Bonjour à tous.
Avant toute chose, je tiens à exprimer mon soutien et tout mon respect pour les familles ainsi que pour les victimes et blessés de l'attentat de Nice. C'est la deuxième fois depuis que je publie qu'un événement de ce genre se produit, c'est dramatique et tout simplement inconcevable. Mais je n'en dis pas plus, la télévision et les médias en général en disent déjà bien assez je pense.
Après deux mois de pause, je suis heureuse de voir que vous êtes toujours là, vos reviews bien sûr me font toujours un plaisir fou. Je remercie donc sincèrement Zeugma412, missxD-TVD SPN, Daidaiiro30 et stormstrooper2 pour prendre à chaque fois le temps, après chaque chapitre, de laisser un petit mot. Et merci bien sûr à tous les autres, qui suivent ma fiction et l'ont ajoutée en favoris.
Bonne lecture !
"I think I lost my mind a while ago
'Cose I've been seeing some ghosts
And I'd be lying if I told you I'm fine"
...
"Je pense avoir perdu la tête il y a un moment déjà
Car j'ai revu des fantômes
Et je mentirais si je te disais que j'allais bien''
...
The Eden Project - Drowning
Chapitre 24 : Drowning
Pour Harry, tout était devenu flou.
Entre les sifflements du serpent et le bruit que faisait sa respiration saccadée, il entendait à peine le vieux plancher grincer et le vent se jeter sur la seule fenêtre de la pièce. Il ne voyait rien de plus que le plafond où se dessinait parfois l'ombre de son tortionnaire, rien de plus que le noir qui l'entourait lorsqu'il fermait brusquement les yeux tandis que la douleur revenait.
Il sentait la surface dure et froide sous son dos, son corps s'y était déjà écrasé plusieurs fois. Combien de fois, exactement ? Il n'avait pas compté. Il préférait ne pas le faire. Ses mains, ses jambes et tous ses membres tremblaient de douleur et il ne pouvait plus bouger. Peut-être était-ce un de ses sortilèges ou peut-être simplement que son corps éreinté ne lui obéissait plus, il ne le savait pas non plus.
Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait peur.
« Réponds-moi Harry. Est-ce vraiment ce que tu veux ? » claqua la voix, emplie de fureur froide.
L'adolescent n'avait que très peu de souffle, il se demandait s'il avait la force de répondre quoi que ce soit. Il se sentait à peine conscient, les formes sombres et changeantes de la pièce l'oppressaient et tout son corps criait à la douleur.
Mais il devait répondre, il ne devait pas céder ni abandonner. C'était comme ça.
« Tuez… moi. » parvint-il à dire d'une voix rauque et étouffée, s'étonnant après coup de ses mots.
Etait-ce vraiment-lui qui venait de parler ? Pourtant, il ne voulait pas mourir, il avait tellement de choses à faire, de choses à voir et à accomplir… mais peut-être était-ce mieux ainsi, après tout. La douleur s'en irait peut-être enfin et l'adolescent aurait réussi à résister. C'était sans doute une preuve de son courage…
La voix fulmina de colère.
… ou bien de sa folie ?
« Endoloris ! » siffla-t-elle avec fureur.
Aussitôt, la douleur revint. Elle s'insinua dans ses membres, provoqua la brûlure d'une centaine d'aiguilles en feu, traversa ses veines pour attendre ses organes et sembla, tant la souffrance de l'adolescent était grande, tout détruire sur son passage.
Il lui semblait qu'il hurlait, sa gorge comme chaque parcelle de son corps lui faisait atrocement mal et il sentait à peine ses membres se tordre sur la surface dure et froide sur laquelle il gisait, ses ongles griffer son front et ses joues.
Tout autour de lui était devenu rouge, ses pieds et ses mains frappaient durement sur la table et pendant quelques secondes, il se surprit à vouloir supplier son tortionnaire pour que tout s'arrête.
Puis, soudain, comme elle était venue, la douleur disparut et le rouge tout autour de lui s'estompa.
« Tu es courageux Harry. Ce n'est pas très intelligent de ta part… » siffla le serpent d'une voix sarcastique, mêlée de colère.
L'adolescent lui, l'entendit à peine. Les yeux humides, la gorge brûlante et le corps tremblant comme jamais, il prit une énorme inspiration d'air afin d'alimenter ses poumons qui semblaient en avoir été privés, puis serra douloureusement ses poings tandis que sa poitrine se soulevait difficilement et que ses yeux parvenaient enfin à s'ouvrir. Tout comme la dernière fois cependant, il ne vit que du noir.
« Tu me rejoindras Harry Potter. » assena le serpent, impitoyable. « Même si ce n'est de ton plein gré ! » ajouta-t-il d'un ton mordant, ses mots allant directement heurter l'adolescent qui, allongé sur le dos, tentait misérablement de reprendre le contrôle de sa respiration et de son corps encore tremblant.
Une voix dans sa tête lui criait de contredire immédiatement le serpent et d'affirmer aussitôt qu'il se trompait et que jamais il ne le rejoindrait. Mais il avait tellement mal…
Brièvement, il aperçut le visage de ses parents sur la photo que lui avait offert Hagrid, sa mère souriante et son père le regardant avec fierté tandis que bébé, il riait aux éclats dans les bras de ses parents. Sans cette photo, l'adolescent n'aurait jamais pu se souvenir du visage de ses propres parents, assassinés par le serpent qui le torturait désormais. Parfois, il les oubliait et était obligé de regarder à nouveau le maigre témoignage de leur vécu mais à présent, sans même savoir pourquoi, il s'en souvenait parfaitement.
