui l'avait aidé au manoir, elle lui faisait un peu peur mais il ne lui semblait pas qu'elle était un ennemi.
Il obtempéra alors, prit les lunettes que la femme lui tendait toujours en évitant tout contact et les mit maladroitement d'une main.
Puis, il cligna des yeux, s'adaptant doucement à sa nouvelle vue, grimaçant même légèrement tandis qu'une petite douleur se faisait sentir par ce brusque changement et darda son regard sur la personne qui était tout près de lui.
Il eut d'abord un mouvement de recul en tombant sur des yeux bleus, semblables au vieux sorcier, mais se détendit finalement lorsqu'il détailla le visage qui lui faisait face. C'était incontestablement celui d'une femme, qui l'observait avec une certaine inquiétude. Peut-être pouvait-il y déceler de la patience, également.
Doucement, des souvenirs lui revinrent alors, flous, lointains, et il revit ce même visage, cette même personne s'adresser à lui tandis qu'il était assis sur un lit d'infirmerie, l'air légèrement patraque.
« Vous auriez dû venir immédiatement ici ! » fulmina-t-elle en manipulant son bras, qui pendait dans le vide et se tordait bizarrement comme s'il était dépourvu d'os. « Je peux ressouder les os en quelques secondes, mais les faire repousser… »
« Mais vous allez y arriver, n'est-ce pas ? » demanda Harry, désespéré.
« J'y arriverai, sans aucun doute, mais ce sera douloureux. » déclara la femme d'un air sombre. « Il faudra passer la nuit ici. »
Immédiatement, l'adolescent cligna des yeux, incertain. Ce qu'il venait de voir était-il réel ?...
Puis il grimaça, sa tête le faisait un peu souffrir.
« Voulez-vous une potion ? Avez-vous mal quelque part ? » le questionna alors la femme, qui devait être une infirmière.
Un mouvement à l'opposé de l'infirmière, près des sortes de rideaux blancs qui entouraient l'espace autour du lit attira l'attention de l'adolescent et son regard se posa sur l'homme habillé tout de noir qui se tenait là.
Quelques secondes de silence s'écoulèrent alors tandis qu'il le détaillait.
Il était en retrait, l'observait d'un visage impassible et portait de longues capes qui semblaient familières au Survivant. Son visage était pâle, ses yeux d'un noir profond et ses cheveux raides, de la même couleur, encadraient son visage.
Sans même qu'il ne puisse dire pourquoi il le savait, l'adolescent sut que la voix grave qu'il avait entendue appartenant à cet homme. Il le reconnaissait également, il avait été présent près de lui lorsqu'il était au manoir. Il lui semblait également que l'homme l'avait aidé, alors que le serpent le tourmentait pour lui avoir désobéi.
Il se souvenait de lui, de sa présence à ses côtés lorsqu'il avait été un long moment alité dans son lit, de sa voix qui le rassurait :
« Je suis là pour vous aider, Mr Potter. »
Oui, il n'avait sans doute rien à craindre avec lui. Il connaissait même son nom, il s'en souvenait parfaitement.
« Snape. » dit-il doucement tandis qu'il le fixait toujours, ses yeux émeraudes plongés dans les orbes noires qui le fixaient toujours, impénétrables.
Des souvenirs flous remontèrent, ceux où il se voyait dans son lit et le regardait, d'autres où il semblait se disputer avec lui, ou bien d'autres encore, lointains, où il l'écoutait parler depuis un petit bureau de bois, l'air attentif.
Puis, l'infirmière fixant elle aussi l'homme en noir, celui-ci détourna les yeux, comme s'il était gêné. Ou bien agacé, l'adolescent n'aurait pas su dire sous le masque impassible qu'il arborait.
« Tout à fait, c'est bien Mr Snape. » dit en même temps la femme. « Êtes-vous calmé à présent ? » lui demanda-t-elle ensuite tandis que l'adolescent détournait finalement les yeux de l'homme et les posait sur l'infirmière.
Le Survivant hocha la tête. La présence de Snape, familière, l'avait rassuré et il se sentait beaucoup plus lucide. Il avait cependant mal à la tête ainsi qu'à quelques autres endroits du corps, ce qu'il ne manqua pas de signaler à l'infirmière qui lui proposa simplement une potion comme le faisait d'habitude l'autre homme.
« Je pense pouvoir me débrouiller seule désormais. » dit alors l'infirmière d'un ton satisfait au sorcier, tandis que le Survivant buvait en grimaçant la fiole qu'elle venait de lui tendre.
« Ne vous inquiétez pas Mr Potter, vous vous sentirez mieux lorsque j'en aurai fini avec vous ! » déclara-t-elle ensuite à l'adolescent d'un air enthousiaste.
Puis, sans un mot, Snape disparut derrière le rideau et laissa l'adolescent seul avec l'infirmière.
Avec un bref soupir, l'espion dépassa le rideau blanc qui entourait le lit du garçon.
Il tomba sur le directeur qui attendait respectueusement à quelques pas, le visage tranquille, ses yeux bleus perçant fixant avec intérêt le maître des potions qui le rejoignit rapidement d'un air neutre.
Severus s'attendit à un commentaire du vieux sorcier, anticipant la remarque qui lui donnerait tord et viendrait appuyer les dires de son interlocuteur quant au sujet du garçon, et prépara même une réplique toute faite. Cependant, rien ne vain et le directeur se contenta simplement de lui faire signe de le suivre, tandis qu'il traversait l'infirmerie en silence.
Qu'avait encore inventé Dumbledore ? L'espion n'était pas dupe, il savait que cette petite visite idyllique cachait quelque chose – et en l'occurrence la volonté du vieux sorcier à convaincre le maître des potions.
Cependant, il ne se ferait pas avoir. Oh non...
