Bonsoir !

Le livre The Cursed Child est enfin sorti et je viens tout juste de le recevoir (en anglais mais c'est qu'un détail lol), je ne l'ai pas encore commencé mais rien qu'en regardant la couverture l'émotion se fait sentir. Et dire que c'est la fin des histoires de Harry Potter... ! N'hésitez pas en venir en MP pour en discuter si vous l'avez lu !

Aussi, la fiction a atteint la barre des 200 reviews ! Merci à toutes celles et ceux qui ont pris le temps de laisser un petit mot, je vous plein de bisous !

Sans transition, je vous souhaite une agréable lecture !


Chapitre 26 : Rêves ou réalité ?


Lorsqu'il arriva dans les appartements de Snape, l'adolescent n'attendit pas que le maître des potions apparaisse à son tour.

Il traversa rapidement les quelques mètres qui le séparaient de sa chambre, pénétra à l'intérieur non sans claquer rageusement la porte et après avoir rapidement enlevé ses chaussures – et les avoir négligemment abandonnées près du bureau, il s'assit finalement sur son lit, les poings serrés et le visage crispé par la colère.

« Harry je crois que tu divagues. »

« Tu ne réalises peut-être pas très bien ce que tu dis, voilà tout. »

D'un air agacé, il chassa ses paroles de son esprit d'un geste de la main.

Pourquoi les choses avaient-elles finies ainsi ? L'adolescent ne comprenait pas. Alors que tout s'était plutôt bien passé au début, qu'il avait été heureux de voir ses amis et de passer du temps avec eux alors que ceux-ci lui racontaient les nouvelles de Poudlard et d'ailleurs, les choses avaient très vite mal tourné. Pour quelle raison, au juste ? Harry n'aurait même pas su le dire.

Tout était allé trop vite et l'adolescent n'avait même pas eu le temps de réparer son erreur. Il se demandait ce que ses amis pensaient de lui, à présent. Leurs visages d'abord incertains, méfiant pour Ron et perdu pour Hermione s'étaient tout à coup rempli d'inquiétude, comme si le Survivant en face d'eux était… était quoi, d'ailleurs ?

« Arrête Ron, je crois qu'il ne va pas bien… »

C'était faux, il allait très bien ! Pourquoi ses amis ne voulaient-ils pas le voir ? Il n'avait pourtant rien dit de mal, il avait dit la vérité ! Peut-être Ron et Hermione ne comprenaient-ils pas encore ?... mais comment leur faire comprendre ?

L'adolescent ne savait en quelle langue il devait à présent le dire. Il allait bien. Il allait même très bien. Alors pourquoi personne ne semblait le croire ? Ils n'étaient pas dans sa tête à ce qu'il sache, et personne n'avait le droit de dire le contraire !

La réaction de ses amis – qui l'avait d'abord mis en colère – le décevait profondément. Si même Ron et Hermione ne croyaient pas en lui, qui le ferait ? Était-ce un coup monté contre lui ? Était-ce Snape qui avait tout manigancé ? Car l'adolescent le savait, le maître des potions avait été le premier à le contredire et à affirmer que non, il n'allait pas bien. Mais comme tous les autres, qu'est-ce qu'il en savait ?

Vaguement, Harry entendit du bruit dans le salon et pensa que ledit Snape devait être rentré lui aussi. Il fixa la porte pendant quelques secondes, souhaitant de tout cœur qu'elle ne s'ouvrirait pas et que le sorcier le laisserait tranquille puis lâcha finalement un bref soupir lorsque les appartements redevinrent silencieux.

Comme c'était aimable au professeur de potions. Après avoir tout fichu en l'air, il laissait l'adolescent tranquille.

D'un air toujours aussi contrarié, Harry se laissa tomber sur le matelas du lit et fixa le plafond de la chambre, l'esprit toujours en ébullition.

Les visages de Ron et Hermione, tout comme celui de McGonagall, tournés vers lui d'un air profondément inquiet ne voulaient disparaître de sa mémoire. À ce moment-là d'ailleurs, Harry avait eu l'impression qu'ils le regardaient comme s'il était devenu fou, comme s'il n'était plus lui-même.

L'adolescent pouvait le comprendre, il avait sûrement changé. Mais il n'était pas fou ! Et Snape, pourquoi l'avait-il fixé d'un air vaguement intéressé, comme s'il était une créature tout à fait fascinante qu'il allait bientôt disséquer ? Et pourquoi avait-il eu ce regard dissuasif lorsque Harry avait croisé ses yeux noirs, comme s'il avait craint que l'adolescent ne se calmerait pas de lui-même ?

Tout en reniflant d'un air rageur, le Survivant se tourna dans son lit et préféra fixer le mur.

Sous les regards des quatre sorciers, il avait l'impression d'être devenu une sorte de créature instable. Il avait été prisonnier du serpent pendant une trentaine de jours, certes. Certains souvenirs étaient encore flous, d'autres semblaient avoir disparu. Mais et alors ? Cela ne voulait pas dire qu'il était gravement atteint, au contraire de ce que devait penser la chauve-souris graisseuse. N'en déplaise à Snape, l'adolescent avait parfaitement conscience de ce qu'il faisait et de ce qu'il se passait. Et si, alors que cette rencontre avait eu justement pour but de prouver à tous qu'il allait bien mais que cela n'avait pas marché, eh bien Harry continuerait d'essayer.

Ainsi, lorsque le sorcier l'appela environ une heure plus tard et alors que le Survivant s'était sensiblement calmé, il ne broncha pas et sortit tranquillement de sa chambre, ses pieds nus foulant le sol froid du salon.

Il trouva Snape assis dans son fauteuil, un livre à la main et sans ses éternels vêtements. Il ne portait pas non plus ses capes qui lui descendait jusqu'aux chevilles et avait adopté une tenue plus décontractée, toujours aussi noire cependant.

En levant les yeux de son livre et en croisant le regard du Survivant, celui-ci lui fit signe d'un geste de la tête d'aller s'asseoir sur le canapé, tandis qu'il posait son livre sur la table basse et que le jeune sorcier s'exécutait sans un mot.

Il se demandait bien ce que le professeur de potions allait lui dire, appréhendait quelque peu la discussion mais s'étant promis de rester calme, essaya de paraître le plus détendu possible pendant que Snape le détaillait de haut en bas de son regard aiguisé.

Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait, l'adolescent s'était déjà retrouvé deux ou trois fois face au sorcier pour ''discuter'' et faire une séance de vrai ou faux, entre autres. Néanmoins, Harry pensait bien que la conversation qui allait suivre n'aurait absolument pas les mêmes enjeux.

Il espérait simplement que celle-ci se terminerait vite.