Alors, dans un souffle et tandis qu'il réalisait seulement qu'il était désormais tourné sur le côté, sa vue toujours aussi floue, il annonça faiblement :
« Je… je ne vous… re-joindrez… pas. »
Il sentit la colère du serpent se diriger une nouvelle fois sur lui et ramena ses jambes tremblantes vers sa poitrine, tentant peut-être de se faire une carapace afin de résister à la douleur.
« Jamais. » acheva-t-il dans un murmure.
Car après tout, c'était ce qu'il devait faire n'est-ce pas ? Résister encore et encore, jusqu'à son dernier souffle ?...
Le serpent siffla de colère. Le son fit frémir le Survivant qui s'y attendait pourtant et il serra les dents, désespéré.
Puis le sortilège tomba à nouveau.
« Endoloris ! »
Tout le souffle qu'il avait repris lui servit à hurler et à nouveau, il fracassa la table de ses poings. La douleur telle un serpent s'insinua à nouveau dans chaque parcelle tremblante de son corps et il cria à plein poumon, hurla à s'en brûler à nouveau la gorge.
Parviendrait-il un jour à se relever un jour après avoir subi tout ce que le serpent lui avait infligé ? Rien n'était sûr. Pouvait-il mourir d'un Doloris ? Il aurait voulu que cela soit possible. Ou peut-être l'était-ce ? Mais il ne voulait pas mourir… mais il ne devait pas non plus céder au serpent… ! Que devait-il faire ? Qu'allait-il advenir de lui ? Si ça continuait, il allait devenir fou !
Le rire dément du serpent parvint à ses oreilles, il voulut se les boucher pour ne plus entendre sa voix impitoyable mais ne parvint pas à contrôler ses bras.
Et puis, alors que la douleur s'estompait progressivement, il l'entendit l'appeler à nouveau.
« Potter… »
Ne pouvait-il pas le laisser tranquille ? Ne pouvait-il pas en finir ?... il n'en pouvait plus, il fallait que ça s'arrête…
« Potter ! » siffla-t-il encore, faisant frémir l'adolescent.
Il lui sembla sentir une main sur son bras, se débattit faiblement tandis que son tortionnaire riait encore follement de son agonie puis, soudain, alors qu'il réalisait enfin que la voix n'était plus la même, il ouvrit brusquement les yeux.
Habitué à l'obscurité, la lumière lui transperça d'abord la rétine. Il cligna plusieurs fois des yeux, le souffle court et haletant, puis attrapa vaguement de ses doigts ce qui devait être un drap tandis que la douleur qu'il avait ressenti quelques secondes auparavant disparaissait progressivement pour finalement s'estomper complètement.
« Potter, savez-vous où vous êtes ? » lui demanda celui qui l'aidait à se relever dans son lit, sa main serrant presque douloureusement son épaule.
« Poudlard… » répondit automatiquement l'adolescent dans un souffle.
Lentement, il parvint à distinguer les contours lumineux de la pièce ainsi que la silhouette noire qui lui faisait face.
« C'est bien Potter. » le félicita le sorcier, comme s'il venait tout juste de répondre à une question très difficile. « Buvez ça. » lui ordonna-t-il ensuite en lui fourrant une potion dans les mains et en les amenant à ses lèvres sans trop de douceur.
L'adolescent s'exécuta sans un mot et lorsqu'il sentit le liquide froid couler dans sa gorge qui lui avait semblé brûlante quelques secondes auparavant, il ferma les yeux de soulagement. Quelques secondes plus tard, la potion agissait déjà et il retrouva peu à peu de sa lucidité, tandis que son corps engourdit se détendait petit à petit.
Puis, docilement, il tendit la fiole vide au sorcier qui la rangea rapidement dans une de ses poches.
« Vous savez que ce n'est pas réel, n'est-ce pas ? » demanda-t-il ensuite à l'adolescent.
Celui-ci ne répondit pas tout de suite. Il détailla vaguement le visage de son interlocuteur impénétrable, parfaitement neutre et encadré par ses cheveux noirs et droits, plongea quelques secondes ses yeux dans les orbes glacés qui lui faisaient face puis jeta un coup d'œil à l'une de ses mains, qui venait tout juste de le toucher.
Pour une raison qu'il ignorait, il n'aimait pas qu'on le touche. Mais avec l'homme qui lui faisait face cependant, il pouvait le tolérer. Pourquoi ? Alors même qu'il se souvenait doucement de sa vraie identité ainsi que de la colère et du mépris que lui inspirait son professeur ?... Harry n'aurait su le dire.
« Oui je… je sais. » répondit alors finalement l'adolescent d'une petite voix tandis qu'il se redressait avec un peu de mal dans son lit, son bras gauche toujours inutilisable compliquant l'opération.
Il sentait venir une séance de vrai ou faux.
La journée précédente en effet, et grâce à cela, Snape l'avait aidé à se souvenir de beaucoup de choses. Lorsqu'il n'était pas sûr de quelque chose et se demandait ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas, le sorcier lui avait – gentiment – ordonné de lui demander afin qu'il l'éclaire un peu.
Il lui avait aussi parlé de Poudlard, de la maison Gryffondor à laquelle il appartenait et de ses amis. L'adolescent se demandait d'ailleurs aujourd'hui comment il avait fait pour avoir oublié tout ça. Quelques éléments étaient bien sûr encore flous mais il avait la conviction qu'il se souviendrait bientôt de tout.