La veille, le maître des potions avait accepté de se rendre à l'infirmerie avec patience, devinant parfaitement les intentions du directeur et déterminé à lui faire comprendre que ses attentes ne mèneraient à rien. Le garçon, aussi innocent, vulnérable et tout ce qu'il voulait d'autre ne lui serait pas confié, fin de l'histoire. Bien sûr, l'espion ne s'était pas attendu à ce que le Survivant se réveille. Et encore moins à ce qui venait de se dérouler devant lui.
Rapidement, ils franchirent les portes de l'infirmerie, toujours dans leur silence respectif. Ils arrivèrent ensuite dans le couloir en pierre du troisième étage, marchèrent quelques minutes de plus en ne croisant aucun élève – il était un peu tôt même si l'heure du petit déjeuner approchait, puis descendirent des escaliers pour finalement arriver au premier étage.
« Ne trouvez-vous pas que l'heure serait parfaite pour une promenade ? » s'enquit doucement le vieux sorcier tandis qu'ils traversaient à nouveau le couloir et empruntaient les escaliers de marbre.
L'espion garda le silence.
En arrivant dans le hall, ils croisèrent quelques élèves bien matinaux qui se dirigeaient à pas lourds dans la grande salle. Deux Poufsouffles passèrent en les saluant chaleureusement, un petit groupe de Serdaigle ne daigna même pas leur accorder un regard, trop occupé à discuter bruyamment sur on ne savait quel sujet, puis trois Serpentards passèrent, leur lançant un bref « bonjour » et fronçant les sourcils d'un air surpris en voyant leur directeur de maison.
Le maître des potions avait été absent depuis la rentrée mais avait pourtant été vu plusieurs fois dans les couloirs, il était donc logique que les élèves ne se posent des questions.
À ce qu'il avait compris, les rumeurs allaient de bon train. Certaines disaient qu'il était malade, d'autres qu'il avait été viré ou bien qu'il avait repris du service en tant que Mangemort – ce qui était en vrai si on ne s'attardait pas trop sur les détails.
Puis, quittant le hall principal, les deux sorciers se dirigèrent vers la cour.
Durant ces quelques jours qui avaient suivi la bataille au manoir, le directeur lui avait parlé de son remplaçant. C'était un certain Peter Lewis Vermeille, maître des potions depuis une vingtaine d'année et soigneusement sélectionné par la Dolores Ombrage dont tout le monde parlait.
Selon Minerva, beaucoup d'élèves sérieux se plaignaient de lui et de ses cours qui n'en étaient pas – dont Hermione Granger, par Merlin l'espion ne supportait pas cette miss-je-sais-tout. Depuis la rentrée, il y avait eu pas mal d'accidents en cours de potions et l'homme, lorsque les autres professeurs l'interrogeaient, prétextait que ce n'était pas de sa faute mais celle des « marauds » qui lui servaient d'élèves.
Il semblait ne pas être capable de tenir une poignée d'adolescents, n'était pas rigoureux ni même autoritaire et selon Filius, avait une tendance dépressive. En écoutant les récits des enseignements, d'ailleurs l'espion avait soigneusement retint un sourire sarcastique. Le Ministère paraissait réellement à la traîne ces temps-ci.
Puis, toujours sans un mot, les deux sorciers arrivèrent dans la cour.
Le soleil était déjà levé même s'il était caché derrière le ciel gris, il faisait frai et un petit brouillard entourait le château.
Dumbledore se lança dans un monologue, évoquant le temps de ce mois de septembre, remarquant les quelques fleurs qui disparaîtraient bientôt de la cour, des feuilles qui tomberaient bientôt et qu'il faudrait ramasser et de l'hiver qui ne tarderait pas à venir.
L'espion l'écouta, parfois que d'une seule oreille, acquiesçant de temps en temps de la tête tout en se demandant bien quand le vieux sorcier se déciderait à évoquer le cas du garçon. Cependant, n'étant pas non plus pressé, il attendit patiemment que le sorcier finisse ses observations du temps et des saisons.
Ils marchèrent quelques minutes sous le préau qui entourait la cour, le château s'éveillant doucement mais sûrement au-dessus d'eux.
Cela faisait longtemps que l'espion – même s'il était peu friand de ce genre de chose – n'avait pas fait de balade dehors avec le directeur. Il devait tout de même le reconnaître, ce n'était pas déplaisant et cela lui permettait parfois de faire le vide.
Avec les jours qu'il avait passé au manoir Jédusor, surveillant chaque geste, chaque parole de sa part et des Mangemorts qu'il croisait, débordé de travail et essayant dans un premier temps de contacter Dumbledore puis jonglant entre Poudlard et le manoir dans un deuxième temps, une petite balade de ce genre où l'enjeu était simplement de profiter du temps de cette fin d'été n'était pas désagréable.
Et le Seigneur des Ténèbres ne l'ayant pas contacté depuis quatre jours, le maître des potions était relativement tranquille. Même si une certaine anxiété bien sûr, ne le quittait pas depuis le jour du sauvetage.
Car le silence du mage noir l'inquiétait, ainsi que Dumbledore. Ils ne savaient pas si l'espion avait été découvert ou non, ne savaient pas ce que le serpent faisait ni ce qu'il prévoyait de faire et n'avait pas plus d'information sur le voyant. En somme, ils étaient complètement ignorants. Et c'était la faute de l'espion, qui s'était sûrement fait découvert.
Il présumait que le silence du Seigneur des Ténèbres ne pouvait signifier autre chose, du moins c'est ce que supposait le maître des potions. Il gardait encore l'espoir que le mage noir n'avait pour l'instant que des doutes et réfléchissait sur son cas afin de plus tard lui infliger la sanction qu'il méritait, au mieux le Doloris après quelques explications, au pire le sortilège de la mort. Mais plus les jours passaient et plus ses espoirs s'amoindrissaient.