« Très bien Potter. » commença alors le sorcier, sa voix lente et basse rendant le Survivant quelque peu nerveux. « Pouvez-vous m'expliquer ce qui vous est arrivé toute à l'heure ? » demanda-t-il en plongeant son regard noir et impénétrable dans les yeux fuyants de son interlocuteur.

« Il ne m'est rien arrivé… » répondit avec précaution le Survivant tandis qu'il réfléchissait à ce qu'il pouvait bien dire à Snape. « Je me suis juste un peu emporté, c'est tout. » ajouta-t-il d'un air plus convaincant en posant cette fois son regard sur le maître des potions.

Celui-ci aux paroles de l'adolescent ne pipa mot et se contenta de l'observer d'un air indéchiffrable, tandis que le concerné se demandait ce qu'il pouvait bien penser de lui. Il était néanmoins évident que le sorcier était sceptique quant aux paroles du Survivant.

« Et pouvez-vous me dire pourquoi ? » continua tranquillement Snape d'une voix tout aussi lente, comme si son but était de faire durer la conversation.

« Je… »

L'adolescent prit quelques secondes pour réfléchir. Que devait-il dire au maître des potions ? Harry était conscient qu'il n'avait pas le loisir de mentir, le sorcier le saurait et seul Merlin savait comment. Peut-être devait-il être honnête… Snape le jugerait certainement – l'adolescent avait l'habitude après quatre ans, mais il s'en fichait.

« J'ai eu l'impression que… » commença-t-il alors d'une voix prudente, tandis qu'il fixait ses mains mais jetait de temps en temps des coups d'œil en direction du sorcier. « J'ai eu l'impression qu'ils me regardaient comme si j'étais… différent. » dit-il finalement. « Je le suis peut-être. » ajouta-t-il avant que le sorcier ne prenne la parole. « Mais… je ne suis pas fou. »

À ces mots, le regard de Snape changea et se fit tout à coup plus intéressé.

« Vous ont-ils dit que vous l'étiez ? » s'enquit-il en haussant un sourcil, presque étonné.

« Non ! » s'empressa de répondre l'adolescent.

Une telle idée contraria le jeune sorcier. Ses amis n'étaient pas comme ça, il ne fallait pas que Snape s'imagine des choses !

« Non ils ne me l'ont pas dit. » répéta Harry, cette fois sur un ton plus calme. « Mais j'ai eu l'impression que… »

De quoi avait-il eu l'impression d'ailleurs ? Comment pouvait-il qualifier les regards que ses amis lui avaient lancés sans que le maître des potions ne se méprenne ?

« Mais ce n'est pas comme si son opinion m'intéressait. » pensa aussitôt Harry tandis qu'il posait son regard sur la table basse. En fait, il en vint même à se demander pourquoi il parlait de tout cela avec Snape.

Quel était le but en effet, de se confier au maître des potions qui n'en avait rien à faire de lui et s'amusait à humilier l'adolescent à chaque fois que l'occasion se présentait ?

D'un air maussade, l'adolescent croisa donc les bras et garda le silence. Il n'avait pas envie de se confier à Snape, ni que celui-ci utilise ses paroles pour se moquer de lui plus tard. Devant son mutisme cependant, le Survivant savait que le maître des potions n'en resterait pas là.

« Potter… » dit justement celui-ci d'une voix traînante, apparemment agacé que l'adolescent ne dise plus rien.

Ne pouvait-il pas le laisser tranquille ?

Sachant bien qu'il n'avait de toute façon pas vraiment le choix et devait continuer, Harry s'exécuta donc, les poings serrés.

« J'ai juste eu l'impression que pour eux, j'étais devenu un peu… dérangé. » dit-il d'un ton amer, ne réalisant que plus tard qu'il avait même utilisé une expression de son oncle lorsqu'il le désignait lui et son école.

À ces mots cependant, alors que Harry aurait cru que Snape sauterait sur l'occasion pour faire un commentaire sarcastique, celui-ci se tut et se contenta simplement de fixer l'adolescent de son regard indéchiffrable. Mais c'était d'autant plus insupportable, car l'adolescent ne savait ce que le sorcier pensait de lui. Peut-être se disait-il que ses amis avaient raison, peut-être se moquait-il intérieurement de lui.

Harry se persuadait qu'il ne devait pas s'en préoccuper, mais il n'y arrivait pas. Et cela ne faisait que renforcer sa colère.

« Mais je ne le suis pas. » continua-t-il alors en posant à nouveau son regard sur le sorcier, qui ne pipait mot et soutenait tranquillement son regard. « Et même si personne n'a l'air de me croire, je vais très bien. » ajouta-t-il d'une voix provocante, faisant plisser des yeux le Mangemort.

Il en avait assez d'être vu comme un adolescent fragile qui ne semblait plus avoir toute sa tête. Il avait pu supporter les regards et commentaires de Snape jusque-là, mais le fait que ses amis s'y soient mis eux aussi ne passait plus. Au diable ce que le professeur de potions pouvait bien lui dire, il ne se laisserait pas influencer et ne changerait pas.

Pendant quelques secondes, les deux sorciers se fixèrent donc en silence, les yeux émeraude du Survivant remplis de colère contenue défiant les orbes noirs et indéchiffrables du Mangemort de dire quoi que ce soit.

Depuis qu'il était à Poudlard, c'était la première fois que Harry osait enfin tenir tête à Snape. Auparavant, il avait pensé qu'il valait mieux ne pas le contrarier et obéir sans trop de discussion afin de ne pas provoquer la colère du maître des potions mais désormais, le défier lui faisait un bien immense.

Il n'était plus le garçon perdu qu'il avait été après son sauvetage. Il était redevenu lui-même, se souvenait parfaitement de la haine qu'il avait entretenue pour Snape durant quatre ans et ne se laisserait plus marcher sur les pieds.

Dans le regard censé être indéchiffrable du sorcier qui lui faisait face d'ailleurs, l'adolescent vit un bref soupçon de colère. Et ce fait lui plut beaucoup. Peut-être le Mangemort s'était-il cru tout puissant devant le Survivant quelque peu déboussolé après son sauvetage, Harry était ravi de lui prouver qu'il se trompait lourdement.

« Je peux y aller maintenant, monsieur ? » s'enquit l'adolescent non sans user d'un certain sarcasme.

À ces mots, le Mangemort plissa d'avantage les yeux et son expression déjà agacée se teinta de colère. Harry s'attendit à ce que Snape ne le reprenne et ne l'insulte de gamin arrogant ou autre, il se prépara d'ailleurs à encaisser et à répliquer aussitôt.

Cependant, à son plus grand étonnement, le sorcier n'en fit rien et se contenta simplement de faire un geste de la tête en direction de la chambre du Survivant, non sans le ponctuer par un regard particulièrement méprisant à l'égard du garçon.

