Hey !

Ça me fait plaisir d'être de retour, 2 mois, c'était long !

Pour moi le bac s'est bien passé, j'appréhende un peu les résultats mais bon, on verra bien lol. J'espère en tout cas que tout s'est bien passé pour toutes celles et ceux qui ont été dans le même cas que moi et je vous souhaite d'avoir des résultats à la hauteur de vos espérances (et je fais un petit coucou tout spécial à missxD-TVD SPN !)

Pour ce chapitre, j'ai voulu commencer par raconter ce qu'il se passe à Poudlard avec le point de vue de Hermione afin de situer un peu les choses. On a ensuite le point de vue de Severus qui tente tant bien que mal de faire avancer les choses quant à Harry, avec un peu d'Occlumancie cette fois... bref je n'en dis pas plus.

Bonne lecture !


Chapitre 23 : Incertitudes


D'un air ennuyé, la sorcière suivit du regard les quelques élèves qui allaient s'asseoir à leur table.

Un petit groupe de Serdaigle discutant à voix basse entra ensuite dans la Grande Salle, suivi par Luna Lovegood – une élève plutôt étrange – et de quelques Poufsouffles. Dardant ses yeux marrons sur la Serdaigle, Hermione observa distraitement ses longs cheveux blonds et emmêlés flotter derrière elle tandis qu'elle avançait en regardant tout autour d'elle d'un air fasciné, puis détourna finalement le regard pour le poser sur les Serpentards qui entraient dans la Grande Salle.

Composé de Pansy Parkinson en tête, flânant et riant bruyamment aux paroles de Draco Malfoy, de Vincent Crabbe qui murmurait à l'oreille d'un Gregory Goyle accablé et de Blaize Zibini fermant la marche d'un air désintéressé, le petit groupe paraissait comme à son habitude, plutôt joyeux. Quelques élèves Poufsouffles évitèrent soigneusement de croiser leur regard lorsqu'ils les regardèrent, d'autres firent mine de ne pas les avoir vu.

Ce ne fut cependant pas le cas de la Gryffondor qui fixa tranquillement le groupe jusqu'à ce qu'il n'arrive à sa table, croisant même quelques secondes le regard de Draco Malfoy.

Aussitôt, la sorcière fronça les sourcils d'un air renfrogné, attendant un regard dédaigneux du Serpentard mais pour une fois, rien ne vint. Encore plus pâle que d'habitude, le Sang-Pur sembla simplement se contenter de lancer un coup d'œil à la table des Gryffondors, s'attardant sur elle, puis détourna le regard pour finalement faire mine d'écouter ce que lui disait Parkinson.

« Et donc on pourrait… tu m'écoutes ? »

Le ton quelque peu agacé la fit sortir de ses pensées.

« Oui Ron, je t'écoute. » répondit-elle distraitement, tandis qu'elle reportait son attention sur le rouquin.

Non sans une moue boudeuse, le sorcier eut cependant le temps de suivre le regard de son amie et tomba bien évidemment sur la table des Serpentards.

« Il t'a regardé de travers, c'est ça ? » dit-il d'un air mauvais tandis qu'il fixait Malfoy. « Cette sale fouine, si tu ne me retenais pas… » continua-t-il d'une voix faussement menaçante tandis qu'il étalait avec colère du beurre sur sa tartine.

Il ne finit cependant pas sa phrase, laissant sa menace en suspend et faisant rouler des yeux la sorcière. Elle ne le retenait pas, de toute façon…

« Non, il n'a rien fait de désobligeant pour une fois. » répondit-elle en prenant elle aussi une petite tartine de pain.

Ce qui était plutôt étrange, si elle y réfléchissait bien.

« Ah… » lâcha simplement Ron. « C'est qu'il n'est pas dans son assiette alors, tant mieux pour nous. » conclut-il ensuite en haussant les épaules.

La sorcière ne put qu'acquiescer.

Depuis le début de l'année en effet, la maison Serpentard – et tout particulièrement ce petit groupe – avait créé de nombreux confits. Peut-être était-ce due aux rumeurs circulant sur le retour du "Seigneur des Ténèbres'' ou bien était-ce à cause du fait que les journaux et le Ministère en général ridiculisaient Dumbledore et Harry Potter.

Hermione ne le savait pas, mais une chose était sûr : cette année promettait d'être mouvementée.

De plus, à cause des événements du Tournoi des Trois Sorciers, un climat de doute et de peur planait sur le monde magique. Depuis la rentrée en effet, une ambiance tendue régnait, amplifiée par l'absence du Directeur, par les conflits entre les maisons et par le contrôle qu'exerçait Dolores Ombrage sur l'école.

Voulant d'abord à tout prix réfuter les rumeurs du retour de Vous-Savez-Qui, réformer la méthode d'éducation dans les disciplines telles que la DCFM et contrôlant désormais chaque faits et gestes dans le château, la sorcière au visage de crapaud participait nettement à empirer la situation.

D'abord détestée par les professeurs, elle était aujourd'hui haïe par tous les élèves. Outre ses règles strictes et son attitude détestable, celle-ci n'hésitait pas paraissait-il et si l'envie la démangeait, à punir toute une classe en les envoyant à Rusard afin d'effectuer quelques corvées dans le château.

Ses cours étaient une catastrophe, personne n'apprenait rien de bien concret, ses punitions dépassaient parfois les limites du légal – elle aurait apparemment utilisé une plume magique sur quelques élèves en colle – et le pire, c'était que personne ne pouvait rien faire contre elle, pas même Dumbledore.

De plus, la petite bande de Gryffondors de 5ème année dont Hermione faisait partie était très souvent – si ce n'était pas toujours – au cœur des problèmes. Depuis le début de l'année en effet, les lions avaient déjà subi de nombreuses heures de colles et injustices de la part du crapaud et à cause des Serpentards ce qui, bien sûr, révoltait la jeune sorcière.

Il y avait d'abord eu cet incident en cours de potion, qui avait bien failli faire exploser toute la classe. Pour une simple insulte, Pansy Parkinson avait délibérément ajouté de la poudre de griffes de dragon dans le chaudron de Seamus, l'accusant de l'incident qui avait détruit la moitié de la classe et blessé une dizaine d'élève et se moquant par la suite de celui-ci tandis que quelques Gryffondors ayant tout vu et l'ayant insulté se faisaient punir par Ombrage.

Puis, il y avait eu la bataille de nourriture et de couverts dans la Grande Salle. Le crapaud ayant décrété de sa voix horripilante que les Gryffondors et Poufsouffles étaient à l'origine de la bataille, seuls ceux-ci avaient été obligés de nettoyer tandis que les Serpentards – coupables également – avaient pu tranquillement retourner dans leurs dortoirs. Et quant aux Serdaigles, eh bien la plupart avait fait mine de ne rien voir et n'avait pas participé.