Peut-être n'était-ce pas de sa faute, peut-être était-ce à cause du voyant qui avait prévenu le serpent d'une trahison future. Il n'en savait rien et cela le rongeait.
« Severus, pourquoi cette mine sombre ? » demanda soudain le directeur en posant son regard tranquille sur lui, tirant le concerné de ses pensées.
Le maître des potions retint un bref soupir. Désormais, le petit jeu du vieux sorcier ne l'amusait plus.
« Venez-en au fait, Albus. » répondit celui-ci d'une voix neutre, ignorant la précédente question.
Le directeur fit un bref sourire amusé tandis qu'ils continuaient de marcher autour de la cour. Quelques secondes de silence s'écoulèrent, seul le bruit que faisaient leur pas sur la pierre et les quelques oiseaux qui chantaient au loin se faisait entendre.
Puis, le vieux sorcier reprit la parole.
« Il paraît clair à présent que Harry ne supporte plus le simple fait de me voir. » commença-il d'un air sérieux.
L'espion ne put qu'acquiescer.
« Voldemort semble avoir une énorme emprise sur lui. » ajouta-t-il, faisant comme d'habitude tiquer le maître des potions.
Eh bien c'était vrai en effet, mais qu'attendait-il de l'espion en lui disant cela ? Il l'avait prévenu de nombreuses fois que le mage noir avait accès à l'esprit du garçon et le manipulait à souhait. Certes, le maître des potions ne s'était pas non plus attendu à ce que la réaction du Survivant soit si forte en présence du directeur, mais il n'était pas non plus surpris.
Le serpent avait réussi avec brio à inverser la réalité et il ne serait pas aisé de rétablir les choses dans l'esprit du garçon.
« Il faudra y remédier. » dit justement le vieux sorcier tandis qu'ils passaient devant une entrée qui menait à une partie différente du château.
L'espion ne releva pas mais se demanda ce que signifiaient les paroles du vieux sorcier. Lui disait-il cela sans arrière-pensée ou bien lui évoquait-il les directives qu'il aurait à suivre s'il s'occupait du garçon ?...
« Je vous félicite cependant pour votre intervention. » continua Dumbledore, ne laissant pas à son interlocuteur le temps de réfléchir davantage. « Harry a vécu une expérience traumatisante et il est inutile de le perturber par ma présence. » ajouta-t-il d'une voix où perçait une certaine tristesse.
Comme seule réponse, l'espion garda une nouvelle fois le silence, qui s'éternisa quelques petites minutes.
À quelques mètres d'eux, quatre ou cinq élèves passèrent dans la cour en riant joyeusement, remarquant à peine la présence des deux sorciers. Le château se réveilla entièrement et l'espion devina que dans une heure à peine, les cours commenceraient.
Au-dessus d'eux, un vent frais se leva, faisant doucement frémir l'arbre de la cour qui se tenait non loin des sorciers et quelques oiseaux s'en envolèrent. Le brouillard quant à lui avait presque disparu, le ciel n'était plus aussi gris et la journée, comme l'avait dit Dumbledore, s'annonçait fraîche et ensoleillée.
« Je suis conscient que la garde de Harry ne sera pas chose simple. » déclara soudain le vieux sorcier, brisant le silence tranquille dans lequel ils étaient plongés.
L'espion darda son regard noir et impénétrable sur le directeur. Ils y étaient enfin.
« Cependant, d'après ce que j'ai pu voir ou du moins entendre à l'infirmerie, je suis convaincu que vous êtes la personne la plus apte à s'occuper de Harry. » continua-t-il d'une voix tranquille, faisant légèrement grimacer le maître des potions.
L'espion voulu répliquer afin de nier les paroles du vieux sorcier mais celui-ci ne lui en laissa pas le temps.
« Il paraît clair que Harry vous a, durant ces trente jours au manoir, identifié comme quelqu'un de confiance. » dit-il tandis qu'il s'arrêtait soudain de marcher, l'espion faisant de même avec une certaine méfiance. « Vous ne pouvez dire le contraire. » ajouta-t-il en lançant un regard entendu à son interlocuteur, qui le soutint d'un air impénétrable.
L'espion pensa rapidement à la scène de l'infirmerie, se souvenant de l'air perdu du garçon puis soudain étrangement rassuré en le voyant lui, tandis que l'infirmière avait tenté en vain de capter l'attention du Survivant.
Même s'il ne voulait l'avouer, il fallait bien l'admettre : les paroles du directeur avaient du vrai. Cependant, il était inutile et quelque peu inadapté d'en tirer des conclusions aussi vite.
« Et vous paraissez savoir ce qui trouble Harry, n'est-ce pas ? » lui demanda le directeur en le fixant toujours.
L'espion ne se donna pas la peine de répondre à cette affirmation déguisée.
De plus, il ne fallait pas être excessivement intelligent pour savoir que le garçon, sans ses lunettes, était déboussolé. Car c'était bien la seule fois pour laquelle il avait pris une initiative à l'infirmerie : pour suggérer à Pomfresh de donner ses lunettes au Survivant et pour lui ordonner de les mettre, étant donné qu'il n'obéissait pas lorsque l'on lui demandait gentiment. De là à en dire qu'il connaissait ce qui troublait le garçon, l'espion avait de sérieux doutes.
Cependant, il choisit de se taire, laissant le vieux sorcier continuer.
« Je comprends vos réticences, Severus. » dit celui-ci en se remettant à marcher, arrachant un regard quelque peu dédaigneux de l'espion à son intention.
Car le maître des potions aurait plutôt dit que c'était tout le contraire. Ou du moins qu'il les comprenait mais choisissait de ne pas les prendre en compte. C'était d'ailleurs pour cela que l'espion était si catégorique quant à s'occuper du garçon.