Surpris que le Mangemort souhaite en finir ainsi mais néanmoins quelque peu soulagé, Harry ne se fit donc pas prier et après s'être levé du canapé gris sans un regard en arrière, rejoignit rapidement sa chambre en fermant cette fois plus calmement la porte qu'il y avait une heure de cela – afin de ne pas provoquer d'avantage le sorcier…

Puis, ne sachant que faire mais étant sûr qu'il ne sortirait pas de sa chambre avant le début de la soirée, il se dirigea vers le petit bureau, prit son carnet et un crayon et s'installa sur son lit d'un air satisfait.

Il avait réussi à tenir tête à Snape et en plus de cela, celui-ci – peut-être parce qu'il avait été trop surpris – ne l'avait pas insulté, ni même repris. À cette pensée d'ailleurs, l'adolescent ne put retenir un sourire victorieux. Il ne savait pas ce qui était passé par la tête du sorcier – Harry ayant plutôt été habitué à des joutes verbales constantes plutôt qu'à un silence méprisant – et se doutait que son attitude ne resterait certainement pas impunie mais pour le moment, il se sentait ravi, presque euphorique.

« Lorsque Ron et Hermione apprendront ça, ils n'en reviendront pas ! » pensa ensuite le Survivant avant de se dire, quelque peu moins enthousiaste qu'il faudrait d'abord qu'il les revoit et s'excuse pour ce qu'il s'était passé…

L'adolescent n'étant désormais plus en colère, il savait en effet qu'il avait eu tort de perdre ainsi son calme et de traiter ses amis comme il l'avait fait. Il ne lui restait donc plus qu'à attendre la prochaine rencontre, même s'il doutait fortement que Snape n'en autorise une à nouveau, et à s'excuser auprès de Ron et Hermione.

Il lui tardait cependant de les revoir afin de leur raconter ce qu'il s'était passé, même s'il savait que son comportement avec le maître des potions ne resterait certainement pas impuni.

Maintenant qu'il y pensait d'ailleurs, ses amis avaient eu raison sur ce point : Snape le détestait – c'était réciproque – et il était plutôt improbable qu'il ait été désigné pour s'occuper de lui. Peut-être était-ce un coup monté, se dit vaguement Harry. Peut-être quelqu'un cherchait-il à ce que les deux ne s'entretuent, faisant ainsi d'une pierre deux coups.

L'adolescent ne voyait pas d'autres explications.

Plus tard, lorsque plusieurs heures furent passées et que Harry s'occupait désormais à dessiner tout et n'importe quoi sur son carnet – que pouvait-il faire d'autre de toute façon, il se demanda soudain si Snape l'appellerait pour venir manger. Il lui semblait de par la luminosité plutôt faible de la chambre que l'heure de manger était déjà passée, même s'il n'en était pas certain, et n'était pas non plus étonné si le sorcier ne l'appelait pas.

Peut-être était-ce sa façon de le punir... exactement comme son oncle et sa tante.

À cette pensée, la colère que Harry avait ressentie pour le Mangemort se raviva. Ce n'était pas que cela le dérangeait de ne pas manger – il avait tout de même un peu faim, mais plutôt la punition du maître des potions qui lui faisait péniblement penser aux Dursley.

Il l'avait peut-être cherché, certes, mais il n'aurait jamais cru que Snape s'abaisserait à cela. En fait, l'adolescent aurait préféré que le maître des potions l'insulte de gamin arrogant. Au moins il aurait le ventre plein et ne ressentirait pas cette amertume grandissante qui ne le lâchait plus.

Lâchant un bref soupir de frustration, l'adolescent qui était à présent assis au bureau se leva finalement et resta debout en plein milieu de la chambre, ne sachant que faire. Combien de temps resterait-il encore ici ? Quand aurait-il le droit de reprendre une vie normale ?...

Et c'est alors qu'il réalisa : entre ces quatre murs et même s'il avait techniquement le droit de sortir et de vagabonder dans les appartements de l'horripilant professeur, le Survivant se sentait lentement étouffer, tout comme au manoir. Il n'était pas sorti depuis très longtemps déjà, ne savait quoi faire pour occuper ses journées monotones et se sentait mou, le plus souvent assis ou couché et ne faisant rien d'autre que de dessiner ou d'écrire ce qui lui passait par la tête.

De plus, avec la colère qu'il recouvrait lentement à l'égard de Snape, l'adolescent savait que les choses n'iraient pas en s'améliorant.

Soudain, alors qu'il allait se mettre en pyjama et reprendre à nouveau son carnet, il entendit le maître des potions l'appeler.

Dans un premier temps, il pensa qu'il avait rêvé et stoppa simplement son mouvement alors qu'il ramassait son pyjama roulé en boule. Puis, se disant qu'il n'avait tout de même pas inventé ce qu'il venait d'entendre – ce n'était pas comme s'il avait souhaité que le sorcier ne l'appelle, il ouvrit finalement la porte de sa chambre et se glissa lentement dans le salon.

Il n'avait pas rêvé, Snape l'avait bien appelé. Celui-ci se tenait juste à côté de la table et congédiait l'elfe de maison, qui venait apparemment d'apporter le repas de l'adolescent. Lorsqu'il eut disparu, le professeur de potions se dirigea ensuite vers une de ses bibliothèques avant de s'arrêter cependant lorsqu'il vit le Survivant.

« Venez manger. » dit-il simplement tandis que l'intéressé s'exécutait en silence.

D'un pas lent et silencieux – et étant toujours pieds nus, Harry traversa la salle à manger pour atteindre la table tout en observant discrètement le sorcier, qui semblait ranger sa bibliothèque.

Très bien, l'adolescent s'était trompé. Snape n'était apparemment pas du genre à le priver de nourriture pour lui avoir manqué de respect – même si Harry pensait que c'était tout à fait justifié. Mais après tout, le Survivant avait eu plusieurs raisons de douter…

Sans qu'il ne puisse expliquer pourquoi d'ailleurs, le fait qu'il se soit trompé l'apaisa quelque peu. Ce n'était pas qu'être privé de nourriture le gênait vraiment, il avait l'habitude avec les Dursley. Mais l'idée même que Snape fasse la même chose l'avait fortement dérangé.

Ainsi, lorsqu'il s'installa finalement pour manger en silence son assiette de lentilles et de légumes, l'adolescent se sentit soulagé. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il avait peur de revivre ce que son oncle et sa tante lui faisait subir mais cette fois avec Snape, peut-être parce qu'il avait cru pendant un moment que le sorcier serait comme Vernon. Il ne le savait pas vraiment.

En tout cas et tandis qu'il mangeait sans un mot en lançant de temps en temps des coups d'œil intrigués à Snape toujours occupé avec sa bibliothèque, Harry se sentait mieux.