Et puis, son corps ne lui faisait plus trop mal, le sorcier lui donnait toujours des potions lorsqu'il en demandait et il avait même de quoi s'occuper quand il ne dormait pas. Alors pour l'instant, tout allait bien.
Cependant, la journée précédente et alors qu'il dessinait sur le carnet que Snape lui avait donné, Harry s'était soudain souvenu d'une scène bien particulière. Il avait revu la cabane hurlante dans laquelle il avait pénétré avec Ron et Hermione, ses amis, ainsi que le visage presque fou du professeur potion lorsqu'il avait cru avoir coincé Sirius Black, le parrain de Harry, et Remus Lupin, le professeur de DCFM.
Sur le coup, l'adolescent n'avait pas exactement compris pourquoi une telle haine et une telle folie s'était soudain emparée du professeur qu'il détestait. Aujourd'hui évidemment, il ne comprenait encore moins. Il savait juste qu'à ce moment-là, le sorcier l'avait vraiment effrayé.
Et il se souvenait bien sûr de l'altercation qu'il avait eue avec lui au manoir, même si c'était encore un peu flou. Il l'avait insulté et attrapé par le col de sa chemise pour le pousser durement contre le mur, et il avait aussi refusé de lui parler sur un sujet que l'adolescent avait oublié, l'agaçant profondément.
« Vous êtes faible, Potter. » lui avait-il craché à la figure tout en le regardant comme s'il était un insecte de la pire espèce, provoquant la colère de l'adolescent.
Comment avait-il pu ressentir de si vives émotions à son sujet alors qu'il le trouvait patient et plutôt sympathique avec lui ? Il y avait bien sûr l'épisode de la soirée précédente où il avait refusé de lui donner une potion de sommeil-sans-rêve afin de « ne pas créer une dépendance », Harry en voyait bien le résultat aujourd'hui mais globalement, tout se passait plutôt bien...
« Voyons vos blessures aujourd'hui Potter. » dit soudain le sorcier, tirant l'adolescent de ses pensées.
Sans un mot, Harry s'exécuta et présenta d'abord son bras bandé. C'était devenu une habitude. Tous les matins et soirs, le professeur de potion changeaient ses bandages, appliquait parfois différentes pommades lorsque c'était nécessaire et faisait bouger son bras bandé ainsi que son épaule afin de s'assurer que tous deux se rétablissaient normalement.
Il avait également un bandage à la jambe qui cachait une plaie grosse comme une balle de golf et qui lui faisait mal de temps en temps, quelques cicatrices çà et là où le sorcier appliquait quotidiennement de la crème et qui, au fur et à mesure des jours, semblaient s'estomper.
Généralement, tout se passait en silence. Harry regardait distraitement par la fenêtre, tentant parfois de se souvenir d'un élément ou d'un autre et posait parfois une ou deux questions au sorcier tandis que celui-ci s'appliquait sans un mot. De temps en temps, il faisait néanmoins des commentaires comme « les blessures infligées par la magie sont très difficiles à soigner Mr Potter, je ne veux pas vous voir ruiner mon travail », ou bien demandait simplement à l'adolescent de le laisser voir telle ou telle blessure.
D'après Snape également, Harry était à Poudlard depuis plus d'une semaine et s'était réveillé depuis cinq jours. L'adolescent quant à lui, excepté ceux du jour précédent, n'avait aucun souvenir tangible de ces moments-là. Pour lui en effet, la réalité avait repris le dessus il y avait deux jours, la soirée où il avait eu terriblement mal à la tête et où il avait soudain pris conscience d'où il était. Du reste, tout était flou.
Parfois, ce fait l'angoissait et il se demandait ce qui avait bien pu lui arriver pour qu'il ne se souvienne pas de ces jours. Il avait d'ailleurs demandé à Snape ce qu'il avait fait et ce qui lui était arrivé durant cette période et celui-ci lui avait répondu qu'il était resté muet et n'avait rien fait de spécial. Mais pour l'adolescent et même si ces jours-là avaient été sans grand intérêt ni perturbation, ce trou dans sa mémoire lui faisait un peu peur.
Alors, il s'appliquait désormais à ne rien oublier et à vite retrouver ses souvenirs de Poudlard. Chaque fois qu'un élément lui revenait, il le notait sur son carnet et en ajoutait au fur et à mesure. Il avait une petite feuille pour ses amis, pour les lieux à Poudlard dont il se rappelait, pour son parrain Sirius et pour les professeurs de l'école.
Une fiche en particulier était cependant toujours vierge ; celle qui portait le nom de ''Dumbledore''. L'adolescent l'évitait d'ailleurs soigneusement lorsqu'il ouvrait son petit carnet, car ce nom ne lui rappelait définitivement pas des choses plaisantes. Même s'il ne savait encore pourquoi, il était tenté de mettre l'adjectif ''menteur'' juste à côté de ce nom qui lui faisait un peu peur.
Il pouvait bien sûr demander à Snape mais pour le moment, il n'avait pas envie d'y penser. Pour le moment, il tentait d'essayer de se souvenir des règles du Quidditch et du stade sur lequel il avait joué de nombreuses fois. Une équipe se composait de sept joueurs répartis sur le terrain...
Snape l'interrompit cependant lorsqu'il lui demanda, le faisant sortir de ses pensées :
« Avez-vous toujours mal à votre jambe ? »
L'adolescent répondit après quelques secondes de silence.
« Des fois, la nuit. » dit-il simplement tandis que le professeur de potion semblait réfléchir.