Son bon sens admettait parfois que le directeur avait raison, notamment lorsqu'il disait que le maître des potions était le mieux placé dans le château pour s'occuper du Survivant, mais cela s'arrêtait là. S'il y avait autre chose, l'espion se refusait d'y réfléchir.
Beaucoup trop de choses, en effet, lui échappaient depuis un moment déjà et il estimait qu'il avait encore tout de même le pouvoir d'accepter ou de refuser la proposition du vieux sorcier.
Et puis de toute façon, Severus Snape n'était pas capable de s'occuper d'un enfant. N'y avait-il aucun esprit ayant un minimum de bon sens pour confirmer ce fait ? Par moment, il s'étonnait même que Dumbledore veuille lui confier une tâche de ce genre. Surtout lorsqu'il s'agissait de son précieux Golden Boy.
Peut-être le directeur ne le trouvait-il pas assez froid et insensible. C'était pourtant ce qui le définissait. Albus Dumbledore avait cette fâcheuse tendance à ne voir que le meilleur dans les personnes qu'il côtoyait, c'était sans doute son plus grand défaut.
Puis, le maître des potions se décida à répondre au vieux sorcier.
« Vous comprenez donc mes réticences à m'occuper du garçon puisqu'il m'est, entre autres, insupportable ? » s'enquit-il, trouvant une autre raison de persuader le directeur d'abandonner.
Son interlocuteur fit une petite grimace.
« C'est je le crains, encore une autre histoire. » dit-il simplement, arrachant un bref sourire ironique à l'espion.
Ainsi, sa considération à l'égard du garçon ne rentrait même plus en compte.
« J'avais cru cependant que votre aversion pour Harry s'était quelque peu calmée. » révéla-t-il d'une voix calme. « Du fait de votre rapprochement au manoir des Jédusor, peut-être. Ou bien de ce que vous avez pu voir là-bas. » ajouta-t-il vaguement en prenant un air quelque peu pincé.
L'expression pensive du vieux sorcier, mélangée à une légère moue crispée, fit tout de suite deviner à l'espion à quoi « ce qu'il avait pu voir » se rapportait. Il évoquait bien sûr la torture que le Seigneur des Ténèbres avait fait subir au garçon, il y avait maintenant un peu plus d'une semaine.
Severus fut surpris que le vieux sorcier évoque l'événement, le croyant encore quelque peu réticent à en parler, peut-être un peu comme lui.
Car il fallait bien admettre que la scène du bosquet, et il y avait même repensé la veille dans ses appartements, avait été très… comment pouvait-il la qualifier d'ailleurs ? Macabre, pénible ? Dérangeante ? Oui c'était sans doute le mot qui collait le plus.
Et c'était tout à fait normal bien sûr, car bien que l'espion se faisait voir comme quelqu'un de parfaitement insensible et impénétrable, il n'avait pu rester de marbre devant une telle scène. Observer un enfant se faire torturer n'était après tout pas dans ses passe-temps favoris, Harry Potter soit-il ou pas – même si certains élèves pouvaient penser le contraire, ce qui amusait bien sûr le maître des potions.
Cependant, le directeur insinuait-il que l'espion avait eu pitié du garçon et l'avait vu différemment à cause de cela ? Il espérait que non, car ce n'était absolument pas le cas.
Du moins c'était ce que l'espion essayait de se persuader.
Car il savait, au fond de lui, que si un autre enfant avait été à la place de Potter, la chose aurait été différente. Similaire, mais différente.
Les sentiments puissants qui étaient montés en lui tandis qu'il assistait à la torture du garçon n'étaient pas anodins, et il se serait menti à lui-même s'il avait affirmé ne pas avoir ressenti une telle chose depuis longtemps.
La colère qui avait surgi au plus profond de son être en regardant le garçon se tordre de douleur sur l'herbe humide du bosquet, ainsi que le sentiment presque douloureux d'impuissance qu'il avait éprouvé tandis que l'adolescent s'était mis à supplier pour que tout s'arrête ; tout cela n'était pas normal pour lui. Car Severus Snape n'avait aucune sympathie pour personne.
Ainsi, affirmer que ses sentiments-là n'avaient en rien été provoqués à cause du garçon était un mensonge.
La veille, et tous les jours depuis qu'il avait assisté à la scène du bosquet, l'espion avait tenté de réfléchir et de savoir pourquoi de tels sentiments étaient soudainement montés en lui. Il en avait conclu que c'était sans doute la fatigue qui le faisait perdre quelque peu le contrôle de ses émotions, que le fait d'avoir participé n'avait sans doute pas joué en faveur et que plus que tout, les yeux verts qu'il avait croisés, si semblable à Lily, l'avaient profondément touché.
Peut-être au final n'était-ce qu'à cause de Lily, après tout. Il ne voyait pas d'autres explications. Aussi loin qu'il s'en souvienne, la sorcière avait toujours su provoquer de puissantes émotions en lui. Cela ne pouvait être qu'elle. Et l'espion qui avait pourtant juré de protéger son fils, la seule chose qui restait d'elle, avait échoué une fois de trop à sa plus grande honte.
Puis, soudainement, le vieux sorcier reprit la parole, tirant l'espion de ses pensées et s'arrêtant de marcher au même moment. Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, ils avaient quitté la cour depuis quelques minutes déjà et déambulaient désormais dans les couloirs pour l'instant déserts du château.
« Très bien Severus, si je ne peux vous convaincre, j'admets ma défaite. » annonça Dumbledore, surprenant aussitôt le maître des potions.
Avait-il bien entendu ? L'espion lança un regard méfiant au vieux sorcier, croyant qu'il rajouterait quelque chose ou nuancerait ses paroles mais au lieu de cela, le directeur se contenta de regarder au loin d'un air pensif.