Sans doute les plus intelligents dans cette affaire, s'était dit Hermione tandis qu'elle nettoyait le sol de la Grande Salle, alors même qu'elle n'avait pas non plus participé à la bataille.

Bien sûr, des professeurs comme McGonagall, Flitwick ou Chourave s'étaient fermement opposés à la décision d'Ombrage. Cependant, Dumbledore n'étant pas là et la sorcière affirmant lentement son contrôle sur l'école, rien n'avait fait.

Néanmoins, d'après Fred et George – seul Merlin savait quelle était leur source – Ombrage avait été convoquée dans le bureau du directeur lorsqu'il était revenu et avait reçu des réflexions qui ne lui avait pas vraiment plu… pour finalement en ressortir furieuse, ce qui constituait une petite victoire.

Ainsi, ces deux événements majeurs s'ajoutant aux petits conflits perpétuels entre les deux maisons, parfois simplement déclenchés par un regard de travers ou un sous-entendu, il fallait bien conclure que la guerre entre Gryffondors et Serpentards n'était pas près de s'arrêter.

Et pour Ron et Hermione, les choses avaient été encore plus compliquées. Outre le fait que chaque élève de Gryffondor n'était pas forcément apte à croire à la résurrection du Seigneur des Ténèbres, chacun était plutôt d'accord lorsqu'il s'agissait de défendre sa maison et son honneur, surtout face à des Serpentards. Cependant, depuis la rentrée, de nombreuses disputes au sujet du mage noir et de Harry Potter avaient déjà éclaté au sein de la maison.

Pour les amis proches du Garçon-Qui-A-Disparu ou plus communément appelé Garçon-Qui-Ment, il n'était en effet pas si facile de défendre Harry contre tous les ragots que racontaient les journaux et les gens en général.

Heureusement pour la sorcière et le rouquin, avec la petite guerre qui s'était créée entre les Serpentards et les Gryffondors, la maison des lions n'avait pas eu d'autre choix que de s'unir. Depuis une semaine et contrairement au début de l'année, l'ambiance dans les dortoirs s'était donc nettement améliorée et ils n'avaient pas trop à se plaindre.

Mais il fallait tout de même dire que les premiers jours après la rentrée n'avaient pas été très faciles. Avec le retour du terrible mage noir, l'enlèvement de Harry, l'attaque au square Grimmauld, les insultes envers son ami introuvable et enfin Dolores Ombrage et les attaques des Serpentards, la sorcière avait souvent cédé aux larmes, bien malgré elle.

Bien sûr, Ron, ses frères et Ginny avaient partagé le même fardeau et étaient restés unis. Durant ces dernières semaines même, Hermione s'était découvert une toute nouvelle affection pour la jeune Weasley. Peut-être était-ce le début d'une amitié puissante, la sorcière ne le savait pas. En tout cas, étant donné qu'il était à présent difficile de faire ami-ami avec des élèves d'autres maisons, Hermione était bien contente d'avoir quelqu'un à qui parler.

« Regarde, c'est elle qui a perdu ses parents à Godric's Hollow. » entendit-elle ensuite, la faisant sortir de ses pensées.

Suivant le regard de Ron, la sorcière observa quelques secondes une jeune fille Serpentard se diriger vers sa table respective, accompagnée d'un garçon de son âge qui semblait vouloir la réconforter. D'un geste affectif, il plaça sa main sur l'épaule de la sorcière et la rapprocha d'elle tandis qu'elle marchait en silence, les épaules basses et les yeux fixant ses pieds.

Puis, une fois assise à sa table, le garçon la quitta et Hermione remarqua alors que celui-ci n'était autre qu'un Poufsouffle. L'arrivée de la fille à la table des Serpents sembla d'ailleurs provoquer de vives discussions, certaines filles dardèrent un regard dédaigneux sur elle et son ami qui allait s'asseoir chez les Poufsouffles, d'autres lui lancèrent un regard compatissant.

En regardant cette scène, Hermione eut alors un pincement au cœur. Elle pensa à ses propres parents, au square Grimmauld et à Mme Weasley, aux visages blêmes et terriblement inquiets de ses enfants lorsqu'ils étaient restés sans nouvelles après l'attaque et détourna le regard pour finir sa tartine, qu'elle abandonna finalement.

Après l'attaque de Godric's Hollow, un nouveau climat de peur, de doute et de tristesse s'était instauré sur l'école. Durant les quelques jours suivants d'ailleurs, aucun accident ou conflit entre élève n'avait été signalé. Peu d'élèves, à ce que la sorcière avait compris, avaient perdu des proches dans l'attaque mais l'événement, pour des raisons évidentes, avait en quelque sorte profondément secoué l'école.

Dumbledore avait d'ailleurs fait un discours conseillant aux élèves de rester forts et unis, s'attardant sur certains noms de la liste des personnes décédées avec tristesse tandis qu'Ombrage quant à elle en avait profité une fois de plus pour faire l'apologie du Ministère.

« Certains Mangemorts depuis la rumeur du pseudo retour de Vous-Savez-Qui sont en effet assez agités. Cependant, aucun témoin n'a vu ni même aperçu Vous-Savez-Qui, c'est important de le préciser. » avait-elle dit de sa voix aigüe, tandis qu'elle remettait en place son col rose par-dessus son manteau de la même couleur. « Mais ne vous inquiétez pas chers élèves. Le Ministère est là pour vous protéger, et les coupables de ce crime seront vite retrouvés et envoyés à Azkaban. »

Peu l'avaient écouté, cependant.

C'était d'ailleurs à ce moment que certains élèves, notamment des Serpentards, avaient enfin semblé prendre conscience de la réalité. Certains serpents avaient arrêté de plaisanter sur les Mangemorts, d'autres avaient cessé d'en faire leurs modèles. Et d'une manière générale, les conflits s'étaient immédiatement apaisés.

Quel était l'intérêt en effet, de se diviser en des temps aussi troublés ?

Bien sûr, tous les problèmes n'avaient pas spontanément disparu, mais la situation dans l'école s'était nettement améliorée.

Ainsi, une semaine après l'attaque, le calme régnait plus ou moins.

Évidemment, personne n'avait rien oublié et ni n'avait pardonné, mais c'était comme si une trêve s'était installée d'elle-même. La bande de Draco Malfoy était toujours aussi horripilante – même si pour une raison inconnue Goyle paraissait depuis quelques jours complètement perdu – mais jusque-là, tout allait plutôt bien, ce qui n'était pas pour déplaire à la Gryffondor et à son ami.