Puisqu'il n'avait pas pris de potion nutritive de toute l'après-midi, il avait même faim et fut plutôt content de se remplir le ventre. Dans un silence ponctué parfois par le bruit que faisait les livres lorsque Snape les rangeait sur les étagères, l'adolescent finit donc rapidement son assiette tout en se demandant ce que le sorcier pouvait bien avoir en tête.

Allait-il finalement rester silencieux quant à ce qu'il s'était passé cette après-midi, alors même qu'il semblait se faire un point d'honneur à reprendre et à insulter l'adolescent à chaque fois que l'occasion se présentait ? Pour sa part, le Survivant trouvait cela louche.

« Peut-être se vengera-t-il plus tard… » pensa-t-il distraitement tandis qu'il observait toujours le sorcier, qui semblait totalement l'ignorer.

Car il doutait que l'ignorance soit une méthode utilisée par le professeur des potions pour prendre sa vengeance ou simplement le punir. C'était plutôt une méthode des Dursley, comme lorsqu'il était petit et que Pétunia l'ignorait et le laissait enfermé dans son placard durant toute une journée.

Puis, ayant fini son assiette, l'adolescent se leva finalement et repartit dans sa chambre tandis que Snape continuait de ranger sa bibliothèque et ne lui accordait aucune attention.

Une fois qu'il eût fermé la porte de sa chambre, Harry poussa donc un bref soupir de soulagement – il s'était attendu à ce que le sorcier ne lui dise quelque chose, au moins pour savoir qu'il avait fini son assiette – et se mit cette fois en pyjama, toujours perturbé par l'attitude du maître des potions.

« Peut-être… peut-être qu'il m'ignore en signe de mépris. » se dit-il d'un air incertain tandis qu'il reprenait son carnet et allait s'installer dans son lit. « Oui, c'est sûrement ça. » conclut-il afin de ne pas y réfléchir davantage.

Puis, laissant son esprit vagabonder, Harry dessina toute la soirée et se coucha finalement lorsque la fatigue se fit sentir.

« Quelle journée… » pensa-t-il vaguement tandis qu'il repensait à ses amis qu'il avait pu voir ainsi qu'à la suite de l'après-midi, toute aussi mouvementée avec Snape et la joute silencieuse qu'ils avaient partagé.

Cogitant sur celle-ci tandis qu'il tournait et retournait dans son lit, l'adolescent s'endormit finalement au son régulier que faisait l'eau derrière la vitre, l'esprit lourd d'avoir trop pensé et le corps confortablement ensevelit sous ses draps.

Jusqu'à ce qu'un cauchemar, toujours le même, ne le réveille brusquement.

Le souffle court, le cœur battant à toute allure et le corps crispé comme jamais, il ouvrit soudainement les yeux dans un faible gémissement de douleur. Sa gorge lui faisait mal comme s'il avait crié et il n'arrivait pas à calmer les battements rachitiques dans sa poitrine.

Alors, paniquant, tentant de se relever dans son lit mais se crispant aussitôt en sentant une présence à côté de lui, il se recula contre le mur tout en se protégeant de ses bras. Sa vision était beaucoup trop floue pour voir, de la sueur coulait dans son dos et ses mains tremblaient encore du sortilège que le serpent lui avait lancé.

« Ce n'est qu'un cauchemar, ce n'est pas réel, ce n'est qu'un cauchemar et ce n'est pas réel… » pensa-t-il du plus fort qu'il le put, essayant de se calmer.

« Non ! » cria-t-il d'une voix rauque lorsqu'il sentit une main attraper l'un de ses poignets.

« Potter calmez-vous. » dit alors une voix lente et basse tandis qu'il se débattait faiblement. « Vous êtes à Poudlard, en sécurité. » continua-t-elle, faisant tiquer le Survivant.

Oui, il était à Poudlard, ce n'était qu'un rêve et il était à Poudlard…

Quelques secondes plus tard et tandis que son poignet droit était toujours prisonnier, il vit et vaguement ses lunettes être déposée dans sa main prisonnière et encouragé par la poigne qui le tenait, les mit finalement sur son nez pour enfin y voir plus clair.

Sa respiration saccadée ne se calma cependant pas, tout comme son cœur qui battait à toute allure, mais il ne manqua pas d'identifier Snape qui semblait sortir une fiole de sa poche.

« Buvez. » lui ordonna-t-il en lui fourrant ensuite celle-ci dans la main et en accompagnant son geste, non sans trop de douceur.

N'ayant pas vraiment le choix, l'adolescent s'exécuta alors, agrippant par la même occasion ses draps dans un geste crispé puis ferma brièvement les yeux lorsque la potion froide descendit dans sa gorge brûlante.

Il vit ensuite le sorcier ranger la fiole vide dans sa poche tandis qu'il tentait à nouveau de reprendre le contrôle de sa respiration, puis lâcha finalement un bref soupir de soulagement lorsqu'il parvint à retrouver un rythme cardiaque normal.

Au-dessus de lui, l'adolescent sentait le regard aiguisé du sorcier le dévisager. Il se tenait à quelques centimètres du lit, debout, vêtu de ses longues capes noires et pour l'instant silencieux. Tout en passant un coup de langue sur ses lèvres sèches, le Survivant détourna le regard des capes du sorcier et préféra fixer la porte ouverte de sa chambre.

Il pouvait s'en aller maintenant, il n'avait plus besoin de lui, il devait s'en aller et ne rien dire…

« Si c'est votre définition du fait d'aller bien, je me demande ce que cela donne lorsque vous allez mal. » attaqua malheureusement le sorcier d'une voix dure, faisant se crisper d'avantage l'adolescent.

« Ça va, c'était juste… un cauchemar. » répliqua-t-il d'une voix qu'il trouva trop faible.

« Et de quoi était-il question au juste, dans votre cauchemar ? » s'enquit Snape d'un ton toujours aussi froid.

Aussitôt, les images de son corps se tordant sur le bois de l'immense table revinrent à l'esprit du Survivant et, encore saisi par son rêve, ses yeux s'agrandirent d'effroi et il fit tout son possible pour ne pas y penser. Ses amis, ils devaient penser à ses amis… ils lui avaient raconté que l'équipe de Quidditch des Serpentards était incomplète, quelle bonne nouvelle…

« Potter. » l'interpella Snape, brisant sa tentative de penser à autre chose. « Vos mains tremblent. » remarqua-t-il ensuite, agrandissant les yeux du Survivant qui ramena aussitôt ses mains vers son torse.

« Ce ne sont pas vos affaires… » bafouilla-t-il d'un ton fuyant, désirant à tout prix que le sorcier ne s'en aille.