Albus Dumbledore renonçait à convaincre quelqu'un ?...
C'était le monde à l'envers. Alors que Severus aurait pensé que le vieux sorcier n'abandonnerait pas jusqu'à ce qu'il ne l'ait enfin convaincu, celui-ci semblait désormais vouloir en finir au plus vite.
Était-ce par lassitude ? Ou bien avait-il trouvé une autre personne entre temps, sans le dire au maître des potions ?...
« J'aurai pensé que vous l'auriez fait pour sa mère. » déclara doucement Dumbledore, faisant légèrement grimacer l'espion. « Mais si malgré tout ce que je vous ai dit, vous n'êtes toujours pas d'accord, je respecte votre volonté. » annonça-t-il en plongeant ses yeux bleus perçants dans ceux de son interlocuteur, qui détourna le regard.
Cette fois, le vieux sorcier avait touché juste.
Que pouvait-il répondre à cela ? Il avait juré de protéger son fils, certes, mais s'en occuper était-il son rôle ? Cela faisait-il partie de son engagement ?
Non, il ne le pensait pas.
Cependant, force était d'admettre que même s'il n'aurait pas imaginé avoir une telle responsabilité lorsqu'il avait juré de protéger le garçon, il s'était attendu à ce qu'un jour, les choses pour lui se compliquent ou changent drastiquement. Était-ce pour autant une mauvaise chose ? Il n'en savait rien. Était-il vraiment capable de s'occuper d'un enfant pendant plusieurs semaines ? Peut-être, s'il faisait des efforts.
Devait-il alors accepter, mettre des côtés ses doutes et réticences et accepter simplement en mémoire de Lily, sa Lily, la seule personne qu'il n'ait jamais aimé ?...
Il n'en savait rien et cela le taraudait.
« Je tenterai de trouver rapidement une solution. » déclara soudainement le directeur, tandis que le maître des potions était en proie à un doute considérable. « Bonne journée, Severus. » lança ensuite Dumbledore tout en saluant son interlocuteur de la tête puis en faisant demi-tour, au milieu d'un couloir désert.
Le maître des potions était déconcerté.
Dumbledore abandonnait, vraiment ? Aussi facilement ? Alors même que trouver une autre solution lui serait sûrement très difficile et nécessiterait sans doute plusieurs sacrifices de sa part ou d'autres ?...
Severus observa le vieux sorcier s'éloigner de lui à pas lents, chaque pas le faisant se sentir un peu plus coupable.
C'était peut-être mieux ainsi, n'est-ce pas ?...
Il serra brièvement les poings, un sentiment inexplicable de honte montant lentement en lui. Non, ce n'était pas mieux ainsi. Il mettait le directeur dans l'embarra, se sentait coupable de pas pouvoir accepter une requête finalement pas plus contraignante que toute celles qu'il avait déjà accepté et plus que tout, avait honte de lui.
Alors qu'il aurait cru être capable de tout pour Lily, il refusait de s'occuper de la seule chose qui restait de lui, son unique fils, Harry Potter. Certes, il était aussi le fils de James Potter, un homme que l'espion avait détesté durant toute sa vie mais était-ce vraiment une bonne raison de refuser ? Arriverait-il à se convaincre plus tard qu'il avait fait le bon choix ?...
Non, se dit-il soudain. Il ne le pourrait pas.
Et tandis qu'il se mettait soudain en marche, ses pas silencieux et rapides s'élançant à la poursuite de Dumbledore, il pensa qu'il aurait sans doute plus tard mille raisons de regretter ses paroles.
Bifurquant à une intersection, il rattrapa le vieux sorcier, qui marchait toujours tranquillement en direction de la cour qu'il avait quitté quelques minutes auparavant.
L'espion s'empêcha de réfléchir plus longtemps, le rattrapa finalement en quelques pas et lança afin de l'interpeller :
« Albus. »
Le concerné se retourna, apparemment surpris de le voir là et darda son regard bleu sur son vis-à-vis.
Peut-être avait-il tout prévu, pensa finalement l'espion en observant quelques secondes le directeur et en ne pipant mot tandis que la sonnerie des cours retentissait et que quelques élèves se faisaient entendre non loin d'eux.
Mais tant pis, c'était aussi son choix et ce n'était pas pour lui qu'il le faisait. Et tant pis s'il le regrettait plus tard, il préfèrerait cela à se sentir coupable encore une fois.
Il en avait assez.
« J'accepte. » dit-il le plus simplement du monde.
À quelques mètres d'eux, des élèves surgirent enfin dans le couloir jusque-là silencieux et les premières salles de classes s'ouvrirent tandis que les deux sorciers se fixaient toujours, impassibles.
Puis, un fin sourire s'étira sur les lèvres du directeur.
L'espion espérait tout de même qu'il n'aurait pas à regretter trop vite…
Le matin suivant à la discussion qu'avaient eu l'espion et le directeur, tout était réglé.
Le Survivant, qui ne s'était pas réveillé depuis que Pomfresh lui avait donné une potion de sommeil-sans-rêve en fin d'après-midi, avait été transféré très tard dans la soirée afin que personne ne le voie et que la chose soit plus facile.
Selon l'infirmière – qui avait fait son rapport au directeur à ce moment-là, le garçon durant les quelques heures passés à l'infirmerie avait été muet comme une tombe et s'était contenté d'obéir en silence aux ordres que l'on lui donnait. Sa seule parole volontaire et censée de la journée, en effet, avait été de prononcer le nom du maître des potions lorsqu'il l'avait reconnu.
Durant cette partie du récit de l'infirmière d'ailleurs, Dumbledore ne s'était pas privé pour lancer un regard significatif à l'espion qui s'était contenté de garder le silence.