De plus, l'attaque de Godric's Hollow avait au moins eu le mérite de faire à nouveau douter le monde magique sur le possible retour du mage noir, ce qui était un point positif, même si c'était sans doute le seul. La Gazette du Sorcier restait prudente et communiquait la version officielle du Ministère, d'autres journaux quant à eux laissaient place aux doutes parmi les nombreux témoignages des rescapés de l'attaque.

Dont le Chicaneur, qui se vantait d'être du côté de Dumbledore et de Harry Potter depuis le début. Mais personne ne lisait ce ramassis de bêtises, malheureusement – ramassis de bêtises étant le seul adjectif que Hermione avait trouvé pour le qualifier.

« Bref. Donc, tu m'écoutes ? » demanda ensuite Ron, tirant la sorcière de ses pensées. « Je disais qu'on pourrait demander à Dumbledore ou à l'infirmière. Qui ne tente rien n'a rien, non ? » continua-t-il tandis que les bavardages dans la Grande Salle augmentaient, dû au nombre croissant d'élèves.

La sorcière se retint de soupirer. Ils avaient déjà évoqué le sujet un bon nombre de fois, sans jamais trouver de solution malheureusement.

« Tu sais bien que ça ne marchera pas, Ron. » dit-elle, froissant une nouvelle fois le rouquin. « Si le professeur McGonagall n'a pas voulu nous le dire, je ne vois pas pourquoi d'autres le feraient… » expliqua-t-elle patiemment d'une voix désolée.

« Eh bien moi je voudrais bien savoir pourquoi ils nous ont exclu ! » argumenta le sorcier d'une voix agacé. « Ils craignent qu'on le répète ou quoi ? » s'exclama-t-il, de mauvaise humeur. « Je te le dis Mione, ils ne nous font pas confiance. Même maman ne sait pas où il est ! » continua-t-il en élevant toujours plus la voix.

« Ron, moins fort… » lui dit la sorcière.

L'air quelque peu penaud, le rouquin jeta quelques coups d'œil autour de lui, s'assurant que personne n'écoutait la conversation, puis marmonna simplement :

« N'empêche que j'aimerais bien savoir. »

À ces mots, Hermione lâcha un bref soupir tandis que le rouquin mordait d'un air furieux dans un morceau de pain couvert de confiture.

Elle aussi aimerait bien savoir…

Il y a deux jours, McGonagall était venu dans la salle commune des Gryffondors pour prendre à part les deux adolescents et leur dire que Harry était réveillé, alors même qu'ils n'avaient pas eu le droit de lui rendre visite à l'infirmerie. Seuls Dumbledore, Snape et l'infirmière bien sûr avaient été autorisés à le voir.

« Snape ? » s'était exclamé Ron lorsqu'il avait appris ce fait. « Pourquoi lui ? Et pourquoi pas nous ?! Il n'en a rien à faire de Harry ! » avait-il dit d'un air mauvais devant la directrice de maison, ayant pour conséquence un raclement de gorge significatif de la vieille sorcière.

« C'est vrai que c'est assez incompréhensible, professeur… » avait à son tour dit Hermione, défendant son ami.

« Je comprends très bien mais je ne peux vous en dire plus pour le moment. » avait simplement répondu la vieille sorcière d'un air compatissant. « Je vous donnerai plus de détails lorsque j'en aurai. » avait-elle ensuite conclu, non sans faire un maigre sourire désolé aux deux adolescents.

Ron et Hermione avaient donc immédiatement su pour la présence de leur ami à Poudlard, sans avoir la possibilité de le voir. Et désormais, ils venaient tout juste d'apprendre que Harry était réveillé mais qu'ils n'étaient pas non plus autorisés à le voir, ni même à savoir où il était, ce qui avait le don de les inquiéter – en plus de les rendre furieux, du moins pour Ron.

La sorcière quant à elle ne savait pas quoi en penser. Dumbledore d'un côté était prévenant avec eux et leur communiquait beaucoup de choses tandis que de l'autre, refusait de les laisser voir leur ami. Et Hermione avait peur que cela ne cache quelque chose, comme le fait par exemple que Harry n'était pas en état pour voir qui que ce soit.

Ne souhaitant pas inquiéter Ron, elle ne lui avait encore rien dit. Mais peut-être pensait-il comme elle, elle n'en savait rien. Tout ce qu'elle savait cependant, c'était que l'incertitude, l'inquiétude et l'angoisse qu'elle ressentait depuis deux jours ne tarderaient pas à la faire craquer.

Bien sûr, souhaitant rester forte en apparence, elle préférait ne rien dire. Ron ne semblait pas avoir remarqué, ni les jumeaux. Ginny quant à elle devait avoir quelques doutes mais la sorcière ne pouvait rien y faire. En fait, elle hésitait encore à lui en parler.

Car depuis la disparition de son ami, la nouvelle du retour du terrible mage noir et l'attaque de Godric's Hollow, la sorcière n'arrivait plus à se concentrer sur quoi que ce soit. Parfois, le soir alors qu'elle faisait ses devoirs, l'angoisse la prenait soudainement, l'empêchant de penser à autre chose qu'à Harry tandis que son estomac se tordait douloureusement et qu'un mal de tête la prenait.

Chaque soir également, elle mettait un temps fou à s'endormir. Parfois même, elle ne dormait simplement pas. Un peu de maquillage et quelques sortilèges pouvaient cacher son apparence fatiguée mais rien malheureusement ne pouvait l'aider à gérer le stress et l'angoisse qu'elle ressentait.

Ron quant à lui était affecté mais d'une autre façon, c'était du moins ce qu'avait remarqué Hermione. Il était devenu plus agressif, ne dormait pas beaucoup non plus – les cernes noires qu'il arborait parfois ne pouvaient prouver le contraire – et était en quelque sorte devenu plus mature, moins joyeux, plus pessimiste.

Et cela rendait Hermione triste bien sûr, tout comme cela la rendait triste de voir les jumeaux moins blagueurs et de plus en plus inquiets pour leur famille à mesure que les mauvaises nouvelles se succédaient, tandis que Ginny de son côté paraissait parfois triste sans aucune raison immédiate et ne riait plus autant qu'avant. Et malheureusement, tant que les évènements comme l'attaque du square Grimmauld ou celle du village de Godric's Hollow se succédaient et que les deux adolescents n'avaient toujours pas de nouvelles de leur ami, les choses sans doute ne s'amélioreraient pas.

Ainsi, pour ce qui était de Harry, la seule chose qu'ils savaient désormais était qu'il avait été pris en charge par quelqu'un et n'était désormais plus à l'infirmerie.