Pourquoi disait-il cela ? Ne pouvait-il pas le laisser tranquille ? L'adolescent ne voulait pas que Snape le voie ainsi, il avait juste fait un cauchemar, ce n'était pas le premier et il avait l'habitude... pourquoi ne le laissait-il pas tranquille tout comme les autres fois ?...

« Malheureusement Potter et puisque je suis chargé de m'occuper de vous, vos affaires me concernent tout autant que les miennes. » répliqua le professeur de potion d'un ton quelque peu agacé.

Puis, quelques secondes de silence s'écoulèrent tandis que Harry fixait toujours la porte, le dos contre le mur, les poings entre son torse et ses genoux ramenés vers lui.

« Potter, de quoi avait-vous rêvé ? » s'enquit ensuite Snape d'une voix plus tempérée, tandis que le Survivant se mordait la lèvre inférieure tout en maudissant le sorcier.

Que lui arrivait-il par Merlin ? Était-ce sa façon à lui de se venger ? Forcer l'adolescent à lui raconter son cauchemar afin d'en tirer son propre plaisir ?

Rempli d'amertume et la colère montant doucement en lui, Harry préféra garder le silence. Il n'en revenait pas, Snape l'exacerbait au plus haut point. Le sorcier paraissait peut-être innocent et sans arrière-pensée mais le Survivant savait qu'il voulait lui faire payer son manque de respect de la journée précédente. Et il n'avait pas le droit de faire cela, ce n'était pas juste. Les Dursley l'avaient déjà réveillé lorsque ses cauchemars étaient trop sonores, mais au moins ils ne lui avaient jamais demandé de leur raconter ce qu'il s'y passait.

Ainsi et malheureusement pour le maître des potions, l'adolescent était bien décidé à garder le silence. Il pouvait bien lui dire ce qu'il voulait, mais il n'avait pas le pouvoir de forcer Harry à lui raconter ce dont il avait rêvé. Et puis, en quoi son cauchemar le regardait au juste ?

L'adolescent ne comprenait pas la nouvelle attitude du sorcier. Personne ne lui demandait jamais de quoi parlaient ses cauchemars et il s'en portait très bien ainsi. Ce n'était donc pas Snape qui allait changer cela, et encore moins parce qu'il espérait certainement en tirer profit.

« C'était juste un cauchemar, laissez-moi tranquille. » lâcha-t-il alors d'un ton brusque et tandis qu'il fixait toujours la porte de la chambre.

« Je n'apprécie par le ton que vous employez, Potter. » s'agaça à nouveau Snape. « Et regardez-moi lorsque je vous parle. » ordonna-t-il d'une voix particulièrement basse.

Non sans serrer d'avantage les poings, le concerné s'exécuta, le visage crispé et le regard rempli de colère.

C'était d'ailleurs étonnant comme le Mangemort arrivait à lui faire changer d'humeur aussi vite. Alors même qu'il y a quelques minutes, il s'était réveillé en paniquant et avait même été tenté de remercier le sorcier pour la potion tant elle lui avait fait du bien, Harry ressentait désormais une profonde colère envers celui-ci.

Il était certain d'ailleurs, maintenant qu'il regardait l'horripilant professeur dans les yeux, que ses yeux à lui lançaient des éclairs tant il était furieux.

« Vous disiez que vous alliez bien. » lâcha ensuite Snape tout en soutenant d'un air dédaigneux le regard du garçon. « Mais ce n'est pas ce que vous laissez voir. » continua-t-il lentement, prenant soin de détacher chaque mot comme s'il se délectait de la situation présente.

« Qu'est-ce que vous en savez ? » répliqua aussitôt le Survivant d'un ton furieux. « Vous ne pouvez pas savoir ce qu'il se passe dans ma tête, à ce que je sache. » ajouta-t-il d'une voix tout aussi agressive.

Pour une raison qu'il ignora, ses paroles arrachèrent un sourire sarcastique de la part du sorcier, qui se tenait toujours devant lui d'un air supérieur. Et cela ne fit que renforcer la colère de l'adolescent.

« Vous allez donc pouvoir me le dire, Potter. » releva aussitôt le Mangemort. « Pourquoi avez-vous peur que l'on vous touche ? » s'enquit-il lentement, une certaine colère se faisait également sentir dans le ton qu'il employait.

« Ce… ce n'est pas le sujet ! » s'exclama l'intéressé, totalement pris au dépourvu.

Pourquoi lui parlait-il soudain de cela ? Ce n'était pas non plus ses affaires !

« Je constate simplement, Mr Potter, que vous n'allez pas si bien que cela puisque vous refusez que quiconque ne vous touche. » remarqua Snape d'un ton particulièrement dédaigneux.

« Ça n'a aucun rapport… » bafouilla l'adolescent, abasourdi par les paroles du sorcier.

Malheureusement, le sorcier avait touché juste. Harry avait déjà réfléchi plusieurs fois sur le sujet et en avait conclu que ce n'était pas si grave et que les choses s'amélioreraient, jusqu'à ce qu'il ne puisse s'empêcher de reculer face à Hermione mais… mais il ne comprenait plus rien ! Qu'arrivait-il à l'horripilant professeur de potions ? Pourquoi était-il soudain si déterminé à lui arracher les mots de la bouche ?

« Si cela n'a aucun rapport, vous pouvez donc me dire pourquoi. » insista le maître des potions tandis que son regard aiguisé fixait les yeux émeraude et complètement déroutés qui lui faisaient face.

Pendant quelques secondes, l'adolescent qui ne savait que dire s'obligea à soutenir le regard du maître des potions, afin peut-être de lui montrer qu'il ne l'avait absolument pas perturbé par ses paroles tandis que la scène où il s'était dérobé à l'étreinte de son amie se rejouait dans sa tête.

Malheureusement, ses efforts furent vains et, non sans se maudire intérieurement, il détourna le regard.

« Eh bien Potter ? Vous ne trouvez plus rien à dire ? » sembla s'amuser le détestable sorcier.

À ces mots remplis de sarcasmes, la colère du Survivant remonta en flèche et il serra les poings jusqu'à s'en faire blanchir les jointures.

« Laissez-moi tranquille. » fulmina Harry, les dents serrés et le visage crispé.

« Cela a un rapport avec la nuit au bosquet, n'est-ce pas ? » continua Snape d'une voix cette fois beaucoup plus sérieuse.

À ces mots, les yeux de l'adolescent s'agrandirent. Sa colère comme par magie l'abandonna et il fut soudain incapable de répondre quoi que ce soit.

Que... que venait-il de dire ?...

Brièvement, il revit la petite étendue d'herbe entourée d'arbres, se souvint du bruit qu'avait fait le vent en sifflant à travers les feuilles et de la sensation qu'il avait ressentie tandis que les capes du serpent ondulaient sur l'herbe humide dans un silence terrifiant.