« Je vous souhaite bien du courage, Mr Snape. » lui avait ensuite dit Pomfresh tandis qu'ils descendaient les escaliers des donjons.
Ce à quoi, encore une fois, le concerné n'avait pas répondu.
Les appartements du maître des potions étant conçus pour une seule personne, il avait fallu les agrandir et rajouter une pièce afin d'accueillir le Survivant. La tâche, avec le directeur, leur avait pris une bonne partie de la soirée mais au bout de trois heures de travail – et avec la coopération du château, une nouvelle chambre, de taille modeste, avait enfin pu être ajoutée aux appartements de l'espion.
Un lit simple y avait été placé à côté de la fenêtre qui donnait sur le lac, ainsi qu'une petite armoire et un bureau, afin que le garçon puisse « travailler et ainsi rattraper son retard », selon Dumbledore.
Il aurait été bête en effet que le Garçon-Qui-A-Survécu ne devienne le Garçon-Qui-A-Redoublé pour cause de mauvaises notes, ou en l'occurrence qui aurait raté ses BUSES.
Les affaires du Survivant avaient également été amenées dans sa male, qui après un sortilège du directeur s'était vite déchargée de son maigre fardeau et était allée se ranger sous le lit.
L'espion avait d'ailleurs était quelque peu surpris de son contenu. En effet, il se serait plutôt attendu à ce que Harry Potter ait avec lui une garde-robe fournie et beaucoup plus d'effets personnels mais à la place, seuls deux ou trois pulls, pantalons, capes et t-shirts avaient été déballés, suivis de ses manuels scolaires, d'un petit cadre photo, de sa cape d'invisibilité – Merlin, il démangeait à l'espion de la confisquer – de son balais magiquement rétréci, de sa baguette que le directeur lui avait soigneusement confiée, et d'une petite poche qui contenait un objet inconnu.
La chambre avait été arrangée avec des couleurs sobres, impersonnelles. Les murs étaient beiges, les meubles bruns clairs, les draps du lit blancs et marrons. Dumbledore était intervenu en disant qu'il trouvait la pièce trop fade et qu'il fallait ajouter de la couleur – du rouge par exemple, l'espion lui avait soigneusement répondu qu'il était chez lui et que des couleurs de ce genre étaient totalement proscrites.
Du rouge, et puis quoi encore... il ne fallait pas non plus que le garçon se sente chez lui, merci bien.
Puis, ledit garçon toujours endormi avait été installé, Pomfresh avant de s'en aller avait donné à l'espion les bandages et potions nécessaires afin de continuer à soigner le Survivant, puis avait promulgué ses dernières indications qui se résumaient par :
« S'il y a le moindre problème, venez me voir. »
Aux environs d'une heure du matin, le directeur avait lui aussi consenti à se retirer – non sans manquer de boire une tisane tout en discutant avec le maître des potions du garçon et enfin, le silence était revenu dans les appartements.
Quelque peu fatigué, le maître des potions s'était vite changé pour mettre des habits plus confortables que ses grandes capes – toujours aussi noirs bien sûr, et s'était enfin permis de se reposer dans son fauteuil, un livre quelconque à la main, guettant tout bruit potentiel.
Car il n'était pas sans dire que l'espion redoutait un peu le réveil du Survivant.
Que ferait-il si le garçon s'il se réveillait dans la nuit ? Allait-il sagement resté dans son lit ou bien allait-il se lever et faire une petite visite des lieux ? L'espion penchait plutôt pour la deuxième hypothèse, il serait logique en effet que le garçon cherche à savoir où il était après s'être réveillé dans un endroit inconnu, ce qui n'arrangeait pas l'espion évidemment.
Il ne savait pas exactement si Potter pouvait se lever, l'infirmière prétendait que non. Mais rien malheureusement pour le garçon ne semblait irréalisable et si possible, l'espion préférerait retrouver ses appartements comme il les avait laissés la veille.
Peut-être alors devait-il fermer à clé la porte du garçon ? Il risquait cependant de l'effrayer d'avantage lorsqu'il se lèverait et tenterait de sortir. Devait-il alors attendre que le garçon ne se réveille enfin ? L'espion n'était pas à l'abri d'attendre toute la nuit et de ne finalement pas fermer l'œil.
Lâchant un bref soupir, le maître des potions reposa alors son livre – qu'il ne lisait absolument pas de toute façon – et alla jeter un coup d'œil dans la chambre où dormait le Survivant.
Sans bruit, il ouvrit la porte, attendit que ses yeux ne s'accommodent à l'obscurité de la pièce et posa son regard sur le lit du garçon. Comme lorsque l'espion et le directeur l'avait quitté, il dormait toujours profondément et ne semblait pas avoir bougé. Sa respiration était régulière, quelque peu sifflante par moment mais tout semblait vouloir dire qu'il ne se réveillerait pas avant un moment. C'était ce qu'avait dit l'infirmière à l'espion d'ailleurs, mais tout pouvait arriver.
Ne trouvant pas de meilleure solution, le maître des potions sortit alors sa baguette, lança un sortilège qui le préviendrait si le garçon se réveillait et alla finalement se coucher, tout en réfléchissant vaguement sur la journée qu'il avait eu.
Pour l'heure, l'espion se demandait bien ce qui lui était passé par la tête pour accepter de s'occuper de lui. Et pour résumer, la tâche n'allait pas être de tout repos. De plus, d'après ce qu'il avait compris, le directeur ne lui avait accordé que trois semaines de congés, ce qui ne suffirait certainement pas au garçon pour qu'il ne se rétablisse. Peut-être l'espion se verrait-il accordé une ou deux semaines de plus, il ne le savait pas encore.
Tout ce qu'il fallait retenir donc, était que les semaines qui viendraient, en plus d'être incertaines, ne seraient pas de tout repos.