N'ayant pas de nouvelles de Sirius Black, le parrain de Harry, Hermione pensait que son ami était avec lui, ou alors avec le professeur Lupin. Mais sachant que Sirius Black était recherché par le Ministère, que le square Grimmauld avait été attaqué et qu'il ne pouvait se cacher indéfiniment à Poudlard sous peine de se faire découvert, la sorcière doutait quelque peu de cette option.

Néanmoins, était complètement incertaine pour l'instant et ne voulant pas s'inquiéter d'avantage, Hermione préférait se dire que quelqu'un de confiance, choisi par Dumbledore, s'occupait de Harry dans un endroit sécurisé qui était peut-être même Poudlard. Car après tout, il était facile de cacher quelqu'un dans l'immense château et de cette manière, son ami serait plus en sécurité que nulle part ailleurs.

C'était du moins ce qu'elle espérait.

Puis, tandis que Ron finissait enfin de s'empiffrer de tartines de confitures, une voix tira la sorcière de ses pensées.

« Je n'en peux plus de ce prof ! C'est une calamité ! »

Cherchant la propriétaire de la voix du regard, Hermione tomba vite sur Ginny qui, accompagnée des jumeaux, se dirigeait vers la table des Gryffondor.

« Vous avez vu l'heure qu'il est ? » lança Ron tandis qu'il s'essuyait la bouche de sa manche dans un long mouvement, dégoûtant quelque peu son amie.

« Ce n'est pas de ma faute. » dit Ginny tandis qu'elle prenait place sur le banc à côté de la sorcière plus âgée, non sans lui dire bonjour.

« Si c'est de ta faute ! » répondirent en cœur les jumeaux, qui s'assirent de chaque côté de leur frère.

« Eh bien vous n'avez pas à m'attendre si vous êtes si pressés que ça. » répliqua la jeune Weasley d'un air agacée, faisant rouler des yeux ses deux frères.

« On avait envie. » dit ensuite Fred tout en attrapant un pain au chocolat.

« Le temps se prêtait à l'occasion. » rajouta George tandis qu'il piquait le jus de citrouille de Ron, qui lui lança un regard furieux, faisant rire Hermione.

« Oh arrêtez, je sais que vous manigancez quelque chose. » déclara Ginny. « Je ne suis pas stupide, vous savez. » ajouta-t-elle en commençant elle aussi à manger, d'une manière cependant plus noble que ses frères qui engouffraient rapidement la nourriture dans leur bouche comme s'ils avaient peur qu'elle prenne la fuite...

À ces mots, Ron releva la tête d'un air intéressé et Hermione roula des yeux. Qu'avaient-ils encore inventé ?

« Chai là que hu te chrompe. » tenta de dire Fred, la bouche pleine.

« C'est là que tu te trompes. » traduisit George.

« On ne maniganche yien du chou. » ajouta le premier.

« On ne manigance rien du tout. » décoda le deuxième.

« On ente huche chouver ouau chuc à air. Et chai pas et onon. » articula Fred.

« Heu… là j'avoue que je n'ai pas tout compris. » admit George tandis qu'il attrapait la confiture et l'étalait sur son morceau de pain, son jumeau savourant le petit moment comique qu'ils avaient créé. « Bref, que disais-tu sur ce cher professeur de potion sœurette ? » demanda-t-il ensuite, détournant habilement le sujet.

La concernée fronça les sourcils, garda le silence quelques secondes tandis que sa voisine faisait mine de ne rien avoir vu ni entendu et que Ron semblait déçu du silence des jumeaux quant à leur nouveau projet, puis consentit finalement à changer de sujet.

« Je disais que ce professeur est une calamité. » répéta-t-elle patiemment.

« Lequel ? » demanda Ron non sans laisser échapper un petit rire.

Sa sœur souffla par les narines d'un air agacé puis répondit :

« Vermeille, qui d'autre ! »

À ces mots, Hermione hocha vivement la tête.

« Bah, s'il fallait faire une liste de tous les professeurs mauvais de cette école, on ne serait pas rendu. » commenta Ron en haussant les épaules, faisant rire les jumeaux et soupirer son amie. « Et ne me dit pas que tu aimes bien Binns ! » s'exclama le rouquin à l'intention de Hermione.

Tous les regards se tournèrent vers elle et elle se justifia simplement, d'un air innocent.

« Ses cours sont un peu ennuyeux, c'est tout… »

Ron voulut ensuite argumenter mais sa sœur l'en empêcha, continuant sur la calamité qui leur servait de professeur de potion.

« Hier il n'a pas voulu nous faire cours sous prétexte que la classe était trop dissipée à son goût ! C'est la troisième fois cette semaine ! » s'exclama-t-elle d'un air furieux, ses cheveux roux accompagnant ses gestes et lui donnant une allure remontée.

« Trop cool ! Il ne nous a encore jamais fait ça à nous ! » commenta Ron d'une voix enthousiaste.

Les jumeaux quant à eux se contentèrent de lâcher un petit rire tandis que Hermione roulait une nouvelle fois des yeux.

« Et il a osé me donner trois heures de colles alors que je ne suis arrivée qu'avec deux minutes de retard ! » continua Ginny en croisant des bras et en fronçant les sourcils, contrariée.

« En même temps, si tu arrêtais de coller tout le temps ton nouveau copain, peut-être que tu arriverais à l'heure en cours… » commenta Ron, faisant rougir sa sœur.

« Ce ne sont pas tes affaires ! » se défendit aussitôt la rouquine, furieuse.

Hermione cru alors qu'une nouvelle dispute sur le copain de Ginny allait éclater mais finalement, les jumeaux reprirent la parole, éloignant une nouvelle fois un sujet épineux.

« Moi je le trouve cool ce prof. » commenta George.

« Moi aussi ! » acquiesça Fred.

« J'ai entendu dire que vous lui aviez fait un croche-pied dans les couloirs… » lança d'un air innocent Hermione, faisant pouffer Ron tandis que des sourires coupables se créaient sur les visages des jumeaux.

« C'était plus fort que nous. » se justifia Fred.

« Et il l'avait cherché. » ajouta George.

« Bien fait pour lui. » commenta Ginny d'un air satisfait.

« Vous ne le martyrisez pas déjà assez en classe ? » s'étonna tout de même Ron, non sans lâcher un petit rire.

Comme seule réponse cependant, les jumeaux se contentèrent d'échanger un sourire amusé, choisissant soigneusement de ne pas répondre à la question.