Harry l'avait bien remarqué : de temps en temps, le sorcier hésitait sur ce qu'il devait faire et comment il devait le soigner. Étrangement d'ailleurs, il n'était sceptique que sur cette plaie-là. La journée précédente, il avait apparemment voulu tenter d'utiliser autre chose que la pommade cicatrisante qu'il lui mettait habitude et avait plutôt essayé avec une potion qu'il avait versée doucement sur la plaie.
Sur le coup, Harry s'était souvenu de la première fois qu'il avait fait ce même geste au manoir et alors que Gibbon l'avait attaqué. La potion l'avait immédiatement brûlé et bien sûr, elle ne manqua pas non plus de le faire cette fois-là.
Surpris, le Survivant après avoir gémit de douleur s'était tout de suite braqué face au maître des potions, l'air perdu et tout à coup apeuré.
En dévisageant son professeur qui grommela à peine des excuses et en se souvenant de la fois où celui-ci avait utilisé la même potion sur les mêmes plaies, l'adolescent de par sa réaction s'était tout à coup senti stupide. Pendant quelques secondes, il avait eu soudainement eu peur qu'on lui fasse à nouveau mal et que le sorcier en face de lui ne soit finalement pas digne de confiance.
Bien vite heureusement, la raison avait repris le dessus et Harry, quelque peu incertain et légèrement honteux, avait refusé de répondre lorsque le sorcier lui avait demandé à quoi il avait pensé. Car il ne voulait pas se souvenir de ses cauchemars. Le sorcier n'avait pas le droit de lui demander une telle chose. Heureusement, son mutisme n'avait pas offusqué le professeur de potion et sans un mot, il avait simplement bandé à nouveau sa jambe et continué son ''travail''.
''Travail'' en effet, c'était le mot qu'employait Snape pour désigner les soins qu'il administrait au Survivant. Comme si c'était quelque chose de pénible pour lui et imposé par quelqu'un. Lors de la soirée précédente, la question de l'adolescent lui avait brûlé la langue mais il s'était abstenu, ne sachant pas comment formuler son idée ni même si celle-ci était bonne. Après tout, il n'avait pas envie que le sorcier ne se fâche contre lui.
Cependant, ayant réfléchi et trouvant qu'aujourd'hui était propice, Harry voulut essayer. Depuis le début, tout cela lui trottait dans la tête et même s'il considérait le maître des potions plutôt aimable et patient avec lui – du moins pour le moment, il voulait savoir. Il avait le droit après tout...
« Monsieur ? » demanda-t-il alors doucement, tandis que l'intéressé s'occupait de vérifier son épaule droite, où une légère cicatrice apparaissait.
Son haussement de sourcil caractéristique encouragea l'adolescent.
« Je voulais savoir… » commença-t-il alors, cherchant ses mots et jouant avec ses doigts. « Pourquoi… pourquoi vous occupez-vous de moi ? » dit-il finalement, jetant un coup d'œil au sorcier qui le regardait d'un air parfaitement neutre.
Car après tout, il y avait de quoi se poser la question, non ? Il savait que le professeur ne l'aimait pas et que lui non plus ne l'avait jamais vraiment apprécié, même si pour le moment les choses semblaient s'être améliorées. Et l'infirmière de Poudlard par exemple, aurait été sans doute plus qualifiée pour le soigner tout comme son parrain aurait certainement voulu s'occuper de lui, ou bien peut-être Remus même si la situation présente lui convenait mieux.
Il avait donc des doutes : peut-être que son parrain n'avait pas envie de le voir, peut-être que le professeur des potions avait été forcé de s'occuper de lui. Il voulait donc savoir. Il avait le droit après tout, non ?...
Le maître des potions le fixa en silence pendant quelques secondes, un air impénétrable sur le visage, puis répondit sarcastiquement :
« Tout comme vous Potter, je n'ai pas vraiment eu le choix. » dit-il en continuant d'enrouler le nouveau bandage autour de sa jambe. « Si vous avez des réclamations, je vous suggère d'en faire part au directeur. » ajouta-t-il d'une voix dédaigneuse, faisant d'abord grimacer l'adolescent de par l'évocation du sorcier puis par le regard que le sorcier venait de lui lancer.
Ce n'était pas vraiment les mots qu'il avait attendu. Bien sûr, la situation actuelle lui convenait et il savait qu'il n'avait pas son mot à dire. Cependant, il aurait voulu en savoir plus. Qui avait obligé le professeur des potions à s'occuper de l'élève qu'il affectionnait sans doute le moins ? Et pourquoi lui et pas un autre ?
Brièvement, l'image d'un grand sorcier à la barbe argenté et aux yeux bleus perçants parvint à l'esprit de Harry et il l'effaça aussitôt, un air maussade à présent peint sur le visage.
Il avait eu raison, c'était lui qui tirait les ficelles et utilisait chaque personne comme un pion sur un échiquier. Simplement, Harry n'aurait jamais cru que Snape ferait lui aussi partie du jeu.
« Il te manipule Harry, il n'a aucune considération pour toi. » siffla une voix lointaine dans sa tête, le faisant légèrement grimacer.
C'était les mots qu'il lui avait dit.
« Il t'utilise comme un vulgaire pion qu'il n'hésitera pas à abattre si tu le déçois. » continua-t-elle tandis que l'adolescent amenait sa main à sa cicatrice, qui le grattait légèrement.
« Potter ? » l'appela alors Snape, faisant disparaître la voix et sortir l'intéressé de ses pensées.
Le concerné cligna plusieurs fois des yeux puis regarda son professeur.