Et bien entendu, les moments de doutes ne tardèrent pas à venir et Severus fut vite confronté à un problème.
Deux jours depuis le réveil du Survivant à l'infirmerie avaient passé. La journée précédente, il s'était réveillé tard dans la matinée, aux alentours de onze heures et alors que l'espion n'avait guère fermé l'œil de la nuit.
Tout comme l'avait raconté l'infirmière, il était resté muet, s'était contenté d'obéir quand il avait fallu boire une potion ou se laisser faire pour changer un bandage et avait à peine acquiescé lorsque l'espion lui avait posé quelques questions. Celui-ci avait d'ailleurs retrouvé le garçon assis dans son lit, le regard tourné vers la fenêtre, l'air perdu et incertain.
La première journée dans les appartements du maître des potions s'était donc déroulé ainsi, le Survivant plongé dans un mutisme inquiétant et l'espion ne sachant vraiment que faire pour y remédier.
Il avait tenté de lui poser des questions bien sûr, et de lui raconter comment il était arrivé ici et où il était exactement. Le mot « Poudlard » semblait avoir une signification particulière pour lui et le faisait réagir de temps en temps, mais cela s'arrêtait là.
La seule parole que l'espion avait réussi à lui extirper était lorsqu'il lui avait demandé s'il se souvenait de la façon dont il était arrivé ici.
« C'est… c'est la voix. » avait-il répondu doucement, l'air curieusement effrayé et les yeux toujours tourné vers la fenêtre, où des poissons du lac passaient parfois. « Elle m'a obligé… »
« Je vous ai lancé le sortilège de l'Imperium pendant la bataille, puis vous avez utilisé un Portauloin qui vous a amené ici. » avait tenté de préciser le maître des potions, essayant de clarifier les choses. « Vous êtes à présent en sécurité, Mr Potter. Comprenez-vous ? » lui avait-il demandé après un bref temps d'hésitation.
Mais même si le garçon semblait entendre et assimiler ce que l'espion lui disait, il ne semblait pas comprendre.
La deuxième journée s'écoula donc ainsi, pareille à la première, avec un Harry Potter toujours aussi silencieux et un maître des potions quelque peu indécis.
Le point positif cependant, était que le garçon ne bougeait pas lorsqu'il le soignait et obéissait lorsqu'il lui demandait de boire une potion ou de lui laisser voir telle ou telle blessure. Le seul endroit proscris semblait être son front – et par extension sa cicatrice, que l'espion avait voulu toucher pour y appliquer de la pommade.
Il n'avait tenté la chose qu'une seule fois et avait vite compris qu'il ne devait plus le refaire.
Ce n'était pas comme si le maître des potions ne lui avait pas signalé ce qu'il allait faire, il lui avait dit, lui avait demandé la permission même. Mais n'obtenant aucune réponse, il s'était autorisé à approcher sa main du front du Survivant qui, pour une raison tout à fait inconnue, s'était soudain figé, comme pétrifié de peur.
Arrêtant aussitôt son geste sous le regard douloureux du garçon qui avait reculé à ce possible contact et l'avait dévisagé d'un air terrifié, Severus en avait déduit qu'il venait de trouver là un premier point sensible, peut-être un résultat d'un possible évènement traumatisant.
Cependant, le Survivant gardant résolument la bouche close, l'espion n'avait pu en savoir plus.
Par la suite, il lui avait demandé si sa cicatrice lui faisait mal et lui avait proposé de se mettre lui-même de la pommade, ce que l'adolescent avait accepté dans un premier temps puis refusé dans un deuxième, sa main atteignant à peine son front tandis qu'il fixait de son regard perdu le maître des potions.
Ainsi, dans la soirée et tandis que l'espion ne tarderait pas à finir de vérifier les blessures du Survivant et de le laisser seul pour la nuit, il se décida enfin à mettre un terme au mutisme de l'adolescent.
Dans la journée, il y avait réfléchi, en avait parlé avec le directeur – qui avait semblé bien occupé sous la montagne de paperasse qu'il avait eu à remplir, et une solution avait été trouvé.
Bien que le maître des potions n'approuvait pas forcément cette méthode dans le cas présent, il fallait admettre que le garçon ne lui laissait plus le choix.
Sa baguette dissimulée comme à son habitude dans sa manche droite et le garçon fixant comme à son habitude la fenêtre, l'espion s'apprêta à lui lancer un Legilimens afin de tirer au clair les pensées du Survivant mais fut interrompu lorsque soudain, celui-ci prit la parole.
« Il… il sera en colère… n'est-ce pas ? » demanda-t-il doucement, une pointe de peur dans la voix tandis que ses yeux verts fixaient d'un air désespérément perdu son interlocuteur.
Aussitôt, le maître des potions suspendit son geste et, ne comprenant pas ce que lui disait l'adolescent, voulut lui demander de qui et de quoi il parlait. Il s'arrêta cependant lorsqu'il eut une vague idée de qui il pouvait s'agir, ses yeux sombres analysant le regard suppliant du garçon, comme s'il attendait quelque chose de sa part.
Était-ce pour cette raison qu'il ne parlait pas et semblait effrayé ? Par peur de représailles ?...
« Vous n'avez plus à le craindre, Potter. » lui assura le maître des potions d'une voix calme. « Vous êtes en sécurité ici. » ajouta-t-il d'un air catégorique sous le regard perdu de l'adolescent.
Ses mots ne semblèrent en aucun cas avoir convaincu le garçon.
« Des protections entourent le château, personne ne peut pénétrer à Poudlard sans autorisation. » lui assura le sorcier, tentant de capter l'attention du Survivant. « S'il arrive quoi que ce soit, les enseignants vous protégeront, vous n'avez pas à avoir peur. »
Encore une fois, l'adolescent ne sembla pas saisir tout à fait ce qu'on lui disait. Ses yeux verts derrière ses lunettes rondes étaient incertains, ses dents mordillaient sa lèvre inférieure déjà abîmée et ses mains, qui tripotaient ses pansements aux doigts, tremblaient légèrement.