« Ils ne sont pas censé ne plus avoir potion cette année ? » chuchota ensuite Hermione à Ron tandis que Ginny reprenait sa conversation endiablée sur le professeur Vermeille, accompagnée des jumeaux.

« Aucune idée. » répondit simplement Ron en haussant les épaules, vaguement indifférent.

Car si c'était le cas, les jumeaux étaient bien parmi les seuls élèves – avec Hermione – à aller à un cours non obligatoire et à en plus aimer cela… ainsi que le professeur. Il était certain que s'ils y allaient, c'était uniquement pour s'amuser, mais même ce fait était incompréhensible pour la sorcière. Les cours avec le professeur Vermeille étaient tout sauf amusant.

En fait, elle en venait vraiment à regretter Snape…

Soudain, réalisant que plus personne ne parlait, elle comprit qu'elle avait formulé cette pensée tout haut.

Chaque visage était désormais tourné vers elle d'un air ahuri et elle croisa les bras d'une moue boudeuse.

« Au moins avec lui on apprenait des choses. » se justifia-t-elle tandis que Ron semblait au bord de la syncope, que Ginny la regardait d'un air apparemment mitigé et que les jumeaux ne pipaient mot.

« Oui mais bon… c'est Snape… » hésita Ginny avec précaution. « Et à choisir, je préfère ne rien apprendre plutôt que de l'avoir lui… » ajouta-t-elle d'un air quelque peu dégoûté, appuyé par le hochement de tête frénétique de Ron et des jumeaux.

« Parfois, je me demande ce qui te passe par la tête ! » commenta ensuite le rouquin à l'intention de son amie, qui prit un air contrarié.

« Contrairement à toi Ron, j'aimerais avoir mes BUSES. » lança-t-elle d'une voix accusatrice contre son ami.

« Oh mais ne t'inquiète pas ! » intervint alors George, empêchant son jeune frère de dire quoi que ce soit. « D'après nos sources, Snape se paye un petit congé et revient mi-octobre ! »

« Comment vous savez ça ? » demanda aussitôt Ron, tout à coup intéressé.

« Secret professionnel, désolé petit frère. » dirent cependant les jumeaux.

« Vous parlez avec les tableaux, c'est ça ? » continua le rouquin tandis que Ginny devenait elle aussi intéressée.

Hermione se prépara alors à affirmer que c'était impossible car les tableaux obéissaient en général à Dumbledore mais fut coupée dans son élan.

« Bon si tu veux tout savoir, on a fait ami-ami avec les tableaux, oui. » admit alors Fred.

« Ils ne sont pas très commodes… » commenta George.

« Normal, ce sont des meubles. » observa Fred.

« Mais au moins eux, ils savent tout ! » conclut George.

« Dites plutôt que vous avez entendu la rumeur chez les Serpentards… » lança Ginny, ne se laissant aucunement berné par ses grands frères qui prenaient un malin plaisir à jouer avec Ron.

Aussitôt, les jumeaux prirent un air faussement innocent. Et bien sûr, ils préférèrent ne pas répondre, laissant le doute s'installer.

« Vous l'avez encore fait ? » s'enquit alors Ron, plus intéressé encore et n'y tenant plus.

Depuis plus d'une semaine en effet, les jumeaux semblaient magouiller dans le dos des Serpentards. Ni Hermione ni aucun de ses frères et sœur ne savaient ce qu'ils tramaient mais une chose était sûre, ils allaient bientôt s'attirer des ennuis, si ce n'était pas à toute la maison Gryffondor entière.

Certaines rumeurs disaient qu'ils avaient réussi à s'introduire dans la salle commune et les dortoirs des serpents, d'autres affirmaient qu'ils avaient un espion ou qu'ils avaient soudoyé quelqu'un contre un terrible secret.

Hermione, elle, n'y croyait pas une seconde.

« Vous devriez arrêter votre petit jeu avec eux… » leur conseilla-t-elle tranquillement tandis qu'elle regardait du coin de l'œil la bande de Malfoy se lever et sortir de la Grande Salle, le Sang-Pur lançant une nouvelle fois un coup d'œil à la table des Gryffondor.

Non sans rouler des yeux, les jumeaux tentèrent alors de se justifier tandis que Ron, apparemment très intéressé par les magouilles de ses frères, ponctuait leurs paroles de larges hochements de tête. Ils évoquèrent d'abord l'avantage d'en savoir plus sur les Serpentards, puis d'être capable d'anticiper leurs mauvaises blagues, et enfin de garder un œil sur leurs principaux ennemis.

Pour le reste, la sorcière ne suivit pas tout et se contenta de faire mine d'écouter tandis que Ginny finissait tranquillement de manger.

« Oh et puis faites ce que vous voulez… » dit finalement Hermione, surprenant les trois garçons.

La sorcière ne voyait pas d'un très bon œil les agissements des jumeaux – et elle ne les avait jamais vu d'une autre manière de toute façon – mais il fallait bien admettre que parfois, les farces et autres inventions de ceux-ci pouvaient être utiles...

Elle-même se surprit d'ailleurs d'une telle pensée puis haussa finalement les épaules tandis que ceux-ci embarquaient leur jeune frère dans une conversation secrète sur une toute nouvelle invention et que la Grande Salle, à présent bondée et animée, se vidait petit à petit à mesure que l'heure tournait.

Puis, environ un quart d'heure plus tard, le groupe quitta finalement lui aussi la salle et se prépara, comme tous les autres élèves de l'école, à aller en cours.

Et bien sûr, Hermione et Ron commençaient par potions…


Au même moment, quelque part dans les profondeurs du château, l'espion comme tous les matins soignait le Survivant.

La petite crise de la soirée précédente s'était finalement finie par le retour du mutisme de l'adolescent et le professeur de potions devait désormais bien l'admettre ; il ne savait que faire pour y remédier.

Lorsque le garçon s'était finalement endormi, Severus était allé voir le directeur dans son bureau et lui avait donné des nouvelles de son Golden Boy, tout en lui expliquant qu'il n'avait pas vraiment fait de progrès. Il lui avait dit que le garçon se laissait facilement soigner, parfois en grimaçant et en gardant toujours à l'œil ce que faisait l'espion mais de ce côté-là, tout se passait plutôt bien. En effet, à mesure que les jours passaient, les blessures de l'adolescent se refermaient doucement et n'avaient aucun mal à guérir.

Son corps bien sûr était toujours couvert d'ecchymoses, mais celle-ci, à l'aide de la magie, disparaissaient progressivement. Depuis trois jours également, le garçon n'avait pas bougé de son lit à cause de ses bandages et de sa faiblesse physique. Son bras gauche était également toujours bandé et l'espion s'assurait que son patient ne fasse aucun mouvement brusque avec son épaule, qui avait été déboîtée.