« Aucun mal de tête, aucune douleur ? » demanda-t-il en plissant légèrement les yeux, un air méfiant sur le visage.
Harry secoua négativement la tête. En fait, il se sentait plutôt bien. Et ce n'était pas étonnant vu le nombre de potions que lui donnait Snape par jour…
Il y avait seulement un détail, un tout petit détail qui le tracassait. La journée précédente et tandis qu'il avait regardé par la fenêtre la lumière du soleil passer faiblement à travers la profondeur du lac, il n'avait cessé de se demander la même chose. Peut-être était-ce le moment ? Il se sentait bien, n'avait mal nulle part…
« Quand pourrais-je sortir, monsieur ? » demanda-t-il alors au professeur des potions qui rangeait à présent son matériel.
Parfois, il avait comme l'impression d'étouffer et de manquer d'air. S'il pouvait sortir, juste quelques minutes afin de sentir le soleil sur sa peau et le vent sur son visage, il était sûr que cette sensation disparaîtrait aussitôt. Au manoir également, il lui semblait l'avoir éprouvé de nombreuses fois. Au contraire du manoir heureusement, l'adolescent n'était pas prisonnier et aurait sûrement le droit de sortir… non ?
« Quand vous serez en état. » répondit simplement Snape d'une voix neutre, indifférente.
« Mais je vais bi-… » tenta Harry en plongeant son regard émeraude dans les yeux noirs qui le fixaient.
Il ne finit jamais sa phrase.
« La discussion est close, Potter. » dit brusquement le maître des potions tout en se levant soudain et en faisant faire à l'adolescent un léger mouvement de recul.
Puis sans un mot de plus, il fit disparaître le tabouret sur lequel il s'était assis, signala au garçon d'appeler un elfe de maison s'il voulait quoi que ce soit et quitta la chambre, laissant Harry seul et désemparé, ses capes noires tournoyant dans son sillage.
En quelques secondes, le maître des potions sortit de ses appartements et pénétra dans le long couloir sombre des donjons.
Il le traversa rapidement, ses pas glissants silencieusement sur la pierre froide du sol et monta les nombreux escaliers qui reliaient l'endroit au rez-de-chaussée du château tandis qu'il réfléchissait à toute vitesse à ce qu'il venait de voir.
C'était exactement comme au manoir, lorsqu'il avait assisté au cauchemar du garçon. Peut-être se trompait-il lourdement, peut-être n'était-ce qu'une impression mais dans tous les cas, cette affaire lui trottait dans la tête depuis trop longtemps déjà.
Sur le trajet heureusement, il ne croisa aucun élève ni professeur. Il était sans doute trop tôt encore pour que le château ne soit réveillé. Souhaitant continuer à éviter une possible rencontre avec tout individu, l'espion évita le hall d'entrée et préféra se diriger dans les petits escaliers de pierre situés çà et là au fond de quelques couloirs.
Il monta ensuite jusqu'au deuxième étage, traversa à nouveau un long couloir, se dirigea vers la tour et arriva finalement devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau de Dumbledore.
« Mot de passe ? » croassa-t-elle tandis que son visage affreux s'animait.
« Fizwizbiz. » grommela Snape, pensant une énième fois que les mots de passe choisis par le directeur étaient ridicules.
« Le directeur est actuellement occupé. » dit alors la statue d'un ton ferme. « Repassez plus ta-… » voulut-elle conclure avant d'être coupée.
« Harry Potter. » prononça l'espion d'une voix très basse.
Pendant quelques secondes, rien ne se passa et la gargouille resta figée. Puis, lentement, elle s'anima à nouveau et laissa passer l'espion qui s'engouffra aussitôt dans les escaliers en colimaçon tandis que la statue rebouchait le passage.
Dans un élan de bienséance, l'espion frappa d'abord à la lourde porte en bois du bureau, entendit un petit cri du Phoenix puis entra aussitôt, n'attendant pas une quelconque réponse.
En arrivant, il trouva Dumbledore en train de fouiller dans sa bibliothèque, sur une échelle, à quelques mètres du sol. Rapidement, l'espion fit le tour du bureau du regard, constata le désordre formé par les livres et les objets qui traînaient un peu partout puis observa les tableaux des précédents directeurs qui ronflaient pour la plupart et Fumseck, l'oiseau du directeur, qui se lavait tranquillement les plumes.
« Ah Severus, je suis à vous dans quelques minutes. » dit Dumbledore en jetant un coup d'œil en bas, où l'espion se tenait.
Le vieux sorcier attrapa un livre, le feuilleta quelques secondes puis le reposa, fit bouger l'échelle afin d'en attraper un autre, monta de quelques mètres puis, ayant apparemment trouvé ce qu'il cherchait, redescendit finalement avec un livre à la main.
« Asseyez-vous, Severus. » lui proposa le sorcier en lui indiquant un fauteuil en face de son bureau, tandis que le concerné s'exécutait en silence.
Dumbledore s'assit lui aussi, posa le livre qu'il tenait sur un coin de son bureau déjà bien recouvert et demanda tranquillement :
« Comment se porte Harry ? Vous ne m'apportez pas de mauvaise nouvelle, j'espère. » ajouta-t-il tandis qu'il essayait de décrypter l'expression neutre de son espion.
« Il va mieux. » répondit simplement celui-ci, la bouche légèrement crispée. « Il se montre docile et se souvient peu à peu de tout ce qu'il avait semblé avoir oublié. »
« Bien, bien. » commenta alors le directeur d'un ton joyeux.