« Non… » bredouilla alors le Survivant tout en s'empêchant d'y penser, tandis qu'il ramenait ses genoux plus près de lui encore.

Mais même en tentant de le refouler, le souvenir s'imposa brusquement à lui tandis que son cœur battait soudain plus vite.

« Ma patience a des limites, Harry Potter. » avait sifflé l'horrible voix du serpent.

À nouveau à genoux dans le petit bosquet, l'adolescent frissonna de peur et de froid. Au-dessus de lui, il sentait les yeux carmin du serpent l'observer avec fureur, tandis que celui-ci lui tournait lentement autour, tel un prédateur devant une proie qu'il venait tout juste de capturer.

« Et tu viens tout juste de l'épuiser. »

« Potter. » l'interpella soudain une voix plus forte.

Aussitôt, le Survivant cligna plusieurs fois des yeux, tentant de faire disparaître la brève vision qu'il venait d'avoir et regarda le sorcier qui lui faisait face d'un air perdu.

Que venait-il de se passer ?...

Puis, quelques secondes plus tard, il réalisa tout seul qu'il avait eu une petite absence.

Il était dans sa chambre, assis sur le lit et le dos contre le mur, Snape debout devant lui et l'observant en silence. Qu'importe ce qu'il venait de se passer d'ailleurs, le Mangemort l'avait vu.

« Vous allez bien, donc. » commenta simplement le sorcier, les yeux légèrement plissés et un air insupportable de pitié sur son visage cireux.

Cette vision, plus que n'importe quel autre commentaire insultant ou regard dédaigneux, provoqua un puissant sentiment de haine chez l'adolescent.

Alors il explosa.

« C'est parce qu'il m'a touché là, dans le bosquet, si vous voulez vraiment le savoir ! » s'emporta-t-il en criant et en montrant son front, une colère nouvelle bouillonnant en lui. « Et je ne pouvais pas m'enfuir, mon corps ne me répondait même plus ! » continua-t-il tandis que son cœur s'affolait dans sa poitrine et que sa vision se brouillait. « VOILA POURQUOI ! » hurla-t-il devant Snape, qui resta de marbre. « MAINTENANT LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ! » rugit-il tandis que sa respiration se faisait de nouveau plus forte et que son corps tremblait de fureur.

Il le détestait ! Pourquoi s'acharnait-il ainsi sur lui ? Que lui avait-il dont fait pour mériter tout ça ? Il le détestait tellement ! Ce n'était qu'une salle chauve-souris graisseuse qui se croyait toute puissante devant lui et s'amusait à l'insulter et se moquer de lui à longueur de journée pour aucune raison, IL LE HAÏSSAIT !

Puis, soudain, sa vision se colora de noir, son souffle se bloqua dans sa poitrine et il se sentit lentement chuter, du moins jusqu'à ce qu'une poigne ferme ne le retienne et l'oblige à nouveau à boire une potion.

Fermant obstinément la bouche en premier, il consentit finalement à boire lorsqu'une voix menaçante lui ordonna d'obtempérer. Lentement, il sentit le liquide couler dans sa gorge puis se répandre lentement dans son corps, tandis qu'il retrouvait soudain une vision plus claire et qu'il retrouvait le contrôle de ses membres crispés.

Quelques secondes plus tard, sa respiration était redevenue normale et les pulsations de son cœur se calmaient progressivement.

« C'est la deuxième potion calmante que je vous donne ce matin. » commenta le sorcier d'une voix sévère en s'éloignant de lui et en rangeant la fiole vide dans l'une de ses poches.

L'adolescent, tout en lâchant un bref soupir de soulagement, préféra garder le silence.

« À l'avenir, essayez au moins de vous contrôler. » ajouta-t-il d'un ton agacé, tandis que le Survivant lui lançant un regard lourd de sens.

Qui avait provoqué tout ceci ? S'il l'avait laissé tranquille comme il lui avait demandé, cela ne serait jamais arrivé. C'était entièrement de la faute du Mangemort, pensa Harry rempli d'amertume.

Celui-ci d'ailleurs, qui n'en avait apparemment pas eu encore assez, continua sur le même sujet :

« Dans le bosquet, êtes-vous sûr que cela s'est déroulé ainsi ? » s'enquit-il d'une voix légèrement méfiante tout en fixant le jeune sorcier, qui renifla d'un air mauvais.

Ne pouvait-il pas lui laisser un peu de répit ? Ou même le laisser tranquille tout court ?

« Vous n'étiez pas là, vous ne pouvez pas le savoir mieux que moi. » répliqua aussitôt Harry en croisant les bras, le visage rempli de mépris et le regard détourné en direction de la porte.

Sa réplique, sans qu'il ne puise savoir pourquoi et alors même qu'elle débordait de dégoût à l'égard du maître des potions, lui cloua immédiatement le bec. Une maigre consolation pour le Survivant, qui fut cependant satisfait de voir une expression incertaine sur le visage d'habitude impénétrable de Snape lorsqu'il lui lança un bref coup d'œil.

Alors, surprenant quelque peu l'adolescent, Snape tourna les talons et sortit de la chambre, sans un regard en arrière, sans même un mot de plus à l'intention de l'adolescent qu'il laissa seul.

Vraiment, Harry n'aurait su dire ce qu'il avait dans la tête.


Le gamin était exécrable.

Sachant ici qu'il n'aurait servi à rien de s'emporter et de gâcher son temps avec un Potter, l'espion s'était maîtrisé et n'avait pas cédé à la colère. S'étant juré qu'il découvrait ce qui se tramait dans la tête du Survivant, il avait tenté d'en savoir le plus possible en s'adressant directement au concerné.

Ce qui, comme il s'y était attendu, l'avait particulièrement agacé.

Même en passant l'épisode de la journée précédente où le stupide gamin avait osé lui manquer de respect, l'espion avait du mal à garder son calme. Le garçon était un vrai boulet de canon, constamment prêt à exploser et à cracher des étincelles si quelque chose ne lui plaisait pas. L'espion n'ayant de nature que très peu de patience, il se demandait s'il allait encore rester de marbre longtemps.

Et puis le garçon était pathétique. Il tentait de persuader les autres et lui-même qu'il allait parfaitement bien, ce qui était très loin d'être vrai, et osait contredire l'espion alors même qu'il cauchemardait toutes les nuits et n'était même pas capable de garder son calme face à lui – bien que sur ce point cependant, le maître des potions lui ressemblait en tout point.

Il avait essayé d'être patient et aimable avec le Survivant, et voilà ce qu'il obtenait en retour. Peut-être devait-il renoncer à s'occuper du garçon, après tout.