L'espion retint un soupir.
Il était certain que le ''il'' dont il était question était le Seigneur des Ténèbres et que le garçon, même ici, ne se croyait pas en sécurité et craignait d'être retrouvé par le serpent. Cependant, Severus aurait cru que l'adolescent tenterait d'oublier son tortionnaire, du moins quelques jours, afin de ne pas se souvenir trop vite de ce qu'il lui avait fait subir mais c'était apparemment tout le contraire.
Peut-être n'avait-il cessé d'y penser pendant ces deux jours, peut-être pensait-il que le serpent réussirait à le retrouver et le punirait, peut-être avait-il peur, tout simplement.
Mais comment, exactement, l'espion pouvait-il le rassurer ? Lorsqu'il le soignait, il faisait des gestes mesurés, prenait toujours une voix patiente et calme et lui demandait même la permission pour le toucher à certains endroits. Et ce n'était pas comme si le sorcier ne lui avait pas déjà répété une vingtaine de fois qu'il était à Poudlard et était en sécurité…
Le plus simple était de lui demander ce qui l'effrayait mais le maître des potions doutait d'obtenir une réponse. Il pouvait toujours essayer, cependant.
« Mr Potter. » commença-t-il alors, tandis que l'adolescent relevait la tête et plongeait son regard émeraude dans les yeux noirs de son interlocuteur. « De quoi avez-vous peur ? » demanda-t-il calmement, un air patient sur le visage.
Le garçon le fixa quelques secondes, l'air incertain, puis détourna finalement le regard pour le poser sur ses genoux, qu'il avait ramenés vers lui. Il sembla réfléchir, l'espion attendit tranquillement, puis il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais s'arrêta finalement, comme s'il se demandait quoi répondre.
Cette fois, le maître des potions ne se retint pas de soupirer, quelque peu découragé.
Le Legilimens était peut-être la seule solution…
Puis, surprenant une nouvelle fois l'espion, le Survivant reprit la parole.
« Je… » commença-t-il d'une petite voix. » Je veux juste… ne plus avoir mal… » dit-il tandis qu'il tordait certains de ses doigts, comme si ses paroles lui étaient douloureuses. « Mais je… je lui ai désobéi alors… »
Il s'arrêta, se mordit la lèvre inférieure dans un geste machinal puis serra brusquement les poings tandis que l'espion l'observait attentivement, afin d'anticiper la suite.
« C-c'est de ma faute… » continua ensuite le Survivant, sa respiration se faisant plus rapide et ses yeux se teintant d'effroi. « Je… »
« Non, ce n'est pas de votre faute Potter. » le coupa l'espion d'une voix catégorique, sentant la situation s'envenimer. « Calmez-vous. » lui ordonna-t-il ensuite doucement.
Mais l'adolescent ne sembla pas l'entendre.
« Je l'ai mis en colère… » continua-t-il d'une voix rauque, la respiration hachée et tandis qu'il se prenait soudain la tête entre les mains.
Aussitôt, le maître des potions sortit une potion calmante et l'amena à la hauteur du garçon.
« Potter, buvez cette potion. » dit-il en même temps, alors que le concerné fermait brusquement les yeux.
« Il… » prononça-t-il, la respiration haletante. « Il va… » tenta-t-il de dire tandis que ses doigts s'enfonçaient dans ses cheveux et qu'il grimaçait de douleur.
« Potter, calmez-vous. » lui ordonna l'espion.
Mais l'adolescent ne semblait plus l'écouter.
« Je… plus avoir mal … » bredouilla-t-il, son corps se mettant à trembler.
« Potter… » tenta le maître des potions, lasse, tandis qu'il plaçait doucement sa main sur l'épaule du garçon.
Il regretta cependant immédiatement son geste, se souvenant de la dernière crise du garçon au manoir. Sa réaction d'ailleurs, ne se fit pas attendre.
« Non ! » cria le Survivant en se dérobant brutalement au contact, comme si on venait de le brûler. « Ne… ne me… TOUCHEZ PAS ! » balbutia-t-il en reculant nerveusement contre le mur, la respiration saccadée, les yeux teintés d'effroi.
« Très bien, Potter. » dit aussitôt l'espion en levant ses mains devant lui, prenant une voix inoffensive. « Je ne vous touche plus. » lui assura-t-il tandis que l'adolescent l'observait, recroquevillé sous la fenêtre qui donnait au-dessus de son lit.
Il avait fait une erreur, il avait oublié que l'adolescent réagissait parfois brutalement lorsque l'on le touchait sans son autorisation. C'était d'ailleurs ce qui avait contribué à déclencher la crise d'hyperventilation qu'il avait faite au manoir, quelques jours après les événements macabres qui avaient précédés.
L'air quelque peu las, le maître des potions observa le garçon qui semblait vouloir se faire tout petit, le fixant comme s'il était un monstre, puis lâcha un bref soupir. Cela faisait deux jours entiers que l'espion s'occupait de lui et aucun résultat, même minime, n'avait été observé par celui-ci. Il n'était pas impatient – bien que la patience chez lui faisait parfois défaut – mais il n'arrivait à rien et cela l'agaçait.
Et ne voulant pas ou plutôt était quelque peu réticent à utiliser des méthodes telles que le Legilimens, il présumait que les choses n'allaient pas avancer très vite – si elles avançaient un jour.
En somme, il sentait que la tâche n'allait pas être de tout repos.
Et ce n'est que bien plus tard qu'il réalisa que jamais il n'avait été aussi proche de la réalité.
À suivre...