« Mais ce n'est pas pour vous parler de sa récupération que je suis venu, Albus. » crut bon de signaler le maître des potions tandis qu'il observait le vieux sorcier se préparer tranquillement un thé.
Merlin, combien en buvait-il par jour ?...
« Après une nuit blanche, il n'y a rien de mieux qu'une bonne infusion. » commenta simplement le vieux sorcier tandis qu'il faisait tourner sa cuillère d'un simple mouvement de son index. « Thé ? » proposa-t-il ensuite à Severus, qui refusa d'un air sceptique.
Selon lui, le café était beaucoup plus efficace.
Mais il n'était pas là non plus pour commenter les habitudes du vieux sorcier…
« Que vous amène-t-il ici de bon matin, Severus ? » demanda ensuite le directeur après avoir bu une gorgée de son thé. « Est-ce… »
Ses yeux bleus se posèrent quelques secondes sur le bras gauche de l'espion qui passa vaguement sa main sur l'endroit où gisait la Marque, recouverte bien sûr d'une longue manche noire.
« Non. » répondit-il ensuite d'un air quelque peu coupable, comme à chaque fois que le directeur évoquait la Marque.
Et ne se sachant même pas pour où commencer, il eut besoin de réfléchir quelques secondes avant de demander au vieux sorcier qui le regardait tranquillement derrière ses lunettes en demi-lune :
« Est-il possible que le Seigneur des Ténèbres puisse accéder à l'esprit du garçon, même encore ici ? »
Sa question sembla étonner le directeur qui passa ensuite sa main dans sa barbe et se mit apparemment à réfléchir tout en regardant l'espion, soudainement intéressé.
Le maître des potions quant à lui n'était même pas sûr de ce qu'il venait de voir. Ayant privé le garçon de potion de sommeil-sans-rêve, il n'était pas étonnant qu'il ait fait un cauchemar. Et après ce qu'il avait subi, c'était d'ailleurs tout à fait normal.
D'ailleurs, il n'avait pas eu la même ampleur que celui du manoir, lorsque l'espion s'était rendu en cachette dans la chambre du Survivant pour finalement le trouver en sueur dans son lit, le souffle court et semblant souffrir.
À son réveil également et contrairement au manoir, le garçon n'avait pas semblé avoir eu mal à sa cicatrice mais… un geste, un tout petit geste de la part du garçon avait à nouveau réveillé les inquiétudes de l'espion.
« Eh bien, Harry s'est parfois plaint de sa cicatrice lorsqu'il était à Poudlard. » commença Dumbledore d'une voix prudente, semblant réfléchir à mesure qu'il parlait. « Et avec le journal, Voldemort a pu en effet accéder à l'esprit de Harry. » continua-t-il, ne faisant même plus tiquer l'espion tant il avait désormais l'habitude. « Mais qu'essayez-vous de me dire, Severus ? » l'interrogea-t-il ensuite, ses yeux perçants plongeant dans les orbes noirs qui lui faisaient face.
Prenant le temps d'assimiler ce que le directeur venait de lui dire, l'espion ne répondit pas tout de suite. Et il y avait si peu de choses que l'espion ne savait que mentionner en premier.
« Au manoir, le Seigneur des Ténèbres a déjà eu accès à l'esprit du garçon. » choisit-il alors de dire tandis que le vieux sorcier hochait la tête, se rappelant sûrement de la conversation qu'ils avaient eue, lorsque le serpent avait décidé de laisser l'espion se rendre à Poudlard. « Je pense qu'il peut également le faire ici. » déclara-t-il lentement et de sa voix basse, observant en même temps la réaction de Dumbledore.
« Qu'est-ce qui vous fait dire cela, Severus ? » demanda celui-ci d'une voix sérieuse, un air quelque méfiant sur le visage.
Une fois encore, l'espion réfléchit à ce qu'il avait vu, au garçon qui avait tout à coup semblé ailleurs lorsqu'il s'était doucement gratté le front juste où gisait sa cicatrice puis grommela, faute de ne pouvoir rapporter un geste aux allures plutôt insignifiantes à Dumbledore :
« Rien de bien concret pour l'instant. »
Mais ce qu'il savait savoir, c'était surtout de savoir si ce qu'il avançait était réalisable.
« Pensez-vous que cela soit possible ? » interrogea alors le maître des potions tandis qu'il se souvenait de leur première conversation sur le sujet.
À ce moment-là, le directeur avait semblé sceptique quant aux inquiétudes de l'espion. Et il y avait de quoi, car même l'espion avait du mal à y croire… car comment une telle chose serait-elle possible ? Le Seigneur des Ténèbres était certes très puissant et ne manquait pas de ressources, mais un seul sortilège connu permettait d'affecter l'esprit d'une personne sans que le lanceur soit à proximité de la cible, et ce sortilège était parmi les trois Impardonnables.
L'espion supposait bien sûr que si ces suppositions étaient vraies, la magie utilisée par le Seigneur des Ténèbres n'était certainement pas blanche et autorisée, ni même connue par la plupart des sorciers.
« Depuis la dernière fois, j'ai fait quelques recherches afin de savoir si une telle chose était possible. » déclara ensuite Dumbledore, tirant le maître des potions de ses pensées. « Malheureusement, je n'ai rien trouvé de concret. » annonça-t-il, rejetant une nouvelle fois la théorie de l'espion. « Du moins dans les livres officiels. »
À ces mots, le maître des potions lança un regard incertain au directeur.