Cependant et même s'il était passablement agacé par le gamin, la patience de l'espion avait finalement abouti à quelque chose. Il ne savait encore quoi en penser, mais il avait quelque chose.

D'un pas silencieux, il longea les grandes bibliothèques du salon et se dirigea vers son laboratoire. Tout en réfléchissant toujours, il descendit ensuite les escaliers en pierre, prit un petit couloir aux pièces condamnées puis arriva finalement devant une grande table où étaient disposés plusieurs chaudrons.

La journée précédente, Minerva lui avait appris que l'infirmière manquerait bientôt de Poussos et d'autres potions et qu'elle espérait que l'espion puisse lui en fournir rapidement. Tout en enlevant ses capes et en les accrochant à un vieux porte-manteau fixé au mur, il pensa vaguement à ce qu'il avait à préparer aujourd'hui, en plus de ce que l'infirmière lui avait demandé puis se mit au travail tout en réfléchissant à nouveau au garçon.

Severus l'aurait bien deviné tout seul, le Survivant ne se souvenait pas exactement de ce qui lui était arrivé dans le bosquet. Ce n'était pas étonnant bien sûr, mais ses paroles avaient tout de même intrigué l'espion…

Car lui, se souvenait très bien de cette nuit-là. Et pas une fois le Seigneur des Ténèbres n'avait touché la cicatrice du garçon, ni même lancé un sortilège pour l'immobiliser. Alors le maître des potions se demandait bien de quoi le Survivant avait parlé.

Il n'avait pas semblé mentir, Severus se doutait qu'il y aurait pensé dans l'état où il avait été et il l'aurait de toute façon aussitôt deviné. C'était donc la première fois que le garçon lui parlait enfin de ce qui lui était arrivé au manoir, et il y avait déjà un problème, le pire étant que l'espion ne savait absolument pas comment le résoudre.

Avait-il inventé de toute pièce ce qu'il lui avait raconté ? Était-ce une intervention du Seigneur des Ténèbres dans sa mémoire ? Le maître des potions avait bon nombre d'hypothèses, encore fallait-il trouver celle qui était juste. Il sentait cependant qu'il n'aurait pas de réponse tant qu'il n'aurait pas à nouveau parlé avec le garçon, ce qui bien sûr ne le réjouissait absolument pas. Mais puisqu'il n'avait apparemment pas le choix…

À l'heure du repas donc, lorsqu'il appela le Survivant pour qu'il vienne manger, il se décida à l'interroger une nouvelle fois tout en se promettant de garder son calme – même s'il savait que la tâche serait difficile.

Bien évidemment, la première dispute éclata vite.

« Votre petite tentative de rébellion en faisant la grève de la faim est ridicule. » cracha l'espion en fixant le stupide gamin qui était désormais assis devant son assiette toujours aussi remplie. « Cessez de faire l'enfant gâté et mangez. » lui ordonna-t-il d'une voix particulièrement agacée.

« Je ne suis pas un enfant gâté. » répliqua aussitôt l'insupportable gamin, tandis que ses yeux en se posant sur l'espion se teintaient de colère.

« Parlez sur autre ton, Potter, ou ne parlez plus. » siffla le Mangemort en soutenant le regard assassin que le garçon lui lança.

Par Merlin, c'était un miracle qu'il ne l'ait pas renvoyé dans sa chambre. Mais étant donné qu'il ne mangeait que très peu et qu'il devait bien malgré lui veiller à ce que le Survivant ne se rétablisse vite, il fallait qu'il mange quelque chose – n'en déplaise au concerné.

Quelle était cette habitude d'ailleurs, de se priver de nourriture ? Même au manoir, Gibbon lui avait souvent rapporté que le garçon passait parfois une journée entière sans manger. Sa condition ne l'avait certainement pas encouragée certes, mais pourquoi faisait-il la même chose ici ? Était-ce pour se rendre plus intéressant ?

Dans son enfance, l'espion avait parfois connu la faim, lorsque son père après l'avoir frappé l'envoyait dans sa chambre toute une journée afin qu'il ne le voie plus ou lorsque ses parents le négligeaient simplement. Il ne pouvait supporter donc, de voir le gamin se priver ainsi de nourriture, sans aucune raison.

Désormais assis à la table et surveillant l'assiette du Survivant, l'espion reprit ensuite son journal lorsque le garçon se décida enfin à continuer de manger, non sans envoyer un regard lourd de reproches au sorcier.

Il en avait presque le cœur brisé.

Puis, quelques minutes plus tard, le Survivant termina finalement son assiette et tenta de s'éclipser rapidement avant que l'espion ne l'interpelle.

« Pas si vite. » dit-il en relevant les yeux de son journal et en fixant le garçon qui s'arrêta aussitôt après s'être levé, non sans brièvement serrer les poings.

S'il croyait s'en sortir aussi facilement, c'était mal connaître Severus Snape.

Tout en observant le garçon qui semblait plus que méfiant à son égard, l'espion se leva lui aussi, posa au passage son journal sur le petit meuble en bois avant l'entrée de la cuisine puis se dirigea vers son fauteuil en faisant signe au Survivant de venir s'asseoir sur le canapé.

« Je n'ai pas envie de parler. » dit-il aussitôt, comprenant où le maître des potions voulait en venir.

« Je ne pense pas vous avoir donné le choix. » répliqua le sorcier, non sans lancer un regard dédaigneux à l'intéressé. « Venez ici. » lui ordonna-t-il ensuite en désignant le sofa gris, qui était disposé à côté de son fauteuil de la même couleur. « Et sans discuter. » ajouta-t-il, devançant le garçon qui avait apparemment son mot à dire.

Tout en lâchant un bref soupir agacé, le Survivant s'exécuta finalement et vint s'asseoir sans un mot.

Puis, quelques de secondes de silence s'écoulèrent. L'espion tandis qu'il réfléchissait par quoi il allait commencer observa Potter fixer ses mains et jouer nerveusement avec ses doigts, comme s'il redoutait ce que le maître des potions allait lui dire.

Il n'avait pas tort, cependant.

« Très bien Potter. » commença alors l'espion. « J'aimerais seulement que vous me disiez ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas dans ce que je m'apprête à vous dire. » expliqua-t-il calmement. « Cela devrait être dans vos cordes. » rajouta-t-il tandis que le garçon lui lançait un regard lourd de sens.

Puis, voyant que le maître de potions attendait sa réponse, il se contenta de hocher la tête en silence, non sans qu'une certaine appréhension ne soit visible sur son visage.

« Vous avez passé presque trente jours au manoir Jédusor, vingt-neuf exactement. » commença alors le professeur de potions d'une voix neutre.

À ces mots, le Survivant hocha à nouveau doucement la tête, l'air incertain.