Tous les jours également et ce, plusieurs fois dans la journée, l'espion devait changer ses bandages et s'assurer que les plaies cicatrisaient bien et se refermaient sans problème. Jusque-là le professeur de potions n'avait eu aucun souci particulier, si ce n'était que la blessure infligée par Gibbon à la jambe du garçon ne semblait pas réagir aux soins magiques.

Durant son temps libre d'ailleurs, Severus avait entrepris de savoir quel était le sortilège de magie noire que le Mangemort avait utilisé. Pouvait-il être mortel ? Y avait-il des effets secondaires chez la victime ? Ne pouvait-il pas se soigner avec un contre-sort ? Toutes ses questions étaient pour l'instant sans réponses. Cependant, l'espion était sûr qu'il les trouverait bientôt.

Ou du moins lorsqu'il trouverait le temps. Car le garçon épuisant vite ses réserves de potions, l'espion devait chaque jour en préparer de nouvelles, notamment des antidouleurs et des potions de sommeil-sans-rêve.

Trouvant le garçon suffisamment affaibli, Severus avait en effet consenti à lui en donner tous les soirs. Cependant, ne voulant pas créer une dépendance chez l'adolescent, il faudrait vite y mettre un terme.

De plus, étant donné que celui-ci n'acceptait toujours pas de manger, les potions nutritives allaient également bientôt manquer. De ce côté-là cependant, l'espion ne se faisait pas trop de soucis et se disait que le garçon consentirait à manger lorsqu'il en aurait envie.

Ainsi, soigner le corps du garçon était une chose plutôt simple, mais s'occuper de son état mental était complètement différent.

L'espion avait d'ailleurs raconté au directeur les différentes crises de l'adolescent. Tout d'abord, celle du manoir. D'une manière générale le garçon n'aimait pas vraiment être touché et cela lui provoquait parfois des réactions plus ou moins conséquentes. Le fait d'évoquer le Seigneur des Ténèbres semblait également être proscris au vu de la soirée précédente, ce qui était plutôt normal après tout ce que le serpent lui avait fait subir...

Cependant, même en gardant soigneusement ses distances et en n'évoquant pas les sujets sensibles, l'espion n'arrivait à rien.

Il avait bien sûr réussi à conclure plusieurs choses, choses qu'il avait d'ailleurs fait part au directeur. Tout d'abord, même si le mot Poudlard semblait avoir une signification particulière pour lui, le garçon ne semblait pas comprendre ce que le mot représentait vraiment. Malgré le fait que l'espion lui avait de nombreuses fois dit qu'il était en sécurité à Poudlard et que personne ne lui ferait du mal, le garçon ne semblait pas non plus comprendre.

« Étrange, Harry sait pourtant très bien que Poudlard est parmi les endroits le plus sécurisé du monde magique… » avait alors observé le vieux sorcier, tout en passant vaguement sa main sans sa longue barbe argentée.

Certes, mais le résultat était là : le garçon l'avait apparemment oublié. Et jusque-là, l'espion n'avait jamais réussi à lui faire prendre conscience de ce fait.

Cependant, durant ces trois jours complets de mutisme, l'espion avait largement eu le temps de réfléchir à l'impact du mage noir sur l'esprit du garçon et en avait déduit plusieurs choses : tout d'abord, le garçon semblait être terrifié d'une possible punition du serpent, et non par le personnage en lui-même.

Durant la nuit du sauvetage en effet, l'espion avait pu observer que le Survivant avait eu peur certes, mais qu'il avait semblé se reposer sur le Seigneur des Ténèbres. Et d'ailleurs, il avait même semblé plutôt réticent à quitter le mage noir.

Lorsque Dumbledore était apparu en effet, le garçon avait tout de suite reculé derrière lui. Peut-être le voyait-il comme un potentiel protecteur, l'espion n'en savait rien. Seul Merlin savait ce que le Seigneur des Ténèbres avait accompli avec l'esprit du garçon.

De plus, la mémoire du garçon semblait avoir été trafiquée. L'évocation de certains mots, alors même que ceux-ci auraient dû l'interpeller, n'avait rien provoqué en lui. L'espion avait essayé de lui parler des professeurs de l'école, des différentes maisons – non sans prendre un certain air dédaigneux lorsqu'il avait fallu évoquer Gryffondor – mais rien n'y avait fait. Pire encore, le garçon n'avait pas réagi lorsque l'espion lui avait parlé du Quidditch.

Et cela s'ajoutant au fait que le Survivant paraissait terrifié à chaque fois que l'espion prononçait « Dumbledore », Severus avait finalement pu conclure qu'un psychomage aurait été beaucoup plus approprié pour s'occuper du garçon, tandis que le directeur quant à lui avait semblé contrarié par la façon dont son Golden Boy le voyait désormais.

Dumbledore souhaitait d'ailleurs que l'espion règle vite le problème afin de pouvoir rendre visite au Survivant, mais selon le professeur de potions, la chose était loin d'être une priorité, étant donné que le garçon ne semblait même pas comprendre où il était…

Pourtant, au manoir, Severus avait vu les dessins du garçon. Le simple mot ''Poudlard'' ou ''Gryffondor'' l'avait fait réagir lorsque l'espion avait fait mine de s'énerver contre lui, alors pourquoi ne réagissait-il pas ici ? Et surtout, comment pouvait-il lui faire prendre conscience de l'endroit où il était et de ce qu'il signifiait ?...

C'est donc ainsi qu'était revenue l'idée du Legilimens.

L'espion savait bien sûr que cela pouvait, en plus de ne pas fonctionner, empirer les choses – il n'était jamais très agréable d'avoir son esprit envahi par quelqu'un d'autre – mais ne sachant vraiment que faire, c'était pour lui la seule solution.

Lançant un dernier coup d'œil au garçon qui comme à son habitude fixait la fenêtre et observait vaguement les ondulations de l'eau sur la vitre, l'espion prit donc sa décision.

« Mr Potter. » l'interpella-t-il.

L'intéressé tourna doucement la tête en direction du professeur de potions, ses yeux verts pour l'instant inexpressifs se confrontant aux orbes noirs qui lui faisaient face.

L'espion observa également quelques secondes le visage pâle du garçon, ses cheveux noirs emmêlés dont quelques mèches tombaient devant ses lunettes puis continua, souhaitant lui laisser une dernière chance :

« Savez-vous où vous êtes ? » lui demanda-t-il lentement.

À ces mots, l'adolescent fronça légèrement les sourcils, sembla réfléchir tout en dévisageant le sorcier qui se tenait devant lui mais ne pipa mot.