« Le lien qui unit Harry et Voldemort en plus d'être très spécial est aussi très puissant. Et pour l'instant, il n'a jamais été observé dans le monde magique. » continua le vieux sorcier, attirant toute l'attention de son interlocuteur. « Moi-même, je n'en comprends pas encore toutes les subtilités. » avoua le vieux sorcier tandis qu'il avait recommencé à passer sa main dans sa longue barbe argentée. « Mais si ce que vous me dites est vrai, cela me permettrait d'avoir une nouvelle piste afin de définir la nature exacte de ce lien. » acheva-t-il tranquillement.
« Avez-vous déjà une idée ? » demanda alors l'espion, sachant pertinemment que le directeur avait déjà fait de nombreuses recherches sur le sujet.
« Quelques-unes oui, peut-être. » répondit le vieux sorcier d'un air songeur. « Rien de bien concret cependant. » précisa-t-il tranquillement, tandis qu'il réchauffait son thé d'un coup de baguette. « Il me faudra creuser votre piste plus tard hélas, car je suis moi-même plutôt occupé. » ajouta-t-il d'un ton léger.
L'espion ne put qu'acquiescer. À voir l'état du bureau de Dumbledore et les légères cernes qu'il arborait sous ses yeux, il se doutait que le directeur, au contraire de lui, était bien occupé en effet.
Se retenant de jeter un bref soupir, Severus jeta un bref coup d'œil à sa Marque désespérément inactive et cachée par sa manche, réfléchissant à nouveau sur son rôle, alors que le Seigneur des Ténèbres devait à présent le considérer comme un traitre. Alors-même que c'était justement dans de telles périodes de crise que l'Ordre avait besoin de renseignements sur le terrible mage noir, l'espion était incapable de rapporter quoi que ce soit et de participer lui aussi.
Car en dehors de son rôle d'espion, il n'était rien. Il savait se battre bien sûr, tout comme chaque membre de l'Ordre et avait un esprit plutôt vif et critique, mais à quoi bon se battre et réfléchir alors même qu'ils ne disposaient d'aucune information ?
Severus se détestait d'être aussi inutile. Alors qu'une guerre se préparait entre les forces du mal et le reste du monde magique, l'espion était condamné à s'occuper d'un garçon de quinze ans qu'il ne supportait pas – supportait-il d'ailleurs un seul enfant ?...
Et bien sûr, son animosité envers le garçon était partagée, cela il l'avait constaté lorsque le Survivant lui avait demandé pourquoi il s'occupait de lui. L'expression maussade qu'il avait faite suite à la réponse de l'espion ne pouvait être plus démonstrative.
« Severus. » l'interpella soudain le directeur, tirant le concerné de ses pensées. « Je comprends ce que vous ressentez, mais sachez que je préfère vous savoir en vie plutôt que mort, peu importe si votre double-jeu a été découvert. » dit Dumbledore tandis que ses yeux bleus perçants fixaient le maître des potions qui détourna le regard. « Et sachez que si Voldemort vous appelle à nouveau, je ne vous oblige en rien à y retourner. » continua le vieux sorcier d'une voix catégorique mais où se cachait tout de même une certaine douceur.
En guise de réponse, Severus préféra garder le silence.
Certes, les paroles du directeur étaient belles et signifiaient que l'espion avait le choix. Mais pour lui, ces mots étaient vides. Son seul rôle durant toutes ses années avait été de jouer un double-jeu afin d'empêcher le Seigneur des Ténèbres de gagner et si celui-ci devait s'achever par sa mort, Severus n'aurait rien à y redire.
Car ici, il n'était pas à sa vraie place. Ses journées se résumaient par les séances de soins du Survivant, le brassage de ses potions et récemment les petites visites qu'il faisait dans la salle commune des Serpentards, et c'était tout. Apprendre ce qu'avaient fait ses Serpents durant son absence l'avait vaguement amusé, ceux-ci s'étaient d'ailleurs fait remonter les bretelles de nombreuses fois par Minerva.
Cependant, un serpent ne recevait pas d'ordre d'un lion, et l'espion avait été obligé d'intervenir lui-même. D'après les visages horrifiés de certains élèves d'ailleurs, Severus pouvait estimer qu'il n'aurait plus à s'en mêler avant un petit moment.
Mais en dehors de cela et depuis le sauvetage du garçon, il se sentait inutile.
Il doutait bien sûr que le serpent ne l'appelle à nouveau un jour, mais si ce jour arriverait et même s'il risquait de se faire tuer, l'espion se devait de tenter sa chance. Il avait déjà trompé le mage noir de nombreuses fois, pourquoi ne pourrait-il pas le faire à nouveau ?...
Puis, réalisant soudain que le directeur le fixait depuis quelques secondes sans un mot, le maître des potions demanda, simplement pour la forme :
« Comment se porte l'Ordre ? »
Dumbledore parut enchanté que le maître des potions lui demande et il répondit d'un ton léger :
« Tout le monde se porte bien. Miss Tonks est sortie de son coma et récupère doucement, le professeur Lupin et Mr Black ont l'air d'aller mieux également. »
Concernant ce fait, Severus ne put s'empêcher de penser que c'était dommage…
« Le professeur McGonagall est complètement rétablie, Alastor Maugrey et Emmeline Vance effectuent en ce moment une mission et Sturgis Podmore ainsi que Kingsley Shacklebolt se portent comme un charme. » compléta le vieux sorcier d'un air joyeux. « De nouveaux membres rescapés de l'attaque de Godric's Hollow viennent également de rejoindre l'Ordre. » crut aussi bien d'ajouter Dumbledore, cette fois d'une voix plus sérieuse.