« Un Mangemort vous a blessé dès votre quatrième jour là-bas et je suis venu vous soigner. » continua tranquillement l'espion, tandis que le Survivant grimaçait de mépris pour le Mangemort en question. « Puis vous avez une conversation le Seigneur des Ténèbres. »

Cette fois-ci, l'adolescent ne répondit pas tout de suite et l'espion remarqua que celui-ci s'était légèrement crispé. Ses mains avec lesquelles ils jouaient étaient désormais immobiles et il refusait toujours de regarder son interlocuteur.

« Oui. » acquiesça finalement Potter en continuant de jouer avec ses doigts.

Severus hocha la tête, satisfait. Pour l'instant, tout allait bien.

« Il a tenté de vous faire rejoindre son camp, vous avez refusé. » continua alors l'espion tandis que le garçon relevait finalement la tête et posait son regard émeraude sur le sorcier. « Je me trompe ? »

« Non. » répondit aussitôt le Survivant. « J'ai refusé. »

Le maître des potions hocha à nouveau la tête. En vérité, l'espion n'ayant entendu que des rumeurs, cette partie-là était floue. Potter venait de confirmer ses suppositions mais c'était néanmoins à partir de là que les choses se corsaient.

« Il vous a laissé plusieurs jours pour réfléchir, vous avez également refusé. » continua-t-il tandis que le garçon acquiesçait de la tête.

Severus fit ensuite une petite pause, laissant peut-être le temps à l'adolescent d'anticiper ses paroles. Puis il lança prudemment :

« Il vous a torturé. »

Aussitôt, le Survivant se crispa. Son regard incertain glissa sur l'espion puis se posa à nouveau sur ses mains, et il répondit doucement :

« Non. »

Celle-là, le maître des potions ne l'avait pas vu venir...

L'espion devant sa réponse fut alors pendant quelques secondes prit au dépourvu et ce n'est que lorsque Potter continua qu'il sortit de son étonnement initial.

« C'est un cauchemar. » précisa l'adolescent en lançant un coup d'œil méfiant au maître des potions.

L'espion quant à lui garda le silence. C'était peut-être à peine plus grave que ce dont il avait pensé.

Fixant toujours le garçon qui le regardait comme s'il le défiait de dire le contraire, Severus se retint de pousser un bref soupir et rangea précieusement ce que le jeune sorcier venait de dire dans un coin de son esprit. Il n'avait pas tout à fait fini d'interroger le Survivant mais après ce qu'il venait d'entendre, il se doutait que la suite ne présagerait rien de bon.

Puis il continua, encore légèrement incertain.

« Il vous a fait apprendre la magie noire, vous avez accepté de la pratiquer. » dit-il lentement, s'empêchant de réfléchir aux paroles du garçon.

« Non, je n'ai pas eu le choix. » commenta celui-ci d'un air maussade.

Certes… mais le résultat était le même.

« Vous avez fait la rencontre d'un Mangemort nommé Alexandre, c'est lui qui vous enseignait la magie. » continua-t-il tandis que Potter hochait la tête. « C'est un voyant. » ne put s'empêcher de dire l'espion. « Le saviez-vous ? »

Cette information ne lui servait en rien mais il était curieux.

« Non… je ne le savais pas. » répondit l'adolescent d'un air quelque peu surpris.

Au moins Severus avait sa réponse.

« Le Seigneur des Ténèbres vous a ensuite confié une… mission. » continua-t-il, observant avec soin la réaction de l'adolescent, qui détourna aussitôt le regard. « Afin de trouver et punir un traître. » ajouta-t-il lentement.

Devait-il lui demander à partir de là s'il avait effectivement tué Goyle, sachant qu'il y avait un risque que Potter ne perde son calme à nouveau ? L'espion avait cruellement envie de le savoir – ainsi que Dumbledore, mais il choisit délibérément de ne pas évoquer ce fait afin de se concentrer sur ce qui allait suivre.

« Vous avez désobéi. » ajouta-t-il alors tandis que le Survivant s'était figé et qu'il regardait désormais un point invisible en direction de la cheminée.

Le professeur de potions n'était pas sûr d'obtenir une réponse, mais il devait essayer.

« Qu'a-t-il fait ensuite, Potter ? » demanda-t-il afin de capter l'attention du concerné, qui cligna plusieurs fois des yeux et lança un coup d'œil incertain à son interlocuteur.

Dans un premier temps, l'intéressé garda le silence. Puis, lorsque quelques secondes furent passées, il prit finalement la parole, l'air incertain, le regard perdu.

« Je… je vous l'ai déjà dit. » répondit-il dans un souffle, pour finalement fixer à nouveau ses mains. « Il était en colère et… il… » bredouilla le garçon tandis que sa voix se mettait à trembler. « Il a parlé d'Inferi et… il m'a dit… »

Mais l'espion n'entendit jamais la suite. D'un geste crispé, le Survivant enroula ses bras autour de lui et murmura quelque chose qui ne parvint pas aux oreilles du maître des potions.

Celui-ci cependant en voyant le garçon s'égarer une nouvelle fois se leva rapidement de son fauteuil et s'approcha prudemment de lui, tandis que son regard apeuré était toujours figé.

« Potter ? » lança prudemment l'espion une fois qu'il fut près de lui.

Mais le concerné ne réagit pas et Severus remarqua que ses membres tremblaient légèrement.

« Potter, vous êtes à Poudlard, vous vous en souvenez ? » s'enquit-il en posant cette fois sa main sur son épaule, afin au moins de le faire réagir.

À son geste d'ailleurs, le garçon releva aussitôt la tête puis fixa quelques secondes l'espion de son regard perdu avant de finalement réaliser où il était.

« Voulez-vous une potion ? » lança ensuite l'espion en se reculant.

L'adolescent secoua négativement la tête.

Quelques secondes de silence s'écoulèrent alors tandis que le maître des potions fixait d'un regard critique le Survivant et que celui-ci plongeait son regard émeraude dans celui de son interlocuteur.

Severus se demandait ce que le garçon avait dans la tête. Était-il conscient de qui venait de lui arriver ? Comment arrivait-il à surpasser cela, et que pensait-il de lui-même maintenant qu'il était désormais évident qu'il allait tout sauf bien ? Ou peut-être était-il encore enfermé dans ses propres illusions ?...

Puis le Survivant demanda, d'un ton presque suppliant :

« Je peux y aller maintenant, monsieur ? »

Comme seule réponse, Severus hocha brièvement la tête. C'était peut-être assez pour aujourd'hui.

Sans un mot de plus, le garçon se leva alors et s'éclipsa rapidement dans sa chambre, tandis que l'espion poussait finalement un bref soupir.

Merlin, il sentait que les choses n'allaient pas être simples.


À suivre...