« Vous êtes à Poudlard. » lui dit alors le maître des potions, non sans retenir un bref soupir. « Vous y avez été admis à vos onze ans, vous vous souvenez ? » continua-t-il.

Mais l'adolescent ne sembla pas se souvenir. Il fronça d'avantage les sourcils, se demandant sûrement ce que l'homme essayait bien de lui dire puis, à la grande surprise de l'espion, secoua négativement la tête dans une expression incertaine.

Le professeur de potions vit en cela un progrès, insuffisant cependant pour le faire changer d'avis. Une chose était néanmoins sûre à présent, le Seigneur des Ténèbres avait bel et bien trafiqué la mémoire du garçon.

« Très bien Potter. » dit-il alors tout en sortant sa baguette. « Vous n'allez certainement pas apprécier, mais c'est pour votre bien. » lui assura-t-il tandis que l'adolescent, en voyant la baguette, eu un mouvement de recul dans son lit.

L'espion leva ensuite sa baguette en direction du garçon, choisissant de ne pas prendre la peine d'expliquer ce qu'il allait faire. Et de toute façon, il était sûr que l'adolescent n'y comprendrait pas grand-chose.

Celui-ci d'ailleurs, en observant le geste de l'espion, haleta soudain. Il se recula contre le mur, dévisagea l'espion avec une certaine peur et incompréhension et demanda même de sa voix rauque :

« Qu-qu'est-ce que vous faites ? »

N'obtenant pas de réponse et fixant tour à tour la baguette pointée en sa direction et le visage fermé de l'espion, il lança ensuite des coups d'œil en direction de la porte, un air toujours apeuré sur le visage, puis plongea finalement son regard vert et effrayé dans celui de son potentiel agresseur.

Peut-être allait-il perdre le peu de confiance qu'il avait en l'espion, celui-ci ne le savait pas. Mais il était désormais indispensable d'agir.

Alors, il prononça :

« Legilimens. »

Vaguement, il entendit un halètement de l'adolescent et pénétra aussitôt dans l'esprit du garçon. Il le sentit résister faiblement, mais ses défenses étaient futiles face au maître Occlumens. Tellement faibles d'ailleurs, se dit l'espion à mesure qu'il avançait, qu'il aurait pu aisément y arriver sans sa baguette.

Puis, rapidement, il arriva dans l'océan déchaîné de souvenirs que constituait l'esprit du garçon. Un flot d'émotions se mêlaient à eux, de l'incompréhension, de la crainte, de l'effroi même, et de la douleur. Trop de douleur.

Un souvenir s'imposa alors à l'espion sans même qu'il ne puisse rien y faire. Il vit en grimaçant les yeux carmin du serpent le fixer cruellement, son visage blanc se tordant dans un sourire sadique tandis que le garçon haletait de terreur. De sa voix inquisitrice et mielleuse, il susurra ensuite, tout en approchant sa main squelettique du visage du Survivant :

« Désormais, tu m'appartiens. »

Puis, brusquement, la scène s'écroula et laissa place à l'ouragan d'émotions et de souvenirs.

Voulant en finir rapidement afin de ne pas laisser de séquelles au garçon, l'espion fit de son mieux pour éviter les souvenirs qui tentaient de s'imposer à lui, mêlant tour à tour la peur effroyable et la douleur immense qu'avait ressenti le garçon, et chercha désespérément un souvenir qui pourrait convenir.

Non sans une légère appréhension, il s'enfonça alors plus profondément et entendit gémir l'adolescent, tandis qu'il tentait misérablement de résister et que l'océan autour de lui se faisait plus agité encore.

Il devait trouver vite, l'espion n'avait pas le choix. Mais y avait-il vraiment ce qu'il cherchait ? Où étaient donc cachés les souvenirs qui l'intéressaient ? Jusqu'où devrait-il encore s'enfoncer afin de mettre la main dessus ?...

Une nouvelle fois, un souvenir s'imposa de lui-même et l'espion grimaça tandis que le serpent fixait en silence l'adolescent, dans une pièce sombre et seulement éclairée par le feu d'une cheminée.

« Tu ne voudrais pas me mettre en colère Harry, n'est-ce pas ? » prononça-t-il d'une voix doucereuse mais menaçante, faisant frémir l'adolescent.

Celui-ci secoua négativement la tête. Non, il ne le voulait pas. Il ne voulait plus souffrir, il ne voulait plus avoir mal, s'il vous plaît…

Le serpent se rapprocha alors doucement de lui, tandis que les contours dans la pièce se faisaient plus sombres et que la scène semblait dangereusement s'effondrer.

« C'est bien Harry. Tant que tu m'obéis, tout se passera bien. Tu n'auras plus mal… » susurra-t-il en se mouvant silencieusement dans la pièce, ses longues capes noires traînant dans son sillage.

Puis, soudain, il s'arrêta, promena son regard autour de lui d'un air suspicieux tandis que l'adolescent semblait pétrifié de peur et fit brusquement se figer l'espion.

Comment était-ce possible ?... se dit-il alors qu'une certaine crainte montait soudainement en lui.

Les yeux du serpent avaient arrêté de se promener dans la salle et étaient désormais fixés sur lui, alors même qu'il était extérieur à la scène.

Puis, voyant soudain que la scène s'effondrait et que des griffes noires et énormes se refermaient sur lui, l'espion s'arracha avec peine au souvenir, faisant crier de douleur l'adolescent, et rejoignit l'océan tandis que son cœur se mettait à battre plus vite.

Ce qu'il venait de voir était impossible, c'était tout bonnement… même pour le Seigneur des Ténèbres…

Déstabilisé, le maître des potions perdit alors quelque peu de son sang-froid, passa en revu d'autres souvenirs tout en se mettant à réfléchir à toute vitesse, non sans une légère crainte, et serra les poings.

Ce n'était pas le moment, il devait se concentrer.

Alors, avec toujours plus d'appréhension, il s'enfonça plus loin encore, tandis que les choses autour de lui se mettaient dangereusement à trembler.

Jusque-là, il n'avait vu aucun souvenir pouvant se rapporter à la vie du garçon à Poudlard. C'était comme si quelqu'un les avait profondément enfoui dans l'esprit du Survivant, comme si ce n'étaient que de vagues et lointains souvenirs.

Ce n'est finalement qu'après de longues recherches qu'il trouva enfin ce qu'il cherchait, un petit fragment de mémoire, juste devant lui, dissimulé parmi l'ouragan de souvenirs qui l'entourait.

Aussitôt, l'espion s'empara de lui et l'imposa à l'adolescent, qui, il le sentait, n'allait pas encore tenir très longtemps.