L'espion hocha alors la tête.
Pour l'instant, tout allait bien et il fallait que cela dure. Le Seigneur des Ténèbres après sa démonstration de force au village devait sûrement lui aussi être en train de recruter de nouveaux sorciers dans ses rangs et il était important que l'Ordre s'agrandisse également.
« Avez-vous lu l'article de la Gazette concernant un corps de Mangemort retrouvé non loin de Londres ? » demanda ensuite le directeur sur le ton de la conversation.
Le maître des potions acquiesça brièvement.
« C'est la deuxième fois avec Goyle. » commenta-t-il d'une voix neutre.
Mais venant du Seigneur des Ténèbres, ce n'était pas surprenant. Si l'un de ses Mangemorts le décevait ou le trahissait, il se faisait au mieux tuer rapidement, au pire torturer jusqu'à la folie ou la mort.
« J'espère pour vous que c'est celui d'Alexandre Vablatsky. » dit ensuite le maître des potions.
Le directeur ayant déjà dit à l'espion que l'Ordre recherchait à présent le sorcier, les choses seraient sans doute plus faciles si le petit fils de Cassandra Vablatsky était déjà mort. Car après le fiasco total de l'attaque au manoir Jédusor, l'Ordre avait pu conclure une chose : ce nouveau Mangemort était dangereux et devait être mis hors d'état de nuire. Severus pensait qu'il fallait le tuer, Dumbledore quant à lui voulait lui parler et donc le trouver vivant.
Le professeur de potions ne savait d'ailleurs ce que le directeur avait derrière la tête, car s'il s'imaginait que parler avec un Mangemort suffirait à le dissuader de rejoindre à nouveau le Seigneur des Ténèbres, il se trompait lourdement. Quelques-uns pouvaient certes se faire appâter par de l'or ou un statut privilégié, mais tous les autres ne perdraient jamais leurs convictions de Sang-Pur ou leurs idées de domination sur les Moldus et sur le monde en général...
« Eh bien, avoir un voyant dans le camp adverse est en effet plutôt problématique. » déclara Dumbledore, tandis que l'espion pensait vaguement au côté ''problématique'' que pouvait avoir le professeur Trelawney face au Seigneur des Ténèbres…
Car il fallait bien l'avouer, Sybille Trelawney avait apporté des problèmes, mais seulement dans son propre camp. Severus doutait donc quelque peu de la phrase du directeur… peut-être y avait-il plusieurs catégorie de voyants, ceux qui étaient utiles et ceux qui ne l'étaient pas, l'espion n'avait jamais vraiment aimé la divination de toute façon.
Puis, Dumbledore après avoir bu une gorgée de son thé décida de revenir sur le garçon.
« Ses amis sont plutôt inquiets à son sujet. » déclara-t-il, comme si cette information importait le maître des potions. « Quand sera-t-il en mesure de se lever et de se déplacer ? » demanda-t-il en reposant sa tasse sur son énorme bureau.
« Il le peut déjà. » répondit simplement l'espion.
Après tout, il avait tout de suite signalé au garçon que ce n'était pas lui qui l'aiderait à aller à la salle de bain… même s'il l'avait tout de même aidé les premiers jours, ne souhaitant pas que sa blessure sur sa jambe ne s'ouvre une nouvelle fois.
« Mais si c'est pour lui faire parcourir le château en entier, il n'en sera pas capable. » précisa Severus d'un ton légèrement sarcastique.
Seul Merlin savait ce que le directeur voulait faire faire au garçon.
« Oh, ce ne sera pas nécessaire, rassurez-vous Severus. » répondit le vieux sorcier avec un léger sourire, comme si ce que venait de dire l'espion était drôle. « En fait, il n'aura même pas besoin de faire un pas hors de vos appartements. » précisa-t-il, faisant aussitôt froncer les sourcils à son interlocuteur. « Un elfe de maison viendra vous chercher en temps et en heure et vous emmènera dans la Salle sur Demande, puis vous ramènera. » annonça-t-il tandis que ses yeux perçants semblaient pétiller de malice.
« Que projetez-vous de faire, exactement ? » s'enquit Severus, un sourcil haussé dans une expression quelque peu sceptique.
« Eh bien, organiser une rencontre avec ses amis. » répondit-il d'une voix joyeuse tandis qu'un sourire se formait sur ses lèvres. « Miss Granger et Mr Weasley me demandent depuis bien trop longtemps de pouvoir rendre visite à Harry et puisque celui-ci se porte mieux, c'est le moment propice. Cela ne peut que lui être bénéfique, je crois. » expliqua-t-il sur un même ton tandis que le maître des potions restait de marbre.
« Et quand, exactement, comptez-vous faire cela ? » demanda-t-il au passage, afin peut-être de pouvoir avoir son mot à dire si la date ne lui plaisait pas.
« Dès que possible. » lui répondit tranquillement Dumbledore. « Vous et le professeur McGonagall veilleront bien sûr à ce que les choses se passent bien. » ajouta-t-il en plongeant son regard décidé dans celui de son interlocuteur, signifiant par-là que l'espion n'avait rien à dire.
Quelques secondes de silence s'écoulèrent alors tandis que les deux sorciers se fixaient, l'un avec un air joyeux, l'autre avec un visage totalement inexpressif.
Puis, lâchant un bref soupir, le maître des potions se pinça l'arête du nez dans une expression agacée.
Par Merlin, les problèmes commençaient.
À suivre...