Assis dans le grand lit de la chambre au manoir Jédusor, le garçon dessinait sur son carnet. Il traça d'abord les contours, imagina la scène, tenta de se rappeler comment était l'endroit qu'il tentait de reproduire sur sa feuille et dessina finalement quelques fauteuils, une cheminée, quelques tables et deux ou trois tapis sur le sol.

Puis, quand le résultat lui parut satisfaisant, il tourna la page et entreprit de reproduire autre chose. Il fit le croquis d'une gigantesque pièce, au plafond nuageux mais lumineux, puis ajouta quatre énormes tables en son centre, griffonnant ensuite les détails à la hâte, comme si les souvenirs affluaient brusquement en lui.

L'espion, tandis que les feuilles se tournaient de plus en plus rapidement, revit alors les dessins du garçon, comme le compteur de points qu'il traça devant ses yeux, la salle commune des Gryffondor, la cour principale du château ou encore le Poudlard Express.

Il tomba ensuite sur une liste, que l'adolescent lut avec une certaine amertume alors qu'il barrait de son crayon un point de cette liste.

« 3. Aller chercher mes affaires, ma malle et Hedwige chez mon oncle et ma tante en leur disant comment leur fils est mort et en m'excusant, même si ce n'est techniquement pas moi qui l'ai tué. » eut le temps de lire l'espion avant que le souvenir ne s'efface.

Puis, aussitôt, un autre s'imposa à lui, cette fois le dessin d'une chouette que le garçon regardait avec tristesse. Le maître des potions ressentit alors l'inquiétude qu'il avait pour son animal quand soudain, il entendit l'adolescent crier de douleur.

Il tentait de résister et de l'expulser de son esprit, mais c'était encore trop tôt. Il fallait plus, beaucoup plus que cela.

Repoussant avec facilité la défense du garçon, l'espion s'enfonça alors une ultime et dernière fois, tandis qu'il apercevait au loin ce qu'il cherchait depuis le début.

Celui-ci, au contraire des autres souvenirs, était translucide et lumineux. Une certaine joie et fierté se dégageait de lui, et des applaudissements à mesure que l'espion s'approchait se faisaient entendre.

Luttant quelques secondes pour l'attirer à lui, le souvenir s'imposa alors doucement au maître des potions et il revit la Grande Salle, décorée aux couleurs des Gryffondors alors que la maison venait de remporter la coupe de fin d'année.

Il aperçut le garçon plus jeune, lorsqu'il devait avoir onze ans, qui regardait avec admiration et respect le professeur Dumbledore, tandis que les lions criaient de joie à l'entente de leur victoire et que les Serpentards, dont le maître des potions lui-même, avaient pris un air contrarié.

Le garçon reporta ensuite son attention sur ses amis qui comme lui ne semblaient pas en revenir pour finalement leur faire un sourire éclatant de joie, alors que l'ouragan de souvenirs semblait progressivement se calmer.

Puis, doucement et tandis que le souvenir se rejouait devant le maître des potions, le mot tant attendu résonna faiblement dans l'esprit du garçon.

Il fut d'abord presque inaudible, recouvert par le bruit que faisait la tempête. Mais comme une faible lueur transcendant les ténèbres, il s'ajouta à la scène, gagna progressivement en intensité et bientôt, se fit entendre de toute part.

Ils y étaient enfin, peut-être qu'avec cela…

L'espion n'eut cependant pas le temps de penser d'avantage lorsqu'un cri strident se fit entendre, faisant trembler la scène et expulsant le maître des potions hors du souvenir.

Le sorcier espérant avoir obtenu ce qu'il voulait se laissa alors emporter par le flot de souvenirs qui l'entoura, ne résista pas lorsque l'adolescent tenta une nouvelle fois de l'expulser puis se retira finalement de l'esprit du garçon, non sans appréhender la suite.

Avec une légère grimace, il revint alors dans la chambre mais n'eut pas le temps de se concentrer pour faire diminuer le mal de tête qui le prenait soudain.

Devant lui, le garçon aussitôt que le contact fut rompu s'écroula dans son lit pour finalement se faire rattraper par l'espion, qui le redressa rapidement contre le mur et sortit aussitôt une potion anti-douleur.

Mais l'adolescent, qui avait fermé les yeux et dont le souffle était saccadé, ne sembla même pas réaliser que le sorcier lui tendait quelque chose.

Un air crispé et douloureux sur le visage, il déglutit, grimaça en se prenant la tête dans ses mains et gémit de douleur devant l'espion.

« Potter ? » l'appella-t-il, craignant d'avoir été trop loin.

L'adolescent ne réagit pas.

« Potter, vous m'entendez ? » insista-t-il, tandis qu'il s'empêchait de poser sa main sur lui.

Le concerné frémit légèrement mais ne bougea pas d'avantage.

Rangeant alors sa potion anti-douleur et s'approchant d'avantage du garçon, l'espion s'autorisa à poser doucement sa main sur son épaule droite.

Aucune réaction ne se fit sentir mais derrière ses mèches noires trempées de sueur, Severus vit cependant les yeux verts figés de l'adolescent.

« Mr Potter ?... » tenta-t-il une nouvelle fois, la crainte montant lentement en lui.

Quelques secondes s'écoulèrent alors tandis que plus personne dans la petite chambre ne bougeait plus, et que l'espion se demandait soudain ce qu'il avait fait.

Des hypothèses toutes plus catastrophiques les uns que les autres s'imposèrent à lui mais il s'appliqua à les refouler, attendant calmement de voir l'évolution que prendrait la chose.

Il n'avait pas pu briser le Survivant aussi facilement, c'était impossible… n'est-ce pas ?

Le doute en observant le corps immobile du garçon ainsi que son regard vert et figé s'insinua lentement en lui, et il ne put malheureusement rien faire pour le refouler.

Par Merlin… qu'avait-il fait ?...

« Potter ? » tenta-t-il une ultime fois, d'une voix légèrement rauque :

Soudain, il vit l'adolescent cligner des yeux.

Quelques secondes de silence s'écoulèrent alors tandis que l'espoir de l'espion revenait en force puis, doucement, sans dire un mot, le garçon tourna la tête en direction du maître des potions, non sans grimacer de douleur, et dévisagea son interlocuteur.

Severus retint alors pratiquement son souffle tandis que les secondes s'écoulaient, sa main étant toujours posée sur l'épaule du Survivant, puis ferma brièvement les yeux lorsque le garçon prononça d'une voix éraillée, presque inaudible :

« Je... je suis à... Poudlard ? »

Jamais des mots aussi simples n'avaient autant soulagé l'espion.


À suivre...